Bonnes fêtes !
Merci à ceux et celles qui ont laissé une review, ça motive pour sortir rapidement des chapitres ! J'espère que vous apprécierez ! On arrive bientôt à quelques explications (même si c'est pas encore pour ce chap! ^^)
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Le nez enfoncé dans la poussière, Shizuru était convaincue d'être en train d'avaler de la terre alors qu'elle cherchait désespérément de l'air. Mais pour tout dire, elle n'en était que vaguement consciente. Le tison brûlant farfouillait à nouveau au fin fond de sa tête en quête vraisemblablement de la faire souffrir au-delà du raisonnable.
La souffrance avait au moins l'avantage de lui apprendre que même affaiblie, elle était parvenue à exploiter une partie de son pouvoir et à fuir Schwartz. La meilleure preuve était le silence soudain qui l'entourait, la nuit déjà bien entamée dans la région et bien sûre le fait qu'elle soit encore en vie.
La douleur s'estompa plus rapidement qu'elle ne l'eut escompté, bien que cela soit finalement logique. Shizuru avait certes exploité son Pouvoir mais elle s'y était prise autrement, ayant soudain dans un éclair de parfaite lucidité compris exactement ses capacités. Elle n'avait certainement pas la force de se déplacer dans le Temps, mais elle pouvait se déplacer dans l'Espace. Se téléporter, était probablement le terme le plus approprié.
Son pouvoir, son arrivée au cœur du Chateau de Fuuka alors qu'elle était parti de sa maison de Kyoto était une preuve essentielle que son pouvoir ne consistait pas seulement à traverser le Temps. Alors elle avait choisi de rester à cette époque mais d'aller autre part. Loin de Schwartz.
Et cela avait marché. Elle était autre part et en vie. Bien sûr moins coûteux en énergie ne signifiait pas qu'elle pouvait exploiter cette faculté à tort et à travers. Elle en souffrait bel et bien dès à présent.
Alors que la douleur se transformait à nouveau en un battement sourd, Shizuru estima que le contre-coup avait été immédiat à la différence de son arrivée dans le futur mais que les effets s'étaient rapidement étouffés.
Elle supposa que les effets secondaires de son pouvoir s'était probablement fait moins ressentir -en terme d'intensité et de durée - car le déplacement spatial utilisait bien moins de ressource des nanomachines qu'un déplacement temporel. Que l'effet soit immédiat pouvait toutefois venir de son état de fatigue général. Elle était épuisée et elle venait d'en demander beaucoup à son corps déjà maltraité.
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Il faisait frais d'ailleurs pour ne pas dire froid mais la simple idée de se redresser était un cauchemar. Pourtant elle ne pouvait pas rester là aussi vulnérable alors qu'elle ignorait si elle était apparue où elle le souhaitait… si elle était apparue à un endroit qui existait encore.
Les oreilles bourdonnantes et le cœur au bord des lèvres, Shizuru posa ses deux paumes contre le sol et s'efforça de se redresser pour rester quelques secondes à genoux à reprendre son souffle et à repousser les vagues de nausées.
Ses bras tremblaient plus de fatigues que de froids. Quand elle parvint à se mettre debout elle s'appuya contre le tronc d'un arbre alors qu'elle balayait les alentours du regard. Il faisait nuit noire. Pas une lumière pour percer les ténèbres et Shizuru apprécia le calme. Après des jours sans pouvoir reposer ses yeux de la lumière crue de sa cellule, elle se gorgeait à présent des ténèbres.
Elle se redressa, fit quelques pas maladroit, ses mains tendues devant elle pour prendre appuie de tronc en tronc. Elle ne les voyait apparaître qu'au dernier moment, leur contour se dessinant faiblement sous la lumière de la lune.
Elle ignorait si elle était apparue à l'endroit exact désiré car elle ne reconnaissait pas grand-chose de l'endroit. Certes il faisait noir mais elle avait été convaincue de pouvoir s'y déplacer les yeux fermés à son époque. Soit elle avait été présomptueuse sur ces capacités à se déplacer à l'aveugle, soit elle n'était pas là où elle voulait être… ou les choses avaient tout simplement changé en 3 siècles.
Son cœur battait lourdement dans sa poitrine et son souffle se raccourcissait sous l'effort. Elle avait fixé toutes ses pensées à atteindre son objectif et il était certain que relâcher son attention un seul instant reviendrait à ce qu'elle s'effondre d'épuisement. Ou à ce qu'elle s'effondre peut être indéfiniment.
Le sable sous ses pieds aurait dû être de l'herbe verte et tendre, des feuille et de jeunes branches auraient dû gêné ses déplacements. Elle ne rencontrait toutefois que des écorces rugueuses et des branches mortes et sèches qui se cassaient bien trop facilement.
Elle commençait à penser qu'elle avait bel et bien atterris dans une version désolée de l'enfer quand ses pieds buttèrent contre une surface dure et qu'elle s'écroula en avant. Ce n'était pas un rocher mais quelque chose de solide et de lisse. De patinée par le temps et fabriqués par la main de l'homme. Ses doigts remontèrent le bois et un sourire fatiguée étira ses lèvres. L'avancée en bois, le pourtour d'une maison typiquement japonaise. L'idée de se hisser sur la passerelle à hauteur de sa taille lui apparaissait inconcevable. A petit pas, s'appuyant et suivant la ligne du bois, elle atteignit des marches qu'elle gravit avec plus de difficulté qu'elle n'aurait dû à son âge.
La forme démesurée du bâtiment avait masqué la lune, ne formant qu'une masse sombre et compact que la vision de plus en plus flou de Shizuru n'avait pas pu distinguer. Pourtant malgré le grincement inconnu du bois sous ses pieds, Shizuru était finalement convaincue d'être parvenue exactement où elle l'avait espéré.
Chez elle.
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C'était pour tout dire un pari risqué que de considérer qu'après trois siècles sa très vieille demeure familiale existe encore. Les Fujino avaient disparu avec elle et même si elle avait laissé des papiers pour que la demeure revienne à Natsuki, 3 siècles et plusieurs guerres auraient pu signifier que sa vieille maison de bois ne soit plus debout depuis longtemps. Elle était pourtant encore là et si Shizuru n'avait pas été aussi sévèrement déshydratée elle en aurait probablement pleuré de soulagement.
Les marches montées, ses mains tâtonnèrent en avant cherchant la porte, espérant la faire coulisser et entrer à l'intérieur de ce qui avait été sa maison, mais elle ne rencontra que des planches de bois brutes contre lesquelles elle s'abîma les mains, y récoltant quelques échardes.
On avait semble-t-il scellé les entrées. Shizuru, dans son état, n'espéra même pas les forcer. Elle se laissa glisser contre le mur, se roula en boule malgré la douleur de ses muscles et ferma les yeux sans plus se soucier de pouvoir être trouvée.
Elle avait épuisée tout ce qui lui restait d'énergie.
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C'était probablement l'un des sommeils les plus réparateurs qu'elle ait eu depuis son arrivée à cette époque. Elle avait dormis d'une seule traite et sans rêve. Elle était mentalement et physiquement épuisée mais elle se sentait quand même un peu mieux.
Elle tourna légèrement la tête vers les rayons du soleil et se laissa quelques instants profiter de la paix et de la chaleur apportée par cette nouvelle journée. Et puisqu'il lui fallait faire preuve de volonté pour continuer à survivre et à sa battre, elle se força à ouvrir les yeux.
Elle n'aurait pas reconnu sa demeure. Ses jardins du moins. L'herbe tendre, l'étang et les arbres n'étaient plus qu'un désert de sable gris et d'arbres morts. L'esprit plus claire, Shizuru pouvait comprendre sans aucun doute que c'était là l'une des conséquences de l'Harmonium. Ce qui avait en effet transformé le Futur en une version tordue de l'enfer.
Elle roula la tête sur le bois dure pour appréhendé un peu mieux le bâtiment en lui même. Le bois était craquelé par endroit, usée. Des années sans entretiens, sans personne pour vivre et faire vivre la demeure.
Une aussi vieille maison de bois ne continuait d'exister que sous un soin constant et important de ses propriétaires. Qui qu'ils aient été, ils étaient parvenus à maintenir cette demeure durant 3 longs siècles mais il semblait claire que le Carnaval et l'Harmonium avait mis fin à cela. Ils allaient effacer les dernières traces des Fujino.
Ses pensées dérivèrent rapidement vers ce qu'elle avait perdu depuis son arrivée ici. Son époque, Natsuki à qui elle s'efforçait de ne pas s'attarder pour le moment, mais plus basiquement, son sac, ses vivres… ses photos. Les traces mêmes de son existence passée.
Encore couchée sur le plancher, elle observa les portes fermées par les planches. Elles avaient été cloutés à la va-vite. Avec un reniflement dédaigneux, Shizuru se mit debout. Ses muscles protestèrent et Shizuru gémit de ses courbatures et de ses faiblesses évidentes.
Elle se lécha les lèvres inconsciemment et une douleur aiguë lui répondit. Ses lèvres craquelées n'étaient qu'une autre des nombreuses douleurs qu'elle expérimentait. Face à la porte, ses doigts écorchés et abîmés eurent beau agrippés les planches pour tenter de les retirer, aucune ne bougea. Sa force d'HiME comme celle d'Otome était réduite à néant dans son lamentable état. Tout son corps se rappelait à elle : elle tremblait de fatigue.
Son esprit qui fonctionnait plus clairement mais toujours avec un certains temps de latence songea qu'elle n'avait aucun besoin de forcer les portes pour entrer. Quiconque avait cloué les accès n'avait pas bien réfléchi. Les planches était fixées à la chambranles et la porte en question pouvait toujours coulisser derrière. Difficilement mais elle bougea. Shizuru se glissa entre deux planches et l'interstice de la porte sans la moindre grâce mais elle se retrouva finalement à l'intérieur.
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Kami-sama elle était une loque. Se relever du parquet usé était si épuisant que Shizuru parcourut les premier pas à genoux avant de réussir à se relever.
La lumière filtrait à travers les planches qui tapissaient toutes les entrées possibles -portes comme fenêtres. La lumière rentrait à flot par certaines des portes en papier de riz déchirées et le plafond effondré par endroit.
Malgré le temps et la désuétude, d'une certaine manière, peu de chose avait changé : la structure des pièces avait été maintenue. Les couloirs et les salles étaient toujours les mêmes, seul l'ameublement ou ce qu'il en restait avait changé.
Shizuru tituba distraitement dans la maison abandonnée atteignant ce qui avait un jour été sa véranda. Les larges fenêtres avaient été remplacé par des murs. Son fauteuil favoris et le canapé où elle s'était allongée avec Natsuki avait disparu. Ça n'avait rien de bien surprenant mais… elle se sentit perdue. La vue de sa véranda correspondait à un image qui se superposait mal avec celle de ses souvenirs et lui rappelait cruellement qu'elle n'aurait pas dû être là. Elle n'appartenait pas à ce Monde et à cette époque.
Il aurait été tellement plus simple de profiter du temps qui lui restait à son époque et en compagnie de Natsuki. Elle avait probablement joué avec un pouvoir trop grand pour elle.
La gorge serrée de tristesse, Shizuru déambula jusqu'aux cuisines, la nécessité de s'alimenter ne pouvant plus être repoussé. Hormis le fait qu'elle n'avait jamais connu sa cuisine aussi vide d'aliments, cette pièce n'avait absolument pas changé. Elle aurait presque pu y voir Chikako en train de cuisiner. Sauf qu'il manquait les bonnes odeurs et des aliments. Les placards étaient vides.
Ce fut donc avec un soulagement notable qu'elle trouva quelques restes dans le cellier : un paquet de biscuit et une conserve de sirop en fruit… et de l'eau à profusion.
Au vu de la quantité et de la variété de contenants -bouteilles et bidons de toutes formes- Shizuru ne se fit aucune illusion sur la qualité de l'eau. Même dans la pénombre, elle pouvait voir à quel point elle était trouble. Sa tentative d'avoir accès à de l'eau courante via un robinet n'avait mené à rien, confirmant à Shizuru qu'Ahn avait eu raison de se montrer si surprise quand elle avait dit que son eau provenait du robinet.
Dans son état toutefois, elle fut profondément heureuse de sa trouvaille. Crampe d'estomac ou non, ses nanomachines répareraient les dégâts. Elle ouvrit donc la bouteille à l'aspect la moins rebutante et en avala de grandes gorgées. Boire aussi vite ne devait pas être bon mais elle s'en fichait. La bouteille en plastique finit par rebondir sur le sol vide.
Elle avait été si assoiffée que le gout de l'eau n'avait pas été aussi affreux qu'attendu. Elle se recroquevilla ensuite dans un coin et avala la moitié du paquet de biscuit sec avant de se sentir malade.
Elle dormit à nouveau. Et se réveilla pour boire, manger des gâteaux et s'endormir à nouveau.
Quand plusieurs cycles de sommeil passèrent ainsi, Shizuru se sentit mieux. Nauséeuse et l'estomac douloureux mais mieux. Moins proches de la mort.
Elle ignorait si un ou plusieurs jours s'étaient écoulées ou si ces cycles de sommeil et hydratation ne s'étaient étalés que sur quelques heures.
Ses nanomachines modifiaient fondamentalement les durées nécessaires de repos. Mais à présent que son estomac ne s'auto digérait pas par manque de nourriture et que sa gorge ne se craquelait pas de soif, d'autres besoins se firent ressentir.
Cela avait été le moindre de ses problèmes auparavant, mais à présent elle ne pensait qu'à ça. Son odeur. Elle était couverte de crasse et sentait une odeur immonde. Son cuir chevelu la grattait, ses cheveux étaient gras et sa peau semblait même avoir perdu sa couleur naturelle.
Shizuru prit un moment à s'ouvrir une brèche dans une des entrées scellées et amena sur la terrasse deux bonbonnes d'eau, des serviettes, un savon et une bassine. Il manquait des vivres mais pour ce qui était des produits autres : comme les vêtements ou le savon, elle n'allait manquer de rien avant un moment.
Elle passa l'heure suivante à se nettoyer sous les rayons du soleil. L'eau était froide contre sa peau mais cela n'ôtait rien au plaisir de se sentir à nouveau propre lorsqu'elle parvint à se laver -cheveux compris.
L'eau polluée par le Mal de l'Harmonium piqua contre la moindre égratignure. Ses poignets étaient encore bien abîmés par les manilles mais personne n'aurait pu croire qu'ils avaient été à vif peu de temps auparavant. Son poignet foulé s'était d'ailleurs guéris sans qu'elle ne le remarque. Shizuru se laissa s'attarder au miracle qu'aurait pu être les nanomachines si elles n'avaient pas été militarisé pour donner les otomes et si les siennes n'étaient pas en train de la tuer.
Elle passa aussi de longues minutes à tâtonner son collier de métal qui enserrait toujours fermement son cou. Elle ne voyait pas comme l'enlever et cela la frustrait de bien des manières.
A un moment ou un autre, on lui avait visiblement volé son bracelet d'émeraude et elle fut incroyablement soulagée de découvrir en cherchant à ôter son cerceau de fer qu'elle avait toujours son collier, dissimuler pour la plupart sous l'épais métal. Elle était prête à trouver un avantage à l'objet si c'était lui qui lui avait permis de conserver son pendentif des vols, mais cela n'empêchait pas que sa peau soit irrité. Le collier et sa chaîne pesaient d'ailleurs lourd -l'équivalent d'un boulet à la cheville- lui donnant parfois l'impression d'être étouffée. De plus, il lui serait difficile d'être discrète.
Après avoir admis sa défaite pour s'en débarrasser, Shizuru passa probablement une heure allongée sur la terrasse à regarder le soleil se coucher tout en se demandant ce qu'elle devait faire à présent.
On devait la traquer. Peut être lui attribuait-on le meurtre du Commodore.
Elle ignorait où aller, à qui se fier et surtout quoi faire pour se guérir de ses nanomachines.
Alors peut être qu'elle pouvait rester là. A attendre la mort dans sa maison de famille. Elle était tellement lasse. Ce n'était probablement pas normal de se sentir aussi fatiguée de la vie à son âge. Elle avait l'impression d'avoir vécu plus qu'elle n'aurait dû en une vie.
Elle se demandait plus souvent qu'elle n'aurait dû si elle était vraiment en vie et dans le monde réelle. Sa vie d'avant le Carnaval lui manquait.
Etre la jolie fille parfaite censée hérité de Windbloom, avoir de bonne note, faire plaisir à Miss Maria, plaire à ses camarades, aimer Natsuki de loin…
Peut être que tout n'avait pas été parfait. Peut être n'avait-elle pas aimé la plupart des choses de sa vie avant le Carnaval, il y avait eu beaucoup trop de faux semblant… mais sa vie avait eu quelque chose de tangible et de concret. Quand le Carnaval avait commencé… sa vie avait pris un tournant particulièrement… fantastique. Kiyohime, l'étoile, être une HiME, risqué de perdre son être cher. Si elle avait parlé de cela à un thérapeute, elle aurait pu être internée. Et ce n'était pas les choses les plus extraordinaire. Viola, une version d'elle-même venu d'un futur où les autres HiMEs étaient morte victime d'expérience… où Natsuki était morte ; et maintenant, elle, projetée dans un futur trop lointain pour qu'elle se sente réellement impliquée par ce qui arrivait...
Un cauchemar. A chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle s'attendait à les rouvrir et à se retrouver dans les bras de Natsuki cherchant à la réconforter.
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Shizuru rouvrit les yeux et observa les jardins désertiques et la nuit qui s'installait.
C'était pourtant sa nouvelle réalité.
Shizuru se redressa, passa une langue nerveuse contre ses lèvres et constata distraitement qu'elle piquait peu. A peine craquelée. Les nanomachines réparaient tout.
Elle se redressa et se rappela soudainement qu'elle n'avait pas pris la peine de s'habiller. La serviette d'un jaune passé pendait lâchement autour de sa poitrine masquant ainsi la peau qui recouvrait son corps décharné.
Shizuru n'aurait jamais admis à voix haute qu'elle était vaniteuse mais elle devait pourtant reconnaitre que son corps lui faisait honte. Elle avait toujours aimé être jolie. Dans une famille comme la sienne, même mise à l'égard des cercles sociaux qui aurait dû être les siens, Shizuru avait appris que l'apparence était tout.
Son apparente santé avait d'office attiré l'attention des otomes à cette époque et son état affligeant n'attirerait probablement pas plus la confiance.
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Shizuru retourna à l'intérieur, attrapant la lampe à pétrole qu'elle avait laissé auprès de la porte. Les coupures d'électricité avaient dû être une chose courante avant que les bâtiments soient vidés d'occupants, Shizuru en avait trouvé à foison avec suffisamment de bougie pour s'éclairer une vie entière.
Armée de sa lampe à pétrole, Shizuru atteignit les chambres et s'arrêta à la première qu'elle croisa. Elle se refusait d'aller voir ce qu'il était advenu de sa chambre ou celle de Natsuki.
Dans le placard, elle trouva des vêtements d'hommes. L'idée de se déguiser en homme pour détourner l'attention lui traversa l'esprit aussitôt et Shizuru se débrouilla bon gré mal gré pour dissimuler sa poitrine sous des bandes de lins découpé d'une chemise fermement serré. Elle enfila ensuite un caleçon d'homme qu'elle resserra pour s'ajuster à sa taille à l'aide d'un nœud. Elle attrapa finalement un pantalon gris anthracite qu'elle enfila dans des hautes chaussettes/bas noires. La chemise bleu ciel large et à col mao qu'elle entra dans le pantalon dissimulait en partie sa silhouette graciles et lui offrait un look similaire à ceux des gardes qu'elle avait pu croiser durant son enfermement sous la surveillance du commodore. C'était probablement une idée stupide. Elle paraissait beaucoup trop féminine malgré tout et ses yeux rouges bien trop reconnaissables.
Elle regarda ses pieds, agitant ses orteils dans ses chaussettes noires. Elle devait trouver des chaussures à sa taille. L'homme avait une pointure trop grande. Elle trouverait bien une paire de chaussures d'une taille similaire à la sienne dans une des autres chambres.
Elle passa l'heure suivante à démêler ses cheveux avec une brosse en écaille avant de les attacher en une queue de cheval haute songeant qu'elle devrait probablement en couper une partie pour paraitre un tant soit peu plus crédible comme un homme. Elle enfila ensuite un long et lourd manteau de laines. Il était chaud et rassurant. Un manteau de qualité, épais, qui portait le symbole simplifié de son entreprise -le symbole probable du royaume de Windbloom- au niveau des épaules. Si elle ne rabattait pas le col haut, elle pouvait dissimuler le collier de métal et le bas de sa mâchoire qui n'avait rien de viril.
Elle récupéra en plus un pull épais et une écharpe, les souvenirs de ses premières nuits froides à Windbloom en tête. Elle enfouit le tout dans un sac en bandoulière repéré dans la chambre.
Avec sa lampe à pétrole, habillée pour ne pas dire déguisée en noble d'un autre temps, Shizuru se demanda quoi faire de sa nuit. Elle pouvait probablement aller dormir à nouveau, dans un lit avec un vieux matelas grinçant. Elle retourna récupérer un bouteille d'eau et le bocal de fruit en sirop avant de parcourir les couloirs qui avait un jour été les siens, notant distraitement ce qui avait changé ou non. Ses mouvements étaient encore raides et douloureux mais elle préférait ça à rester inactive.
Elle se figea toutefois dans un couloir. Sa lampe à pétrole illuminait des portraits d'hommes et de femmes inconnus.
Le dernier de la ligne montrait le visage d'un homme à l'apparence sévère. Richard Blan. XXIIIème roi de Windbloom. En remontant le couloir, des visages d'hommes avec des traits parfois similaires. Quelques femmes. 23 tableaux parfaitement alignés. Les 23 souverains de Windbloom. Le premier était reconnaissable : son directeur général Blan. L'homme qui avait fait d'une entreprise un Royaume. L'image le montrait vieux. Si vieux. Ça devait être sur la fin de sa vie qu'il avait dû devenir roi. Où peut être était-ce son fils qui avait fait de Windbloom un Royaume et avait canonisé son père en en faisant le premier roi.
Elle se détourna des tableaux et son cœur eut un raté. Il y avait un 24ème tableau, plus grand, qui trônait sur un mur adjacent. Le regard du sujet portait sur le couloir et les autres tableaux faisant face au mur. Il dominait les autres et semblaient les juger du regard. Difficile de l'ignorer en réalité. Les doigts de Shizuru effleurèrent la plaque en laiton où était gravé les noms : Fujino Shizuru, Reine de Windbloom. Pas de numéro. Pas de première reine. Juste Reine. Entre guillemet avait même été rajouté en dernière ligne : « La Reine véritable ».
Elle revint à la plaque de son directeur. Roi Ier de Windbloom « Le Régent ». Shizuru eut un reniflement amusé. La plupart des rois et reines de la « Dynastie des Blan » avait des surnoms. C'était une étrange tradition. Shizuru songea que sa demeure avait du resté aux mains des Blan -de la famille royale- pendant tout ce temps. Jusqu'à la guerre et à leur mort.
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Ahn avait parlé d'elle comme d'une créature mythique digne de légende. Les Blan l'avait visiblement vu comme la raison de l'émergence de de leur royaume, il l'avait sacralisé, créant un conte autour de son existence même.
Miss Maria avait donc eu raison de faire confiance à l'homme. Il avait visiblement été d'une grande loyauté même après sa disparition. Peut être que c'était l'étalage de ses pouvoirs qui l'avait convaincu de se montrer loyal.
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Shizuru remonta finalement le couloir à grand pas, une destination précise soudainement en tête. Elle arriva devant la pièce blindée où se dissimulait ce qui avait été le bureau de son père. Elle se demanda si elle avait été ouverte en 3 siècles. Probablement. Les titres de propriétés de Windbloom s'y trouvaient après tout.
Mais à l'heure actuelle, l'épaisse porte blindée était fermée. Shizuru se demanda si en 3 siècles quelqu'un en avait forcé l'accès ou modifié les codes. Shizuru se rappelait y être entrer une fois pour y déposer son testament mais elle se souvenait surtout de la fois où elle y était entrée avec Viola sous la menace d'une arme. C'était elle qui avait tapé le code qui en ouvrait l'accès. Dans la panique de ce moment-là, Shizuru avait été incapable de s'en souvenir. Mais elle était au calme aujourd'hui, dans une situation qui avait toutes les raisons de l'inquiéter mais sans danger immédiat.
Elle ouvrit le panneau d'accès au digicode, les touches en étaient à moitié effacé et elle se demanda combien de doigts avait tapé de codes et le nombre de fois où il avait dû être changé pour que toutes les touches soit aussi abîmé. Ses propres doigts parcourir les touches avec assurance.
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La porte ne s'ouvrit pas et Shizuru poussa un soupir déçu. Bien sûr que le code avait dû être craqué et changé depuis trois siècles. Elle s'apprêtait à tourner les talons et chercher un endroit confortable où s'allonger en mangeant des fruits en sirop, lorsqu'il y eut comme un ronronnement, comme le bruit d'une machine souffreteuse puis un déclic.
Habituellement, l'ouverture se faisait dans le doux suintement pas ce bruit de fin de vie. Mais le mécanisme avait trois siècles et Shizuru était à peu près sûr que le réseau électrique de la demeure était éteint. Si celui de la salle fonctionnait sur le même réseau, c'était déjà un miracle que le mécanisme se déverrouille. Si c'était un réseau interne, cela faisait peut-être 3 siècles que personne ne l'avait entretenu et c'était extraordinaire.
Shizuru tenta de glisser ses doigts dans le minuscule interstice de la porte et en faire coulisser le battant. Mais elle ne parvenait ni à y insérer ses doigts ni à y exercer suffisamment de force. Avec un grognement, Shizuru admit qu'elle allait devoir trouver autre chose. Elle trottina jusqu'au couloir aux portraits, elle y avait entraperçu des armes.
Shizuru s'arrêta à nouveau à proximité de son portrait songeant distraitement qu'il avait dû être fait à partir d'une photographie. Elle s'en détourna plus rapidement cette fois-ci et s'empara d'une épée de cérémonie. Bien que décorative, elle paraissait être vraie. Shizuru estima qu'elle ne se briserait pas à la moindre pression. Elle revint vers la porte, glissa le plat de la lame dans l'interstice et poussa sur le manche de l'épée de toutes ses forces. La porte grinça et commença lentement mais surement à s'ouvrir. Quand elle fut entrouverte d'un peu plus de 30 cm, Shizuru laissa tomber l'épée. Elle ne voyait aucune lumière censée s'allumer automatiquement à l'intérieur de la salle, seulement un gouffre noir. Elle récupéra sa lampe à huile et se glissa avec à travers la minuscule fissure.
A son entrée, dans la pièce, la flamme pourtant protégée sous verre, oscilla et devint minuscules. Peu d'oxygène, la pièce était restée hermétique et l'air y entrait peut-être pour la première fois en trois siècles. Elle leva sa lampe pour en éclairer les murs.
Une larme coula le long de sa joue. Rien n'avait été déplacé: les murs couvert de livres, le bureau, les sièges et elle avait même l'impression de percevoir l'odeur rassurante de ses souvenirs.
Shizuru se laissa choir dans le vieux fauteuil en cuir de son père et resta là, les yeux fermés à vivre tous les souvenirs qu'elle pouvait avoir en ce lieux. Puis elle refit le tour du bureau, s'agenouillant au niveau du tapis pour en soulever un coin. La lampe avait été laissé sur le bureau, projetant des ombres mouvantes contre les murs. Elle n'y voyait pas grand-chose mais ce n'était pas nécessaire. Toute cette partie pouvait se faire au toucher.
Elle laissa ses doigts glissés sur le parquet en bois jusqu'à noter l'infime irrégularité entre les lattes. Elle suivit la ligne du bois jusqu'à rencontrer les lames avant et après celle-ci. Elle revint deux centimètres en arrière et y appliqua une pression similaire en ces deux points. Un petit déclic et le panneau de bois s'enfonça dans le sol. Shizuru le fit coulisser pour y dévoiler un coffre. Intact. Ses doigts suivirent le métal brillant et l'endroit qui nécessitait la clé. Elle avait le code mais pas la clé. Celle-ci était au cou de Natsuki perdue dans le passé.
Shizuru se demanda si lasse d'attendre, Natsuki était venue ouvrir le coffre pour y récupérer son testament.
Impossible de savoir.
Elle referma le tout, remis le tapis en place et s'en alla chercher son eau et ses fruits laissés à l'entrée. Elle les ramena à l'intérieur et les mangea tranquillement, assise à même le sol, le dos contre le bureau massif de son père, à la lueur de sa lampe. Elle resta là à sommeiller quelques minutes avant de reconnaître que son choix était stupide. La maison était clairement abandonnée depuis des années, elle se sentait suffisamment bien pour atteindre un lit et enfin avoir un somme confortable.
Elle ramassa donc sa lampe, abandonnant son frugal repas et sortit du bureau.
Shizuru eut un léger soupir de soulagement, ne voulant pas s'avouer que l'impression de sécurité de la salle était contrebalancé par une certaine claustrophobie. Si la porte avait été refermé, elle n'aurait jamais pu l'ouvrir de l'intérieur. Alors bien sûr, elle pouvait espérer en sortir en se téléportant en un autre lieu, mais ça ne lui enlevait pas la peur de mourir d'asphyxie. Après tout son entrée dans la salle n'avait pas activé le système de filtration d'air. Ce n'était plus une panic room, mais un véritable tombeau.
Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua qu'avec un temps de retard la silhouette qui l'attendait à la sortie.
Son cœur lui remonta aussitôt à la gorge. Elle en lâcha le lampe d'effroi qui vint se fracasser au sol dans un tintamarre effroyable. Le verre de la lampe brisé n'empêcha pas à la flamme de continuer à brûler, mais sa disposition au sol renforçait seulement les ombres qui masquaient le visage de l'intrus. La nuit était tombée et aucune autre source de lumière ne pouvait lui venir en aide. Shizuru s'accroupit aussitôt pour ramasser l'épée abandonnée auprès de la porte et la brandir, consciente que ce n'était pas une arme d'otome ni par son poids ni par sa facilité à la manier.
L'adrénaline se répandit à nouveau dans ses veines, son corps se tendant prêt à rentrer en action alors que son esprit cherchait à canaliser son pouvoir.
« J'éviterai de faire ça, annonça mécaniquement ce qui était à l'évidence une femme. »
Les contours de la main semblèrent luire un instant avant de former une lame argenté réfléchissant la lumière de la flamme.
Cela était… Shizuru avait déjà entendu parler de ce genre de chose.
Elle déposa l'épée au sol avec précaution pour attraper le socle de la lampe quitte à se brûler, son autre main tendue devant elle en signe de paix. Elle se releva et tendit la flamme vers la femme. Le cœur battant, sa source de lumière dévoila les traits de l'arrivante.
« Miyu ? souffla-t-elle. »
