Chapitre 11

Le bal de Catherine était exactement ce qu'on pouvait imaginer d'un bal de Lady Catherine : aux décorations excessives, et peuplé de personnalités qui la faisait se sentir importante. Le comte de Brandon était bien sûr présent avec Lady Ellen, que Lady Catherine ne pouvait guère rayer de la liste d'invités sans en rayer son propre frère, et – ce qui était peut-être plus important – un comte. Le vicomte Burnley et Lord Alfred étaient tous deux présents, ainsi que des membres de nombreuses autres familles nobles, et que d'autre invités dépourvus de titre, mais influents.

Lord Alfred leur avait rendu visite la veille pour requérir la première danse et celle du souper avec Georgiana, ainsi que des promesses pour des danses avec Elizabeth, Catherine et Mary. Lady Catherine s'était aussi assurée qu'il y aurait assez de cavaliers à son bal, insistant même auprès de simples connaissances pour qu'ils soient présents, tant qu'ils étaient de rang suffisant, et connus pour être de bons danseurs. Elle fit les présentations, et l'on trouva aisément des cavaliers pour Catherine et Mary. Elizabeth eut donc la chance d'effectuer la première danse avec Darcy.

Lady Catherine elle-même mena cette danse avec le comte, et Elizabeth se demanda avec qui Lady Ellen pouvait bien la danser. Elle vit alors sa tante, radieuse, être escortée vers la piste par un visage familier – le colonel Fitzwilliam était rentré du continent ! Comme ils prenaient leurs places, elle et Darcy exprimèrent leur joie de le voir de retour en Angleterre, et leur désir de lui parler plus longuement au cours de la soirée.

Le bal était d'une telle taille qu'Elizabeth ne connaissait pas la moitié des invités, et pour la première fois depuis longtemps, elle se sentit en territoire ennemi. Les murmures l'accompagnaient tandis qu'elle dansait avec Darcy, et elle réalisa qu'évidemment, Lady Catherine évoluerait dans le même cercle que ces dames qui l'avaient appelée une moins-que-rien à la cour. Elle se sentit rougir, et décida de garder la tête haute et de tenter de se comporter aussi élégamment que Lady Ellen. Ils pouvaient lui reprocher ses origines, mais ne trouveraient rien à redire à ses manières.

Georgiana, de son côté, n'éprouva que le plus grand plaisir pour sa première danse. Lord Alfred dansait tout aussi bien qu'elle se le rappelait, et la conversation coula encore plus facilement maintenant qu'ils se connaissaient si bien. S'il manquait l'excitation du sauvetage qui avait précédé leur première danse, elle appréciait tout autant celle-là, et fut encore plus ravie quand elle découvrir que le colonel Fitzwilliam était parmi les danseurs.

Elle eut d'ailleurs le plaisir d'effectuer la deuxième danse avec son cousin, le colonel, qui la félicita sur sa présentation à la cour et à la société. Edward lui dit qu'il était arrivé la veille au soir, et avait été heureux d'apprendre que tant de membres de sa famille et de ses amis seraient au bal ; ils lui avaient tous terriblement manqué. Les autres danses avant celle du souper se passèrent assez bien – Lady Catherine avait aligné quelques alternatives à Lord Alfred. Elle continua à les présenter à sa nièce et à fortement suggérer qu'ils dansent ensemble. Elle dansa également avec le vicomte Burnley, et réalisa que cela ne la dérangeait pas ; il était bon danseur, bien qu'un peu tape-à-l'œil, et discutait juste assez pour être poli.

Tout de même, Georgiana fut contente quand le vicomte l'accompagna jusqu'à son frère pour la danse du souper. Un tel contraste avec son dernier bal, de savoir qu'elle dansait avec un homme dont elle apprécierait la compagnie pendant le souper ! Elle évoluait gaiement sur la piste de danse et fut très remarquée aussi bien par sa famille que par les autres personnes présentes.

« Georgiana et Lord Alfred semblent très bien s'entendre », dit le colonel Fitzwilliam à Elizabeth, dont il avait réclamé la main pour cette danse.

« Oui, ils ont passé beaucoup de temps ensemble dernièrement », lui dit-elle.

« Darcy approuve ? »

« Oui – je n'ai pas la moindre idée du genre d'interrogatoire que ce jeune homme a subi au White's, mais il semble avoir été jugé acceptable. »

« Je suis sûr que je vais aussi l'apprécier, dans ce cas. »

« Je n'ai pas dit que Darcy l'appréciait, Edward. Vous connaissez assez mon époux pour savoir qu'il faudra du temps avant qu'il n'éprouve une vraie affection pour ce jeune homme. »

Cela fit rire le colonel Fitzwilliam, qui dit : « Oh, Mme Darcy, je ne peux vous dire à quel point, vous tous, et la société anglaise, m'avez manqué. »

Le souper fut aussi ce que l'on pouvait attendre de Lady Catherine. Aucun plat à la mode ne fut oublié, il y avait plus de valets que nécessaire, et Lady Catherine répéta à l'envi tout au long du repas que nul n'avait plus de plaisir qu'elle à regarder les jeunes gens danser et s'amuser.

Elizabeth se trouva blottie au sein de sa famille, et hors de portée de voix de ceux qui pouvaient murmurer contre elle. Elle put donc se détendre un peu, et essayer de se concentrer sur la nourriture devant elle et la discussion au sein de leur groupe. Georgiana, Lord Alfred et le vicomte Burnley étaient assis un peu plus loin, et Georgiana commença à réaliser la grande hostilité que se portaient les deux frères. Elle était complètement du côté de Lord Alfred ; bien que le frère aîné eût été assez plaisant pendant la danse, elle le voyait toujours comme un jeune libertin frivole. A cela s'ajoutait un sentiment d'indignation pour Lord Alfred, car il était clair pour elle que le frère cadet aurait bien mieux géré le domaine, et que la famille allait souffrir du fait qu'il n'était pas l'héritier du duché.

Le reste du bal se déroula comme il avait commencé. Georgiana n'avait plus la perspective d'une danse assurée avec Lord Alfred, bien qu'elle espérât qu'une valse clôturerait la soirée, comme au bal de Lady Allen, et qu'il l'inviterait une nouvelle fois. Il n'y eut cependant pas de valse ; Lady Catherine était bien trop conservatrice pour de telles choses. Georgiana fut déçue, Kitty le fut plus encore. Et bien qu'elles eussent toutes deux fini leur soirée avec des cavaliers qui étaient fort loin d'être idéaux, elles s'accordèrent toutes deux, dans une discussion à voix basse en rentrant chez elles, que la soirée avait été fort agréable, ce qui était plus qu'elles n'étaient en droit d'attendre d'un bal organisé par Lady Catherine.