Chapitre 11

Doux-amer et étrange


« Deux inconnus qu'un geste imprévu rapproche en secret. »

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Hermione ne vit plus Drago de la journée. Et elle le vit très peu durant la semaine qui suivit Noël. Le Manoir des Malefoy était grand. Mais il ne semblait pas assez grand pour permettre à Drago de constamment rester caché. A moins qu'il ne quittât pas sa chambre. Hermione imaginait qu'il n'en était pas sorti pendant une semaine.

Si elle ne se connaissait pas aussi bien, elle pourrait croire qu'elle commençait à s'inquiéter pour lui.

- Pensez-vous qu'il va sortir de sa chambre ? demanda Hermione, adossée à la porte, en se rongeant les ongles.

Le seul signe de vie provenant de la chambre de Drago était la faible lumière qu'on apercevait par l'espace sous la porte.

- Peut-être que si vous le lui demandez..., répondit Starry en balayant la poussière du couloir à l'aide de ce qui ressemblait à un vieux Nimbus.

- Je ne crois pas que ça aiderait.

- Vous seriez surprise, dit Starry en posant le balai contre le mur. Que s'est-il passé à Noël, d'ailleurs ? C'est à ce moment que toute cette folie a commencé.

La voix de Starry sonnait presque comme une accusation, ce qui fit grimacer Hermione. Mais bon, elle ne savait pas qui était au courant de quoi, dans cette maison, et elle n'allait rien dire sans la permission de Drago.

- Rien, finit par répondre Hermione.

Son cœur rata un battement quand elle entendit la porte de la chambre de Drago s'ouvrir. Une silhouette sombre apparut dans l'encadrement. Il avait les cheveux en bataille et sa barbe pâle avait poussé d'environ un centimètre. Quand il sortit dans le hall, son T-shirt uni blanc prit les motifs rayés du papier peint.

- Bonjour, fit Drago en leur faisant un signe de tête.

Hermione et Starry avaient l'air plutôt stupide à rester là à le fixer. C'était comme la première fois où Hermione avait vu un fantôme. Elle avait essayé de ne pas montrer que ça l'avait effrayée, mais ça avait été le cas.

- Euh, bonjour, monsieur, dit Starry, une étrange combinaison d'inquiétude et de soulagement peinte sur le visage, qui lui donnait un air perdu.

- Salut Drago, dit Hermione.

Drago s'arrêta net, ses yeux gris se rétrécissant.

- Qu'est-ce que vous avez, toutes les deux ?

- Rien, répondirent-elles en même temps.

Ouais. Elles n'avaient pas du tout l'air d'être prises sur le fait.

- Où est Lucky ? demanda-t-il, semblant toujours un peu méfiant.

- Au garage, répondit Starry.

- Vous avez un garage ? les questionna Hermione.

Il y avait tous les jours quelque chose de nouveau à apprendre sur le manoir. C'était une ville à lui tout seul. Quoiqu'une ville à faible population.

- Ouais. Tu veux le voir ? Euh, attends, en fait, non. Tu es envoyée par le ministère.

Drago sourit d'un air satisfait.

- Ils ont probablement fini par me virer. Je ne suis pas allée au travail depuis six mois.

Hermione sentit les battements de son cœur s'accélérer, bien qu'elle ne puisse expliquer pourquoi. C'était exactement la réaction qu'elle avait (et qui n'était pas la bienvenue) à chaque fois qu'elle était en présence de Drago. Peut-être que ça avait un rapport avec le sortilège... Bien que plus elle en apprenait sur le sortilège, plus cette excuse perdait de sa valeur.

- D'accord. Allez. Mais si jamais tu sors d'ici, tu as intérêt à rester muette.

Drago lui fit signe de le suivre.

- Je sais garder un secret, répondit-elle.

Le garage était deux fois plus grand que celui de son père. Il pouvait probablement abriter au moins six voitures, bien qu'il n'y en ait qu'une. Un engin argenté brillant qui semblait venir d'un vieux James Bond, au milieu du sol en béton.

- Drago, peux-tu me donner un tournevis ?

Lucky se tenait sur un escabeau et fixait le véhicule.

- Cruciforme ou tête fendue ?

- Tête fendue, répondit Lucky.

Drago fouilla une boîte à outils posée sur l'établi parfaitement nettoyé. Hermione pouvait dire cela, à propos de Drago, Lucky et Starry. Ils étaient très propres.

- Je suis impressionnée. C'est un vocabulaire bien moldu, venant d'un Malefoy.

Hermione arbora un large sourire. Elle était vraiment étonnée que Drago ne serait-ce que sache ce qu'était un tournevis. Lucky marmonna quelque chose, mais Hermione ne le comprit pas.

- Qu'est-ce qu'il raconte ? demanda-t-elle à Drago.

- Rien, répondirent Lucky et Drago.

C'était très suspect.

Hermione s'affala sur la chaise à roulettes et se mit à tourner.

- Sur quoi est-ce que vous travaillez ?

- Lucky essaie de réparer ce vieil engin depuis des années.

Drago tendit le tournevis à Lucky. Elle n'avait aucune idée de comment l'un comme l'autre s'y connaissaient en voitures.

- Elle ne me paraît pas vieille. C'est une belle voiture.

Elle ne connaissait pas grand chose aux voitures, mais elle était jolie. Plus avenante que la vieille Volvo de sa mère.

- Oui, et on n'est pas censés l'avoir. Alors elle a intérêt à se la fermer si jamais elle réussit à sortir d'ici.

- Elle ne dira rien, répliqua Drago rapidement.

Hermione dut cacher son sourire derrière sa main. C'était étrange de voir Drago Malefoy la défendre. Il s'assit à côté de Lucky.

- Tu veux un coup de main ? lui proposa-t-il.

- Pourquoi pas, répondit Lucky, un petit sourire apparaissant sur son visage habituellement dénué d'émotion. J'essaie de réparer l'alternateur, mais je ne sais pas où il est.

- Est-ce que vous avez regardé dans le mode d'emploi ? fit Hermione.

- Le quoi ?

- Les voitures sont toujours vendues avec un mode d'emploi.

Hermione se leva de sa chaise et ouvrit la portière de la voiture. L'odeur de cuir neuf était encore forte.

- Il est généralement placé dans la boîte à gants.

Elle ouvrit le petit compartiment en plastique.

- Voilà. Alternateur. Hmmm... Localisation. C'est là.

Hermione referma la portière et tendit le livret à Lucky.

- C'est ce que vous cherchiez ?

- Merlin ! cria Lucky, une grimace sur le visage.

Super. Qu'avait-elle fait, cette fois ?

- Quoi ? demanda Drago.

- Si le livre dit vrai... Ça ne devrait pas être en deux morceaux.

Lucky sortit deux petites pièces en plastique et les garda en main.

Hermione devait toujours réparer des objets brisés pour Collingsworth. Elle sortit sa baguette et fit un geste ample au-dessus des morceaux. Ils se raccrochèrent rapidement.

- Voilà, dit-elle en souriant.

- Euh, merci, Granger.

Le regard de Drago rencontra le sien et, tout à coup, tout se mit à tourner. « Merci » sonnait bien, quand ça venait des lèvres du jeune homme.

- Pas de quoi. Je remets ça à l'intérieur, fit Hermione, fière d'elle-même.

Elle prit le mode d'emploi des mains de Lucky et ouvrit la boîte à gants. Quand elle posa le livret, une photo tomba du casier. La fille de la photo avait les cheveux aussi noirs que la nuit, et une peau pâle et parfaite. Hermione l'avait déjà vue. Bien des mois plus tôt, sur le chemin de Traverse.

- Qui est-ce ? lâcha Hermione.

Drago lui arracha l'image des mains, des nuages passant devant ses yeux. Elle avait vue sur l'arrière de la photo. Il y avait un mot griffonné dessus : « Bel anniversaire de mariage, chéri. »

C'était elle, mais ce n'était pas possible. Elle était censée être morte. La tension de l'air était pesante, palpable. Hermione ne voulait plus que s'échapper.

- Je suis désolée. Je devrais..., marmonna-t-elle avant de se précipiter à l'extérieur du garage.

Maintenant, c'était Hermione qui se cachait dans sa chambre. Il y avait un mystère de plus à élucider. Est-ce que Drago lui avait menti à propos de la mort d'Astoria ? Non. Elle n'arrivait pas à y croire. Alors qui était-ce, ce jour-là, sur le chemin de Traverse ? Sérieusement, que se passait-il ?

Hermione soupira, l'épuisement s'installant dans son corps. Elle ne pouvait plus réfléchir.

Elle s'assit sur le rebord de la fenêtre, appuyée contre un oreiller, et fixa l'horloge magique qu'elle avait dessinée sur la vitre embuée. Il s'était mis à neiger quand elle entendit quelqu'un frapper à la porte.

- Je peux entrer ? demanda une voix trainante.

Drago. Elle passa ses doigts dans ses cheveux pour les peigner, et ajusta le bas de pyjama en soie et le haut en dentelle qu'elle portait.

Mais Hermione, qu'est-ce que tu fais ?

- Oui, vas-y, répondit-elle finalement.

Drago se glissa dans la chambre par la porte qu'il referma calmement derrière lui. Il s'était rasé et ne portait une fois de plus que son pantalon de pyjama, et pas de T-shirt. Il fallait qu'il arrête de s'habiller comme ça.

- Désolée pour tout à l'heure, dit-elle.

Leurs regards se croisèrent alors qu'il s'asseyait à côté d'elle sur le rebord de la fenêtre.

- Il semble que je n'arrive pas à..., continua-t-elle. Enfin, je trouve toujours un moyen de faire empirer les choses.

Elle détourna le regard.

- De quoi tu parles ? Tu as réparé l'alternateur. Lucky y travaillait depuis aussi longtemps que je peux me souvenir.

Drago tenta de sourire, mais elle pouvait lire la douleur sur son visage. La douleur qui était toujours là.

- Tu sais de quoi je parle, dit-elle dans un souffle.

- Ce n'était pas de ta faute.

Drago soupira, puis montra du doigt l'horloge sur la fenêtre.

- C'est quoi, ça ?

- Euh... Je l'ai juste dessinée avec mon doigt... Puis je lui ai lancé un sort.

Les petites aiguilles bougeaient en rythme.

- Je l'aime bien, dit-il.

Hermione laissa échapper un long soupir et regarda par la fenêtre.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? lui demanda-t-il, la voix un peu tremblante.

Il était évident qu'il ne passait pas trop de temps à demander aux gens comment ils se sentaient. Du moins pas depuis longtemps. Hermione n'aurait probablement rien dû lui dire, mais elle ne pouvait plus s'en empêcher. Elle se sentait seule.

- C'est juste que... Je pense à...

- A Weasley ?

- A Harry, en fait, avoua-t-elle.

- Ah. Je ne savais pas que tous les deux vous...

- Non. Il est avec Ginny. Ils sont probablement mariés, à l'heure qu'il est.

Hermione n'y avait pas pensé. Après que tout le monde soit parti à sa recherche et soit revenu sans nouvelles, ils avaient dû continuer à vivre leur vie.

- La petite belette ?

- Drago.

Elle se sentit se rapprocher de lui, et respira son odeur chaude, la chaleur de sa peau si proche d'elle. Hermione ferma les yeux en essayant de tout refouler pour l'empêcher de ressentir cela envers la personne qu'auparavant elle détestait.

- Désolé. Je ne savais simplement pas que tu aimais l'élu de cette manière.

Sa voix était teintée d'humour, mais celui-ci disparut. Rien ne semblait amusant, tout à coup.

- Ce n'est pas le cas. Je ne sais pas. C'est mon meilleur ami.

Oui. Harry était son meilleur ami. Il était gentil, courageux et adorable. Il avait toujours été là pour elle. Elle continua :

- Franchement ?

- Non, Granger. Raconte-moi des mensonges.

Il se pencha assez pour que ses cheveux frôlent le front d'Hermione. Des frissons lui parcoururent le corps.

Pense à autre chose. Peu importe quoi.

- Il y a eu un temps, en septième année, quand on cherchait les horcruxes... Ron est parti. Et je me demande encore... si j'avais embrassé Harry, ce soir-là, à quoi ressemblerait ma vie, aujourd'hui. Je ne serais sûrement pas ici.

Elle ne serait sûrement pas là. Avec Drago. Si près de lui, de son torse nu où, si elle se penchait, elle pourrait entendre les battements de son cœur.

Arrête ça. Arrête ça, Hermione.

Drago ne voulait pas qu'elle soit là. Il espérait qu'elle soit autre part, peu importe où. Elle devait se souvenir de ça. Se souvenir qu'elle ne voulait pas être là non plus. Hermione resta là à regarder Drago, pensant à toutes les choses qu'il n'aimait pas chez elle.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-il.

La façon dont elle le fixait avait dû être très visible.

- J'attends, répliqua-t-elle.

Hermione voulait faire une blague, mais les mots sonnèrent comme si elle était abattue.

- Tu attends quoi ?

- « Merlin, Granger, pourquoi est-ce que tu n'as pas embrassé Potter ? Je n'aurais pas à vivre avec toi et ton comportement de sang-de-bourbe », fit-elle en imitant Drago.

Ce devait être ce qu'il pensait, non ?

- C'est comme ça que tu me vois ?

Les yeux de Drago la regardaient intensément, comme s'ils était pleins d'une magie qui pouvait la brûler de l'intérieur.

- Des fois, dit-elle avant d'avaler sa salive et de sentir la chaleur l'envahir.

- Pas maintenant ? murmura Drago, la voix enrouée.

- Non. Pas maintenant.

Le regard de Drago vira vers la fenêtre. Vers l'horloge d'Hermione.

- Regarde, dit-il.

- Quoi ?

- Il est minuit.

Il se tourna vers elle et lui sourit. D'un vrai sourire. Sa main s'éleva lentement pour venir se poser sur la joue d'Hermione ; le bout de ses doigts froids et durs attaqua sa joue comme des flocons de neige. Drago commença à se pencher. Ce n'était pas le sortilège. Ni l'adrénaline. Ni la peur. Ni même l'amour.

C'était autre chose. Quelque chose de tout aussi fort. Peut-être même de plus fort.

Alors que les lèvres de Drago se posaient doucement sur les siennes, ouvrant sa bouche avec la sienne, bougeant lentement, en rythme, Hermione sut exactement ce que c'était.

Le pardon.

- Bonne année, Drago.

- Bonne année, Hermione.


NOTE

Ne me regardez pas comme ça ! Je sais très bien que j'ai été horrible et que je vous ai fait attendre trois semaines ! J'espère que ce chapitre vous aura donné envie de me pardonner. J'espère aussi ne pas mettre autant de temps pour les prochains chapitres, mais je n'aimerais pas vous promettre quelque chose qui pourrait se révéler être faux. Pour ma défense, je suis très occupée, et j'ai passé du temps à écrire des OS plutôt qu'à traduire mes fics. *sourire angélique*

Guest : Merci d'être toujours là pour reviewer ! Est-ce que ce chapitre t'a plu ?

Clem : Ahhh, ton enthousiasme me manque, j'espère que tu vas bientôt reviewer :D J'ai besoin de tonus ^^ J'espère cependant que, contrairement à ce que tu me disais dans ta review, ta vie ne dépendait pas de ce chapitre, sinon je n'ai pas été très gentille. Alors, alors, ta réaction ?

Merci encore à toutes de lire cette traduction ! A bientôt,

~ Delfine