Merci à tous pour vos commentaires ! Ca me fait vraiment plaisir de savoir que cette histoire est suivie et qu'elle plaît.
Comme annoncé la dernière fois, c'est aujourd'hui le dernier chapitre de l'histoire. Ce qu'il s'est passé dans les précédents m'a permis d'en arriver à ça.
Certains trouveront sans doute que c'est un peu rapide pour en arriver là. Peut-être. L'essentiel reste que je tenais beaucoup à cette fin et je vous expliquerai tout à l'heure pourquoi j'ai fait ce choix.
Bonne lecture à tous !
Épilogue
.
Ducky resserra le col de son manteau contre son cou. Le vent était froid et l'humidité ambiante n'arrangeait rien.
Après un regard pour son véhicule, il s'avança vers la maison. C'était une demeure de bois perdue dans une petite forêt du Kentucky, à l'écart des grands axes routiers.
Il avait fait le trajet depuis Washington dans sa vieille Morgan. Les kilomètres parcourus lui avaient laissé le temps de réfléchir, de savoir ce qu'il allait dire. En fait, ces heures de route lui avaient permis d'appréhender la suite.
C'était Abby qui avait trouvé l'adresse. Il n'avait pas tout compris de ce qu'elle lui avait expliqué. Elle parlait vite, trop vite, et avec des termes dont il n'était guère coutumier.
Mais l'essentiel était là. Elle avait trouvé un endroit où Alex Kem s'était isolée, un mois et demi après l'affaire Petersen. Et c'était son tour de s'y rendre.
Il avait refusé que les autres l'accompagnent. Il comprenait l'envie d'Abigail de revoir celle qui lui avait sauvé la vie, comme celle de Gibbs, fait rarissime, de présenter ses excuses. Cependant, ils n'avaient pas leur place ici, pas cette fois.
Peut-être plus tard ces retrouvailles auraient-elles lieu. C'était fort possible. Mais cela n'arriverait pas aujourd'hui.
.
Il toqua à la porte sans succès. Personne ne vint lui ouvrir. Il savait pourtant que l'endroit était habité, de la fumée s'échappait de la cheminée. Il l'avait vue en arrivant.
Il se décida à faire le tour de la maison, certain de la trouver dans les parages. En fait, ce fut elle qui le trouva.
- Ce n'est pas un temps à rester dehors, dit-elle.
Sa voix venait de son dos. Il se détourna rapidement, légèrement mal à l'aise de s'être fait surprendre.
Alex Kem était pareille à ses souvenirs. Son regard émeraude laissait deviner les souffrances qui avaient jalonné sa vie. Il était aussi plein de douceur. Le froid colorait ses joues autant que son sourire éclairait les traits sereins de son visage.
- Bonjour Alex.
- Bonjour docteur. Ça fait longtemps.
- Je suis heureux de te revoir.
Son sourire s'agrandit.
- Moi aussi.
Elle indiqua la maison.
- Venez. Nous serons mieux à l'intérieur. Il ne fait pas chaud dehors.
.
Alex l'invita à se réchauffer près du feu crépitant dans l'âtre. Avec des gestes sûrs, elle réactiva les braises et y déposa une bûche.
Elle l'invita à s'asseoir sur le fauteuil tout proche après l'avoir débarrassé de son manteau.
Après lui avoir demandé s'il souhaitait du thé, du vrai thé anglais, elle s'éclipsa dans la cuisine attenante à la vaste pièce à vivre.
Elle revint quelques minutes plus tard, des tasses fumantes dans les mains, une boite métallique sous le bras.
- Faîtes attention, c'est brûlant, dit-elle en lui tendant la sienne.
Elle attrapa un coussin sur le fauteuil tout près et le déposa au sol avant de s'asseoir dessus.
- Sucre ? Gâteau ? demanda-t-elle en lui présentant la boite.
Après s'être servi et l'avoir remerciée, le silence s'installa, uniquement rompu par le crépitement du feu. Ils sirotèrent leur boisson tranquillement, appréciant la douce quiétude qui les environnait.
Enfin, Ducky détacha son regard de la danse des flammes dans l'âtre et le posa sur sa jeune compagne.
- Depuis combien de temps es-tu ici ?
- Depuis que je suis partie de Washington, moins le temps pour faire le trajet, répondit-elle sans cesser de fixer le feu. Et vous ? Combien de temps pour me retrouver ?
- Comme toi.
- C'est Abby, n'est-ce-pas ?
- Oui, c'est elle, bien que je n'aie pas parfaitement compris la manière dont elle a procédé pour te retrouver.
- Pourquoi ? Pourquoi m'a-t-elle cherchée ? Et pourquoi êtes-vous venu ?
- Parce que cela ne pouvait pas se finir ainsi.
Elle tourna la tête vers lui, quémandant davantage d'explications.
- Tu l'as retrouvée, Alex, ce n'est pas rien.
Elle haussa les épaules, pas vraiment convaincue.
- Et puis il y a ça, ajouta-t-il en tirant de sa veste la lettre qu'elle lui avait laissé.
Ses yeux allèrent un instant de son visage au papier.
- Vous l'avez lu.
- De nombreuses fois.
- Et les autres ?
- Non.
- Vous ne leur avez pas dit de quoi elle parlait ?
- En partie seulement, ce qu'ils avaient besoin de savoir.
- Et l'agent Gibbs n'est pas là ? Ça m'étonne.
- Pour quelle raison ?
- J'y avoue un meurtre, il est flic et j'ai passé assez de temps en salle d'interrogatoire pour comprendre qu'il tenait à me faire condamner.
- Pour celui du général seulement.
- Non, docteur, pour celui qu'il savait que j'avais commis et qu'il croyait être celui du général. Alors même si mon innocence est prouvée… car elle l'est n'est-ce-pas ?
- Oui.
- Eh bien, même dans ce cas, je serai toujours une meurtrière et il ne changera pas d'avis sur moi.
- Tu te trompes.
- Vraiment ?
- Il veut te faire des excuses.
- Lui ? Des excuses ? Il sait ce que ça veut dire ?
- Il n'en fait que dans de très rares occasions, je te le concède.
- Alors pourquoi voudrait-il m'en faire ?
- Peut-être parce que nous avons assez discuté pour qu'il revoie son jugement te concernant.
- C'est tout ?
- Gibbs sait reconnaître ses torts. Il sait aussi reconnaître les gens qui ont besoin d'aide.
- Et j'ai besoin d'aide selon lui ? C'est pour ça qu'il veut me faire des excuses ? C'est un homme compliqué !
- C'est certain ! s'amusa Ducky. Et je doute que quiconque en ait le mode d'emploi !
Alex avala une gorgée de thé, laissant filer les secondes avant de reprendre.
- Qui l'a tué ?
Ducky laissa échapper un fin soupir, puis raconta, guettant avec inquiétude sa réaction une fois terminé.
- Ces deux fils à papa l'ont tué parce qu'il a refusé de leur donner sa voiture. En fait, il est mort pour rien, conclut Alex.
Il devait admettre qu'elle avait raison, le pire dans l'histoire était sans nul doute l'attitude des deux jeunes. Ils se moquaient de ce qu'ils avaient fait. Cela n'apportait aucun réconfort à la famille, au contraire. Et dire que c'était loin d'être un cas unique…
- Pourquoi êtes-vous venu, docteur ? questionna soudainement Alex.
- Je te l'ai dit, parce que cela ne pouvait pas se finir comme ça.
- C'est-à-dire ?
- Tu n'es pas seule, Alex.
- Vous avez tort.
- Avant, peut-être.
- Et maintenant ?
- Je suis là.
Des iris verts rencontrèrent les siens, scrutateurs.
- Tu n'es plus seule, dit-il doucement.
Elle détourna la tête.
- Mais je finirai par le redevenir, comme à chaque fois.
- Est-ce vraiment ce que tu penses ?
- Vous êtes là, docteur. Mais pour combien de temps ?
- Aussi longtemps que je le pourrai.
- Lui aussi disait ça.
Silence. Puis :
- Comment s'appelait-il ?
- James, murmura-t-elle. James Williams.
- Aurait-il voulu te voir seule jusqu'à la fin de tes jours ?
- Non.
- Et tes parents ?
- Non plus.
- Alors ?
- Ce n'est pas que je refuse la compagnie des gens, docteur. Ce sont eux qui ne m'acceptent pas. Je ne suis pas comme eux. Je suis solitaire. J'aime passer des heures à regarder le ciel, laisser mon esprit vagabonder. J'aime écouter, mais pas vraiment parler. Je ne suis généralement qu'une présence. Parfois je suis davantage. Cela dépend de mon humeur, des gens, de la situation aussi. Mais l'essentiel est là, je suis à part et cela me plaît. Hors, ça, les gens ne le comprennent pas.
Ducky la considéra longuement. Alex lui rappelait énormément Jethro et lui-même. Ils avaient de nombreux points communs avec elle. Il était certain que c'était pour cette raison qu'ils s'étaient sentis si proches de la jeune femme dès le début. Lui avait été bouleversé par sa rencontre, la lettre qu'elle lui avait écrite. Gibbs en revanche avait dû faire face au reflet de sa propre existence. Ce solitaire avare de mots dont il était difficile de gagner la confiance se révélait un ami exceptionnel lorsqu'on y parvenait. Il savait qu'elle aussi. Il avait perdu ses proches, Alex également. Il avait tué, eux aussi.
Il n'aurait su expliciter cela précisément, mais lorsqu'il voyait l'un, il voyait l'autre. Ce n'était pas leurs différences qui lui sautaient aux yeux, c'était leurs similitudes. Il savait que Gibbs avait fini par faire le même rapprochement. Les excuses qu'il voulait lui faire en étaient la preuve. Car lui, il avait eu sa chance, il avait eu Mike Franks. Alex, elle n'avait eu personne.
- Tu as raison, reprit-il en captant son attention, les gens ne comprennent pas ça, pour la plupart du moins. Ce n'est pas mon cas, ce n'est pas non plus celui de Gibbs ou d'Abby.
Il marqua une pause.
- C'est pour cela que tu n'es pas seule. Laisse-nous faire partie de ta vie.
- Vous ne me connaissez pas. Ils ne me connaissent pas.
- Mais moi oui.
- Très peu.
- Combien de temps penses-tu nécessaire pour connaître quelqu'un ?
- Je ne sais pas. Même après une vie entière on ne connaît pas forcément des gens qui nous sont proches. Parfois, quelques heures ou quelques jours suffisent.
- C'est également ce que je pense.
- Cela change-t-il vraiment quelque chose ?
- Il n'y a qu'une chose qui importe, Alex, ce que toi tu veux.
Elle contempla sa tasse désormais vide.
- Je ne sais pas, soupira-t-elle.
- Je suis sûr que si.
- J'ai passé tant d'années à fuir, à tenter de trouver ma place… comment puis-je savoir si elle est avec vous ? Pourquoi croirais-je qu'elle l'est ? Parce que vous me le dîtes ? Soyez honnête, docteur, il y a deux mois encore, vous ne me connaissiez pas. J'ai passé très peu de temps avec vous et le contexte ne se prêtait pas à un rapprochement quel qu'il soit.
- C'est pourtant ce qu'il s'est passé. Si ça n'avait pas été le cas, tu ne m'aurais pas laissé cette lettre.
- Sans doute.
- Assurément. Quant à cette fuite… c'est terminé, Alex. Le NCIS s'est arrangé pour que l'affaire soit définitivement close. Tu ne risques plus rien.
- Alors je suis libre maintenant ? Vraiment libre ?
- Oui.
Elle parut pensive.
- Vous vous engagez sur une pente difficile, docteur. En avez-vous conscience ?
- Oui.
- Et cela ne vous rebute pas ?
- Pas du tout. Au contraire.
Elle fixa les flammes en silence, sans réagir. Elle se releva ensuite sans un mot, récupéra sa tasse et la boite, puis disparut dans la cuisine.
Le légiste la vit faire avec inquiétude. Il entendit l'eau couler dans l'évier, puis ses pas sur le sol. Il ne bougea pas et attendit son retour, sa décision.
Enfin, elle revint dans la pièce.
- Venez, dit-elle.
Il s'exécuta sans comprendre, remettant au passage la lettre dans sa poche. Il la suivit jusqu'à une petite chambre sommairement meublée.
- J'espère que ça ira, dit-elle en indiquant le lit.
Il la regarda perplexe.
- Il est déjà tard, Donald, et la nuit est tombée. Je crois que ce serait bien que vous restiez cette nuit. Sauf si vous avez envie de repartir, ajouta-t-elle après une hésitation.
Elle acceptait. Cela fit apparaître un grand sourire sur son visage.
- Non, dit-il, je reste.
- Alors je vous laisse vous installer. Si vous avez besoin d'aide pour quoi que se soit, dîtes-le-moi. Je vais aller préparer le dîner. Vous n'êtes pas difficile j'espère ?
- Aucunement.
- Tant mieux.
- Alex ! la retint-il alors qu'elle s'éloignait déjà.
- Oui ?
- Je préfère Ducky.
Il ne lui fallut qu'un instant pour comprendre l'origine de ce surnom.
- Ducky, dit-elle, c'est pas mal. Mais…
Un doux sourire étira ses lèvres.
- …je préfère Grand-père.
Ducky lui jeta un regard plein de tendresse.
- Tu as raison, admit-il avec douceur, c'est mieux.
Et tandis qu'elle reprenait sa marche, le vieil homme qu'il était se prit à penser qu'il avait de la chance d'avoir une petite-fille comme ça. Beaucoup de chance.
Fin
Voilà, c'est fini. *essuie une larme* C'est toujours triste d'en arriver là.
Pour ce qui est de cette fin, j'ai repris une idée de David McCallum, alias Ducky, qui disait dans une interview qu'il aimerait beaucoup voir un jour dans la série une jeune femme se présenter à lui et dire qu'elle est sa petite-fille. Le voir en grand-père me plaisait beaucoup, alors... comme je voulais aussi faire du ABC et voir Gibbs en difficulté face à un suspect, j'ai saisi l'occasion !
J'espère que vous avez passé un bon moment à la lecture de cette histoire. Bien sûr, j'attends vos avis !
