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Chapitre 10
Et la femme qui dort
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« J'ai essayé avec plus de délicatesse ! Plus de subtilité ! » s'emporta la jeune femme en lançant son carnet contre le bureau de la salle de contrôle. « Je ne lui ai pas montré la photo ! Mais il niait ! Je me suis retranché sur mes derniers espoirs ! »
« Vous craquez ! Vous craquez tous ! »
L'homme au costard qui était assis sur l'un des sièges roulants proche des ordinateurs de contrôle plaqua brutalement son poing contre le bureau, faisant trembler la tasse de café vide ainsi que le cendrier contenant des mégots éteints.
« Ils sont dans une autre réalité ! » reprit-il plus durement tandis qu'elle s'approchait vivement de l'écran qui filmait la chambre des Avengers. « Si vous lui avez montré cette photo, je ne sais pas ce qui aurait pu se passer pour vous ! »
Ne lâchant pas l'écran des yeux, elle aperçut Clint Barton être poussé à l'intérieur de la pièce sans ménagement cette fois-ci, et l'Avenger s'affaissa sur le rebord du lit, paumes contre ses tempes.
« Nous allons voir un peu ce qu'ils vont en conclure, » fit-elle finalement en ouvrant son calepin pour en sortir une feuille. « D'ailleurs, j'ai appris quelque chose d'intéressant. »
Ne disant rien, attendant d'avoir une preuve des paroles de la jeune femme, il resta assis à quelques mètres d'elle, son poing toujours resserré contre la table, la mâchoire contractée. Ainsi, dépliant une feuille pour la défroisser à l'aide de sa paume, elle pointa son index sur une écriture rouge tandis que l'homme se redressait un peu pour entrevoir de quoi il s'agissait. Selon toute vraisemblance, il s'agissait d'une frise chronologique composée de deux dates écrites en noir et d'une troisième au milieu des deux premières d'un rouge sombre.
« Comme je l'avais supposé, c'est le mariage de James Rhodey le point de rupture. Un peu après je pense, mais qu'importe, » expliqua-t-elle en débouchant son crayon rouge pour commencer à barrer rapidement une partie de la frise représentée par une simple flèche. « Tout ce qui se trouve après ce jour précis n'est réel que dans leur tête. »
Elle fit ensuite glisser le papier devant les yeux de l'homme en costard qui étudia le papier avec méfiance, remarquant que la jeune femme avait barré en rouge épais la seconde partie de la frise chronologique, après le mariage de James Rhodey. La jointure de son index contre son menton, il finit par hocher la tête lentement, et leva les yeux vers son interlocutrice.
« Ça ne change rien au fait que vos méthodes n'ont pas porté leurs fruits, » répliqua-t-il durement.
« Et vous, avez-vous fait mieux que moi ? J'ai appris bien plus que vous en trois petits jours, et je ne perds pas espoir. Fermez votre clapet, et écoutons-les. »
En effet, Pietro Maximoff venait lui aussi d'être jeté dans la chambre, tombant à genoux dès qu'il fut hors des mains de ses tortionnaires.
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Clint accourut vers son amant à genoux sur le sol, ses mains meurtries plaquées contre la moquette blanche pour prendre appuient.
« Pietro ! Tes mains ! Que t'ont-ils fait ?! »
Les poings du plus jeune se serrèrent pour dissimuler ses doigts mutilés et bandés et il leva un regard éreinté vers l'archer qui venait de passer son bras autour de ses épaules faibles.
« Non, c'est moi. Je suis juste fatigué, » répondit-il, sa voix étant cassée et presque chancelante.
Fronçant les sourcils avec incertitude, il serra alors la plus jeune contre son torse, le crâne de Pietro reposant contre ses clavicules, celui-ci s'abandonnant dans ses bras forts et musclés, se laissant couler sous les caresses douces de Clint contre l'arrière de sa tête.
« Je sais qu'ils t'ont dit des choses horribles, Pietro. Tout comme moi, » murmura Clint proche de son oreille. « Mais tu ne dois pas y croire. Rien de ce qu'ils disent n'est vrai. »
Pietro ferma les yeux péniblement, le cœur lourd. Wanda Maximoff, sa propre sœur, lui avait déclaré l'inverse avec pourtant grande peine et sérieux. C'était si dur de faire le point sur cette histoire, car il voulait faire confiance à sa sœur, mais si c'était le cas, quelque chose n'allait pas, et Natasha Romanoff serait donc bien morte en juin de cette même année.
« Ils m'ont parlé de cette femme qui court, » reprit Clint qui décida de commencer son récit en premier pour encourager ensuite le plus jeune à en faire de même. « Il s'agissait de Laura, morte dans cette forêt, surement en fuyant quelque chose. »
Pietro se dégagea brusquement des bras de Clint, le fixant soudain avec horreur. Laura était la femme qui court et Natasha celle qui tombe ? Non, impossible.
« Mais c'est faux, ne t'en fais pas, » lui assura Clint avec douceur tout en secouant la tête, résolu et persuadé par sa vision des choses. « Ils essaient d'endommager notre esprit pour mieux l'utiliser. Je le sens. Ils ont besoin de nous faire oublier nos souvenirs les plus précieux en nous faisant tomber dans le désespoir avant que l'on ne s'ouvre à eux. »
Pourtant, le sokovien resta interdit, la respiration saccadée et difficile. Devait-il lui annoncer ce que lui avait dit sa sœur un peu plus tôt dans son rêve ?
« Cette salope m'a dit que Natasha était la femme qui tombe, » murmura alors Pietro en baissant les yeux, évitant le sujet de son rêve. « Elle m'a même montré une photo. »
Se souvenant de la fameuse photo qu'avait refusée de lui montrer leur inquisitrice, Clint fronça les sourcils, et tenta de capter le regard fuyant de son amant dont ses poings étaient serrés jusqu'au sang, ses ongles pénétrant dans sa chair dont il ignora la douleur.
« Une photo de quoi ? » insista Clint le cœur battant.
« De Natasha. Elle… Elle semblait être tombée de haut, et elle était morte, » articula Pietro en se souvenant de cette atroce image. « Ça datait de juin 2016 je crois… Elle avait les yeux ouverts, Clint. Sans vie ! »
Cette fois-ci, il leva la tête et planta son regard vitreux vers Clint dont les yeux s'écarquillèrent de surprise amère. Il secoua négativement la tête tout en déglutissant.
« C'est un canular, Pietro… Un montage pour nous faire retourner le cerveau, rappelle-toi, » reprit-il d'une voix presque blanche. « Ils veulent nous-… »
« Et qu'est-ce qui te dit que ce n'est pas vrai, toute cette histoire ? Et qu'elles soient mortes toutes les deux ?! »
« Non, c'est faux ! » s'écria durement Clint comme pour s'échapper de cette version douloureuse de l'histoire. « Rappelle-toi, nous avons vu Natasha environ une semaine avant notre mission ! Et Laura, je l'ai appelé il y a quelques jours ! »
La main de Clint se plaçant brutalement contre l'épaule de Pietro pour le faire redescendre sur terre le fit sursauter et il finit par hocher doucement la tête, conscient que son amant avait raison en ce qui concernait cette partie de l'histoire.
« J'ai… J'ai vu ma sœur dans un rêve tout à l'heure, » avoua soudain Pietro d'un air fautif.
Mais Clint parut soudain se réveiller, et un magnifique éclat d'espoir vint briller dans ses yeux.
« Tu as pu lui demander de contacter les autres ? » lui demanda vivement Clint avec soudain un faible sourire plein d'espérance à son adresse. « T'a-t-elle dit quelque chose en plus de ces femmes ? »
Oui, Wanda lui avait clairement avoué que Natasha était bien cette femme qui tombait. Mais Pietro ne savait plus qui croire entre Wanda et Clint. Il était bloqué, le cul entre deux chaises, et ceci allait le rendre fou, il le sentait.
« Elle m'a juste dit qu'elle ne pouvait pas contacter les autres, » mentit Pietro sans oser regarder son fiancé.
« Pourquoi ? » lâcha Clint en perdant soudain son sourire. « Que se passe-t-il pour elle ? »
« Elle me dit être bloquée… »
« Bloquée ? Elle est peut-être ici elle aussi, » marmonna Clint en fronçant les sourcils, ayant toujours pensé qu'ils n'étaient pas seuls dans ce bâtiment immense.
« Non, sinon je sentirais sa présence, » répliqua Pietro en secouant la tête. « Je tenterais de lui parler à nouveau ce soir. »
Soudain méfiant, Clint prit le menton de son amant entre ses doigts, et l'obligea à lever la tête vers lui pour que leurs yeux se rencontrent. Pietro se laissa faire, se plongeant dans le regard clair de son fiancé tandis que les pupilles bleutées du coureur frémissaient doucement d'une crainte contenue.
« Il y a autre chose… » fit Clint dont l'absence d'interrogation surprit le plus jeune.
« Non, c'est tout, » répliqua Pietro en déglutissant.
Il haïssait mentir à Clint, surtout que Pietro ne savait pas vraiment mentir. C'était tout un art. L'art de Clint et Natasha.
« Tu es sûr ? » insista Clint en fronçant les sourcils, sans lâcher le menton du plus jeune.
Pietro hocha alors la tête, le cœur serré, et approcha son visage du sien pour l'embrasser doucement sur les lèvres et éloigner ce sujet difficile. Comme contraint à croire aux paroles étrangement confuses du plus jeune, Clint finit par répondre à ce baiser, lui offrant tout l'amour qu'il avait afin de calmer sa crainte et son anxiété, et ralentir le battement rapide de son cœur.
Ce fut court mais pourtant bénéfique, nourrissant une partie de leur batterie pratiquement plate, et une fois le baiser brisé par le plus jeune qui plaçait son front contre celui de Clint tout en fermant les yeux, Pietro humecta ses lèvres.
« Ce soir, je tente une sortie, » chuchota-t-il sans ouvrir les yeux, profitant du souffle chaud de son amant chatouillant ses lèvres gercées et humides.
« Pietro, ne fait rien. Il y a une caméra, » répliqua Clint sous le même ton, sa main toujours contre la nuque du plus jeune.
« J'espère que je me trompe, mais si j'ai raison, ils me laisseront passer sans me tuer. »
Clint ne parut pas comprendre, et était convaincu que Pietro lui cachait quelque chose. Il en était certain, mais ne savait pas pourquoi, surtout qu'ils avaient besoin de tout se dire pour faire le clair dans cette foutue histoire qui les empoissonnait depuis trois jours déjà.
« Fais-moi confiance, » murmura Pietro à nouveau lorsqu'il entendit le verrou de la porte derrière Clint.
Clint voulut répliquer en lui ordonnant de ne pas courir vers eux sous peine de se faire à nouveau tirer dessus, mais la chaleur de Pietro contre lui s'évapora, et le coureur disparut soudain, poussant lourdement les deux hommes qui ouvrirent la porte. Clint écarquilla les yeux en se relevant lorsqu'un homme s'approchait de lui en le mettant en joue, l'archer levant derechef les mains, ses yeux fixés avec effroi vers la porte où un des gardes se relevait difficilement.
Pietro était dans les longs couloirs de ce bâtiment, courant à toute allure.
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« Laissons-lui découvrir petit à petit. Vous ne me payez pas pour rien, » annonça la jeune femme en observant Clint Barton à travers l'écran hurler des choses aux gardes qui l'empêchaient de sortir de la pièce une fois que Pietro leur eut faussé compagnie.
« Vous allez le perdre dans ce bâtiment infini… Si jamais il réussissait à s'enfuir… ? » commença l'homme en secouant la tête d'un air réprobateur.
« Il est encore trop tôt pour qu'il puisse affronter l'extérieur. J'ai fermé tout ce qui s'apprêtait au dehors. Ne vous en faites pas. Nous allons y aller plus doucement. De plus… »
Tapotant rapidement quelque chose sur son ordinateur, la caméra de la chambre donna sa place à une immense carte du bâtiment où un point jaune clignotait doucement, bougeant à chaque clignement dans les longs couloirs. Satisfaite, elle sourit alors en se tournant vers son interlocuteur toujours assis, verre d'alcool entre les mains.
« L'implant GPS que j'ai placé dans la couture de leurs vêtements va me permettre de le suivre là-dedans, » annonça-t-elle visiblement assez fière de sa prouesse.
« Je vous fais confiance… Ou du moins, je l'espère, » répliqua-t-il avant de boire une autre gorgée de sa boisson alcoolisée.
« Oui. Il doit bien y avoir une faille. Quoi qu'ait fait Wanda Maximoff, ça ne peut pas être irréversible. »
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Pietro courait, et filait comme le vent, son cœur battant à la chamade. Personne ne semblait le suivre, et aucune alarme ne s'était déclenchée. Comme il le pensait, cette femme voulait qu'il découvre quelque chose.
Il ne fallait pas qu'il s'arrête, car comme disait sa sœur, lorsqu'il courrait il était intouchable, mais quand il ralentissait l'allure, tout pouvait l'atteindre. Cependant, ses pas se figèrent devant une porte close nommée « Archives » sur le petit écriteau en hauteur. Fronçant les sourcils, il abaissa la poignée mais elle ne s'ouvrit pas, et Pietro recula de quelques pas, utilisant sa vitesse pour enfoncer la porte qui semblait cacher nombre de secrets.
Sous sa force, la porte céda, et Pietro manqua de tomber à l'intérieur, main contre son épaule endolorie, et la lumière automatique vint éclairer une petite pièce aux multiples étagères, impeccablement rangées.
« Trop facile… » murmura Pietro de plus en plus sur ses gardes face à la facilité qui l'avait fait venir jusqu'ici.
Vérifiant que personne ne l'avait suivi, Pietro finit par s'introduire dans les longues allées entourées d'étagères, le cœur battant. Il sentait qu'ici il pouvait découvrir quelque chose ici.
« Et ils veulent nous faire découvrir leur vision de l'histoire… Mais pourquoi… ? Pourquoi inventer tout ça ? » s'interrogea Pietro, ses yeux balayant tous les noms qui étaient accolés sur le bord des étagères.
Plus il avançait ici, plus son impatience grimpait cran à cran et plus ses nerfs étaient à vif. Il savait qu'il allait découvrir quelque chose. Il le sentant à cette atmosphère malsaine qui le poussait à avancer dans la pénombre. Soudain, ses yeux rencontrèrent un nom qu'il connaissait maintenant parfaitement bien. « Barton. »
Il était dans la rangée de la lettre « B », mais suite à sa hâte et son inquiétude, il ne l'avait même pas remarqué. Ainsi, il approcha ses doigts du dossier placé au-dessus de l'étiquette « Barton Clint » lorsqu'il se figea à quelques centimètres de celui-ci, remarquant que « Barton Laura » était le second dossier.
Déglutissant difficilement, Pietro se décida à tirer le dossier de Laura, plutôt que celui de Clint, afin d'avoir le fin mot de l'histoire. Lorsqu'il ouvrit le dossier papier jaunâtre de l'ex-femme de Clint Barton, il remarqua que ses mains tremblaient et il dut prendre une longue inspiration avant de poser son regard à l'intérieur du secret.
La première feuille était un rapport, et le souffle de Pietro se bloqua dans sa gorge lorsqu'il lut les lettres écrites en gras et en capitale « Rapport d'autopsie du 10 mai 2016 ».
« Non, non, non… Laura n'est pas morte… » souffla Pietro, ses lèvres gercées tremblant elles aussi.
Il se souvint clairement avoir entendu sa voix à travers le combiné de téléphone il y a quelques jours lorsque Clint l'avait appelé pour avoir des nouvelles de ses enfants, suite à la rentrée des classes. En plus, le 10 mai 2016 c'était une date que Pietro semblait connaître.
Mais, balayant la feuille du regard, Pietro ne put s'empêcher de lire la conclusion de l'autopsie.
« Perforée par une arme blanche perçant le muscle dorsal latéral et brisant la douzième vertèbre thoracique. Arme en métal rouillé appartenant à un des Rapaces… »
La conclusion s'étendait encore un peu plus, mais Pietro resta figé sur le mot Rapace. L'oiseau ? Depuis quand l'oiseau portait-il une arme blanche ? Mais alors, de qui s'agissait-il ? Néanmoins Pietro refusa d'y croire et se mordit la lèvre inférieure jusqu'au sang pour ensuite jeter le dossier au sol, les feuilles volant tout autour de lui, certaines glissant sous les étagères.
Voulant ensuite prendre le dossier de Clint, il s'immobilisa à nouveau en remarquant une photo à moitié dissimulée par une feuille qui ressemblait à un certificat d'identité, dans le dossier de Laura à même le sol.
« Non… Faites que ça ne soit pas ce que je pense… » murmura-t-il, ne pouvant étouffer sa curiosité maladive.
De ce fait, il se pencha, priant intérieurement pour ne pas tomber sur quelque chose qu'il regrettera de voir. Ses doigts interceptèrent doucement le bout de cette photo et il la tira hors du dossier. Mais ses craintes étaient bien là, et il lâcha immédiatement cette image terrible, surement l'une des photos que cette cinglée avait refusé de monter à Clint.
Il recula d'un pas, soudain paniqué par ce qu'il venait de voir, marchant sur les feuilles de ce dossier sans s'en soucier.
« Il y a une seconde version de l'histoire, » murmura Pietro épouvanté par ce qu'il venait d'apprendre.
Plongeant son visage entre ses mains chaudes, Pietro essaya à nouveau de se calmer pour faire le clair dans son esprit à bout et embrouillé par cette femme.
« Non… Ils mentent… Il voulait que je trouve ça… » se répéta Pietro en secouant la tête, du sang perlant de sa lèvre inférieure après se l'avoir mordillée violemment.
Puis, il se mit à penser aux autres Avengers. Il fallait qu'il voie le dossier de Natasha Romanoff au plus vite. Ainsi, malgré ses brusques tremblements d'effroi, Pietro accourut dans une autre allée, la respiration lourde et discontinue. Il était au début de l'alphabet et remarqua rapidement le nom de famille « Wilson », et il s'empressa d'attraper le dossier, voulant en savoir plus sur leurs amis Avengers.
Sam Wilson était le Faucon de l'équipe, certes, il agaçait énormément Pietro, mais il était finalement plus son ami que son rival. Néanmoins, avant qu'il ne puisse ouvrir le dossier, il se figea d'horreur, ses doigts se refermant contre le dossier en carton, froissant la matière.
« Non.. » répéta Pietro en écarquillant les yeux.
Le Faucon. L'oiseau dont parlait la jeune femme. Le volatile qui avait été tué par l'un des sbires de cette femme lorsqu'il volait sous les yeux de Clint. Et si c'était-…
Mais ses pensées furent brutalement coupées par une douleur aiguë contre son cou, et Pietro lâcha le dossier à ses pieds, passant inconsciemment sa main contre sa peau. Une petite fléchette venait de pénétrer dans sa chair, déversant toute sa substance étrange. Et sans que Pietro ne puisse voir d'où était venu ce projectile, il sentit son esprit s'envoler, et son corps vint rencontrer le sol au milieu des feuilles appartenant à l'Avenger Sam Wilson, alias le Faucon.
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Se retournant vers l'homme au costard toujours assis pour apercevoir son expression, la jeune femme se contenta de croiser les bras.
« Il en a assez vu. Reste à voir qui il va croire. »
« Reste aussi à savoir ce qu'il a vu dans ces dossiers, » répliqua durement l'homme qui semblait ne plus pouvoir se mettre en colère, d'un air las et flegmatique, surement aidé par l'alcool.
« Il va falloir ouvrir les fenêtres, monsieur-… »
« Ne prononcez pas mon nom ici, Mademoiselle Abeline. »
Se toisant tous deux d'un regard froid et calculateur, la jeune femme finit par briser ce contact lourd pour fixer ensuite l'écran qui montrait à nouveau la chambre, là où Clint Barton était assis, adossé à la porte en fer, semblant angoissé et terrifié.
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Donc si pour Laura c'est vrai, et qu'elle soit morte, Natasha était bien celle qui tombait.
Mais qui était celle qui dormait ? Et l'oiseau abattu de sang-froid ? Pourquoi la cinglée m'avait tiré dessus dans cette salle d'entrainement ? Bordel, je sais que tout est lié. Mais je n'arrive pas à faire le point là-dedans !
Ouvrant les yeux faiblement, je remarque que je suis à nouveau dans ce rêve étrange et froid. Oui froid. L'odeur est toujours présente, forte et dérangeante, l'herbe et les feuilles ont entièrement disparu, l'horizon du paysage est blanc, et l'arbre ne me paraît plus minéral, mais artificiel. La balançoire ne possède plus ses cordes beiges, étant remplacées par des chaînes noirâtres.
« Pietro, tu es donc déterminé à tout savoir, » fit soudain la voix de ma sœur toujours perchée sur cette balançoire qui grinçait doucement à ses légers mouvements d'avant en arrière.
J'étais encore une fois à quelques mètres d'elle, mais ma voix resta bloquée dans ma gorge.
Wanda… Que t'ont-ils fait bon sang. Pourquoi es-tu dans cet état ? Pourquoi ne puis-je pas sentir ta présence apaisante. Pourquoi ? Pourquoi ?!
« Ne pleure pas mon frère. Tout va bien. »
Ma sœur tente un sourire doux, mais emplit de lourd chagrin. Oui, je pleure, est alors ? J'ai trop mal. C'est atroce. Ma sœur est pâle comme la mort, ses yeux sont cernés de noirs et ses paupières sont rouges. Ses traits sont creusés. Et ses vêtements ont changé. Je ne me souviens pas avoir vu qu'elle portait ça. C'était une robe bleutée. Celle que portaient les patients dans les hôpitaux. Voilà pourquoi elle était pieds nus !
« Quoi que je dise, Pietro, ça ne changera pas. Ton esprit resta focalisé sur des souvenirs qui-… »
« Qui sont quoi ? » lâchais-je soudain de ma voix cassée. « Faux ? »
Oui, c'est l'impression que j'avais lorsque cette cinglée tente de nous parler de nous, creuser notre histoire et nous annoncer des faits étranges à glacer le sang.
« Il y a deux versions de l'histoire, n'est-ce pas ? » murmurais-je.
Wanda hocha lentement la tête, d'un air désolé et éreinté. Mais alors… Quelle était la vraie version ? Et pourquoi ?
« L'une des versions correspond à ton bonheur, Pietro. Après le mariage de l'ami de Tony Stark en fait, » m'expliqua-t-elle sans oser me regarder. « Tu t'es fiancé avec Clint. Stark et Rogers mènent toujours à bien leur mission et travail main dans la main. Un week-end sur deux, vous gardez les enfants de Clint, toi et lui. Et parfois, moi et Natasha nous venons vous rendre visite. Tu te souviens de tout ça ? »
« Bien sûr ! C'est notre vie ça, Wanda ! » m'exclamais-je pourtant heureux de constater qu'elle était consciente de cette histoire.
« Je suis aussi enfermé dans ce rêve, Pietro. Mais pas encore totalement, car je suis encore ici avec toi et je suis au courant pour la seconde histoire. »
Je déglutis difficilement, à vrai dire, je redoutais grandement ce qu'elle allait me dire.
« Et la seconde histoire ? » insistais-je alors que Wanda fixait le sol de manière songeuse.
« La seconde histoire correspond à celle des trois femmes qui sont mortes. »
Donc de Laura et Natasha. Non, elles ne peuvent pas être mortes, c'est impossible. Je ne pouvais pas le croire.
« Les Rapaces… ? » demandais-je soudain.
Ma jeune sœur leva un regard surpris vers moi, et je compris que j'avais vu juste.
« Les Rapaces, oui, » fit-elle avec un certain dégoût dans le ton de sa voix. « Ce sont eux. Tu verras. Parle-en à cette femme, peut-être te montrera-t-elle… »
Et toi, pourquoi toi, tu ne me le dis pas ?
« Quelle est la véritable histoire ? » demandais-je soudain avec peur.
« Pas la tienne, Pietro. Je suis désolée. »
Il fallait que je m'asseye, j'avais besoin d'air. Mon cœur allait exploser.
« Votre amour, à toi et Clint est vrai, c'est une évidence même, mon frère. Mais les circonstances qui vous ont mené ici ne sont pas les mêmes. »
Notre amour ? Quoi, que s'est-il passé alors dans cette version de l'histoire ? La relation que nous entretenons moi et Clint était fausse ? Impossible, je me rappelle de tout. Absolument tout. Sa demande par exemple. Nos rendez-vous. Nos ébats sous la couette. Tout était présent dans ma tête, tout comme mon attirance incontestable que j'avais pour lui depuis notre rencontre en Sokovie. Un certain 22 avril 2015.
Cependant, le cœur serré, je finis par jeter la question qui brûlait mes lèvres depuis mon arrivée ici.
« Qui est la troisième femme ? »
Oui, cette troisième femme qui dort. La dernière qui manque. Wanda plante son regard triste dans le mien et ses lèvres tremblantes s'entrouvrent alors pour me dire la vérité.
« Pietro. C'est moi. La femme qui dort. »
Ses paroles me fouettèrent et un frisson parcourut tout mon corps.
« Et… Et qui est morte ? » articulais-je d'une voix blanche.
« Demande à Stark où je suis. Tu verras. Tu viendras et me laisseras partir, Pietro… »
« Qu-… Quoi ? Stark ? Pourquoi Stark ? Wanda… Je-… »
Mais j'étais incapable de continuer car ma gorge était serrée, et je sentais à nouveau des larmes sur mes joues.
« Stark viendra à toi, je le sais. Il a toujours été là. Il te racontera tout. Choisis quelle histoire tu souhaites suivre. »
Wanda semblait éreintée, comme si son interaction avec moi la fatiguait énormément. Mais je ne voulais pas la quitter. Finalement, je ne voulais pas quitter cet endroit étrange et malsain car ma sœur était là, et elle avait besoin de moi !
Bordel, je sentais ce surplus d'émotions. Je sombrais encore alors que je voulais rester.
J'ai adoré toutes vos hypothèses, et je suis fier de vous car certaines tombent juste :D
La suite ce week-end avec le début des révélations !
Merci à tous je vous aime !
Merci Likinup pour ta review :)
Prochain chapitre : Une bien sombre lumière
