Bonjour!

Je sais que ça faisait un moment mais je vous assure que vraiment, j'étais la plus frustrée! En traduisant la version française en anglais, je me suis mise à faire des changements, des améliorations, et du coup, il fallait faire les modifications sur la version originale. C'était très long et ennuyant et assez décourageant... Mais je n'abandonne jamais mes histoires et maintenant, je dois aussi relire les chapitres précédents car je me suis rendue compte qu'il y a des petites erreurs de typo, le carnage du mode refrappe et autres et je ne veux pas laisser les choses comme ça.

Rassurez-vous, je m'en occuperais petit à petit, quand la traduction me prendra trop la tête, le temps de me calmer un poil avant de m'y remettre.

Je vous remercie pour vos reviews, elles m'ont beaucoup encouragé et je pense avoir répondu à tout le monde. Pour les anonymes, je vous rappelle que c'est sur ma page de profil (pas du tout à jour) pour lire les réponses.

Disclaimer : Pas à moi, sinon je serais au courant...

Bonne lecture!


Chapitre 11

Doutes


Nous sommes à Griffondor ! Moi et Georges. Bien sûr, tout le monde dans notre famille est passé par Griffondor mais je craignais quand même un peu d'être séparé de mon frère. On n'a jamais été séparé avant et je crois pas que j'aurais supporté. Et puis, on a fait plein de projets. On a un seul et unique objectif : rester dans l'histoire de Poudlard comme les plus grands farceurs de tous les temps. Les études ? Pas vraiment notre priorité. Maman nous a déjà promis rétribution avec sa cuillère en bois mais si ça ne nous a jamais arrêté avant, je ne vois pas comment ça pourrait le faire maintenant. Percy a promis de nous surveiller, la sale fouine, mais Georges et moi avons les moyens de lui rendre la vie impossible. A vrai dire, je crois qu'on peut dire sans exagérer que c'est l'un de nos buts dans la vie… Je préfère Charlie, lui au moins, il nous comprend. Il est un peu comme Bill mais en plus fun encore.

Aïe ! C'est Georges qui m'a donné un coup de coude pour attirer mon attention qui devrait, et c'est parfaitement logique, être tournée vers mon assiette emplie d'un délicieux poulet grillé et de succulentes patates sautées. Au lieu de ça, Georges m'invite à regarder la table des professeurs d'une manière pas franchement subtile.

- T'as vu ? Me chuchote t'il.

Vu quoi ? Je cherche mais je ne trouve rien d'intéressant à regarder chez les professeurs. On va les voir suffisamment souvent pour ne pas en plus devoir les mater au moment des repas, si ?

- Il parle du fils du professeur Snape, l'homme en robe noire, me déclare charitablement Charlie.

- T'avais pas dit qu'il avait un fils, Snape, accusais-je, fronçant les sourcils.

- C'est parce qu'il a été adopté cet été, nous explique Charlie.

- Tu le saurais si tu avais écouté le discours du professeur Dumbledore tout à l'heure, sermonne Percy.

De façon totalement immature et totalement assumée, Georges et moi nous nous sommes regardés un instant avant de tirer la langue à Percy qui se détourna, vexé. Nous explosons de rire sous le regard indulgent de Charlie. Alors que Charlie écoute Georges le questionner sur la possibilité de faire une exception pour faire partie de l'équipe de Quidditch pour les premières années, moi, je décide de voir à quoi il ressemble le fils à Snape. Je le repère finalement à côté de l'homme – le professeur Snape apparemment – tout en noir et au regard acide. Il est tout petit et tout pâle. Il ne regarde personne et n'avale rien de ce qu'il y a dans son assiette. Y'a pas grand-chose dedans d'ailleurs et ça a pas l'air très ragoûtant. On lit rien sur son visage, comme si quelqu'un avait gommé toutes les expressions dessus, ça fait bizarre. Soudain, je sens mes poils se hérisser sur mon bras, mes yeux croisent ceux, noirs et froids, de Snape et je me hâte de regarder ailleurs. Charlie avait raison, il n'a pas l'air commode le professeur de potions. Même Percy le dit et ça, ça veut tout dire de la part du cireur de pompes. N'empêche, je suis curieux, c'est l'une de mes plus grandes qualités, et je ne peux pas m'empêcher de regarder à nouveau.

Snape lui dit quelque chose et le garçon se contente de le regarder. Le professeur soupire et lui donne un flacon de potion. Le garçon l'avale d'une traite. Ça, c'est juste cruel. Les potions, elles ont toutes un goût de chaussette quand on a de la chance ou de vomi quand on n'en a pas. N'empêche, maintenant, il mange. Mais doucement quand même, pas comme Ronald qui cherche à toujours à en mettre le plus possible dans sa bouche. Avec Georges, on n'a toujours pas trouvé comment il fait pour ne pas s'étouffer. Pas faute d'avoir essayé. Et il a des manières, les coudes sous la table, bien droit sur sa chaise. N'empêche, il a l'air tout fragile et tout petit, le fils à Snape. Soudain, des yeux d'un vert intense croisent les miens avant de se détourner aussitôt. Un truc de sûr, il a pas du tout les mêmes yeux que Snape, son fils. Je me retourne vers mon assiette avant de me pencher vers Charlie.

- Dis Charlie, qu'est-ce qu'il va faire le fils à Snape pendant les cours ? Je demande. Il va venir avec nous ?

- Non. Il n'a que neuf ans, m'explique Charlie. Honorine, qui est préfète pour Griffondor cette année, m'a informé que tous les préfets ont été prévenus qu'une salle de classe abandonnée a été réservée pour lui et son tuteur à côté de la salle de potions dans les donjons. Et il s'appelle Evan.

Evan ?

J'aime bien ce nom.

oO°Oo

- Aujourd'hui, j'aimerais aborder les différences dans l'utilisation des systèmes runiques/arithmantiques avec l'usage de sortilèges avec baguette, expliqua Strakowski de son habituel ton rêche et sévère, requérant l'attention absolue de son élève. Heureusement, ça ne posait aucune difficulté au principal concerné.

- Premièrement, la magie utilisée n'est pas la même. La source de la magie runique et arithmantique n'est pas exactement connue, ce sont des arts qui ont été en grande partie perdue lors des Ages Sombres, entre environ 1000 et presque 1800 après JC par l'instauration du Code international du secret magiqueen 1792grâce à l'invention du premier sortilège de repousse-moldus . Aujourd'hui, nous sommes en pleine période de redécouverte mais il y a beaucoup de choses qui ont été malheureusement détruites et que l'on ignore. On suppose que les runes ont leur propre magie qui leur a été transmise lors de leur création ou bien par certains rituels sacrés dont on n'a pas retrouvé la trace. D'autres pensent qu'elles sont chargées par la plus proche source de magie environnante mais personne n'a de certitude à ce sujet. Quant à l'arithmancie, nous avons juste hérité de la signification synthétique basique des nombres et toutes les règles basées sur ceux-ci ont fait l'objet d'un travail extrêmement important de recherches et de redécouvertes par diverses sociétés et guildes en arithmancie ces deux derniers siècles, lorsque notre peuple a enfin pu retrouver la paix.

Le garçon prenait soigneusement de notes alternativement sur ces deux carnets. Strakowski supposait qu'il effectuerait des recherches sur les Ages Sombres par lui-même. Il appréciait cette autonomie et cette curiosité chez l'enfant et faisait en sorte de l'encourager. Il poursuivit :

- Pour la magie avec baguette, la réponse est plus simple bien qu'elle fasse également appelle à l'arithmancie. Ainsi, la magie est directement extraite du noyau magique de celui qui lance le sort et sa puissance est donc relative à l'individu lui-même. Maintenant, il est évident que la magie runique est hautement plus puissante que la magie avec baguette mais dans ce cas, pourquoi est-elle moins utilisée à ton avis, Evan ? Demanda t'il.

L'enfant contempla la question un instant avant de répondre, posément :

- Je vois deux raisons majeures à cela. La première étant que l'utilisation des runes et de l'arithmancie nécessite une bonne connaissance de celles-ci et donc la propension à de longues études, ce qui est probablement décourageant pour le sorcier moyen. Le second motif est presque identique selon moi, c'est-à-dire que l'utilisation des runes nécessite un long temps de préparation antérieure tandis que les sortilèges, une fois appris, sont lancés instantanément, il n'y a pas d'attente. Dans un duel, à moins d'avoir le temps de préparer à l'avance le terrain et de savoir où ce dernier se trouve, on ne peut pas utiliser les runes, acheva Evan, simplement.

- C'est très bien, Evan, félicita Strakowski avant de demander, avisant l'expression d'intense insatisfaction sur le visage du garçon. Qu'y a t'il ?

- N'y a-t-il pas un moyen d'utiliser les runes dans un duel ? Je veux dire… il y a bien des amulettes de protection et l'on peut également incruster des runes sur des vêtements alors ne pourrait-on pas trouver un moyen d'utiliser les runes autrement, de façon moins statique et plus dynamique ? Fit Evan, manifestement frustré.

Le tuteur hocha la tête, comprenant où son élève voulait en venir.

- Effectivement, je ne nierais pas que l'on peut ajouter des séquences runiques et arithmantiques sur des amulettes ou des habits cependant, ces même séquences ne protègent que pour des choses spécifiques et ne peuvent s'adapter si un sort venait à être lancé en dehors des paramètres de protection. De plus, il s'agit quasiment toujours exclusivement de défense et non de dispositifs offensifs car il est impossible de déterminer une cible qui peut changer et se mouvoir. Ainsi, on a deux problématiques qui se posent : premièrement, l'éventail limité de la protection portable par le biais de supports amovibles et d'autre part, l'impossibilité de contre-attaquer proprement.

L'enfant fronça les sourcils avant de relever la tête et de regarder son tuteur droit dans les yeux.

- Je trouverais un moyen.

Il n'y avait pas de doute, pas d'hésitation dans son timbre de voix. L'arrogance de la jeunesse, songea Strakowski, amusé. Il décida de laisser son élève explorer cette piste. Après tout, cela ne pourrait que le motiver davantage dans ses études.

- Comment proposes-tu de t'y prendre ? Questionna t'il, curieux.

- La clé est dans l'adaptation dynamique des séquences runiques et le second point est dans leur amovibilité pour les lancer comme des sorts avec baguettes, déclara promptement l'enfant avant de se raviser. Non, en fait les deux points sont interdépendants. Il faudrait un support amovible sur lequel les séquences préalablement tracées seraient lancées en fonction des besoins, par commande vocale ou avec l'appui d'un sortilège d'activation… Maintenant, il faudrait imaginer… Voyons, peut-être que le réseau de cheminette pourrait nous renseigner sur les modalités de la commande vocale, ou bien… oui, un support aisément transportable mais pas trop fragile non plus et il faut aussi prévoir des séquences précises et puissantes et surtout offensives et que l'on puisse charger sur un même support… marmonna le garçon plus pour lui-même que pour son professeur qui le regarda tracer des premières esquisses sur son second carnet.

Strakowski décida de le laisser faire.

L'échec faisait aussi parti de l'apprentissage.

oO°Oo

- Il vous reste une heure pour terminer les misérables exemples que vous osez appeler « potion de carabistouilles[1] », tonna le Maître des Potions.

Georges et moi, on a toujours aimé expérimenter avec les potions. On n'avait pas vraiment le droit mais ça nous a jamais empêché, hein ! Des mixtures pour teindre Ronald en vert ou pour forcer Ronnie à manger des chenilles… C'était chouette. Mais maintenant qu'on est à Poudlard, c'est du lourd. On a accès à plus de trucs, enfin… accès, c'est vite dit. Avec Georges, on aimerait bien aller jeter un œil aux placards de Snape et y emprunter deux ou trois petites choses qui lui manqueraient pas vraiment, c'est sûr. Parce que, avec Georges, on est tombé sur un truc énorme, phénoménal même. C'était derrière une pierre mal scellée sous le lit de Georges. Ça s'appelle « Comment devenir un Maraudeur pour farceurs en herbe ». Ce truc, c'est le Saint Graal du farceur, la Bible du plaisantin… ça n'a pas de prix.

Ça a été écrit par des gars avec des drôles de surnoms : Cornedrue, Patmol, Lunard et Queudver. Et c'est plein de trucs démentiels, des recettes pour faire des potions pour obliger les gens à chanter en vers au lieu de parler, des sorts pour changer leurs cheveux en serpents ou en plumes ou encore pour leur faire croire qu'ils ont des pustules partout sur le visage. Dément ! Avec Georges, on a trop envie d'essayer. Mais on veut pas faire que copier, hein ! On veut aussi créer nos propres trucs, on a plein d'idées mais… Comme on a pas vraiment d'argent, faudrait qu'on emprunte des petites choses, histoire de démarrer. Après, on trouvera bien le moyen de gagner un peu d'argent. Sinon, y'a toujours la forêt interdite… rien que le nom, c'est la promesse de supers aventures.

Je me focalise sur notre potion. Elle est jaune citron, juste comme il faut. Je relève la tête et Georges et moi on sourit en même temps. On se comprend d'un regard. On pense à la même chose. Lee a entendu Harvey qui l'a entendu de Coleen qui le tient de Judith qu'il parait que Snape laisse les étudiants qui ont fait leurs preuves en classe le droit d'utiliser un des laboratoires des donjons pendant leur temps libre. Et ça, pour expérimenter, ce serait chouette. Il parait même qu'il donne aussi accès à quelques ingrédients courants pour les plus doués. Sinon, faudrait se rabattre sur une classe abandonnée mais là, si on se fait prendre… Mais bon, pour l'instant, c'est que notre premier cours alors faut se concentrer pour réussir à l'impressionner.

Soudain, un léger toc retentit du côté de la porte qui donne probablement sur le bureau de Snape. Celui-ci nous lance un regard plein d'animosité, je crois que c'est pour nous encourager à nous mêler de ce qui nous regarde mais… ben, on est des Griffondors avec Georges et même si on garde un œil sur le chaudron, on regarde aussi ce qui se passe. C'est le fils à Snape qui entre avec un sac sur une épaule et un livre plus épais que lui entre ses bras. Le professeur le conduit près de son bureau où une extension a été ajoutée. Il s'installe et nous pouvons le voir de profil. J'avais pas vu hier, comme il était de face mais il a les cheveux longs et nattés dans le dos. Et il est vraiment pas épais. Ronnie fait deux fois sa taille, au moins. Le professeur lance un charme sur lui, je sais pas ce que c'est exactement. Je regarde Georges mais il a pas plus l'air d'en savoir plus que moi.

Evan, si je me rappelle bien, il s'assoit docilement et sort un drôle de calepin et une chose encore plus bizarre. C'est pour écrire ce truc ? Il ne regarde personne sauf cet énorme bouquin qu'il étudie avec attention avant de copier des trucs sur son carnet. Une main, suivie par un corps tout de noir vêtu, puis d'un visage pâle aux yeux étrécis me font comprendre que j'ai – peut-être – pas prêté assez d'attention au cours. Un regard au chaudron et au moins, je sais que la potion n'est pas ratée. Evidemment, le fait que je me recentre sur la potion en cours ne me sauvera pas. Charlie nous a assez prévenus.

- Dites-nous, Mr Weasley, ce qu'il y a de si passionnant dans la vue d'un enfant qui étudie ? Fait-il de cette voix sèche qui me fait commencer à suer bien malgré moi.

Je ne peux que déglutir difficilement. A ce stade, il vaut mieux oublier mes tendances griffondoresque et opter pour l'auto-préservation. C'est-à-dire me taire.

- C'est sans doute une chose à laquelle vous n'êtes pas habitué, Mr Weasley, si une telle vue vous semble si remarquable qu'elle vous fascine au point de vous faire oublier le point de votre présence dans cette classe ce qui rend cette même présence une ubuesque perte de mon temps, que j'estime précieux par ailleurs, continue le sombre professeur.

Je garde la tête baissée.

- 5 points de moins pour Griffondor, Mr Weasley. Veuillez concentrer cette désolante cervelle qui est la votre sur ce cours ou je transformerai ces points en retenue, achève t'il, glacial.

Le reste du cours se termine en silence. Une fois notre potion achevée et enfermée dans son flacon, je dépose notre échantillon sur le bureau avant de ranger nos affaires. Au moment de partir, je croise le regard d'Evan. Son expression est toujours neutre mais ses yeux semblent s'excuser. Je lui souris et lui fais signe qu'il n'y a pas de problème. Après tout, c'est pas de sa faute. J'ai l'impression de voir une ombre de sourire sur son visage en réponse avant qu'il ne se penche à nouveau son livre. Y'a quoi dedans pour qu'il n'en lève pas le nez ? Personnellement, je trouve que des livres aussi gros et poussiéreux que ça, ça devrait être interdit mais c'est que mon avis. Je rejoins Georges à l'extérieur. Il fait trop beau pour s'enfermer et puis, c'est vendredi et notre dernier cours est maintenant fini. Comme notre première semaine à Poudlard. Ça mérite bien une petite récompense.

Genre une chocogrenouille, par exemple. Charlie, mon frère soudainement préféré, pourrait bien se délester de quelques gâteries pour ses petits frères adorés, non ?

oO°Oo

- Je voudrais maintenant parler de la structuration des sortilèges, commença Strakowski. On peut les décomposer en deux parties : l'incantation et le mouvement de baguette. Cette dernière agissant en tant que focus, concentrant la magie de son propriétaire en un point unique, permettant ainsi un lancer précis, pour peu que l'on sache viser, une économie de magie et par conséquent, une plus grande endurance. Maintenant, il faut savoir que l'incantation à proprement parler est une substitution aux runes mais en moins puissant et précis, c'est d'ailleurs pour cela qu'il existe énormément de variations d'une même catégorie de sortilège. As-tu un exemple à me donner ?

- Les sortilèges de lévitation. Dès lors que l'objet que l'on veut faire léviter change, l'incantation se modifie même si le mouvement de baguette reste identique, ce que j'ai du mal à comprendre, Maître, demanda Evan, perplexe.

- En fait, la raison est relativement simple. Le mouvement de baguette est la traduction d'une séquence arithmantique en rapport avec l'objet principal du sort. Ainsi, la séquence arithmantique permet de se concentrer sur l'effet souhaité à savoir ici la lévitation tandis que l'incantation désigne précisément quoi. Je vais expliquer plus en amont.

Strakowki prit une grande inspiration avant d'entamer son explication. Il était vital qu'Evan comprenne exactement ce qui était en jeu dans chaque phase des différents processus magiques qu'ils allaient aborder dans leurs leçons. Strakowski était un partisan farouche qu'on ne peut bien apprendre que lorsque l'on a une connaissance intime de son sujet avant même de le pratiquer. C'était fastidieux, le plus souvent ennuyant et laborieux mais nécessaire. Et il avait bien l'intention de tout détailler. Il savait que cela faisait parti de ces choses que l'on enseigne qu'à un stade avancé dans l'éducation des enfants mais il avait toujours trouvé que c'était une erreur. Après tout, on ne jette pas un enfant à l'eau sans lui avoir expliqué comment nager, si ? De plus, les jeunes enfants n'avaient pas de notions préconçues sur la magie et n'avaient pas la même conception du possible et de l'impossible que les adultes.

Ainsi, le Maître était persuadé que ce n'était pas en essayant de protéger un enfant d'une théorie ardue à appréhender qu'on pouvait leur offrir la possibilité de se libérer de ses carcans. Il fallait leur donner tous les outils pour pouvoir repousser les limites. Il avouait qu'Evan était une sorte d'expérimentation fascinante. L'enfant apprenait avec diligence et à une vitesse impressionnante, dépassant ses espérances de très loin. Il prévoyait qu'ils auraient fini d'étudier les runes nordiques pour le Solstice d'Hiver. Evan avait une mémoire proprement terrifiante dès lors qu'il s'intéressait à quelque chose. Il suffisait de savoir comment s'y prendre. Il fallait exciter sa curiosité, lui montrer l'utilité de ce qu'il apprenait et surtout le solliciter constamment, lui offrir un challenge régulier. Sinon, le garçon était juste… dispersé.

Il avait du mal à tenir en place sur sa chaise et c'est pour cela que Strakowski avait pris sur lui de le questionner souvent, lui demandant de lui résumer tel ou tel point, d'offrir son point de vue et de l'argumenter… Cela retenait son attention et lui permettait de fixer ce qu'il apprenait dans sa mémoire. Il lui enseignait librement tout ce qu'il considérait pouvoir enseigner à Evan. Il voulait aborder tout les systèmes runiques et arithmantiques connues et voir comment l'enfant allait travailler avec. Il ne lui dévoilait pas tout, attendant et espérant que le gamin trouverait les clés manquantes par lui-même. Il lui donnait peu ou pas de devoirs, laissant la curiosité naturelle de l'enfant faire son œuvre et se contentant de s'assurer que les leçons étaient bien préparées. Et Merlin, que le gamin était curieux. D'histoire principalement, de runes et d'arithmancie évidemment mais aussi de procédures juridiques et administratives. L'enfant lui avait demandé de lui emprunter ses livres pour connaître les lois en vigueur, à titre « récréatif ». Le petit était bizarre parfois quand même et souvent le Maître se demandait quand il trouvait le temps d'étudier tout ça.

- En sortilège, les séquences sont relativement simples car on peut les diviser en deux catégories : le Changement et l'Action. Le changement regroupe tout les sorts de métamorphoses, de conjuration et d'alchimie où l'on modifie la configuration structurelle intérieure d'un sujet, fut-il objet, animal ou humain. De l'action relève tous les sortilèges relevant d'une interaction extérieure du sujet du sort avec celui qui le lance sans pour autant en modifier la structure. Ici, on rangera les sorts sous les étiquettes relevant de l'offense, la défense et du service. Attention, ce ne sont pas des classifications absolues, un sortilège de service pour être utilisé en offense et une conjuration, en défense. C'est juste pour te donner une idée.

Le garçon hocha la tête.

- Maintenant, concernant l'incantation, il faut savoir qu'elle utilise généralement le latin dans les pays d'Europe centrale et de l'ouest bien que la plupart du temps, c'est un latin dérivé plutôt qu'un latin littéral. Bien que le latin soit la langue qui se soit le plus répandue en Europe et sur laquelle les communautés magiques se sont entendues pour les échanges de connaissances, d'abord sous le joug des romains puis simplement par tradition. Les populations locales ont eu tendance à se l'approprier, la prononciation étant modifiée par les patois locaux, la plupart conservant même des mots de leur langue originelle en lui donnant une consonance latine. Par exemple, le sortilège de service « Lumos » vient du latin « lumen » ou « luminis » qui signifie « lumière » et qui permet d'éclairer le bout de la baguette magique. Tu me suis ? Questionna le tuteur pour s'assurer de l'attention du garçon. Le trouvant penché avec concentration sur son carnet, notant frénétiquement sur ces carnets, il continua :

- Maintenant, laisse-moi te confier un petit secret.

A cela, le garçon releva immédiatement la tête. Il y avait des mots magiques avec lui, pensa le Maître, amusé.

- En vérité, l'incantation d'un sortilège n'est pas réellement nécessaire.

Les yeux de l'enfant étaient avides et insatiables.

- C'est pour cela qu'il est possible de lancer ses sorts de façon silencieuse. L'incantation permet simplement de décrire précisément l'effet que l'on souhaite obtenir et ce faisant, lorsqu'on le prononce, notre cerveau permet de visualiser plus aisément cet effet, donnant ainsi plus de chance au sortilège d'être lancé correctement. En réalité, on pourrait tout aussi bien le dire dans une autre langue et obtenir le même résultat. Qu'en déduisons-nous ? Demanda t'il.

- Je dirais…, tenta Evan, réfléchissant. Je dirais que la véritable clé pour lancer un sort avec succès est liée à la concentration et la visualisation précise du sort que l'on veut jeter.

- Précisément, Evan. Néanmoins, on ne parle pas de ce petit « détail » ordinairement. On préfère laisser les étudiants apprendre les incantations et leurs effets afin qu'ils puissent en acquérir l'expérience pratique qui devrait, en théorie, rendre leur lancement silencieux plus aisé. Qu'en penses-tu ?

- Si l'on se concentre sur les mots parce que l'on pense que ce sont eux qui sont la clé du sort au lieu de se concentrer sur l'effet désiré en priorité, on a 50% de chance d'échouer, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est vrai mais l'on oublie souvent d'expliquer cela aux étudiants car l'on imagine qu'ayant pratiqué le sort depuis longtemps, les étudiants se rendront compte par eux-mêmes que les mots ne sont qu'une béquille.

- Et pour la séquence arithmantique, Maître ? Questionna Evan, définitivement intéressé.

- En fait, on utilise des formes génériques pour traduire les séquences arithmantiques. Mais il est vrai que nous n'avions pas encore abordé ce point, concéda le tuteur devant la confusion de son élève.

Strakowski se dirigea alors vers le tableau noir et commença à y dessiner des formes géométriques : un cercle, un triangle, un carré et des lignes, une horizontale, une verticale et une autre oblique ainsi qu'un symbole indiquant que leurs dérivés étaient également à prendre en compte telle que les lignes courbes, les demi-cercle et les formes alternatives telles que le rectangle, losange, flèche…

- Maintenant, j'aimerais que tu utilises l'autre tableau et que tu me notes uniquement les éléments premiers qui y sont associés en arithmancie, intima Strakowski.

Evan se leva prestement et commença à écrire :

1 : Feu

2 : Air

3 : Dualité de l'Esprit

4 : Ordre

5 : Création

6 : Eau

7 : Chaos

8 : Vie/Mort

9 : Terre

Le tuteur hocha la tête, satisfait.

- Bien, maintenant, je veux que tu regarde ses nombres et que tu les décomposes en formes géométriques. Le garçon commença par le 1, identifiant la ligne verticale et l'oblique immédiatement avant de réfléchir et d'y ajouter le triangle et la demi-flèche.

Strakowski hocha la tête, satisfait qu'Evan ne soit pas tombé dans le piège de la facilité. Ils avaient passé des heures à apprendre à bien dessiner les nombres pour cette raison même s'il n'en avait rien dit au garçon. Il laissa le garçon poursuivre son travail avant de reprendre.

- Maintenant, tu dois certainement comprendre comment l'on passe d'une séquence arithmantique à un mouvement de baguette, n'est-ce pas ? Demanda t'il, amusé de voir l'expression sur le visage de l'enfant. Un mélange de fascination et de grande révélation stupéfaite tout en semblant se morigéner intérieurement de ne pas l'avoir trouvé de lui-même.

Et tant de choses encore à lui apprendre…

oO°Oo

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Draco, prenant place à côté d'Evan, assis en tailleur sous l'un des grands chênes du parc du Manoir Malfoy.

- Maître Strakowski m'a demandé d'écrire un essai, fit Evan, grimaçant.

Bien que cela soit rare, son Maitre lui ordonnait parfois d'écrire un « essai » d'une longueur indéterminée sur un sujet donné. L'exercice pouvait sembler simple mais la réalité était bien différente et frustrante pour lui. En vérité, il devait compiler toutes les informations qui avaient été étudié sur le sujet et les assembler suivant une ligne directrice imposée ou libre. Cela signifiait qu'il devait non seulement utiliser les éléments vus pendant ces leçons mais également mener des recherches approfondies sur toutes les théories prouvées ou discutées en suivant une argumentation logique par un raisonnement factuel. C'était évidemment fastidieux et laissait toujours un sentiment qu'il n'en aurait jamais fini car il devait se montrer le plus exhaustif possible. Après le premier essai de ce type, il avait résolu de toujours se préparer autant que possible pour soulager le travail à faire au cas où un de ces « essais » lui serait ensuite demandé.

Il n'aimait pas ses « devoirs » parce qu'ils lui prenaient énormément de temps et nécessitaient son entière attention ce qui signifiait qu'il n'avait plus de temps à consacrer à ses autres études. C'était très frustrant car il avait d'autant plus l'impression que ce travail était quelque peu inutile étant donné qu'ils avaient terminé d'étudier le sujet. Cependant, il pouvait, avec reluctance, reconnaitre que l'exercice pouvait se révéler également intéressant car, aussi monotone que ce soit, cela lui donnait l'opportunité d'approfondir des choses qui n'avaient été que survolés et d'en apprendre de nouvelles. De plus, cela lui donnait l'occasion d'essayer d'impressionner son professeur avec des arguments nouveaux et innovants. Ce dernier point était l'argument clef pour Evan. Il apprenait le pouvoir des mots, à l'écrit et à l'oral. Il l'avait toujours su mais on ne lui avait jamais appris à les user proprement pour parvenir à ses fins, atteindre ses objectifs. Strakowski lui faisait se perfectionner au travers de ses essais et durant les débats qu'ils engageaient en classe. Narcissa, quant à elle, raffinait ses manières en lui montrant comment mêler une attitude de confiance sereine en usant de la posture de son corps et du ton de sa voix avec l'argument couperet qui le rendrait indiscutable et indiscuté. C'était une nouvelle chose pour Evan qui, jusque là, se moquait totalement de ce que l'on pouvait penser de lui ou de convaincre les autres.

En définitive, on pourrait dire que ces essais offraient à Evan l'opportunité de fixer ce qu'il avait appris dans sa mémoire à long-terme, d'aiguiser sa technique tout en lui donnant la liberté d'aborder le sujet de la manière dont il le voulait, avec seulement quelques orientations parfois pour le guider. Cela avait aussi l'avantage de lui prouver la confiance que son Maître avait en lui pour lui permettre d'étudier en autonomie en comptant sur lui pour ne pas paresser. C'était la première fois qu'on lui faisait ainsi confiance, d'ordinaire tout le monde se fichait de ce qu'il pouvait faire ou ne pas faire. Et si son professeur s'avérait satisfait de son travail, alors il en parlerait à son père et celui-ci lui mentionnait toujours combien il était content qu'Evan prenne ses études au sérieux. C'était suffisant pour convaincre Evan de redoubler ses efforts, juste pour entendre ses mots de la bouche de son père. Bien sûr, l'homme en noir ne lui disait jamais qu'il était fier – ils conversaient rarement par ailleurs – mais Evan voulait entendre ces mots. Il ferait n'importe quoi pour avoir enfin la certitude que son père était content de l'avoir pour fils. Il avait besoin de se rassurer parfois en se disant qu'il y était presque, qu'il prouverait un jour à son père qu'il avait eu raison de l'adopter. Qu'il en valait la peine. En attendant, il continuait juste de faire de son mieux.

C'était aussi la raison pour laquelle il était déçu de lui-même alors qu'il fixait sa page blanche, ne sachant pas quoi écrire ou quelle direction prendre.

- Ah ! Je comprends mieux, acquiesça le blond, sympathisant à la cause de son ami. J'ai moi-même horreur de ces horribles devoirs qu'on nous donne à faire. J'ai parfois l'impression que mon tuteur essaie de rendre ma main inutilisable, grommela t'il. C'est sur quoi ? Je pourrais peut-être t'aider ? Offrit-il.

- Je dois répondre à une problématique simple : « Que savez-vous sur les systèmes runiques et arithmantiques nordiques ? », expliqua distraitement le noiraud, toisant son papier avec un soupir.

- Je crains de ne pas pouvoir t'aider, répliqua le blond, gêné. Je n'étudie pas ces matières… C'est un peu trop avancé pour moi. Je ne suis pas aussi intelligent que toi, fit amèrement Draco, détournant les yeux.

A ces mots, Evan se redressa aussitôt.

- Draco ? Appela t'il doucement.

Le blond croisa le regard émeraude de son ami, honteux de sa jalousie intempestive mais n'arrivant pas à s'en empêcher. Evan saisit la main de son ami et lui sourit gentiment.

- Tu sais que mon père est le Maître des Potions le plus jeune depuis trois siècles ? Commença douloureusement Evan.

Draco hocha la tête, ne comprenant pas où Evan voulait en venir.

- En tant que tel, je suppose que l'on pourrait attendre de son héritier… ou bien que, en tant que père, il aimerait que son fils… suive ses traces and j'ai essayé, j'ai vraiment essayé, tu sais ? Expliqua Evan, honteux. Mais je ne suis pas intéressé ni n'ai le talent requis pour devenir Maître des Potions. And je suis certain que père est déçu par moi. Il dit que non mais je suis sur qu'il m'en veut quand même, au moins un peu.

- Tu as tort ! Contra Draco, choqué. Tu te débrouilles très bien Durant nos leçons et Oncle Sev s'en moque si tu préfères autre chose que les potions. Il sait que tu es très intelligent et il est très fier de toi, dit-il avec assurance.

- Il ne l'a pourtant jamais dit. Et je vois bien comment il est avec toi, vous êtes tous les deux tellement passionnés par le sujet que je me sens toujours un peu…exclu, même si j'essaie alors… Ça veut tout dire, non ? Déclara doucement Evan.

Ils restèrent silencieux un moment jusqu'à ce que Draco ne confesse :

- Je n'aime pas la politique ni l'économie, tu sais.

A cela, Evan releva la tête, écoutant son ami avec attention.

- En tant qu'héritier de la famille Malfoy, on attend de moi que je fasse mes débuts dans l'arène politique dès que je serais en âge de le faire, en participant à des bals ou des rencontres officiels, en prenant part à la gestion du patrimoine familial avec mon père. Je déteste ça, soupira Draco. Je veux juste étudier les potions et les sorts. Je trouve ça ennuyeux quand père m'explique qui sont nos alliés et qui ne l'est pas, qui nous doit une faveur et sur lesquels on peut faire pression. Le jeu politique n'a juste aucun attrait à mes yeux. Je sais que père pense que c'est parce que je suis encore trop jeune mais en vrai, je ne me vois pas devenir un maitre ès intrigues comme lui. Alors, tu vois, je comprends parfaitement ce que tu ressens mais… Il y a quelque chose que tu as oublié.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Evan, un mélange de curiosité mêlée d'incrédulité.

- Et bien, nos parents nous aiment, peu importe les bêtises qu'on fait ou ce qu'ils attendaient de nous. Peut-être que je vais décevoir mon père mais il peut toujours embaucher des gens pour la gestion du domaine s'il en a besoin et je sais qu'il adore s'occuper de ses machinations politiques alors il peut bien attendre pour un autre Malfoy, soit un petit frère ou bien quand j'aurais des enfants. Après tout, on vit vieux dans le monde sorcier en général et puis il pourra toujours prendre quelqu'un sous son aile et devenir son mentor. Un peu comme il fait avec toi. Je sais que ce qui compte le plus c'est que je sois heureux. Alors, tu vois, au final, tu n'es peut-être pas le prochain plus jeune Maitre des Potions mais tu es toujours super intelligent et tu est super doué avec tous ces trucs ennuyants que tu aimes étudier. Je suis sûr, moi, qu'il est fier de toi.

- J'aimerais bien te croire mais… Il ne me le dit jamais. Comment je peux savoir? C'est pour ça que j'étudie autant. Je ne suis pas pareil que toi, Draco. Mon père m'a adopté parce qu'il s'y sentait obligé. Par culpabilité et parce qu'il croyait que c'était son devoir et pas parce qu'il me voulait vraiment. Je sais qu'il essaie vraiment et je fais aussi de mon mieux mais… J'essaie d'être comme il voudrait que je sois, tu sais. Il aime bien le silence alors je me tais. Je ne fais pas de bêtises et je lui obéis bien et j'essaie de ne pas l'ennuyer avec des questions stupides ou de l'ennuyer tout court parce qu'il me donne déjà tellement même quand ça le rend inconfortable et ça, juste pour me faire plaisir. Je sais bien qu'il essaie et fait de son mieux mais… je veux dire… J'aimerais juste qu'il… enfin…

Evan s'arrêta là, incapable de mettre en mot sa peur la plus profonde. Il se retrouva bientôt dans l'étreinte de son ami. Il se raidit avant de se relâcher. C'était Draco était son ami. Draco était loyal. Il pouvait lui faire confiance.

- Ca va bien se passer, hein? Murmura le blond à son oreille. Il faut juste lui donner un peu de temps à Oncle Severus. C'est pas la personne la plus expressive qui soit mais je sais qu'il tient à toi.

Evan lui fit un sourire encore un peu incertain, content de pouvoir se rassurer dans la chaleur de son ami.

- Alors… tu vas me laisser étudier maintenant ? Demanda t'il pour changer de sujet et alléger l'ambiance.

Draco le relâcha, une mine boudeuse fermement inscrite sur son visage, bien qu'il ne l'admettrait jamais. Un Malfoy ne boude pas après tout.

- Tu es un rabat-joie, tu le sais ça ? Répliqua t'il, le ton hautain. De plus, quelqu'un d'aussi intelligent que toi devrait comprendre qu'un peu de relaxation est nécessaire pour voir les choses sous un nouvel angle.

Evan soupira, résigné.

- Peut-être que tu as raison, admit il avant de froncer les sourcils. Attend… un nouvel angle ?

- Evidemment que j'ai raison, fit Draco, rayonnant. Maintenant viens, j'aimerais essayer un nouveau plongeon en piqué… Evan ?

Mais Evan n'écoutait plus, perdu dans ses pensées, se murmurant à lui-même :

- Un angle… une dimension ? Ca ne peut pas être aussi simple… si évident…

- Evan ? Appela de nouveau Draco.

Evan releva sa tête et soudainement, vint serrer étroitement Draco dans ses bras, exclamant joyeusement :

- Tu es un génie, Draco ! Un pur génie ! Comment j'ai pu ne pas le voir avant ! Tu es le meilleur des meilleurs amis! Dit Evan avant de ramasser son carnet et son crayon avant de retourner rapidement vers le Manoir tout en écrivant frénétiquement tout du long, laissant un blond stupéfait derrière lui.

- Génie ou pas, ce n'est pas aujourd'hui que je jouerais au Quidditch apparemment, marmonna Draco, ennuyé.

Pas juste.

oO°Oo

- Le temps est au beau, Evan. Veux-tu aller faire un tour dehors ? Demandais-je à Evan.

Il serait bon de profiter des derniers beaux jours avant que l'automne ne nous rattrape. Et j'ai pu dégager une demi-heure dans mon emploi du temps surchargé. Cette semaine a été plus chargée que prévu et je n'en vois pas le bout. J'ai certes pris un peu de temps le matin avant le petit déjeuner et un peu le soir avant le coucher pour m'occuper d'Evan mais en dehors de cela, rien. Je ne veux pas qu'Evan en pâtisse et ne crois que je le délaisse. Son sourire est lumineux alors qu'il hoche la tête en signe d'assentiment.

- Dans notre jardin secret ou sur les bords du lac ? Questionnais-je.

Rien qu'en prononçant le mot « notre », j'ai su la réponse qu'il allait me donner.

- Notre jardin, père. Avec la balançoire, déclare t'il timidement.

- Alors, allons-y.

Je le laisse ranger son livre et ses affaires dans sa chambre avant de lui ouvrir le chemin qui mène à notre petit paradis.

oO°Oo

Ça, c'est juste énorme ! Avec Georges, on allait se rendre au bord du lac mais en chemin, j'ai trébuché et, en voulant me retenir, j'ai agrippé la pointe d'une lance. Je crois que c'est la statue de Crifort le Hurlant et un passage s'est ouvert. Bill et Charlie nous avaient dit que Poudlard était plein de passages secrets mais là, c'est nous qui l'avons trouvé et tout seuls ! Pas besoin d'en discuter, Georges a la même étincelle que moi dans les yeux. Un passage secret… ça s'explore, foi de Griffondor ! C'est étroit et y'a pas de lumière du tout. On avance à tâtons. Je crois bien que ça monte. Enfin, on voit un peu de lumière qui dépasse d'une meurtrière. Mon frère et moi nous penchons et regardons la vue qu'on a de là.

Au loin, on voit la Forêt Interdite mais pour le reste, on voit que les murs du Château. Georges pousse une exclamation et je suis la direction de son regard. Mes yeux s'écarquillent. Il y a… un jardin, là en bas. Un petit jardin avec des fleurs, pleins de fleurs sur ses bordures mais le plus étrange n'est pas là. Il y a quelque chose de très bizarre au milieu de la pelouse centrale, comme une sorte de U renversé en bois avec deux cordes qui en pendent reliées par une planche de bois. Je ne vois pas l'utilité que l'on peut avoir d'un truc pareil. Georges ne semble pas en savoir plus que moi. Puis la porte qui mène certainement au jardin s'ouvre et mes yeux s'écarquillent de façon impossible.

Je crois que mes yeux ont même essayé de se sortir de leurs orbites pour rattraper ma mâchoire tombée au sol. C'est le professeur Snape qui entre dans le jardin, suivi par Evan et… je crois qu'il faut que j'aille voir Pomfresh parce que je crois bien que j'ai des hallucinations. Le professeur le plus redouté de Poudlard, la langue acérée qui fait pleurer des premières années de Poufsouffle, des réclames vivantes pour mouchoirs est en train de…jouer avec son fils ? Georges est aussi incrédule que moi. Nous continuons de regarder la scène surréaliste qui s'offre à nous. Evan s'est assis sur la planche en bois au milieu et le professeur… Mais qu'est-ce qu'il fait ? Il va le faire tomber !

Je me retiens de pousser un cri pour l'avertir. La planche bouge et s'élève. Evan est face à nous mais je sais qu'il ne peut pas nous voir de là où nous sommes. Evan, le fils du professeur, sourit. J'avais pas l'impression qu'il savait comment faire… Le professeur pousse de plus en plus avant de s'éloigner pour s'installer sur une chaise qu'il a conjurée. Soudainement, je me sens un peu gêné d'être là, à espionner. C'est intime comme scène. Georges a l'air fasciné mais je le tire par la manche et l'invite à ce qu'on continue notre exploration. Nous reprenons notre ascension.

- T'as vu ça, Fred ? Chuchote t'il avec excitation. Tu le crois ? C'est juste… Non mais tu le crois ? Quand on va raconter ça à Lee !

- Je sais pas, rétorquais-je. On était pas censé voir ça…

- Raison de plus ! Tu imagines ça, le bâtard des donjons, la terreur des Poufsouffles qui fait mumuse au soleil au milieu des fleurs comme… comme… aide-moi, là !

- Un père normal ? Je suggère.

Ça semble présentement ramener mon frangin sur la terre.

- Ouais… On n'en parle à personne, ok ? Propose t'il, gêné.

- Non et puis… ça briserait le mythe, hein ! Ajoutais-je malicieusement.

- Très vrai mon cher Gred !

Nous rions un peu avant que je ne demande plus sérieusement (enfin, autant que possible) à mon cher frangin :

- C'est bien joli tout ça mon cher Forge mais… Comment on sort d'ici ?

oO°Oo

J'ai décidé de faire classe dehors aujourd'hui. Evan était beaucoup trop distrait par le nouveau projet que je lui ai confié pour pouvoir se concentrer suffisamment longtemps sur une lecture à propos du sortilège de gèle-flammes. Je suppose que c'est ma faute. J'aurais dû savoir que lui donner l'opportunité de créer sa première séquence runique et arithmantique allait le rendre hermétique à toute autre chose. Ce garçon est un mystère. L'arithmancie lui vient naturellement, il dit que cela lui vient des « mathématiques » moldues, quoi que cela puisse être. Je dois admettre que je suis impressionnée par la manière dont il progresse avec cette approche. Il m'a montré les bases mais cela n'a juste aucun sens pour moi. Mais bon, tant que cela lui convient et respecte les règles de l'arithmancie…

Le soleil brille mais la météo est froide et je regrette d'avoir oublié mon chapeau dans la salle de classe. Je ne supporte plus le froid depuis le Katorga. J'ai eu froid pendant trop longtemps là-bas. Evan est aussi très sensible au froid. Il est si maigre. Je sais que son père prend soin de lui mais il reste très frêle. J'ai fait en sorte qu'il soit suffisamment couvert cependant avant de sortir, avec écharpe et gants. Il y a d'autres élèves dehors, également attirés par les derniers beaux jours avant la chute du rude hiver écossais. Ils nous lancent des regards curieux mais aucun n'osent venir nous déranger. C'est mieux ainsi. Nous nous éloignons d'eux, près de la Forêt Interdite où nous trouverons suffisamment de flore pour nous tenir occupés.

Je m'apprêtais à commencer ma lecture sur les arbres et leur symbolisme runique quand quelque chose est tombé près de nous. C'est un oisillon, un de ceux qui rate leur premier vol parce qu'ils n'étaient pas vraiment prêt mais voulait essayer. Ça et le fait qu'il soit déjà tard dans la saison. Evan recueille délicatement le petit oiseau dans ses mains et me regarde de ses grands yeux suppliants. Je soupire et examine la petite bête. Il semble avoir une aile brisée, il n'est pas prêt de voler celui-ci. Il piaille bruyamment, c'est évident qu'il a mal mais le visage d'Evan me fait comprendre que je ne pourrais pas reprendre la leçon tant que le problème à plumes ne sera pas réglé. Je soupire une nouvelle fois avant de m'entendre dire :

- Nous devrions aller voir le Gardien des Lieux, Hagrid. Il devrait en connaitre pas mal sur les animaux blessés, je pense.

Evan hoche la tête, un petit sourire au bord des lèvres. Il garde, fermement mais avec précaution, l'oisillon contre lui, le protégeant du vent et lui évitant de se blesser plus qu'il ne l'est déjà dans sa panique aveugle. C'est l'un des seuls moments où je me rappelle que, malgré son intelligence et son évidente maturité, Evan est encore un enfant. Un enfant innocent. Mon Elena était attentionnée elle aussi, elle était capable de voir la beauté du désert glacé où nous vivions dans le Katorga. Ensuite, ils lui ont fait perdre cette étincelle dans ses yeux et elle n'a plus jamais souri. Elle est morte avec les mêmes yeux qu'Evan porte parfois, quand il baisse sa garde. Trop vieux, trop blessé. Mais pour Evan, il y a encore de l'espoir alors je veux lui faire ce plaisir. C'est difficile de lui résister, c'est un gamin attachant. La hutte est située entre le lac et la forêt. Une fois devant la porte, je lève la main pour toquer. Le gardien des lieux est surpris de nous voir mais n'hésite pas à nous laisser entrer une fois que je lui ai expliqué la raison de notre venue.

Il n'est pas seul. Il y a quelque chose ressemblant à du thé avec des – est-ce que se sont des biscuits ? – sur la table en bois ou deux rouquins identiques ont un large sourire sur le visage. Je les salue de la tête, jetant un œil à mon soudainement timide pupille. Ça ne semble pas déranger les rouquins qui sont assis autour de la table. Ils ne tardent pas à se présenter. Je ne me rappelle pas vraiment leurs noms, ce sera Rouquin n°1 et 2 pour moi. Evan les salue de la main avant de se refocaliser sur son protégé. Hagrid le lui prend délicatement pour le déposer sur ce que je suppose être une boîte à chaussures tapissée d'une litière en coton. Pour un homme de cette taille, ces gestes sont précis alors qu'ils pansent l'aile de l'oisillon et lui donne une potion de soin avec un compte-goutte. Comme Hagrid nous invite à nous joindre à lui, je n'ai pas le temps de décliner qu'Evan se tourne vers moi pour me demander :

- Est-ce que je peux rester un peu avec l'oiseau, Maître ? Me demande t'il poliment, les yeux brillants d'espoir.

Comment voulez-vous lui refuser quoique ce soit ? Toutefois, j'hésite à le laisser seul même si cela pourrait me permettre d'aller chercher mon chapeau. Finalement, Rouquin n°1 (ou 2 ?) vient y mettre son grain :

- On peut raccompagner Evan, Monsieur, dit-il avec assurance alors que l'autre modèle hoche frénétiquement la tête de haut en bas pour confirmer. On connait bien le chemin pour aller aux donjons, vous savez !

Je regarde Evan. Il mord sa lèvre inférieure avant de hocher doucement la tête. Je décide de faire un compromis :

- Je vais retourner au château pour chercher mon chapeau. Je vous rejoindrais à la bibliothèque comme il te semble difficile de te concentrer aujourd'hui.

Le garçon baisse la tête, rougissant. J'ajoute, adouci :

- Tu pourras y faire tes recherches pour ton projet.

Immédiatement, Evan acquiesce avec enthousiasme alors que n°1 et 2 le regardent avec incrédulité. Je prends congés d'Hagrid avant de m'en aller. En fermant la porte, j'entends l'un d'eux demander à Evan :

- Est-ce que c'est vrai que ton tuteur est un évadé d'Azkaban ?

Je ris tout le long du chemin jusqu'aux donjons.

Ah les enfants…

oO°Oo

Après le départ de l'impressionnant – et un peu effrayant – tuteur d'Evan, Georges et moi nous sommes rapprochés de la boite où était installé l'oisillon blessé, écoutant Hagrid nous expliquer que ce dernier devrait rester au moins deux semaines avant d'être capable de voler. L'oiseau semble plus tranquille maintenant, sûrement à cause de la potion calmante qu'Hagrid lui avait donnée. Evan lui caresse doucement la tête. C'est étrange de le voir de si près. Il est très pale et maigre et petit comparé à Ronnie. Une fois qu'Hagrid eut fini de soigner l'oiseau autant que faire se peut, nous ramenons Evan au château. Il est si timide. C'est difficile d'obtenir autre chose qu'un hochement ou une secousse de la tête. Le peu de mots qui sortent de sa bouche nous laissent découvrir une petite voix douce et empreinte d'intelligence. C'est évident qu'il est intelligent mais il ne s'en vante pas.

Je lui ai dit d'ailleurs. Il a juste rougi.

Moi et Georges plaisantons tout le long du chemin, essayant de faire sortir Evan de sa coquille. Tout de même, on fait attention, on veut pas lui faire peur. Finalement, il commence à sourire un peu, juste un petit sourire mais quand même… C'est une nouvelle victoire pour les Terribles Jumeaux Farceurs ou T.J.F. ! On parle de Griffondor, de nos farces et de comment on veut devenir des pros des blagues et tout. Il nous écoute, nous écoute vraiment et il nous pose même des questions comme s'il était vraiment intéressé. Personne ne nous a jamais pris au sérieux quand on expliquait notre projet. Ça fait du bien. Je ne sais pas comment les choses ont pu mal tourner. Alors qu'on marche dans un couloir vide, trois Serdaigle arrivent et nous barrent la route. A partir de là, tout a dégénéré. L'un d'eux, un blond avec un sourire cruel, se moque d'Evan dont le visage s'est aussitôt vidé de toute expression :

- Alors c'est ça le morveux que Snape a adopté ?, raille t'il.

- Il est aussi moche que son père, faudrait faire quelque chose pour ça. Ça ne serait que justice après tout de ne pas se voir imposer un tel laideron plus longtemps, ricane méchamment celui qui se trouve à droite.

- A cause de ton abruti de père, je ne serais pas Médicomage, and Henry et Desmond ne pourront pas intégrer le corps des Aurors. On va faire en sorte qu'il comprenne que ses actions ont des conséquences, dit le troisième un gars costaud avec de courts cheveux bruns.

Ils lèvent leurs baguettes. Ça, c'est mauvais. Je regarde Georges qui hoche discrètement la tête en signe d'assentiment. On ne peut pas se battre contre eux mais on peut peut-être les distraire suffisamment longtemps pour permettre à Evan de s'échapper. Nous nous ruons sur les Serdaigles pendant que je hurle à Evan de fuir. Nous sommes rapidement repoussés mais la manœuvre a quand même fonctionné. Il courre vite et il est presque à la fin du couloir, juste au tournant où se trouvent les escaliers quand les sortilèges le rattrapent, le poussant dans les escaliers. Il n'y a pas de cri, pas de son. Juste le silence. Les Serdaigle se retournent contre nous mais ils n'ont pas le temps de faire quoique ce soit qu'ils se retrouvent ficelés sur le sol. Un groupe d'étudiants est intervenu, menés par Charlie. Je suis soulagé mais la première chose que je fais c'est d'aller voir comment va Evan, Georges sur mes talons.

Evan est en bas des escaliers.

Il ne bouge pas.

Sa jambe gauche est pliée selon un angle anormal et il y a du sang autour de sa tête. De plus en plus de curieux arrivent pour observer la scène. Gratowski ou Mitroski – peu importe son nom – arrive, suivi de près par Snape qui, quand il reconnait son fils sur le sol, pique un sprint. Il s'agenouille auprès d'Evan, jetant ce que je suppose être un sort de diagnostic. Madame Pomfresh arrive ensuite et commence à lancer des charmes de soins tandis que Snape force une potion dans la gorge d'Evan. Ensuite, Madame Pomfresh demande à Snape de lui amener Evan à l'infirmerie mais il refuse catégoriquement. Il saisit délicatement son fils dans ses bras, faisant attention à ne pas aggraver ses blessures et commence à partir. Cependant, il se tourne vers Charlie, demandant d'une voix glacée :

- Monsieur Weasley, pourriez faire en sorte que ces… il désigne les trois Serdaigle toujours ficelés et bâillonnés… atteignent en toute sécurité le bureau du Directeur et que professeur Flitwick soit dûment informés de la situation ?

Charlie hoche solennellement la tête. Snape s'apprête à poursuivre son chemin avant d'ajouter, comme après réflexion :

- Mr Weasley ?... Faites en sorte qu'ils m'attendent avant de commencer.

Après son départ, Charlie insiste pour nous trainer, Georges et moi, jusqu'à l'infirmerie. Je ne refuse pas ni ne proteste. Je suis juste… sous le choc, je suppose. Je n'arrive pas à comprendre ce qui s'est passé. Pas vraiment. Je veux dire, ils avaient un problème avec Snape, pas Evan alors pourquoi s'en sont-ils pris à lui ? Evan est sympa et si fragile. C'était pas juste de le prendre pour cible. Il ne pouvait pas se défendre. Je veux dire, Madame Pomfresh dit qu'il a juste une fracture de la jambe et une légère commotion mais ça aurait pu être pire. S'il était tombé plus durement, il aurait pu… Il aurait pu… mourir. Je suis content de prendre la potion de sommeil sans rêve parce que je veux juste arrêter d'y penser.

C'est pas juste.

oO°Oo

- Ils ont failli tuer mon fils ! Dis-je d'un ton bas qui véhicule parfaitement la rage sourde qui m'anime.

Je ne me rappelle pas de la dernière fois où j'ai été dans un tel état de colère. Je peux sentir ma magie réagir, essayant d'atteindre quelque chose, n'importe quoi qui pourrait extérioriser cette furie qui me fait frissonner tant je m'efforce de la garder sous contrôle.

- Je ne nie pas que ce qu'ils ont fait est grave mais ils sont jeunes, et en colère… Ils ont fait une erreur, quelque chose qu'ils regrettent sûrement déjà…, commence le directeur.

- Bien sûr qu'ils le regrettent !, m'exclamais-je, furieux. Ils se sont fait prendre !

- Allons, allons, Severus, déclare fermement le directeur. Vous ne devez pas laisser votre implication personnelle prendre le dessus. Ils seront punis conformément à la gravité de leur acte….

- Expulsés, Albus. Expulsés, contrais-je d'un ton glacial. Ils seront expulsés si vous voulez vraiment les punir conformément à ce qu'ils ont fait.

- Severus, mon garçon, vous avez eu leur âge et vous avez-vous-même pris part à plus d'une querelle de couloirs…

- Je n'ai jamais levé ma baguette sur un enfant sans défense, Albus, vous devriez le savoir. Ce sont des criminels, m'exclamais-je, indigné.

- Des criminels, Severus ? C'est votre colère qui parle ici. Je ne crois pas qu'ils aient réellement réfléchi aux conséquences de leur attaque ni qu'ils voulaient vraiment blesser Evan. Ils sont encore jeunes et ils méritent d'avoir une seconde chance pour réparer leurs erreurs. Je vous promets qu'ils seront en retenue pour tout le reste de l'année et qu'ils seront en probation jusqu'à l'obtention de leurs diplômes.

- Non, Albus, insistais-je fermement. Vous allez les expulser. Trois sixièmes années contre deux premières années et un enfant sans baguette ne méritent rien d'autre que l'expulsion.

-Severus…, le directeur soupire encore.

- Je pense que Severus a raison, déclara Filius, resté silencieux jusqu'à présent.

Je suis très surpris. Jamais mes collègues n'avaient pris parti pour moi. Jamais.

- Nous ne pouvons accepter ce qu'ils ont fait, Albus même si, du fait de la réputation de Severus, il était logique que cela arrive tôt ou tard.

Je gronde mais Filius me calme aussitôt en expliquant :

- Je ne dis pas que c'est de votre faute, Severus. Vous avez des hauts standards pour vos étudiants et c'est quelque chose que je respecte mais vous devez admettre que vous n'être pas le professeur le plus apprécié en raison de cela. Si nous ne mettons pas dès à présent un terme à ce genre d'attaque en faisant de ces étudiants un exemple, cela ne servira qu'à peindre une cible sur Evan et nous ne pouvons pas faire cela à cet enfant. Il mérite de ne pas vivre dans la peur de se faire attaquer à tout moment et, de plus, vous semblez avoir oublié quelque chose important, directeur…

- De quoi s'agit-il, Filius ?, demande Albus, fatigué.

- Evan aurait pu mourir. C'est heureux qu'une telle issue ait pu être évitée mais nous ne pouvons pas oublier que cela ait failli se produire et je suis d'accord avec Severus sur le fait que l'on ne peut pas accepter une telle violence au sein de cette école.

- Nous pourrions les suspendre pour un mois, les interdire de visites à Pré-au-Lard, les mettre en détention jusqu'à la fin de l'année et en probation jusqu'à l'obtention de leurs diplômes, suggéra Albus en dernier recours.

Filius hocha la tête pour acquiescer son accord mais ce n'est pas assez pour moi.

- Non. Expulsion. Point.

Je m'y tiendrais jusqu'à ce que j'obtienne ce que je veux et ce que je veux c'est la justice. Pas pour moi. Pour Evan.

- Severus…Vous, plus que tout autre, devriez comprendre les mérites de se voir accorder une seconde chance, essaie t'il de me culpabiliser.

Cela n'a d'autre effet que de m'enrager encore plus, si possible.

- S'ils ne sont pas expulsés, Albus, vous devrez faire face à la presse et par conséquent, aux parents furieux qui voudront des explications sur la sécurité que Poudlard pourvoie à ses étudiants et oui, j'oserais Albus, affirmais-je sèchement, ma voix à peine plus haute qu'un murmure mais qui convoyait parfaitement ma détermination. J'ajoutais, pour finir : S'ils ne sont pas partis demain matin, je le serais.

- Vous quitteriez Poudlard et vos serpents ?, demande Albus, choqué.

- Oui, confirmais-je platement.

Le Directeur s'assied, défait.

- Je suppose que je n'ai pas le choix…

Alors que je reviens dans les donjons, je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir remporté une importante bataille. Même si j'ai obtenu l'expulsion, je sais qu'Albus fera jouer de ses relations pour qu'ils soient enrôlés à Beauxbâtons ou à Durmstrang. De plus, Filius a pointé quelque chose à laquelle je n'avais pas anticipé. Je ne pensais pas que l'animosité des étudiants pourrait s'étendre à Evan. J'avais songé à mes anciens « associés » bien sûr et tous ceux qui m'en veulent ou éprouvent du ressentiment envers moi à cause de mon passé mais je n'aurais jamais imaginé qu'une telle chose puisse arriver à Poudlard. J'ai promis à Evan, et à moi-même, de faire mon maximum pour le protéger mais… ça n'a pas suffit. Grâce au pendentif, je savais qu'il y avait un problème mais trop tard. Beaucoup trop tard. A partir de maintenant, Evan n'ira nul part sans au moins un adulte avec lui.

Je suis perdu dans le dédale des ces responsabilités parentales.

Au fond, j'ai le sentiment d'un échec continuel à tenir ma promesse.

Lily.

oO°Oo

Evan s'est réveillé quelques heures après. Il n'a rien dit ni n'a pleuré. Je lui expliqué ce qui s'était passé après qu'il se soit évanoui. Il a juste baissé la tête, le visage fermé. J'ai tenu à lui faire clairement comprendre que rien de ce qui s'était passé n'était de sa faute et que les coupables avaient été expulsés. Je ne veux pas qu'il se sente coupable pour quelque chose qu'il ne pouvait pas contrôler. Je sais d'expérience que les enfants qui ont été maltraité ont tendance à penser que tout ce qui arrive de mauvais est de leur faute. Je ne suis pas à l'aise, je ne suis pas certain de trouver les mots justes, de dire ce qu'il faut pour Evan. Une fois de plus, je suis perdu. Je ne sais pas ce qu'Evan attend de moi. Que je le serre dans mes bras? Que lui dise que tout ira bien?

Finalement, je lui ai juste dit de se reposer et de m'appeler s'il avait besoin de quoi que ce soit. Alors que je fermais la porte de la chambre d'Evan, j'ai entendu quelque chose qui me fait frissonner :

- Je les déteste. Je voudrais qu'ils paient.

Je sais qu'Evan a un côté sombre. On ne peut pas vivre la vie qu'il a vécue sans en développer un. Un côté sombre où la colère, l'amertume et la cruauté font loi. Ce n'est pas sain mais que puis-je y faire ? Je sais ce que j'ai fait du mien et je ne veux pas qu'Evan suive le même chemin mais que puis-je dire ? Je sais que le Evan avec qui je vis n'est qu'un masque, agissant comme un bon garçon pour me plaire, je suppose. En dessous, il y a un enfant qui a été blessé, qui est en colère et qui n'a pas hésité à se taillader les veines. Il est très déterminé et concentré sur le but qu'il s'est fixé. Je sais ce à quoi il pense : la vengeance. Je sais qu'il hait ses attaquants, pas pour ce qu'ils ont fait mais parce qu'ils l'ont fait se sentir faible et sans défense. Je ne sais pas quoi faire et comment aborder le sujet.

Peut-être devrais-je parler à un Psychomage.

Les classes ont été annulées pour la journée. Il semblerait que ça ait encouragé le fameux courage griffondorien car je trouvais trois d'entre eux, un Charlie Weasley et ses deux identiques terreurs de frères, devant ma porte pour me demander des nouvelles d'Evan. Etant donné que les jumeaux ont protégé Evan à leurs risques et périls, je n'ai pas vraiment d'autre choix que de répondre à leur requête. Néanmoins, ils n'auront pas accès à mes quartiers. C'est la seule place où je suis libéré des élèves et elle ne sera pas sacrifiée à la légère. Ils me demandent comment va Evan et l'un des jumeaux demande s'il est possible de le voir. Je ne sais pas quoi répondre. Je ne savais même pas qu'Evan s'était fait des amis parmi les étudiants.

Il est vrai que je ne l'ai jamais demandé. Lors de nos promenades matinales, nous restons silencieux la plupart du temps. Je trouvais ça confortable mais peut-être qu'Evan n'ose pas me parler. Quand Charlie Weasley m'explique qu'ils se sont rencontrés pour la première fois l'après-midi même, je me sens soulagé même si je ne peux m'empêcher de douter de la confiance qu'Evan a en moi. Après que je me sois fait extirpé la promesse d'informer Evan que les jumeaux souhaitaient le revoir, ils prennent congés, me laissant à mes pensées concernant ma relation avec Evan. Nous débutons tout juste mais j'ai l'impression de ne pas m'y prendre comme il faut ni de prendre les bonnes décisions. C'est fatiguant cette inquiétude permanente mais je ne peux abandonner maintenant.

J'ai fais une promesse après tout.

oO°Oo

- … Et c'est là que j'ai compris que chaque figure peut être connectée à une autre figure géométrique même s'il est plutôt évident que les figures planes ne peuvent pas faire ressortir toutes les possibilités étant donné que nous vivons dans un monde multidimensionnel. De ce fait, en utilisant des figures géométriques multidimensionnelles et des équations linéaires dans un système complexe pré-calculé, on peut mettre en place un réseau de systèmes runiques inter reliés qui fonctionne selon un objectif arithmantique prédéfini, expliqua le garçon avec excitation, fier de partager ce qu'il avait trouvé avec son maître.

Il poursuivit :

- Et le meilleur point est que les formes multidimensionnelles permettent de créer des chaines avec d'autres systèmes géométriques aussi longtemps que les séquences arithmantiques sont compatibles mais, étant donné que les formes sont variées, les possibilités sont quasiment illimitées tant que la forme de regroupement général réunis tous les autres systèmes sous les mêmes paramètres de l'équation fondamentale qui régit les autres séquences.

L'enthousiasme d'Evan s'affadit alors qu'il déclarait, les sourcils froncés :

- Cependant, j'admet que je n'ai pas réussi à trouver une solution concernant les inévitables fractionnements engendrés par la réunion des formes, je n'arrive pas à stabiliser les ensembles sous une égide rationnelle.

Là, le garçon soupira, dépité :

- Je suis désolée, maître. Je suppose que je vous ai déçu.

Après un moment, n'entendant aucune réponse, Evan releva la tête, appréhensif de la réaction de son tuteur. Il n'avait pas voulu le décevoir. Il avait vraiment cherché mais n'avait pas réussi à trouver quoi que ce soit qui lui permettrait de remplir les espaces vides et à stabiliser l'ensemble si les formes géométriques ne s'emboitaient pas parfaitement. Cependant, le visage de son maître affichait une expression étrange. Ce n'était pas de la déception mais quelque chose qui n'aurait pas dû être là. La fierté. Strakowski prit alors plusieurs grandes inspirations avant de déclarer, la voix emplie d'émotion :

- Evan, si ce que tu viens de m'expliquer fonctionne… Par la barbe de Veles, tu n'as pas idée ! Nous n'avons jamais utilisés que des séquences qui ont été approuvés et les seules expérimentations que nous menons ont toujours été faites sur la base de la méthode de « Essaie et essaie encore ». Personne n'a jamais pensé qu'une méthode pour organiser la création même des séquences pouvait exister. Et en utilisant des mathématiques moldues qui plus est !

Evan, alarmé, demanda :

- Qu'est-ce que ça veut dire, maître ?

Strakowski rit, sa voix rugueuse résonnant en écho dans la salle :

- Cela veut que tu n'es plus mon élève, Evan. Il leva une main pour apaiser son étudiant dont le visage venait de perdre son peu de couleurs. Cela signifie qu'à partir de maintenant, tu seras mon apprenti et qu'il est hors de question que tu te débarrasses de moi jusqu'à ce que tu aies obtenu ta Maîtrise.

- Vraiment? Demanda Evan, incrédule.

- J'en parlerais à ton père demain, répondit Strakowski qui reprenait doucement son calme.

Evan fronça les sourcils. Peut-être que son père serait aussi fier de lui que son Maître l'était. Peut-être.

- Maintenant, serais-tu assez aimable pour expliquer à ton vieux maître comment tu construis ces équations dans une séquence arithmantique étant donné qu'il va bien falloir que je me mette à ces… mathématiques, l'incita Strakowski.

Evan commença alors à lui détailler la manière dont il élaborait son système qui serait plus tard appelé le Processus Arithmantique de Snape Appliqué aux Runes ou « PASAR ».

oO°Oo

Albus s'approcha de la salle de classe, s'arrêtant à hauteur de la porte. Il décida d'écouter un instant avant de faire connaître sa présence et tendit l'oreille. Il devait admettre être curieux à propos du contenu des leçons du garçon. Il n'arrivait pas à se faire une idée sur le fils de Severus. Il admettait volontiers qu'il n'avait pas vraiment bien accueilli la perspective de voir son seul espion du Cercle Intérieur se charger de responsabilités familiales. Il avait craint que Severus ne veuille plus assumer son devoir d'espion à cause de cela mais apparemment, Severus n'y avait même pas songé, ce qui le rassurait grandement. La seconde raison qui l'avait rendu hésitant vis-à-vis de cette adoption était relative au danger que cela représentait pour l'enfant lui-même. En effet, étant donné la position de Severus, on pouvait s'attendre à ce qu'il soit forcé à être marqué lors du retour de Voldemort mais le Maître des Potions lui avait assuré qu'il avait mis en place des sécurités pour protéger son fils et il n'avait pas de raison de douter de lui.

Il entendait tout de même convaincre Severus de créer un contact avec les Weasleys. Evan s'entendait bien avec les jumeaux de toute façon donc il était certain de parvenir à ses fins. Il pourrait toujours être accueilli par la famille en cas de besoin, si les plans de Severus s'avéraient inefficaces. Et de plus… il voulait préserver l'enfant des mauvaises influences. Severus avait toujours aimé apprendre et pratiquer la magie sombre et il ne s'en était pas caché mais Dumbledore n'entendait pas le laisser promouvoir ce type d'éducation auprès d'Evan, quitte à utiliser son sentiment de culpabilité pour se faire. Et bien que le tuteur choisit par Severus ait été un prisonnier politique, il n'empêchait pas qu'il venait d'un pays où les arts sombres étaient encore enseignés de façon courante. Dumbledore désapprouvait ce type d'enseignement et entendait bien le faire savoir.

Il avait passé des décennies à Poudlard à évincer toutes les pratiques de ce genre, même les plus innocentes à première vue. Entrouvrir une porte l'empêche ensuite de la refermer avait-il adopté comme philosophie. Cela avait été un long combat mais sa notoriété lui avait été utile et il avait obtenu gain de cause, petit à petit, au fur et à mesure des années. Il ne laisserait pas les esprits des enfants innocents être pervertis par ces pratiques monstrueuses. Il ne savait que trop bien ce qui en résultait… La bibliothèque avait ainsi été purgée et tous les tomes concernés étaient relégués à la section en accès restreint. Le cursus également avait été revu. Dumbledore voulait que les étudiants profitent de leur temps à l'école de sorcellerie et se concentrent essentiellement sur les basiques. Dans son esprit, il leur fallait profiter de leur jeunesse et non la passer sous la pression d'études constantes. Après tout, ils auraient tout le reste de leur vie pour apprendre, notamment lorsqu'ils auraient choisis leurs carrières.

C'est aussi un peu dans cette perspective qu'il s'inquiétait de l'emploi du temps que Severus avait mis en place pour son fils. C'était beaucoup trop chargé à son avis. Les enfants devaient jouer dehors, passer du temps avec leurs amis et non rester enfermés pendant des heures à apprendre Merlin seul savait quoi. Severus lui avait juste dit qu'Evan étudierait tout ce qui lui serait nécessaire pour sa future entrée à l'école de sorcellerie lorsqu'il aurait onze ans. Il se pencha vers la porte après avoir lancé un sort d'amplification sonore à son unique attention. La voix de Strakowski s'éleva, son fort accent roulant sur les consonnes et modifiant légèrement le son des voyelles.

- Maintenant, j'aimerais que tu me résumes ton essai concernant les différences entre magie.

Albus se tendit et décida d'interrompre la séance. Il frappa à la porte et entra sans attendre qu'on l'y invite.

- Bonjour ! S'exclama t'il joyeusement. Je m'excuse de vous interrompre mais j'avoue que j'étais très curieux de savoir comment se déroulait vos leçons. J'espère que cela ne vous dérange pas ?

Le tuteur lui indiqua simplement une des chaises disponibles avant de l'ignorer totalement. Evan, lui, haussa les épaules. Une fois confortablement installé, le directeur écouta la leçon reprendre son cours.

- J'ai effectué plusieurs recherches pour savoir ce qu'on entendait précisément par magie blanche et magie noire, déclara Evan. Cependant, à aucun moment je n'ai trouvé de définition claire, précise et intangible dans le temps. En réalité, celle-ci semble se définir au fur et à mesure de l'évolution législative et en fonction du contexte historique.

- Et qu'en déduis-tu ? Interrogea le tuteur.

Dumbledore écoutait attentivement la réponse du jeune garçon.

- J'en déduis que l'approche qui consiste à distinguer la magie en catégories distinctes est erronée, Maître, répondis posément l'enfant.

Albus se sentit obligé d'interrompre.

- Si je peux me permettre, je peux tout à fait expliquer la différence, proposa t'il, sans se soucier du regard désapprobateur du tuteur. En réalité, commença t'il, les sortilèges qui sont destinés, par nature, à blesser physiquement ou mentalement autrui sont du domaine relatif à la magie noire et sont donc, par conséquent, interdits et punis par la loi, termina t'il, satisfait.

- Veuillez m'excuser, Directeur Dumbledore, coupa Evan, mais votre définition n'a pas de sens. Je m'explique : un sortilège de bloque-jambes peut s'avérer mortel si on l'utilise sur une personne qui courre dans les escaliers par exemple. Le sort de lévitation peut aussi être utilisé de façon mortelle si on fait léviter une personne d'une certaine hauteur, continua Evan, implacable.

- Peut-être, reconnut vaguement le Directeur. Néanmoins, les sortilèges Impardonnables et autres sortilèges de torture ne peuvent être utilisés qu'à des fins néfastes, déclara t'il, sûr de son fait et un peu inquiet de la tournure d'esprit de l'enfant. Il faudrait qu'il en touche un mot à Severus.

- Là encore, je ne suis pas d'accord, rétorqua l'enfant sans temps mort. Le Sortilège de Mort, par exemple, a été créé afin de soulager les malades en stade final de maladies incurables afin de leur permettre une fin paisible et sans souffrance. Le sortilège Apertum Pectus qui ouvre la cage thoracique d'un individu est typiquement classé en magie noire quand il a été crée par un Médicomage pour opérer les malades lorsqu'ils faisaient des hémorragies internes avant que l'on sache comment les soigner sans les ouvrir. Il n'y a pas, selon moi, ni magie blanche, ni magie noir, seulement l'intention de celui qui lance le sort et c'est pour cela que l'approche actuelle est erronée. On punit les sortilèges au lieu des personnes qui les lancent avec l'intention de faire du mal. C'est stupide, conclut le garçon.

- Je pense que tu es un peu trop jeune pour comprendre ce dont il s'agit exactement, raisonna le directeur avec indulgence. C'est une chose encore un peu trop compliquée pour toi pour l'instant. Quand tu seras plus grand, nous en rediscuterons si tu es toujours intéressé, veux-tu ? N'est-ce pas, Mr Strakowski ? Demanda t'il afin de savoir de quelle côté de la barrière celui-ci se situait.

Il ne pouvait pas laisser l'enfant ainsi. Il n'autoriserait pas le garçon à se perde dans les Arts Sombres. Il devrait vraiment en parler avec Severus. Se tournant vers le tuteur, il attendit sa réaction mais celui-ci haussa simplement les épaules.

- Je ne cherche jamais à influencer Evan sur ses opinions, répliqua placidement l'homme avant d'ajouter : Et c'est Maître Strakowski, je vous prie.

- Quoiqu'il en soit, insista Dumbledore, je pense qu'Evan est encore un peu jeune pour aborder des points aussi délicats sans l'expérience et les conseils nécessaires (Strakowski fronça les sourcils à ce sujet) pour bien comprendre un sujet aussi grave.. Quand il sera plus grand, il comprendra ce qu'il en ait vraiment et…

- Vous n'arrêtez pas de me dire que je suis trop jeune pour comprendre mais ne m'avez toujours pas donné d'arguments pour me convaincre. En avez-vous seulement ? Pointa Evan, ennuyé.

- Evan, la majorité des sorciers et sorcières comprends et accepte cette distinction, reprit patiemment le Directeur. Bien que je reconnaisse qu'elle soit imparfaite, elle permet néanmoins de réunir ensemble des valeurs communes aux individus afin de protéger notre société d'une magie basée sur la souffrance d'autrui. Ainsi, ceux qui décident au sein du Magenmagot de bannir ces pratiques doivent-ils user de leur compassion intérieure afin de lutter contre cette facette de la magie. On peut punir les individus, naturellement, mais si l'on permettait l'usage de ces pratiques pour les utilisations dont tu as parlé, ce serait la porte ouverte au chaos car la tentation et l'addiction créée par cette magie ne permettrait pas de la contrôler et par conséquent, de protéger les citoyens.

- Si je vous suis bien, c'est la peur d'une mauvaise utilisation qui vous permet de la bannir ? Questionna Evan, incrédule.

- C'est plus compliqué que cela, Evan, assura gentiment le Directeur. Je pense qu'il faut que tu attendes d'avoir mûri un peu plus pour comprendre ce que j'essaie de te dire.

Et, satisfait de sa prestation et convaincu d'avoir marqué son point, Dumbledore sortit en les saluant d'une main distraite. Une fois la porte refermée, Strakowski se retourna vers son élève qui arborait une expression pensive.

- A quoi penses-tu, Evan ? Demanda t'il neutralement.

- Je pense qu'aussi longtemps que toutes les décisions dans les hautes sphères du monde magique sont prises sur le coup de la peur, de l'ignorance ou des intérêts personnels, nous ne changerons ni n'évoluerons comme nous le devrions. Je trouve ça triste et… un peu stupide pour être franc.

- Que penses-tu qu'il faudrait faire pour que les gens changent d'attitude ? Invita le tuteur.

- Et bien, une campagne massive contre le chantage et la corruption me parait être un début évident. Ensuite, tout repose sur l'éducation mais ça serait difficile à mettre en place parce qu'il faudrait atteindre autant les jeunes que les adultes en même temps. C'est une énorme tâche qui nécessite du soutien. Quelque chose où on ne peut réussir seul.

- Comment suggères-tu de procéder alors ? Demanda Strakowski avec curiosité.

- Et bien….

oO°Oo

Afin d'honorer sa promesse envers Evan, Lucius avait décidé d'organiser plusieurs visites au Ministère afin d'en faire connaître le fonctionnement au jeune garçon ainsi que de lui faire profiter de ses contacts et de ses conseils. A son regret, Draco avait décliné, préférant rester au Manoir pour ses leçons avec son tuteur et comme il détestait ses leçons, il n'était pas difficile de comprendre que la politique n'était pas le domaine favori de son héritier, au désespoir de Lucius. Il espérait toutefois qu'avec l'âge il pourrait réussir à capter son intérêt. Severus avait accepté, comprenant l'opportunité dont il s'agissait mais avait insisté, et Narcissa avait tout de suite accepté, pour que le tuteur d'Evan les accompagne, à titre de chaperon. Lucius trouvait l'homme lugubre mais il devait admettre qu'il était un bon protecteur du jeune garçon et il ne le lâchait pas des yeux. Ainsi, Maître Strakowski les suivait de près, légèrement en retrait alors qu'Evan et Mr Malfoy ouvraient la voie, l'aîné conduisant le plus jeune dans le dédale des escaliers et couloirs que représentait le Ministère, tout en discourant :

- En politique, plusieurs choses entrent en ligne de compte afin de définir sa propre sphère d'influence personnelle. Avoir un nom connu, être issu d'une bonne et ancienne famille est une chose importante mais sur laquelle il ne faut pas se reposer. Dumbledore, par exemple, est un sang-mêlé dont la famille n'avait pas une excellente réputation au départ, avec l'emprisonnement de son propre père à Azkaban pour avoir torturé de jeunes moldus et qui avait laissé sa famille avec peu de ressources, sans compter sa mère qui était… née-de-moldus, on aurait pu penser qu'il n'irait pas loin mais il faut admettre qu'il a su retourner la situation en sa faveur. Tout d'abord en s'illustrant comme un élève brillant à Poudlard, puis en se faisant remarquer par Nicolas Flamel avec qui il a pu déterminer les 12 propriétés du sang de dragon. Mais c'est après avoir défait Grindelwald – tu sais de qui il s'agit ? Demanda Mr Malfoy, qui, après reçu confirmation de sa part, reprit – qu'il a prit une véritable influence politique et qui lui a valu un Ordre de Merlin, 1ère classe. D'abord, il a refusé de s'investir politiquement, préférant continuer à enseigner à Poudlard et continuer ses recherches mais après 5 ans, sa popularité n'avait fait que s'accroître et il accepta un siège au sein du Magenmagot, créé spécialement pour lui par le Ministère de la Magie en remerciement de sa victoire sur le Mage noir. A partir de là, les gens commencèrent à suivre ses choix et à lui fournir leur soutien et leur support ce qui l'amena naturellement à être promu Président du Magenmagot deux ans seulement après être devenu Directeur de Poudlard et ensuite, avec l'appui de personnalités influentes tel qu'Aldabert Lasornette ou Griselda Marchebank, il devint Manitou suprême de la Confédération Internationales des Sorciers et par ce biais, une véritable figure d'influence partout dans le monde sorcier… hélas. Comprends-tu ce que cela veux dire ? Acheva Lucius, s'arrêtant pour s'accouder à une des balustrades en hauteur surplombant l'atrium.

- Je pense, répondit doucement Evan. Si une personne est suffisamment talentueuse et qu'elle développe les bonnes connexions pour faire valoir son talent, elle peut parvenir aux plus hauts sommets de la société malgré des conditions de départ défavorables, n'est-ce pas ?

- Exactement, Evan, acquiesça Lucius, satisfait, avant d'enchaîner : Pour développer ces connexions, plusieurs moyens peuvent être mis en œuvre. On peut attendre d'être remarqué par son talent seul (mais cela requiert d'être outrageusement doué), ou encore de profiter des connexions faites par d'autres personnes qui nous sont proches, utiliser certains évènements mondains ou… tout simplement, observer. Par exemple, fit-il tout en désignant deux personnes sortant d'un cabinet face à eux, à l'autre bout de la balustrade : que peux-tu me dire sur ces personnes ?

Il nota immédiatement la concentration et la manière dont le visage d'Evan devint immédiatement dénué de toute émotion et ses yeux se firent froids, distants et calculateurs. Un frisson lui parcourut l'échine. Ce n'était pas une expression que l'on imaginait pouvoir prendre place sur le visage d'un enfant.

- Ils travaillent tous les deux au Ministère de la Magie. Lui occupe un poste important, peut-être Secrétaire ou Sous-secrétaire à en juger par la couleur et la qualité de sa robe ainsi que de ses chaussures. Il a une haute opinion de lui-même et aime le faire savoir à en juger par toutes les décorations inutiles qui ornent son habit et les bagues précieuses qu'ils portent à ses deux mains. Il se tient très droit et même légèrement à l'arrière ce qui indique qu'il est arrogant et aime prendre les gens de haut et faire valoir son statut supérieur à autrui quand il est en compagnie de gens sur lesquels il peut exercer son « pouvoir ». Il est vieillissant et bedonnant et a une propension à suer supérieure à la normale si son visage est une bonne indication ce qui explique pourquoi il a un mouchoir à sa main droite qu'il semble ne jamais vouloir lâcher. Actuellement, il applique son influence sur cette jeune femme. Vu son âge, je pense qu'elle vient juste de finir ses études et que c'est son premier travail. Ses vêtements sont de bonne facture mais ils ne sont pas onéreux. Elle les a probablement achetés pour son nouveau travail car ils semblent neufs mais il est évident que ses finances ne sont pas au beau fixe à en juger par ses chaussures usagées et ses bijoux bon marché. Elle n'aime pas cet homme et n'apprécie pas qu'il soit si près d'elle. Sa posture est rigide et elle se retient de reculer ce qui signifie qu'il a une emprise sur elle. Soit elle travaille pour lui ou bien il a le pouvoir de lui faire perdre son emploi. Il vient de placer sa main sur son bras et elle se retient de grimacer mais ne se dégage pas. Notez comme elle touche de façon presque religieuse le pendentif qu'elle porte. C'est un élément qui a une valeur sentimentale pour elle, qui lui rappelle quelque chose ou quelqu'un qu'elle aime beaucoup. C'est à cause de cela qu'elle ne repousse pas cet homme. Peut-être car elle ne peut pas se permettre de perdre son emploi et qu'il le sait. Probablement pour des raisons financières mais peut-être aussi parce qu'il a un moyen de pression, je n'en suis pas sûr. Il en joue et ne va pas cesser de la harceler jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il veut, probablement une faveur de type sexuelle. C'est un prédateur qui apprécie de jouer avec ses proies et vu l'aisance qu'il affiche, ce n'est probablement ni la première fois ni la dernière. Il est également probable que dès qu'il aura obtenu ce qu'il veut, il utilise son moyen de pression et la fasse démissionner ou licencier ce qui la laissera complètement humiliée et incapable de parler au risque d'exposer ce qu'elle a accepté de faire et comme elle n'a pas les moyens de se défendre, il s'en tirera une fois de plus.

Le garçon sembla réfléchir quelques secondes avant de se tourner vers Mr Malfoy qui, si cela n'avait été inconvenant de la part d'un sang-pur de son rang, aurait eu la mâchoire pendante jusqu'au sol après cet exposé.

- Je ne vois rien de plus à dire, en fait, Mr Malfoy, étant donné que je ne connais pas leurs noms ni leurs histoires. Est-ce que j'ai manqué quelque chose ? Demanda Evan, l'expression neutre bien que ses yeux brillaient de satisfaction contenue.

Il secoua la tête, seulement maintenant se rendre compte qu'il s'était fait avoir - une fois de plus - par un garçon de neuf ans qui avait certainement le potentiel pour être un formidable allié… ou un ennemi redoutable.

Il ne voulait pas d'imaginer ce que le garçon avait deviné de lui.

oO°Oo

Au final, il n'y a pas eu d'autres incidents à noter. Evan est toujours accompagné. Le plus souvent par moi, Strakowski ou les terreurs Weasleys – ils ont déjà une belle réputation de trouble-faits – tant que leur frère ainé est présent. Evan aime bien les jumeaux. Il dit qu'ils sont drôles. Il n'empêche, ils se tiennent à carreau dans mon cours. Ils viennent voir Evan le mardi et le vendredi soir pour le goûter dans nos quartiers (uniquement le salon, la salle de bain et la chambre d'Evan). Pour Halloween, ou plutôt Samhain, j'ai emmené Evan sur les tombes de James et Lily puis nous sommes retournés à Pouldard, dans nos quartiers, pour effectuer un rituel recommandé par Narcissa pour honorer les esprits de nos ancêtres défunts. Rien de compliqué. Juste un feu dans la cheminée pour effectuer le rituel avec une offrande aux défunts et aux divinités.

J'ai offert un bouquet composé d'asphodèles (regrets du passé), d'immortelles (regrets éternels), de lierre (amour/amitié éternelle), de pervenches (doux souvenirs) ainsi que des lys blancs cueillis dans le jardin (pureté, noblesse, amour chaste) en mémoire de ma mère et de Lily avec deux enveloppes. A ma mère, j'ai écris une simple phrase « Je te pardonne ». Dans celle pour Lily, je n'ai rien trouvé d'autre que « Pardonne-moi ». Evan a été éduqué par Narcissa au langage secret des fleurs et son bouquet est différent du mien. Il contient des anthuriums blancs (timidité), de l'armoise (l'absence), de la belladonne (le silence), des campanules (gratitude), du chèvrefeuille (lien, loyauté, fidélité), des chrysanthèmes (honore les défunts), des roses rose (joie, tendresse) et enfin de l'aubépine (espoir prudent). Il a également écrit une lettre mais je ne lui ai pas posé de questions sur son contenu.

C'est personnel.

Nous avons chanté la prière traditionnelle puis jeté nos offrandes, chanté une nouvelle fois puis les flammes ont consumés nos lettres. Je n'ai jamais suivi les traditions, j'étais aussi novice qu'Evan mais j'avoue que c'était… fascinant. J'ai ressenti comme un frisson et pendant environ une heure après le rituel, ni Evan ni moi n'avons parlé, installés confortablement sur le canapé le regard tourné vers la cheminée. Je me suis senti… apaisé, assis ainsi, mon fils contre moi, une main dans ses cheveux soyeux. Pour une fois, je ne me suis pas senti inconfortable. C'est comme si toutes mes barrières avaient cédées et je n'arrive même pas à m'en soucier. Je profite juste du moment. Je sais que mes serpents ont font autant, chacun faisant à sa manière. Certains utilisent des pommes, d'autres font brûler de l'encens. Peu importe la méthode tant que le feu accueille votre vœu.

Cette expérience nous a rapprochées en tout cas. Je crois.

Maintenant que le Solstice d'Hiver approche, j'envisage une petite surprise pour les vacances avec Evan. J'ai déjà informé les Préfets que je ne serais pas là contrairement à d'habitude. Je reste joignable bien sûr ; mes préfets ont une mornille charmée pour me prévenir en cas d'urgence. Maintenant, il ne reste plus qu'à l'annoncer à Albus et à mes chers collègues. La réunion est interminable. Qui s'est illustré ce trimestre ? Qui a des difficultés ? Qui a du mal à s'intégrer ? Qui est un trouble-fait… Sur ce dernier point, les Terreurs Weasleys sont en bonne position mais je dois admettre qu'ils sont… créatifs. Et ils ne pas méchants, ils ne cherchent pas à humilier les victimes de leurs farces. De plus, ils sont plutôt… tolérables en potions.

Et puis, Evan les aime bien.

- Bien, maintenant, pour le planning de Noël, intervient Albus. Nous avons donc Pomona qui s'est portée volontaire et Severus qui resteront à Poudlard et…

- Je ne reste pas à Poudlard cette année, Albus, coupais-je.

- Mais Severus, vous êtes toujours restés pour les vacances, me fait Albus, un ton de reproche dans la voix.

- C'est exact, acquiesçais-je. Cependant – je vois le sourire d'Albus se crisper – bien que j'ai toujours accepté de laisser au moins un de mes collègues échapper au roulement annuel, cette année je souhaite profiter de cette exception pour mon profit personnel, expliquais-je calmement.

- Mais Severus, comme vous l'avez-vous-même expliqué, vos collègues n'ont pas envisagé que vous souhaitiez changer vos habitudes et ont certainement pris d'autres engagements. Ce ne serait pas juste de leur demandé cela.

- Mais ça l'est pour moi ? Répliquais-je, fulminant. J'ai moi-même des projets avec Evan pour cette année. Vous n'aviez qu'à me le demander avant de prendre ces décisions sans mon consentement.

- Les Noëls de Poudlard sont inoubliables, Severus, répliqua Albus. Je suis sûr qu'Evan sera ravi de voir les décorations du Grand Hall avec les élèves qui ont décidé de rester pour les fêtes.

- Non, fis-je, fermement.

Albus fut bien obligé de plier quand Filius se porta volontaire.

Ce derniers mois, le directeur avait pris un intérêt quelque peu malsain concernant mes affaires personnelles, Evan inclus. Je suppose que c'est lié au décès du Golem d'Harry Potter. Depuis, il a commencé à en demander plus concernant Evan. Quand est-il né ? Est-ce qu'il se plait à Poudlard ? Pourquoi ne rendrait-il pas visite aux Weasley puisqu'il semble si bien s'entendre avec les jumeaux? Ils ont un fils de son âge après tout, ils pourraient devenir amis… Il avait même osé exprimer sa « désapprobation » concernant ce que Strakowski enseignait à mon fils. J'ai discuté avec ce dernier après la visite du directeur concernant les Arts Sombres et l'ancien prisonnier était tout à fait de mon avis. Il n'était pas question qu'Evan les apprenne avant qu'il ne soit prêt. Je sais que je ne suis pas un exemple mais je peux au moins lui éviter de faire les mêmes erreurs que moi. Strakowski ne lui montrera que les aspects théoriques pour qu'Evan sache exactement ce que sont et ne sont pas les Arts Sombres. Je lui enseignerais le reste plus tard, quand il sera plus âgé. Ces Arts ont une forte propension à la dépendance et il est facile d'y succomber quand on est trop jeune et inexpérimenté. On peut s'aveugler facilement et prendre de mauvaises décisions qui pouvaient s'avérer désastreuses.

Comme perdre Lily. Comme accepter la Marque.

Il enseignerait à Evan les véritables Arts Sombres avec toutes les sécurités possibles, comme les rituels de purification ou les totems de protection. Il serait prudent. C'était l'enfant de Lily après tout. C'était une affaire sérieuse. Mais il avait encore du temps devant lui. Il en avait parlé avec Evan, faisant en sorte que le garçon comprenne qu'il ne devait même pas penser à les essayer seul et sans quelqu'un pour le guider. Concernant les autres matières qu'Evan apprenaient avec son tuteur, il n'y avait rien d'extraordinaire selon lui. L'histoire, les bases en défense, sortilèges et métamorphoses étaient également enseignées à Draco et uniquement en théorie puisqu'ils n'avaient pas de baguette alors il ne comprenait pas l'inquiétude du directeur. Pour l'étude des runes et de l'arithmancie, c'était une autre question mais puisqu'Evan s'avérait doué et intéressé par ces sujets, il ne voyait pas le mal à le laisser faire et à le décourager sous prétexte de son âge.

Le Maître des Potions aurait apprécié qu'Evan soit plutôt doué dans l'art des potions mais il prenait ses études en la matière au sérieux alors il supposait qu'il devait s'estimer satisfait. Il ferait sûrement un Brasseur décent, peut-être même un bon Potionniste, supposait-il. Il n'était pas déçu, c'est juste que… Et bien, sa mère était celle qui l'avait initié à l'art des potions et ça avait la seule chose qu'il avait partagée avec elle. Ça avait été leur échappatoire, la seule chose que Tobias ne pouvait pas gâcher. Il ne savait pas ce qu'il pouvait partager avec Evan, comment créer une sorte de lien avec lui comme sa mère l'avait fait avec lui. Il n'était pas intéressé par les runes et l'arithmancie. Les livres sur la parentalité qu'ils avaient lus avaient tous pointés qu'il était important de passer du temps autour d'une activité commune qu'ils apprécieraient tous les deux mais… Il ne savait pas vers quoi se tourner. Ils se promenaient ensemble le matin mais ce n'était pas exactement ce qu'il avait à l'esprit pour une activité père-fils.

Il était perdu. Il était tellement occupé et le peu d'heures qu'il avait avec Evan étaient juste inconfortables. Du moins, c'était l'impression qu'il en retirait. Il n'était pas une personne ayant la… conversation facile et de quoi pourrait-il bien discuter avec un enfant de neuf ans ? Ils discutaient un peu des études d'Evan, de son amitié avec Draco et des Jumeaux Diaboliques. Il lui avait parlé de Lily, un peu, parce c'était toujours douloureux pour lui de se rappeler de ce que ses erreurs lui avaient coûté. Que pouvait-il faire ? Il ne savait pas quelle était la réponse. Il ne se sentait pas père mais comme un gardien au plus. Il ne savait pas comment former ce lien qui semblait si naturel pour chaque parent avec leurs enfants. Peut-être que cela venait de lui ? Peut-être qu'il n'était pas fait pour être père ? Peut-être qu'il n'avait pas ce qu'il fallait ? Cette idée le tenaillait la nuit et le tenait éveillé parfois. Il avait promis d'essayer. Bien sûr, il ne s'était pas attendu à des miracles mais un ou deux signes de progression auraient été les bienvenus.

Il avait le sentiment d'échouer avec Evan.

Et il savait que le garçon le savait.

Mais il voulait toujours essayer. Parce qu'il avait promis et parce que l'échec n'était pas envisageable. C'est l'une des raisons pour laquelle il voulait rendre leur première célébration de fin d'année spéciale. Quelque chose qui montrerait qu'il se souciait de lui et qu'il lui prêtait attention. Le garçon avait appris le russe avec son tuteur et avec l'aide du Sortilège d'Apprentissage Rapide des Langues (SARLa) et il voulait lui offrir une visite en Russie avec Strakowski comme guide. L'homme connaitrait les allées secrètes et les lieux qui échappaient au regard des touristes ordinaires. Et puis, il avait fait une réservation pour un petit appartement qui faisait face à la Volga à St Pétersbourg. Ils célébreraient le Solstice là. Strakowski avait décliné, souhaitant se rendre sur les tombes de sa famille pour leur rendre hommage et célébrer à sa façon le Boudni vetcher (Бъдни вечер) et le Koleda[2].

Venait ensuite le problème des cadeaux. Il pouvait certes s'adresser à Narcissa mais il s'avouerait alors coupable de ne pas connaitre les goûts de son propre fils. Il pourrait lui acheter une nouvelle écharpe bien chaude ou une cape… Non, trop pratique. Un livre, peut-être ? Oui, ça pourrait convenir mais…A propos de quoi? De runes? D'arithmancie ? D'histoire ? Il ne saurait pas ce qu'il pourrait choisir et intéresserait Evan. Un jouet ? Un de ces jeux de l'esprit? Une peluche? Enfin… peut-être pourrait-il surmonter son sentiment de culpabilité et demander à Narcissa plutôt que de décevoir Evan. Evidemment, il savait qu'il était plus que probable qu'Evan apprécie juste le fait d'avoir un cadeau plus que ce que celui-ci serait mais néanmoins, il voulait que tout soit aussi parfait que possible. Il pourrait faire un compromis et juste demander… « conseils » à Narcissa et faire ensuite son choix même s'il était certain qu'il allait se retrouver noyé sous les catalogues, le flot de recommandations et autres conseils « maternels ».

Il le ferait.

En dernier ressort.

oO°Oo

- Dis, tu connais Harry Potter ? Demanda Draco, allongé paresseusement sur le lit.

- J'ai lu l'histoire, oui, répondit Evan d'une voix neutre, un peu mal à l'aise.

- Tu crois qu'on pourra être ami avec lui ? Reprit Draco ; inconscient de l'état de tension de son camarade.

- Pourquoi tu veux être son ami ? Biaisa Evan, curieux.

- Et bien… Tout le monde veut être ami avec Harry Potter ! Je veux dire, il a beau être un sang-mêlé, il a quand même défait le sorcier le plus terrible depuis Grindelwald. Et il est héritier du titre de Lord Potter et c'est une ancienne maison, les Potter, expliqua méthodiquement l'héritier Malfoy.

- Il pourrait être arrogant et stupide et avoir la grosse tête, contra Evan. Tu voudrais toujours être son ami s'il est comme ça ?

- Père dit toujours qu'il faut savoir avoir les meilleures relations pour avancer dans la vie et Potter a le prestige et l'argent. Ce pourrait être un mauvais mouvement pour moi de lui tourner le dos juste parce qu'il pourrait être un idiot. Tu sais, j'ai appris qu'il est élevé par des moldus et même s'il a reçu des leçons, ce n'est pas la même chose. On pourra l'aider. Je pourrais lui offrir ma main pour le guider dans notre monde et ton expérience avec le monde moldu pourrait s'avérer utile. On pourrait devenir ses deux meilleurs amis !, récita t'il.

- Tu sembles y avoir beaucoup réfléchi à ce que je vois, répondit Evan, amusé, assis contre la tête de lit.

- Et bien… J'ai tout lu sur lui, bien sûr. Mais je ne crois pas à tout, bien sûr ! Tenta t'il de se justifier, les joues rouges. Je ne suis pas comme un de ces fans pathétiques ou quoi que se soit dans ce genre, hein…C'est juste qu'il est un sorcier très puissant quand même et qu'il en impressionne pas mal, mon père compris…enfin, je veux dire… Le blond s'arrêta là, embarrassé.

- Comment comptes-tu t'y prendre pour faire sa rencontre ? , reprit Evan pour mettre Draco à l'aise.

- Oh ! Il a notre âge tu sais et il sera donc dans le même train que nous quand nous irons à Poudlard alors j'ai pensé qu'on pourrait le chercher dans le train et ensuite… J'ai préparé un petit discours, tu veux l'entendre ? Demanda le blond, excité.

Evan hocha juste la tête, infecté par l'enthousiasme de son ami. Draco quitta le lit pour se lever devant lui, un air solennel (et un peu arrogant, mais ça, Evan n'allait pas lui dire) sur le visage et s'éclaircit la gorge :

- Je suis Malfoy. Draco Malfoy, le blondinet récita, la voix trainante. J'ai entendu que le célèbre Harry Potter allait à Poudlard. Tu comprendras très vite que certaines familles valent mieux que d'autres, Potter. Tu ne veux pas devenir ami avec des gens douteux. Je peux t'aider étant donné que les gens comme nous ne méritent que le meilleur.

Et là, le garçon tendit fièrement sa main dans le vide, satisfait de lui-même. Incapable de se contenir plus longtemps, Evan éclata de rire. Comme Draco ne se joignait pas à lui, il jeta un regard au blond qui semblait assez vexé voire blessé par sa réaction, les lèvres pincées. Cela calma immédiatement Evan. Il prit la main de Draco et le fit asseoir en face de lui.

- C'était si mauvais que ça?, demanda le blond d'une petite voix, les yeux rivés sur le sol. J'ai répété longtemps pourtant, tu sais, et je pensais… J'ai respecté toutes les règles pour une présentation formelle ! D'abord mon nom de famille pour qu'il puisse situer l'importance de celle-ci et ensuite j'ai reconnu sa propre importance en tant que Garçon-Qui-A-Survécu comme ça il saurait que je nous considère comme étant sur un pied égal et que même s'il n'avait pas été élevé dans notre monde, je n'en tenais pas compte et que j'étais prêt à le guider, tu vois ? Où est-ce que je me suis trompé ? Draco acheva, complètement misérable.

- Draco ? L'appela doucement Evan. Ce n'était pas si mauvais mais le problème à mon avis, c'est juste que tu essayes trop. Nous aurons seulement onze ans. Soit juste toi-même, ça sera suffisant.

- Moi-même ? Reprit le blond, incertain.

Evan, affecté par le manque soudain – et habituellement dissimulé – de confiance en lui de son ami, lui prit la main et confessa :

- Je ne vais pas te mentir Draco. Tu le sais. Tu es arrogant, égoïste et parfois même cruel et bien souvent tu te comportes en morveux de la pire espèce mais… Je ne voudrais jamais personne d'autre que toi comme meilleur ami.

- Vraiment ? Demanda Draco, incrédule et un peu confus.

- Oui, vraiment. Parce que je sais que derrière ce masque de morveux prétentieux se trouve quelqu'un sur qui je peux compter, quelqu'un auprès de qui je peux me laisser aller à être moi-même parce que je sais que tu prendras soin de moi. Je sais que je peux me confier à toi sans que tu me juges ou que tu penses que je suis faible. Et tu n'hésites pas à partager ce que tu sais avec moi et même quand tu es jaloux de moi, tu restes mon meilleur ami. Il acheva doucement : Draco… Tu n'as pas besoin d'un Harry Potter pour montrer au monde le grand sorcier que tu es.

A la fin, un peu embarrassé par sa déclaration, Les yeux d'Evan étaient résolus à regarder partout sauf Draco.

- Tu es un super ami aussi, murmura le blond, agrippant étroitement la main de son ami.

Evan releva la tête, un petit sourire se jouant sur ses lèvres. Leurs regards se croisèrent et se soutinrent un moment avant que le blond ne déclare :

- C'était guimauve, hein ? Déclara l'héritier Malfoy.

- Oui, ça l'était, agréa Evan, soulagé. Ça l'était même bien.

- Je crois que nous avons besoin de faire quelque chose de viril et masculin pour nous prouver que nous ne sommes pas devenus une de ces chochottes ennuyeuses et geignardes comme Pansy donc… Quidditch ? Proposa le blond en se relevant.

- Tu y es! S'écria le noiraud en s'enfuyant en courant vers la porte.

- Non, j'y suis pas ! T'as triché ! Evan ! J'y suis pas! Reviens ici! S'écria Draco en poursuivant son ami.

Son meilleur ami.


[1] C'est un vieux mot désignant des êtres disant des stupidités, des bêtises… A vous d'imaginer l'utilisation qu'on peut en faire…

[2] Alors, d'accord, j'ai un peu triché, c'est d'origine bulgare mais bon…C'est mon histoire, hein ?


Voilà!

Si je n'ai pas le temps de publier le dernier chapitre de la transition avant la nouvelle année, laissez-moi vous souhaiter un joyeux Noël et une excellente année 2014!

Juste au cas où...une review serait un cadeau super sympa pour l'auteure que je suis...lol!

A bientôt (j'espère)