Laurie : merci pour toutes tes reviews, que ce soit sur cette fiction ou mes autres OS d'ailleurs, ça fait super plaisir :) Pour répondre à tes différentes questions, je ne sais pas exactement combien de chapitres aura cette histoire mais vu comme c'est parti et les événements que je veux rajouter, je dirais une vingtaine voire peut-être plus. Et oui, Neal est prévu pour un peu plus tard. Aussi, j'avoue n'avoir jamais vu PS: I Love You alors la ressemblance pour le passage de la chanson n'était pas vraiment voulue ahah. En tout cas j'espère que la suite te plaira encore !
Sinon, dès le prochain chapitre les choses vont commencer à avancer un peu plus… ;)
« Je ne vous fais pas visiter, je suppose que vous connaissez bien les lieux à présent, ta fille et toi. En tout cas, n'hésitez surtout pas à faire comme chez vous, pas besoin de me demander pour quoi que ce soit, à part si vous ne trouvez pas quelque chose. »
Killian étant sorti de l'hôpital dans l'après-midi après avoir passé une nuit en observation, ils étaient, avec Emma et la brunette, passé au Granny's pour récupérer leurs affaires et venaient maintenant d'entrer dans l'appartement de la jeune femme.
Ou était-ce plutôt leur appartement, à présent ? Car, après tout, ils allaient y habiter jusqu'à nouvel ordre, une fois certains que les services sociaux ne les dérangeraient plus. Il allait donc en quelque sorte devenir leur nouvelle maison.
« Il y a une deuxième chambre, à côté de celle de Henry, pour Sarah, continua ses indications la propriétaire des lieux. Toi, tu prendras la mienne pendant que moi je dormirai sur le canapé.
– Ne serait-il pas plus prudent que nous partagions le même lit ? répliqua l'irlandais avec un clin d'œil et un sourire charmeur au bord des lèvres. Après tout, si l'on doit feindre d'être en couple… autant le faire jusqu'au bout, tu ne penses pas ? »
Par ses paroles, il voulait détendre l'atmosphère pesante qui s'était créée entre eux depuis leur arrivée devant l'immeuble. Il souhaitait aussi surtout supprimer de sa poitrine cette gêne qu'il ressentait de vivre sous le même toit qu'Emma.
C'était une étrange situation dans laquelle ils s'étaient embarqués tous les deux…
« Dans tes rêves, Jones ! s'indigna cette dernière pour toute réponse, esquissant tout de même un rictus derrière son air offusqué. »
Elle ne put toutefois empêcher un frisson de lui parcourir l'échine alors que l'image d'un Killian encore à moitié endormi sous les couvertures à ses côtés venait s'immiscer à son esprit. Elle savait pourtant bien qu'il n'était pas sérieux avec cette proposition – elle avait même fini par comprendre à force de le fréquenter que ces sous-entendus n'étaient rien d'autre qu'une méthode de défense de sa part, une façon de cacher ses véritables émotions derrière ceux-ci.
C'est pourquoi elle se hâte de se sortir ces pensées déplacées de la tête. La cohabitation allait être longue et difficile, songea-t-elle, si elle se mettait à avoir de telles idées après seulement quelques minutes passées de ce nouveau quotidien…
« Plus sérieusement, reprit d'une voix neutre le jeune homme en se grattant l'oreille, ce qui la ramena tout à coup à la réalité de l'instant, permets-moi d'insister… Je n'aimerais pas que tu dormes sur le canapé à cause de moi, déjà que tu nous accueilles avec Sarah, je ne veux pas non plus m'imposer. J'y dormirai, ça ne me dérange pas.
– Killian… Si l'on veut être crédibles, et pour que les services sociaux croient que l'on dort vraiment ensemble, il faudra que tes affaires soient dans ma chambre lorsqu'ils reviendront – et l'on ne sait pas quand ils seront de retour, ils peuvent apparaître à tout moment, sans que l'on s'y attende. Alors c'est plus simple que tu y emménages directement plutôt que devoir tous les jour aller chercher ce dont tu as besoin. »
Face à ce discours, l'irlandais dévisagea Emma un court instant, bouche-bée. Puis il s'exclama enfin, surpris :
« Vraiment ? Tu as pensé à ce point aux détails ?!
– Je… j'ai eu pas mal le temps d'y réfléchir pendant que j'attendais que tu te réveilles, oui, avoua la blonde. Je m'en voulais tellement d'avoir inventé ce mensonge qui pourrait mettre ta famille en danger si ne ne parvenons pas à le faire marcher, que… »
Elle se stoppa net dans son explication et baissa les yeux, honteuse. Elle avait toujours peur qu'il lui en veuille.
Son ami, lui, qui comprenait bien ses craintes sans qu'elle n'ait à les exprimer, lui releva la tête d'une main pour qu'elle lui fasse face.
« Eh, l'interpella-t-il doucement tout en caressant sa joue de son pouce sans même se rendre compte de son geste (la shérif, par contre, le remarqua bien alors que son cœur accélérait ses battements dans sa poitrine – depuis quand étaient-ils devenus si proches tous les deux ?!). Tout va bien se passer. Tu ne mets pas ma famille en danger, tu la sauves. Et puis… »
Il hésita une seconde, avant d'ajouter d'un ton plus rieur, dans l'espoir de la mettre davantage à l'aise :
« Regarde-nous. Il ne sera pas bien difficile de faire croire au monde que tu es tombée sous le charme de la magnifique personne que je suis. Tout comme ils penseront facilement que je n'ai pas su résister à une femme comme toi. »
Elle crut cette fois que son organe vital allait la lâcher alors qu'elle sentait ses joues s'empourprer certainement plus que de raison à l'entente de ce compliment. Elle décida donc de s'éloigner du brun de quelques pas, ne supportant plus cette chaleur dans son corps ainsi que le regard de Killian qui la perçait au plus profond de son âme.
Il fallait impérativement qu'elle garde ses distances.
Le jeune homme sembla déçu qu'elle se repousse mais ne fit pas la moindre remarque. Au contraire, il lui offrit simplement un sourire désolé. Lui-même trouvait qu'il allait trop loin, le pire étant qu'il ne le faisait pas exprès.
C'était juste plus fort que lui. Il avait besoin de la sentir proche, parce que sa présence l'avait toujours apaisé, d'autant plus dans de tels moments critiques, où une menace pesait au-dessus de sa vie – menace qu'elle avait réussi à éloigner pour le moment.
« Bon, on les range, ces affaires ? finit par reprendre la parole Emma, dans l'espoir de changer de sujet – elle ne savait pas quoi lui répondre, et n'avait pas envie d'y réfléchir davantage, de toute façon. Tes sacs commencent à peser lourd ! »
L'irlandais acquiesça, soulagé qu'ils sortent enfin de ce silence qui commençait à peser entre eux. Débuta alors une longue fin d'après-midi à installer les Jones dans le petit cocon familial de Henry et sa mère, ce qui ne cessa d'ailleurs pas de troubler cette dernière au fur et à mesure que de nouveaux cartons étaient déballés et venaient trouver leur place dans l'appartement.
En effet, cela rendait la cohabitation encore plus réelle, à présent, et elle devait bien avouer que c'était assez étrange que d'imaginer l'irlandais et sa fille faire partie intégrante de son quotidien pour une durée indéterminée.
Il y avait si longtemps qu'elle n'avait plus laissé quelqu'un y entrer…
Quand arriva enfin le soir, et que les enfants furent couchés tôt après manger car fatigués suite à une journée à ce point remplie, les parents eux s'installèrent devant la télévision, chacun un verre à la main. Pendant un long moment ils ne parlèrent pas, absorbés par le films qu'ils regardaient – ou plutôt, faisant mine de s'y intéresser pour cacher leur malaise.
Ce fut finalement Killian qui brisa le silence, n'y tenant plus. Une simple question lui tiraillait l'esprit depuis la veille déjà, sans qu'il n'ose la poser – mais il avait besoin de savoir. Il devait comprendre.
C'est pourquoi il demanda, sans pour autant détourner le regard de l'écran face à lui :
« Qu'est-ce qui t'a poussé à faire ça, Emma ? Je veux dire, qu'est-ce qui t'a poussé à m'aider… à nous aider ? »
La jeune femme se figea à l'entente de cette interrogation. Elle n'eut aucun mal à deviner, grâce au ton peu assuré de la voix de son invité, qu'il avait bien saisi que quelque chose au fond d'elle l'avait fait prendre cette initiative sans réfléchir.
Quelque chose qui n'avait absolument rien à voir avec le fait qu'il était son ami, et que c'était le rôle des amis que de se protéger. Quelque chose de beaucoup plus profond que cela.
Quelque chose qui la suivrait durant toute son existence.
Elle tenta malgré tout naïvement de lui faire part de cette excuse sur l'amitié, dans l'espoir qu'il n'aille pas chercher plus loin. C'était malheureusement une peine perdue d'avance, elle en avait bien conscience, et il le confirma en répliquant à son aveu :
« Emma… Je te connais, maintenant. Quelle est la véritable raison derrière tout ça ? »
L'intéressée poussa alors un long soupir, avant de courageusement venir planter ses irises déjà mouillées par des larmes contenues à cause tout ce qu'il avait fait resurgir par sa question sur celles de son vis-à-vis.
Devant la tristesse de son regard, ce dernier s'en voulut aussitôt d'avoir insisté de cette façon pour qu'elle s'ouvre à lui sur ses intentions, mais il était trop tard pour revenir en arrière. La shérif s'apprêtait à parler, et elle n'aborderait pas deux fois ce sujet ; il avait donc tout intérêt à porter une grande attention sur ce qu'elle allait lui confier.
Ainsi, il resta muet et se contenta seulement de faire ce qu'ils savaient tous deux le mieux faire l'un avec l'autre quand il était question de se réconforter : il prit sa main dans la sienne et la serra fort entre ses doigts.
« Je… j'ai fait ça parce que… parce que je sais ce que c'est, que de grandir sans parent, démarra-t-elle son explication, la révélation de cette part de son passé qui la faisait tant souffrir, même encore maintenant, des années plus tard, plus douloureuse encore que la trahison et l'abandon de son ex-petit-ami. Et aucun enfant, personne même, ne devrait avoir affaire à un tel sort, cette solitude à se demander constamment ce qu'on a bien pu faire de mal dans ce monde pour mériter une vie sans avoir quelqu'un pour nous aimer. Je sais que ce n'est pas exactement ce qu'aurait dû supporter ta fille si on l'avait séparée de toi, mais… »
Les larmes roulaient à présent en abondance sur les joues de la blonde, qui continuait difficilement son récit entre deux sanglots, incapable de rejeter tous ces souvenirs qui remontaient à la surface au fur et à mesure qu'elle énonçait son discours.
Killian aussi commençait à avoir les yeux rouges, et son emprise sur la main de son amie se resserrait à chaque mot nouveau.
« J'ai été abandonnée à la naissance, sur un bord d'autoroute. Mes parents se souciaient si peu de moi qu'ils n'ont même pas pris la peine de me déposer dans un orphelinat ou devant un hôpital. J'ai ensuite été transportée de familles d'accueil en orphelinats toute ma jeunesse et, crois-moi, c'est quelque chose qui te marque pour toujours. Je… je ne pouvais donc pas imaginer Sarah vivre ça ne serait-ce qu'une seule seconde, surtout lorsqu'elle a avec elle ce que moi je n'ai jamais eu et pourtant tant souhaité : un parent qui l'aime de tout son cœur, quelqu'un sur qui compter… »
Un lourd silence suivit les paroles d'Emma, durant lequel l'irlandais se contenta d'essuyer ses larmes du bout des doigts de son bras libre. Il ne savait décemment pas quoi répondre. Même s'il avait lu dès le premier jour la détresse de l'enfant perdu dans ses yeux que lui-même avait, jamais il n'aurait pu imaginer qu'un passé si douloureux se cachait derrière cette femme merveilleuse.
Comment des gens avaient-ils pu se montrer si cruels avec elle, avec un nouveau-né ? Il avait mal rien que d'y penser.
Et dire qu'il détestait son père à cause de ses problèmes d'alcool… Lui au moins avait une raison, certes non-excusable, mais une raison tout de même quant à son comportement. Alors qu'elle, elle ne savait même pas pourquoi l'on n'avait pas voulu d'elle.
Quelle horreur devait-ce être que ce sentiment d'incompréhension…
Touché par les aveux de la jeune femme – ce n'était pas tous les jours, ni avec n'importe qui, qu'il la voyait se montrer si incline à partager son histoire –, et l'état dans lequel elle se trouvait actuellement, il ne trouva pas d'autre façon pour lui montrer sa présence à ses côtés dans un tel moment que de se rapprocher doucement d'elle, assez doucement pour qu'elle puisse le repousser si elle trouvait son geste déplacé, et entoura son corps de ses bras. Car, après tout, rien n'était plus réparateur qu'une étreinte (certainement aussi qu'elle n'avait pas eu droit à beaucoup de câlins étant enfant, chose qu'il fallait vite réparer selon lui).
Elle se laissa faire, se moquant bien pour une fois de se montrer vulnérable face à quelqu'un, et le rapprocha même d'elle alors qu'elle enfouissait sa tête dans le creux de son cou pour cacher ses larmes qui se calmèrent peu à peu au son de la voix du jeune homme. En effet, il s'était mis à lui chuchoter des mots doux à l'oreille malgré sa gorge serrée, la remerciant encore une fois de ce qu'elle avait fait pour lui. Il lui embrassa même les cheveux, qu'il caressait tendrement, geste qui avait toujours apaisé sa fille.
(Et qui l'avait apaisé lui, plus jeune, lorsque ce baiser provenait de sa mère, alors qu'ils se tenaient tous deux dans le lit de la malade.
Il espérait donc qu'il en serait de même pour Emma.)
Son souhait fut apparemment exaucé, puisque cette démonstration d'affection à son égard sembla bien accueillie par la jeune femme. C'était même tout ce dont elle avait besoin pour faire face à cette confrontation avec son passé, en fait.
Pas de mots, pas d'excuses.
Mais seulement une ancre à laquelle se raccrocher…
Ils restèrent là, sans bouger, savourant simplement la quiétude du moment et la présence de l'autre qui avait ce don de réchauffer instantanément leur organe vital à leurs côtés, jusqu'à ce qu'une petite voix enfantine ne les sorte de leur torpeur.
« Papa, appela tristement Sarah. J'ai fait un cauchemar… »
Il n'en fallut pas davantage pour que l'intéressé ne se détache de son étreinte avec Emma, bien qu'à contrecœur, et qu'il ne se retourne en direction de la brunette. Celle-ci avait les prunelles dirigées vers le sol.
Puis il regarda à nouveau la propriétaire des lieux, qui d'un signe de tête le rassura et l'invita à rejoindre la petite pour la consoler alors qu'elle-même avait enfin séché toutes ses larmes. Cependant Killian ne voulait pas la quitter.
Pas quand elle se trouvait dans cet état – par sa faute, en plus.
C'est pourquoi une idée émergea à son esprit, et il s'adressa à l'intention de son enfant :
« Viens me voir, chérie. »
Elle s'exécuta sans se faire prier, s'installant immédiatement sur les genoux de son père. Il caressa alors sa longue chevelure d'ébène, un rictus bienveillant au bord des lèvres, tandis qu'il continuait de lui faire part de sa proposition :
« Est-ce que tu voudrais bien que l'on raconte l'histoire du cygne au plumage d'or à Emma pour oublier ton cauchemar ? »
L'intéressée accepta avec joie. C'était un conte tout droit venu d'Irlande, son préféré, celui que ses parents avaient pris l'habitude de lui lire tous les soirs à sa demande avant qu'elle n'aille se coucher. Elle le chérissait autant que Henry aimait Once Upon a Time.
Comme lui avec son livre, elle le connaissait donc par cœur, et ce fut avec bonheur qu'elle le récita à la jeune femme.
Cette dernière eut un mal fou à contenir à nouveau ses pleurs. Non plus des larmes de tristesse, cette fois, mais d'émotion. Jamais personne ne lui avait raconté d'histoire auparavant, et elle se sentait touchée par le geste de Killian.
Lui ne l'avait pas abandonnée, alors qu'il aurait eu toutes les raisons de le faire, puisque son enfant le demandait. Mais non, il avait réussi à trouver un moyen de concilier les deux. Un très bon moyen, même, puisqu'en plus de faire taire les démons dans sa tête à elle, il sembla aussi faire oublier la détresse de la brunette qui s'endormit rapidement une fois le conte terminé.
Puisqu'il se faisait tard, quand le jeune homme se leva pour ramener Sarah dans sa chambre, il souhaita par la même occasion une bonne nuit à Emma, voyant qu'elle avait à présent retrouvé le sourire mais surtout, qu'elle ne cessait de bâiller depuis quelques minutes déjà. Cette dernière le laissa partir, même si elle se sentait quelque peu déçue et à nouveau triste de se retrouver seule.
Elle se rassura tout de même par la simple pensée qu'il n'était pas loin, et qu'ils se reverraient dès le lendemain matin.
(Et elle ne put s'empêcher de s'imaginer ce à quoi il ressemblait, à la première heure de la journée, tout droit sorti de son lit.
Aussi charmant que d'habitude, certainement, pensa-t-elle.)
Elle se dit aussi que finalement, cette idée n'était peut-être pas si mauvaise que cela…
(De son côté, l'irlandais songeait à la même chose alors qu'il fermait les paupières.)
« Petit-déjeuner au lit pour madame ! »
Emma, allongée dans le canapé, bien au chaud sous ses couvertures, poussa un gémissement mécontent alors qu'une présence à ses côtés ainsi que la douce odeur de pancakes et de cannelle venaient de la réveiller. Après plusieurs longues secondes, elle se décida enfin à ouvrir les yeux et se retrouva nez-à-nez avec un Killian tout sourire, qui tenait un plateau rempli de bons mets entre ses mains. Cette attention fit trouver instantanément le sourire à la blonde.
Depuis bientôt une semaine que les Jones avaient emménagé, le père de famille ne cessait de la traiter comme une princesse. Puisque, contrairement à elle, il ne travaillait pas la journée, il s'occupait de toutes les tâches ménagères sans exception malgré les protestations de la jeune femme, qui ne cessait de lui répéter qu'ils pouvaient partager. Mais il ne voulait jamais rien entendre, et chaque soir quand elle rentrait, elle pouvait être certaine qu'un délicieux repas l'attendait dans un appartement bien rangé.
Elle qui n'était pas très bonne cuisinière (contrairement à lui, il fallait bien l'admettre, qui avait tout d'un chef), elle n'avait pas mangé aussi sainement que depuis qu'elle avait le brun chez elle – et autant dire qu'elle n'allait pas s'en plaindre, au contraire.
La colocation se passait donc pour le mieux pour l'instant, même si elle avait eu très peur au lendemain de leur première soirée passée ensemble. Il l'avait vue au plus bas, si vulnérable et ouverte, et il s'était montré tellement adorable envers sa personne…
Tout ceci l'avait fait paniquer dès son réveil.
(A tel point qu'elle n'avait pas pu apprécier comme il le fallait la vision du jeune homme torse nu dans sa cuisine, pendant qu'il préparait leur petit-déjeuner en chantonnant – à la place, elle l'avait congédié se rhabiller au plus vite, désagréable avec lui comme au premier jour de leur rencontre, alors qu'il ne le méritait, d'avis tout à fait objectif, absolument pas.
Elle lui avait bien précisé qu'il pouvait faire comme chez lui, après tout.)
Heureusement, Killian, qui la comprenait toujours sans qu'elle n'ait besoin de lui faire part de ses craintes, s'était excusé et avait finalement réussi à la mettre à l'aise. Depuis, elle ne faisait que se réjouir de l'avoir avec elle.
Du moins, quand certaines idées, qu'elle préférait enfouir au plus profond d'elle pour ne pas avoir à y penser, ne venaient pas lui traverser l'esprit… Comme présentement, par exemple.
Car elle ne pouvait s'empêcher de se dire, tandis qu'elle avait ses prunelles portées sur l'irlandais qui se tenait à quelques centimètres d'elle seulement, qu'elle apprécierait grandement avoir chaque jour pour première vision celle de cet homme et de son sourire si chaleureux, et de son regard si…
Si quoi, en fait ? Elle ne pouvait déchiffrer ce qu'elle pouvait lire à l'intérieur de celui-ci (ne le voulait certainement pas, par peur de ce qu'elle pourrait y trouver) mais savait que c'était quelque chose de beau, en tout cas.
Et qu'il lui était destiné.
(Elle se demandait aussi parfois s'il avait l'habitude de se comporter avec sa femme ainsi, avant, ou s'il se montrait encore plus gentleman encore – même si elle avait du mal à imaginer qu'être plus adorable que cela puisse exister. Mais de toute façon, c'était une question qu'il ne valait mieux pas qu'elle se pose, car partant sur un terrain bien trop dangereux, à son avis.)
« En quel honneur ? finit-elle tout de même par se sortir de ses songes en s'asseyant sur le divan et volant un pancake au passage.
– Tu es rentrée tellement tard hier soir que tu n'as même pas entendu le réveil ce matin, alors…
– Attends, pardon ?! le coupa la shérif, soudainement paniquée. Quelle heure est-il ? »
Le grand soleil haut dans le ciel qu'elle aperçut par la fenêtre du salon répondit à la place de Killian. Elle ne travaillait peut-être pas aujourd'hui, ayant pris un jour de repos, mais son fil avait école, et…
« Ne t'inquiète pas pour Henry, la rassura immédiatement son interlocuteur, accompagné d'un tendre rictus. Je l'ai déposé avec Sarah. Tu dormais si bien, on n'a pas voulu te réveiller.
– Je… merci, fut simplement capable de répliquer Emma, touchée par ce geste. »
Puis elle se tut, se contentant de mordre dans son repas, pensive. Il était vrai que depuis l'installation de l'irlandais chez elle, elle passait de nombreuses heures supplémentaires au bureau du shérif, ce qui l'épuisait franchement.
Elle ne faisait pas ceci pour l'éviter, non. Mais parce qu'elle enquêtait.
Elle voulait connaître l'identité de celui qui avait eu le culot de le dénoncer aux services sociaux, et pour quel motif.
Elle avait quelques noms en tête, des fauteurs de troubles capables d'une telle chose, mais elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi ils feraient cela. Zelena, Cruella, Isaac… ils avaient causé pas mal de problèmes en ville, mais connaissaient-ils Killian ? Elle n'en était pas si certaine.
Quoique, il y avait bien parmi eux une autre personne qu'elle soupçonnait, et qui aurait même plus ou moins un mobile. Toutefois, elle espérait au fond d'elle se tromper, qu'il n'avait rien à voir avec cette histoire. Car si c'était bien lui…
Il était l'homme le plus influent de Storybrooke, ce qui pourrait créer des difficultés pour la suite.
Monsieur Gold, bien entendu.
« Emma ? la fit revenir à la réalité la voix de Killian. Quelque chose ne va pas ? »
Il la regardait d'un air inquiet. En effet, elle ne l'écoutait plus depuis quelques minutes déjà.
« Si, tout va très bien, voulut-elle apaiser les craintes de son ami d'un sourire.
– Tu as l'air épuisée, s'entêta malgré tout le brun. Tu passes tes nuits au bureau… que fais-tu de si important là-bas ? Est-ce que… est-ce que je peux t'aider ? »
Il ne le lui en ferait pas part, mais il avait peur que tout ceci soit de sa faute. Qu'elle ne se sente plus tout à fait chez elle depuis qu'ils y habitaient, avec sa fille, et qu'elle préférait donc passer le plus clair de son temps au travail, loin d'eux, loin de lui.
(Ou pire encore. Qu'elle ait repris ses activités sexuelles avec Graham – Ruby lui en avait une fois parlé. Il ne savait pas pourquoi, mais lorsque cette pensée lui avait traversé l'esprit l'autre jour, il avait senti son cœur se serrer rien que de l'imaginer.
Il n'avait absolument aucune raison d'être contre cette relation, pourtant…)
Emma aurait voulu le rassurer – elle pouvait facilement deviner la détresse dans son regard – mais elle préférait ne pas parler de ses agissements tant qu'elle n'aurait pas une véritable piste. Elle redoutait la réaction qu'il pourrait avoir si elle lui en faisait part, ou qu'il lui demande d'arrêter ses recherches. Elle ne pourrait pas l'écouter – elle avait besoin de savoir, elle voulait l'aider.
C'est pourquoi elle expliqua simplement :
« Merci, c'est gentil, mais ne t'inquiète pas, c'est juste qu'avec Graham on a décidé de laisser David profiter de sa famille – de son tout jeune fils, surtout – puisque c'est bientôt Noël, donc on a plus de travail que d'habitude. Mais ça va, promis, tout va très bien, lui offrit-t-elle un doux rictus pour accentuer ses mots, tout en posant une main sur son bras en un geste de réconfort. »
Cependant, son explication eut l'effet inverse de celui escompté. En effet, imaginer la jeune femme seule avec le bouclé n'enchanta guère Killian.
Que lui arrivait-il ? Se montrait-il réellement… jaloux ?! Il n'en avait pourtant pas le droit. Emma n'était que son amie, si elle voulait voir quelqu'un d'autre, tant qu'elle ne gâchait pas leur plan, elle faisait bien ce qu'elle voulait.
Mais sûrement était-ce cela, la raison. Sûrement avait-il peur qu'elle ne mette à mal leur relation fictive.
Rien de plus que cela.
Du moins, ce fut ce qu'il tenta de se persuader lui-même alors qu'il se perdait dans ses idées noires, le regard fixé sur le sol. Il ne put néanmoins ruminer plus longtemps, puisque tout à coup la blonde ajouta en une exclamation :
« Au fait, j'ai complètement oublié de te prévenir mais justement, en parlant de Noël et de David… ils nous ont invité chez eux, avec Mary-Margaret, pour le fêter ensemble !
– Nous ?! s'étonna le jeune homme.
– Bah oui chéri, qu'est-ce que tu crois, que j'allais faire Noël sans mon petit-ami ?! répliqua l'intéressée en insistant bien sur le dernier mot, accompagné d'un clin d'œil et d'un petit rire amusés. »
Il déglutit alors, peu rassuré, un nouveau problème venant s'immiscer à son esprit. Il voyait déjà le regard pesant du châtain sur lui, toujours aussi peu convaincu par cette idée de cohabitation et de faux-couple, ainsi que celui compatissant de sa femme.
Et dire qu'il n'aimait pas Noël à l'origine. Celui-ci s'annonçait une véritable torture.
Heureusement, il y aurait Emma.
(Et il allait falloir qu'il se dépêcher de lui trouver un cadeau pour l'occasion, d'ailleurs.)
Le véritable conte irlandais qui existe est à propos d'un aigle au plumage d'or, mais j'ai décidé de le changer en cygne pour coller davantage à l'histoire.
