Chapitre 11 : Le soleil noir
"Lettre ouverte à Harry Potter, par Mr le Ministre Rufus Scrimgeour.
Mr Potter,
Pendant plus de deux mois nous avons respecté votre silence. Il est compréhensible que vous préfériez rester isolé de tout remous politique.
Cependant nos excuses étaient sincères et elles attendaient une réponse. Il est indispensable que vous vous manifestiez au plus vite. Il s'agit là d'une urgence, une affaire personnelle qui ne regarde que vous et le Ministère et qui doit être traitée dans les plus brefs délais si nous ne voulons pas que la situation dégénère.
J'ose assumer que vous, Mr Potter, comprenez l'insistance derrière ma requête. Il s'agit en réalité d'une convocation officielle. Si vous failliez à y répondre d'ici la fin du mois d'août, vous serez recherché par le Ministère et amené, de gré ou de force, face à moi. Je regrette vivement de devoir recourir à la menace, mais si elle est nécessaire qu'il en soit ainsi. Il serait préférable que vous reveniez à la raison et choisissiez de vous entourer des bons éléments.
Dans l'espoir de ne pas être obligé à franchir ce pas extrême, je vous prie d'agréer, Mr Potter, l'assurance de mon plus profond respect."
"Tu vas lui répondre ?" demanda Regulus à Arès.
Ce dernier haussa les épaules. "Pourquoi ferais-je une chose pareille ? Il est évident qu'il ne veut de moi que pour une chose : pour battre Voldemort. Il le dit même à demi-mot dans sa lettre."
Ils étaient installés autour de la Gazette, dans le salon des appartements de Regulus. C'était une soirée d'été et ils en profitaient pour discuter tranquillement.
"Je suis content" lâcha soudainement son père. "Depuis quelques temps tu sembles changé. Tu parais plus serein, un peu comme si tu avais enfin décidé quoi faire."
Arès lui fit un sourire. "C'est parce que j'ai choisi, en effet." Il lui révéla ses plans de construire son propre camp et de se chercher des alliés dignes de ce nom. Quand il mentionna Dimitri, le visage de Regulus changea de couleur.
"Tu veux faire alliance avec Krol ?" s'étonna-t-il.
"Pourquoi réagis-tu comme ça ? Il te fait peur ?"
"Eh bien, c'est un garçon un peu spécial" dit-il avec hésitation. "Enfin, il est certainement suffisamment puissant pour devenir un bon allié. Tu es sûr de ce que tu fais ?"
"Ne t'inquiète pas, je sais pertinemment où je vais" le rassura Arès.
En tout cas, il l'espérait. En quelques semaines il avait tourné et retourné dans tous les sens les propos de Krol et il en était venu à la conclusion qu'une alliance avec lui serait bénéfique. Jusqu'à ce qu'il ait perdu son utilité et qu'Arès soit capable de diriger seul son propre camp…
En tout cas il faisait tout pour le devenir. Avec le professeur Lennart ils venaient de passer le cap de l'usage de la magie sans baguette pendant les entraînements et tout changea très vite. Pour la première fois, Arès expérimenta les duels en étant nimbé de sa magie et il découvrit qu'elle améliorait ses capacités de façon spectaculaire.
Entouré par un halo variant de l'argenté le plus brillant aux plus sombres des ombres noires teintées de violet selon sa concentration, ses sens paraissaient décuplés. Quand ils s'entraînaient avec une épée, il prévoyait à l'avance chacun des gestes de son professeur et arrivait à se déplacer beaucoup plus vite. Quand ils en étaient aux baguettes, il sentait la magie du sort de son adversaire arriver et pouvait prévoir exactement comment se défendre sans même connaître le maléfice utilisé. Il laissait la Magie suppurer de tous ses pores et l'envahir entièrement et elle le remplissait d'un calme détachement. Elle le grisait.
Lennart fut très surpris au début de voir à quel point il avait progressé. Il s'intéressa brusquement de nouveau à cette mystérieuse magie sans baguette et insista pour faire des pauses pour prendre des notes pour sa recherche personnelle. Arès le laissait faire, après tout s'il trouvait quelque chose c'est à lui que ça profiterait en premier.
Ces entraînements devenaient de plus en plus longs et surtout, surtout, de plus en plus fatiguants. Au moins, Arès savait qu'il progressait. Dès qu'il se drapait de magie il pouvait vaincre son professeur, juste en utilisant sa baguette, sans même faire de la magie sans baguette pour de vrai. Ça restait difficile mais c'était faisable : il pouvait battre un sorcier expérimenté qui avait vécu une guerre. C'était bon signe.
Il fit une nouvelle découverte lors d'un entraînement avec l'épée, la baguette et en étant concentré dans sa magie. Sa magie sans baguette pouvait s'exprimer sans une main pour la diriger ; dans ces cas-là elle manquait quelquefois de précision. Mais elle pouvait aussi passer par l'épée. Grâce à cela il put utiliser son épée de façon très efficace et en réalité ce fut la première fois où il mit son professeur non pas seulement en position de défaite mais carrément par terre.
En plus de tout cela il lisait des livres conseillés par Lennart et son père, dans le premier cas pour agrandir encore ses connaissances en Magie Noire et dans le second pour avancer en Légilimancie.
Le quinze août, il se rendit avec Regulus dans l'Amsterdam sorcier pour y faire ses emplettes. Ils retrouvèrent au point de rendez-vous indiqué Lyra et Draco. Ceux-ci étaient accompagnés de leurs pères.
Dès qu'il le vit approcher, Lucius le fixa intensément.
"Bonjour Arès" le salua-t-il en le détaillant d'un regard avide, avant même d'avoir accordé une once d'attention à Regulus. "Tu as bien grandi."
Arès ne se laissa pas impressionner et fit une poignée de main ordinaire sans sourciller. Il fit la même chose pour Isaac Thompson qui, lui, avait les yeux fixés sur Draco.
Il comprit aussitôt que quelque chose n'était pas normal. Lyra l'étreignit brièvement et il la sentit trembler entre ses bras. Draco le salua avec un sourire, ses yeux trahissant un trouble.
Le froid planant ne se dissipa même pas lorsqu'ils se séparèrent de leurs parents pour écumer les boutiques entre eux. Arès fit comme si de rien n'était ; il blagua avec Draco et écouta avec patience ses longues plaintes sur le monde entier ; il échangea des regards de connivence avec Lyra et discuta de choses et d'autres. Mais les deux sorciers refusaient de parler entre eux et s'évitaient soigneusement.
Au bout d'une heure, n'y tenant plus, Arès se débrouilla pour entraîner Lyra dans un recoin de magasin de vêtements alors que Draco était en plein essayage et il demanda à son amie ce qui se passait.
"Le mariage !" souffla-t-elle avec un ton désespéré, "c'est ça qui se passe !"
"Quel mariage ?" l'interrogea-t-il en fronçant les sourcils.
"Le mien !" siffla Lyra. "Et parle moins fort, il pourrait entendre."
"D'accord, tu m'as perdu, là."
Elle lui jeta un regard noir. "Je suis la fiancée de Draco."
"Quoi ?!" s'exclama Arès.
"Nos parents en ont parlé des années dans notre dos et ils viennent de nous l'annoncer" soupira-t-elle en hochant la tête.
Il savait que dans le monde sorcier, on pratiquait le mariage arrangé dans les anciennes familles de sorcier de façon à conserver un sang le plus pur possible. Enfin, depuis le dernier siècle, il n'y avait presque plus que les mages noirs à faire cela. Il y avait un gouffre entre lire dans un livre que cette pratique existait et en être témoin au travers des gens de son entourage.
"Toi qui es d'accord avec l'idéologie des Sang-purs, tu dois être contente, non ?" fit-il remarquer. "Il y a peu de partis aussi intéressants que celui d'un Malfoy."
"Mais c'est Draco !" protesta-t-elle. "On est amis depuis qu'on sait marcher. On ne peut pas nous marier, c'est trop injuste !"
A ce moment Draco se dirigea vers eux, drapé dans une nouvelle robe de soirée qu'on ajustait à sa taille, comme en témoignaient les épingles plantées sur les côtés. Il parut beau aux yeux d'Arès avec ces vêtements bleu sombre et ce visage expressif.
"Qu'est-ce que vous manigancez, tous les deux ?" demanda-t-il d'un ton soupçonneux.
"Rien qui te regarde" cracha Lyra en marchant fièrement vers l'autre bout de la boutique.
Arès retint un sourire en voyant qu'elle s'était comporté exactement comme l'aurait fait Gunhild et pas du tout comme la 'douce Lyra'.
"Décidément, je ne comprendrai jamais cette fille" se plaignit Draco.
-OoO-
"Tu savais que Lyra et Draco étaient promis l'un à l'autre ?" demanda nonchalamment Arès ce soir-là à son père.
"Je l'ai appris ce midi de la bouche de Lucius et d'Isaac. Ils étaient ravis."
"Ah" fit simplement Arès. Après quelques minutes de silence, il prit la parole de nouveau. "La famille Black aussi pratique les mariages arrangés ou non ?"
"Je te vois venir" sourit Regulus. "Bien sûr que oui, la famille Black est très attachée à cette pratique..."
Arès sentit son cœur sombrer dans sa poitrine. Ainsi, lui aussi allait être marié de force ? L'idée de passer le reste de sa vie avec une femme qu'il n'aimait pas et qu'il n'avait pas choisi le révulsait profondément. C'était mettre sa liberté en doute et ça, il ne le supportait pas.
"… mais comme tu le vois," poursuivit son père en se désignant d'un geste de la main, "elle est tombée en décrépitude. Ne t'inquiète pas, je ne te ferais pas subir ça. Tu choisiras toi-même la personne avec qui tu t'uniras. Ta seule obligation est de fournir un héritier, de préférence un garçon, pour transmettre le nom et le sang des Black ; bien que tu ne sois pas de Sang-pur tu t'en rapproches énormément comme tu es à la fois un Potter et un Black et c'est pour ça qu'il faut que tu donnes un héritier."
Cela soulagea Arès. Il ne songeait vraiment pas du tout au mariage maintenant. Il n'avait que quinze ans, par les moustaches de Morgane ! Et la seule personne qu'il avait aimé était…
Oui, on sait, elle est morte. Va de l'avant, bon sang !
Il serra les poings, plantant ses ongles dans la peau de ses paumes. 'Tais-toi !'
"Malheureusement, je n'ai pas pu avoir d'enfants" développa Regulus. "J'ai dû me réfugier ici alors que j'avais à peine fini mes études quand le Seigneur des Ténèbres a disparu. Il est dur de faire sa vie dans une école. Mais maintenant, je t'ai toi," finit-il en passant son bras autour des épaules de son fils adoptif.
Arès sourit. Il s'était vraiment attaché au sorcier depuis ces dernières années et il n'imaginait plus son monde sans lui. Même si faire partie de la famille Black avait ses désavantages, comme être parent avec les Lestrange ou encore les Malfoy… D'ailleurs, il se rappela du comportement de Lucius ce matin-là, comment il l'avait dévisagé comme un affamé. Quelque chose lui échappait.
"J'ai trouvé le comportement de Mr Malfoy assez étrange" remarqua-t-il à haute voix.
Regulus se sépara de lui, clairement mis mal à l'aise par le nouveau sujet de discussion. "Ah, vraiment ?"
Arès soupira. "Je ne suis pas idiot, tu sais. Tu peux me dire ce qui se trame."
Son père hésita, puis se tourna avec sérieux face à lui. "C'est les Mangemorts. Ils sont très intrigués et plutôt impressionnés par le coup de force que tu as réussi au Ministère. Tu as réussi à leur échapper malgré la présence de leur Maître et tu as aussi joué à la perfection ton imposture. Tu es devenu leur sujet de conversation favori quand ils sont entre eux."
La mâchoire d'Arès se décrocha sous la surprise. "Vraiment ? Tous les Mangemorts ?" demanda-t-il quand il eut retrouvé ses esprits.
"La plupart" acquiesça Regulus. "Bellatrix, bien entendu, est furieuse et pense que tu n'es qu'un gamin impertinent qui doit être écrasé le plus vite possible. Seuls les Mangemorts de l'Elite savent qui tu es réellement et ceux-là me demandent de tes nouvelles, en tant qu'Arès Black bien entendu. Lucius était tout particulièrement intéressé…"
"Voldemort doit être enragé" fit-il remarquer.
"Pas réellement" sourit Regulus. "Il est intrigué lui aussi. Je crois que tu t'es rendu compte qu'il n'a même pas cherché à te faire du mal quand il t'avait à sa merci ?"
Les yeux d'Arès s'écarquillèrent. Il n'avait jamais vu les choses sous cet angle ! Mais en effet, Voldemort s'était contenté de l'immobiliser pour lui subtiliser la prophétie. Et pourquoi l'aurait-il fait éclater devant tout le monde s'il voulait vraiment la peau d'Harry Potter ? Il l'aurait prise et l'aurait écouté lorsqu'il aurait été seul dans ce cas. Ses intentions n'étaient pas claires du tout.
"Qu'est-ce qu'il me veut ?" demanda-t-il la gorge sèche à son père.
"La même chose que depuis quatre ans, je crois. Il veut te rallier à lui."
"Mais !" s'écria Arès. "Ça n'a aucun sens ! Je suis prophétisé comme cela qui va le détruire, comment peut-il vouloir me faire entrer dans son camp ?!"
"J'y ai réfléchi" répondit son père. "Je crois qu'il a interprété la prophétie en regard des faits qui ont été constatés - selon lesquels tu es un mage noir puissant et que tu sembles t'entraîner en secret loin du monde britannique. Peut-être pense-t-il que la prophétie dit que tu es suffisamment fort pour le tuer, pas forcément que tu vas le faire. Dans ce cas, il est évident qu'il préfère que tu sois à ses côtés plutôt qu'à ceux de Dumbledore."
Dans la tête d'Arès, les morceaux se recollaient. Il revoyait Voldemort quémander des nouvelles d'Harry Potter à ses Mangemorts avec impatience, il se rappela que Lucius avait dit que le Seigneur des Ténèbres était 'intéressé' par lui… Il eut l'impression de sentir à nouveau le corps du plus grand mage noir de tous les temps collé au sien, sa poigne froide et leurs magies qui crépitaient autour d'eux et il frissonna. S'il avait eu un choc les premières fois qu'il avait senti la magie de Krol en l'approchant de près, là c'était totalement différent. Il s'était senti à la fois bien et mal dans les bras de Voldemort, rendu presque ivre par le pouvoir qu'il sentait à quelques millimètres de sa peau… Rien qu'à y repenser il sentit la chair de poule le gagner. Et il avait soufflé dans son cou. A ce moment, il avait senti quelque chose d'inconnu remuer en lui, quelque chose qui l'avait fait frissonner… Arès se sentit rougir, gêné par ses pensées. C'était le Seigneur des Ténèbres, son ennemi potentiel le plus dangereux ; il ne devait pas le prendre à la légère !
A quoi jouait-il ? Que cherchait-il réellement ? Il avait fait en sorte que beaucoup de monde soit au courant de la prophétie, y compris ses Mangemorts, Dumbledore et l'Ordre du Phénix et aussi le ministre anglais.
Il regarda à nouveau son père. "Pourquoi a-t-il explosé la prophétie devant tout le monde ?"
'"Je crois qu'il est persuadé que tu ne rejoindras jamais le camp des mages blancs - et pour cause. Il a dû faire ça pour les faire désespérer en leur montrant que leur prétendu Sauveur est vraiment l'Elu mais en se disant qu'ils réaliseront que jamais tu ne les aideras."
"Il a l'air bien sûr de lui" fit remarquer Arès.
"C'est le Seigneur des Ténèbres. Il a toujours été comme cela. En tout cas le fait qu'ils connaissent le contenu de la prophétie augmente la curiosité des Mangemorts envers toi. Tu y es mentionné comme étant l'égal du Maître…"
'Le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal'… Oui, son père avait raison. Ce qui n'avait été qu'une simple intuition jusqu'à présent dans son esprit devenait une certitude : Voldemort n'était pas tout à fait son ennemi, et les Mangemorts non plus… Ils semblaient penser qu'il avait une place parmi eux ce qui mettait la situation en statu quo.
Intrigué par ce nouveau développement, il décida d'ouvrir son esprit pour accueillir de nouvelles visions et savoir ce que préparait Voldemort. Depuis plusieurs mois il gardait ses boucliers d'Occlumancie à leur plus haut degré de sécurité en permanence afin de dormir tranquille mais aussi d'être sûr que le lien ne se retourne pas contre lui. Il avait l'intuition que s'il avait trop souvent des visions le Seigneur des Ténèbres le remarquerait et le verrait, lui. Il ne savait pas si c'était possible mais il préférait ne pas le risquer.
C'est de cette manière que quelques heures plus tard il tomba dans un gouffre de ténèbres avec de se retrouver dans la peau du Seigneur des Ténèbres. Il marchait autour d'une immense forteresse de pierre noire, une prison, semblait-il, vu son aspect lugubre et le champ magnétique qui l'entourait - il y avait tellement de charmes de protection que l'air vibrait doucement, comme lorsqu'il fait très chaud et que l'atmosphère se dilate. Il faisait nuit et pas très chaud ; il était au milieu de montagnes rocheuses, assez haut au-dessus d'une vallée encaissée. Le vent soufflait fortement, faisant voltiger sa robe foncée autour de lui.
Tous les deux ou trois pas il posait la main à plat sur le champ de protections qui se mettait à grésiller. Il recherchait une faille, même minuscule, pour se faufiler dans la forteresse. L'homme là-haut savait ce qu'il en était de la Baguette de Sureau, de ça il en était certain. Selon les rumeurs des bas-fonds d'Amsterdam, le vieux Gregorovitch l'avait eue à un moment puis cette personne lui avait volée. On disait que la propriété de la Baguette passait d'un homme à l'autre seulement quand il venait à mourir. S'assurer d'avoir l'entière propriété de la baguette permettait de l'utiliser à son plein potentiel et donc d'être invincible. Pourtant, Grindelwald avait dû trouver une solution et l'avait simplement dérobée sans tuer le vieux fabricant de baguettes.
Mais les protections n'avaient aucune faille. Nurmengard était imprenable. Furieux d'échouer à cette nouvelle tentative, il s'éleva dans le ciel, les yeux fixés sur la plus haute tour, avant de disparaître dans un 'crack' assourdissant.
Arès ouvrit les yeux alors qu'il se réveillait en sursaut. Les pensées de Voldemort voltigeaient encore dans sa tête. Un peu inquiet d'avoir eu une connexion si intime avec le mage noir, il remit aussitôt ses boucliers mentaux à leur niveau le plus haut.
Le Seigneur des Ténèbres semblait toujours à la recherche des Reliques de la Mort, et en particulier de la baguette réputée comme imbattable. Vu l'importance qu'il accordait à cette recherche, Arès se demandait si lui aussi ne devrait pas se préoccuper des Reliques. Selon la légende, elles rendaient leur propriétaire 'maître de la mort', un sacré pouvoir dans le cadre d'une guerre. Le mystère était la façon dont elles agissaient : comment une simple cape d'invisibilité pouvait conférer un tel pouvoir ? Peut-être qu'elle était spéciale.
Et puis il y avait cette forteresse et son habitant qui avait été en possession de la Baguette de Sureau. Nurmengard, c'est comme ça que l'avait appelé Voldemort. Ça ne pouvait désigner qu'un endroit : la prison bâtie par Grindelwald et où il était retenu prisonnier depuis cinquante ans, comble de l'ironie. Ainsi, Grindelwald avait eu la baguette… Il se rappelait que dans les souvenirs de Bathilda Bagshot Dumbledore et l'ancien Seigneur des Ténèbres, jeunes amants, avaient partagé leur ambition de remettre les Moldus à leur place mais aussi leur désir d'obtenir les Reliques. Il semblait que Grindelwald avait réussi. Un éclat de rire sarcastique s'échappa des lèvres d'Arès alors qu'il réalisait que la prétendue baguette imbattable avait été vaincue par Dumbledore.
Dumbledore avait donc eu la Baguette de Sureau à un moment donné. La question était : l'avait-il gardée ou bien l'avait-il mise en sûreté ? Le seul moyen de le savoir était de voir le directeur de Poudlard en personne et donc de s'y déplacer.
En tout cas il était devenu impossible pour lui de se rendre en Grande Bretagne pour suivre la trace des Reliques, suite à un article parut fin août dans la Gazette du Sorcier.
"HARRY POTTER RECHERCHE PAR LES AURORS
Un bulletin du Ministère nous a appris qu'Harry Potter était dès à présent recherché pour manquement à une convocation et pour vol. Cette dernière charge provoque la stupeur du monde sorcier. Celui qu'on désigne depuis bientôt un an sous le surnom d'Elu aurait-il vraiment volé quelque chose ? Quoi qu'il en soit, le jeune Potter est maintenant un hors-la-loi en Grande Bretagne. Nous recommandons aux sorciers qui…"
L'idée qu'on veuille le punir pour avoir pris la prophétie lui semblait absurde. Il ne l'avait pas volé, elle le concernait ! Il était dans son droit !
Enfin, à présent, il avait un ministère sur le dos. Il soupira. 'Et dire qu'Albus Dumbledore n'a encore rien fait…'
-OoO-
La veille de la rentrée scolaire, il vainquit Lennart en duel sorcier simple, baguette contre baguette. Son professeur semblait plutôt content, bien qu'il ait subi quelques maléfices assez vicieux.
"Je n'ai plus grand-chose à t'apprendre en duel, Black" déclara-t-il alors. "Ta technique est déjà suffisamment développée."
"Ce n'est pas suffisant" protesta Arès. "Je dois être capable de me battre contre Voldemort seul à seul."
Il fut alors décidé que si Lennart seul n'était pas un adversaire suffisant pour continuer à mettre Arès en difficulté, Regulus se joindrait à eux. Il était impatient de voir ce que ça donnerait, il avait adoré le style de son père au Ministère de la Magie.
Mais les cours reprirent et ils durent réduire leurs entraînements à des périodes de deux heures tous les deux jours. Cette année, Arès était décidé à mettre des priorités sur ses activités et il n'était pas question de négliger ses études. Il choisit d'abandonner le Quidditch, ce qui lui attira les foudres de quelques membres du Foyer. Il n'y pouvait rien s'il avait beaucoup de choses à faire. En tout cas, il regretterait beaucoup les vols réguliers qu'il faisait les années précédentes et aussi les matchs contre Krum qui étaient de véritables challenges.
Parmi ses nombreuses préoccupations extra-scolaires figurait toujours l'idée de créer son propre camp. Il avait déjà des façons de procéder en tête, d'ailleurs il avait commencé à préparer le terrain cet été. Il ne restait plus qu'à se lancer.
Dès le premier jour il réunit ses six amis dans une salle de classe vide, la protégea avec de nombreux charmes pendant qu'ils s'installaient, intrigués par son air solennel. Il s'assit sur le bureau du professeur, face à eux.
"Je voudrais m'excuser auprès de vous car j'ai menti" dit-il de but en blanc. Il ne leur laissa pas le temps de réagir. "Je vous ai utilisé de façon horrible en mai dernier pour aller récupérer la prophétie, je suis toujours resté très secret avec vous et je crois qu'il est temps que je vous révèle certaines choses. Tout d'abord, je m'entraîne depuis des années et de façon plus intensive depuis quelques mois. Il était tout à fait injuste de ma part de vous mettre en danger alors que vous n'avez pas ces années d'entraînements."
"Nous ne sommes pas des incompétents" protesta Anvald. "C'est vrai que tu connais pas mal de maléfices de plus que nous mais…"
"Je n'ai jamais dit ça non plus" corrigea-t-il. "Je dis juste que peut-être que si c'était à refaire je vous aurai proposé de s'entraîner ensemble plusieurs mois à l'avance. Ça aurait pu nous éviter une catastrophe." Un malaise plana soudain à l'évocation à mi-mot de la mort de Dhyste. "Mais je m'égare. Je voulais vous révéler quelque chose, à condition que vous teniez votre langue. Promettez-moi de ne le répéter à personne." Ils hochèrent la tête. "Bien. En revenant du Ministère, aucun de vous ne m'a demandé ce que disait la prophétie."
"On te fait confiance" expliqua Gunhild. "On est venu pour t'aider, pas pour avoir notre part du butin."
Malvina renifla de dédain. Elle devait au contraire être très fâchée de ne rien avoir en retour, en bonne Loki qu'elle était.
"Voilà ce qu'elle disait : qu'Harry Potter est le seul qui pourra vaincre Voldemort et qu'il est son égal."
Il observa soigneusement les réactions du groupe. Malvina avait un air calculateur, sa sœur Senalda ne montra aucune émotion et conserva son parfait masque de Sang-pur. Anvald écarquilla les yeux de surprise et Gunhild jura "Qu'un Ronflack Cornu baise Merlin par les oreilles". Lyra lui jeta un regard de connivence et Ludwig se perdit dans ses pensées.
La précaution qu'il avait pris en ne se désignant pas directement était peut-être un peu inutile, il l'avouait, mais il préférait ne rien laisser au hasard et ne faire confiance à personne. Seule Lyra était délivrée du charme de protection de l'adoption ; lorsqu'il lui avait parlé après leur retour du Ministère il n'avait pas fait attention à ce détail. De toute façon, il savait qu'il pouvait faire confiance à Lyra. Il lui avait tout raconté, même son lien avec Voldemort. Et elle était une Occlumens suffisamment douée pour cacher ces informations.
"Ça ne m'étonne pas" déclara finalement Ludwig. "Tu es quelqu'un de très puissant, Arès. Je me demande ce que tu vas faire quand il te faudra choisir un camp."
"Maintenant" annonça Arès. "C'est maintenant que ça se passe. La question est : me suivrez-vous ?"
Il retint un rictus devant le silence qui s'installait, les autres le jaugeant du regard, essayant probablement de déterminer s'il était sérieux ou non.
"Je ne choisis pas réellement de camp tout de suite" les rassura-t-il. "Je me mets juste en position. Ma proposition en ce qui vous concerne est simple : je veux vous aider à vous entraîner en vue de la guerre. Je sais que bon nombre d'entre vous a prévu de devenir Mangemort mais là, je ne vous demande pas de s'engager durablement, je vous parle de se préparer à entrer dans la danse avec un minimum d'expérience pour que les adultes nous prennent au sérieux."
"Tu ne comptes pas te soumettre au Seigneur des Ténèbres ?" soupçonna Ludwig.
"Je ne me soumettrai à personne" confirma Arès. "Je ne sais pas encore si je serai contre lui ou avec lui, en tout cas si je le rejoins je ferai en sorte d'entrer par la grande porte."
"Comme son allié" observa Anvald.
Il hocha la tête. "Tout à fait. En tout cas, mon but est de me battre pour les mages noirs. Choisir le camp auquel je me rattacherai tiendra plus d'une démarche stratégique qu'autre chose."
Malvina prit la parole, ce qui était rare - en règle générale, elle lançait des piques sarcastiques de temps à autre et restait silencieuse entre deux. "Il faudra plusieurs années avant que tu puisses prétendre égaler Voldemort. Sans vouloir te vexer," compléta-t-elle avec un sourire mauvais, "je reconnais que tu es doué mais tu n'as pas l'expérience du Seigneur des Ténèbres ni une armée à ton service."
"Pour l'instant" répondit Arès. "Mais dans quelques temps il sera obligé de me considérer comme son égal, qu'on soit dans le même camp ou non."
"Je préfère largement te suivre plutôt que de devenir Mangemort" assura Senalda. Sa sœur la regarda comme s'il venait de lui pousser une seconde tête. Senalda rougit un peu mais poursuivit, imperturbable. "Même si je dois décevoir mes parents, je suis persuadé que tu défendras mieux les droits des mages noirs."
"Le Seigneur des Ténèbres est un peu fou, non ?" demanda Anvald.
"Nous ne sommes pas là pour parler de lui" s'impatienta Arès. "Nous sommes là simplement pour parler de séances d'entraînement en groupe."
Il ne savait pas pourquoi il s'énervait soudain. Entendre ses amis déblatérer sur la santé mentale de Voldemort lui était insupportable. Après tout, il était le seul à pouvoir le juger, comme il lui arrivait de faire des séjours dans son esprit. Et il n'avait pas l'impression que Voldemort était fou - en tout cas, pas dans le sens où l'entendait Anvald. Il est vrai qu'il abusait de la torture quand il était mécontent de ses Mangemorts mais jamais il ne l'avait vu lancer de Doloris de façon injustifiée. Le mot qui conviendrait le mieux pour le décrire serait peut-être 'génie' ; là encore, de façon différente que Ludwig. Le Seigneur des Ténèbres avait une idée en tête et faisait tout pour la réaliser - après, ses méthodes n'étaient pas orthodoxes du tout, et d'ailleurs c'était ça qui déplaisait le plus à Arès.
Tout le monde était enthousiasmé par les séances d'entraînement, même Malvina. Pourtant, avec la façon dont Arès avait formulé sa proposition, il laissait sous-entendre à mi-mot qu'il les utiliserait de nouveau, comme il l'avait fait en mai. S'ensuivit une bonne demi-heure de discussion pour que tout le monde se mette d'accord sur les horaires. Ce n'était pas une tâche facile surtout avec Anvald qui faisait du Quidditch et qui, en plus, avec Senalda, suivait un entraînement secret dans son Foyer. Au final ils réussirent à se mettre d'accord pour se rencontrer tous les deux jours le matin, avant d'aller en cours : les mardis, jeudis, vendredis et samedis matins.
C'est avec une sensation d'achèvement qu'Arès se sépara d'eux. La première partie de son plan avait été mise en action. Maintenant, les choses sérieuses commençaient.
Il se rendit chez son père pour récupérer un livre qu'il avait oublié lors de son déménagement la veille. Il fut légèrement surpris de le trouver assis confortablement dans un fauteuil en train de discuter avec Lennart. Sans hésiter, il s'installa avec eux, un petit air machiavélique sur le visage.
"Alors comme ça, vous n'avez pas le temps de m'entraîner mais vous avez le temps de bavasser" remarqua-t-il d'un ton traînant.
"Surveille ton langage, Black" grogna Lennart avec hostilité.
"Vous êtes en colère contre moi ?" dit Arès, feignant l'affliction. "Quel vilain bonhomme vous faites…"
Regulus poussa un soupir exaspéré, ce qui n'empêcha pas Arès d'adresser un sourire narquois à son professeur qui maintint sa façade. Son amusement pouvait se lire dans ses yeux - enfin, Arès pouvait le lire mais peu d'élèves connaissaient si bien Lennart.
Celui-ci se leva. "Eh bien, bonne soirée, Regulus. Black, reposez-vous, vous avez une mine horrible."
"Restez, professeur" demanda Arès, sans relever la dernière remarque. "J'ai besoin de votre avis sur quelque chose."
Il se rassit à contrecœur. "Qu'avez-vous encore fait ?" soupira-t-il.
"Rien pour l'instant" dit Arès d'une manière enjouée. "Mais admettons qu'un groupe d'étudiants veuille s'entraîner en duel et en magie noire en dehors des cours. Pourraient-ils utiliser, par tout hasard, la grande salle des cachots ? C'est pour que tout se passe de manière confidentielle" confia-t-il en chuchotant, ce qui était tout à fait inutile car Regulus aussi avait entendu.
Les yeux de Lennart se réduisirent à des fentes. "Vous avez monté la tête de vos amis. Je vois."
"Il n'y a pas de mal à ça, Jonatan" protesta Regulus. "Nous en avons déjà parlé."
"Il ne sait pas dans quoi il s'engage" siffla le plus vieux.
"'Il' est là et 'il' vous entend" dit froidement Arès. "De toute façon, je me fiche de ce que vous pensez, professeur. Je ne changerai pas d'avis. C'est seulement l'endroit où je le ferai qui changera."
"Bien. Très bien" répondit Lennart sur le même ton. "Utilisez la salle de duel des cachots, peu importe. Pour les horaires, il faut s'arranger avec moi ou au pire des cas avec le professeur Møller, nous nous assurerons que personne ne viendra rôder dans ce coin du château quand vous y serez."
"Qu'est-ce que le professeur Møller vient faire là-dedans ?" demanda Arès d'un ton soupçonneux.
Lennart fit la sourde oreille. "Vous avez intérêt à faire attention Black. Si vous faites quelque chose de travers, tout risque de vous exploser à la figure, et à la mienne aussi."
Arès lui fit un sourire narquois. "Comptez sur moi. Je découvrirai votre secret tôt ou tard."
-OoO-
Le lendemain matin eut lieu la première séance d'entraînement, dès cinq heures et demie. Il avait donné rendez-vous dans le hall du château à ses amis et il les emmena dans la salle des cachots.
"Que Merlin soit enculé par Morgane ! C'est immense !" souffla Gunhild.
Arès sourit.
"Et comment as-tu reçu la permission d'utiliser cette salle ?" demanda Anvald, ébahi.
"Je ne l'ai pas" répondit Arès. "Je me suis arrangé pour que personne ne puisse savoir qu'on y est."
Il pensa au professeur Lennart qui devait monter discrètement la garde à l'extérieur, s'assurant qu'ils ne soient pas surpris.
"Bon, j'ai pensé qu'on pouvait d'abord étudier les maléfices de défense qui sont au programme des années supérieures…"
"Arès" coupa Lyra, "attends deux secondes. Il faut qu'on se mette d'accord tous ensemble sur ce qu'est réellement ce groupe."
Il haussa les épaules. "Nous en avons déjà parlé, c'est juste pour s'améliorer…"
"Non," l'interrompit-elle de nouveau. "Je veux dire, c'est quelque chose d'officiel, maintenant. Même si on fait ça en secret, pour nous, c'est très sérieux. Je pense qu'on devrait formuler une sorte d'engagement afin qu'aucun d'entre nous ne nous trahisse."
"Si tu insistes."
"Déjà, nous devrions trouver un nom" poursuivit Lyra. "Nous aurons une identité comme ça."
Arès haussa les épaules. "D'accord. As-tu des idées à nous proposer ?"
"L'O.M.B.R.E." suggéra Gunhild.
"Et ça veut dire quoi ?" lui demanda Anvald, sceptique.
"L'Organisation Magique Bénéfique pour se Rallier contre l'Ennemi."
Anvald pouffa. "J'ai mieux. La L.A.M.E. (1) ; ligue des Amis du Mal Eternel."
"Non" protesta Arès. "Nous avons dit que c'était un groupe d'entraînement, pas de combat." 'Pour l'instant'.
"G.L.E.E."(2) poursuivit Gunhild. "Le Groupe Local d'Entraînement Exclusif."
Arès grimaça.
"Je penserai plutôt à quelque chose qui sonne mieux, sans vouloir vous vexer les gars" dit Ludwig avec un petit sourire à l'attention de Gunhild et d'Anvald. "Quelque chose qui nous identifie, par lequel on peut se reconnaître…"
"Il faudrait qu'on se trouve un signe distinctif, ou alors ce qui nous rapproche tous" acquiesça Lyra. "Ou la raison pour laquelle on veut s'entraîner."
"Arès" proposa Malvina.
Tout le monde la regarda avec incompréhension. Elle prit un air pincé. "C'est Black qui nous rassemble et c'est pour lui qu'on s'entraîne."
Arès, gêné, allait protester mais Lyra fut plus rapide.
"C'est une excellente idée" dit-elle. "En effet, si Arès n'était pas, on ne s'entraînerait pas et on ne s'intéresserait pas plus que ça à la guerre."
Il grimaça, n'aimant pas vraiment ce qu'impliquait cette dernière remarque.
"Nous devrions te remercier" observa Ludwig. "Si tu n'étais pas là on se contenterai de suivre aveuglément nos parents."
"Oui, bon" aboya Gunhild. "Dis-le, tout simplement. Merci Arès. Et pour le nom ? On ne tout de même pas s'appeler les 'Blacks'. Quoi que, ça sonne bien, si je peux trouver un acrostiche…"
Ludwig prit la parole. "Je voudrais faire remarquer quelque chose. Arès avait une place déterminée dans la guerre et pourtant il part à l'opposé de ce qui était prévu pour lui par sa famille et par sa réputation. Je pense qu'une expression oxymorique comme 'soleil noir' ou quelque chose du genre serait approprié. En plus ça contient une référence direct au nom 'Black'."
"Pas mal" approuva Anvald. "Ça me fait penser à un poète français…(3)" Malvina lui lança un regard noir. "Oups, culture Moldue, excusez-moi. Oui, ça sonne bien en plus."
"En latin, ça serait mieux" suggéra Lyra. "Sol Niger. Qu'en penses-tu, Arès ?"
"Pourquoi pas" acquiesça-t-il, un peu dépassé par les évènements. "Oui, oui, c'est pas mal."
"Bien" fit Ludwig. "Mais il faudrait aussi qu'on se trouve un chef. Un groupe sans dirigeant, ça n'existe pas."
"Arès" suggéra Anvald.
"Oui, c'est vrai, de toute façon c'est presque déjà le cas" fit remarquer Gunhild. "C'est lui le cerveau derrière nos opérations et c'est lui qui a eu cette idée."
"Tout le monde est d'accord ?" demanda Ludwig. Un 'oui' franc lui répondit. Il se tourna vers Arès. "Bon, patron, à vous l'honneur."
Arès fit un petit sourire en coin, retenant le rire de dément qui le titillait. C'était aussi simple que ça ? D'un seul coup, il avait sa petite 'armée' personnelle ?
"On peut enfin passer aux choses sérieuses ?" demanda-t-il, amusé.
Pendant plus d'une heure il leur enseigna des sorts de défense de magie noire avancée, les plus efficaces contre la magie blanche. Ils furent étonnés de son niveau de connaissance.
"C'est pour ça que tu as loupé tes examens l'année dernière !" réalisa Gunhild. "Tu prenais de l'avance !"
Avec un sourire en coin, il leur rappela leur rendez-vous suivant, deux jours plus tard, puis ils se séparèrent pour se préparer à aller en cours.
-OoO-
'Et heureusement que j'ai arrêté le Quidditch' se dit-il au milieu de la semaine suivante en sortant de sa séance d'entraînement journalière avec Lennart et Regulus. Ces périodes de deux heures tous les soirs étaient réellement épuisantes. Les deux sorciers ne lui laissaient aucun répit et il devait être deux fois plus rapide que d'habitude pour éviter de se faire empaler sur une épée ou de recevoir un maléfice vicieux. Grâce à son état de 'transe' lorsqu'il se drapait de sa magie vive, il pouvait se défendre correctement mais pour l'instant il n'avait pas réussi à les vaincre.
Il sortit son Retourneur de Temps de sous sa robe et le retourna cinq fois. Dix-sept heures. Il était en Potions. Il alla travailler dans sa chambre et attendit qu'il soit plus de vingt-heures. A ce moment, son autre lui était parti rejoindre ses professeurs dans les cachots du château. D'habitude, tous les soirs à ce moment il allait retrouver ses amis à la librairie mais là, il avait des plans différents. Il alla frapper à la porte de Dimitri Krol. Heureusement, celui-ci était là.
"Black !" fit-il en souriant de toutes ses dents. "Quelle heureuse surprise ! Je t'en prie, entre !"
La chambre de Dimitri ressemblait à la sienne, sauf qu'il y avait ajouté deux fauteuils face à face autour d'un jeu d'échecs.
"On se joue une petite partie ?" proposa le blond, son sourire se faisant supérieur.
Arès répondit avec un rictus. "Si tu veux."
Il était plutôt bon aux échecs ; ils y jouaient très souvent avec son père depuis des années et il perdait rarement.
Il s'assit face à Dimitri et réalisa qu'il avait les blancs. 'Un coup d'avance' se réjouit-il. Il engagea la partie et la conversation.
"J'ai réfléchi cet été et j'ai décidé d'accepter ta proposition d'alliance."
Le sourire de Dimitri s'élargit alors qu'il jouait à son tour. "Tu m'en vois ravi. Nous avons beaucoup de choses à discuter."
"Comme, par exemple, la constitution de nos camps respectifs" acquiesça Arès tout en déplaçant un pion. "J'ai cru comprendre que tu avais déjà des fidèles."
"J'en ai énormément, en effet" approuva Dimitri. "Je ne vais pas tout te révéler dès maintenant, tu t'imagines bien - je préfère savoir que je peux vraiment avoir confiance en toi -, mais sache qu'il y a déjà une centaine de sorciers adultes sous mes ordres hors de Durmstrang."
"Et à l'école ?" demanda Arès.
"Seulement deux ou trois élèves, rien de très impressionnant" lâcha-t-il. "Et toi ?"
"Je viens juste de commencer à construire mon camp mais je peux compter sur six élèves."
Le regard de Krol prit une lueur amusée alors qu'il déplaçait un fou. "Le fameux gang. On m'a dit que vous étiez tous au Ministère de la Magie anglais, en mai dernier. Un beau coup de force. C'est dommage que tu aies perdu quelqu'un."
Arès haussa les épaules. "J'ai peut-être payé la prix fort mais ça m'a permis d'apprendre des choses intéressantes."
"Suffisamment intéressantes pour te faire considérer une alliance avec moi" remarqua Dimitri avec légèreté. "Suffisamment intéressantes pour que tu me les caches à moi, ton nouvel associé."
"Je ne suis pas le seul à garder des secrets, à ce que je sache" fit froidement Arès. Il captura un pion noir avec un de ses pions.
"Ce n'est pas faux" dit Dimitri en souriant de toutes ses dents. "Avoue que même si te révélais tous les miens, tu ne me dirai même pas la moitié de ce que tu caches."
"Probablement" répondit Arès, également le sourire aux lèvres. Dimitri lui captura à son tour un pion et son sourire se refroidit.
"Je pense pouvoir prendre le Ministère allemand dans deux ans maximum."
Arès fit de son mieux pour cacher sa surprise. "Même avant la fin de tes études ?"
"Je ne reste à Durmstrang que par stratégie. C'est le vivier des jeunes mages noirs européens, après tout."
"Quelle présomption. J'imagine que tu ne me diras toujours pas qui t'entraîne ?"
"Si je te le dirai, tu ne me croirais même pas" rit Dimitri. "Mais je peux te donner un indice : cette personne est la raison pour laquelle je peux facilement avoir l'Allemagne toute entière à mes pieds."
"Toujours aussi mégalo, hein ?" ricana Arès.
"Pourquoi se refuser le meilleur quand on peut l'avoir ?" fit Dimitri avec philosophie.
"En effet." Arès se pencha en avant sur l'échiquier alors qu'il venait de capturer un nouveau pion et jeta un regard amusé à son adversaire. "Je crois que ce vieux bonhomme qui t'entraîne doit bien se servir de toi. D'après tes paroles, tu es comme son bras armé."
Krol se referma un peu. "Tu ne sais rien, Black, alors ferme-la."
"Oh, un point sensible" se réjouit Arès.
"Et toi, toujours en admiration devant Lord Voldemort ?"
Arès sentit le sang quitter son visage. "De quoi parles-tu ?"
"Tu le défendais avec beaucoup de conviction la dernière fois" sourit Dimitri en capturant un pion. "Ce n'est pas une obsession très saine, si tu veux mon avis."
"Je ne suis pas obsédé par Voldemort" gronda-t-il. "Je pense que tu le sous-estimes, c'est différent. C'est une erreur qui peut te coûter cher."
"Mais maintenant j'ai mon très cher allié pour m'aider dans ce genre de situation, n'est-ce pas, Black ?"
"Nous n'avons pas encore défini clairement les termes de notre alliance" fit remarquer Arès.
Dimitri lui adressa un sourire qui se voulait innocent - mais qui ne l'était clairement pas. "Je trouve que tu es exagérément prudent, mon très cher allié."
"Excuse-moi de ne pas avoir confiance en un jeune fou mégalomane qui me cache pratiquement toutes ses activités."
"Nous pouvons devenir plus intimes" suggéra Dimitri. "Tu es tellement crispé. Si tu baissais un peu ta garde…"
"Dans tes rêves, Krol" ricana froidement Arès.
Dimitri sourit et rejeta ses boucles dorées en arrière. "Si seulement tu savais de quoi je rêve."
Arès préféra l'ignorer pour mieux analyser la situation actuelle. Il pouvait peut-être le mettre échec et mat, s'il faisait ça… et ça… à moins que Dimitri bouge sa reine ici…
Plongé dans ses réflexions il ne nota pas le regard avide de son adversaire. "Et quels sont tes plans, à long terme ?" demanda-t-il en déplaçant sa tour.
"Anéantir les dirigeants et les leaders des mages blancs et éliminer toute opposition ; une fois que j'aurai un début de stabilité je compte révéler notre présence aux Moldus."
"Comment ça ? Mais tu es fou !" protesta Arès. "Les Moldus nous écraseront ! Tu sais très bien de quoi ils sont capables, non ? Regarde les chasses aux sorcières…"
"Bien sûr, je prendrai toutes les précautions qui s'imposent" poursuivit Dimitri, un sourire supérieur aux lèvres. "Les Moldus seront les inférieurs des sorciers et nous serons ceux qui dirigeront le monde. Ils sont incapables de bien se comporter, il faut bien faire quelque chose. Ils se font sans arrêt la guerre et des millions d'entre eux meurent de pauvreté - pas que ça m'attriste, je te rassure, mais ils me ont pitié à ne pas savoir se gérer tous seuls. Avoir des sorciers aux positions stratégiques leur mettra peut-être du plomb dans la cervelle."
"Je pense que tu vraiment beaucoup trop d'ambition."
"Mieux vaut en avoir trop que pas assez" répliqua Krol. "Echec."
Arès constata qu'en effet, il était en position de faiblesse. Il déplaça un cavalier. "Crois-tu que tu es une espèce de bienfaiteur de l'humanité ?"
"Il faut bien que quelqu'un prenne les choses en main. Et Voldemort n'a pas l'air capable de parlementer avec Moldus et de les manipuler en finesse. Echec."
Arès réalisa d'un coup qu'il y avait une ouverture sur le plateau et il s'engouffra dedans. "Et si tu deviens comme lui, grisé par le pouvoir qui t'es conféré ? Seras-tu capable d'occulter ton propre intérêt pour celui des Moldus et des hommes en général ?"
Dimitri fit une moue. "Il faudrait que quelqu'un puisse toujours me maintenir en alerte, afin que je ne me perde jamais."
"Tu veux un challenge ?" demanda Arès. "Eh bien, tu l'auras. Partie nulle."
Il sourit. "Tu joues bien, Black."
"Tu n'as encore rien vu, Krol."
Comme d'habitude, à chaque fois qu'il était en présence de l'autre Odin il sentait sa magie le tirailler et la chair de poule chatouiller sa peau. Il prenait du plaisir dans leur danse de pouvoir. L'attitude de Dimitri était unique en son genre et elle avait quelque chose d'excitant ; Arès se sentait stimulé comme jamais et son cerveau tournait à plein régime alors qu'il essayait de démêler le puzzle qui s'offrait à lui. Les prochains mois promettaient d'être intéressants.
-OoO-
Le samedi soir il attendait devant la salle de duel des cachots pour son entraînement journalier depuis plusieurs minutes déjà quand son père arriva en courant.
"Enfin !" s'écria-t-il. "Où est cet idiot de professeur ?"
"Ne parle pas comme ça de Jonatan" le gronda Regulus. "Nous ne pouvons pas nous libérer ce soir, un évènement imprévu vient d'arriver…"
"C'est Voldemort ?" demanda Arès, suivant son père vers ses appartements.
"Non, Dumbledore" soupira-t-il. "Un espion a été surpris sur l'île."
"Quoi ! Un espion ! Mais… L'île est incartable !"
"En réalité, ce n'est pas vraiment sous les ordres de Dumbledore qu'il est là. Promets-moi de ne rien faire d'idiot" exigea Regulus.
"Pourquoi voudrais-tu que je fasse quelque chose d'idiot ?" s'étonna Arès. Il y avait quelque chose d'anormal.
"Sois compréhensif, c'est tout."
Il se rendit compte qu'ils étaient arrivés devant la porte des appartements de Regulus. Celui-ci ouvra la porte en jetant un dernier coup d'œil d'avertissement à Arès.
Dans le salon un homme était ligoté sur une chaise. Il avait un visage émacié et des yeux gris enfoncés dans leurs orbites mais ses traits conservaient une certaine élégance aristocratique. De longs cheveux noirs tombaient sur ses épaules, d'apparence soyeuse. Sirius Black.
"Qu'est-ce qu'il fait là ?" gronda Arès. Son parrain était une des dernières personnes qu'il avait envie de voir sur Terre, après leur correspondance catastrophique de l'année précédente.
Lennart était debout à côté de lui et semblait le surveiller de près. "Ce n'est pas un ennemi" assura-t-il. "Crois-moi, Arès, tu peux avoir toute confiance en lui."
"Ah oui ?" ricana-t-il froidement. "Alors pourquoi est-il ligoté ?"
"Parce qu'il n'est pas prêt" répondit simplement Lennart.
Il savait que ce n'était même pas la peine de demander une clarification à son professeur, celui-ci se contenterait de reformuler d'une manière plus obscure encore. Ce qui l'étonnait surtout, c'était que Sirius restait parfaitement silencieux. Il aurait attendu d'un fier Gryffondor comme lui de protester vigoureusement contre le fait d'être attaché et entouré de mages noirs. Il était visiblement en état de choc. Ses yeux rencontrèrent son regard gris et le sorcier sembla se réveiller soudain.
"Regulus, c'est ton fils ?" demanda-t-il d'une voix rauque. Bien entendu, Sirius ne savait pas qu'il était Harry Potter.
"Oui" acquiesça Arès en s'approchant. "Cher oncle."
"Il te ressemble" dit Regulus. "Quand tu avais son âge."
Les deux frères semblaient extrêmement mal à l'aise - et pour cause. Depuis des années ils étaient dans des camps opposés et il devait leur arriver de se retrouver face à face sur les champs de bataille. En plus, d'après ce qu'Arès avait compris, ils ne s'entendaient pas du tout pendant leur adolescence.
Sirius avait une mine défaite et ses yeux étaient tristes. Si ça ne tenait qu'à Arès, il l'exécuterait sur le champ : Sirius semblait être l'homme de Dumbledore jusqu'au bout et en plus il était un ennemi puissant, dur à vaincre et qui arrivait à s'infiltrer sur l'île d'Utan Sällskapawjo ; ce qui était, en théorie, impossible. Mais d'après son père il n'était pas un ennemi. Que se passait-il alors qui justifiait qu'ils le gardent attachés dans leurs appartements, au risque que tout le monde à l'école l'apprenne ?
"Je vous jure que je dis vrai" suppliait Sirius à l'attention de Lennart. "Croyez-moi. Il est apparu devant moi et…"
"Je sais que vous dites la vérité" assura le professeur.
"Alors relâchez-moi !"
"Non, pas maintenant. J'attends de voir ce qui se passe ensuite" dit gravement Lennart. "Je ne peux pas me permettre de vous laisser en liberté si ce n'est fini. Quand vous serez marqué, vous pourrez vous en aller."
"Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?" siffla Arès. "Vous voulez en faire un Mangemort ?"
"Bien sûr que non" s'offusqua Sirius. "Je vais devenir un membre de l'Au -"
"Ça suffit" le coupa Lennart. "Commencez à vous comporter comme tel et taisez-vous."
"Arrêtez de me cacher des choses, vieil homme !" tonna Arès.
"Ça ne vous regarde pas, Black !" siffla dangereusement Lennart. "Continuez à faire joujou avec vos bébés soldats et laissez-moi travailler en paix !"
"Hors de question, vieux croûton !" s'écria Arès. "C'est mon par… mon oncle ! J'ai le droit de savoir !"
"Cessez de vous comporter comme le centre du monde !"
"Taisez-vous, tous les deux !" les coupa Regulus. "Arès, Jonatan ne peut pas parler. Ce n'est pas de sa faute. Tu apprendras peut-être la vérité dans quelques années, si tu choisis de nous rejoindre."
"Parce que tu en fais partie, toi aussi ?" s'indigna Arès. "Et je ne peux rien savoir ? Je ne suis plus un enfant !"
"Non, mais tu n'es pas encore un adulte" rationnalisa son père. "Et veux-tu arrêter de manquer de respect à ton professeur ? De toute façon, on ne peut pas t'en dire plus, c'est un secret protégé par des enchantements très puissants."
Arès grogna, ravalant sa rage. C'était vraiment injuste ! On lui balançait un secret énorme juste sous le nez et puis on lui disait qu'il n'en saurait rien de plus ! Et surtout, c'était les implications de ce secret qui étaient importantes. Lennart et son père - et maintenant Sirius - faisaient partie d'un groupe de sorciers qui semblait indépendant de Voldemort et de Dumbledore. Une idée folle traversa l'esprit d'Arès. Ce pouvait-il que…
"Vous êtes le corps d'armée de Krol, n'est-ce pas ?"
Lennart rit alors que Sirius semblait encore plus perdu. "Le monde ne tourne pas non plus autour de ton petit copain" dit vicieusement le professeur de magie noire.
"Ce n'est PAS mon petit copain" rougit Arès, gêné par le sous-entendu. "Et qu'est-ce que Sirius venait faire sur l'île, de toute façon ?"
Ce fut son parrain lui-même qui lui répondit. "Dumbledore m'avait donné pour mission d'enquêter sur Durmstrang et même d'infiltrer l'école, si possible, à la recherche d'Harry Potter. Pendant trois mois j'ai parcouru toute la Scandinavie à la recherche de cette île et je ne trouvais rien. Je commençais à douter de Dumbledore, surtout depuis que j'ai entendu la prophétie sur mon filleul au Ministère. J'ai compris que depuis le début il avait tout fait pour que les choses se passent telles qu'elles sont arrivées : il n'avait pas fourni une protection suffisante aux parents d'Harry, il leur avait même emprunté la cape d'invisibilité de James un peu après que la prophétie soit révélée ! En plus, il n'a rien fait pour m'innocenter et il a laissé Harry grandir chez la sœur de Lily, une bonne femme affreuse. Et puis quand j'ai enfin récupéré ma liberté j'ai appris qu'Harry avait disparu et il m'a écrit des lettres un peu après. Je crois qu'il est avec des Mangemorts. En tout cas il n'avait pas l'air malheureux et il s'est fâché quand j'ai insisté pour qu'il revienne près de Dumbledore."
Sirius fit une pause et plongea ses yeux tristes dans ceux d'Arès. "Sur le coup, je n'ai pas compris ce qu'il voulait dire. Ce n'est qu'il y a quelques semaines que j'ai réalisé que j'étais complètement embrigadé par Dumbledore. Je n'avais même pas cherché à entendre ce qu'il me disait ! Et c'est à ce moment-là que j'ai entendu des voix parler une langue inconnue et un ange est apparu devant moi…"
"Un ange ?" s'étonna Arès. "Qui -"
"Ça suffit" gronda Lennart. "Tu parles trop, Black !"
"Je ne trouve pas, non" répondit froidement Arès. "Je crois que j'ai compris pourquoi vous ne voulez pas le laisser partir : les charmes qui assurent votre silence ne sont pas encore en place sur lui, n'est-ce pas ?" Face au silence qui lui répondit, il en déduit qu'il avait visé juste. Il ricana. "Bon, alors, Sirius, dites-moi tout, puisque vous le pouvez…"
"Je ne sais pas trop" fit Sirius d'une voix blanche. "Je n'arrive pas à trouver les mots… C'est juste incroyable… Ils existent vraiment…"
"Les anges ?" demanda Arès, sceptique.
"Non, non" souffla Sirius. "Les Né-"
"Taisez-vous !" siffla Lennart. "Il va vous arriver de drôles de choses si vous continuez à parler, sombre idiot !"
"Vous le menacez ?" articula Arès.
"Non, pas moi" expliqua Lennart. "S'il parle, certaines personnes vont venir le tuer sur le champ. Votre vie leur appartient désormais, Black. Il faut que vous soyez prudents."
"Mais ils ne m'ont pas encore marqué !" protesta Sirius.
"Non, mais ils vous ont élu, et pour eux ça revient au même."
"Je ne comprends rien" grogna Arès. "Expliquez-moi au moins un peu !"
Lennart soupira. "Nous faisons partie d'une organisation qui agit dans le plus grand des secrets. Personne ne connaît notre existence. Je ne peux pas parler de nos dirigeants ni de notre but ultime, mais je peux te dire que nous participons à notre manière à la guerre qui se met en place."
"Et dans quel camp ? Celui de Voldemort ?" se moqua Arès.
"Non, pas tout à fait" dit Lennart de sa voix égale. "Nous avons notre propre camp."
"Bien, génial" lâcha Arès. "Alors que je commençais à comprendre quels étaient les enjeux de la guerre et les différents partis impliqués, vous me balancez à la figure un nouveau problème. Alors, vous êtes mes ennemis ?"
"Nous ne sommes pas dans le même camp" concéda Lennart. "Mais nous ne sommes pas ennemis. D'ailleurs, Regulus nous a rejoint pour te protéger… même s'il n'est pas tout à fait des nôtres, c'est tout comme."
"C'est vrai ?" demanda Arès à l'attention de son père.
"Oui" affirma celui-ci. "Je t'avais dit que j'étais prêt à tout pour t'aider. Tu comprendras plus tard pourquoi j'ai fait ça…"
"Et Møller aussi en fait partie, n'est-ce pas ? Vous m'aidez pour que le Sol Niger reste secret ?"
"Oui" dit simplement Lennart.
Arès se laissa tomber dans un fauteuil. En quelques minutes les révélations s'étaient enchaînées. Il avait appris l'existence d'une organisation de sorciers qui pouvait potentiellement être son alliée - ou son ennemie, pour ce qu'il en savait. Il se sentait trahi par son père et par Lennart, en qui il avait fait confiance pendant si longtemps. Maintenant, il était évident que cette organisation top secrète dont il ne connaissait même pas le but en savait beaucoup sur lui : le Fourchelang, la magie sans baguette… Et peut-être même son lien avec Voldemort !
Il lui fallait maintenant être très prudent. Il ne savait pas s'il pouvait faire encore confiance à son père et à Lennart - ceux-ci lui avaient tout caché pendant si longtemps !
Il se reprit. Non, il ne fallait pas qu'il pense de telles choses ! Pour l'instant, peu importe ce que voulait cette organisation, Lennart et Regulus s'étaient montrés dignes de confiance. Il n'avait pas à devenir paranoïaque non plus. Il se promit de rechercher le plus possible d'informations avec les indices qu'il avait glanés : le terme d'ange, des voix parlant en étranger, une organisation trop secrète dont le nom commençait par la syllabe 'Au'.
Entretemps, Sirius continuait à supplier qu'on le libère, qu'on lui fasse confiance, mais Lennart restait impassible. Regulus se tenait à l'autre bout de la pièce, indécis quant à l'attitude à adopter avec son frère.
"Le plus important" dit Lennart, "c'est que Dumbledore croie que vous lui êtes encore fidèle. Vous allez rester quelques temps ici, dans les souterrains du château afin qu'on ne remarque pas votre présence, et vous allez lui communiquer de fausses informations."
"Vous en faites un espion ?" demanda Arès, incrédule.
"Bien sûr, si je peux aider à ma façon" assura Sirius. Il retrouva une nouvelle contenance à cette perspective et ses yeux brillèrent. "Je serai votre espion dans l'Ordre du Phénix."
"Il faut vraiment qu'il ne se doute de rien" insista Lennart, ignorant leur échange. "Quand vous aurez la Marque, d'ici un jour ou deux, vous ne risquerez pas de divulguer des informations vous mettant en danger. De plus, la Marque est invisible et indétectable. Il faudra que vous fassiez comme si de rien n'était."
"J'ai de bons talents d'acteurs" dit Sirius en faisant un clin d'œil à Arès. "Alors comme ça, tu es le fils de Regulus ? Je trouve que tu as du répondant, je t'aime bien !"
Il rit ; Arès fut étonné car ça ressemblait à un aboiement de chien. "Je ne savais même pas que tu existais" poursuivit-il. "Tu n'es pas un Mangemort ?" demanda-t-il soudain avec anxiété.
"Pas encore" fit Arès avec un sourire malicieux. Son sourire s'agrandit quand il vit son oncle pâlir. "Et je ne compte pas le devenir."
Sirius souffla. "J'ai eu peur. Même si je ne suis plus de l'Ordre du Phénix, je ne vais pas me mettre à adorer Voldemort de sitôt !"
Regulus sursauta. Lennart grogna. "Bon, Black, si tu t'es enfin remis de tes émotions, nous allons t'escorter dans ta nouvelle demeure…"
"Vous l'emmenez dans les souterrains ?" devina Arès.
"Oui" répondit Lennart. "Et toi, tu restes ici. Pas d'entourloupes, hein."
Il détacha Sirius et, lui attrapant le bras, le dirigea vers la sortie. Arès fut tenté de les suivre discrètement mais son père posa sa main sur son épaule.
"Je suis désolé que tu l'apprennes comme ça, Arès. J'aurais préféré te l'annoncer plus tard, quand tu aurais été suffisamment fort de ton côté pour faire directement un choix. Maintenant, tu sais qu'on te cache quelque chose et qu'on ne peut pas t'en dire plus…"
"Je n'apprécie pas du tout ça" répondit-il. "Mais pour l'instant ça ne change rien, non ? Vous m'avez toujours aidé, toi et Lennart ; vous continuerez à m'entraîner ?"
"Bien sûr" le rassura Regulus. "De toute façon, en ce qui me concerne, je ne fais même pas partie de cette organisation. Je suis vraiment un Mangemort et je serai avant tout à tes côtés, peu importe le choix que tu feras."
Arès ne l'écoutait déjà plus et planifiait mille façons de s'introduire en douce dans les souterrains pour aller demander des réponses à Sirius.
-OoO-
(1)- Lame en anglais signifie boiteux.
(2)- Glee en anglais désigne l'allégresse et la jubilation.
(3)- Bien sûr, il s'agit probablement de la phrase célèbre de Victor Hugo, "Un affreux soleil noir d'où rayonne la nuit", Anvald étant suédois il est plus facilement tombé sur cet exemple. En revanche, je préfèrerais que ça soit le premier quatrain du poème "El Dediscacho" de Nerval : "Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,/Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie /Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé/Porte le Soleil noir de la Mélancolie."
