Debout devant la fenêtre, j'attends. La nuit est tombée depuis des heures et seule la respiration assoupie de Ron trouble le silence mais j'ai eu beau fermer les yeux, me tourner et me retourner sur ce tas de couvertures défraîchies qui nous sert de lit, je n'ai pas réussi à trouver le sommeil. Alors je me suis levée pour observer la nuit et, de l'autre côté du jardin, la maison de mes parents.
Les paroles de mon père me reviennent sans cesse à l'esprit et je ne sais pas quoi faire pour améliorer la situation. Si il continue de ne pas croire en mon récit alors que ma mère, elle, se souvient, il se peut qu'il se fâche avec elle. Et ensuite qu'est-ce qui se passera?
J'ai été stupide de leur annoncer la vérité de cette façon. J'aurais dû attendre. Qu'ils apprennent à mieux nous connaître, Ron et moi. Qu'ils nous fassent confiance.
Un sanglot m'étreint la gorge et je me mords les lèvres pour ne pas faire de bruit. Je ne veux pas réveiller Ron. Alors je me dirige jusqu'à la salle de bain pour pouvoir pleurer à ma guise.
Mais on frappe à la porte. Aussitôt, je dégaine ma baguette : la guerre m'a apprit à être méfiante. Une formule lancée en l'air me permet de connaître l'identité de ce visiteur nocturne.
Papa.
Mon coeur cogne dans ma poitrine. J'ouvre la porte et la haute silhouette de mon père se détache devant moi, dans la nuit. Il ne prononce que trois mots. Trois simples mots d'une importance énorme.
- Je me souviens.
C'est comme si la chappe de plomb qui pesait sur mon estomac s'envolait tout à coup. Je ris de soulagement tandis qu'il me serre dans ses bras en m'appelant "ma petite princesse", comme lorsque j'étais petite fille.
- Comment? Je demande.
- Ta mère. Répond-il en me faisant un clin d'oeil. Elle m'a raconté le jour de ta naissance. Ca paraissait si réel que je me suis mis à la croire et alors, tout m'est revenu en tête.
Je fais quelques pas au dehors, la tête levée vers les étoiles. La nuit est magnifique. Je m'asseois au sol et il s'installe près de moi. Nous restons ainsi quelques minutes puis il demande, d'un ton inquiet:
- Est-ce que tout va bien dans le monde de la Magie?
Je souris.
- Maintenant, oui.
- Pourquoi Harry n'est-il pas venu avec vous en Australie?
- Je crois qu'il en avait un peu assez, des voyages!
- Par contre Ron, lui, n'est pas près de te quitter, je me trompe?
Mes joues chauffent un peu à cette remarque. Je n'ai jamais vraiment parler de ce genre de choses avec mon père mais j'acquiesce tout de même en hochant la tête.
- Il a l'air d'être un brave garçon.
-Il est génial. Entêté, casse-pied et maladroit...Mais génial.
- Et il t'aime.
Après quelques secondes de silence, j'ose souffler :
-Moi aussi.
- Je sais. Je me souviens de toi comme d'une adolescente et je retrouve une vraie petite femme. Je crois que Ronald y est pour beaucoup.
Je rougis encore un peu. Je ne sais pas si mon père l'a remarqué dans cette rue simplement éclairée de quelques réverbères mais il sourit.
- Peut-être pourrais-tu à présent m'expliquer pourquoi tu nous as jeté ce sort à ta mère et à moi? Demande-t-il doucement.
Mes parents ignorent beaucoup de choses des années que j'ai passé à Poudlard. Il est temps de parler. Je sais que mon père m'écoutera sans juger ou me faire de reproches. Après tout, ce qui est fait est fait, n'est-ce pas? Alors je vais tout lui dire...
Quand j'achève mon récit, les premières lueurs de l'aube apparaissent déjà. Mon père me regarde d'un air effrayé et admiratif à la fois. Il n'en revient pas des risques que nous avons pris.
- J'aurais pû de perdre des dizaines de fois pendant toutes ces années.
- Mais je suis là. Dis-je dans un sourire.
- Quand ce vieil homme est venu m'annoncer un jour que tu étais une sorcière, j'étais loin de me douter que tu deviendrais une héroine de ce monde.
Je ris doucement.
- Je suis loin d'être une héroine!
- Bien sûr que si. Toi et tes amis avez réussi à changer la face du monde. Vous êtes des héros.
J'ouvre la bouche pour répliquer quand la porte s'ouvre à la volée. Ron se précipite, sa baguette à la main, les sourcils froncés par l'inquiètude. Il a dû se réveiller et s'apercevoir que j'avais disparue. Quand il nous voit, il stoppe net sa course et parait soulagé de constater que je ne me suis pas fait enlevée par une troupe de mangemorts. La guerre nous a tous rendus un peu paranoïaques...
- Alors, tu es là! Dit-il...Et tu as retrouvé ton père...
J'hoche la tête avec un sourire et il sourit à son tour, content pour moi.
- Dîtes, jeune homme, si vous devez être mon gendre, ce serait bien que vous perdiez cette habitude de vous promener dehors en caleçon! Lance mon père.
Ron devient rouge comme une écrevisse et j'éclate de rire tandis qu'il bredouille des excuses avant de s'engouffrer dans la maison. Mon père rit à son tour.
- Tu as été un peu dur! Dis-je. Ron est plutôt du genre timide, tu sais.
- Il m'a volé ma petite princesse, tu ne crois tout de même pas qu'il va s'en tirer comme ça!
- Papaaa!
