Bonjour, je serais comme qui dirait, légèrement en retard ? Bon, je ne cache pas que j'en suis désolée : j'ai eu des problèmes depuis le mois de Septembre et ma fic a dû être laissée aux oubliettes un petit bout de temps ainsi que les "reply" à formuler à toutes les (gentilles) reviews. Je suis encore une fois, désolée, d'avoir mis du monde sur le banc de touche. Je n'abandonne pas mes fics, ô que non ! Cependant, avec le bac cette année, j'ai un peu de mal à assurer les deux. Peut être que certains y arrivent, mais pas moi.
Ça ne veut pas dire qu'on aura une suite tous les 6 mois, mais certains moments, ça pourra m'arriver que je tarde à publier une suite. Si c'est le cas, il faudra prendre son mal en patience :).
Donc voici le chapitre 11, les personnages de TRC ne m'appartiennent pas et je souhaite à tous, une bonne lecture :)
Chapitre 11
Alors, un bruit.
Un seul. Celui qui me fit rappeler que je faillis quitter le monde de la Conscience, hypnotisé par le fracas des gouttelettes contre le sol. Notre été nippon, pourtant si chaud en cette période, perdait de son éclat légendaire au profit d'une averse glaciale. Ou peut-être étais-je le seul à percevoir ce froid polaire. Qui sait ? Je ne pouvais avoir la certitude d'avoir vu de l'eau dégouliner le long du pare-brise de Kurogané, d'avoir senti l'odeur de l'averse attaquer le goudron bouillant, d'avoir entendu le bruit de ces chutes violentes contre le sol ou d'avoir ressenti l'humidité attaquer ma peau.
À la différence de Descartes, je ne fondais pas mon doute sur le réel et l'illusion pour fonder le dogmatisme, mais parce que je me sentais réellement perdu par tous ces événements parvenus. Ce bruit survenu me fit tressaillir lorsqu'il me ramena à cette réalité sur laquelle je fondais mon incertitude. Alerté, je m'approchai doucement de l'escalier et montai lentement à l'étage où le fracas semblait parvenir. À pas de loup, je montais les marches une à un, sur la pointe des pieds comme un lapin kamikaze à la recherche du chien de chasse.
C'est alors qu'un éclair de frayeur me foudroya. Arrivé en haut des marches, je vis avec horreur une porte, d'ordinaire condamnée, grande ouverte. L'ancienne chambre de deux frères jumeaux maintenant brisés était soumise aux courants d'air. L'harmonie que j'avais instaurée était elle aussi brisée par cette brèche. Je m'approchai, effleurai le bois de la porte pour la pousser doucement. À l'intérieur, je vis Kurogané, accroupi par terre en train de ramasser divers morceaux de verre. Je ne sais quelle mouche me piqua, mais elle fut la source d'une colère noire.
- Je peux savoir ce que tu fais !
Mon vis-à-vis leva les yeux vers moi et je rencontrai pour la énième fois ce regard de braise. Lui aussi, paraissait furibond. Le connaissant, je supposais qu'il n'avait pas apprécié que je le prenne en flagrant délit de réparation de bêtise dans une position peu valorisante.
- Pourquoi ça ne se voit pas ? Répondit-il sèchement en marquant l'intonation sur le « ça ».
- Rectification : qu'est ce que tu fiches ici ?
- Bah quoi ? C'est ta chambre non ? Il y a une peluche sur un lit, une vieille photo de toi et ton père. Si tu voulais que je te laisse te débrouiller, il fallait le dire plus tôt !
Il commit une erreur, ce n'était pas moi qui posait sur la photo qu'il désignait grossièrement. Je me souvenais parfaitement de cet après-midi d'été. Nous avions voulu nous rafraîchir à la piscine du coin et pour se faire, équipés de nos protections, nous avions enfourché nos petites bicyclettes encore garnies de leur roulettes et roulions à travers un parc non loin de notre domicile, suivis de notre père. La malchance avait voulu qu'un chat, aussi gros qu'un pacha, avait choisi de chaparder notre charmante journée. L'animal avait cru bon de traverser le sentier au moment où mon frère passait. Il ne fallut que quelques fractions de secondes pour que l'accident ait lieu.
Encore une fois, le coupable s'en sortait sans la moindre égratignure. Ce n'était pas le cas de Fye. Ayant freiné aussi fort qu'il pouvait, le vélo effectua un superbe soleil tandis que la bête avait détalé en poussant un horrible feulement. Mon jumeau s'étala contre le sol et roula à terre. Son casque n'avait pu empêcher la césure de sa lèvre inférieure, ni des multiples hématomes sur son corps.
Ashura et moi avions été trop lent, beaucoup trop lent pour empêcher ce malheur. Lorsque nous arrivions sur le lieu du crime, il était trop tard. Le monstre avait œuvré et Fye avait chu sur les gravillons. Pourtant, quand notre tuteur s'était approché de mon frère, ce dernier riait aux éclats. Il expliqua son hilarité par l'obésité du vilain matou. Si celui-ci avait eu la sentence qui l'attendait, il aurait été plus laid que nature : « Heureusement que je ne l'ai pas renversé, sinon il aurait été trop moche pour sortir de chez lui » avait-il justifié.
Pour immortaliser cet épisode de notre vie, Fye avait insisté à prendre une photo de notre petite famille. Le concept était basique : demander à un quelconque inconnu d'appuyer sur un bouton pour enfermer un instant dans une prison polaroïd. Néanmoins, je ne me considérais pas comme un acteur de ce moment. Le scénario était écrit : un petit garçon tombant à la suite d'une folle aventure avec sa bicyclette, un père venant le secourir, l'euphorie de voir que tout va bien… Je ne faisais pas parti du décor. C'est la raison pour laquelle je ne figurais pas sur la photo.
- Oh ! C'est pas la peine de m'engueuler pour être dans la lune après !
J'écarquillai les yeux, surpris par mon retour brutal à la réalité. Kurogané s'était levé et semblait avoir bougé de quelques pas.
- Pour ta gouverne, non, ce n'est pas ma chambre ! Cette pièce est condamnée : tu n'as rien à faire ici ! repris-je, énervé.
- Et comment je peux le savoir, dis-moi ? répondit-il sarcastique.
J'ouvris la bouche pour la refermer aussitôt. Incapable de donner une raison, je réfléchis un instant à ce qui pouvait me sortir de ce pétrin avant d'esquisser un grand sourire.
- Et bien, Grand Toutou a du flair, il aurait pu flairer l'odeur de Grand Matou jusqu'à sa chambre.
C'était un grand classique à présent. Lorsque je me trouvais en position de faiblesse, je ressortais mon masque d'imbécile heureux pour l'énerver au plus haut point. Dans la logique des choses, il oublierait la raison de notre querelle pour me courser à cause du surnom que je lui avais attribué. Sauf que j'oubliais un léger petit minuscule microscopique détail : les béquilles, pour courir, ça n'est pas pratique.
J'étais fait comme un rat et il le savait.
- Ah oui ? Mais est-ce vraiment de ma faute si tu caches quelque chose qui te bouffe l'existence ?
Réponse logique : « non. »
- Enfin Kure-Dent, je ne cache rien !
- C'est pas ce que tu laisses penser ! Je m'en fous de ton passé, mais il t'empêche de vivre normalement et tu ne peux pas savoir à quel point je déteste ça.
- Tu me détestes moi ou alors tu t'inquiètes pour moi ?
Kurogané se retrouva dans la même situation que moi précédemment : il entrouvrit légèrement la bouche pour répliquer quelque chose mais il se ravisa et fronça davantage ses sourcils. Il planta un instant son regard dans le mien avant de se diriger vers la sortie à grands pas. En passant devant moi, il ne manqua pas de me bousculer sans penser que mon équilibre ne tenait que sur deux béquilles. Je tombai violemment fesses contre sol, légèrement étourdi par cet accrochage.
Mon bourreau s'arrêta, néanmoins, quelques pas plus loin. Il se retourna vers moi et me vit à terre dans une position peu valorisante. L'espace d'un instant, il sembla vouloir m'aider. Il me tendit furtivement une main qu'il retira aussitôt, hésitant, puis repartit vers l'extérieur.
Je parvins à me lever avec moins de soucis que prévu. Lorsque j'entendis la porte d'entrée se fermer, j'étais parfaitement sur pieds. Aussi, la curiosité d'aller voir mon « grand ami » de ma fenêtre s'empara de moi. Depuis ma loge, je voyais, sans l'aide de jumelles, Kurogané partir de chez-moi d'un pas décidé, s'arrêter d'un coup pour faire demi-tour, esquisser quelques pas dans la direction de ma maison, de nouveau s'arrêter, puis repartir en dégommant une ou deux boîtes aux lettres. Du grand art !
Je me rendis compte soudain que quelque chose me réchauffait agréablement la main gauche. Jusque là insouciant, je n'avais remarqué qu'une bougie avait été allumée à côté de la photo de Fye et d'Ashura. Du moins, ce n'était plus qu'un amas de cire déposé sur le rebord de la fenêtre dont le sommet flamboyant scintillait toujours comme un chef de guerre encore debout parmi les cadavres de ses soldats.
Le flou de ma pensée était plus qu'étonnant. Je me demandais à la fois si Ashura avait rompu notre pacte nous interdisant de rentrer dans cette pièce ou si cette chandelle avait survécu, triomphante, toutes ces années. Oubliant ma blessure, je m'agenouillai devant cette source de chaleur et me mit à prier un Dieu que je venais de m'inventer. Ma folie ne dura qu'une poignée de secondes, mais je me sentis apaisé l'espace de cet instant.
Mais encore une fois, cette accalmie ne fut qu'éphémère.
Le départ de Shaolan et Syaoran eut lieu quelques jours plus tard. En bonne mère, j'avais accompagné Sakura à l'aéroport, ce lieu de tous les émois : la joie, l'impatience, l'irritation, la colère, la mélancolie, la tristesse et même la pire ennemie de tous ces ressentis, l'indifférence. Tandis que Sakura s'offrait le seul luxe qu'elle s'était permise : une bouteille d'eau, je guettais. Qui ? Quoi ? La Providence pouvait bien décider à ma place.
Que pouvait-il y avoir de plus émouvant qu'un aéroport ? Cet endroit me prodiguait la jouissance de voir des enfants coller leurs petits nez contre les vitres tandis que leurs mères ne prenaient la peine de corriger leur impolitesse car elles-mêmes approchaient leurs visages près de la barrière les séparant des pistes d'atterrissage, le cœur battant. De ma place, je pouvais voir des amants s'accrocher à de pauvres baisers fragiles et inefficaces, d'autres à des réprimandes vides de tout sens. Sans parler de ces pères anxieux laissant leurs adolescentes exaspérées aux griffes des moniteurs d'un camp de vacances.
- C'est bon, Fye, on peut y aller, me dit Sakura.
- Où devons-nous retrouver Shaolan (et Syaoran) ?
- Il m'a dit de le retrouver dans le hall, devant un certain café…
Il semblait difficile de s'y retrouver en sachant que la demoiselle à mon bras ne savait pas exactement où elle devait rencontrer son prince charmant. Que l'on me croie ou non, mais c'est pourtant ce nous avions accompli avec brio. Les jumeaux nous attendaient, en compagnie de leurs imposantes valises. Syaoran parut blêmir de honte lorsqu'il vit la jeune fille à mes côtés. Sur le coup, je pensais qu'il se disait : « Merde, c'est Sakura : cette fille que j'aimais et à qui j'ai essayé de saboter la relation amoureuse qu'elle entretenait avec mon propre frère ! ». Ce discours rentrait dans les normes de plausibilité il avait la tête de celui qui a quelque chose à se reprocher.
Shaolan s'approcha. Je restais sur place tandis que Sakura se détachait de mon bras pour rejoindre son amant. Ils se fixèrent tous les deux, restèrent bouche close, les bras le long du corps, légèrement ballant. Tous deux effectuaient un combat titanesque contre la morosité et le désir de pleurer l'un contre l'autre. Hélas, la volonté ne peut rien contre une armée de larmes et de gorges nouées. Dans la transe lui faisant oublier le monde extérieur, celle que je désignais être ma fille adoptive se jeta, vaincue, dans les bras de Shaolan.
Le protocole aurait voulu que nous laissions un temps soit peu d'attention aux amoureux, mais il y avait un point important qu'ils avaient omis : ils n'étaient pas seuls. Syaoran s'avança vers moi en évitant le couple avec une indifférence habile et gracieuse, il pivota légèrement les talons lorsqu'il fallu contourner les deux amants tout en gardant son regard plongé dans le mien. C'était si beau de voir ces efforts pour ne pas voir la réalité en face arriver à un résultat plus que satisfaisant. Et pourtant, je ne lui avais rien appris !
- Merci d'être venu me dit-il.
- De rien, je ne pouvais pas laisser Sakura toute seule.
Tout à fait probant.
- Oui. C'est vrai.
Qu'est ce que je disais !
En guise de conversation, il se borna à un mouvement d'épaule guinchant et à un sourire légèrement crispé. La présence des deux amants le dérangeait et cela se lisait dans ses mouvements légèrement gauches.
- Sinon, tu es prêt à partir ?
Question idiote…
- Oui, de toutes façons, on n'a pas vraiment le choix.
… Implique une réponse idiote.
- Il n'y avait pas d'autres solutions ? Vous êtes vraiment obligés de partir ?
- Oui, mon entraînement de Kendo m'y contraint et on doit régler quelque chose avec Shaolan : une connaissance de la famille qui a fait des siennes…
- J'espère que vous reviendrez bientôt !
- Moi aussi, mais on ne peut pas savoir ce que demain nous réserve.
À qui le dis-tu !
Il s'empara de sa valise non loin de lui et se retourna vers une boutique située non loin d'ici, semblant attendre quelqu'un. Sa façon de se comporter ne ressemblait pas à celle de Syaoran, sinon à un extra-terrestre ignorant les raisons de sa venue sur Terre. Lorsque je lui demandai tranquillement qui il attendait, il répondit que Kurogané n'allait pas tarder à arriver ce à quoi je poussai un « Ah » en guise d'approbation. En toute franchise, j'avais plutôt envie de lancer un « Oh » exprimant une légère amertume.
Je le vis, cet homme qui se mêlait de mes affaires depuis le jour de notre rencontre bien qu'il en disait le contraire. Il sortait d'un magasin de souvenirs, l'air courroucé, tenant à la main un stylo encore vierge de traces de dents. Il s'avança, décidé, vers les valises des jumeaux sans remarquer que j'étais là.
- C'est pas possible ces vendeurs de mes deux ! Pas moyen de… - le reste s'était évanoui dans un marmonnement incompréhensible.
Il leva ses yeux vers moi avant de se redresser précipitamment sans une once d'esthétisme. Car, après tout, je le voyais pour la deuxième fois consécutive que je le voyais au ras du sol même si peu m'en chaut qu'il soit debout, assis, accroupi ou même allongé.
- Qu'est ce que tu fous là toi ?
Dans le langage de Kurogané, ce propos signifiait : « Oh, salut ! Je ne t'avais pas vu.»
- J'ai accompagné Sakura. Je suis aussi très content de te voir, répondis-je un brin de cynisme dans ma voix.
- Ouais, c'est ça, maugréa-t-il.
Kurogané voulait sûrement entendre par là que : « je suis content que tu ailles bien, surtout après notre petite confrontation. »
Les deux amants, semblant s'être un peu détaché l'un de l'autre, nous rejoignirent, conscient que l'heure du départ approchait. Si nous étions arrivés deux bonnes heures en avance, Sakura ne s'estimait pas être en mesure d'affronter la dure réalité. Il aurait été cavalier de ma part de l'arracher au siège du bus. Le chauffeur, stéréotype de la vieille fille quinquagénaire opprimée par un patron despotique, s'était approchée de nous et nous avait jeté dehors malgré mes mille excuses. Peut-être en voulait-elle mille et une ? Toujours est-il que nous avions dû effectuer un petit détour pour préparer ma camarade, psychologiquement parlant.
En gros, nous étions juste arrivés pour le départ.
Ce fut affligeant de devoir être spectateur d'un au revoir, étant passible d'un adieu. Nous vîmes le couple s'enlacer aussi fort que leurs corps leur permettaient. Torturés par ce caprice du Destin, ils tentaient de s'accrocher à ce qui leur restait, autrement dit, une poignée de secondes. Ils ignoraient toute la perversité des passants qui les observaient sans une once de réserve. Syaoran s'approcha de son frère et lui saisit l'épaule, avec une extrême pudeur, pour lui annoncer qu'il était temps pour eux de partir.
Cingler l'inséparable était le plus compliqué. Syaoran nous avait dit au revoir solennellement, mais son jumeau restait collé à sa dulcinée. Leurs mains restaient scellées comme s'ils ne pouvaient avoir d'autres contact. Sakura ne paraissait plus ressentir le moindre sentiment, même les plus insupportables. De ses yeux vides, elle voyait son amant se détacher lentement d'elle, s'agenouiller à ses pieds pour lui baiser ses mains avant de partir à reculons avec autant d'élégance qu'un prince devant sa dame. Il disparut derrière une foule nonchalante aux côtés de son frère. Il n'avait pris la peine de nous saluer, mais ni Kurogané ni moi ne fûmes déranger par cette incongruité.
-Shaolan ! hurla la jeune fille.
Je ne sais quel sentiment insupportable s'empara de nous lorsque Sakura se précipita vers la vitre nous séparant des pistes. Il était évident que son amour ne s'y trouvait pas, mais symboliquement parlant, il était derrière cette glace, derrière ce mur, derrière cette frontière, derrière ce bras de mer. De ce fait, elle ne pouvait aller au delà de cette barricade de verre malgré la force de ses petits poings.
- Ces trois-là ont encore un long chemin à parcourir… dit une voix familière.
Nous sursautâmes à l'entente de cette voix connue et, dans un mouvement synchrone, nous nous retournions vers une femme installée depuis peu à nos côtés.
- Yuuko ?
- Carabosse ?
- Je te prierais de m'accorder un certain respect, Frère Sourire ! répondit-elle.
- C'est moi que t'appelles comme ça ? s'exclama l'intéressé.
Ç'aurait pu être une course poursuite perdue au milieu d'une armada si Yuuko n'avait pas réduit son adversaire au silence. Armée d'un simple doigt sur ses lèvres et un simple « chut », elle parvint à taire les menaces et les insultes. Elle se détacha de nous pour s'avancer vers la jeune accablée, nous fit un clin d'œil empli de sous-entendus et disparut derrière un rideau de cohue.
- Elle a l'air de se charger de la princesse, l'autre sorcière !
« Princesse » était un sobriquet justement attribué à Sakura le seul surnom amène sortant de la bouche de Kurogané Suwa.
- Tu veux boire quelque chose ?
De cette simple demande, je me trouvai face à ce jeune homme avec qui mon destin semblait être lié. Assis côte à côte au comptoir d'un bar du coin, nous nous fixions à tour de rôle au travers de l'imposant miroir situé face à nous. J'attendais désespérément qu'il me harcèle à sa façon, qu'il teste ma spontanéité, qu'il me fasse cet usuel examen pour qu'il me dise après : « je m'en fous de ton passé ». C'est cela oui !
Au lieu de ça, il me demanda si j'allais bien après notre altercation. Que pouvais-je répondre ?
- Ça va, mes fesses ont amorti ma chute. Je sais bien que tu n'as pas voulu me faire tomber.
Il grommela à la manière d'un pitbull voulant formuler des excuses qu'il ne formulerait pas intelligiblement. Le plus sage était de changer de conversation pour notre félicité.
- C'est quand même malheureux pour Syaoran et Shaolan. Pauvre Sakura. Pauvre Tomoyo.
- Oh ne t'inquiète pas pour Tomoyo. Ce départ ne peut que lui faire du bien.
J'étais quelque peu troublé par cette austérité vis-à-vis de la relation que sa cousine entretenait avec Syaoran. Je trouvais même désinvolte de parler de cette manière quelques minutes après le départ de précieux amis communs. D'autant que plusieurs détails m'intriguaient.
- Au fait, hormis leur problème personnel, Syaoran avait un souci avec son entraînement de Kendo ou je ne sais quoi… Tu ne pouvais rien faire pour le laisser ici ? Et tu disais que l'idylle de Tomoyo et Syaoran n'allait pas durer, tu faisais référence à aujourd'hui ? Tu étais au courant de tout ça ?
Il rabattit sa main contre ma bouche sans lâcher son verre des yeux. En guise d'explication, il se borna à dire : « tu te poses trop de questions », ce qui fut une grossière erreur pour lui et son innocence.
- Alors tu ne nies rien ! Tu savais que Syaoran devrait partir et tu n'as rien fait ? Qu'est ce qui me fait dire que ce n'est pas toi qui est à l'origine de leur départ ? m'exclamai-je, furibond.
- Pour leur problème avec leur connaissance, Mei Lin, je n'ai rien fait.
Il restait calme, serein, malgré le fait qu'il ait accompli la plus grosse bêtise de son existence et que je découvrais sa culpabilité. Tandis que je m'étais tourné pour être face à lui, il continuait de zieuter son verre de saké.
- Alors tu confirmes avoir envoyé Syaoran Lee à HongKong pour l'éloigner de ta cousine ? Et Shaolan ? et Sakura ? Tu as pensé aux conséquences ?
- De toutes façons, le Kendo n'est pas la seule raison de leur renvoi, il aurait été contraint de partir avec ou sans mon aide.
L'impétuosité s'empara de moi. Je me levai brutalement de mon siège, m'empara de mes béquilles et partis vers la sortie. Je ne voulais pas le voir.
- Eh attend ! Tu ne vas pas rentrer à pieds… Enfin, en béquilles, espèce de crétin !
- Chiche !
- Reviens, abruti de blond !
Il n'y avait aucune trace de menace, juste une certaine ardeur usuelle, pas plus amplifiée que d'ordinaire. Pourtant, je ne me retournai pas. Ce fut lui qui vint à moi, sans réelle difficulté pour arriver à ma hauteur.
- Je te raccompagne : on ne se fait pas suer avec cette histoire et tu pourras me snober après, mais je ne te laisse pas partir dans la nature dans ton état !
Il avait gagné.
Comme il l'avait si bien expliquer, nous ne nous importunions pas avec l'histoire des jumeaux. Autant dire que l'ambiance était plutôt calme, légèrement morose. Ni lui ni moi n'étions en proie au remord : il ne regrettait pas son acte et je ne déplorais pas le fait de lui avoir hurler dessus. Il me déposa devant chez moi, comme il l'avait auguré, sans m'accompagner jusqu'au perron. Il se contenta de me glisser un papier dans la main et a exiger que je ne l'ouvre quand je serai calmé. Cependant, la curiosité avait chassé ma conscience de mon esprit, et j'ouvris le précieux bulletin le soir même, une heure après mon retour chez moi.
Je tenais la feuille froissée entre mes doigts légèrement tremblants. Dessus, je vis, sans réel suspense, une écriture griffonnée et négligée :
« Bon, j'ai écrit ça vite fait pendant que t'étais aux toilettes donc ne t'attend pas à la lettre bien écrite, avec des formules d'appel et j'en passe.
Si j'ai fait ça, le truc avec le Kendo et tout, c'est parce que Syaoran n'avait pas renoncé à Sakura. Tomoyo, c'est pas son souci, elle n'aime pas Syaoran, j'ai plus l'impression qu'elle a le béguin pour Sakura qu'autre chose, mais j'estimais inadmissible que Syaoran l'appelle « Sakura », veuille qu'elle se coiffe et s'habille comme Sakura, qu'il soit jaloux de la relation amicale qu'elle entretient avec la princesse, etc.
Je voulais juste éloigner Syaoran pendant un moment, mais Shaolan a du repartir aussi à cause de leur souci personnel. Je ne pouvais pas savoir que les tourtereaux seraient séparés. J'ai agi dans l'intérêt de Tomoyo et Syaoran, c'est tout. Les autres gamins sortiront forcément grandis de ce truc.
Et puis merde ! Ils sont jeunes, ils vont forcément se retrouver c'est pas la fin du monde !
Pas la peine de signer, tu sais qui a écrit ça."
Trois jours passèrent : je restais sceptique. Je ne voulais pas m'excuser auprès de Kurogané car, malgré ses raisons de gardien au grand cœur, il avait fauté. Néanmoins, lui non plus n'allait pas se justifier pour ses actes car son orgueil lui interdisait de se rabaisser à formuler des allégations. J'étais prisonnier de cette hantise. Il fallait que je le voie, que je saccage cet imbroglio et qu'on en parle plus.
Je pris mon courage à deux béquilles et partit dans une direction aléatoire. Je ne savais pas réellement où j'allais puisque la maison de Kurogané était trop loin de chez moi. Je marchais. J'eus une certaine complaisance à penser que je cherchais quelqu'un dans un lieu au hasard. Enfin, j'avais une petite idée où je pouvais le trouver, mais c'était ma seule carte en main. Je continuais de bondir gentiment sur le goudron pour tranquillement progresser sur la terre. Il y avait une infime chance de croiser cet homme et, quitte à tomber au milieu de ce champ, le déplacement en vaudrait la peine.
Je ne sais par quelle chance je réussis à trouver Kurogané près du cerisier de Clow. L'idée que, depuis le début, je savais où il se cachais me fit sourire. Il était saugrenu de penser que j'avais deviné tout ça du premier coup et pourtant, c'était bel et bien la réalité.
Je signalai ma présence. Il leva les yeux vers moi puis retourna à ses occupations, autrement dit, un bout de bois qu'il tallait du haut de sa branche. Lorsqu'il vit que je ne pouvais pas monter comme lui ce qui était tout à fait cohérent, il descendit de son piédestal pour s'installer à quelques pieds de moi.
- Tu t'es décidé à venir alors !
Je ne répondis rien et le laissais parler. Nous restions là, face à la campagne Nippone à jouir du calme prodigué, à sentir la brise rafraîchir notre corps à demi vêtu et le soleil caresser notre peau. Nous nous délections du chant des oiseaux et, sans réelle raison, je ris comme un pauvre sot. Kurogané me vit dans cet état saugrenu dans lequel je venais de me mettre, étira légèrement ses commissures de lèvres, mais cette tentative de sourire se métamorphosa en une grimace.
- Qu'est ce que tu as ? demandai-je.
- T'occupe, ça ne te regarde pas !
Malgré ses représailles, je regardai ce qui semblait le tiraillait quand je vis deux points rouges au niveau de son épaule. De la blessure, je portais mon regard à son visage. Il ressemblait à un homme qui ne veut pas montrer ses blessures. C'est la raison pour laquelle, je lui flanquai mon poing au niveau de la plaie. Le résultat fut plus que satisfaisant : il pinça ses lèvres violemment et des petites gouttes salées vinrent se loger sous ses yeux. Dieu que c'était beau de voir un tel homme monter un moment de faiblesse.
- Espèce d'idiot, si tu as mal, il faut le dire !
- Moi, mal ? Ne dis pas de connerie !
- Comment tu t'es fais ça ?
- C'est trois fois rien, je me suis fait en voulant réparer un truc, une barre de fer m'est tombée dessus ! Oh et arrête de regarder ça !
Plus il parlait et plus le volume de sa voix s'abaissait. Il était évident qu'il souffrait plus qu'il ne le laissait paraître. Je regardais son visage brun tiraillé par cette torture et pris de pitié, je me levai et, de mes petits bras je le contraint à faire de même.
- Allez viens, je vais te soigner à la maison !
Il ne me répondit qu'un simple « Groumf » que je traduisis par un « oui ». Nous nous mîmes en route, clopin-clopant à travers la pâture, profitant tranquillement de l'ambiance naturelle régnant autour de nous. Aucune pensée maussade et incongrue ne me venait à l'esprit tant qu'il restait près de moi, mais quelque chose monta en moi un ressenti reconverti en question que j'évacuai rapidement :
- Dit Kuro-Tout-Noir, tu me détestes vraiment ?
Encore une fois, je n'eus comme réponse qu'un simple « Groumf », mais cette fois, je ne fus pas en mesure de le traduire.
À suivre...
Je tiens quand même à préciser que j'ai réussi à cracher une partie de mon cours de philo ! :3
