Un chapitre pour faire le point, avant le retour de Regulus dans sa cellule !

Chapitre 11 :

Isabelle remonta le drap sur le patient. Ademius Floyd était sérieusement amoché. Il avait bon nombre d'os brisés, et elle n'avait malheureusement plus de potion Durci-Os pour hâter le processus de guérison. Une nouvelle fois, elle se demanda ce qu'elle avait bien pu en faire, la veille. Elle avait eu beau cherché, elle n'avait pas réussi à remettre la main dessus. L'avait-elle jeté par mégarde ? Peut-être la bouteille était-elle allée rejoindre les fioles entassées dans l'évier pour nettoyage ? Ce ne pouvait être qu'une erreur, de toute façon. Qui aurait eu intérêt à dérober une potion pareille ?! Elle n'avait aucun autre intérêt que de ressouder les os brisés, elle n'avait aucun effet secondaire intéressant. Et puis, qui aurait commis le vol ? Son infirmier ? Un gardien ? Un prisonnier ? Fox avait été le seul, dans l'infirmerie, à part Croupton et sa femme.

Fox.

Jamais elle n'aurait cru le jeune homme capable d'une telle sauvagerie. Lui qui semblait si fragile, la veille encore, alors qu'elle soignait ses contusions et sa mâchoire brisée… Floyd en aurait pour des jours à s'en remettre. Elle n'était même pas sûre que celui-ci retrouve son entière intégrité physique.

Quelque-chose ne collait pas. Pourquoi Finnigan Fox avait-il visité deux fois son infirmerie ? D'après ce qu'elle voyait maintenant, il avait la force de se défendre contre ses agresseurs, alors pourquoi ne l'avait-il jamais fait ?!

« Mademoiselle Fudge ? »

Elle leva la tête vers la porte. Le directeur Jorkins venait d'entrer. « Comment va-t-il ?
- Pas bien. Il a de nombreuses fractures, dont certaines sont très sérieuses… Pourquoi Fox a-t-il fait cela ?
- Apparemment, Floyd l'avait menacé… Et il abusait sexuellement d'un autre détenu, que Fox aurait voulu protéger…
- C'est pour cette raison qu'il lui a réduit les testicules en bouillie ?!
- Euh… C'est ce que m'a dit Fox, lorsque je l'ai interrogé. Je l'ai envoyé en Haute Sécurité. »

Le directeur se pencha sur Floyd. Celui-ci était inconscient. De gros ecchymoses violacés le défiguraient. Fox avait tapé vraiment très fort.

« Je l'interrogerai dès qu'il ira mieux.
- Je n'ai plus de potion Durci-os… Je vais devoir me réapprovisionner à Sainte-Mangouste dès demain matin.
- Très bien… J'ai quelques questions à poser à son co-détenu… Isabelle… ?
- Oui ?
- Ça va aller… ? » Isabelle acquiesça d'un mouvement de tête un peu sec. Le Directeur hésita un moment, avant de quitter l'infirmerie.

Isabelle soupira et s'assit dans son fauteuil. Oui, ça allait. Il ne pouvait pas en être autrement. Bien sûr, entre la visite de Bartemius Croupton et sa femme la veille, l'état de Fox ensuite, la mort de Barty Junior ce matin-même et ça maintenant… Il y avait de quoi déprimer.

Non. Ce n'était pas de la déprime. Elle avait été profondément choquée de voir ce que Fox avait été capable de faire. Rien, chez lui, ne laissait supposer une telle violence.

Elle était déçue. Mais qu'avait-elle cru ? Que pouvait-on attendre, d'un détenu ? Mais c'était juste que Finnigan semblait tellement différent des autres…

Elle se sentit rougir malgré elle. Elle devait se reprendre. Ce n'était pas parce que Finnigan – non, Fox ! – était beau, qu'elle devait lui accorder plus de crédit qu'aux autres prisonniers. De plus, les hommes les plus civilisés pouvaient abriter de véritables monstres.

A propos de monstre, elle repensa subitement à Sirius Black. Il avait surpris tout le monde, en dévoilant son vrai visage. Tout comme Fox la surprenait maintenant. Etait-ce le signe de quelque-chose ? D'un autre lien entre eux ?

« Les dangers de la consanguinité… » murmura-t-elle.

Le livre qu'elle avait consulté établissait la sur-représentation de malades mentaux, dans les familles consanguines. La violence de Sirius Black était-elle d'origine pathologique ? Et Fox, s'il lui était vraiment apparenté, souffrait-il de la même affection ?

Si tel était le cas, Fox était une véritable bombe à retardement.

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Mondingus tournait en rond dans sa cellule. Il avait beau tourner et retourner les données qu'il possédait, il ne comprenait pas. A quoi servait cette fichue potion ? Pourquoi Finnigan s'était-il attaqué à Floyd sans assurer ses arrières ? D'après ce qu'il avait vu, il était assez puissant pour s'acquitter de sa dette envers Eddy sans s'exposer comme il l'avait fait !

A moins qu'il n'ait agi en toute connaissance de cause.

Après tout, il s'était bien laissé démolir par king Cole uniquement pour obtenir ce dont il avait besoin.

Mondingus s'assit sur la couchette de Fox et se gratta la nuque. Pourquoi Finnigan avait-il agressé Floyd devant tout le monde ? Pour que les autres comprennent à quel point il était dangereux, afin qu'il ait définitivement la paix ? Possible… Mais c'était donc qu'il ne craignait pas de finir en Haute Sécurité.

A moins que ce ne soit là son but, justement : être enfermé en Haute Sécurité.

Cette pensée lui fit froid dans le dos. Quel homme pouvait désirer finir là-bas ?! Bon, bien sûr, Fox n'était pas tout à fait normal. Déjà, accepter de se prendre une raclée uniquement pour un peu d'ortie…

Mondingus s'allongea sur le lit. Il sentait qu'il touchait au but. Tordu comme il l'était, Finnigan devait sans doute avoir fait tout ça pour se faire enfermer avec les Détraqueurs. La question était : pourquoi ? Etait-ce par là-bas, qu'il comptait s'enfuir ?

Ridicule ! Le quartier de Haute Sécurité était le mieux gardé de l'île !

Alors pourquoi ?

Mondingus fronça les sourcils, sous l'effort de sa réflexion. Une idée faisait son chemin. Mais elle était plus dérangeante que toutes celles qu'il avait déjà eues, concernant les motivations de Fox.

Et si Finnigan Fox s'était fait enfermer en Haute Sécurité pour retrouver quelqu'un ? Son… frère… ? N'avait-il pas dit qu'il était là pour son frère ?!

Mondingus se redressa subitement sur le lit, le front mouillé de sueur.

Il pensait enfin savoir ce que Fox traficotait à Azkaban.

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Jonas « King » Cole était intrigué. Comme les autres prisonniers massés devant la cellule n°12, il avait vu Finnigan Fox régler son compte à Floyd. Il avait vu les gardiens transporter le corps inerte jusqu'à l'infirmerie.

Et il ne comprenait pas.

Les quelques tentatives que lui avait opposées Fox pour se défendre lui étaient apparues comme plutôt pathétiques. Rien ne laissait supposer la force qu'il avait montrée contre Floyd. Qu'est-ce que cela cachait ?

Ce Finnigan Fox méritait qu'on s'intéresse un peu à lui… Il se promettait bien se s'y atteler au plus vite.

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Pour la première fois depuis son entrée en prison, Eddy choisit la table à laquelle il allait dîner. Ne plus avoir Floyd pour lui dicter sa conduite était un soulagement indicible. Tout comme la perspective de passer enfin une nuit sans angoisse.

Il se sentait revivre.

Le Directeur Jorkins lui avait assuré qu'il ne risquait rien à parler. Alors, il avait tout déballer : les humiliations, les coups, les viols. Jorkins avait paru assez affecté par son témoignage. Il lui avait assuré que Floyd ne poserait plus jamais la main sur lui. Pas qu'il le craigne vraiment, maintenant que Fox lui avait explosé la tête et les parties !

Il enfourna une pleine fourchetée de petits-pois, avec enthousiasme.

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Lorsque les gardiens annoncèrent le couvre-feu, Mondingus grimpa dans son lit, convaincu qu'il ne parviendrait pas à dormir.

Il était maintenant persuadé que Finnigan cherchait à faire évader Sirius Black de prison. Cela expliquerait pourquoi il avait pris sa défense, au réfectoire. La véhémence avait laquelle il avait essayé de le persuader de l'innocence de Black l'avait surpris. Et inquiété. Il se souvenait même avoir craint que Fox soit un Mangemort, lui-aussi.

Peut-être avait-il eu raison de le penser, après tout ?

Que savait-il des Black, au juste ? Il n'était même pas sûr que Sirius ait réellement un frère. Mais il était possible que Finnigan n'ait pas parlé de « frère » au sens strict du terme, mais plutôt dans le sens de « partisan d'une même confrérie » … Il était fort possible qu'ils soient liés par le Seigneur des Ténèbres…

Mondingus ne savait plus quoi penser. Il détestait les Mangemorts. Ils n'étaient que haine et bêtise. Et si Finnigan en était réellement un… Et s'il s'apprêtait à faire évader Sirius Black… Mondingus ne pouvait pas laisser faire cela.

Non.

Mais les choses n'étaient pas si simples. Simplement parce qu'il aimait bien Finnigan, et qu'il répugnait à le dénoncer à Doherty.

Alors, il examinait les maigres renseignements qu'il possédait, cherchant une bonne raison de ne pas le faire.

Finnigan lui avait assuré que Black était innocent, qu'il avait toujours abhorré les Mangemorts et leur Seigneur des Ténèbres. Etait-ce possible ? Il n'aurait pas été la première personne victime d'une erreur judiciaire. Même si l'erreur était hautement improbable. Mais Finnigan avait semblé vraiment convaincu par ce qu'il disait. C'était troublant.

Mondingus se retourna dans son lit et enfouit sa tête sous l'oreiller. Il avait mal au crâne.

Finnigan serait de retour dans la cellule demain. Il pourrait l'interroger, et se faire une opinion plus juste. Tout ce qu'il avait à faire, c'était lui accorder le bénéfice du doute, pour se laisser le temps de décider.

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Isabelle fut soulagée comme elle l'avait rarement été, en quittant l'île ce soir-là. Aussitôt à terre, elle transplana devant la maison de son père. Son invitation était plus que bienvenue ! Rien de tel qu'un bon dîner et une discussion amicale, pour oublier les deux dernières journées, au moins pour un moment.

L'Elfe de maison l'accueillit avec enthousiasme. Elle lui confia sa cape, avant de prendre le chemin du bureau de son père, où celui-ci devait très certainement s'être encore enfermé. Lorsqu'elle était petite, elle le trouvait toujours là, penché sur des parchemins austères, à prendre des notes de sa petite écriture serrée. Et elle tirait le grand fauteuil près du bureau, grimpait dessus et le regardait travailler quelques minutes, avant de lui réclamer l'attention qu'elle était venue chercher. Alors, il repoussait ses papiers si importants et la prenait sur ses genoux, le temps d'une chanson, d'une histoire ou d'un câlin.

Aussi occupé qu'il ait pu être, son père ne l'avait jamais repoussée.

Elle avait bien besoin d'un peu de réconfort, ce soir.

Son père était bien dans son bureau, mais il n'était pas plongé dans ses papiers. Penché sur la cheminée, il était en grande conversation avec quelqu'un. Voyant cela, Isabelle referma doucement la porte et prit le chemin du salon. Elle ne voulait pas le déranger. Elle savait que la carrière de son père était sur le point de décoller vraiment, elle n'allait pas débouler comme ça, au milieu d'une discussion importante, avec ses problèmes de détenus violents !

Elle attendit patiemment, sirotant la boisson que Twiksy lui avait apportée. Lorsque son père arriva enfin, il la gratifia d'un large sourire, avant de déposer un baiser sur son front. « Comment vas-tu, ma toute belle ?
- Oh… Ça va… » Cornelius Fudge hocha la tête, un peu peiné. « Tu penses vraiment que je vais croire ça ? Il suffit de voir ta tête, pour savoir que tu racontes des histoires !
- C'est juste des soucis, à la prison…
- Isabelle… soupira Cornelius. Nous en avons déjà parlé, n'est-ce pas ? Pourquoi ne pas ouvrir ton cabinet privé ? Je t'avancerais les fonds avec joie ! Azkaban n'est vraiment pas un lieu fréquentable !
- C'est ce que je voulais faire…
- Vivre au milieu de tous ces types violents, prêts à tout pour leur propre bénéfice ? Ces hommes sont la honte du monde sorcier…
- Mais ils ont droit à des soins, comme tout le monde…
- Tu parles comme Jorkins…
- Tous les prisonniers ne se valent pas, il y en a qui sont vraiment paumés… Je crois même que pour certains d'entre eux, la prison ne fait qu'aggraver les choses… Si on pouvait disposer d'une autre alternative que la prison… »

Cornelius prit le verre de Pur-feu que lui apportait Twiksy. Son visage n'était plus aussi jovial qu'à son entrée dans le salon. Il était même sévère, et fermé. « Tu connais mon opinion sur le sujet, Isabelle.
- Je sais. Ecoute, papa, j'aimerais qu'on parle d'autre chose…
- Très bien. »

Le dîner se déroula agréablement. Ils parlèrent de choses et d'autres, de choses anodines et agréables, de petits scandales et de potins mondains. La position de Fudge au ministère lui donnait accès à un nombre impressionnant de ragots.

Cela rappela subitement à Isabelle une question qui la préoccupait.

« Les Black… dit-elle, alors qu'ils en étaient au dessert.
- Quoi, les Black ?
- Est-ce qu'il y a eu des histoires, à leur propos… ? Des scandales ?
- Tu veux dire, à part l'arrestation de l'héritier Black ? Une vraie boucherie…
- Plutôt du genre adultère… » coupa Isabelle. Elle n'avait pas du tout envie d'entendre parler des exploits de Sirius. Cela la ramènerait immanquablement à la bouillie que Fox avait fait du corps de Floyd, et elle ne voulait pas penser au jeune homme de cette façon-là.

« Adultère ?! Curieuse idée, ma fille… De quel genre ?
- Sirius Black aurait-il un frère illégitime quelque-part ?
- Pas que je sache. Le seul frère qu'on lui connaisse est mort. Tué par les Mangemorts. Orion Black était tellement effondré qu'il n'a pas survécu bien longtemps à la perte de son cadet…
- Regulus Black a été tué par les Mangemorts ? répéta Isabelle. Pourquoi ?
- Trahison. Apparemment, il était l'un d'eux… Mais au dernier moment, il a retourné sa veste. Tu-Sais-Qui l'a fait payer pour ça.
- Alors Regulus Black est bel et bien mort…
- Assurément ! Pourquoi cette question ?
- Pour rien… »

Isabelle tritura sa part de gâteau du bout de sa fourchette, songeuse. Peut-être s'était-elle fait des idées, après tout… Peut-être Fox et Black n'avaient-ils rien d'autre en commun que cette anomalie magique de leur sang.

« Tu as vu Sirius Black ? » demanda Cornelius, la voix étrangement tendue. Isabelle leva la tête vers lui, surprise par le ton qu'il prenait. « Non.
- Evite-le, ma chérie. Ce type est réellement cinglé.
- Quel mal pourrait-il me faire ? Il est enfermé en Haute Sécurité, sans doute rendu à moitié fou par les Détraqueurs.
- Il s'agit de folie, justement. Sauf que Black était fou avant de mettre les pieds à Azkaban. Je doute que la prison le change un tant soit peu. Il est dangereux, Isabelle. Ne le laisse pas te parler. Il est… C'est un séducteur dans l'âme… »

Pour le coup, Isabelle éclata franchement de rire. Son père insinuait-il vraiment qu'elle pourrait tomber sous le charme de Black et en venir à l'aimer ?! « Enfin, papa…
- Non, Isabelle. Je ne parlais pas d'attrait sentimental ! Je dis juste qu'il serait capable de te faire gober n'importe quoi. C'est un manipulateur de premier ordre. Vois comment il a réussi à duper jusqu'à son meilleur ami, James Potter ! »

Fudge repoussa son assiette et se leva de table, les mains croisées derrière le dos. Isabelle fronça les sourcils. Son père semblait vraiment sérieux.

« Je l'ai vu, juste avant son incarcération, poursuivit Fudge. Tu te souviens, c'est moi, qui avait été chargé de réguler l'accident auprès des Moldus. J'ai vu de mes yeux le carnage dont il s'était rendu coupable, ce n'était pas beau à voir… Et ce pauvre sorcier de ses amis, Pettigrow… Et bien, Black ne semblait absolument pas touché. Un moment, j'ai même cru qu'il allait protester de son innocence ! C'était du genre : Pettigrow est mort, mais ce n'est pas grave, ce n'est pas véritablement un délit, sa vie ne valait rien, à ce sale rat ! C'était très déstabilisant… Ce type est monstrueux, Isabelle. Et je suis sûr qu'il serait capable de te blesser uniquement en te parlant, s'il le voulait… Ne t'approche pas de lui. »

Isabelle acquiesça de la tête, lentement. Elle-même n'avait aucune intention d'approcher de Black, tant que ce ne serait pas pour constater son décès.

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Severus Rogue quitta le Manoir Malefoy et transplana pour Pré-au-Lard. Lucius ne lui avait pas appris grand-chose, sur Black. Mais il avait bien compris une chose : Harry Potter était en danger.

Heureusement, Malefoy et ses partisans ignoraient où Dumbledore avait caché l'enfant. Sans doute l'auraient-ils déjà enlevé, si tel avait été le cas. Peut-être devrait-il prévenir son directeur que les Mangemorts n'avaient pas disparu avec leur maître et qu'ils en avaient après Harry ? Mais Severus répugnait à le faire. Il avait toute confiance en Dumbledore, certes. Mais ce n'était pas vrai concernant l'ordre du Phénix. Jusqu'à quel point les partisans de Voldemort s'étaient-ils infiltrés dans l'organisation ? Si Rogue prévenait Dumbledore, celui-ci allait sûrement mettre ses agents sur le coup. Mais Rogue ne pouvait pas se permettre de prendre le risque d'être dénoncé à Malefoy par un espion. Pas avec Regulus en prison.

En discutant avec Lucius, Severus s'était au moins convaincu d'une chose : le danger de voir le Seigneur des Ténèbres reparaître était bien réel. Il devenait plus qu'urgent que Regulus lui révèle ses secrets. Mais il ne le ferait jamais, tant qu'il serait en prison.

Quelles que puissent être ses réticences, Severus n'avait pas le choix : il devait prêter main forte aux frères Black.

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Bartemius Croupton s'éloigna du lit qu'occupait son fils, sur la pointe des pieds.

« Reste près de lui, Winky, dit-il à son Elfe de maison. Mais surtout, préviens-moi si son état change. Il est hors de question qu'il quitte cette pièce, m'as-tu bien compris ?
- Oui, maître. »

Croupton jeta un dernier coup d'œil à son fils, jeune homme émacié au teint beaucoup trop pâle. Il était encore si faible… Pourtant, il ne ressentait aucune émotion, en le regardant. Aucune inquiétude, aucune pitié. Il ne faisait que s'acquitter d'une promesse faite à une pauvre mère éplorée.

En ce qui le concernait, son fils à lui était mort depuis longtemps. Depuis la minute où il avait accepté la marque des Ténèbres sur son avant-bras.

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Harry se cacha au fond de son lit de fortune, dans le placard sous l'escalier. Il avait peur. Peur du gros rat gris. Il savait que ce rat était là pour lui. Pour lui faire du mal. Il l'avait croisé plusieurs fois dans la maison, l'espionnant de ses petits yeux mauvais. Tante Pétunia aussi, l'avait vu, et elle avait été terrifiée, elle-aussi.

Harry avait rarement autant regretté l'absence de ses parents. Son papa aurait chassé le rat depuis longtemps, il était tellement fort ! Et sa maman, si douce, si rassurante, l'aurait pris dans ses bras pour le protéger.

L'oncle Vernon n'était pas aussi fort que papa. Il avait beaucoup couru dans la maison, un balai à la main, le visage très rouge et le souffle court. Mais il n'avait pas attrapé le rat.

Et la tante Pétunia n'était pas douce et rassurante comme maman. D'ailleurs, elle ne le prenait jamais dans ses bras, elle ne lui faisait jamais de câlins.

Il avait très envie de pleurer, mais il n'osait pas. Peut-être que cela attirerait le rat.

Cette nuit-là, Harry rêva de la lumière verte.