Salut les gens ! J'vous souhaite une bonne lecture et n'oubliez pas votre petit commentaire !
Danaud64 : Noooon, pas de pression du tout ! Ahahah ! Enfin, j'ai pas intérêt de faire de bêtises, du coup. En vrai, j'me suis posée la même question sur le couple James/Lily, on a l'impression de partir de tellement loin qu'on se demande si on va vraiment réussir à les faire s'entendre ces deux-là ! D'autant plus que le caractère de Lily, j'ai un peu de mal à le cerner. J'ai tendance à la rapprocher un peu d'Hermione (préfète, attentive aux règles ...) mais je crois pas non plus qu'elle soit à ce point là ! Je la vois bien plus sociable, en tout cas. Et attentive aux autres. Il est bien là le problème : Je ne lui trouve pas assez de défauts ! Non mais j'ai de l'espoir, je vais trouver. Et aussi me concentrer sur les relations Sirius/Lily et Remus/Lily, parce que je suis convaincue que ces gars-là (même Peter d'ailleurs, à son échelle) ont joué un rôle dans son histoire avec James. En tout cas, comme toujours maintenant, un grand merci pour tes compliments qui réchauffent mon petit cœur et qui me poussent à continuer ! A très bientôt !
Chapitre 11 : La révolte était notre seul talent
Date : Mercredi 3 novembre 1976 – POV Sirius
« T'es pas sérieux ! T'as bouffé le devoir de James ?! » s'écria Remus, dont les yeux jetaient des éclairs.
Affalé sur son lit, Sirius, lui, n'en pouvait plus de rire. James paraissait complètement ahuri et Remus avait l'air dépassé par la situation.
« Avouez que c'est brillant ! Imaginez la tête de la prof d'études des moldus quand James lui dira qu'un chien a mangé son devoir ! » s'écriait le jeune Black, entre deux éclats de rire.
« T'as vraiment de la chance que ce soit ton anniversaire, aujourd'hui », marmonna Remus. « Et toi, James … Ça te fait rien que ton devoir ait disparu ? »
« C'est … Génial ! Patmol, t'es mon idole ! C'est une excuse parfaitement moldue pour ne pas rendre un devoir. Jamais la prof ne pourra m'en vouloir pour ça. Ça montre qu'on a vraiment bien étudié les moldus, elle devrait même nous féliciter d'avoir trouvé l'idée ! »
Après avoir lâché un soupir désabusé, Remus secoua la tête et Peter fut le premier à descendre les escaliers du dortoir. Il était près de dix-neuf heures et les estomacs des Gryffondors criaient famine. À peine fut-il arrivé dans la salle commune qu'une jolie demoiselle attrapa la main de Sirius. Celui-ci sursauta et la regarda d'un air étonné.
« Rhiannon ? »
« Tu vas où ? » demanda-t-elle, en lui souriant en coin. « Je voudrais te donner ton cadeau d'anniversaire. »
« J'allais manger là, en fait. Donc on voit ça après, d'accord ? »
Sirius n'attendit pas la réponse et retira sa main de celle de la jeune fille pour rejoindre James, Remus et Peter près du passage du portrait. Ils s'empressèrent de sortir et Sirius adressa un regard perplexe à ses trois amis.
« Mais pourquoi elle arrête pas de me suivre ? Hier, elle m'a embrassé. Aujourd'hui, elle me prend la main et elle veut m'offrir un cadeau. Qu'est-ce qui lui prend ?! »
Les trois autres maraudeurs ne se retinrent pas de rire devant l'incompréhension du jeune Black. James s'approcha de lui et passa un bras autour de son épaule.
« Mon vieux … Tu veux peut-être un dessin ? »
« Arrêtez de vous foutre de moi et répondez », grogna Sirius, qui secoua la tête.
« Rhiannon pense que vous sortez ensemble », l'informa Peter, bien au fait de la situation.
« Mais comment elle peut croire ça ? » l'interrogea Sirius, après avoir éclaté de son habituel rire plutôt proche de l'aboiement.
« Je pense que ça a un lien avec ce que vous avez fait tous les deux le week-end dernier », déclara le petit Peter qui semblait sérieusement réfléchir à la question.
Sirius fronça les sourcils, en se rappelant assez clairement ce qu'il s'était passé entre eux le soir d'Halloween, dans la salle de bain du dortoir des garçons. Mais à nouveau, rien n'expliquait pourquoi Rhiannon le collait de la sorte. Après tout, il ne lui avait jamais laissé entendre qu'ils allaient former un couple ou quoi que ce soit du même genre.
« Je vois toujours pas le rapport. On s'est peut-être bien amusé mais je l'ai jamais demandé en mariage, moi ! » se défendit Sirius.
« Je crois que pour elle, votre amusement représentait un peu plus que ça », soupira Remus.
« D'accord », se renfrogna alors le beau Black. « Si les filles sont bêtes à ce point, il va falloir que je songe à me faire tatouer mes intentions en gros sur le torse. Un truc qui ferait « Je ne veux pas me marier, je veux juste m'envoyer en l'air » et je vais le tatouer en latin, pour faire plus classe. »
Les maraudeurs éclatèrent de rire et soudain, alors que Sirius s'apprêtait à oublier le problème « Rhiannon », un sanglot bruyant se fit entendre derrière eux. La jeune fille en question les avait visiblement suivi de près et n'avait pas perdu une miette du discours de Sirius. Avant même que l'un des garçons ait réagi, Rhiannon avait pris ses jambes à son cou et avait disparu dans un couloir adjacent.
« Et merde … », marmonna Sirius, un peu ennuyé.
« Elle s'en remettra », assura James, qui haussait les épaules.
« Non, c'est pas ça … Ce qui m'embête, c'est que j'aurais pas mon cadeau, du coup », lâcha Patmol avec toute la désinvolture dont il était capable.
« Sirius … », grommela Remus, qui ne semblait pas approuver la situation.
« Oh, c'est pas si grave quand même ! »
« Non, pas tant que ça », fit la petite voix de Queudver.
« Tu viens de briser le cœur d'une fille qui n'avait rien demandé. Bien sûr que c'est grave ! » s'indigna Remus.
« Oui, c'est sûr … », murmura Peter, qui ne savait visiblement pas dans quel camp se placer.
« Bon … Si j'ai l'occasion, j'irais m'excuser », soupira Sirius. « Mais maintenant, on peut parler d'autre chose ? Vous allez me déprimer pour mon anniversaire ! »
Le sujet de conversation ne fut pas difficile à choisir. À l'approche du match contre les Serpentards, James se posait beaucoup de questions sur sa façon de gérer l'équipe de Quidditch. Était-il trop sévère, comme Lily l'avait laissé entendre l'autre soir ? Au contraire, n'était-ce pas son rôle que d'être exigeant ? Peter le trouvait brillant quoi qu'il fasse. Remus restait assez vague sur la question et lui conseillait de consulter la bibliothèque et les différents ouvrages sur les stratégies au Quidditch. Sirius nota d'ailleurs que, malgré l'imminence de la pleine lune et les conséquences directes sur son moral et sa santé, Lunard faisait tous les efforts du monde pour paraître heureux et complètement éveillé. Ce fut certainement le plus beau cadeau d'anniversaire qu'il pouvait lui faire. Pour autant, après avoir soufflé une bougie plantée sur un Fondant du Chaudron, Sirius reçut ses véritables cadeaux. De la part de James, une paire de gants et une splendide veste noire en peau de dragon « pour aller avec ta future moto ». Peter lui avait dégoté un tee-shirt du groupe des Whomping Willows et Remus, quant à lui, avait investi dans un assortiment de chocolats et un grand sac de farces et attrapes de chez Zonko.
« Les années passent mais vous restez les meilleurs », conclut Sirius, en se levant en même temps que ses amis.
Il tritura brièvement son nouveau bracelet en cuir, heureux de se dire qu'il avait désormais une toute nouvelle famille et sans doute la meilleure qui existait. Les parents de James le lui avaient fait parvenir par hibou. Celui-ci rappelait à son propriétaire ses rendez-vous importants et les anniversaires de ses connaissances, une propriété qui avait beaucoup fait rire James. Sirius n'était, en effet, pas connu pour avoir une très bonne mémoire concernant ses rendez-vous, et le jeune homme savait pertinemment que c'était Cornedrue qui avait fait passé le message à ses parents. Du côté de la famille Black, ce fut le calme plat. Aucune lettre, aucun cadeau. Ni des parents, ni du petit frère. L'espace d'un instant, Sirius avait cru voir Regulus le regarder, mais quand il détailla la table des Serpentards, l'aîné des Black ne put que constater que son frère était plongé dans une grande conversation avec Rabastan Lestrange.
Le repas se termina et les maraudeurs quittèrent la Grande Salle d'un pas décidé. Ce soir-là, sous la cape d'invisibilité de James, ils comptaient bien aller faire un tour du côté de chez Honeydukes et de la réserve des Trois Balais pour s'approvisionner et fêter dignement l'anniversaire de Sirius.
« Les gars … Ça vous ennuie pas si je reste dans le dortoir en vous attendant ? » demanda timidement Remus, qui avait l'air épuisé.
« Fatigué à cause de ton petit problème de fourrure ? »
Sirius leva la main pour faire taire James, alors qu'il venait d'entendre un frémissement derrière l'une des portes du hall d'entrée. Il y avait certes pas mal de passages à cette heure-ci mais le flair du jeune Black ne le trompait que rarement. Il donna un coup de pied puissant dans la porte et Severus Rogue s'en écarta brusquement, en se tenant le nez, se révélant tout à coup. La colère bouillonna dans les veines de Sirius. Toute la journée, cette sale gargouille les avait suivi, en tentant d'entendre leurs conversations. Il l'avait fait plus ou moins discrètement mais à chaque fois, un professeur était dans le coin pour lui sauver la mise et retenir la fougue de Sirius.
« Cette fois-ci, aucun professeur aux alentours, Servilus ... »
« C'est quoi ce petit problème de fourrure, Lupin ? » cracha Rogue, qui le regardait d'un air mauvais.
« Pourquoi tu veux absolument m'énerver le jour de mon anniversaire, Rogue ? Ce n'est vraiment pas très intelligent », claironna Sirius, qui était finalement heureux de pouvoir s'occuper du cas du Serpentard. « Ah … Et autre chose, n'essaye plus de te cacher derrière des portes. C'est sans espoir. Déjà, ton nez dépasse et en plus, ton odeur de moisi te rend repérable à des kilomètres à la ronde. »
« Je découvrirais ce que vous cachez, tous les quatre. Et vous serez renvoyés », marmonna Rogue qui serrait sa baguette entre ses doigts.
« Ah oui, tu penses ? Bon … En attendant, si tu veux absolument écouter aux portes, Servilus, je vais essayer de te faciliter la tâche. »
Sans la moindre hésitation, Sirius leva sa baguette en regardant Rogue d'un air mauvais et lança sur lui un maléfice de Glu, collant le dos du Serpentard à la porte derrière laquelle il s'était précédemment caché. La dizaine d'élèves qui s'étaient accumulé autour d'eux éclata d'un rire simultané. Il fallait dire que la tête de Rogue était mémorable et que cette nouvelle humiliation, il la méritait bien. Les maraudeurs laissaient volontiers Rogue les taquiner, les provoquer pour le seul plaisir de pouvoir l'attaquer en retour. James et Sirius ne perdaient jamais face à lui mais le Serpentard ne semblait pas vouloir se lasser pour autant. Et les rouges et or avaient fini par le détester autant qu'il les haïssait. Depuis quelques temps, Rogue avait cependant reporté toute son attention sur Remus et ses absences régulières. Et rien ne faisait plus sortir Sirius de ses gonds que lorsque l'on s'attaquait au jeune Lupin. Le garçon au cheveux graisseux en avait pourtant fait une véritable obsession et se rapprochait à chaque fois un peu plus de la vérité. Des quatre garçons, c'était visiblement Peter qui s'en inquiétait le plus. Remus, lui, gardait le silence sur la question. Il ignorait Severus autant qu'il pouvait mais après chaque échange, le jeune Lupin paraissait un peu plus fatigué. James et Sirius dédramatisait la situation, comme toujours. Ils n'arrivaient pas à croire que Rogue soit suffisamment intelligent pour comprendre la situation de Remus. Et quand bien même il le ferait … C'était Dumbledore lui-même qui avait intégré le lycanthrope à Poudlard. D'après Sirius et James, leur ami était trop bien protégé pour risquer quoi que ce soit. Pour autant, c'était un principe. Personne n'avait le droit d'ennuyer Remus, et encore moins ce bouseux de Servilus.
Quelques secondes plus tard, le professeur McGonagall fit irruption dans le grand hall, sous doute alertée par les rires. Elle analysa la situation en l'espace d'une ou deux secondes et fondit sur Sirius, après avoir libéré Rogue du maléfice.
« Encore vous … », soupira-t-elle, en secouant la tête. « Le professeur Dumbledore va vouloir avoir une discussion avec vous, Mr Black. »
« Oh, mais ma réponse est définitive. Ce n'est pas la peine d'insister, je n'irais pas au bal de Noël avec lui », répliqua Sirius en souriant avec arrogance.
Un sentiment de fierté le remplit de joie lorsqu'il entendit tous ses camarades éclater de rire. Une petite retenue n'était pas cher payé pour ressentir cette impression de victoire et voir le visage livide de Rogue. Au contraire … Quel plaisir parfois de jouer au rebelle ! Sirius adressa un sourire insolent à sa victime.
« Black ! Dix points en moins pour Gryffondor », asséna McGonagall. « Il est tard et je ne veux pas ennuyer le directeur avec ça ce soir. Mais je veux vous voir dans mon bureau, demain à dix-huit heures. C'est compris ? »
« Vous avez été plutôt claire, oui », répondit Sirius dont le sourire ne s'était toujours pas effacé.
« Disparaissez de ma vue, maintenant ! Et arrêtez de sourire ! »
Le beau Black pivota sur ses talons et rejoignit James, Peter et Remus, qui avaient respectivement observé la scène avec fierté, effroi et inquiétude. Quand il s'agissait de Rogue, ce dernier – préfet – était excessivement laxiste, mais ne cachait jamais ni son inquiétude, ni son agacement.
« T'as énervé Minnie, Patmol », s'amusa James, qui ne craignait pas plus les sanctions que son meilleur ami.
« Oh, pas d'inquiétudes. Elle m'adore ! » assura Sirius, avec désinvolture. « Je parie un gallion qu'elle ne va rien faire d'autre que de me remonter un peu les bretelles. »
« Pari tenu », répondit le jeune Potter.
« Quand même, Sirius … Demain, tu es convoqué dans son bureau et il y aura peut-être même Dumbledore », s'inquiétait Peter.
« J'espère bien qu'il sera là. Il ne m'a toujours pas souhaité mon anniversaire ! »
Sirius fut soulagé de voir ses trois amis rire sans exception. Mais cette bonne humeur ne dura pas et Remus reprit bien vite le regard un peu sombre de celui qui ruminait ses idées noires. Tandis qu'ils rentraient tous à la Tour des Gryffondors, le grand Black ralentit le pas pour rejoindre Remus qui était un peu à la traîne. Sirius lui adressa un de ses grands sourires mais resta silencieux. Il voulait le laisser parler et cela prenait parfois quelques minutes avant que Remus ne daigne ouvrir la bouche. Cette fois-ci ne fit pas exception à la règle.
« Je pense que Rogue commence à comprendre », finit par marmonner Remus, qui regardait ses pieds.
« Et moi, je pense que Servilus est bien trop bête pour comprendre quoi que ce soit », assura Sirius.
« Tu ne devrais pas le sous-estimer », répliqua le jeune Lupin dont la voix rauque prouvait toute l'inquiétude. « Si jamais il comprend, il ne se gênera pas pour le dire à tout le monde. »
« Parce que tu penses vraiment qu'on le laisserait faire ça ? » intervint James, qui haussa un sourcil. « On fera tout pour éviter ça ! »
« Tout ? Si on peut éviter de tuer quelqu'un, c'est sûr que ça m'arrangerait quand même ! » lâcha Peter, qui se révéla étrangement doué pour détendre l'atmosphère.
Peu à peu, l'ambiance s'allégea et la soirée qui suivie fut des plus agréables. Sirius n'était pas du genre à se formaliser pour une punition et oublia complètement sa convocation du lendemain. Remus les attendit dans le dortoir, pendant que James, Peter et Sirius se rendaient à Pré-au-Lard par un passage secret pour aller chercher quelques provisions et une bonne quantité de bièraubeurres. Et preuve de sa grande amitié pour Sirius, il avait toujours les yeux grands ouverts quand ils revinrent, les bras chargés.
« Séance dragées surprises de Bertie Crochue, les gars ! » annonça James, en sortant le paquet.
Tout y passa. Chocolat, toast, fraise … Mais aussi crevette, herbe ou poivre. Et loin d'être surprenant, Peter fut le plus malchanceux au jeu. Alors qu'il avait un énième haut-le-cœur causé par une dragée au goût de vomi, Sirius donna une légère tape sur l'épaule de ce dernier, avant de se tourner vers Remus, hilare.
« J'te promets qu'on a jeté aucun sort contre Queudver, cette fois ! » s'exclama-t-il, d'une voix réjouie. « C'est simplement le type le plus malchanceux que … »
Sirius s'interrompit en constatant que Remus s'était endormi et respirait paisiblement, la joue enfoncée dans les couvertures du lit du jeune Black. James haussa un peu les épaules, comme s'il avait déjà remarqué.
« Il a pas très bien dormi la nuit dernière », souffla-t-il en se levant doucement.
« On émigre sur ton lit ? » ajouta Sirius, qui se leva à son tour en attrapant les paquets de bonbons pour les laisser tomber sur le lit voisin.
Il se saisit ensuite d'une couverture pour en recouvrir le jeune Lupin. Ce dernier trouvait toujours le moyen d'attraper froid. Le reste de la soirée, les trois garçons tâchèrent de faire le moins de bruit possible, mais Sirius passa malgré tout une très bonne nuit d'anniversaire, ponctuée par la bataille d'oreillers la plus silencieuse du monde.
Le lendemain, Remus fut le premier réveillé, comme toujours. Après s'être souvenu qu'il s'était endormi sur le lit de Sirius, le jeune homme chercha ce dernier du regard. Il avait imaginé qu'il aurait trouvé refuge dans son lit à lui, mais là, mis à part des couvertures défaites, rien n'indiquait la présence de Sirius. Tout proche de l'éclat de rire, Remus trouva ce dernier allongé par terre, roulé en boule dans sa couverture. Sirius, comme toujours quand il ne dormait pas dans son propre lit, trouvait le moyen de bouger toute la nuit et de se réveiller dans des positions improbables. Quand il daigna lever la tête, ses trois camarades de dortoirs purent ainsi admirer une magnifique trace de plancher imprimée sur sa joue. Elle résista à toute tentative d'effacement, d'assouplissement ou autre torture et le beau Black dut se résoudre à quitter le dortoir avec cette marque. Mais Sirius n'aurait pas été Sirius s'il n'avait pas tourné sa situation gênante en une occasion parfaite pour parvenir à ses fins.
Arrivé dans la Grande Salle en compagnie de James, Peter et Remus, il marcha résolument vers Rhiannon, la jeune fille de cinquième année qu'il avait vexé la veille. Pour tout dire, il n'avait pas grand chose à faire des états d'âme de la jeune fille. Il n'aimait pas particulièrement faire de mal aux gens, mais il n'aimait pas non plus perdre son temps à des futilités. Et il assimilait véritablement la réaction de Rhiannon comme une futilité. Il était de notoriété publique que l'aîné des Black ne sortait pas pendant des mois avec les filles qu'il fréquentait. Sirius voulait simplement s'amuser et n'avait pas de temps à perdre avec des histoires de couple. À ses yeux, Rhiannon était juste trop stupide pour comprendre qu'ils n'avaient fait que s'amuser et qu'elle pouvait passer à autre chose. Mais ce matin, les cernes de Remus s'étaient encore agrandies malgré sa longue nuit et sa mélancolie semblait vouloir reprendre le dessus. Sirius faisait donc comme à son habitude : tout pour rendre la vie de Lunard agréable. Il avait bien compris que son ami n'avait pas apprécié son comportement de la veille avec cette fille et il comptait donc se rattraper. Bien sûr, Sirius n'avouerait jamais cela à quiconque.
« Rhiannon ?» l'interpella Sirius en attrapant la main de la jeune fille. « Est-ce que tu m'accorderais deux minutes ? »
La fille aux cheveux courts rosit légèrement, sans rien répondre. Mais elle ne bougea pas et Sirius prit ça pour une réponse positive, ouvrant la bouche pour improviser un monologue.
« Tu sais, je me sens mal par rapport à ce que j'ai dit hier. J'ai été injuste, alors qu'on s'est vraiment bien amusé tous les deux l'autre soir. Vraiment, c'était super. Je … Je crois que j'ai jamais vécu ça avec une autre fille, en fait. Mais je pense pas que je sois assez bien pour toi. Des fois, je suis maladroit et stupide. Et c'est même pas toi le problème. Non, toi, t'es jolie et vraiment sympa. Mais je suis pas prêt pour être en couple. Peut-être un jour ! Qui sait ! Enfin, j'espère que tu me pardonnes ? Regarde un peu ... Cette nuit, je m'en voulais tellement que je me suis levé pour aller te parler. Je me suis assis en bas des marches du dortoir des filles et je t'ai attendu. Mais t'es jamais descendue et moi, je me suis endormi sur le parquet de la salle commune. T'as vu, j'ai même encore la marque ! »
La jolie Rhiannon laissa échapper un gloussement amusé, en remarquant que la trace était belle et bien réelle, et sembla se radoucir instantanément.
« Et tu ris de mon malheur en plus ? » protesta Sirius, qui rit un peu avec elle.
« Non, non, bien sûr. Mais quand même … T'es resté toute la nuit en bas des marches ?! »
« Je crois bien que oui », mentit le jeune homme, en lui adressant un regard plein d'une fausse douleur. « Mais rassure-moi, tu me pardonnes, alors ? »
« Évidemment. Tu viens de passer la nuit à m'attendre, je vais quand même pas t'en vouloir ! Ça serait inhumain ! »
« T'es la fille la plus gentille que je connaisse ! » assura-t-il, en lui lâchant la main. « Bon, il va falloir que je te laisse. Le devoir m'attend ! »
Lorsque Sirius alla s'asseoir sur le banc en face de Peter et Remus, il arborait un sourire radieux. Cette fille était vraiment trop naïve, il n'avait même pas eu besoin de sortir le grand jeu pour se faire pardonner.
« Si tu ne réussis pas en tant qu'auror, tu pourras toujours devenir menteur professionnel », grommela Remus, dont la tête reposait dans la main.
« Oh mais l'essentiel, vois-tu, c'est que j'ai redonné le sourire à cette jolie demoiselle qui avait le cœur brisé ! » s'exclama Sirius, sans se laisser démonter.
Au fond, il savait très bien que Remus était fier de lui. Enfin … Un peu. Peut-être un vingtième de Remus. Mais en considérant que le jeune Lupin était bien plus gentleman que Sirius, c'était déjà pas si mal !
Le cours d'études des moldus fut assez comique. Du point de vue de Sirius du moins. Leur jeune professeur manqua de s'énerver face à James, qui assurait que son devoir avait véritablement été mangé par un chien. Il proposa même de se faire interroger sous Véritaserum, ce qu'elle refusa tout net. En revanche, James eut comme consigne de refaire son devoir et en gagna un nouveau en prime. Bien évidemment, Sirius se mit en tête qu'il l'aiderait un peu à les faire, son alter-ego animal étant le responsable de cette non-présentation de devoir.
Et la journée passa comme toujours à Poudlard. Imprévisible. Remus manqua de s'endormir en plein milieu des escaliers entre le cours de potion et celui de sortilèges, et lorsque quelqu'un annonça le retour de Mary MacDonald, Sirius afficha un sourire sincère. Bien qu'il ne connaissait pas beaucoup Mary, il savait que la jeune fille ne méritait pas ce qui lui était arrivé et la savoir de retour sans séquelle était une nouvelle appréciable. En revanche, les coupables n'avaient pas été attrapés et cela haussa d'un nouveau cran la haine de Sirius pour ces saletés de Serpentards qu'il tenait pour responsables.
« Je te jure que si vous les battez pas samedi, je me débrouille pour introduire des dragons dans leur salle commune », assura Sirius à un James déjà déterminé.
L'après-midi fut long et à part se balancer sur les pieds arrières de sa chaise, le jeune Black ne fit pas grand chose de constructif. La soirée commença de la même manière. Sirius, affalé dans le canapé de la salle commune, s'amusait à ensorceler des morceaux de parchemin pour qu'ils aillent se jeter dans l'âtre de la cheminée.
« Minnie t'aime peut-être beaucoup mais elle ne tolère pas le retard, Sirius », lança une voix tout à coup.
L'interpellé leva la tête pour regarder autour de lui, cherchant l'origine de cette voix étrange. Peter n'avait pas relevé la tête de sa bande dessinée sorcière et James jouait toujours avec son Vif d'Or, volé l'an passé. Remus, lui, était parti se coucher directement après la fin des cours. Il ne supportait pas toujours bien le bruit et la lumière à l'approche de la pleine lune, et assister aux cours durant toute une journée constituait déjà un effort assez intense pour lui.
« Ça vient de ton nouveau bracelet », indiqua James, le sourire aux lèvres. « C'est Remus qui l'a ensorcelé hier soir pour que tu n'oublies pas ta convocation chez McGo. Et je crois qu'il a bien fait. »
Le jeune Black prit le temps de s'étirer avant de se lever du canapé. Il dénoua sa cravate qu'il avait enroulé autour de son poignet et entreprit de la replacer à son cou. Il savait comme McGonagall pouvait être exigeante quand il s'agissait de la tenue des Gryffondors et tant qu'à faire, il préférait autant ne pas se la mettre à dos dès le début de cette convocation.
Cela ne suffit malheureusement pas. Après son entretien avec sa directrice de maison et le directeur de Poudlard, l'humeur de Sirius, plutôt joyeuse depuis le début de la semaine, changea du tout au tout.
« J'y crois pas, répéta-t-il, effaré. « McGonagall estime que coller Rogue contre la porte n'était pas « une bonne idée ». Enfin … Elle n'a pas complètement tort, j'aurais mieux fait de le tuer directement. Et globalement, Dumbledore pense que j'utilise assez mal mon potentiel et que les portes de Poudlard ne m'ont rien fait. Donc après tout un tas de menaces diverses et variées, ils sont tombés d'accord sur le fait que je dois passer TOUTE la journée de samedi en retenue avec O'Donnell, qui a besoin d'aide pour je-ne-sais-trop-quoi. Ce qui veut dire que je ne verrai pas le match de Quidditch et que je vous rejoindrai très tard pour nous occuper du petit problème de fourrure de Lunard. Vraiment, je regrette que les parents de Rogue ne l'aient pas noyé à la naissance ! »
« Dis pas ça, Patmol », répondit James, qui semblait bien plus concerné par l'absence de Sirius lors du match que par le sort du Serpentard. « Si Rogue n'était pas là, on rigolerait quand même moins. »
Et c'était vrai. Mais Sirius ne l'aurait avoué pour rien au monde. À vrai dire, il fulminait. Assis avec James et Peter dans la salle commune, il observait ses camarades d'un regard sombre. Son meilleur ami aux cheveux noirs et ébouriffés était affalé sur un fauteuil et caressait d'un air distrait le chat de Lily Evans, Sardine. Ce dernier était pourtant loin d'être amical. D'ailleurs, Sirius le détestait. Peut-être que son côté « Patmol » reprenait le dessus quand il était en présence de félins … Peter non plus ne l'appréciait pas beaucoup et le chat le lui rendait bien. En première année, il l'avait presque défiguré d'un coup de griffes. Mais peut-être était-ce du au fait que Peter lui avait jeté une bombabouse dessus ? Ou était-ce le rat en lui qui posait problème ? En revanche, ce foutu chat adorait James et passait presque plus de temps avec lui qu'avec sa propre maîtresse. Plus que sa relation avec le chat, le jeune Potter adorait le fait que ça oblige constamment Lily à venir le voir pour récupérer son animal. D'ailleurs, la préfète, assise avec plusieurs autres filles de Gryffondor à l'autre bout de la pièce, jetait régulièrement des coups d'œil dans leur direction. Un autre jour, Sirius aurait sauté sur l'occasion pour taquiner James mais rien ne semblait vouloir sortir de sa bouche ce soir.
« Lunard est déjà parti se coucher ? » finit-il par grommeler.
« On a fini par le convaincre d'aller à l'infirmerie, il marchait plus droit tellement il était fatigué », répondit James sur un ton qu'il voulait léger.
Sirius hocha doucement la tête. Décidément, c'était une mauvaise journée. Remus faisait toujours en sorte de résister le plus possible avant de devoir aller à l'infirmerie. Dans les bons jours, il lui arrivait même parfois de rester jusqu'au soir de la pleine lune. Une journée d'absence était plus facile à expliquer aux autres qu'une semaine, c'était sûr. Sirius se rembrunit encore un peu plus. Tout ça, c'était de la faute de Rogue, il le savait. À les espionner sans cesse, à essayer de découvrir le secret qu'ils partageaient, le Serpentard aux cheveux graisseux avait inquiété Remus. Celui-ci était toujours méfiant, toujours sur le qui-vive et n'avait pas besoin qu'on lui rappelle son problème en permanence, ce que Rogue s'efforçait pourtant de faire. Ce sale type allait le regretter. Foi de Sirius Black.
« ENFIN ! J'ai enfin fini mon devoir sur les tentaculas vénéneuses ! » s'exclama Peter, tout à coup, un grand sourire accroché aux lèvres.
Sirius renifla sans rien dire. Il n'y avait que Peter pour être heureux aujourd'hui. Pourtant, après avoir travaillé pendant trois jours pour achever ce pauvre petit devoir de botanique que James et Sirius avaient bouclé en une heure, il n'y avait pas de quoi être fier, pensa le jeune Black. Celui-ci songea un instant à ce qu'ils pourraient faire pour rompre l'ennui et l'ambiance maussade. Rendre visite à Remus ? Il dormait certainement déjà. Faire un tour dans les couloirs ? À Pré-au-Lard ? Dans la forêt interdite ? Rien ne convint Sirius, qui prit finalement la décision d'aller se coucher.
« Vous venez ? » demanda-t-il aux autres.
« Je range ça et j'arrive », répondit Queudver, qui semblait toujours si fier de lui.
« Je vais rester un peu encore », les informa James qui venait de se passer la main dans les cheveux. « J'ai des stratégies à revoir pour le match. »
Sirius, qui s'était déjà levé et avait enfoncé ses mains dans les poches de sa robe, lui adressa un regard exaspéré. Habituellement, James réfléchissait à ses stratégies au lit, ses bouquins sur le Quidditch bien calés sur ses genoux. Le beau Black n'était donc pas dupe et le fait que son ami reste dans la salle commune n'était pas sans lien avec Lily Evans et Sardine, son chat sagement installé sur les genoux de James.
« Essaye de ne pas t'endormir avant qu'elle ne vienne le chercher », lui conseilla-t-il, en souriant un peu. « Tu risques d'être beaucoup moins séduisant avec la bouche grande ouverte et de la bave qui te coule sur le menton. »
Ce soir-là, contrairement à ce qu'il aurait pensé, Sirius ne mit pas bien longtemps pour s'endormir. À croire que détester Rogue était une tâche bien fatigante ! Et à vrai dire, le jeune homme aurait préféré rester endormi pour le restant de la semaine. La journée du vendredi fut incroyablement longue et le professeur McGonagall leur demanda de redoubler d'efforts et de se consacrer davantage à leurs sujets d'étude. « Potter ! Personne ne vous a demandé de transformer les bras de Rosier en tentacules ! Nous étudions la métamorphose du visage, par Merlin ! », les avait-elle sermonné. À voix basse, James demanda à Sirius si elle aurait été en accord avec lui s'il avait métamorphosé uniquement le nez de Rosier en tentacule. Mais après réflexion, ils s'efforcèrent de se retenir et de ne pas tester.
« Pourtant, je suis sûre qu'il serait beaucoup plus beau avec une tentacule au milieu du visage », leur murmura Marlene McKinnon, en se penchant un peu vers eux.
Tous les Gryffondors à portée d'oreilles ricanèrent allègrement. Tous sauf Lily, qui adressa un regard sévère à son amie.
« Tout le monde n'a pas la chance d'être parfait, Lily », intervint James, qui semblait se redresser sur sa chaise. « Certaines personnes ont besoin d'un petit coup de baguette et d'autres non. Toi, Lily Jolie, tu n'en as pas besoin évidemment, tu es la perfection à l'état pur. Et comme moi ! Tu vois, encore un point commun ! Vraiment, tu devrais sortir avec moi. On les éblouirait tous ! »
« Tu es sourd, Potter ? » répliqua Lily, avec froideur. « Je t'ai déjà dit que je préférerais encore sortir avec le calmar géant ! »
« Alors peut-être qu'avec une tentacule sur le … », commença James, qui voulait dissimuler sa déception derrière une plaisanterie.
« POTTER ! Taisez-vous ou vous rejoindrez Black en retenue demain ! » s'écria McGonagall, qui semblait aussi impatiente que Sirius de voir la semaine se terminer.
Cette histoire de tentacules fut certainement le moment le plus amusant de la journée. Rien de bien exaltant donc … Les trois maraudeurs attendirent ensuite le début du couvre-feu pour se cacher sous la cape d'invisibilité et se glisser discrètement dans la pièce de l'infirmerie où Remus se reposait, dans l'attente de la pleine lune. Impossible d'aller le voir avant et de façon visible. L'excuse pour expliquer les absences du lycanthrope consistait à dire que sa mère était gravement malade, qu'il était allé lui rendre visite et il n'était donc pas du tout logique que le jeune homme se trouve au même moment à l'infirmerie de Poudlard. De plus, aucun adulte ne savait que Remus avait mis ses amis au courant de sa situation. Ni Mme Pomfresh, ni McGonagall, ni Dumbledore … Enfin, peut-être que le directeur s'en doutait mais il n'en avait jamais parlé.
Remus luttait contre le sommeil quand James, Sirius et Peter débarquèrent à l'infirmerie. La nuit approchant, Mme Pomfresh lui avait donné une potion de sommeil et avait, comme à l'habitude, insisté pour voir son patient la terminer entièrement avant de s'en aller. Après avoir lancé un assurdiato en direction du bureau de l'infirmière, les maraudeurs purent enfin discuter librement.
« Mais en même temps, il vaut mieux que tu dormes », assura Peter, qui hochait la tête dans un semblant de sagesse.
« On t'a amené des chocogrenouilles et aussi ton bouquin sur les vieux sortilèges. Je les planque en bas du meuble », l'informa James qui se baissait pour tout ranger.
« Et si tu veux tout savoir, Cornedrue s'est encore pris un vent de la part d'Evans », ajouta Sirius, qui voulait faire rire Remus, ce qui ne manqua pas.
« James … Tu devrais peut-être la laisser un peu tranquille ? » suggéra ce dernier, dont les yeux papillonnaient de fatigue.
« Pas tant qu'on ne sort pas ensemble », répliqua-t-il, plus têtu qu'un gobelin.
« Et toi, Patmol, où tu en es avec MacGonagall ? » s'enquit Remus, qui sentait le terrain devenir glissant.
« Tu sais qu'il a failli avoir un rendez-vous avec elle en tête-à-tête, mais Dumbledore s'est encore incrusté », répondit Peter, qui riait sous cape.
« J'imagine qu'il est jaloux », assura James, en s'asseyant sur le lit du jeune Lupin.
« En même temps, il a raison. Même Patmol la trouve à son goût et il est pourtant réputé pour être difficile ! »
« Vous savez quoi, les gars ? Vous êtes tous des bouses de dragon », finit par lâcher Sirius, qui hésitait entre le rire et l'exaspération.
L'ambiance était bonne et la relation entre Sirius et Minerva MacGonagall occupa un moment le centre de la conversation. Malheureusement, voilà à peine quinze minutes que les trois garçons étaient arrivés que Remus s'endormait déjà. À dire vrai, rien, ni personne ne pouvait résister à la potion de sommeil de Mme Pomfresh et c'est ainsi que Remus bailla largement.
« Excusez-moi les gars, mais je tiens plus. Bonne chance pour demain, James », murmura rapidement le jeune Lupin dans un souffle.
Le sommeil l'emporta dans la seconde qui suivit et Sirius ne put qu'en être satisfait. Son ami avait la peau plus pâle que jamais, contrastant parfaitement avec le noir qui cernait ses yeux dorés. Ils s'assurèrent de n'avoir rien oublié derrière eux et se dissimulèrent sous la cape d'invisibilité pour rentrer dans leur dortoir, se faisant poursuivre par ce fichu Apollon entre le troisième et le quatrième étage.
Le lendemain, Peter fut tiré du lit aux aurores. James se réveillait toujours très tôt les jours de Quidditch, surtout lorsqu'il s'agissait de battre les Serpentards, et Sirius avait rendez-vous avec le professeur O'Donnell pour son interminable retenue. La tête dans le chaudron pour certains, la mine concentrée pour d'autres, ils avalèrent un petit-déjeuner plus que consistant.
« Cornedrue, je t'en supplie, fais-leur bouffer leurs balais à ces … Je sais même pas comment les qualifier ! » soupira Sirius, en se frottant une nouvelle fois les yeux.
« Véracrasses attardés ? » proposa inutilement Peter, qui ouvrait la bouche pour la première fois de la journée.
« De toute façon, il est hors de question que JE perde contre eux. En six ans, nous n'avons jamais perdu contre ces saletés de serpents, ce n'est pas maintenant que JE suis capitaine qu'on va commencer. Non mais vraiment … J'accepte de perdre contre Poufsouffle ou Serdaigle mais pas contre Serpentard. Le jour où ça arrive, ma vie sera définitivement fichue. Je n'aurai plus qu'à me jeter de la tour d'astronomie … »
« Tu l'as déjà fait. »
« … Sans parachute moldu », termina James.
Sirius soupira à nouveau et se leva sans plus de cérémonie. Il salua ses deux amis, adressa un regard éloquent à James qui n'avait décidément pas intérêt à perdre et tourna les talons pour monter les deux escaliers qui le séparait du bureau du professeur O'Donnell.
« Sachez que je ne tolère aucunement ce que vous croyez être des petites plaisanteries. J'ai l'infime espoir qu'un jour, vous apprendrez la retenue. Vous et vos petits camarades. Et ne croyez pas que vous ratez le quidditch à cause de vos professeurs. Oh non, vous êtes l'unique responsable de ce qui vous arrive, Mr Black », énonça le professeur de sa voix impartiale, dans laquelle Sirius reconnaissait bien un membre du Magenmagot.
« C'est pas complètement vrai. Si c'était que moi, je ne me serais pas mis de retenue », répliqua le jeune homme, du haut de toute son insolence.
« Taisez-vous », sermonna O'Donnell, en le fusillant du regard. « A moins que vous ne souhaitiez revenir me voir tous les samedis jusqu'à la fin de l'année ? »
« Ca dépend », ne put s'empêcher de lâcher Sirius. « On parle de l'année civile ou de l'année scolaire ? Parce que ça change … »
« ASSEZ ! » le coupa-t-il, en se détournant. « Nous nous reverrons la semaine prochaine également. »
Il était minuit quand Sirius sortit du bureau du professeur de défense contre les forces du mal, avec les mains remplies d'égratignures et les yeux brillants. Il n'avait pas arrêter de toute la journée. O'Donnell avait beau être un vieux croûton aux yeux du jeune Gryffondor, il n'avait pas bronché de la journée tandis qu'ils partageaient les mêmes tâches et ne lui avait adressé la parole que pour lui aboyer ses ordres. Ils avaient nettoyé la classe de défense de fond en comble, avaient réorganisé une partie des meubles pour pouvoir accueillir une créature des sables, un sujet d'étude pour les troisième années, semblait-il. Mais jamais O'Donnell n'avait adressé un mot à Sirius et cela avait été particulièrement agaçant pour ce dernier. Un peu plus et O'Donnell devenait la copie conforme de son propre père, Orion Black. Dans le silence le plus total, le jeune Black avait donc pu ruminer, s'énervant un peu plus à mesure que les heures passaient. Et celles-ci n'arrêtaient pas … La nuit était déjà tombée, Remus s'était certainement transformé depuis un moment. Et pour la première fois depuis qu'il était un animagus, Sirius n'était pas près de son ami. Cela le faisait enrager plus que toute autre chose, plus encore que de ne pas connaître le résultat du match de Quidditch. Il savait pourtant que James et Peter seraient là pour Lunard, mais peu importait. Pour Sirius, ces nuits passées dehors étaient une bouffée d'oxygène, une aventure qui apportait à la vie un intérêt supplémentaire. Plus aucun mur autour de lui, plus d'enfermement. Juste la liberté. C'était à cause de Rogue que Sirius ne pouvait pas apporter son soutien à son ami ce soir. Ce sale type aux cheveux graisseux méritait vraiment une bonne leçon …
Il était minuit passé de quinze minutes quand Sirius se retrouva devant le passage secret pour sortir du château. Sans cape d'invisibilité, il avait mis bien plus de temps qu'il n'avait besoin pour s'y rendre normalement. A présent, il se demandait sérieusement comment il allait pouvoir s'approcher du Saule Cogneur sans Queudver. Ces réflexions, normalement inutiles, ne firent que renforcer la rage que Sirius entretenait pour Rogue.
« Que croyez-vous faire ici si tard, Monsieur Black ? »
Le jeune adolescent se figea, en reconnaissant la voix de McGonagall. Il ferma les yeux un instant, effaré de s'être fait attraper, avant de se retourner vers le professeur.
« Je rentre de ma retenue avec O'Donnell », assura-t-il simplement, en haussant les épaules.
« Le professeur O'Donnell, Mr Black. Et il me semblait que les sixième années connaissaient un peu mieux le château », répliqua McGonagall, avec une pointe d'ironie dans la voix. « Vous êtes bien loin de la tour de Gryffondor. »
Sirius ne répondit rien. Il était en colère après lui-même, après Rogue aussi et il commençait sérieusement à fatiguer. Ce que ne manqua pas de remarquer le professeur de métamorphose, habituée à ses réparties immédiates.
« Vous vous sentez bien, Monsieur Black ? » demanda-t-elle, les sourcils froncés.
« C'est par rapport à mon teint un peu terne que vous me demandez ça ? Je n'ai pas eu le temps de me maquiller ce matin, c'est tout », marmonna Sirius, sans même l'espoir de faire rire qui que ce soit.
McGonagall le jaugea brièvement et commença à marcher. Il n'y avait aucun doute, elle allait le ramener jusqu'à la tour des Gryffondor, et peut-être même l'accompagner jusqu'à son chevet. Cette journée avait mal commencé et semblait vouloir se terminer de la même façon. Sirius et McGonagall ne prononcèrent plus un seul mot jusqu'à être arrivés devant le portrait de la Grosse Dame.
« Au fait, professeur, qui a gagné ? Gryffondor ou Serpentard ? » demanda Sirius, avant de traverser le portrait.
« Et bien, vous n'aurez qu'à réveiller Potter pour le lui demander, ce que vous ne manquerez pas de faire, j'imagine », répondit-elle, avec une ombre de sourire. « Bonne nuit, Monsieur Black. Et que je ne vous surprenne plus en dehors de votre lit, à cette heure tardive. Vous risquerez bien plus qu'une journée de retenue. Suis-je assez claire ? »
Sirius ne fit que grogner pour toute réponse et atterrit dans une pièce commune encore en désordre de la fête de la victoire. Le jeune homme soupira de soulagement. Voilà déjà une bonne nouvelle.
« Evans ?! » s'exclama Sirius, en apercevant la silhouette de la jeune fille dans un des fauteuils devant la cheminée presque éteinte.
Lily se redressa brusquement, manifestement désorientée. Le jeune Black se mordit la lèvre en s'approchant, il venait de la réveiller.
« Tu dormais ? »
« Question idiote », répondit-elle, avec un sourire en coin, tandis qu'elle se frottait les yeux.
« Qu'est-ce que tu fais là si tard ? » poursuivit-il, sans réagir plus.
« J'attendais Potter pour lui rendre son écharpe et je crois bien que je me suis endormie. C'est bizarre, je ne l'ai pas vu de la soirée. Lui qui aime tant être le centre de l'attention, c'est étonnant qu'il rate une fête en son honneur. »
La jeune fille retira rapidement l'écharpe qui trônait sur ses épaules pour la tendre à Sirius, qui l'accepta sans comprendre.
« Qu'est-ce que tu fais avec l'écharpe de James ? », l'interrogea le jeune Black, stupéfait.
« Il m'a rendu un service et en échange, il a voulu que je la porte pour je cite : « lui porter chance pendant le match » », marmonna Lily, en secouant la tête comme si elle trouvait l'idée particulièrement stupide.
« T'as l'air sceptique, mais il semblerait pourtant que ça ait marché », répliqua Sirius, qui souriait en coin. « C'est un fait, Evans, tu lui portes chance. T'es son porte-bonheur. »
« La chance, ça n'existe pas », répondit-elle, piquée.
« Alors tu sous-entends que c'est son talent qui fait tout ? » continua Sirius, pour la taquiner.
« Oui. Enfin non ! Oh, t'es encore pire que lui, Black ! » s'emporta Lily, qui ne sembla pourtant pas vraiment en colère. « Bon, je vais me coucher. Tu lui rendras son écharpe, s'il te plaît. »
« Attends », s'écria Sirius. « On a gagné combien ? »
« 200 à 60. Avant que William n'attrape le Vif d'Or, c'était très serré », déclara-t-elle, avec un sourire satisfait.
« James a bien joué ? » poursuivit le jeune homme.
« Qu'est-ce que tu essayes de me faire dire ? » s'enquit Lily, méfiante.
« C'est pas une question piège. J'étais en retenue et j'ai rien vu du match, alors je veux juste savoir s'il va être de bonne humeur ou non », expliqua Sirius, en haussant les épaules d'un air nonchalant.
« Il a mis 40 points tout seul et il a fait une sorte de ... Tu sais, il est monté en chandelle, en faisant croire à tout le monde qu'il allait vers le but, mais en fait, il a laissé tomber le souafle en plein dans les mains de Sally qui attendait en-dessous, et qui a pu aller marquer presque tout de suite après. C'était spectaculaire ! » répondit la jolie rousse, avant d'ajouter précipitamment : « Oui, il a très bien joué. »
« Ça s'appelle une feinte de Porskoff », précisa Sirius, sans réussir à retenir un large sourire.
« A tes souhaits ! » répliqua Lily, un peu amusée. « Je vais y aller, maintenant. Bonne nuit, Black ! »
Sirius sourit en retour, avant que Lily ne s'éloigne vers le dortoir des filles. Ils avaient gagné, c'était déjà une bonne chose. Mais en plus, le jeune Black imaginait déjà la tête de James quand il lui rapporterait les paroles de Lily Evans. La jeune fille avait trouvé qu'il avait très bien joué. Oh oui, James allait littéralement exploser de bonheur, c'était plus que sûr.
Pour autant, malgré l'amusement et la joie que Sirius pouvait ressentir à l'idée de dire tout ça à James, il n'avait pas oublié la pleine lune. Impossible, elle brillait tellement dehors que ses rayons lumineux éclairaient une bonne partie de la salle commune. L'espace d'un instant, Sirius hésita. Il n'était pas loin d'une heure du matin et il ne savait pas vraiment quoi faire. Tenter une nouvelle sortie ? Aller se coucher sagement ? Il grimaça en imaginant qu'il se faisait attraper par McGonagall. Après une journée entière en retenue avec ce véracrasse de O'Donnell et la promesse d'une nouvelle journée comme celle-ci, il était un peu réticent à prendre le risque. En quelques secondes, son moral venait de retomber bien bas. Il enfonça ses poings rageurs et douloureux au fond de ses poches et entreprit de monter les marches qui menaient au dortoir des garçons, avant de s'arrêter brusquement. Hors de question de rater une pleine lune ou de ne pas être là pour Remus. Hors de question qu'il se laisse dicter sa conduite par quiconque. Sirius effaça toute réflexion de son esprit et quitta une nouvelle fois la tour de Gryffondor. Le sourire aux lèvres et le cœur léger, il faisait ce qu'il avait à faire et personne n'allait l'en empêcher.
