Bonjour bonjour~
Vous ne rêvez pas, il y a bien eu deux updates ce mois-ci! J'ai été prise d'une vague de motivation et d'inspiration alors... Me voici. J'essaierai de maintenir la cadence en août...
Disclaimer: la plupart des personnages nommés appartiennent à Hidekaz Himaruya.
A propos de ce chapitre: deux personnages d'Hetalia font leur apparition... Il me semble que Kiku a été demandé plusieurs fois, non?
Sinon, bonne fête nationale à mes lecteurs belges! Si vous vous baladez dans Bruxelles demain avec une pancarte "Je cherche Niniel", je vous promets de venir vous dire bonjour~
Réponse à la review anonyme de Chocobonmimi : Merci pour ta review! T'inquiète, ton retour m'a fait très plaisir! Suisse a déjà un rôle défini, il attend sagement (enfin tout est relatif, on parle de Suisse...) que j'aie besoin de lui... Canada... Pourquoi pas? A la base il avait un rôle mais je ne pense pas pouvoir l'exploiter ainsi... Ah, ces changements de scénario! Ravie que ce chapitre t'ait plu, de même qu'Henri (mon chouchou aussi. A la base, il n'était même pas prévu, résultat, il apparait dans quasiment tous les chapitres xD) et le LietPol! C'est définitivement un couple sur lequel je n'écris pas assez... Oulala, sous la menace, je vais être obligée de changer la trame 8D Non je plaisante, Feliks ne devrait pas trop souffrir... Je ne dirai rien pour le Spamano et leurs enquêtes respectives, je te laisse découvrir par toi-même avec ce chapitre! ;) J'espère que tu n'as pas trop suffert... Au moins, pas trop longtemps :3 Ton PS m'a fait troooop plaisir, je me demandais justement si les gens lisaient mes petites notes sur les cocktails x) Bon, ça me rassure si tu as aimé, parce que j'ai moi-même jamais goûté *honte* Bye-bye et à bientôt j'espère !
Je vous laisse avec ce chapitre, en espérant qu'il vous plaira. N'hésitez pas à laisser une review ~
Chapitre XI : I need the truth
Mardi 22 juillet 2014.
Lorsque Lovino se réveilla pour de bon le lendemain matin, quelques heures à peine après être revenu de chez Louise, il éprouva un certain sentiment de culpabilité. Lorsqu'Antonio, debout depuis un moment, était venu l'embrasser avant de partir, l'Italien s'était délibérément tourné de l'autre côté.
Il se sentait un peu coupable… Car il avait manqué de discrétion. Maintenant, probablement qu'Antonio allait s'imaginer qu'il avait fait quelque chose de mal qui justifierait l'attitude ronchonne de Lovino… Et qu'il tenterait de savoir quoi. Or, il n'y avait aucune raison apparente hormis, bien sûr, le tissu de mensonges dans lequel l'Espagnol s'était probablement enveloppé depuis leur rencontre.
Avec un soupir, l'Italien quitta les couvertures. Il faudrait qu'il se montre de bonne humeur même s'il était couramment plutôt porté sur l'angoisse, et qu'il agisse comme un amant exemplaire, histoire de précipiter l'épisode de ce matin aux oubliettes. Il ne fallait pas qu'Antonio ait des soupçons quant aux soupçons de Lovino.
Cazzo, ma vie est compliquée…
Le mafieux avala deux tasses de café bien fort avant de filer sous la douche et d'enfiler un pantalon beige et une chemise blanche, et de jeter un léger pull-over vert foncé sur ses épaules.
Cette fois, il n'était pas question de se défiler: il devait se rendre au palazzo pour régler quelques affaires. Notamment cette histoire de dealers dont Willem lui avait parlé. Et puis, il devait aussi passer à Il Diavolo de bonne heure pour récupérer la clef USB qui l'attendait patiemment en compagnie de son Beretta dans le coffre de l'arrière-boutique, en vue de son rendez-vous avec Henri de l'après-midi.
Pas de temps à perdre.
Il quitta l'appartement et sauta littéralement dans sa Maserati. Il s'arrêta dans une boulangerie pour acheter deux croissants, mais ne traîna pas plus en route et arriva au bar en moins de cinq minutes. Tant pis pour sa marche matinale.
Bien sûr, l'établissement était encore fermé de si bon matin, aussi Lovino fut-il tranquille pour récupérer la précieuse clef. En l'absence de Diego, c'était Willem le patron, et le blond ne serait certainement pas sur les lieux avant l'après-midi.
Lovino continua sa route vers son lieu de travail, parqua sa voiture dans l'enceinte du palazzo et monta quatre à quatre les volées d'escaliers jusqu'à atteindre le calme de son bureau.
Il déposa le sachet de papier contenant les croissants sur un guéridon, s'enivrant de la douce odeur qui se répandait doucement dans la pièce, et vérifia que la clef USB se trouvait toujours dans la poche de sa chemise. Elle ne le quitterait pas de la journée.
Il venait de se servir un café lorsqu'on frappa doucement à la porte. Il autorisa la personne à entrer après avoir vérifié qu'aucun document compromettant n'était à vue, et Louise fit son apparition.
-Oh. Buongiorno, cara mia. la salua-t-il.
Elle sourit et prit la liberté de s'asseoir dans un des fauteuils de cuir.
-Tu as passé une bonne soirée? demanda-t-elle.
-Oui, c'était parfait! répondit-il.
C'était un petit mensonge, mais il savait que s'il avait eu la tête à la fête, il se serait très bien amusé. Le problème venait donc de lui, et non de l'organisation exemplaire de la jeune femme.
-Et toi? demanda-t-il. Tu es satisfaite?
-Oh, oui! rétorqua-t-elle. Ca me fait toujours plaisir de tous vous voir dans un même lieu. Et ça s'est très bien terminé. Enfin, Willem a dû rester dormir à la maison, mais… Rien de bien inhabituel.
Lovino esquissa un sourire en imaginant l'état dans lequel l'aîné des Vermeulen avait pu terminer.
-Vraiment, je n'ai qu'un seul regret, c'est que Diego n'ait pas été là. ajouta-t-elle, un peu tristement. Tu as eu de ses nouvelles?
-Non, pas depuis deux jours. Tout allait bien pour lui, ne t'en fais pas.
Elle lui adressa un sourire, puis il proposa:
-Une tasse de café et un croissant? Je suis passé faire des emplettes avant de venir.
Elle s'extasia:
-Waw, qu'est-ce que j'aime mon boss. Avec plaisir, Lovi.
Il tiqua au surnom, que lui donnait aussi Antonio. Mais il se retourna de façon à ce que Louise ne s'en aperçoive pas, et en profita pour lui servir une tasse de café, avant de revenir vers elle avec les croissants. Ils s'installèrent côte à côte, et elle le remercia avec un grand sourire avant de reprendre une expression soucieuse et de demander avec sérieux:
-Tu ne m'as pas l'air dans ton assiette, Lovino. J'ai déjà eu cette impression hier, et je constate que ça n'avait rien à voir avec la foule des invités.
Lovino avala une gorgée brûlante de café. Il s'en rendit à peine compte.
–De quoi j'ai l'air, d'après toi? demanda-t-il.
Puisque Louise avait remarqué une anomalie dans son comportement, ce n'était même pas la peine de nier…
-Tu as l'air inquiet. Soucieux. Et… Triste.
-Quelles conclusions tires-tu, alors?
-Hé bien, j'ai l'habitude de te voir contrarié et anxieux pour le travail… Mais puisque tu me parais triste, je dirais qu'il n'y a pas que ça. Il s'est passé quelque chose avec Antonio.
Ce n'était pas une question. Le ton de Louise était d'ailleurs à peine hésitant.
Lovino soupira.
-J'ai… Des doutes.
-Sur?
-Son honnêteté.
Louise le dévisagea, effarée.
-Tu veux dire…? Enfin, quoi? Il te trompe?
-Non, je ne crois pas.
-Alors quoi? Il serait un espion d'une autre famille?
Lovino la regarda à son tour, interloqué.
-Putain, pourquoi pas? J'y avais jamais pensé, mais ça aurait du sens. Tu… Tu te souviens, le soir où je l'ai rencontré… C'était à l'hôpital, je me suis fait tabasser par des petites merdes qui auraient très bien pu être engagées par Dieu sait qui pour me blesser suffisamment pour que j'aille à l'hosto, et puis il suffisait de me mettre dans la même chambre et bam! Je me suis fait avoir comme un…
-Non, Lovi. le coupa-t-elle avec force. Oublie ce que j'ai dit. Ce n'est pas possible.
-Et pourquoi ça?
-Il y a trop de paramètres hasardeux… Qui aurait pu prévoir que tu allais te saouler, ce soir là? A moins de lancer une opération sur le vif après t'avoir observé toute la soirée, je ne pense pas que c'était réalisable. Souviens-toi, tu étais censé passer la soirée ici. Si Roderich ne nous avait pas rendu une petite visite de courtoisie, c'est ce que tu aurais fait, et Sissi est peut-être un salopard et un lâche, mais il ne frayerait pas avec une autre famille. De plus, il aurait fallu être sûr que tu sois pris en charge par le médecin à la solde de tes agresseurs, à moins bien sûr que tu ne partes du principe qu'ils aient acheté tout l'hôpital… Or ils ne pouvaient même pas prévoir que tu irais à l'hôpital, vu que nous avons un service médical compétent ici. Et le pauvre Antonio aurait dû se démerder pour avoir une intoxication alimentaire sur commande. Ca ne te paraît pas un peu gros?
Lovino passa une main sur ses yeux.
-Si. Alors notre rencontre ne peut être qu'un hasard, quelque soit l'occupation d'Antonio. soupira-t-il. C'est déjà ça. Moi j'avais pensé à Interpol, ou la police… Mais rien ne me paraît très plausible. S'il était sous couverture, à moins d'être médiocre, il ne me laisserait pas des indices gros comme des maisons.
-Qu'est-ce qui t'a permis de tirer ces conclusions?
-Il a un attaché-case.
-Hum… fit Louise, pensive. A moins qu'elle ne soit un leurre, cette mallette ne serait en rien utile à un policier… Il y a un truc qui me chiffonne dans cette histoire.
-Oui? l'encouragea Lovino.
-Toi et lui ne faites que vous croiser, n'est-ce pas? Il travaille toute la journée.
-C'est exact, mais…
-Justement, Lovi. Il travaille. Et je ne pense pas que tu l'aies aperçu rôder derrière toi?
-Non, mais…
-Donc voilà ma théorie: si il travaille réellement pour un service du genre Interpol ou la police, tu n'es pas sa mission. Ce n'est pas sur toi qu'il travaille. Ce qui expliquerait son emploi du temps. Vous vous êtes rencontrés complètement par hasard sans intervention extérieure, vous avez bâti une relation en gobant chacun la couverture de l'autre, et maintenant tu es en train de percer la sienne.
Lovino termina sa tasse de café et dit faiblement:
-Ca aurait du sens… Si tu crois à la malchance chronique du pauvre type que je suis qui tombe sur le mec parfaitement imparfait pour lui.
-Ecoute, ce n'est qu'une théorie. Et je pense qu'elle est plus réjouissante que celle selon laquelle Antonio est un connard qui attend la première occasion pour te coffrer.
-Tu marques un point.
-Néanmoins, il n'y a qu'une seule façon de s'assurer de la vraie nature d'Antonio.
-Je vais devoir le filer.
–Pas toi, mais quelqu'un de confiance, discret, et qu'il ne connaît pas.
-Henri travaille la journée, et c'est à ce moment là que j'aurais besoin de lui.
-Il reste Kiku. Tu sais bien que tu peux lui faire confiance. déclara Louise. Il est discret et muet comme une tombe. De plus, c'est un ancien fidèle de Roméo. Il sera ravi que tu reviennes vers lui. Et si tu lui demandes de se taire, il n'en dira mot à Feliciano.
L'Italien avala la dernière bouchée de croissant et prit le temps de déglutir avant de conclure:
-Encore une fois, tu as raison sur toute la ligne. Je parlerai à Kiku demain.
oOo
Le temps était maussade en cet après-midi de juillet, aussi Henri attendait-il Lovino à l'intérieur du News Café où ils avaient rendez-vous.
Et bien sûr, le jeune banquier dû attendre pendant dix bonnes minutes que le mafieux daigne se présenter à lui et s'affaler sur une chaise.
-Salut, patron. Tu as une sale tête, aujourd'hui.
-Ta franchise me fait chaud au cœur. assura Lovino. Quant à toi, je dirais que tu as un peu trop tenté de rivaliser avec ton frère hier soir.
-Ne m'en parle pas! fit Henri avec un mélange d'agacement et de douleur en se massant les tempes. Mon crâne me fait horriblement souffrir.
-Laisse-toi grandir avant d'essayer de tenir l'alcool.
-Mais je tiens! s'offusqua Henri. C'est jusque je ne voulais pas que ce bon vieux Will se sente seul dans son ébriété.
-Le petit frère exemplaire! commenta Lovino.
-J'ai pris la liberté de nous commander deux cappucinos. l'informa Henri.
-Tu as bien fait! Je carbure au café depuis ce matin, je ne vois pas pourquoi je m'arrêterais maintenant.
Lovino saisit la clef USB dans la poche de sa chemise et la fit glisser sur la table une fois que la serveuse eut apporté leur commande.
-Tout est là. dit-il. Rassemblé par Diego.
-Je m'occuperai de ça vendredi soir. J'irai à l'Université et je me faufilerai parmi les étudiants, et nul ne retrouvera jamais ma trace… Car ils rechercheront un nom qu'ils ne trouveront jamais parmi 150 000 suspects potentiels, et je doute qu'ils s'y collent.
-Et tu vas cracker le système informatique de la Sapienza, alors? demanda Lovino avec un haussement de sourcils.
-Rien de plus facile, mon cher. Il suffit d'avoir la main.
-Ca me dépasse complètement. avoua Lovino.
-C'est pour ça que tu m'engages… Et accessoirement parce que je suis le meilleur! ajouta Henri avec un grand sourire triomphant.
oOo
Lorsqu'Antonio rentra du boulot ce soir là, il eut l'agréable surprise de voir Lovino l'accueillir dans le couloir.
-Bonsoir. dit celui-ci en déposant un tendre baiser sur les lèvres de l'Espagnol.
Il devait bien avouer que, malgré les doutes et les soupçons, ça restait agréable.
Antonio approfondit leur baiser, mais Lovino y mit bientôt fin avec un petit rire.
-J'ai une bonne nouvelle! dit-il d'un ton enjoué qui sonnait un peu faux à ses propres oreilles –fort heureusement Antonio ne sembla pas s'en apercevoir. Je commence plus tard aujourd'hui, donc nous allons dîner ensemble!
-Oh… En effet, c'est même une excellente nouvelle!
Antonio le suivit jusqu'au salon, et embrassa sa tempe avant de poursuivre son chemin jusque dans la chambre, où il rangea son attaché-case et sa veste. Il ôta également ses chaussures de façon à être complètement à l'aise dans un jean foncé et une chemise blanche.
-Je nous ai préparé une pizza. annonça Lovino à son retour dans la cuisine.
-Et elle sent divinement bon! commenta Antonio avec enthousiasme.
Il vint se placer derrière son amant, toujours aux fourneaux, et se mit à l'embrasser dans le cou tout en posant ses mains sur ses hanches. Lovino rejeta la tête en arrière pour profiter de la délicate attention, mais il murmura:
-Si tu es sage… Nous irons plus loin à mon retour.
-Je me montrerai exemplaire! promit Antonio avec un sourire attendri avant de s'écarter pour laisser son compagnon tranquille.
Il s'occupa de mettre la table et de choisir une bouteille de vin appropriée, alluma quelques bougies et attendit l'Italien qui arriva bientôt avec sa création particulièrement appétissante.
Lovino redoutait un peu le moment du dîner… Il ne savait pas quels sujets de conversations aborder pour éviter de le trahir. Fort heureusement, il était arrivé une mésaventure à Antonio sur la route et la discussion dévia sur les voitures et la circulation à Rome. Puis, lorsqu'Antonio fut entièrement conquis par la préparation culinaire du jour, ils parlèrent de cuisine et des spécialités italiennes qu'il avait déjà eu l'occasion de goûter. Finalement, Antonio proposa de l'emmener dans un restaurant espagnol le samedi soir, ce que Lovino accepta. Il était dans un bon jour, après tout.
Mais vint enfin le moment de quitter Antonio pour rejoindre un monde dans lequel, paradoxalement, il se sentait plus à l'aise ce soir. L'époque où Lovino se sentait libre et libéré de tout souci en la présence d'Antonio était révolue…
oOo
Lovino rentra chez lui, satisfait. Aucun incident n'avait été déploré ce soir. Il avait dépêché une équipe de gros bras supplémentaires pour assurer la défense de leur quartier et des rues, et il en était fier: leur chef, Gupta, avait été recruté par ses soins plusieurs années auparavant et il ne cessait de satisfaire Lovino, prenant toujours de bonnes initiatives et partageant son goût des choses bien faites. Il menait sa troupe d'une main de maître et leur nouvelle affectation semblait l'enchanter. Si besoin, il se ferait une joie de taper sur quelques intrus.
N'ayant pas oublié la promesse faite dans la soirée, Antonio n'était pas encore couché lorsque Lovino arriva dans l'appartement. Il était en fait assoupi dans le divan, attendant son amant jusqu'au petit matin.
Le claquement de la porte le réveilla et le fit sursauter, ce qui lui permit de retrouver ses esprits.
A son tour, il vint accueillir Lovino, qui se débarrassa de ses chaussures et de son pull.
-L'effeuillage commence déjà? demanda Antonio avec une lueur d'amusement et de désir dans les yeux.
Pour tout réponse, l'Italien se jeta sur ses lèvres et ils échangèrent des baisers passionnés tout en progressant pour atteindre le canapé. Là, Lovino entreprit de dévêtir son amant et le surplomba de tout son long. Ce serait lui qui mènerait la danse ce soir.
Bientôt, ce ne fut plus que respiration haletante, soupirs, gémissements, tendresse, caresses et plaisir, avant qu'ils ne sombrent tous deux dans un sommeil profond et satisfait.
oOo
Mercredi 23 juillet 2014.
Les deux amants se réveillèrent dans les bras l'un de l'autre, encore étendus dans le canapé et nus comme des vers. Lovino ouvrit les yeux le premier, et sourit face à la situation, avant de se relever et de repêcher un caleçon –celui d'Antonio, mais peu importait– pour aller préparer le café. Du moins en avait-il l'intention, mais une main attrapa son poignet, et il se retourna pour faire face à Antonio, tout sourire, qui l'attira contre lui pour l'embrasser.
-Bonjour… murmura-t-il à l'oreille de Lovino. Dis-moi… Ce ne serait pas mon caleçon que tu portes?
-Hum, c'est bien possible. Mille excuses. Je pense que tu vas devoir me dévêtir à nouveau pour le récupérer…
Lovino se défit de l'étreinte de son compagnon avec un sourire mutin, et partit en trottinant vers la cuisine. Son rire fusa dans l'appartement quand Antonio l'entoura de ses bras par derrière et lui souffla dans la nuque. L'Italien tenta de se débattre un peu, pour la forme, mais il devait bien avouer que cette étreinte était trop agréable que pour vouloir la quitter avec force.
Ils procédèrent finalement à un échange de caleçons, et Lovino put se concentrer sur sa tâche: préparer le café. Après leur nuit de folie, ils avaient tous les deux besoin d'une forte dose de caféine pour démarrer la journée.
Antonio grilla quelques toasts et sortit du frigo de quoi les garnir. Quant à Lovino, le regard perdu dans le vague, ses yeux se posèrent finalement sur l'immeuble d'en face. Au deuxième étage, sur le balcon, une silhouette était assise contre le mur, jambes croisées, et fumait une cigarette dans la lumière vive du matin. Elle détourna le regard, mais pendant un bref instant, Lovino eut l'étrange sensation que la silhouette scrutait son appartement.
oOo
Il était 10 heures du matin.
Kiku Honda versa l'eau brûlante sur les feuilles de thé, dans une théière traditionnelle en terre cuite.
On sonna à la porte. Son visiteur arrivait enfin.
Il laissa le thé infuser pendant qu'il traversait l'appartement, vérifiait l'identité du nouveau venu par le judas, et lui ouvrit la porte.
-Bonjour, Lovino. Bienvenue. fit Kiku en s'inclinant légèrement.
-Bonjour, Kiku! répondit Lovino un peu gauchement –le salut de Kiku le mettait toujours mal à l'aise, mais il choisit de l'imiter. Et merci de m'accueillir ici.
-Il m'a semblé comprendre que vous aviez besoin d'un endroit plus privé. Parce que vous avez besoin d'un service privé, n'est-ce pas?
-On peut dire ça, oui.
Lovino le suivit plus loin dans l'appartement. Kiku l'invita à s'asseoir autour d'une table basse carrée, tandis que le Japonais continuait vers la cuisine pour leur apporter du thé.
L'Italien, assis sur les talons, regarda le contenu de sa tasse d'un air dubitatif, mais goûta quand même le breuvage par respect pour son hôte. Et il fut assez surpris d'apprécier la saveur épicée du thé.
-Que puis-je faire pour vous, Lovino? demanda calmement Kiku en posant sur lui son regard impénétrable.
Le plus jeune prit une profonde inspiration et se jeta à l'eau.
-J'aurais besoin que tu files quelqu'un. Tu es la seule personne suffisamment discrète en qui j'ai totalement confiance pour cette affaire.
-Vous me faites un grand honneur… Je serai ravi de remplir cette mission. De qui s'agit-il?
-De mon… Compagnon. fit Lovino avec gêne.
Il plongea dans sa tasse de thé pour cacher son trouble.
Kiku s'abstint de tout commentaire, et ne demanda pas non plus de raison à cette méfiance conjugale.
-J'ai seulement besoin que tu le files pendant une journée, peut-être moins… De son départ de mon appartement le matin, jusqu'à ce qu'il atteigne son lieu de travail. En fait, je veux surtout savoir où il travaille. Les mensonges ne sont plus très efficaces, et il se pourrait que… Que sa profession se révèle être un problème.
-Je peux m'en charger demain, si cela vous convient.
-C'est… Ce serait parfait. Je veux seulement que tu le suives. Pas de photos, sauf s'il parle avec des gens… Si possible, donne-moi l'adresse où il travaille. Ensuite, tu me feras ton rapport. Je serai au Palazzo toute la journée, mais tu pourras m'appeler n'importe quand. Et, bien sûr, ne te fais pas repérer. C'est tout ce que je te demande.
-Vous savez que c'est l'une de mes spécialités.
oOo
Jeudi 24 juillet 2014.
Falco ouvrit violemment les yeux lorsqu'il entendit son téléphone sonner dans sa poche. Il s'était assoupi. En pleine mission. A croire que celle-ci ne le passionnait pas vraiment. A vrai dire, il avait hâte de passer aux choses sérieuses.
Le message venait de son boss. Encore un SMS pour s'assurer qu'il était vivant. Comme s'il en avait quelque chose à foutre.
Pour faire passer sa fatigue passagère causée par plusieurs nuits de veille et de courtes phases de sommeil, le jeune homme saisit la bouteille d'eau qu'il gardait en permanence à côté de lui et s'en jeta au visage. Au moins, ça lui éviterait de se rendormir pour un petit moment.
Actuellement, l'appartement était calme. Pas de mouvement aux fenêtres, l'activité des deux occupants lui était cachée.
Après quelques minutes, le jeune observateur put discerner quelque chose. Un homme –pas le mafieux, l'autre– venait de traverser l'appartement, s'exposant à chaque fenêtre, en buvant sa tasse de café.
Comme tous les matins.
En quelques jours de guet, Falco en avait appris un rayon sur les habitudes de vie des deux hommes.
L'occupant de l'appartement sortit du bâtiment et, son attaché-case à la main, traversa la rue de sa démarche habituelle pour –apparemment– rejoindre son lieu de travail.
Rien qui ne change de l'ordinaire, donc.
Quoique…
Attendez, si. Cet homme asiatique sorti de nulle part et qui prenait exactement la même direction que le compagnon de Romano, ça, c'était de l'inédit.
oOo
Kiku était, selon tous, un fileur exemplaire. Les gens plaisantaient souvent en disant qu'il avait dû hériter de ses ancêtres quelques dons de ninja.
Encore une fois, son talent faisait ses preuves.
Il avait l'air de se balader dans la rue, marchant d'un pas déterminé qui laissait croire aux passants rencontrés qu'il ne s'agissait pas d'une errance, mais d'une promenade avec un but. Il portait un costume simple et une sacoche au côté qui laissaient penser qu'il partait travailler. En vrai, il suivait quelqu'un à distance respectable et se rendait complètement à l'opposé de son lieu de travail, mais soit. L'essentiel était l'apparence.
Il avait renoncé à porter un chapeau, ce qui aurait été pratique pour dissimuler son visage, mais qui ne s'accordait pas avec sa tenue. A moins de porter un Borsalino, mais on rentrait trop dans le cliché du mafieux. Alors, il avait opté pour des lunettes de soleil, que la plupart des gens arboraient dès le matin pour se protéger des rayons plus bas.
Tout se passait bien pour le moment. Kiku n'avait jamais vu sa cible se retourner ou agir comme quelqu'un qui se sait suivi.
Au bout d'un moment, il devint évident que l'homme ne travaillait pas dans le privé. Il se rapprochait au contraire du quartier des affaires…
Lorsque Kiku vit Antonio rentrer dans un bâtiment, il se figea.
Le building était celui d'Interpol.
oOo
Lovino était plongé dans le dossier des deux dealers interceptés trois jours plus tôt. Louise avait investi son bureau pour classer les derniers documents relatifs à leurs projets espagnols.
Il régnait dans la pièce un silence seulement brisé par le bruit des pages tournées ou du glissement d'un porte-plume sur du papier.
La sonnerie du téléphone de Lovino retentit soudain, les faisant tous deux lever la tête de leur ouvrage. Voyant apparaître le numéro de Kiku, l'Italien décrocha aussitôt.
-Je ne vous dérange pas?
-Je t'ai dit que tu pouvais appeler quand tu voulais. rétorqua Lovino. Ca s'est bien passé?
-Très bien, il ne m'a pas repéré. Je ne crois pas, du moins. Néanmoins, la fin du voyage m'a assez surpris.
-Qu'est-il arrivé?
-Ma cible s'est arrêtée devant un building et a discuté avec deux personnes… Avant qu'ils ne rentrent ensemble dans l'immeuble. C'est ce dernier qui m'inquiète.
-Pourquoi?
-C'est le siège d'Interpol.
Lovino faillit lâcher le téléphone. La rage montait en lui à mesure qu'il perdait sa capacité de réflexion.
Il ne put que prononcer un vague "merci, Kiku" avant de raccrocher.
Et d'envoyer valser l'appareil à l'autre bout de la table de travail qu'il occupait.
-Merde! lâcha-t-il avec colère.
Il se prit la tête dans les mains et tenta de se calmer. En vain.
Il ne savait plus s'il était en colère contre lui-même parce qu'il s'était laissé avoir, ou bien s'il en voulait à sa malchance d'être tombé sous le charme d'un agent d'Interpol, ou encore s'il était fou de rage parce qu'Antonio était simplement ce qu'il était.
Une chose était sûre… Tout ceci faisait d'eux un couple de menteurs. Restait à savoir ce qui, dans leur relation, avait été sincère.
Lovino sentit des bras délicats l'enlacer par derrière. Louise posa sa tête sur son épaule et lui demanda:
-Qu'y a-t-il? Parle-moi.
Sa voix était douce. Elle ne voulait pas le brusquer. Elle ne voulait pas non plus l'obliger à se confier s'il ne le voulait pas, elle tenait simplement à lui faire comprendre qu'elle était là, prête à écouter tout ce qu'il dirait, prête à tout entendre.
-…C'était Kiku. finit par dire Lovino d'une voix brisée.
Louise comprit qu'il allait continuer, aussi s'écarta-t-elle de lui et s'assit-elle sur le bureau pour lui faire face.
-Il a suivi… Antonio ce matin. poursuivit-il. Et… Il est rentré dans les bâtiments d'Interpol.
Louise eut une grimace. Ca n'annonçait rien de bon.
-Comment tu prends les choses? se risqua-t-elle à demander.
-Là, maintenant? fit-il avec un rire amer. J'enrage. Je sais plus quoi penser, je sais plus si je l'aime suffisamment que pour passer au-dessus de ça, je sais plus si je dois le prendre au sérieux quand il dit qu'il m'aime, je sais plus si je peux lui faire confiance, je sais plus si je peux me permettre de rester avec lui, et je ne sais plus si je me remettrai d'une rupture.
-Personne ne parle de rupture, Lovino…
-S'il s'avère qu'il m'utilise, il faudra bien que ça arrive! Et… Je… Je n'en ai aucune envie… compléta-t-il dans un murmure.
-Tu sais qu'il y a des choses dans votre histoire qui n'ont pas pu être planifiées, et…
-Me voilà bien! la coupa-t-il. Comment être sûr qu'il n'est pas au courant de ma vie professionnelle?
Louise soupira.
-Il faudrait voir ce qu'il a dans son attaché-case. Ou alors s'introduire dans son bureau, mais ça ne risque pas de se révéler fructueux.
-Sa mallette est fermée par un putain de code! Je vais pas le torturer pour l'apprendre! s'indigna Lovino. Même si présentement, ça pourrait m'aider à passer mes nerfs…
-Il n'est pas toujours nécessaire de connaître le code pour ouvrir un cadenas, il suffit de savoir s'y prendre et d'avoir le matériel adéquat.
-Mais…
-Il n'est pas dit que votre histoire n'est basée que sur des mensonges, Lovino. Peut-être même que vos sentiments, à tous les deux, sont réels.
Lovino sourit, mais Louise savait qu'il était triste. Ses yeux brillèrent avant que les premières larmes silencieuses ne roulent sur ses joues.
oOo
Lovino ne s'était pas attardé au Palazzo. Il n'avait prolongé son séjour que d'une heure entre ces quatre murs, avant que Louise ne le mette dehors. Ils avaient été manger une salade sur une terrasse ensoleillée, ils avaient discuté de tout, sauf de l'amour et de la mafia, ils avaient savouré la vie entre amis aussi simple qu'elle aurait pu l'être pour eux.
Il lui en était reconnaissant. Louise avait fait son possible pour l'aider. Elle l'avait bien aidé, d'ailleurs. Elle lui avait changé les idées. Ils avaient ri ensemble en repensant à des souvenirs communs, ou bien en imaginant différents scénarios de vie qu'ils auraient pu avoir, ou encore en regardant les gens passer et en leur inventant des histoires plus déjantées les unes que les autres.
Mais ça n'avait été qu'une illusion, après tout. Pendant deux heures, Lovino avait fait comme s'il allait bien. Comme si sa tristesse et sa rage n'existaient pas, ou plus. Pendant deux heures, Louise avait fait semblant de ne rien voir.
Mais c'était terminé maintenant. Elle l'avait confié aux bons soins de Willem, à Il Diavolo, car elle avait rendez-vous avec l'un de leurs collaborateurs pour discuter des prochains arrivages d'œuvres d'art à Rome. Pas le genre de truc où elle aurait pu se faire remplacer, d'autant que l'homme en question avait un énorme faible pour la jeune femme et qu'il était toujours plus enclins aux négociations quand c'était elle qui s'en chargeait.
Elle avait laissé à son frère la consigne claire: "tu ne lui sers pas d'alcool."
C'est pourquoi Lovino se trouvait derrière le bar, une bouteille de Limoncello à la main, et qu'il se servait lui-même quand Will avait le dos tourné pour s'occuper des autres clients.
Ce n'était pas une bonne idée.
Lovino le savait.
Mais qu'est-ce que ça lui faisait du bien de se vider la tête!
Il n'avait aucune envie de rentrer. Pour le moment, Lovino ignorait comment il réagirait face à Antonio, et il vaudrait mieux qu'ils se revoient lorsque l'Italien aurait les idées claires.
Il envoya donc un message à son amant:
On a besoin de moi au bar, je ne rentrerai pas avant 02h00.
Au moins, ça lui laisserait le temps de composer une façade indifférente à ses récentes découvertes, et il ne verrait Antonio pour de bon que le lendemain matin. Il espérait que d'ici là, il parviendrait à dissimuler sa douleur…
Entre deux verres, il essayait de travailler un peu. Il avait apporté son ordinateur portable.
Kiku lui avait envoyé par mail les photos d'Antonio discutant devant le siège d'Interpol avec deux personnes qui étaient loin d'être des inconnus: Gilbert Beilschmidt et Francis Bonnefoy.
Ainsi donc, eux aussi étaient d'Interpol. A ceci prêt que, eux, ils avaient su gérer leur couverture. Francis était connu par des dizaines de clients comme l'un des patrons du Lettre à France.
Quant à Antonio… La sienne n'avait pas été assez solide.
Lovino espérait que celle qu'il s'était bâtie survivrait.
Le mafieux ne parvenait pas à détacher les yeux des clichés. Des yeux rieurs d'Antonio, de son sourire enchanteur.
Constater qu'il était sous le charme n'eut sur Lovino que l'effet de le foutre un peu plus en rogne.
Antonio, si tu as le malheur d'avoir fait de moi ta mission, sache que tu feras mieux de retourner en Espagne, parce que toute l'Italie connaîtra ta couverture et celle de tes petits camarades. J'en fais le serment.
oOo
Vendredi 25 juillet 2014.
Henri Vermeulen avait toujours trouvé cela étrange que les universités soient ouvertes pendant les vacances. Mais pour le coup, ça arrangeait bien ses affaires.
Il n'eut aucun mal à trouver son chemin jusqu'à la bibliothèque de La Sapienza. Après tout, il avait étudié dans cette université. Et il avait encore l'âge de s'y trouver, d'ailleurs. Ah, ça avait du bon d'être un surdoué.
Il s'assit à une table presque libre, dans un coin exempt de caméras de surveillance. Elle était seulement occupée par une femme qui devait avoir passé les 25 ans et travailler sur son doctorat. Rousse, elle était jolie et elle sourit à Henri lorsqu'il s'installa en face d'elle, à deux places sur la gauche.
Henri lui rendit son sourire et ouvrit son ordinateur. Il ne lui fallut pas cinq minutes de manœuvres pour avoir accès au réseau de l'Università. Là, il masqua son adresse IP et se rendit sur Internet pour pouvoir commettre son méfait.
C'était presque trop facile!
Il téléchargea sur la toile le dossier d'Elizabeta.
Voilà. C'était fait. Définitivement pas aussi excitant que de hacker la base de données d'Interpol, mais c'était un bon délassement après une journée de travail éreintante et écourtée à la banque.
Il prévint Lovino que l'ouvrage était fait, et pendant un instant, il savoura le sentiment que son action allait provoquer de grands bouleversements dans le monde de la mafia.
Peu importait qui était Elizabeta Hedervary. D'ici quelques heures, elle ne serait plus personne.
oOo
Il était rare que Feliciano quitte le Palazzo Impero. Mais cette semaine, il avait décidé de répondre à une invitation et de commencer son week-end un peu plus tôt.
Il avait quitté Rome pour retrouver quelqu'un à l'extérieur de la ville, dans une maison de campagne agréable. Il se trouvait sur une terrasse baignée par le soleil déclinant de l'après-midi qui donnait sur un vaste verger, et il avait le regard perdu dans les yeux azur qui lui faisaient face.
Ils savouraient des cafés frappés.
Lui, Feliciano Vargas, enfin libre d'être lui-même pour quelques jours de repos après avoir passé des semaines enfermé dans son domaine romain, un masque toujours à portée de main pour rencontrer associés, émissaires de partenaires, subordonnés de bas étage ou rivaux.
Débarrassé de son masque, son interlocuteur pouvait admirer ses traits jadis candides, aujourd'hui marqués par les soucis amenés par les responsabilités. Un beau visage altéré par la fatigue, qui se manifestait sous la forme de légers cernes sombres sous les yeux ambrés.
Feliciano avait maigri un peu au cours des dernières semaines. Ses pommettes saillaient plus qu'auparavant, et ses poignets semblaient si fragiles…!
Toutefois, Ludwig n'était pas alarmé. Car le divin sourire du jeune italien restait le même. Le même que celui qu'il connaissait depuis près de vingt ans.
Et il était là aussi. Lui, Ludwig Beilschmidt. L'ami d'enfance de Feliciano, son amant secret. Ils avaient décidé d'un commun accord de passer leur relation sous silence, pour leurs propres sécurité et tranquillité.
Ils s'étaient rencontrés dans le milieu familial. Le père de Ludwig était un ami de longue date de Romeo Vargas, il dirigeait d'ailleurs l'agence immobilière qui s'occupait des affaires de l'Impero –légales comme illicites, même si cette seconde partie restait l'apanage du père, Ludwig répugnant à enfreindre la loi. Avec les années, il avait passé le flambeau à son fils, mais restait présent dans les affaires de l'agence.
Le jeune homme devait alors avoir huit ans lorsqu'il était allé pour la première fois au Palazzo Impero, et lorsque le petit Feliciano avait brisé la glace en l'invitant à prendre part à ses jeux.
Leur amitié avait toujours été inébranlable.
Et aujourd'hui, il était là, dans sa maison de campagne, à contempler l'homme qu'il aimait. Avec l'âge, il avait grandi, et dépassait Feliciano d'une bonne tête. Sa carrure s'était développée, mais son visage, bien qu'empreint de sévérité, était doux et même tendre lorsqu'il était en présence de son compagnon.
Ce dernier babillait. Il était éreinté par ces dernières semaines, qui avaient été douloureuses d'un point de vue psychologique à cause de la perte de Romeo, et fatiguantes à cause de sa prise de fonction. Pourtant, le plus jeune se contentait de dire à Ludwig à quel point il était heureux: son frère était revenu vers lui, et pour ça, Romeo aurait été fier de lui.
Il passait volontairement sous silence les tuiles qui leur étaient tombées dessus. Ludwig n'aimait pas particulièrement le milieu dans lequel évoluait Feliciano, et tant que le jeune homme était en sécurité, et heureux, c'était tout ce qui lui importait.
Mais quelque chose ruina l'instant.
Le destin se présenta sous la forme d'un coup de téléphone. Feliciano fut tenté de l'ignorer, mais puisque Roderich avait reçu la consigne de ne pas l'appeler sauf urgence et qu'il téléphonait quand même, c'était peut-être parce qu'il y avait une urgence.
-Feliciano?
La voix du Senatore lui sembla paniquée.
-Oui. Que se passe-t-il?
L'Imperatore s'était exprimé assez froidement. Un ton qui surprit Ludwig, tant habitué au chaleureux Feliciano.
-On a un problème. Quelqu'un a balancé Elizabeta sur Internet.
-…Quoi?
-Ils ont tout, Feli. Ses identités, ses adresses, son tableau de chasse, absolument tout. Et tout est sur le net.
-J'arrive.
-Mais…
-J'ai dit "j'arrive", Roderich. On doit régler ça.
-Bon. Elle est ici en ce moment. Je veille sur elle.
-Ne laissez personne entrer au Palazzo.
Il raccrocha, excédé. On ne voulait définitivement pas le laisser profiter de son week-end.
Ludwig le regardait, consterné.
-Je suis désolé, Ludwig. dit Feliciano avec tristesse.
Il se leva et embrassa le front de son amant, avant de lui prendre la main et de le mener jusqu'à l'avant de la maison, où attendait la Ferrari du chef de famille.
-Je serai de retour ce soir. promit Feliciano.
Le blond acquiesça, avant de l'attirer contre lui et de l'embrasser. L'Italien dut se hisser sur la pointe des pieds pour répondre au baiser.
A regret, ils se séparèrent et le brun sauta derrière le volant, avant de démarrer en trombe et de reprendre la route vers Rome.
oOo
Feliciano conduisait dans une sorte d'état second. Ce n'était pas dans son caractère, mais il sentait la rage monter en lui. Son visage était en feu…
Son arrivée à la tête de l'Impero n'avait pas été facile, au contraire. Ca avait été moralement éprouvant. Il avait beaucoup souffert de la mort de son grand-père. Romeo Vargas était l'homme qui l'avait élevé, qui avait fait de lui l'homme qu'il était, qui l'avait toujours soutenu, et enfin… C'était probablement le premier à lui avoir fait confiance, à lui, Feliciano, le jeune garçon timide et maladroit que rien, hormis le sang, ne destinait à la mafia. C'était Romeo qui avait appris à son petit-fils à avoir confiance en lui-même lorsque tous doutaient de lui.
Jamais personne d'autre que Rome n'avait vu en Feliciano l'étoffe d'un Imperatore. Et il avait défié la famille en le désignant comme son successeur.
Mais le jeune Italien n'avait même pas pu le pleurer. Il n'avait pas pu partager le deuil de sa famille. Car on attendait de lui qu'il soit fort et qu'il se montre digne de son titre. Un titre qu'il n'avait jamais convoité, mais qu'il avait endossé par respect pour son grand-père. C'était une des seules choses qu'on l'avait autorisé à faire. Les larmes, la peine… Il avait dû s'en passer.
Ce qui ne l'avait pas empêché, lorsqu'il se retrouvait seul dans ses appartements, de laisser libre cours à son chagrin. Combien de fois Ludwig avait-il dû recoller les morceaux? Car oui, Feliciano était brisé. A l'intérieur. Les conflits fraternels l'attristaient, et il ne pouvait rien faire pour les arranger; car il n'avait rien fait de mal. Lovino avait simplement décidé de le détester et de s'écarter de lui, et la réconciliation des deux frères dépendait uniquement du bon vouloir de l'aîné. La résistance mentale de Feliciano était déjà bien entamée lorsque Romeo avait été assassiné, et désormais, il était las. Las de souffrir, las qu'on le trahisse, las qu'on s'en prenne à la famille. Et blessé qu'on attaque ainsi l'une de ses subordonnées.
Il n'avait jamais imaginé qu'être le boss serait facile. Mais le destin ne le gâtait pas pour le moment. Il passait de situation de crise en situation de crise. Et on ne lui laissait pas le temps de prendre ses marques dans ses fonctions. Tout le monde exigeait des réponses dans la seconde. Il n'avait pas le temps de considérer toutes les conséquences des solutions choisies. Il s'en remettait un peu trop à Roderich, il le savait. Parce que l'Autrichien avait une vision bien plus globale que lui, et qu'il pouvait imaginer les implications de telle ou telle action.
Feliciano fut tiré de ses réflexions par un violent coup de frein qu'il dut donner pour éviter d'emboutir la voiture de devant, à un carrefour.
Il avait un peu exagéré pour la vitesse. Conduire dans un tel état pouvait s'avérer dangereux, apparemment.
L'imposante grille du Palazzo s'ouvrit bientôt devant lui, et il laissa sa voiture devant l'entrée. Il monta les escaliers quatre à quatre et poussa la porte de son bureau pour y découvrir Roderich et Elizabeta. Si l'homme portait la colère inscrite sur son visage, la jeune femme quant à elle semblait plus sous le choc qu'autre chose.
-A-t-on retrouvé le coupable? demanda Feliciano d'emblée.
-Kiku essaie de le traquer. Mais il a dit qu'il avait affaire à un adversaire de taille, ce ne sera pas facile. Il est même plus que probable qu'on ne le retrouve jamais.
Roderich lui présenta un ordinateur ouvert sur la page consacrée à Elizabeta. Ces cinq identités étaient étalées là, accompagnées des meurtres qu'on attribuait à chaque tueur et de leurs planques.
Elizabeta n'avait nulle part où aller. Plus aucun endroit n'était sûr. Elle serait peut-être traquée par des mafieux désireux de venger un patron, un ami, un frère.
-Comment ont-ils eu accès à toutes ses données? demanda l'Imperatore.
-S'ils ont pu aussi bien se cacher sur le Net, ils ont peut-être eu accès à nos données. avança la jeune femme.
-Mais…
Feliciano ne termina pas sa phrase. Il n'avait pas envie de formuler tout haut l'idée qu'il y ait un traître parmi eux.
-Peu importe. finit-il par dire. Maintenant, le plus urgent est de te mettre à l'abri. Tu dois quitter la ville.
-Mais, Feliciano… On a besoin d'elle ici. lâcha l'Autrichien.
-Oui. Mais on a besoin qu'Elizabeta reste en vie, Roderich. Or, je ne sais combien de tueurs elle aura à ses trousses pour venger les meurtres qui sont dévoilés là. Elle est en danger aussi longtemps qu'elle restera ici. Tu es capable d'assurer ma protection seul, il me semble, non?
Roderich porta instinctivement la main à l'intérieur de sa veste de costume. Un Magnum attendait sagement l'occasion de protéger son patron.
-Oui.
-Bien. Je n'ai qu'un coup de fil à passer, je ne serai pas long.
L'Imperatore disparut un moment sur le balcon. Ses deux amis ne surent pas qui il contactait, mais il revint en annonçant:
-Lizzy, fais tes valises. Je t'emmène dans un endroit sûr, où personne n'ira te chercher.
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Ludwig Beilschmidt n'était pas du genre à demander à ses proches plus qu'ils ne pouvaient donner. Aussi ne se plaignait-il jamais de l'irrégularité avec laquelle il voyait Feliciano. Il comprenait que son travail passait avant bien des choses dans la vie de son amant. C'était d'ailleurs son propre style de vie.
Aussi, lorsque Feliciano l'avait appelé pour lui demander d'héberger une mafieuse en fuite, il n'avait rien dit. Il avait accepté, même si l'idée le faisait grincer des dents.
Il était un peu déçu que leur week-end soit écourté et bien moins intime que prévu.
Mais il comprenait que ce n'était pas la faute de l'Italien. Et puis, il était de toute façon prêt à lui pardonner à peu près n'importe quoi. Car ils ne se priveraient de rien malgré la présence de la demoiselle dans leurs quartiers. Feliciano le lui avait assuré lorsque, une fois seuls, toutes les lumières furent éteintes.
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Samedi 26 juillet 2014.
Antonio sortit de la chambre. Comme Lovino, il avait opté pour des vêtements simples: jean et chemise. Après tout, ils allaient dans un petit restaurant qui n'exigeait pas de tenue vestimentaire particulière.
Lovino lui prit la main et ils quittèrent l'appartement. C'était plus facile que ce que l'Italien avait imaginé.
Il se débrouillait même très bien pour ce qui était de jouer l'amoureux. Après tout, tous ces gestes, il aurait aimé les effectuer naturellement… Mais c'était impossible désormais. Alors autant mettre tout son cœur à les reproduire à dessein. Ce n'était pas si désagréable.
Aimer Antonio, même en faisant semblant de ne pas être en colère… Hé bien, c'était toujours mieux que de le détester et de laisser libre cours à sa colère latente.
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Falco bailla à s'en décrocher la mâchoire, avant de presque sauter sur ses pieds. Le couple venait de quitter l'immeuble. Probablement pour un dîner.
Il composa un numéro et la voix d'Hannibale ne mit pas longtemps avant de s'élever:
-Allô?
-Boss? Ils ont quitté l'appartement.
-Bien. Il est temps de passer à l'action. Tu sais ce qu'il te reste à faire.
J'espère que ça vous a plu!
On m'a reproché la froideur de Feli... J'espère l'avoir rendu un peu plus humain.
Traductions
Buongiorno cara mia: bonjour ma chère/ma chérie (italien)
I need the truth : j'ai besoin de la vérité (anglais) parole tirée de Cut me loose de Sonohra, version anglaise de Seguimi O uccidimi.
Cocktails time
RIEN pour ce chapitre! A croire qu'ils sont en sevrage. Ah, non. Lovi ne fait simplement plus dans la dentelle et boit du Limoncello pur...
Notes
L'université de Rome est appelée la Sapienza ; Università di Roma. Au passage, Lovi étudie là-bas dans Lilium.
Falco fait mention de Romano. Ce n'est pas une erreur de ma part, c'est le surnom que la mafia donne à Lovino, à l'exception de ses proches subordonnés et des hautes sphères de l'Impero.
Voilà voilà, j'attends vos avis! Il fait toujours moche en Belgique, just saying...
J'attends de vos nouvelles, j'espère vous en donner bientôt! A la prochaine ~
