*°* Chapitre 11 : Si tu l'apprécies
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[POV Draco]
Cela faisait quelques heures que Draco était de retour dans les appartements des préfets-en-chef. Il avait eu le temps de nettoyer la porte éclatée et les éclats de verre ensanglantés dans la chambre d'Hermione. Se concentrer sur ses sorts pour penser à autre chose. Mais maintenant, il était assis, ou plus exactement avachi, sur le canapé du salon.
Au bout de plusieurs minutes de silence et d'immobilité, il se leva et décocha un coup de pied magistral dans un tas de livres sur la table basse. Ceux-ci allèrent avec bruit s'écraser contre un mur et quelques pages s'envolèrent avant de retomber mollement sur le sol. Il retint avec difficulté un grognement de rage et donna un autre coup dans le fauteuil qui ne bougea que peu.
Draco réfléchissait depuis qu'il était revenu de l'infirmerie. Cette maudite lettre avait tout fait basculé, quoiqu'il puisse dire à la Gryffondor, c'était vrai. Sans ce bout de papier, peut-être aurait-elle pu régler cette histoire dans le calme et le silence, alors que là... Mais qui avait intérêt à sortir tout ça de l'ombre ? Quelqu'un qui voulait faire du mal à la jeune fille, sans aucun doute, mais il n'avait aucune piste concernant l'identité de ce mystérieux corbeau. Si c'était un membre de sa maison, il le saurait non ? Tout ça le rendait fou. Ne pas savoir le rendait fou. D'habitude c'était lui le point d'origine de ce genre de crasses, il devrait donc être capable de trouver le coupable sans difficultés, pourtant...
Trois coups résonnèrent contre le tableau et il fit basculer celui-ci pour connaître l'identité du visiteur.
« Pansy, qu'est-ce que tu fous là? »
« De très bonne humeur à ce que je vois... Cela aurait-il un rapport avec la fille que tu as emmené à l'infirmerie ? » demanda-t-elle innocemment en faisant quelques pas dans le salon.
Draco souffla.
« Comment es-tu au courant ? »
« Franchement ? » un éclat de rire discret passa ses lèvres « Tu es pourtant bien placé pour savoir que les rumeurs ne mettent qu'un instant à faire le tour du château. »
Elle continua de s'expliquer.
« Des élèves t'ont vu, l'ont dit à d'autres. Deux minutes plus tard, la moitié des pensionnaires étaient au courant y compris moi. Alors, Granger ? »
Le Serpentard se laissa tomber sur le canapé et prit sa tête dans ses mains. Pansy avait toujours été sa plus proche amie avec Blaise, sauf qu'elle était bien plus perspicace et qu'elle ne ressentait pas l'ombre d'un sentiment de gêne lorsqu'elle décidait d'appuyer là où ça faisait mal. Années après années, il avait compris qu'il pouvait lui faire confiance avec tous ses secrets, même les plus terribles, même les plus dangereux. Elle l'avait suivi les yeux fermés lorsqu'il lui avait conseillé de ne pas s'engager clairement dans la guerre. Une seule fois, il lui était arrivé de se demander si leur relation n'était pas plus qu'une amitié profonde, mais le jour où il avait abordé la question, elle avait rigolé, tirant un trait sur la question.
« Si tu restes silencieux, je vais finir par me faire des idées... » argua-t'elle en rejoignant son ami.
« Non... Non, ce n'est pas comme ça. » finit-il par dire « C'est juste que... »
« Voyons Draco. Tu sais faire un plus un ? »
« Je t'ai dis non. C'est juste que voir dans l'état où elle est, à quel point elle s'en veut et se torture, ça m'a touché... un peu. J'ai aussi fait des choses horribles, j'ai tué, mais... Je ne sais pas. Elle a l'air si fragile... »
« Tu ne serais pas en train de te métamorphoser en chevalier toi ? » dit-elle dans un sourire.
Il leva soudainement la tête.
« Mais ça ne va vraiment plus toi ! » s'exclama Draco en prenant un air fier.
« Oh bien sûr, laisses-moi te faire un compte rendu extérieur. Depuis quelques temps, vous êtes miraculeusement devenus cordiaux, ce qui vu votre relation de haine passée est déjà un exploit en soi... »
« On a fait une trêve ! » objecta t-il
« Draco Malefoy ! Tu m'écoutes et tu te tais ! Je disais, votre entente miraculeuse, tu arrives en retard en cours comme elle -ne penses pas protester j'ai mes sources- tu la suis lorsqu'elle apprend une mauvaise nouvelle, tu passes ton temps enfermé dans « votre » salle commune et on te voit la transporter dans tes bras. Ah, j'oubliais le plus important, il y a Weasley qui n'arrête pas de gueuler à propos du fait que vous êtes amants depuis avant la guerre. »
« Merde, Weasley... Il dit ça pour faire chier Granger. » déclara le jeune homme en secouant la tête.
« Et c'est tout ce que tu as à dire ? Tu n'es pas en train de hurler "Moi avec un castor, jamais !" ? Ouvres les yeux un peu ! Tu tiens à elle... » énonça la jeune fille comme une évidence.
Draco se retourna d'un bloc vers Pansy et se contenta de la regarder sans parler. Sa bouche s'ouvrit une ou deux fois comme un Boullu hors de l'eau mais aucun son ne sortit de sa bouche.
« Tu vas peut-être me dire le contraire ? Réfléchis Draco. Le monde a changé et toi aussi. L'importance du sang était un principe pour nos parents, mais tu n'en as jamais été vraiment convaincu. Si tu ressens ne serait-ce que de l'attachement, tu devrais faire en sorte d'être là pour elle, peu importe tout ce qu'il se passe autour, peu importe votre passé ou qui elle est. » lui expliqua son amie en lui prenant la main.
« Pourquoi tu me dis tout ça ? »
« Parce que lorsque je me suis trouvée à ta place j'ai abandonné. Aujourd'hui, je le regrette mais je n'aurait jamais de deuxième chance. Il est mort. » répondit-elle en regardant le sol, ses longs cheveux bruns glissant de ses épaules.
« Tu n'en as jamais parlé ? » prononça t-il doucement en serrant ses mains.
La jeune fille releva la tête.
« Ce n'était pas le moment pour ça, c'est ce que je croyais. Alors ne fais pas cette erreur Draco. Tu m'as sauvé à l'époque en me disant de ne pas m'impliquer officiellement pour la cause du Lord, c'est à toi de m'écouter aujourd'hui. »
« Ça n'a rien à voir. »
Elle émit un petit rire et se leva. Elle regarda le Serpentard puis sortit sans argumenter plus sa position, un sourire aux lèvres.
Environ dix minutes après le départ de Pansy, Draco n'avait pas quitté le canapé. Assis, la tête renversée sur le dossier, il observait de façon exagérément appliquée le plafond. Les mots de la jeune fille tournaient dans sa tête. Encore. Encore. Encore.
Sans qu'il ne s'en aperçoive, le soir était tombé et le feu dans la cheminée était presque mort, par manque de bûches à brûler. L'air s'était rafraîchi mais il ne semblait pas avoir remarqué ça non plus.
La lionne devait toujours être à l'infirmerie, dans son lit blanc, sous le regard attentif de Pomfresh. L'idée de retourner la voir avait quelques fois traversé l'esprit encombré du jeune homme. Juste pour s'assurer qu'elle allait bien... Mais il n'en avait rien fait. Maintenant qu'il commençait à mettre des mots sur ce qu'il ressentait, il avait peut-être un peu peur des conséquences de ses actes. Il s'inquiétait de savoir ce que les autres aillaient penser, de ce qu'elle pensait aussi. Il pesait le pour et le contre. Il devait aller la voir, il lui avait promis, mais elle, ne lui avait-elle pas dit qu'il pouvait partir ?
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[POV Hermione]
Allongée, seule dans son lit et entourée de grands rideaux blancs, Hermione sentit les larmes lui piquer les yeux. A part Draco, personne n'était venue la voir pour prendre de ses nouvelles. C'était sans doute la dernière personne à qui elle aurait pensé. A chaque fois qu'elle s'était trouvé dans un moment difficile ces derniers temps, il était là. Il l'avait soutenue, consolée et accompagnée. Au contraire de Ron et Harry qui n'avaient rien fait d'autre que l'enfoncer. Si seulement Ginny était encore là, elle aussi se serait sans doute battue pour la défendre, elle était comme ça...
Une larme roula silencieusement sur le bord de sa joue et tomba dans le creux de son oreille.
Elle aurait tant aimé ne pas être seule à ce moment-là. Elle ne voulait plus être seule.
C'est sur ses pensées qu'elle finit par s'endormir, épuisée de toutes les émotions qui l'avaient traversée.
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Une Pansy gentille ?
