Chapter 11

Zorro détourna le regard des yeux bleus de l'adolescente pour le poser sur le bureau mal rangé. Zara devina qu'il cherchait ses mots. Elle le laissa faire, et l'écouta avec la plus grande attention et la plus grand curiosité lorsque ses yeux retrouvèrent enfin ceux de Zara.

« Je suis orphelin. Comme la plupart des gens du coin. » commença t-il d'un ton distant. « Mes parents étaient de l'armée. Des hauts gradés à ce qu'il paraît. Je ne les ai jamais vraiment connu. Mon père est mort au début de la guerre qui a eu lieu quand j'avais 3 ans. Ma mère a ensuite dû combattre à son tour. Elle est morte aussi. »

Zara ne s'attendait absolument pas à ce récit. Prise d'une soudaine compassion, elle descendit de son lit et s'appuya contre l'échelle sans quitter le regard de l'adolescent. Ses yeux reflétaient une certaine peine, mais il semblait pas si affecté que ça. * Il était trop jeune à cette époque... Comment aurait-il pu se rendre compte après tout ? *

« Le problème, c'est que dans leur testaments, mes parents ont demandé que ma garde soit accordé à l'état, et non à une famille d'accueil, ou à un parent. En gros, je suis totalement géré par le gouvernement. »

Il soupira et Zara déglutit. C'était bien étrange, d'être à la garde du gouvernement ! Ses parents n'avaient-ils donc aucune proche ?

« Cela fait donc depuis mes 4 ans que je suis à la charge du gouvernement. J'ai été placé dans des écoles, des collèges, puis maintenant ce lycée. A mon arrivée ici, cependant... Le gouvernement m'a fait une sacrée crasse. Comme c'est pas possible d'en faire, et comme c'est juste absolument débile. Ils ont dit qu'ils me donnerait mon indépendance, non pas à mes 18 ans, comme n'importe quelle personne, mais seulement si j'avais mon BAC avec mention. »

Zara comprenait maintenant d'où venait le BAC dans cette histoire. Elle était totalement hallucinée devant les propos de Zorro. C'était un accord assez bizarre. Le gouvernement ne devrait-il pas être pressé de se débarrasser d'une charge telle qu'un enfant ? Dont il faut payer les études, la nourriture, l'internat ?

« Sauf que ça fait deux fois que je loupe mon BAC. Et ils ne veulent pas me laisser partir. Alors j'ai décidé de tout laisser tomber et de rien foutre cette année. Ils se lasseront après tout. Seulement... »

Il s'interrompit. Zara devina qu'il allait en venir à l'intervention du gouvernement deux jours plus tôt au self.

« Seulement ils ne sont pas de cet avis ? » hasarda t-elle.

« Oui. Avant-hier, ils m'ont clairement fait comprendre que si je n'avais pas mon BAC avec mention cette année, ils m'enverraient ailleurs, dans un endroit qui me déplairait. Genre l'armée, la prison, camp de redressement... Ce genre de truc ennuyant. »

Il détourna les yeux. Zara savait à présent le secret de Zorro. Elle savait pourquoi il dormait en cours, quel était son lien avec le gouvernement. Tout se liait dans son esprit et elle y voyait soudainement plus clair dans le comportement de Zorro.

« Mais pourquoi ne pas essayer d'avoir ton BAC avec mention ? Tu serais débarrassé après tout... »

Il soupira et ferma les yeux. Il semblait désespéré.

« Si j'ai loupé le BAC deux fois d'afillée c'est pas pour rien j'te signale. »

« Et si je t'aidais ? Je suis sûre que t'es pas si mauvais que ça. Tu te donnes juste pas les moyens. »

Il se détourna en fronçant les sourcils. Zara se ravisa de répliquer. Maintenant qu'elle savait son secret, elle ferait mieux de ne pas l'énerver, il risquerait de regretter son acte. Elle se contenta de soupirer.

Elle l'aiderait à avoir son BAC avec mention. Au fond, elle était certaine qu'il était bon élève. * Il suffit de le voir en sport ou en japonais. Il se débrouille super bien et il est tellement différent que dans les autres cours ! *

Zara se promit intérieurement de l'aider coûte que coûte. Maintenant qu'elle savait, elle était en mesure de l'aider. Et elle le ferait.

Zorro releva le regard vers elle et resta planté un long moment dans ses yeux. L'adolescente, quelque peu gênée de ce regard trop intense, voulait se détourner, mais elle n'en trouvait pas la force. Quelque chose lui dictait de rester ainsi. * A t-il encore quelque chose à dire ? * Zorro esquissa enfin un mouvement vers elle mais au même moment la porte s'ouvrit, dévoilant Luffy qui rentrait avec un grand sourire, et le plus vieux des trois se ravisa, reprenant un visage fermé et distant. Il rompit le contact visuel avec Zara, qui se retrouva désemparée, déçue... Et surtout blessée. Elle sentait qu'il avait quelque chose d'important à lui dire, pourquoi Luffy était-il entré justement à ce moment ? A présent, oserait-il lui parler de cette dernière chose ? Aurait-il de nouveau l'occasion de parler ainsi à l'adolescente ?

Zara, se posant trop de question, remarqua qu'elle s'était figée, la bouche entrouverte, les sourcils froncés. Zorro était parti vers la salle de bain, tandis que Luffy regardait Zara la tête hochée.

« Ça va pas ? » demanda t-il avec une pointe d'inquiétude dans sa voix.

Zara se reprit et secoua la tête avant de sourire. Elle se sentait bizarre.

« Si, si ! Je pensais à quelque chose, c'est tout... »

Elle se sentit rougir, mais heureusement Luffy s'en allait déjà vers son lit en souriant.

« Ah tant mieux, j'ai cru que t'allais pas bien, t'aurais vu ta tête ! »

Zara remercia intérieurement la naïveté de son camarade de chambre. Au moins il n'était pas comme Trafalgar qui lui aurait déjà posé d'autres questions, sachant qu'elle mentait.

Elle se dépêcha d'aller se coucher, un peu perturbée par les évènements du jour. A présent qu'elle connaissait le secret de Zorro, elle se sentait étrangement vide. Comme si ce secret lui avait enlevé toute faculté de penser à autre chose qu'à lui. Elle se demandait comment elle devrait se comporter avec Zorro, et comment elle pouvait l'aider.

C'était la première fois qu'un sentiment aussi étrange l'assaillait. Elle ne savait plus comment se comporter. Elle passa un long moment les yeux rivés au plafond à réfléchir sur le sujet sans toutefois trouver se réponse.

* Mais pourquoi je réagis comme ça moi ? *

Le lendemain matin, Zara était très fatiguée. Elle n'avait cessé de se réveiller pendant la nuit. A un moment, vers 1 heure du matin, Zorro s'était levé discrètement et avait chuchoté à l'attention de l'adolescente : « Tu dors ? »

Soudainement apeurée, elle avait fermé les yeux et fait semblant de dormir. Il était allé se recoucher, et elle s'était sentie bête de l'avoir ignoré.

La journée fut très longue pour Zara. Surtout que Zorro était à côté d'elle, et cela la perturbait d'autant plus. Même si elle lui avait promis de ne rien dire de son secret, elle avait à présent très envie de se décharger auprès de Trafalgar. Jamais de sa vie elle ne s'était sentie aussi perturbée, elle qui d'habitude est calme et se contrôle plus ou moins bien. Mais aujourd'hui, elle n'arrivait pas à se concentrer sur le cours, gribouillait sur son cahier, écrivait les cours d'une écriture saccadée qui ne lui ressemblait pas. Tout allait de travers !

Et Trafalgar semblait l'avoir remarqué, car pendant qu'ils mangeaient, il lui adressa plusieurs regards perçant, comme s'il voulait lire en elle. Mais il ne lui fit aucune remarque, ce qui étonna Zara.

Deux semaines passèrent depuis la révélation du secret de Zorro. Pendant plusieurs jours Zara avait été très mal, mais avec le pause du week-end elle avait essayé de se calmer. Toute seule dans la chambre alors qu'il pleuvait des cordes, elle s'était assise sur son lit en regardant les gouttes de pluie glisser sur la fenêtre.

Zorro devait passer son BAC avec mention s'il voulait enfin quitter le lycée et la dépendance au gouvernement. Il lui fallait donc travailler dur pendant les quelques mois qui restaient avant Juin et la date fatidique. Aurait-elle le temps de tout lui réapprendre ce qu'ils avaient vu lors de l'année scolaire ? Zorro serait-il assez patient pour tout revoir et entendre les explications de l'adolescente ? Si Zara n'en était pas sûre, elle devait tout de même faire en sorte d'y arriver, au moins essayer.

C'était décidé. Il fallait que Zorro accepte que Zara lui donne des cours pour se rattraper. Au fond, elle avait le sentiment qu'il n'était pas si mauvais que ça.

Elle sursauta lorsqu'il entra dans la pièce. Il s'arrêta en la voyant et ils restèrent yeux dans les yeux. Gênée que ces derniers temps ils s'adressent des regards aussi longs et intenses, elle détourna le regard en rougissant.

« Zorro... » commença t-elle d'une voix mal assurée. « Et si je t'aidais ? Je veux dire... A avoir ton BAC ? »

Elle dû se résoudre à replanter les yeux dans les siens pour voir sa réponse. Il resta de marbre un moment, ce qui incita Zara à argumenter.

« J'ai pris tous mes cours, et je compte commencer à réviser pour le BAC. Je peux en profiter pour te faire apprendre tout ce qui te manque... »

Zorro fronça doucement les sourcils, réfléchissant.

« Ne fais pas cette tête s'il te plait. Tu vas pas te laisser avoir par le gouvernement, si ? Le seule moyen est de les impressionner. Si tu avais une mention Bien, tu crois pas qu'ils seraient incapable de parler ? Tu n'as pas eu ton BAC deux fois d'afillée. Ils ne vont pas y croire. »

« Justement. Ils n'y croiront pas. »

Zara bondit de son lit et attrapa Zorro par le col. Étonné, Zorro ne bougea pas, et écarquilla les yeux.

« Mais t'es borné ?! Tu veux rester jusqu'à tes trente ans ici ou quoi ? Je te propose de t'aider à avoir ce putain de BAC et toi tu refuses parce que tu penses qu'ils croiront que tu as triché ? Ils ne peuvent pas revenir sur leur parole. C'est le gouvernement, pas des brigands. Ils n'en ont pas le droit, pour leur honneur. »

Elle relâcha la pression sur la chemise de Zorro et se recula d'un pas. Il ne pouvait pas dire non après ceci, n'est-ce pas ?

« Excuse-moi. Mais non. »

Zara, désemparée, le lâcha et le regarda avec des éclairs dans les yeux. Comment osait-il être aussi borné et stupide ?

La claque partit toute seule. Zara regarda son bras tendu et la marque rouge sur la joue de Zorro avant de se rendre compte de ce qu'elle avait fait. Elle ramena son bras vers elle et il se frotta la joue en la fixant d'un regard noir. Mais ses yeux s'apaisèrent lentement. * Il ne veut pas s'énerver contre moi. Après tout je pourrais révéler son secret à tout le lycée... *

« Excuse-moi. Mais tu la mérites. J'ai jamais vu une personne aussi stupide que toi. Tu les laisse gagner. »

Elle lui adressa un dernier regard menaçant et s'en alla vers la chambre des garçons pour aller se détendre. Elle avait l'impression de revenir au point de départ avec lui à chaque fois qu'elle faisait un pas en avant...

Zara n'eut aucune réponse. Elle lui redemanda discrètement plusieurs fois pendant le mois qui suivit, mais Zorro resta toujours aussi distant. Il était décidé à louper son BAC une nouvelle fois. L'adolescente finit par abandonner l'affaire. S'il ne voulait pas d'aide, tant pis pour lui. Elle serait là pour se moquer de lui l'année d'après et lui rappeler l'aide qu'elle avait voulu lui apporter. Elle serait là à la grille du lycée à le regarder d'un air « Je te l'avais bien dit ! » pour qu'il s'en veuille, regrette de ne pas avoir accepté.

Si lorsqu'elle avait découvert son secret, elle avait eu envie d'être gentille avec lui, à présent ce sentiment avait disparu de sa relation avec lui. Puisqu'il ne voulait pas de sa gentillesse, il ne l'aurait pas !

Elle l'ignora longtemps, et ne lui adressa pas une seule fois la parole, même quand lui essayait d'engager la conversation. Elle le fuyait comme la peste tout en le fixant d'un regard dédaigneux.

* Tu l'a bien mérité ! * se disait-elle intérieurement à chaque fois qu'elle croisait son regard déçu ou agacé.

Elle le nargua même quand ils reçurent les résultats du BAC blanc. Elle lui mit sa feuille sous le nez, pour qu'il admire les notes de l'adolescente. Une moyenne de 15 ornait le haut de la page. Sachant que le BAC blanc était bien plus difficile que le vrai BAC. Zorro sembla souffrir lorsqu'elle le nargua ainsi. Mais que lui importait.

Il l'avait mérité.