Réponse aux reviews !

Salut Aomine ! Merci x) Oui, Bobby a survécu à sa chute, les mouchoirs ça résiste à tout xD Nope, tu as faux pour Khallia ! Sa position est différente de celle d'Ishtar, même s'il y a effectivement un lien... Al' et l'Ankou au Japon, ça serai une bonne idée, par contre. Le rapport des japonais à la magie doit être différent. Et leurs écoles, leurs techniques aussi... Imaginent, ils ne jettent pas de sort et latin mais en une langue propre aux sorciers japonais ! Il faudrait que j'y réfléchisse...

Ouiiii, Chou-chan, bien vu ! Ton énorme pavé est presque complètement juste (et d'ailleurs, ça m'a fait plaisir, un commentaire pareil) ! Oui, Khallia est l'avocate d'Ishtar. Et vu le lien d'Audric Ells avec l'Egypte, on peut en déduire que c'est un de ses anciens potes... Et là, tu as quasiment tout juste ! Effectivement, il y a une histoire entre Khallia et d'autres personnes et les Sorciers Musulmans. Khallia et les siens ont perdu, et se sont retrové en Grande-Bretagne grâce à un "bienfaiteur"... Qui a aussi récupéré Duffy... Et tu as presque tout bon sauf pour le fait que ledit "bienfaiteur" serai haut-placé dans le gouvernement : c'est justement parce qu'il ne l'est pas qu'il veut prendre le pouvoir. Voilà x) Et pour autres informations il y a les MP parce que sinon, trop de spoilers x) Bon, et sinon, oui c'est école est pleine de malades xDDDD Mais je m'éclate x) Enfin, bon courage pour la fac de médecine =D

Hey Aria x) Je n'avais pas l'impression que l'idée du passage de ce chapitre sur "des enfants de grands famille se disputant au sujet d'une crise politique" venait d'une autre fic o_O Vraiment ? Well, shit. Mon subconscient est un copieur. Enfin bref, oui il y a effectivement un lien entre les Réfractaires et les Sorciers Musulmans x)

Hello Morgane ! Oui, tu vois juste : Theo va fenir par subir les conséquences du racisme des Réfractaires. Mais pas tout de suite. Quant à ton idée de ship entre Carrie et Marcus... Drôle d'idée x) Leur avenir sentimental n'est pas fixé, mais il y a peu de chance ! Quand à Reg et l'Ankou... Ils sont lents, ces deux-là ! Presque autant qu'Al' et Aenor (qui détiennent la palme xD) !

Salut Loupiotte54 ! Oui, le lien était difficile à faire, mais quand même, il y avait des indices. Dpeuis le début, les Ecorcheurs étaient comparés à des bêtes sauvages, des fauves..

Thanks Lucie xD Eh non, il va falloir attendre un peu pour la romance ! Et je suis contente de t'avoir fair rigoler avec les Rôdeurs xD Quand à l'intrigue... Attends encore un peu, le développement n'est pas fini x)

Salut Yuukixsama ! Ah ah, je suis contente que tu ai pu lire le chapitre finalement x) L'intrigue devient de plus en plus complexe, c'est le but. Je dois encore écrire jusqu'à la septième année ! Il me faut encore du rab' de mystère pour les Réfractaires. Et bien sûr, de l'humour d ela part des élève spour rendre ça supportable x)

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Le prénom gagnant est Drisana ! Et l'un des noms proposés était bien, du coup le nom complet de la sixième Poufsouffle sera Drisana Kadar x)

J'ai déjà décidé qu'elle sera une vraie marmotte, toujours en train de flemmarder et de roupiller (ce qui expliquera son absence dans les tomes précédents xD). Pour ses autres traits de caractères, j'en appel au vote (et ce vote sera le dernier portant sur Drisana, promis, après on retourne au vieux système) ! Préférez-vous qu'elle soit :

- Joviale (façon Chiara, l'énergie en moins)
- Blasée (façon Lucy xD)
- Solitaire (façon... Euh...)
- Studieuse (façon Dylan. Ou Demy. Ou n'importe quel Serdaigle)
- Sarcastique (façon Cyrius x) )

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Note de l'auteur 1 : Je m'étais promis de parler de Disney dans Renouveau, c'est chose faite x)

Note de l'auteur 2 : Comme Ginny n'a pas souvent droit à son POV, le voilà… Je l'ai psychanalysée sur la ChatBox de mon forum et du coup ça a donné ça xD

Note de l'auteur 3 : Ça faisait un bail qu'on n'avait pas vu Heather… La revoilà donc !

Note de l'auteur 4 : De temps en temps je parle de trucs sérieux dans cette fic. La drogue, les problèmes familiaux, le racket, la violence, le racisme, l'homophobie, la misogynie. J'espère que ça ne vous braque pas trop. Cette fic est censée être une histoire d'aventure, de mystère, avec un poil d'humour : mais il y a des messages qui me semblent importants que parfois, j'écris ici. Voilà.

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Écouter aux portes

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En ce jour de mi-mars, après une énième inondation du deuxième étage, Al' et l'Ankou se retrouvèrent à nouveau en colle. Et comme ils n'avaient évidemment pas été seuls à faire du surf sur les portes arrachées aux toilettes sous les encouragements de Mimi, ils furent plutôt nombreux ce jour-là à avoir rendez-vous devant la salle des profs, où les enseignants allaient leur attribuer leurs corvées.

– On devrait vraiment mettre un guetteur devant le couloir quand on fait ça, réfléchit Al'.

– Tu parles d'un mec qui n'aurait pas l'occasion de glisser sur une porte de chiotte en gueulant comme un Sioux qu'on scalpe, indiqua Naima.

– Alors non, t'as raison, restons-en au bon vieux système.

L'Ankou rigola puis s'adossa au mur du couloir, imitant la position de Reg et Carrie sans le savoir. Devon et Alan, eux, s'étaient déjà laissés glissés le long dudit mur et étaient affalés par terre. Owen bâilla :

– Bon, et sinon, on se regardera quoi comme film ce soir ?

– Un Jason Bourne ? proposa Gareth avec espoir.

– Oh non, pitié, râla Flora. Un truc drôle !

Elle avait réussi à planquer Melinda derrière une tapisserie quand Laughlin était arrivée au milieu de leur activité, et du coup, vu que Lucy avait réussi à se cacher aussi, elle était la seule fille des Serpentards à être collée. La seule fille tout court, en fait, avec Naima qui n'était pas un parangon de féminité et Carrie avec qui elle ne s'entendait guère, comme la plupart des filles cools ne s'entendent pas avec celles qui ne sont pas des fashion-victims.

Carrie, ignorant la mauvaise humeur de la Serpentard, renifla avec amusement :

– Vous devriez tirer au sort.

– Vous faites ça ? sourcilla l'Ankou. Ça me paraît très… Démocratique.

– Parce que selon toi les Gryffondors sont tous des brutes ? se rebiffa Naima.

– Oui, répondit carrément le jeune Malefoy.

Naima ouvrit la bouche d'un air indigné, s'arrêta, sembla réfléchir, puis haussa les épaules :

– Pas faux…

– Du coup, vous tirez le nom d'un film au hasard ou pas ? voulu savoir Flora.

– Oui. Et ensuite on se bat parce qu'on n'est pas d'accord.

– Très logique, rigola Al'.

– Vous ne vous disputez jamais chez les Serpentards ? s'étonna Naima.

– Oh si. Mais si le volume sonore monte trop, on doit regarder un film pacifiste.

– Un… ?

– Un Disney, traduisit Owen en rigolant.

– Genre, Blanche-Neige ? s'ébahit Naima. Ou La Belle au Bois Dormant ?

– Nan, pas ces antiquités ! protesta Al'. On regarde des trucs funs, genre la Reine des Neiges ou le Roi Lion. Ah, le Roi Lion, ça a été un succès…

Sans même échanger un regard, l'Ankou, Owen et Gareth se mirent à fredonner la chanson de Scar et des hyènes, sous les regards blasés de Flora et Al', tandis que les Gryffondors béaient d'étonnement. Le fredonnement monta en volume et le temps qu'ils arrivent au dialogue du milieu, ils chantaient haut et fort, et ils ne se donnèrent même pas la peine de baisser la voix pour rejouer les dialogues :

– Ouais, soyons prêtes, nous sommes toutes prêtes ! récita joyeusement Owen qui faisait la hyène numéro un. Euh, pour quoi ?

– Pour la mort du roi ! clama dignement Scorpius (qui, sans surprise, faisait Scar) devant des Gryffondors morts de rire.

– Pourquoi, il est malade ?

– Non imbécile, nous allons le tuer, et Simba aussi…

– Bonne idée ! s'exclama Gareth qui faisait la hyène numéro deux. On vivra sans roi ! Sans roi, sans roi, là là là là là là !

– Idiotes ! tonna l'Ankou (à ce stade Naima était tombée par terre, des larmes de rire dégoulinant sur ses joues, et elle n'était pas la seule). Il y aura un roi !

– Eh, mais t'avais dit que– !

Je serai le roi !

– Oh mon dieu, balbutia Reg entre deux hoquets.

– Je vais me pisser dessus, couina Alan entre deux hurlements de rire avant de déguerpir en direction des toilettes.

Du coup, il manqua le reste de la chanson, qui fut reprise en cœur par tous ceux qui connaissaient les paroles –à savoir tous les Serpentards, plus Naima et Carrie–, et quand il revint, encore secoué de hoquets hystériques, ce fut juste à temps pour entendre le grand rire mégalomane de la fin. Puis l'Ankou s'inclina comme un acteur qui a finit sa prestation et le couloir résonna d'applaudissements.

– Les profs devraient déjà être sortis avec tout ce bruit, sourcilla Carrie.

– Tu parles, renifla Reg avec dédain. Ils sont planqués sous les tables, là, et morts de peur.

– On les comprend un peu quand même, s'amusa Devon. Vous êtes tous timbrés.

– Bon, du coup on regard quoi comme film ce soir ? redemanda Flora.

Il y eut un bref silence de réflexion, puis Al' proposa :

Star Wars ?

– C'est vieux…

– Nan, c'est un classique ! protesta Naima.

– Ah oui, j'avais oublié que tu étais fan de science-fiction, soupira Alan. Mais je te préviens, on regardera pas ça chez nous !

– On a bien regardé un film de Star Trek la semaine dernière !

– Ben justement, on sature là ! Fred vient d'inventer un sort qui imite le bruit du laser et il est en train de rendre tout le monde parano !

– On va avoir besoin d'apprendre ce sort, fit gravement l'Ankou à Al'.

– Certainement pas, fit fermement Reg. L'ambiance est déjà assez invivable comme ça dans la salle commune des Gryffondor, vous n'allez pas étendre ça au reste du château.

– Faust et James se font toujours la gueule ? s'intéressa Gareth. J'espère qu'au moins un des deux est gravement blessé. Dites-moi qu'un des deux est gravement blessé.

– Même pas, soupira Alan. Ils sont encore plus chiants que d'habitude. Faust pleure dans les jupes de Margaret Fanz et James est entouré de sa famille comme un mec de la mafia.

Scorpius grinça des dents. Il n'aimait guère Margaret Fanz : elle avait attaqué Demy. Depuis l'intervention de James, Margaret avait perdu sa popularité. Mais avec le soutien de Faust, elle osait à nouveau attirer l'attention, faire des discours enflammés, ce genre de chose. Elle ne faisait qu'attiser l'agressivité des gens, comment est-ce que les élèves pouvaient ne pas le voir ? Sans cette haine du système, Margaret Fanz n'était rien du tout, alors elle entretenait la colère… Ça sautait aux yeux.

– Enfin bref, soupira Naima. Ça serait bien que James et Faust se réconcilient.

– Oui, approuva Reg. Ils s'enflamment pour un rien en ce moment, un jour ça va nous péter à la figure. Al', tu n'aurais pas un plan?

Le jeune Potter ouvrit la bouche pour répondre, mais juste à ce moment-là, la porte de la salle de profs s'ouvrit à la volée, les faisant tous violemment sursauter. Mocking apparut, poings sur les hanches et perchée sur des chaussures à semelles compensés qui la grandissaient de six centimètres, et…

– Tiens, vous vous êtes coupé les cheveux ? fit l'Ankou d'un ton surpris.

En effet, les cheveux mi-longs et violets de leur professeur avaient été remplacés par une coupe très courte, "pixie", et noire, méchée de rose et d'indigo. Avec ses chaussures à semelle compensées et sa longue robe noire par-dessus une chemise couleur grenadine, le tout accompagné d'un jean noir déchiré, ça faisait très gothique.

– Cool, fit Naima avec sincérité. Ça déchire grave !

– Merci Jones, fit tranquillement la prof de Runes. Votre retenue est annulée.

– Quoi ?! s'exclamèrent les autres.

– Yeah ! s'exclama Naima en prenant la fuite.

– Mais c'est pas juste ! protesta Devon.

– La vie n'est pas juste, fit Mocking avec flegme. Enfin bref, il est temps de vous mettre au boulot, bande de nazes primitifs. Potter, Dawlish et Flint, vous allez avec le professeur Londubat nettoyer les parois vitrées des serres où un petit malin a développé son talent artistique…

– Marcus y a eu cours hier et je te laisse deviner ce qu'il a dessiné, marmonna l'Ankou à Al' qui se retint de rire.

– … Parks, Bannes et Pritchard, vous allez avec Duffy trier des trucs et des machins gluants dans la réserve…

Les trois agneaux sacrifiés firent une tête de six pieds de long, tandis que le professeur Duffy émergeait de la salle des profs d'un air sinistre.

– Et Malefoy et Castle, venez avec moi, vous allez nettoyer ma salle de classe. En route !

Avec un soupir à fendre l'âme, les élèves en retenue suivirent leurs superviseurs respectifs. Enfin, le point positif, c'est qu'ils passèrent tous leurs deux heures de colles à fredonner le Roi Lion, et qu'à la fin, les profs étaient positivement marteaux.

Sauf Mocking, qui fredonnait joyeusement la chanson de Scar en se baladant dans les couloirs.

Normal.

oOoOoOo

Lettre de Luna Londubat à Ginevra Weasley :

Chère Ginny,

Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vue. Tu viens prendre le thé à la maison jeudi prochain ? Neville sera là lui aussi.

Puisse les Joncheruines rester loin de toi !

Luna L.

oOoOoOo

Ginny replia la lettre de Luna avec un sourire absent. Elle enviait son amie : son mariage à elle avait été heureux, paisible, avec ce petit grain de folie qui l'empêchait de sombrer dans la routine.

Luna et Neville vivaient dans un cottage non loin de Poudlard, la Tourelle Moussue, une haute tour avec une salle d'astronomie en haut et des serres autour. Luna recueillait les elfes de maison libérés ou trop vieux, et leur offrait de s'occuper des jardins, des plantes, du ménage : c'était une idée conjointe avec Hermione. Toute la tour était encombrée de souvenirs, d'objets rares et anciens. Plusieurs animaux étranges vaquaient dans le domaine, revenant périodiquement sur le seul de la tour, où Luna prenait soin de les nourrir.

Oui, Ginny était un peu jalouse.

Elle chercha une plume et de l'encre pour répondre à son amie que, bien sûr, elle viendrait, mais ce faisant son regard tomba sur le dernier exemplaire de la Gazette. Un article était consacré à Khallia Kethoum, retraçant très brièvement son histoire, et insistant surtout sur son amitié avec Harry qui s'était transformé en romance. Le journaliste comparait Khallia à une étoile de la politique, et écrivait pour plaisanter que bientôt ça serait elle qui éclipserait son illustre petit-ami…

D'un geste agacé, Ginny jeta le journal dans la corbeille.

Elle en avait tellement assez de cette partialité des journalistes ! Comme si tout ce que faisait Harry devait être béni et vénéré. Comme si les Weasley ne comptaient pas. Comme si elle ne comptait pas. Comme si elle n'avait été qu'une sorte de mère porteuse, comme si tout ce qui comptait c'était le fait que les enfants d'Harry Potter tiennent d'elle une partie de leurs gènes.

Ginny n'était pas la mégère pour laquelle les journaux essayaient de la faire passer. Elle était en colère, elle était blessée, elle était amère : mais elle avait sincèrement aimé Harry, et elle aimait toujours leurs enfants, et la façon dont le monde sorciers la traitait n'était pas juste.

Son regard se perdit par la fenêtre, mélancolique.

Elle avait sacrifié sa jeunesse à Harry. C'était son idole. Puis ça avait été son ami, son héros, son amour secret. Elle en était venue à le connaître et à l'aimer d'autant plus… Et puis, un jour, son rêve s'était réalisé, il lui avait rendu la pareille et était tombé amoureux d'elle ! Elle, la petite gamine que personne ne remarquait au milieu de la fratrie gigantesque ! C'était le bonheur absolu.

Elle était enfin quelqu'un pour elle-même, à travers ses yeux. Plus la sœur de Weasley, ou la fille de Weasley, mais bien Ginny. Il la voyait pour ce qu'elle valait. Il voyait la joueuse de Quidditch, la guerrière qui avait mené l'A.D., il voyait l'héroïne et pas la gamine. Alors, dans la frénésie et l'effervescence de la fin guerre, ils s'étaient mariés. Comme dans les rêves d'enfants de Ginny. Ils étaient jeunes, alors, peut-être trop jeunes : mais pourquoi attendre ? Ils en avaient envie. Envie en stabilité, de reconnaissance, envie d'une famille.

Ils avaient eu un garçon, James Sirius Potter. Ginny le savait : cet enfant serait le parfait Gryffondor, un vrai petit prince, tout le monde l'aimerait. Elle avait toujours voulu avoir un garçon brave et fort et une petite fille douce et délicate. Alors, après James, Harry et elle avaient réessayé d'avoir un bébé.

Ça avait été un garçon, encore. Ginny était un peu déçue, mais c'était son bébé, celui-là aussi, et elle l'aimait. Elle voulait l'appeler Albus Neville. Après tout, pourquoi pas ? Et puis, comme Harry insistait, Lévine Koenig pourrait être le parrain… Elle ne l'avait vu qu'une fois et ne l'aimait pas, elle lui trouvait des airs hautains de Lucius Malefoy, mais Harry était son ami et en parlait avec beaucoup d'admiration, alors, si c'était ce qu'il voulait… C'était d'accord.

Et puis là, Harry revint du Ministère et sur l'acte de naissance, il était écrit "Albus Severus". Ginny avait regardé ce papier où le nom d'un Mangemort, d'un monstre, lui sautait à la figure, et elle avait eu l'impression de voir un étranger à la place de son mari. Harry et elle s'étaient engueulés, là, au milieu de la chambre de la maternité. Longtemps et très fort.

Et c'est comme si un rideau tombait.

Harry n'était pas juste le Survivant, le Gryffondor, l'homme qu'elle aimait. Oh, il était ça aussi : elle était tombée amoureuse de lui pour ça. Mais il était aussi un Serpentard, un meurtrier, quelqu'un qui gardait en lui une tonne de rancœur et de culpabilité, et des milliers de secrets. Cet homme-là, Ginny ne le connaissait pas, et ça la terrifiait. Et ce nom, le nom de Severus Rogue… Harry pouvait bien clamer que c'était celui d'un héros, c'était quelque chose que Ginny ne pouvait pas voir, ne pouvait pas accepter. C'était tellement contraire à ce qu'elle avait vu à Poudlard, ce qu'elle avait vécu pendant l'année de ses seize ans. C'était au-dessus de ses moyens, elle ne pouvait pas oublier. Elle ne pourrait jamais oublier. Harry n'était pas là, à l'époque, à voir les élèves torturés et blessés, il ne pouvait pas comprendre… Mais Rogue, Rogue serait toujours pour elle un monstre, une figure étrangère et laide à haïr comme si elle était responsable de tout. Rogue, c'était la peur et le chaos et la terreur, c'était la transformation de Poudlard en piège mortel. Rogue, c'était la guerre, le mal, le désespoir. Rogue n'était pas un héros et elle le haïssait, comme elle haïssait tous les Serpentards.

Ce n'avait été qu'une engueulade. Mais une fissure était apparue entre eux. Enfin, elle avait toujours été là, mais elle devenait visible maintenant, au point qu'ils ne voyaient plus que ça.

Et puis Al' contribuait à élargir cette fissure. Il préférait visiblement son père. Peut-être que cette préférence était là dès le départ, dans ses gènes, ou peut-être avait-il senti, dès ses premiers jours, cette rancœur que sa mère avait contre son nom, le fait qu'elle aurait préféré qu'il soit différent. En tout cas, la faille s'était creusée. Douloureuse.

Dans ce mariage en plein chaos, Lily était arrivée un peu par hasard. Pour Harry, pas de doute, c'était un accident. Mais pas pour Ginny : elle avait essayé, elle, d'avoir ce troisième bébé. Une fille, comme elle en était toujours rêvée. Un poupon à habiller en rose et à qui acheter de belles poupées. Un peu de douceur et de couleur dans cette famille chagrin.

Avec l'arrivée de Lily, leur couple s'était rabiboché. Il y avait toujours le poids des silences et des non-dits, et la faille qui grandissait à chaque fois qu'Harry restait manger au bureau ou que Ginny sortait faire un tour avec James et Lily et laissait Al' lire dans sa chambre. Mais ils étaient restés ensemble. Ils étaient une famille, après tout. Et ils avaient été si heureux dans le passé, emportés dans un tourbillon de joie et de bonheur : tellement heureux. Ça pouvait revenir : il suffisait d'essayer.

Mais ça ne revenait pas. Le temps passait. Les enfants grandissaient. Certaines personnes le remarquaient, comme Hermione, ou les Malefoy, ou Blaise Zabini. D'autres s'aveuglaient délibérément, comme Molly Weasley. Ginny et Harry, c'était un peu le couple royal de la communauté sorcière. Tant qu'ils allaient bien ensemble, tout allait bien. On cancanait sur les robes de Ginny et le sourire d'Harry et rien ne semblait plus grave que ça. C'était bien, c'était confortable, comme illusion…

Et puis un jour, Al' fut Réparti à Serpentard.

Et en plus, Zabini eut le culot de féliciter Harry. Comme s'il y avait de quoi être fier, d'appartenir à la Maison de Rogue, de Draco Malefoy, de Lucius Malefoy, de Bellatrix, de Voldemort ! C'était une honte, un outrage, comme une malédiction. La Maison de Serpentard était mauvaise, corrompue. Combien de fois Ginny l'avait-elle entendu dire par sa famille ? Ils avaient beau dire qu'ils ne faisaient que rire, elle, elle savait à quel point c'était vrai. Serpentard était le mal. Elle l'avait répété à ses enfants depuis des années, comment Albus pouvait-il y être allé ?!

Ginny était furieuse, trahie. D'autant plus trahie qu'Harry semblait content comme tout. Alors, sitôt rentrés chez eux, Harry et elle s'étaient engueulés comme le jour où Al' était né, peut-être même pire. Lily fila se cacher dans sa chambre, sous sa couette, en se bouchant les oreilles.

La faille était devenue précipice.

Ginny et Harry commençaient à se rendre compte que le navire était en train de couler. Ils essayaient de s'éviter au maximum, ayant peur de mettre le feu aux poudres… Pendant l'année avant leur divorce, ils ne vécurent quasiment plus ensemble. Ils allaient chez des amis, Harry travaillait très tard au bureau.

Ginny pleurait beaucoup à cette époque. Elle pleurait sa jeunesse disparue, ses rêves gâchés, ses illusions fracassées. Mais elle était une battante, alors, un jour, elle avait arrêté de pleurer. Elle s'était renseignée au sujet du divorce : elle ne pouvait plus vivre comme ça. Elle ne voulait plus vivre dans ce mariage qui n'était plus qu'un pâle reflet de ce qu'il était à l'origine… Alors elle avait engagé Quinns comme avocat. Elle ne se cachait pas particulièrement, espérant qu'Harry l'apprenne et agisse, enfin. Ça avait fini par arriver, bien sûr. Et, effrayé à l'idée de perdre la garde de ses enfants –ce que Ginny n'aurait pas fait, jamais : aucun enfant ne devrait être privé de ses parents–, il lança la procédure.

Et ils avaient divorcés. Ça s'était passé si ridiculement vite. D'un seul coup, ils n'avaient plus le même nom. Plus la même maison.

Ginny s'était cherchée du boulot avec la même fougue que si elle avait dix-sept ans. Elle avait perdu vingt ans dans ce mariage voué à l'échec : elle ne perdrait pas un instant de plus. Elle était devenue journaliste sportive, à la fin. Elle avait toujours adoré le Quidditch, mais elle n'était plus assez jeune pour jouer, à présent… Ce n'était pas la faute d'Harry, ça. C'était de sa faute à elle, parce qu'elle avait fermé les yeux sur une partie de l'homme qu'elle aimait comme si ça pouvait effacer ses défauts, effacer ce qu'il était vraiment.

Et elle se retrouvait là. Dans cette maison du Devon, trop petite pour une famille, avec un bureau encombré de coupures de journaux, un lit simple dans la chambre principale et trois lits superposés dans la chambre d'amis où les enfants n'avaient pas encore dormi. Parfois, Ginny se trouvait pathétique. Et parfois, elle se disait avec une joie féroce qu'elle avait bien agit. Elle n'aurait pas pu continuer comme ça.

Elle avait été une petite fille avec de grands rêves et d'immenses espoirs, puis une jeune femme aveuglée par le bonheur et la réussite. Et à la fin, elle n'était plus qu'une femme de trente-neuf ans qui en a perdu vingt.

– C'est injuste, lâcha-t-elle dans la pièce vide. C'est complètement injuste.

Personne ne lui répondit. A ses pieds, Roméo lui jeta un regard plein de compassion. Ginny renifla avec amusement puis, après avoir rédigé brièvement sa réponse à Luna, se pencha et lui gratta le crâne.

– Bon chien.

Roméo était un jeune chien bâtard, sans doute en grande partie labrador, que Ginny avait trouvé dans la rue quelques mois plus tôt, malade et affamé. Elle traversait une période de déprime à l'époque : les journaux passaient leur temps à parler de Khallia et Harry, comme si elle n'avait jamais existé. Le chiot gémissait dans un caniveau. Elle l'avait ramassé –il n'était pas plus gros qu'un chat– et l'avait emmené chez un Soigneur. Il lui avait dit que le chiot ne survivrait pas deux semaines… Ginny avait haussé un sourcil et ramené le chiot chez elle.

Elle l'avait appelé Roméo, lui avait acheté des antibiotiques, des potions, une bouillotte. Le chiot avait survécu et, désormais âgé de cinq mois, débordait de vie.

Ginny se leva de sa chaise, et se dirigea vers le salon ou sa chouette sommeillait sur son perchoir. Après avoir envoyé sa réponse à Luna, elle irait peut-être se promener dehors, avec Roméo, pour le voir courir après les oiseaux comme un fou et rigoler un peu.

Elle en avait bien besoin…

oOoOoOo

Lettre de Ginevra Weasley à Luna Londubat :

Chère Luna,

Ça serait avec plaisir. Je reviens du Pays de Galles, où je devais assister à un match des Canons de Chudley (depuis qu'ils ont de nouveaux Batteurs, ils remontent la pente et vu que c'est mon club favori, je l'ai abondamment fait remarquer dans mon article), et comme j'ai fait un peu de tourisme, j'ai plein de choses à te raconter !

Neville et toi pourrez également me donner des nouvelles de mes enfants. J'espère qu'ils n'ont pas encore mis le feu au château…

Amitié,

Ginny W.

oOoOoOo

– Heather !

La jeune femme se retourna, et son visage s'éclaira lorsqu'elle aperçu sa cousine :

– Pat ! Tu viens déjeuner avec moi ?

Patricia Agrace, jeune femme de trente-cinq ans au visage rond et aux cheveux auburn, acquiesça d'un sourire. Dotée d'un fort caractère et manquant du raffinement apprécié par leurs chefs de famille, Patricia venait d'une branche assez pauvre des Agrace, et était d'ailleurs née d'un Sang-Mêlé et d'une Née-Moldue. Elle travaillait comme secrétaire à la Gazette et accomplissait toutes les corvées ingrates. Peu de membres de sa famille s'intéressaient à elle… Mais Heather en faisait partie.

– Quoi de neuf chez toi ? fit Heather en poussant la porte des bureaux de la Gazette. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé.

– Tu es surchargée de travail avec tous ces journalistes qui ont la trouille de se retrouver au milieu d'une attaque d'Écorcheurs, sourit Patricia. Et moi, eh bien, je suis toujours surchargée de travail, terroristes ou pas.

– Mouais. Ce n'est pas une excuse. Mais bon, j'arrive à peine à me libérer pour voir Nero de temps en temps, alors…

– Nero McAlister ?

– Yep, celui-là même.

– Sa famille n'est pas géniale, grimaça Pat.

– Il m'a sauvé la vie à la rue Rowena, se défendit Heather. Et puis, il ne fait plus partie des McAlister. Il n'en a jamais fait partie, d'ailleurs, vu que ces racistes ont refusé de s'occuper d'un Sang-Mêlé. Mais là, c'est officiel, il a coupé les ponts même avec la tante qui l'a élevé.

– Il n'a pas changé de nom ?

– Non, il préfère continuer à faire un bras d'honneur symbolique à sa famille. Enfin bref, tout ça pour dire que je le trouve sympa.

– Sympa, répéta Pat avec amusement en se dirigeant avec sa cousine vers la brasserie toute proche. Il y aurait-il anguille sous roche ?

– Avec Nero ? fit Heather en écarquillant les yeux. Sûrement pas !

– Eh, c'était une question légitime…

Heather poussa la porte de l'établissement et les deux jeunes allèrent s'installer à une des tables du fond, près d'un poster de l'équipe nationale de Quidditch. Les bureaux de la Gazette se trouvaient dans un village exclusivement sorcier, et ça faisait du bien de ne pas avoir à se cacher ou à surveiller ses mots.

– Bon, tu ne m'as pas répondu ! fit joyeusement Heather en s'asseyant. Quoi de neuf ? Tu sors enfin avec ce type sympa qui t'a attendu l'autre jour au bureau ?

– Il s'appelle Max, soupira Pat avec amusement. Maxwell Hill, et il est Auror. Et oui… On sort ensemble.

– Félicitations ! Ça fait des mois que vous vous tournez autour.

Patricia rit doucement. Peu de gens s'intéressaient à une Agrace sans richesse ni pouvoir, sorcière peu douée et femme au visage quelconque. Mais elle était heureuse d'avoir trouvé Max. il était doux et gentil, il aimait rire et plaisanter et il s'en fichait si elle n'était pas riche ou extraordinaire. Elle était spéciale pour lui et ça suffisait.

Le serveur prit leur commande et, d'un tour de baguette, fit apparaître leurs plats devant elles. Heather avait pris une salade, mais Patricia, elle, s'était rabattue sur une pièce de viande. Quitte à mourir d'ennui dans un bureau, autant le faire sans mourir de faim, merci bien.

– Et toi, Heather ? interrogea Patricia au bout de quelques bouchées. Tu as quelqu'un en vue ?

Heather esquissa un sourire en coin :

– Oui.

– Sérieusement ? Mais tu ne m'as rien dit !

– On ne se voit jamais, se défendit Heather.

– Mais tu en as parlé à Nero, je suis sûre !

La jeune femme aux cheveux châtain hésita brièvement, puis secoua la tête. Patricia ouvrit des yeux ronds :

– Mais c'est ton meilleur ami, non ?

– Et ma vie privée est privée, rétorqua sèchement sa cousine.

Patricia la regarda d'un air songeur. Heather avait toujours était une petite fille sage et modeste, obéissante, effacée parfois, malgré son esprit brillant de Serdaigle. Patricia, modeste petite Poufsouffle, l'avait toujours un petit peu jalousée. Sans venir de la lignée principale des Agrace, Heather avait plus d'importance qu'elle, et elle avait toujours un oncle riche (le Directeur de la Gazette en personne !) pour veiller sur elle depuis que ses parents étaient morts durant son adolescence. Patricia, elle, était toute seule depuis toute petite.

Alors, des deux, c'était Pat qui était secrète et rebelle, pas Heather. Heather ne cachait rien à sa famille, ne mentait pas, n'envoyait pas balader les gens. Pas en temps normal.

Patricia déglutit, puis se pencha vers sa cousine pour chuchoter :

– Tu n'en as pas parlé à ton oncle, non plus. A personne.

C'était une question, pas une affirmation, et elle vit la mâchoire de sa cousine se contracter. Elle secoua la tête, incrédule, puis supplia :

– Dis-moi que ce n'est pas un McAlister au moins.

– Ce n'est pas un McAlister.

– Merlin merci. C'est qui, alors, un ancien tôlard ?

– Arrête d'être aussi parano. C'est quelqu'un de bien.

Patricia observa sa cousine avec attention, mais Heather ne cilla pas. Elle était nerveuse mais elle le pensait. Alors pourquoi gardait-elle le secret si… ?

– Il est pauvre ? C'est un loup-garou ?

– Ça suffit, ce n'est plus drôle, soupira Heather. Si tu m'as accompagné juste pour e cuisiner au sujet de quelque chose dont je ne veux pas parler, je vais manger un sandwich à mon bureau.

– Désolée, grimaça Pat.

Elles se remirent à manger en silence. Au bout d'un moment, Heather repoussa son assiette vide, et Patricia lui lança un regard amusé. Elle ne comprenait pas comment sa cousine pouvait aimer la salade, c'était de la nourriture pour lapin.

– Tu écris des trucs intéressants en ce moment ? Je n'ai pas vu d'article signé à ton nom depuis un bail. La coqueluche de la Gazette, c'est Nero.

Heather haussa les épaules :

– Nero est bon à ce qu'il fait. Il rapporte les faits avec exactitudes mais il les humanise en plus… Il est doué.

– Ouais, ouais, on sait. Mais toi, qu'est-ce que tu écris ?

Heather joua avec une tomate-cerise dans son assiette en haussant les épaules :

– Pas grand-chose, en ce moment j'interviews un pseudo-génie qui dit que les Écorcheurs sont des loups-garous drogués à la FullMood, pas des gens normaux, et que c'est ça qui les rends bestiaux.

– La FullMood rend n'importe qui bestial, ton génie est un débile.

– Je sais, mais les gens normaux qui prennent de la FullMood ont toujours un contrôle sur leurs actes, s'ils le veulent : ils virent berserkers mais pas complètement déments comme les Écorcheurs.

– Quoi, tu as déjà essayé la FullMood ? blagua Patricia.

Heather roula des yeux :

– Ne sois pas stupide. Je serai la dernière personne à faire ça.

C'était sûr qu'une rencontre directe avec les Écorcheurs vous ôtait toute envie de faire joujou avec la drogue. Enfin, pour ceux qui n'étaient pas addicts, et Heather ne l'était définitivement pas.

Trop gentille. Trop sage.

Par contre… Tous ces gens qui prenaient de la FullMood à usage récréatif, ils n'avaient pas arrêté à cause des Écorcheurs. Au début Patricia ne comprenait pas. Puis elle avait écouté les journalistes du bureau d'à côté en parler, plein de suffisance et de diplômes, et petit à petit, elle s'était faite une raison : les gens n'étaient pas logiques. Il y avait des camés qui voyaient des gens mourir d'overdose et qui continuait quand même. Chez les Moldus et les sorciers. A drogue est trop forte. La soif d'oubli…

Heather reprit la parole, et Patricia se força à ne plus penser à tous ces gens drogués qui continuaient à bousiller leur esprit et leur magie juste pour quelques minutes de paix.

– Ce n'est pas la FullMood, disait Heather. Enfin, pas que ça. La drogue est impliquée dans les attaques des Écorcheurs, c'est ça qui les rends si fort, rapides et dangereux, mais il y a autre chose. C'est évident.

– Donc ton pseudo-génie aurait raison ?

Heather haussa les épaules :

– Je ne pense pas. C'est vrai, ça se tiens, les Écorcheurs agissent comme des loups-garous mais je les ai vus de près, moi. Ils étaient nombreux, et biens nourris, et humains… Les sorciers loups-garous ne sont pas aussi prospères, et surtout, pas aussi nombreux. Après la Chute des Ténèbres, ils ont quasiment tous été exterminés.

– Peut-être que quelqu'un contamine des loups-garous pour les droguer à la FullMod et trucider les gens, suggéra Pat.

– … Alors on va tous crever.

Un lourd silence plana dans la brasserie. Plusieurs personnes écoutaient leur conversation, et en voyant les deux jeunes femmes se tourner vers eux, ils se hâtèrent de retourner à leur propre repas. Patricia repoussa ce qui restait de son steak. Elle n'avait plus faim.

Les Écorcheurs étaient plus que des créatures agiles et enragées, assoiffées de sang et de violence. Ils étaient des monstres. Des montres incontrôlables, impossibles à prévoir et à arrêter. Et si quelqu'un les créait et les dispersait, quelqu'un qui voulait les détruire… Alors, à moins d'un miracle, ils étaient tous condamnés. Ils le savaient tous. Ça se propageait comme un gaz toxique parmi la population, cette peur, cette angoisse sourde, cette certitude. Un ennemi invisible était en train de les détruire et aucun miracle n'était en vue.

C'était probablement pire que lors de la guerre contre Voldemort, pour la plupart des gens, parce que n'importe qui pouvait être une cible. Le sang et la fortune ne protégeaient personne. Mais pour Patricia, il n'y avait aucune différence. C'était la même peur, la même incertitude.

Patricia était toute petite lors d'Année des Ténèbres. Les Agrace et Danares vivaient pour la plupart Europe lors de cette sombre période, et très peu s'étaient installés en Grande-Bretagne avant l'avènement de Voldemort : et ceux-là, lorsque le mage noir avait commencé son avènement, s'étaient empressés de partir.

Les parents de Patricia avaient été parmi les rares à mourir avant d'en avoir eu le temps.

Ça avait été un accident bête. Patricia avait douze ans. Ses parents avaient Transplané en plein milieu d'une attaque de Mangemort : ceux-ci ne s'étaient même pas rendus compte de qui tombait sous leurs coups. Patricia, orpheline, avait été recueillie par ses grands-parents paternels qui avaient quitté la Grande-Bretagne avec elle. Elle n'avait jamais vu une seule bataille de sa vie, mais elle avait quand même perdu ses deux parents.

Elle n'avait jamais oublié ça. L'angoisse, le chagrin. Le fait de ne pas connaître le visage de l'ennemi ou qui risquait de mourir.

Et le fait d'attendre, désespérément, un miracle qui ne venait pas.

oOoOoOo

Note griffonnée de Margaret Fanz à Tom Bluesky :

RVD couloir du cinquième. Important. Sois discret.

M. F.

oOoOoOo

Al' et l'Ankou n'avaient pas l'intention d'espionner. Seulement, ils passant dans le couloir de façon inhabituellement silencieuse –ils réfléchissaient tous les deux à leur devoir de Runes–, ils entendirent des murmures précipités venir d'une classe qui était supposée être vide. Alors, bien sûr, ils s'approchèrent.

– … Devrais plus t'impliquer, disait une voix de fille avec colère.

– Oh, excuse-moi de ne pas faire passer tes intérêts personnels avant le moral de mon ami ! rétorqua un garçon.

Scorpius fronça les sourcils. Il connaissait cette voix, c'était Tom Bluesky. La voix de la fille lui disait quelque chose aussi, mais pas moyen d'être sûr…

– Il ne s'agit pas de mes intérêts personnels, siffla la fille. Il s'agit de ceux de tout le monde !

– Je ne vais pas pousser Faust dans les bras des Réfractaires en profitant du fait qu'il est déprimé ! gronda Tom.

– Tu devrais !

Margaret Fanz. Scorpius la reconnaissais maintenant. Pas tant à cause de la voix qu'à cause du fait que les Réfractaires avaient été mentionnés. Et c'était quoi cette histoire de recrutement ? Elle parlait d'engager les gens chez les Réfractaires comme si c'était une sorte d'usine. Et Tom en parlait comme d'une secte…

– Écoute, fit Tom en prenant un ton délibérément calme. Je sais que tu tiens à ce que le plus de gens possible rejoignent les Réfractaires…

– Mais tu le fais exprès ou quoi ? s'énerva Margaret. C'est ce qu'il faut ! C'est le seul moyen de lutter contre les Écorcheurs !

– Ce n'est pas en enrôlant des élèves mineurs dans des débats passionnés sur la façon d'exterminer les loups-garous que le Ministère va vaincre les Écorcheurs !

– Je n'ai jamais parlé d'exterminer les loups-garous, s'offusqua Margaret.

– Non, ironisa Tom. Tu as juste dis que tu voulais les parquer dans des camps de travail.

Derrière leur porte, Scorpius et Albus échangèrent un regard horrifié. Contrairement à la plupart des enfants nés dans des familles de sorciers, ils avaient un minimum de culture générale : Al' grâce à Hermione, et l'Ankou grâce à son oncle Nathan. Ils savaient ce qu'étaient les camps de concentration, ils avaient vu les photos dans les livres. Ce n'était vraiment pas un truc dont il fallait faire l'apologie.

– La Russie fait ça et c'est l'un des pays les plus prospères du monde magique, se défendit la Née-Moldue.

Tom inspira à fond :

– La Russie ne parque pas les loups-garous dans les camps, elle leur a donné un territoire autonome. Ils sont prospères parce qu'ils se respectent.

– Mais, si les loups-garous sont des Écorcheurs…

– Mais tu m'écoutes ou pas ? explosa Tom. Tout ce que tu fais, c'est inciter à la haine inter-espèce ! Tu ne résous aucun problème !

L'Ankou n'aimait pas Tom. C'était un lâche qui ne méritait pas son badge de Préfet et protégeait toujours James et Faust quand ils brutalisaient d'autres élèves. Pourtant, à ce moment là, le jeune Malefoy éprouva une bouffée d'affection pour le Gryffondor. Il n'aurait pas mieux dit.

– C'est toi qui ne comprends rien, soupira Margaret avec agacement. C'est parce que la communauté sorcière est divisée qu'ils n'arrivent pas à arrêter les Écorcheurs. Tout le monde se bat pour sa part du gâteau, les Progressistes, les Traditionnalistes, les Puristes… Il faut qu'on s'unisse pour survivre !

– Et enfermer les loups-garous permettrait une meilleure unité, ironisa Tom.

– Oui. Parce que ça serai une menace en moins. Ça permettrait aux gens de plus se concentrer sur leur but commun : faire face aux Écorcheurs.

– … C'est complètement horrible.

– Tes parents sont Réfractaires, tu devrais comprendre ça !

– Mes parents gagnent leur vie en faisant du commerce avec des non-humains, gronda Tom. Ton idée d'unir les sorciers, c'est bien beau, mais ça va détruire leur job !

– Ce n'est pas mon idée, se rebiffa Margaret. C'est celle d'un avocat très réputé à qui j'ai écris. Tu penses que je me monte une mayonnaise avec des idées qui n'iront pas plus loin que les barrières de Poudlard ? Je corresponds avec de grands sorciers, des gens convaincus qui ont des idées brillantes et qui y réfléchissent longtemps. Je ne fait que leur filer un coup de main.

– Et je suppose que c'est eux qui t'ont suggéré de rallier Faust au parti Réfractaire ou de discuter de parcage de loups-garous ? railla Tom.

Malgré son ton moqueur, le doute était perceptible dans sa voix. La voix de Margaret étaient empreinte de conviction, et Tom avait été ébranlé. Si toutes ces idées étaient bien celles d'adultes, de sorciers renommés, alors qui était-il pour s'y opposer ?

C'était un des défauts des Gryffondors. Ils étaient si prompts à l'admiration. Si prompts à suivre ceux qui agitaient une autorité légitime devant eux. Ce n'était pas ce que les Serpentards faisaient : eux, ils suivaient les puissants dans l'optique de se tailler la part du lion, ils anticipaient, réfléchissaient. Les Gryffondors n'y pensaient pas : ils suivaient parce qu'ils pensaient que c'était ce qu'il y avait de juste à faire.

– L'idée de se séparer des loups-garous est en cours de discussion, expliqua Margaret d'un air important. Ce n'est pas encore décidé. Mais oui, il m'a bien demandé de rallier le plus de gens possibles aux Réfractaires. Et de faire attention à Faust.

– Pourquoi ? fit Tom avec agressivité. Il est déprimé, tu ne peux pas lui foutre la paix ?

– Il est intelligent et doué, il pourrait être Ministre s'il le voulait ! Franchement, il pourrait vraiment faire avancer la cause des Réfractaires, et toi tu n'essaies même pas de l'encourager !

– Il n'est pas un pion pour tes brillants et grands politiciens ! C'est mon ami !

– Le pousser vers les Réfractaires serait dans son intérêt !

– Non, cracha Tom avec colère. Ça serait dans ton intérêt et je me moque de ton intérêt. Faust n'a pas besoin de toi. Il a besoin qu'on lui fiche la paix !

Puis il y eut un bruit de pas, et les Rôdeurs eurent juste le temps de se cacher derrière une tapisserie avant que Tom n'ouvre la porte de la classe à la volée et ne s'éloigne à grands pas dans le couloir. Margaret apparut sur le seul de la classe quelques instants plus tard, le visage sombre, et s'en alla sans voir les deux Serpentards cachés à moins de trois mètres d'elle.

Lorsqu'elle eut disparu au détour du couloir, les Rôdeurs se détendirent. Ils attendirent néanmoins de longues secondes avant de sortir de leur cachette.

– C'était franchement bizarre, commenta l'Ankou.

– Bizarre ? répéta Al'. Tu parles ! C'était suspect. Carrément suspect.

Scorpius hocha la tête en silence, et Al' poussa un long soupir en réajustant la bandoulière de son sac sur ses épaules :

– M'enfin, on a quand même apprit des trucs importants, là.

Que Margaret était impliquée dans un truc qui la dépassait et qu'elle était trop bouffie de sa propre importance pour s'en rendre compte ? Oui, sans doute. Mais l'Ankou doutait que son ami s'en soit rendu compte. Les Malefoy savaient qu'il fallait se méfier des Réfractaires, que leur activité était louche et qu'ils ne disaient pas tout. Mais les autres, y compris Al'… Ils ne savaient rien.

– Margaret fait partie des Réfractaires, continua Al'. Mais elle n'est pas juste convaincue, elle fait vraiment partie de l'organisation, et elle a pour mission de recruter les gens !

– Et elle veut recruter Faust, ajouta l'Ankou.

– Tu parles, renifla Al' avec dédain. Ça marchera jamais. Les Réfractaires prônent l'égalité, le contrôle, l'entraîne, l'unité… Il faut faire passer le groupe avant soi-même. Mais Faust est beaucoup trop égoïste pour ça.

Si l'égoïsme de Faust était une bonne nouvelle, ça indiquait bien à quel point ils étaient dans la bouse de dragon ! Scorpius haussa les épaules, préférant ne pas alarmer son ami, et proposa :

– Puisque dans ce cas, on n'a pas à s'inquiéter, et si on rejoignait Reg et Aenor à la bibliothèque pour ce devoir de Potions ?

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Lettre de Scorpius Malefoy à ses parents :

Chers parents,

Merci à votre tendance à garder vos petits secrets, j'ignore ce que font exactement les Réfractaires. Néanmoins, grâce aux indications à mots couverts de Demy, je sais qu'il trame quelque chose de gros, et de bien moins commun que la simple victoire des élections.

Donc. J'ignore si c'est important, mais je vous informe que Margaret Fanz travaille pour eux. Il s'agit d'une Née-Moldue de cinquième année, à Gryffondor. Je pensais qu'elle n'était qu'une convaincue qui se donnait de l'importance avec de grands discours, mais c'est plus que ça. Elle est en contact avec des politiques, des sorciers qui ont de l'importance et qui lui donnent des instructions. Ils l'incluent également dans des discussions et des débats centrés sur l'avenir des Réfractaires et leurs projets.

Les Réfractaires essaient de recruter, ou du moins de convaincre de leur légitimité les élèves de Poudlard. Arrêtez-moi si je me trompe, mais ce n'est pas un peu inhabituel pour un parti politique ?

Tenez-moi informé,

L'Ankou Malefoy.

ooo

Lettre de Draco Malefoy à son fils Scorpius Malefoy :

Cher Scorpius,

Bien vu. Poudlard rassemble la future génération de Grande-Bretagne. La former vise à éviter les rébellions futures. La dernière fois que cela s'est produit, c'était lorsque le Seigneur des Ténèbres a pris le pouvoir.

Méfie-toi de Fanz et ne la laisse pas voir qu'elle t'a percé à jour. Protège ton esprit, et sois prudent. Les Réfractaires gagnent du soutien et du pouvoir. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils n'accèdent au siège du Ministre et ça ne va pas être beau.

Je t'embrasse,

Papa.

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A suivre...

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Et n'oubliez pas de voter x)