Chapitre 11 : Scoop !

Don't wanna be an American idiot
Don't want a nation under the new media
And can you hear the sound of hysteria?
The subliminal mind-fuck America

American idiot, Green Day


Éreinté par ma soirée de la veille, je m'endors presque immédiatement sur le vieux canapé défoncé du salon de Théo. Le lendemain matin, alors que le soleil commence à peine à se lever, je suis réveillé par une voix féminine.

"Théo ? C'est quoi cette chose qui squatte le canapé ?

- Pas touche, c'est mon meilleur pote ! répond la voix fatiguée de Théodore. Il n'avait nulle part où dormir ! Potter l'a viré de chez lui…

- Ton meilleur pote ? C'est ça le fameux Drago Malefoy ? Ron et Harry m'avaient pourtant dit que c'était un mec qui avait la classe… C'est pas de la bave que j'aperçois au coin de sa bouche ?

- Théo, fais taire ton plan cul, s'il-te-plaît, je grogne dans mon demi-sommeil. Tu me rendrais un immense service.

Ma remarque est suivi par un rire tonitruant. Intrigué, j'ouvre un œil.

- Son… son plan cul ? fait la fille rousse qui se tient plantée devant le canapé, les mains sur les hanches.

Elle est vraiment jolie, avec ses longs cheveux et les taches de rousseur qui constellent son visage. Elle éclate de rire, dévoilant de charmantes petites fossettes au coin de ses lèvres.

- Moi avec Théo ? Ça va pas ? J'ai une tête à coucher avec lui, sérieux ? s'écrie t-elle.

- N'importe qui de sexe féminin, de moins de trente ans et avec un physique potable a une tête à coucher avec Théo, je rétorque.

- Trente-cinq ans, corrige Théo. Mais… C'était juste une fois. Et elle avait l'air jeune ! ajoute t-il précipitamment devant mon air surpris.

- Pas la peine de te justifier, fait la fille, goguenarde. De toute façon, tôt ou tard, tu n'auras pas d'autre choix que te taper des filles de trente-cinq ans.

- Et du coup, à qui ai-je affaire si tu n'es pas une énième copine de Théo ? je demande. Une fille qui n'a pas couché avec Théo dans cet appart, c'est du jamais vu.

- Euh… Je comptais te le dire… commence mon meilleur ami, gêné. En fait, quand Pansy m'avait parlé d'un mec qui cherchait un appart, elle ne m'avait pas tout à fait dit la vérité…

J'ai peur de comprendre là…

- Je te présente Ginny, ma nouvelle colocataire.

Okayyy…

Donc au lieu d'avoir un coloc standard, de sexe masculin, qui laisse traîner ses slips sales par terre, cet enfoiré ne s'est pas gêné pour choisir une rousse canonissisme.

Mon Dieu, c'est tellement typique Théo.

- Ginny Weasley, précise t-elle en me tendant la main.

- Weasley ? je répète.

- C'est la soeur de Fred et Georges. Et de Ron Weasley, le meilleur ami de Potter. Le monde est petit, hein ? fait Théo.

Ah oui, Ron Weasley, le mec de Granger…

- Il y a surtout beaucoup de Weasley, corrige Ginny. Mes parents ont été assez productifs. Nous sommes sept enfants.

- Mais il n'y a qu'une seule délicieuse fille comme toi, ajoute Théo avec un clin d'oeil séducteur.

- Dans tes rêves Nott, réplique t-elle en levant les yeux au ciel.

Et c'est qu'elle le rembarre, la petite Ginny ! Je suis impressionné. Est-ce que pour une fois je vais voir Théodore ramer ? Ça risque d'être amusant !

Théodore se contente de hausser les épaules. Il doit être en train de se dire qu'elle finira tôt ou tard par succomber.

- Bon Drago, c'est pas tout ça, mais tu dois aller bosser ce matin ! s'exclame t-il. Lève-toi !

- Nooon… je grogne. J'vais me mettre en arrêt maladie. Zabini comprendra !

- Allez ! Je t'ai même préparé du café et grillé tes tartines ! Regarde comme je suis gentil et prévenant…

- Je sais pas ce que tu as fait pour mériter ça, Drago, commente Ginny. Avec moi, c'est plutôt le genre à se marrer comme une baleine quand je suis en retard.

- C'est juste parce que je lui manque. Il ne faisait pas ça non plus quand on était coloc, je te rassure.

- Tu sais ce qu'il te reste à faire Gin, s'amuse Théo. Si tu pars, tu auras droit aux petits déj. Merci Drago, tu m'as donné un moyen de la convaincre de partir, ajoute t-il, taquin.

- Tu rêves. Maintenant que je suis là, je reste. Rien que pour le plaisir de te faire chier, rétorque Ginny.

Elle me plaît bien, la petite Ginny. Elle ne se laisse pas faire par Théo et en plus elle est marrante.

- Bon, c'est pas tout ça, fait-elle en regardant sa montre. Je dois partir travailler. Parce que j'ai un emploi, moi, ajoute t-elle en regardant Théo avec insistance.

Théo lève les yeux au ciel.

- Vous ne comprenez vraiment rien à mon engagement artistique.

- On a surtout jamais vu aucune de tes "œuvres", je rétorque, grinçant.

- Je suis sur un gros projet, cette fois-ci, je te l'ai déjà dit, fait Théodore. Ça va marcher, il faut juste un peu de temps.

Je hoche la tête, peu convaincu. Je ne lui demande même pas ce que c'est. J'ai un peu trop l'habitude de ses plans foireux. La dernière fois, il avait essayé de monter un groupe de rock et la fois d'avant d'ouvrir son agence de décoration d'intérieur. Autant vous dire qu'il a planté les deux au bout d'une semaine.

Une fois Ginny partie, Théodore et moi allons nous installer dans la cuisine pour petit-déjeuner.

- Bon, tu vas me raconter ce qu'il t'es arrivé ? ajoute t-il, curieux de connaître mes aventures de la veille.

Je lui résume rapidement la situation, tentant de n'omettre aucun détail. L'hôtel, la rencontre avec Avery, puis ma confrontation avec Potter…

- Et moi qui pensais que les mangemorts avaient disparu… soupire t-il à la fin de mon récit.

Il est aussi surpris et sonné que moi. Ca n'a rien d'étonnant. Théodore fait partie de ces personnes qui haïssent les mangemorts encore plus que moi. Son père était un mangemort de la première heure, devenu à moitié fou. Sous ses apparences de diplomate respectable, ce type était un psychopathe et un tueur en série notoire. Théodore l'a vu poignarder sa mère sous ses yeux quand il avait six ans.

Vivre avec l'assassin de sa propre mère toute son enfance… Je pense qu'on peut difficilement faire pire comme expérience. A côté, mes parents étaient des parents exemplaires.

- Ils sont toujours là. Je ne sais pas combien ils sont, peut-être plus très nombreux, mais ils sont là, et ils recrutent des jeunes, comme Adrian.

- Adrian… J'aurais jamais cru, fait Théodore. Il m'avait toujours paru être un type parfaitement équilibré.

- Je le croyais aussi, je soupire.

J'ai un pincement au coeur à l'idée qu'Adrian ait pu entrer chez les mangemorts. A l'université, il me disait qu'il les détestait.

- Tu penses que ça a un lien avec sa famille ?

- Je ne sais pas… Je me suis toujours demandé si son père n'était pas aussi un mangemort. Il avait toujours de drôles de réactions quand je parlais du mien.

Théodore hoche lentement la tête, pensif.

- Et Potter ? Qu'est-ce que tu penses de son implication dans cette histoire ?

- J'ai l'impression qu'il enquête sur eux… Mais je ne pense pas qu'il le fasse pour le compte de la police. J'ai surpris une conversation avec ses amis où ils lui disaient que ce qu'il faisait était dangereux.

- Donc tu penses qu'il mène son enquête tout seul ?

- C'est ce que je crois. Je dois le découvrir.

- Nous devons le découvrir, me corrige Théo. Tu as vraiment cru que j'allais rester les bras croisés alors que des mangemorts sont en liberté ? On commence par quoi ?

- On commence par récupérer la confiance de Potter, je fais. Il a peut-être déjà bien avancé dans son enquête. Et puis, j'aimerais bien aussi pouvoir rentrer chez moi.


Résumons la situation. Hier soir je me suis fait tabasser sévère par deux mangemorts puis viré de chez moi par mon colocataire. Tout le monde conviendra que ça suffit largement, question poisse et mauvais karma. Mais visiblement l'alignement des planètes ou je ne sais quelle instance divine n'est pas de mon côté ces derniers temps. Avant même d'arriver au boulot j'ai eu droit à l'ensemble des signes annonciateurs d'une journée de merde. La pluie diluvienne qui commence pile cinq minutes après que je sois sorti. Le métro bloqué entre deux stations pendant un quart d'heure (avec option bébé qui pleure). Et bien entendu (sinon ça ne serait pas marrant), la voiture qui vous asperge d'eau à la sortie de la bouche de métro.

Je savais que j'aurais dû rester au lit ce matin. Enfin, au canapé. Bref, j'me comprends.

Lorsque j'arrive au bureau, Mandy me dévisage de la tête au pied. Je jette un œil au miroir de l'entrée. Effectivement, Drago Malefoy a perdu de son panache : j'ai le visage couvert d'ecchymoses, la barbe dégueulasse de trois jours, le costume mouillé trop grand (car appartenant à Théo), et l'air passablement dépassé par les événements.

"Sans commentaires, je fais en lui jetant un regard noir. Y'a du courrier pour moi ?

- Juste une habituelle lettre d'insultes de la part de Parvati Patil. Et sinon Zab fait un debrief avec Colin et toi à onze heures.

- Ça marche ! je m'exclame tout en rejoignant l'ascenseur.

- Ça a été ? Potter t'a ramené chez toi ? me demande Crivey lorsque je passe devant son bureau.

Je décide de m'arrêter pour discuter un peu de la soirée de la veille avec lui. De toute façon, j'ai des questions à lui poser.

- Ça va, ne t'inquiète pas, je réponds, omettant volontairement de préciser la partie où Potter m'a empêché de rentrer chez moi.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé en fait ?

- Rien. Juste des mecs qui cherchaient la bagarre, je mens.

- Je vois le genre. Mon frère a déjà eu affaire à des types comme ça. Ils laissent vraiment entrer n'importe qui dans ce genre d'événements… marmonne t-il.

- Et toi, où est-ce que tu étais passé ? Je ne t'ai pas trouvé quand je suis monté au premier étage.

- Ben, j'ai croisé un mec de la sécurité dans le couloir du premier étage, alors que je cherchais Potter, et il m'a obligé à retourner au rez-de-chaussée, commence t-il à expliquer. Je t'attendais donc en bas, mais quand je ne t'ai pas vu redescendre au bout d'une heure, je me suis inquiété et je suis remonté. J'ai fini par te trouver inconscient dans cette chambre et ensuite, Potter et le blond sont arrivés.

- Le blond ? Goldstein ?

- Ouais, grommelle Crivey. Je suis quasiment sûr que c'était lui, le date de Potter…

- Du coup tu ne sais pas ce qu'ils faisaient là ? Ils ne t'ont pas dit ? je demande à tout hasard.

- Non, pas du tout. Ils sont arrivés et Goldstein a commencé à t'examiner. C'est tout ce que je sais.

Bon, donc, en plus de Potter, il y a un autre mystère à élucider : Goldstein. Il n'avait pas l'air de mèche avec Potter puisqu'il lui a demandé des explications, mais il était quand même avec lui lorsqu'ils m'ont trouvé.

- Après je suis rentré parce de toute façon la soirée se terminait, ajoute Crivey. Patil n'a rien fait pour une fois, pas même un petit coup d'éclat, et les autres personnes que tu m'avais dit de surveiller étaient étrangement calmes.

- Résultat des courses, je résume. On se retrouve sans matière pour faire un article.

- Aaah, alors ça, je n'en serais pas si sûr ! s'exclame Crivey, avec un petit sourire malicieux.

- Quoi ? Comment ça ? je demande. T'as un scoop ?

- On peut dire ça… Viens voir par là, ajoute t-il en me désignant son ordinateur.

Il ouvre quelques dossiers puis fouille un peu avant de cliquer sur une photo. Celle-ci met quelques secondes à s'afficher complètement sur l'écran.

- J'ai pris ça pendant tu étais parti inspecter le hall.

- Qu'est-ce que… je fais, bouche bée. C'est… Crivey, t'es un génie !

Si je m'attendais à ça… Ouah, c'est ce qu'on appelle du sensationnel !

- Donc ça fait de la matière pour ton article ? s'enthousiasme t-il.

- Largement ! Je vois déjà les gros titres. On va enfumer tous les autres tabloïds avec une photo pareille.

Finalement, cette journée ne sera peut-être pas si pourrie que ça. Avec ce scoop, je peux largement pousser mon article en une du Sunny Times et finir le mois avec une jolie prime !


En sortant du boulot, je suis plutôt guilleret. Certes, je suis toujours à moitié SDF, mais au moins j'ai réussi à faire un article qui va faire du bruit et Zabini est enchanté par mon travail. Enfin, notre travail. C'est Crivey qui a pris la photo.

Alors que j'arrive à la station de métro, mon téléphone se met à sonner. Le nom de ma mère s'affiche sur l'écran.

Merde… J'avais totalement oublié oublié que je la voyais ce soir…

"Oui, allo ? je décroche.

- Drago, c'est maman.

- Salut euh… Comment tu vas ?

- Très bien. Je suis enchantée de pouvoir voir ta nouvelle maison aujourd'hui !

- Haha, oui, c'est bien que tu m'en parles justement… Ca va pas être possible finalement.

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Euuuh… En fait Potter fait des travaux en ce moment, c'est vraiment pas présentable. Il vaudrait mieux que tu passes quand ça sera fini. Mais, on peut se voir dans un café ou un restaurant si tu veux !

- Enfin Drago ce ne sont pas des travaux qui vont me tuer…

- Maman…

- Bon d'accord. Ça te dis le café au coin de ma rue vers dix-neuf heures ? Ils font mon thé préféré et tu adores leur moelleux au chocolat !

A chaque fois que je parle avec elle, j'ai l'impression d'avoir cinq ans, c'est consternant…

- Ok, ok, comme tu veux… A tout à l'heure, je réponds avant de raccrocher.

Si elle croit que ça va être une gentille petite conversation autour d'une tasse de thé, elle se fourre le doigt dans l'heure. Je compte bien la travailler pour avoir des réponses à mes questions. Je suis persuadé qu'elle en sait beaucoup plus que ce qu'elle essaie de me faire croire…


SCOOP : Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald ensemble ?

Chers lecteurs du Sunny Times,

L'heure est grave.

Nous, journalistes de tabloïds, nous étions engagés à toujours vous dévoiler la vérité, sous sa forme la plus pure et la plus crue. C'était notre mission, notre engagement, notre croisade. Je suis au regret de vous annoncer que nous avons lamentablement échoué.

En effet, comment expliquer qu'un couple de personnes célèbres et richissimes soit parvenu à nous échapper pendant plus de vingt ans ? C'est le genre de choses qui est impardonnable. Au nom de toute la communauté journalistique, je vous adresse nos plus plates excuses.

Il est évident que la romance entre Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald (voir photo ci-dessus) ne datait pas d'hier. Cela faisait des années que nous avions remarqué qu'ils étaient d'excellents amis et qu'ils venaient systématiquement ensemble aux soirées mondaines et autre événements du genre.

Et pourtant… Personne n'avait jamais rien soupçonné d'autre que de l'amitié, entre le patron de l'AD Corp. et le président de l'association For The Greater Good - qui, rappelons-le, milite pour la sauvegarde d'une vingtaine d'espèce d'animaux en grand danger de disparition.

La photo, prise à la trente-quatrième cérémonie de remise des prix Dumbledore, ne laisse pourtant aucun doute sur la nature de leur relation. Se croyant sans doute à l'abri des regards sur ce petit balcon à l'écart, le couple a laissé libre court à ses sentiments, sous les yeux éberlués de notre photographe.

[...]

De nombreuses questions restent néanmoins à élucider :

- Depuis combien de temps sont-ils vraiment ensemble ?

- Ont-ils toujours une vie sexuelle malgré leur grand âge ?

- Est-ce agréable de s'embrasser avec un dentier ?

- Dumbledore mange t-il vraiment des bonbons au citron ?

La rédaction mène l'enquête... Cette fois-ci, nous ne vous décevrons pas !

Votre langue de vipère adorée,

Drago Malefoy


Note : Alors, à votre avis, quel est vraiment le rôle d'Harry dans toute cette histoire ? Est-ce que Drago va parvenir à le convaincre de sa bonne foi ? Dumbledore fera t-il une annonce publique à propos son addiction aux sucreries ?

Un gros merci aux reviewers et à tous les lecteurs ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !