Journal d'un Poufsouffle
by Tobias Juws
Compte-rendu XI, 25 Octobre 1992,
Ce type est un homme mort. Je t'expliquerai cela, ce soir, carnet.
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Finalement les vacances d'Halloween ont commencé ce matin. Notre dortoir s'est vidé brutalement sous les coups des huit heures. Lui habituellement croulant sous les vêtements tristement abandonnés, les valises crevées aux pieds des lits, les chaussettes sales accrochées aux poignées, les papiers de confiseries vides -évidemment-, les feuilles de parchemins vierges de toute réflexion et les journaux entassés en de précaires tours, lui si désordonné, tel un champ de bataille au petit matin, s'est vu dépossédé de tous ses biens en quelques instants. Tant et si bien que le sol est désormais bien visible sur presque toute sa surface. La vision même des lits faits et propres me collent des frissons et le miroir de la salle de bain impeccable me pousserait presque à commettre l'irréparable et à pulvériser volontairement quelques touches de dentifrice en sa surface.
Nos joyeux vacanciers s'en sont allés pour une semaine de repos auprès de leur famille et ont emporté la majorité des élèves de notre année. Parmi eux notamment, nous pouvons compter un Evan grognant et traînant des pieds à l'idée de retrouver le dragon qui lui sert de sœur aînée -ha ha-, une Leonor surexcitée face à cette inespérée possibilité de troquer les robes mornes de Poudlard pour ses petits ensembles automne-hiver, une Barbara dont la mini-jupe a fait s'évanouir de rage McGonagall et une Maureen... Bah, une Maureen quoi !
Et le résultat d'un tel départ est ce vide effroyable qui me donnerait presque la chair de poule tant j'y suis peu habitué entre les murs de notre bien-aimé collège. Il y a quelque chose de vraiment angoissant à passer une semaine dans une salle autrefois aussi remplie que le placard à martinets de Rusard et maintenant vide aux 3,78èmes quarts. Mais il ne s'agit pas là du plus horrible. Encore, l'on aurait pu croire, qu'au moins, le silence demeurerait. Que neni ! Il a fallu bien entendu que le pire de tous reste. Alors que tous partaient, il a fallu que Peter reste ! Lui...mais aussi son insupportable guitare dont il ne cesse de jouer depuis une heure et cinquante-trois minutes, vingt-deux secondes -exactement- !
Adieu repos au calme ! Adieu bénéfique silence ! Je me retrouve prêt à passer sept jours en compagnie d'un musicien à peine né et déjà raté, pourtant persuadé d'un talent inexistant. Dois-je aussi rajouté que ce musicien en question est, apparemment, bien décidé à jouer toute la nuit "My love is gone with my best friend but I will not cry" ? Non ? Trop tard, c'est fait.
Crois-moi, j'irai bien me pendre. Heureusement Abe me distrait de ces quelques pensées sombres et me chatouille la plante des pieds de sa plume alors que je remplis tes virginales pages. Enfin, "me chatouille", je ne crains pas ce genre de traitements et je n'en ai jamais ris aux larmes comme ce pauvre Terry de deuxième année sous les assauts vengeurs d'Evan. Au contraire, ça me détend plutôt bien. Au point même que j'en oublierai l'affreux crissement des ongles noircis de Peter sur son instrument de mort...si du moins il ne jouait pas si fort. Mais je suis trop fatigué de toute manière pour avoir réellement envie d'attenter à sa vie. La journée même débarrassée de tout cours a été longue et particulièrement animée. Cependant quand je vois le sourire espiègle du gosse qui bouffe mon espace vital de jour comme de nuit, je me sens profondément soulagé. Et plutôt fier de moi aussi, je dois l'avouer.
Tu es dans le noir pas vrai ? Je t'avais dit que je t'expliquerai, ce matin. Je n'avais pas trop le temps lorsque j'ai griffonné ça, juste quelques pulsions meurtrières à évacuer au plus vite. Mais maintenant que tout est fini, je peux mettre à plat les choses et admirer à tête reposée le brillant courage dont j'ai fait preuve -ne ris pas, Godric en serait jaloux. A commencer par cette promesse que j'avais faite au cours de Septembre sur tes immaculées pages. A l'époque, je m'inquiétais beaucoup pour Abe et ses conneries qu'il prenait constamment. Je m'étais décidé à le faire changer d'avis et à le détourner de son petit rituel de la soirée ou à casser la gueule au connard qui le fournissait si je n'y parvenais pas. Tu t'en souviens ?
Depuis, plus d'un mois est passé. J'étais parvenu à en discuter ouvertement avec lui et à lui retirer ses produits avec son accord. C'était il y a quelques jours encore. Il avait passé des nuits particulièrement affreuses mais au final, son comportement enjoué m'avait fait crier victoire trop vite. J'en avais oublié Abe et sa capacité inquiétante à sourire constamment. Je m'étais fait purement et simplement avoir par ses grands yeux et son visage joyeux.
Hier soir je l'ai surpris alors qu'il prenait sa dose en douce. Officiellement il avait arrêté. Officieusement il avait planqué son nouveau matériel dans ma propre table de nuit sous les piles de ses bouquins à l'eau de rose. Bien entendu, je me suis mis sacrément en rogne. Je crois que je n'avais jamais hurlé autant avant, le dortoir heureusement vide en résonnait presque. Mais je n'étais pas tant en colère contre lui, plutôt envers celui qui lui refilait ça sans se poser de questions, sans aucun remord ni culpabilité. Oui, je haïssais réellement ce visage sans identité et face à la preuve irréfutable qu'Abe était devenu accro, j'ai pris peur. Ce gamin et ses mains gelées me faisaient peur. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit précédente ayant l'intime conviction de veiller sur un cadavre.
Le lendemain je mettais mis en tête de mettre fin à tout ça et de jouer au superhéros sauvant la veule et l'orphelin. Ou plutôt, le Poufsouffle perdu et désœuvré. Si ce n'était pas pitoyable...et pourtant je l'ai fait. Prétextant d'accompagner Evan à la gare de Pré-au-Lard, j'en ai profité pour attraper de justesse Trever avant qu'il ne monte lui aussi dans le Poudlard Express.
Trever c'est le Serpentard pur par excellence. Un Sang-Pur puant, résultat d'un nombre de consanguinité effroyable. Il ne sert que ses propres intérêts, se fourre volontairement dans les ennuis avant de prendre la fuite prestement en arrière-plan. Mais malgré sa pseudo fierté, il s'achète facilement et ne rechigne pas à rendre service tant que les biens qu'il réclame en échange sont en sa possession -et s'il n'a pas pris la clé des champs entre-temps. Surtout, il connait bien plus de bas secrets, de scènes inavouables survenus entre les murs de Poudlard que Leonor n'en saura jamais. A force de traîner silencieusement dans les couloirs comme une âme en peine, il a surpris discrètes discussions, conciliabules de murmures, spectacles honteux, aveux étonnants ; allant même jusqu'à concurrencer Rusard et Miss Teigne pourtant bien rodés dans l'exercice de la fonction des "oreilles indiscrètes". Tu imagines donc, carnet, que si je désirais mettre la main sur mon "dealer", j'avais tout intérêt à demander à Trever quelques noms.
Cependant un tel service est loin d'être gratuit avec ce profiteur de Serpent. Tenter de tromper sa vigilance aurait été un suicide, mais, à lui qui connaissait tout de Poudlard, je ne pouvais pas non plus vendre l'astuce des cuisines ni même de la salle d'eau des préfets -soi-dit en passant, un véritable secret de Polichinelle chez les élèves. J'ai dû me résoudre et m'en défaire... Mais je t'avoue que j'ai eu bien du mal à lui laisser ma petite beauté... Ma passionnée Piloot TGV, si durement acquise et que je ne pouvais réclamer à nouveau auprès de mes parents, entre les doigts de ce petit bourge qui aurait pu s'en payer mille ! Et son visage moqueur alors qu'il jouait avec sous mes yeux, sachant très bien quel véritable trésor il venait d'arracher...
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Pardon, j'ai dû passer mon excès de colère sur l'oreiller le plus proche. -Il n'est pas question que je tache tes jolies pages de termes florissants pour un tel...tel... Hm ! Un tel faquin ! Maraud ! Gueux ! Aah ! Le petit salopard ! Frustré impuissant va ! T'as bien pris ton pied, hein ? ... Pardon. Mais ça fait du bien.-
Le fait est qu'après ce dur marchandage, Trever s'est décidé à me laisser une liste d'élèves toutes Maisons confondues qu'il connaissait bien pour tremper dans ce genre de petits trafics qui échappaient -par miracle- à l'attention vigilante de ce cher Dumby vieillissant. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais au château avec six personnes à traquer en espérant que mon coupable ne s'était pas fait la malle pour les vacances.
Les quatre heures suivantes, je les ai passées en aller-retour du hall au cinquième étage, du couloir Est à celui Ouest, de la tour Nord à la tour Sud, de la bibliothèque à la Grande Salle. Six fois je suis passé dans le couloir du deuxième étage Nord, six fois où les sujets des tableaux ont dû me prendre pour un fou. J'ai croisé Rusard sans cesse, me suis fait arrêter par lui, persuadé de ma culpabilité envers une quelconque affaire avant de parvenir à lui échapper de justesse. J'ai manqué de bousculer le professeur Sinistra au coin d'un couloir, ai donné le tournis à de nombreuses armures, emprunté pas moins d'une trentaine d'escaliers, quarante-trois passages secrets réservés Poufsouffle,... Mes pas m'ont mené aux quatre salles communes, j'ai patienté devant chacune d'elles de longues minutes pour finalement parvenir à obtenir une information, une discussion sur le pas avec un de mes coupables ou bien même à y entrer -la salle des Griffondors n'est pas si mal que cela, je leur envie leur vue.
Au final j'ai obtenu cinq témoignages : du Serpentard vil pur jus, pur sucre au Griffondor benêt en passant par le Poufsouffle d'un machiavélisme hypnotisant jusqu'à parvenir à deux Serdaigles peu scrupuleux et particulièrement rodés dans leurs petites affaires. Bien entendu, comme dans toutes les histoires, il a fallu que celui que je recherchais soit la dernière personne de la liste : Jude Grant. Un Piaf de septième année qui n'a pas manqué de se vanter auprès de moi la qualité de ses produits que je n'ai eu aucune peine à reconnaître.
Le reste est encore un peu flou. J'étais si rageur que ma raison s'est mise en mode "veille pour une durée prolongée". J'ai abandonné un corps dans les toilettes du quatrième étage sans savoir réellement dans quel état. Je me souviens juste avoir tenté misérablement un sort avant de jeter ma baguette dans le lavabo le plus proche devant mon échec et de sauter sur ce géant d'un mètre quatre-vingt-six pour lui refaire le portrait à la moldue avec un courage que je ne m'étais jamais soupçonné d'avoir. Enfin, appelle cela plutôt de la folie. Une folie qui m'a néanmoins permis de fouiller son sac personnel bourré de ses produits. Le remède se trouve toujours proche du poison. Craignant ou non de devenir à son tour accro à ses propres produits, il avait conçu comme je l'espérais des potions destinées à briser l'addiction déclenchée par la prise des drogues. J'ai pris la fiole qui m'intéressait et ait laissé les autres sur un lit de l'infirmerie à destination de Mme Pompresh ; Abe n'étant certainement pas son seul pigeon.
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Le résultat d'une telle manœuvre est juste sous mes yeux : mes pauvres pieds endoloris chouchoutés par les bons soins de mon petit Poufsouffle qui, soulagé par le remède, me fait mille promesses de ne pas recommencer à nouveau -heureusement que Peter s'abrutit lui-même de sa guitare et ne prête aucune attention à ses paroles. Je le vois aussi parfois jeter un vague coup d'œil sur sa sacoche désormais vide et je le soupçonne d'envisager très sérieusement de la brûler dans le feu de la cheminée centrale de la salle commune. Ce qui n'est pas plus mal en soit.
"Tu sais Tobias, ce serait à refaire, je ne voudrai pas que le Choixpeau m'envoie finalement à Serdaigle. Même si ma famille m'en félicitait et que mes parents me considéraient encore comme leur fils, même si Eglantine demeurait ma grande sœur sans me mépriser comme maintenant. Je ne voudrais pas. Si j'étais là-bas, je ne verrai pas Maureen, Leonor, Evan, Johan et Sebastian. Et je suis certain que tu me mépriserais d'appartenir à une telle Maison, de ne pas être un Poufsouffle. Ce serait pas pareille sans toi..."
Voilà ce que cet abruti vient de me sortir avec son sourire et ses grands yeux de gamins. Avant d'abandonner sa plume et mes pieds réconfortés pour se coller joyeusement à moi et lire tes soyeuses pages par-dessus mon épaule -d'ailleurs il pèse son poids l'animal ! Oh, je ne suis pas un oreiller ! Proteste toujours Tobias, le gamin en a rien à faire... J'vous jure !
Hééé ! Je m'insurge ! On ne pince pas la taille de son superhéros même s'il écrit des inepties sur vous dans son carnet fétiche. C'est le respect de la victime pour le sauveur, ça ! Et non, Abe, je me passerai du câlin en guise de remerciement ! Contente-toi de me laisser terminer mon compte-rendu tranquille.
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Ouf, voilà. Pour la peine il est en train de fouiller dans sa collection Sucre d'orge, à l'affût de l'histoire niaiseuse que je devrais lui lire pour la nuit. C'est Peter qui va pouvoir profiter des regards énamourés de douces passions, d'étreintes désespérées et de baisers noyés sous le flot de discours interminables contant fleurs et papillons -sick ! Mes hommages aux papillons. Je sens que notre musicien va trouver là de quoi s'inspirer pour ses futures chansons. J'imagine déjà : "Everywhere where you will go, I will follow you" ou encore "Your deep blue eyes make me crazy" et quelques autres petites choses dans le même registre. Il pourra toujours nous faire un petit concert pour la soirée d'Halloween. Rogue en sera surement très content et Dumby trépignera sur sa chaise d'enjouement. Je vois ça, ouais.
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Je sens soudainement que la semaine va être longue... Mais peut être pas si terrible que cela sans Evan et Leonor.
Ton vaillant serviteur.
Propriété J.K Rowling. (Mis à part OC bien entendu. Tobias is mine !)
Ça a faillit de peu, mais ce chapitre a bien été posté aujourd'hui Mardi 18 Mai dans les environs de 22h30. Je ne suis pas en retard. ^^'
Voici donc de justesse, un chapitre basé principalement sur le récit d'une journée pas comme les autres. J'espère que vous saurez louer le soudain élan de courage dont vient de faire preuve Tobias. Il en aura encore besoin à l'avenir... Pour le compte-rendu du 1er Novembre au matin 1992...
Merci encore à tous ! Lecteurs, favoriteurs, suiveurs, commentateurs... Sanque Illou véri meuche !
Ceci est un message de la SPLF : "Être" et "avoir" ne sont en aucun cas des verbes de même signification. Vous n'êtes pas ce que vous avez. Vous n'avez pas ce que vous êtes. Alors lorsqu'ils sont auxiliaires, ne les confondez pas.
Notes :
-J'ai griffonné Tobias. Puis Tobias avec Abe. En permanence... Je les mettrai si je me décide à établir un physique précis de Tob' officiellement.
-C'est toujours après m'être lavé les cheveux que j'ai le plus d'inspiration pour cette fiction... Hem.
