Chapitre 11

Lundi

Il s'avéra que Sophia était beaucoup plus fatigué qu'elle ne le pensait. La lumière du soleil filtrée par la porte fenêtre lui fit mal aux yeux. Posant ses pieds hors du lit, elle remit bien sa jupe et se mit debout.

- Bonjour. Lui dit Erwan assis devant la petite table au milieu de la chambre.

- Bon... Bonjour. Bredouilla-t-elle.

Elle regarda la chambre. Elle était assez spacieuse et une petite baie vitrée donné vers un espace vert qui faisait office de jardin. A gauche se trouvait la cuisine et le plan de travail qui en continuant faisait office de bureau où le matériel informatique et hifi était posé dessus. Elle huma la bonne odeur de ventrêche et d'œuf frit posé sur la petite table. Elle n'osa pas regarder Erwan dans les yeux. Il ne portait qu'un baggy ample où son boxer bleu dépassait légèrement. Elle se releva et s'assit devant Erwan. Elle était sortie avec Erwan vendredi dernier en sortant des cours et ils avaient commencé à flirter ensemble. Pas qu'elle soit réellement amoureuse mais le fait qu'il se connaisse depuis longtemps avait suffi à convaincre la jeune fille dans son choix. Et leur passé commun surtout.

- Bien dormi, ma belle ?

- Oui et toi ?

- Nikel. Comme un bébé. Mange et je te propose un truc. Cela te dirait d'aller voir un bar. J'ai besoin de vérifier quelque chose concernant ce que tu as dessiné. Je crois que tu me cache quelque chose. Dit Erwan en lui tentant son carnet de dessin.

La jeune fille lui arracha des mains avant de lui portait un regard accusateur.

- Tu as fouillé dans mes affaires. Comment as-tu osé ? Je ne te pensais pas aussi machiavélique. Toi aussi, je sais que tu cache quelque chose. On est tous pareils. On se forge une image et c'est celle là qu'on donne aux autres. Dit-elle furieuse.

- Je sais, ne la prends pas mal. Je ne voulais pas te vexer. Répondit-il en se levant. Je ne voulais pas, je voulais juste regarder tes croquis. Je rappelais que tu dessinais vraiment bien. Quand j'ai vu ce carnet, je n'ai pas pu m'empêcher. D'ailleurs, tu dessines vraiment bien. Je ne comprends pas pourquoi tu as quitté l'école de dessin. Continua-t-il en la prenant dans les bras.

- J'avais des choses à régler. Des choses importantes. Je devais partir.

- Et me laisser seul. Je croyais que tu ne voulais plus de moi. Dit-il d'un seul trait.

- Non ! C'est faux ! Je t'aimais et je t'aime toujours. Mais mon passé m'a rattrapé et je devais le fuir à nouveau. J'avais peur de se qui pourrait t'arriver, de ce qui pourrait m'arriver. Mon attitude était égoïste, je le reconnais. Si je t'ai blessé, je m'en excuse.

- Oui, tu m'as blessée et ça fait mal. Je ne t'en veux pas maintenant mais quand tu es partie sans me dire au revoir, je me suis senti trahi. Je t'en voulais.

- Désolée.

- Non, ne le sois pas. En fait, je comprends maintenant. Tout ceci. Ces dessins. Tu ne voulais pas que ça se réalise. Car ça apporterait une grande souffrance mais ça a commencé et il est trop tard pour faire machine arrière. J'ai quelque chose à faire ce soir et j'ai besoin d'aide. Dit Erwan en tournant les pages du carnet de dessin pour chercher le dessin qui l'intéressait. Si je comprends bien, ce type avec qui tu es arrivé au commissariat est quelqu'un de puissant. Il est comme nous. Il possède quelque chose qui le rend spécial. Continua-t-il en montrant le fameux dessin à sa petite amie.

-Tu veux que je l'appelle ? Demanda Sophia.

- Oui. Dis lui qu'on se retrouve dans ton appartement. Il ne sera pas de trop pour mon plan.

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2001

L'avion volait dans le ciel azur. A son bord, des militaires se préparaient pour y être parachutés en plein cœur de l'Afghanistan. Le onze novembre avait profondément transformé le monde. Les relations internationales avaient revêtu une nouvelle forme. Les ennemis des Etats-Unis n'étaient plus les communistes et le bloc soviétique mais les pays arabes. Eriol était en train d'écouter le général faire le briefing. Le général Todd faisait les cents pas. Il donnait le tournis à Eriol qui regarda ses amis de la section Hope. La section avait changé peu changé de visage. Seul Rico Naster était à la retraite maintenant. Il avait été remplacé par une jeune recrue de vingt six ans, John Matters. Un grand gaillard très pointé sur la religion. Il était protestant pratiquant.

Eriol porta son regard sur Steve qui restait éveillé et en alerte. Le nouveau trentenaire voyait son chef de section les yeux parfaitement ouverts et le regard fixe sur le général qui jouait des mains dans son discours. Eriol regardait les notes qu'on lui avait remises. Leur mission était de débarquer dans le pays en se faisant parachuter par groupe de deux pas loin d'un village occupé dans les forces alliées. Ils avaient quelques kilomètres à pied pour rejoindre le village et sécuriser la zone. Le risque était qu'ils n'avaient aucun moyen de communication avant d'arriver au village. Les hauts dirigeants les envoyaient presque au casse pipe. Il se rappelait toujours de la mine renfrognée et du discours peu reluisant sur les politiciens à la tête de l'Etat de son ami Rico Naster.

- Si Rico était là, je parierais au moins cent dollars qu'il trouverait quelque chose à redire par rapport à la situation. Dit Eriol à l'attention de Steve.

Mais sa phrase ne semblait pas affecter le major qui ne broncha pas. Ses yeux étaient perdus dans le vide et le général s'approcha d'Eriol quand le pilote déclara qu'il était arrivé au point de largage. Eriol se leva et mit son paquetage sur le dos avec son parachute. Il accrocha fermement la sangle et tapa le dos de son équipier Matters. Celui-ci lui porta un regard paniqué. Il savait que c'était la première mission du jeune homme. Ils étaient tous les deux sur le point de sauter.

- Ok, à trois on y va. Tu te rappelle bien des instructions. Tu tires sur le fil vert pour déclencher le parachute et sur les deux bleus de chaque coté pour te diriger.

- Oui. Dit John un brin inquiet.

- Cela va bien se passer, on reste ensemble et on avancera petit à petit. Un, deux, trois ! Hurla Eriol qui entraina dans son saut la jeune recrue.

Il déclencha son parachute et guida Matters pour atterrir dans un endroit tranquille ou qui paraissait tranquille tout du moins. Arrivé au sol, Eriol fit quelques pas et enleva la toile du parachute et fit signe à Matters un peu plus loin de se mettre à couvert. Il se cacha derrière un muret et jeta un coup d'œil au paysage. Rien à perte de vue à part des ruines, il était dans une grande clairière aride où seul des restes d'une usine se montraient de temps en temps. Matters arriva à son niveau.

- Qu'est qu'on fait Hiiragizawa?

- On avance prudemment et on fait gaffe. J'avancerais le premier et tu couvriras mes arrières. Et surtout ne fais pas de bêtises. Dit-il au soldat qui tremblait de peur. Tu ne tires que si tu es réellement en danger. Car un seul tir et on pourrait avoir des talibans qui nous tomberaient dessus. Et ça, ça serait la merde.

Eriol se leva suivit de son équipier. Ils commencèrent d'abord à s'approcher de l'usine pour une reconnaissance. Ils étaient accroupis et les deux soldats jouaient de leur arme de gauche à droite et en haut. Un silence pesant les plongeait dans une atmosphère particulière. Le moindre bruit devenait un facteur de danger. Une brise légère soufflait maintenant déversant dans leurs narines une horrible odeur de poudre et de souffre. Matters se pinça le nez et s'arrêta. Eriol le sentit et répliqua.

- Ne t'arrête pas. Continuons.

- Non, j'en peux plus. Cette odeur me donne la gerbe. Je ne peux pas…

- Merde, John. Continuons, on est presque arrivé. Plus que quelques mètres. Dit Eriol en prenant le bras du soldat et le traina de force jusqu'à l'usine.

L'usine était à l'abandon. Les hommes qui travaillaient dedans l'avaient laissé telle quelle. Certains fûts étaient toujours là, sans doute devaient ils être conduit dans un autre lieu. Eriol s'approcha de ceux-ci et glissa un doigt sur le couvercle d'un. Un nuage de poussière se souleva et le capitaine se força à ne pas éternuer de peur de se faire repérer par une patrouille ennemie. Il arpenta les lieux à la recherche d'informations. Mais rien ne laissait croire que cette usine servait de campement à quelconques forces armées. Il fit le tour de l'usine jusqu'à entendre un bruit sourd. Comme si le sol abritait une trappe. Il repassa dessus pour entendre mieux et se baissa. Il laissa sa mitraillette et tata le sol pour chercher une ouverture ou une prise. Il remarqua que la plaque où il était venait juste d'être placée. Comment une usine ne servant pas depuis le début de la guerre pourrait abriter un sous sol caché par cette plaque de métal ? Se demanda Hiiragizawa. Il se releva et fit à Matters de venir. Le jeune soldat arriva et le capitaine lui ordonna de l'aider à soulever la plaque.

- Vous êtes sur de ce que vous êtes mon capitaine ? Demanda John perplexe.

- Certain. Je ne comprends pas pourquoi on a pris une telle précaution ? C'est insensé.

Ils s'arcboutèrent et avec toute leur force soulevèrent la plaque. D'autres fûts apparurent sous leurs yeux. Soudain des tirs de mitraillettes se firent entendre. Ils lâchèrent la plaque qui tomba dans un bruit sourd et roulèrent pour prendre leur arme. Ils couraient accroupi pour ne pas se prendre de balles et installèrent un abri de fortune avec les fûts. Eriol tirait quelques rafales pour effrayer ses adversaires. Le silence revint un moment avant que les balles fusèrent un peu partout dans l'usine. Le capitaine ne put voir ceux qui lui tiraient dessus à lui et à Matters. D'ailleurs, ce dernier priait silencieusement. Il avait trop peur pour faire quoique ce soit.

- Matters. Souffla Eriol. Ce n'est pas le moment de prier. Il faut qu'on trouve une solution pour sortir de là.

- Il n'y a aucune solution. On va crever comme des rats. C'est votre faute. J'aurais dû faire équipe avec le major.

- La ferme ! S'empressa de dire Eriol sur un ton ferme. C'est Arrow qui fait équipe avec le major Risbi. Et on va s'en sortir. Tu m'entends ! On va s'en sortir !

Hiiragizawa analysa rapidement la situation. Il ne savait pas où était positionnait le ou les tireurs mais ils ne pouvaient qu'être hors de l'usine. Il prit une grenade et la dégoupilla et la jeta le plus fort possible à travers une ouverture. Celle-ci explosa mais Eriol put entendre une voix qui criait en arabe. C'était bien un groupe qui leur tirait dessus.

- Matters, tire de couverture. Ordonna Hiiragizawa avant de partir sur le coté droit.

Il courut le plus rapidement possible. Il sentait ses muscles se câblaient pour fournir l'effort nécessaire. Il se cala contre le mur de l'entrée et jeta un discret coup d'œil dehors. Là il vit un soldat afghan isolé du groupe. Il bondit sur lui tandis qu'il entendait les tirs de Matters le couvrirent. Il pointa sur arme sur le soldat qui voyant cela se baissait tel un félin pour lui donner un coup de pied afin de le faire tomber. Eriol s'appuya sur son autre pied et envoya un coup de pied dans la tête de l'arabe. Celui-ci le reçut de plein fouet. Ils se relevèrent d'un même mouvement et prirent leur arme en même temps. Les tirs avaient cessé et les autres soldats afghans pointaient leur arme sur le capitaine.

Ne tirez pas! Il est avec moi! Dit une voix en arabe.

Les autres personnes baissèrent leur arme et Eriol vit le major Risbi arrivait d'un pas nonchalant. Le chef du groupe s'adressa au soldat que le capitaine tenait en joue avant de baisser son arme de même que Eriol. Matters sortit de l'usine et ne sembla ne pas comprendre la situation. Risbi leur fit signe de les suivre. Les deux amis se portèrent un regard interrogateur.

- Je ne sais pas vous mais il y a anguille sous roche. Dit John à Eriol. Vous comprenez quelque chose ?

- Pas plus que toi. Mais on comprenait mieux arriver au village.

Ils furent accompagnés par Steve et les soldats qu'ils avaient combattu un peu plus tôt. Eriol regardait d'un œil mauvais les armes que portaient les soldats afghans. Ils cachaient quelque chose, il en était sur. La plaque de l'usine abritait soit des armes, soit autre chose. Quoi qu'il en soit, ces soit disant rebelles les avaient pris pour des ennemis et ils avaient la vie sauve que par l'intervention du major. Il marchait devant sans adresser un seul regard au reste de sa compagnie. Il avait changé depuis l'annonce de cette mission. Voir depuis plus longtemps que ça. Eriol croyait de plus en plus l'ancien général Webb et l'ancien lieutenant Naster. Le général Webb était mort il y a quelques années laissant ses petits enfants, un garçon du nom de Matthew et de Sophia qui avaient été séparés il y a plusieurs années.

De ce fait, Eriol avait demandé sa mutation, il y a deux mois, de l'équipe Hope pour être dans la police militaire. Mais sa mutation était restée en suspend. Le général en charge de l'équipe lui avait expliqué que l'Amérique vivait une période sombre de son histoire et il avait besoin de lui pour maintenir une cohésion dans le groupe depuis le départ de Naster. Le général l'avait promu capitaine et avait assigné Matters comme équipier. Seul point positif, il pouvait maintenant être plus libre dans ses déplacements et ne plus devoir rendre des comptes au major. Mais Eriol le savait, il se passait des choses graves dans les hautes sphères de la société. L'armée était la première touché et après ça sera quoi ? Le gouvernement ? Cela le faisait réfléchir de plus en plus et son sommeil en était troublé.

Eriol était arrivé au village. Un village où des habitations de fortunes étaient construites. Des familles entières y vivaient au milieu des rebelles. Des jeunes accueillaient les soldats et demandaient en arabe de la nourriture ou des médicaments pour leurs parents malades. Hiiragizawa donna un de ses rations à un jeune adolescent. Il discuta un peu avec lui avant de partir vers la tente du chef du village. Un homme, rondouillet en habits traditionnels, assez vieux, ses cheveux étaient cachés par un turban visé sur sa tête. Il portait à l'annulaire un anneau en or avec un motif à l'intérieur de la pierre qui ornait la bague. Il salua Risbi en s'inclinant et le major lui donna son pendentif. Eriol souleva un pan de la tente et pénétra dedans. Là l'homme le salua.

- Salam. Bienvenue.

- Merci. Répondit poliment Eriol.

Le chef du village dégageait une certaine prestance, Eriol le regarda saluer les autres de la section qui étaient arrivé et les invita à le rejoindre pour parler autour d'une tasse de thé. Il les servit et s'assit au centre.

- Je suis ravi que le gouvernement américain nous aide dans notre rébellion. Nous manquons d'hommes. Et désolé de vous avoir attaqué. On vous avez pris pour des talibans.

- C'est à nous de vous dire merci. Reprit Risbi avant de rajouter. Comme vous le savez, les Etats-Unis sont en proie d'entrer dans une guerre. Le onze septembre a marqué les esprits et nous devons y faire face. Tous ensembles. Les talibans utilisent la religion pour mener une guerre contre l'occident. Et nous devons prouver qu'ils sont pareils à des monstres. Répondit le major tandis qu'il regardait une danseuse avant de la mordre au cou tel un vampire.

Eriol ne vit pas clairement ce que faisait Steve. Il était trop occupé à réfléchir, à faire le point sur la situation.

Des monstres ? Ton discours sonne faux, Steve. Tu as changé ou c'est moi qui ai changé ? Peut être les deux ? Il se passe tellement de choses incompréhensibles. Je n'arrive pas à me faire une idée précise de la tournure des événements. Tu nous cache de nombreuses choses. Je veux découvrir ça. Tu as donné ton pendentif à cette personne alors que c'est ton trésor. Personne ne peux le toucher à part lui et toi Quelle est votre relation ? J'aimerais le savoir. Et cette usine. Quel secret renferme t'elle ?

Eriol sentit son esprit s'échappé de son corps. Ses yeux se fermaient tous seuls. Il n'avait plus la force de rester conscient. Il vit le chef du village s'approcher de lui.

- Tu crois qu'ils peuvent nous stopper ? Le projet Renaissance est en marche.