Chapitre 10
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- Je savais que ça vous plairait ! Vous me haïssez autant que je vous hais. Nous étions fait pour nous entendre.
- J'avoue que je suis encore surpris de votre appel. Mais maintenant, j'aimerai en savoir plus sur votre mort.
- Le sujet vous intéresse à ce point ? Ou voulez-vous savoir combien de temps vous allez pouvoir profiter de votre nouveau jouet ?
- Cessez ce petit jeu et soyez sérieux. A moins que vous ne sachiez pas ce que cela signifie ?
- Hilarant ! Vous savez, avec un peu d'entrainement, vous pourriez devenir un maître dans le difficile art qu'est l'ironie. Mais, je vois que votre patience s'émousse mon cher !
- J'attends.
- Vous devez sans aucun doute être au courant de notre dernière affaire et de ce qu'il en a résulté.
- Vous avez choisi le poison qui devait tuer votre collègue. Cela m'a fait sourire quand je l'ai appris.
- Cela ne m'étonne pas de votre part, mais c'est qui devait nous tuer.
- Pardon ?
- Cet espèce d'illuminé sadique m'a fait choisir de quelle façon nous allions mourir tous les deux.
Flashback
Il s'agenouille et ouvre sa sacoche. Il en sort deux flacons et deux seringues.
- Vous voulez jouer au docteur ? Ne le prenez pas mal, mais vous n'êtes pas mon genre !
L'homme se relève aussitôt pour lui décocher un nouveau coup.
- Vous devriez vous taire ou vous risquez de ne plus ressembler à grand-chose !
- Je sais, je suis un incorrigible bavard !
Quatrième coup.
- Si vous voulez que je perde du temps à vous calmer, libre à vous.
- Si vous vouliez que je me taise, fallait me bâillonner petit crétin !
Il rigole. Stone voit rouge et lui décoche une série de coups très violents. Le jeune homme a le visage en sang.
- Vous voilà plus calme ! Si je ne vous ai pas bâillonné avant, il y a une raison.
- Dîtes-moi, je suis tout ouïe, articule Tony avec difficulté.
Stone lui jette un regard noir.
- Je sais que vous avez tout découvert et je ne peux malheureusement pas vous laissez partir en vie.
- Ça en fait du monde à tuer !
- Oh, non, un seul suffira.
Tony le regarde, intrigué, il ne comprend pas. Stone observe McGee puis reporte son regard sur lui.
- Vous avez le choix, agent DiNozzo, de décider de quelle façon vous allez mourir !
- Que voulez-vous dire ?
- Voyez-vous, dans ce flacon –il tend sa main droite- se trouve ce qui a tué Gillan. Mort en 36 heures, mais avec un antidote, d'où le nom, Trente-Six. Dans celui-ci –il tend sa main gauche-, il y a un poison tout aussi mortel. Il est le résultat d'un petit accident dans mon labo. A ce titre il est unique. Il tue en deux semaines et n'a aucun remède. Je l'ai appelé Carpe Diem.
- Je ne vous connaissais pas ce côté comique !
Stone ignore l'interruption et continue sur sa lancée.
- À présent, vous allez devoir choisir lequel je vais injecter à chacun de vous.
- Jamais !
Un coup fait office de réponse.
- Alors je choisirai.
Il prend le Carpe Diem et vide le flacon dans une seringue. Il s'approche de McGee. Celui-ci est inconscient et ne réagit pas quand Stone lui saisit le bras.
- Non ! crie Tony. Ne faites pas ça !
Stone approche l'aiguille du bras de l'informaticien tout en répondant.
- Pourquoi je ne le ferais pas ?
- Ça ne vous avancera en rien. Ça ne vous sauvera pas.
- Vous n'avez pas compris, n'est-ce-pas ?
La question est purement rhétorique.
- Alors je vais vous expliquer.
Tout en jouant avec la seringue, le médecin fait part de son raisonnement à l'agent.
- Voyez-vous, je compte garder l'un d'entre vous en otage, empoisonné avec le Trente-Six. Votre équipe sera contrainte d'abandonner les charges qui pèsent sur moi contre l'antidote. Ils pourraient le fabriquer eux-même, mais le délai serait bien trop long et -il désigne McGee- il serait mort avant. Je relâcherai l'autre pour attester que je ne mens pas. Celui-ci sera porteur du Carpe Diem. Ainsi, je suis disculpé aux yeux de la justice et je me venge de vous.
Le vous signifie le NCIS, l'équipe de Gibbs en son entier, tous ceux contre qui il nourrit de la rancune. La main de Stone reprend sa route vers le bras de Timothy.
- Arrêtez ! demande Tony.
- Pourquoi ? souffle Stone exaspéré.
- Parce que j'ai choisi.
À présent, l'homme le regarde intrigué.
- Et ?
- J'ai choisi, reprend Tony. J'ai choisi le Carpe Diem.
Stone se tourne vers lui, triomphant. Une lueur de victoire illumine ses yeux, ou peut-être est-ce de la joie. Pourtant il pose la question :
- Vous êtes sûr ?
Pour Stone, cela ne change rien a ses plans. Quant à Tony, il fixe son coéquipier intensément. Sa décision est prise depuis longtemps. Il n'a jamais été aussi sûr de quelque chose. En fait, il sait que c'est comme ça que cela doit se passer. C'est donc d'une voix ferme et résolue qu'il déclare :
- Oui, sûr et certain.
Stone ne perd pas de temps et injecte le poison à l'agent. Le jeune homme ferme les yeux tandis qu'un feu incandescent se diffuse dans son sang. Il a l'impression de brûler de l'intérieur.
- Sauver votre ami est très chevaleresque de votre part.
L'ironie perce dans la voix qui se veut pourtant sérieuse. L'homme injecte ensuite le produit du second flacon à McGee, toujours inconscient. Enfin il retourne vers DiNozzo.
- Qu'est-ce-que ça fait de savoir qu'on va mourir ?
- Ça me donne une furieuse envie de vous tuer !
Fin du Flashback
- Vous avez choisi le poison qui va vous tuer ? s'exclame Eli. Je m'attendais à ce que vous le laissiez à votre collègue.
- Comme quoi vous ne me connaissez pas.
- Ils savent ?
- Que je vais mourir ? Non.
- Vous croyez vraiment qu'il n'y a pas d'antidote ?
- Oui, j'ai vérifié. J'ai visionné les bandes de vidéo surveillance du labo de Stone, il a dit vrai. C'est par accident qu'il a créé le poison, donc aucun renseignement sur son contenu. Il n'a fait aucune analyse. Il s'est contenté de le tester sur un rat. Il n'a noté aucune observation, tout ce qu'il y a à savoir est dans sa tête. Il est tellement cinglé qu'il a trouvé normal de ne pas faire d'antidote. Il a brûlé le cadavre du rat et détruit les flacons qui contenaient le produit. Il voulait être sûr que personne ne puisse l'identifier. Le seul échantillon qui reste se trouve dans mon corps. Sans savoir ce qu'il m'a injecté, impossible de fabriquer un remède. Et les analyses prennent du temps, surtout quand on ne sait pas quoi chercher.
- Il vous reste combien de temps ?
- Au mieux, une semaine. Du moins, si je cesse toute activité. Mais ce n'est pas mon genre de rester au lit aussi longtemps, encore moins dans un hôpital ! Je ne sais pas si je passerais Noël.
- Cela nous arrange !
- Effectivement.
Le directeur le saisit par le bras et le toise.
- Je veux savoir... Si vous n'aviez pas été condamné, vous m'auriez appelé ?
- Oui.
- Pour faire le même marché ?
- Oui.
Ils sont toujours les yeux dans les yeux. Eli David voit bien que l'homme en face de lui est sincère, pourtant quelque chose l'intrigue : la raison qui a poussé DiNozzo à passer ce marché.
- Ou vous êtes un imbécile ou vous tenez à elle.
- Les deux je suppose. On dit souvent que je suis un idiot et Ziva est mon amie.
- Seulement une amie ?
- Qu'insinuez-vous ?
- Je me demande s'il n'y aurait pas là la raison profonde qui vous a poussé à tuer Michael Rivkin et vous venger lorsque nous l'avons cru morte.
- Maintenant, ou c'est vous l'imbécile ou votre instinct paternel reprend le dessus.
David lui décoche un regard noir.
- Définissons les termes du marché.
- Ils ne l'étaient pas ?
- Vous m'avez très bien compris.
- Après-demain, au soir, vous ferez ce que vous voulez de moi. Je serai votre prisonnier jusqu'à ma mort. Cela vous convient-il, ou souhaitez-vous que nous établissions un contrat avec mention des tortures autorisées ?
Le directeur du Mossad a un regard assassin.
- Espèce de...
- Vous pouvez bien attendre quarante-huit heures avant de me traiter de tous les noms ? Enfin, si vous croyez pouvoir tenir.
- J'ai envie de vous tuer sur le champ !
- Bizarrement, ça ne m'étonne pas.
Eli le saisit par les épaules et l'amène contre lui. Ses mains enserrent son cou et se mettent à le serrer. Rapidement Tony étouffe.
- Vous n'êtes qu'un petit insolent doublé d'un incapable ! siffle Eli. Je ne comprends pas que vous ayez pu intégrer une agence tel que le NCIS !
- Un incapable qui a réussi à abattre un de vos hommes ! articule-t-il difficilement.
La phrase produit son effet. David le lâche et l'agent s'écroule au sol en toussant. Il se masse le cou et tente de reprendre sa respiration. Eli s'accroupit à sa hauteur. Collant sa bouche à son oreille, il murmure :
- J'ai hâte d'être dans deux jours DiNozzo. J'aurais grand plaisir à vous faire souffrir.
Il se redresse et s'en va sans un regard en arrière.
Tony est pris d'une quinte de toux. La neige immaculée se teinte d'écarlate. Il essuie le sang au coin de sa bouche.
Il en est sûr maintenant, il ne passera pas Noël.
