Manga : Bleach

Auteur : Jimiloli

Genre : révolution, romance et rock'n roll

Rating : M

Statut : en cours

Pairing : vous l'aviez pas vu venir hein ?


LA THÉORIE DE L'ÉQUILIBRE GÉNÉRAL


IV

Homogénéité des produits

La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l'empêcher de nuire aux autres.

J.S. Mills


Un silence de mort avait empli la petite pièce, et aucun des deux hommes n'osait regarder l'autre en face. S'ils l'avaient fait, c'est un maelström d'émotions qui les aurait saisi. Colère et désir se mêlaient dans une confusion parfaite, d'un côté comme de l'autre. Angoisse, peur, envie, jalousie, délectation... le vaste éventail des états dans lequel un cœur humain pouvait être s'était déployé brutalement.

Si le silence le plus parfait n'avait pas régné, aucun des deux hommes n'aurait entendu la rumeur sourde et lointaine qui semblait s'élever des confins du Seireitei. Et s'ils n'avaient pas été dans un état de tension exacerbée, aucun des deux n'aurait senti le profond bouleversement dans les flux d'énergie spirituelle qui émergea dans un coin de leur conscience.

Alors que Byakuya redressa la tête pour humer l'air nocturne à la recherche d'une indication sur ce bouleversement, Renji parla le premier.

« C'est eux.

- Ce sont eux. Corrigea Byakuya qui, malgré la dramaturgie du moment, ne pouvait voir les règles de grammaire se faire fouler au pied ainsi sans réagir.

- Ouais, c'est bien eux, persista Renji, au mépris de toute influence positive de la part de son capitaine.

La faible aura qu'ils pouvaient ressentir et le bruit vague de cris étouffés par la distance étaient sans équivoques. Les étrangers étaient là, quelque part, loin dans le Seireitei, et débordaient d'une énergie belliqueuse, guerrière, haineuse.

- Ils ne sont pas seuls.

Renji hocha lentement la tête. Il les sentait, les âmes en perdition qui se fondaient dans cet élan féroce, il les reconnaissait, lointaines ombres d'un passé lointain.

- Des âmes du Rukongai...

- Et des shinigamis, murmura Kuchiki, comme si le simple fait d'en parler brûlait ses lèvres.

Leurs yeux se croisèrent, protégés par l'urgence de la situation, ils pouvaient se faire face dans rien laisser transparaître de ce qui les avait frappé au cœur quelques seconde plus tôt.

- Que font-ils ?

- Ce que nous craignions qu'ils fassent : ils essaient de s'emparer du Seireitei.

- Pourquoi ?

Le regard sans aménité que lui lança Byakuya était éloquent. Tu devrais le savoir mieux que quiconque.

- Ils ne peuvent pas faire leur petite révolution ici... il y a les shinigamis... nous sommes... nous sommes...

Renji fut incapable de terminer sa phrase. Nous sommes. Nous existons et rien que cela devrait les dissuader de s'attaquer à nous.

- Notre existence même leur est méprisable, pérora Byakuya inutilement.

- Je sais mais... ils devraient nous craindre... je sais qu'ils nous craignent.

- Pas assez pour nous laisser en paix apparemment.

- Non... non, ce n'est pas ce que je veux dire, rectifia Renji. Ils craignent notre maîtrise du reiatsu. Eux-mêmes ne peuvent pas parvenir à une telle habileté. Ils le savent, et ils savent qu'ils s'engagent dans un combat inégal.

- Peut-être t'ont-ils dissimulé leurs réelles capacités, hasarda Byakuya.

- Non. Akon avait la même intuition, avant que je lui en parle. Il en a fait état dans son rapport pour Kurotsuchi. D'ailleurs, quand on voit qu'ils...

- Les Zanpakuto, le coupa sèchement Byakuya.
Renji hocha la tête lentement.

- C'est ça. Ils ne peuvent pas se forger d'armes spirituelles. Il faudrait les maîtriser et ils en sont incapables.

- Alors ils doivent être certains de pouvoir entraver nos zanpakuto s'ils veulent se battre d'égal à égal.

Un filet de sueur glacée coula le long de son échine et Renji sentit ses poils se hérisser.

- Zabimaru.

Il avait laissé s'échapper un sifflement entre ses dents et brusquement fit mine de faire demi tour pour quitter la demeure. Mais son capitaine l'attrapa par le col et l'attira à lui.

- Que se passe-t-il avec ton zanpakuto ?

Renji lui lança un regard désespéré, la mâchoire crispée.

- Rien.

- Tu mens.

- Capitaine...

D'un geste sec, Byakuya relâcha son officier.

- Peu importe. Tu fais bien de partir, nous devons nous rendre à nos postes.

- Nos postes ?

- Le Seireitei est attaqué et nous sommes son armée. »

Tout en avançant à son tour hors de la pièce, Byakuya dépassa puis entraîna Renji à sa suite.

« Il y a eu un rapport tout à l'heure, sous le sceau du secret, provenant de la douzième division, commença-t-il tandis que Renji accélérait le pas pour le rattraper. Les résultats de l'étude de leur dimension montrent qu'elle est sur le point de se disloquer. L'énergie spirituelle qui la stabilise commence à leur faire défaut.

- Comment ça se fait ?

Kuchiki haussa les épaules.

- La division scientifique est d'avis que le nombre de mʻntşn augmentant, il leur faut une dimension plus solide, à même de supporter les énergies spirituelles aussi nombreuses. Et les enlèvements de hollows ne suffisent plus à cela. D'autant plus que l'énergie apportée par les hollows est imparfaite, car il s'agit d'âmes mortelles qui n'ont pas atteint leur forme complète.

- Et alors ?

- Notre soupçon initial est qu'ils recherchaient une nouvelle source d'énergie spirituelle ici, mais il semblerait que leur calcul soit plus sinistre encore.

- Ils veulent récupérer le Seireitei, marmonna Renji.

- Selon toute apparence.

- Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ?

Le capitaine eut un haussement de sourcil tout à fait significatif. Et c'est un officier qui disparaît toute la journée et la finit en me harcelant chez moi en état d'ébriété avancée qui se plaint de ne pas être au courant de ce qui se passe ?

L'officier en question maugréa.

- Ouais c'est vrai je suis pas repassé au bureau.

Tu as probablement oublié le chemin de la capitainerie vu le temps que tu passes ailleurs.

- Mais dans ce cas... pourquoi n'est-on pas en état d'alerte ?

- Cette décision appartient au capitaine-commandant, trancha sèchement Byakuya qui sentait l'esprit de contradiction de son officier s'éveiller. Nous pouvions seulement être sur nos gardes et doubler le nombre de nos officiers d'astreinte.

Renji prit un moment pour essayer de se rappeler s'il était d'astreinte cette nuit-là. Mais il dû se résigner à admettre qu'il n'avait pas consulté le tableau des astreintes depuis plusieurs jours. De toute façon, il était là, vif et alerte... un peu éméché certes, mais prêt à la bagarre. Si seulement... il jeta un regard inquiet à son zanpakuto. Si seulement Zabimaru voulait bien le rejoindre.

- De toute façon, le roi ne laissera jamais ça se produire.

D'un mouvement brusque, et avec une expression plus hautaine que jamais, Byakuya se tourna vers lui et le toisa.

- Nous sommes l'armée de la Cour. C'est ce pourquoi nous existons, pour faire en sorte que ce que le roi ne permet pas n'arrive pas. »

Et ce faisant, son regard plongea directement dans celui de Renji où il ne trouva, à sa grande satisfaction, qu'une résolution d'acier, et une énergie farouche, indomptée, la même qui avait embrasé leur combat au pied de la tour des supplices, de longs mois auparavant.

« Retourne à ton poste, fit-il d'un ton impassible.

- Mon poste ?

- Oui, ton poste. En cas de danger menaçant le Seireitei, tu as un poste à tenir, comme tous les vice-capitaines. Alerte ceux que tu parviens à alerter sans perdre notre avance.

- Notre avance ?

- Donne l'alerte, Renji. »

Et comme tout chef qui a la classe, la vraie, celle des héros, des vrais, Byakuya tourna les talons d'un shunpo gracieux sans jeter un regard en arrière, sûr de son autorité et de l'absolue obéissance de son fidèle subordonné. Ce dernier hocha la tête en se mordant les lèvres. S'il essayait de shunpoter dans son état, il avait tout de même de bonnes chances de finir au fin fond du Seireitei dans un placard de la sous-division en charge du ramassage des ordures ménagères. D'un autre côté s'il se mettait à marcher, il en avait pour un bon quart d'heure. À moins de courir. Mais c'est fatiguant de courir. Et en même temps, tout en se décidant pour la manière la moins hasardeuse de se bouger le cul, il bondissait de rue en rue, de toit en toit, de muret en muret pour enfin parvenir à l'endroit d'où il était sûr d'obtenir la meilleure réponse stratégique face à une invasion ennemie. Quoi que « stratégique » ne soit pas le terme le plus adapté à la réaction qu'il espérait.

À la onzième division.

Devant l'entrée de la capitainerie, deux molosses montaient la garde et Renji n'avait ni l'envie ni le temps de leur expliquer le but de sa visite, explication qui risquait d'être longue vu les capacités de compréhension de l'élite des combattants du Gotei 13.

Il s'aventura donc à effectuer un shunpo à l'arrachée et se se trouva dans un couloir de la onzième division et se mit à tambouriner frénétiquement à la première porte face à lui.

« Bordel c'est quoi ! Grogna un dormeur de l'autre côté dans un grondement digne d'un ours.

- Alerte ! Hurla Renji tout en allant frapper à la porte suivante.

Toutes les portes et les pièces se ressemblant dans la capitainerie de la onzième, il s'était attendu à avoir quelques difficultés à repérer celles de Zaraki. Mais ayant identifié la voix de l'officier qu'il avait réveillé, il était en mesure de s'orienter dans le bâtiment. La chambre n'était qu'à quelques portes de là. Et au même étage.

- Capitaine Zaraki ! Capitaine !

Le colosse borgne poussa sa porte si violemment que Renji recula de deux pas.

- Qu'est-ce que c'est encore Abarai ?

- Alerte capitaine ! Les mʻntşn nous attaquent !

Tout en s'habillant, Kenpachi repoussa le vice-capitaine dans le couloir.

- Tu pouvais pas sonner l'alarme normalement ?

- Plus tard ils sauront qu'on est au courant, mieux ce sera pour nous.

- Ils sont où ?

- Quartier ouest. Ils sont passés par le Zanpakuto émoussé, je crois, pour franchir les remparts.

Tout en fixant une dernière clochette dans ses cheveux, Zaraki hocha la tête.

- Va réveiller Yumichika et Ikkaku. Qu'ils se bougent. Et puis retourne d'où tu viens.

- Oui capitaine », beugla Renji qui avait perdu l'habitude de se faire crier dessus par son supérieur, et qui réalisait brutalement que, quoi qu'il ne fût pas spécialement masochiste, ça lui avait manqué. Ou alors il était maso. Ce qui était possible aussi.

Il se précipita sur la porte des deux officiers.

« Ikkaku ! Ikkaku !

- Bon sang, même s'il est à poil et désespéré, il reste dehors, grogna Ikkaku.

- Rien à redire, minauda Yumichika qui enlaçait tendrement son amant.

- Debout les mecs ! C'est la guerre !

Sous une mèche bleuté, les grands yeux du cinquième siège prirent une expression désolée.

- Ça a vaguement l'air sérieux pour une fois.

- Si c'est une de ses blagues à la con, je l'émascule, confirma son compagnon. »

Et ce fut la silhouette gracile du cinquième siège qui vint ouvrir la porte. Complètement nu. Ce qui provoqua à la fois un mouvement de recul et un haussement de sourcil appréciateur de la part du visiteur nocturne.

« Bien essayé.

- Quoi ?

- Cette tentative de déstabilisation. Mais nos touristes d'outre monde sont en train de foutre le bordel.

- Les péquenauts que t'as ramené ? Ça m'étonne presque pas.

- Ben merci.

- T'as toujours eu le chic pour faire les poubelles de l'univers.

- Bon, râla le vice-capitaine devant un tel accueil. Ben c'est la merde alors on se réveille, on s'habille et on va se bastonner.

Ce à quoi Yumichika rétorqua par un sourire enjôleur et un doigt très baladeur sur le torse du vice-capitaine.

- Tu sais parler aux mecs toi. »

Ce qui lui valu un regard absolument terrifié du pauvre Renji contre qui, décidément, le sort avait décidé de s'acharner ce soir-là. Quand on est éméché et qu'on sort d'un pur moment d'émotion-tension avec un capitaine froid comme un bac à glaçon, au moment où des hippies sympas tournent leur veste pour se la jouer révolution d'octobre, on n'est pas en état de se prendre l'index de Yumichika Ayasegawa sur le téton (quand bien même on en est friand en temps normal).

« T'as un gros problème !

- Oui mais moi au moins j'ai un mec », riposta la diva de la onzième d'un ton suffisant.

Tellement suffisant qu'il suffit à faire prendre la fuite à Abarai. Une fuite toute relative cependant, puisque le vice-capitaine fila vers sa propre capitainerie.

Les brutasses de la onzième division sauraient relativement bien ramener un semblant d'ordre pendant que les être doués de raison s'occuperaient d'une stratégie pour éliminer définitivement la menace des mʻntşn.

Arrivé à sa capitainerie, il se précipita pour réveiller les officiers, lançant ses ordres de part et d'autres. Il y avait tout à faire : réveiller les autres hommes, envoyer des messages aux divisions de combat, alerter les scientifiques de Kurotsuchi de se grouiller pour trouver une solution, mettre en place la protection de la capitainerie. Ce qui fut fait à une vitesse dont l'officier lui-même ne se serait jamais cru capable. Au détour d'un couloir, il télescopa Rikichi contre le mur, le récupéra par les bras, et l'entraîna avec lui, sans laisser au jeune shinigami le temps de prononcer le moindre mot.

« Tu vas envoyer les messages aux autres divisions.

- Des messages ?

- Les mʻntşn nous attaquent., quartier ouest. Il faut pas qu'ils se doutent qu'on est en état d'alerte.

- Les quoi ?

- Les gars de l'autre dimension.

- Si ça vous fait rien, vice-capitaine Abarai, je vais utiliser cette expression, ce sera plus compréhensible.

- Tu fais comme tu veux, mais tu envoies ces messages. »

Et d'une brusque poussée sur le jeune homme, il l'envoya dans un couloir perpendiculaire au sien. Il ouvrit la première porte à la volée.

« Nanako ! Debout ! »

Puis la seconde.

« Tanaka ! On s'bouge ! »

Puis la troisième.

« Katsumi ! Sors du pieu ! »

Et ainsi de suite, jusqu'à avoir autour de lui un petit groupe d'officiers, les yeux embués de sommeil mais l'esprit déjà alerte. En quelques minutes les escadrons étaient dispatchés. Et Rikichi revint, adressant un hochement de tête affirmatif à l'interrogation muette de son supérieur.

« Toi tu viens avec moi, on va avoir besoin d'un larbin.

- Vice-capitaine Abarai.

- Quoi ?

- Où est...

- Quoi ?

- Le capitaine ? »

Renji ralentit son pas l'espace d'un instant et puis se remit à courir. En cas de péril grave pour la sûreté du Seireitei, les vice-capitaines se réunissaient en cellule de crise dans un local réservé au sein d'une annexe de la première division. C'est là qu'il se rendait, traînant toujours Rikichi derrière lui. Les capitaines étaient soumis à la même obligation et, dans le cas présent, ils devaient rapidement trouver une issue à cette menace. Renji, comme tous les autres vice-capitaines, n'avait aucune idée de l'endroit dans lequel les capitaines se réunissaient, et ce afin de prévenir la moindre fuite. Oh, il ne pouvait pas être bien loin, ils étaient obligés de rester dans l'enceinte du Seireitei, et quelque part, comme un vague murmure au loin, Renji sentait encore l'énergie spirituelle de Kuchiki, comme un signal discret dans un coin de sa tête. Mais la distance, celle qui faisait suite à un bref et intense moment de pure proximité, était intolérable.

« Il va bien. »

Pour toute réponse, Rikichi acquiesça faiblement.

OoOoO

Dans la salle de réunion des capitaines manquaient encore Zaraki, Kensei et Hitsugaya.

Soi Fon scrutait l'assemblée d'un air méfiant jusqu'à ce qu'elle rencontre le regard acéré du capitaine-commandant qui réduisit au silence la remarque cinglante qu'elle s'apprêtait à lancer.

« Il ne convient pas de pérorer sur ce qui aurait pu ou du être fait. Les choses sont telles qu'elles sont. Capitaine Kurotsuchi. L'état de vos recherches ?

- Leur dimension est actuellement reliée à la nôtre de manière artificielle. Nous pouvons rompre ces liens à tout moment.

Ukitake secoua la tête.

- Nous avions ancré leur dimension à celle du Hueco Mundo. Peut-on les séparer également ?

Le scientifique eut un sourire torve.

- Cela demandera du temps. Pour l'instant, c'est prématuré. D'autant plus que si nous rompons tout lien, ils redeviennent entièrement libres de leurs mouvements. »

Et tout est à refaire.

Personne ne formula à haute voix ce que tous savaient en leur for intérieur.

« Sait-on au moins ce qu'ils veulent ? Gronda Komamura.

Les têtes se tournèrent presque automatiquement vers Ukitake qui, après tout, était celui qui avait le plus pratiqué ces étrangers.

- Leurs intentions m'ont toujours parues floues. Comme je vous en ai fait part à plusieurs reprises, ajouta-t-il à l'adresse de Yamamoto. Cependant on peut considérer comme acquis qu'ils luttent contre notre mode de... vie.

- Notre mode de vie ? Murmura Rose.

- Oui, la manière dont nos existences se perpétuent ici.

- Et l'organisation de notre société.

Cette fois, c'est vers Kuchiki que les regards volèrent d'un seul mouvement.

Shinji compléta pour lui, voyant le très noble capitaine répugner à formuler sa pensée.

- Ils contestent notre société féodale et inégalitaire, ce qu'ils veulent, ce qu'ils promeuvent, c'est un forme d'anarchie populiste. »

Au même moment, les capitaines Hitsugaya et Muguruma firent leur apparition, l'air sombre et le souffle court.

« Les divisions combattantes sont à leur poste, capitaine-commandant, annonça l'aîné des deux en prenant sa place.

- Le quartier ouest est bouclé. Six escadrons de la dixième division et trois de la neuvième se chargent d'évacuer le secteur. La dixième division est prête à intervenir dès que la zone sera sécurisée.

- Comment ont-ils pu entrer ? S'enquit Ukitake avec inquiétude.

Toshiro, qui n'avait pas bougé de l'entée de la pièce, répondit d'une voix posée.

- Vraisemblablement, par l'établissement du Zanpakuto Émoussé. Le passe droit qui permettait de franchir la barrière de sekkiseki à certaines heures de la nuit leur était connu.

Kyoraku se redressa d'un seul coup.

- Non ! Blondie est... ?

Le jeune capitaine le dévisagea.

- Nous n'avons pas de nouvelles de habitants au delà d'une zone limite. Il faut évacuer le maximum de personnel non combattant sans aller jusqu'à la confrontation. La onzième division attend le bon moment.

- Qui est là-bas ?

- Zaraki, et les vice-capitaines Matsumoto, Hisagi, Iba et Abarai.

- Et Yachiru, compléta Kensei machinalement.

- Et Yachiru, rectifia Toshiro.

- Kira, Hinamori et Omaeda s'occupent de la sécurisation de la chambre des 46.

Kyoraku, finissant son geste, se leva complètement de son siège.

- J'y vais.

Jusqu'à ce qu'un puissant reiatsu ne s'élève juste à côté de lui, le coupant net dans son élan.

Ne sois pas stupide.

Jushiro ?

Tu es mille fois plus utile ici.

- Nan... tu comprends pas, je dois y aller. »

Le capitaine treizième division vacilla devant une telle détermination, incapable de comprendre ce qui pouvait motiver ainsi son vieil ami sans qu'il en connaisse la raison.

« Kurotsuchi, vous feriez bien de dégager la dimension de ces fous avant qu'ils ne nous envahissent pour de bon, fit Soi Fon, tout en se levant à son tour. Quant à moi, ma place est sur le front.

- Restez ici, Soi Fon. Nous avons au contraire du travail qui nous attend, riposta Hirako.

Kensei hocha la tête.

- Les vice-capitaines se débrouillent très bien tous seuls. »

Toshiro, qui n'avait toujours pas daigné s'asseoir, fusilla l'autre capitaine du regard. Bien sûr que Matsumoto se débrouillait toute seule, bien sûr qu'elle était forte et capable, mais lui, il était son capitaine et là où elle se battait, là où elle affrontait l'ennemi, le danger et la mort, là aussi il se devait d'être.

Tandis que Kurotsuchi s'éclipsait en silence, Ukitake avait refermé sa main sur le poignet de Kyoraku et le retenait.

Pourquoi veux-tu absolument y aller Shunsui ?

Le regard que son ami lui jeta était insondable.

Je promets de te le dire, Jushiro, mais pas maintenant.

A cela seul un silence blessé répondit, et les doigts du capitaine malade relâchèrent leur prise.

Tu ne me dois rien.

Ne le prends pas comme ça.

Sous le regard parfaitement indifférent de Unohana, les deux hommes dialoguaient sans un mot, sourds au brouhaha qui avait envahi la petite pièce.

Entre les capitaines qui voulaient rejoindre leur troupe, ceux qui demandait telle ou telle solution rapide, et Soi Fon qui commençait à s'engueuler avec Hirako, personne ne prêta attention au capitaine perdu dans de sombres pensées.

Byakuya tentait de chasser le regard coupable de Renji qu'il avait surpris moins d'une heure auparavant. Il avait dit Zabimaru, comme on prononce le nom d'un être cher disparu à jamais, d'un ton chargé de regrets. Il lui avait menti, il avait caché quelque chose de grave et d'important à propos de son zanapakuto. Oh, ça ne l'inquiétait pas plus que ça pour la santé du vice-capitaine. Abarai était un coriace, dur à cuir et qui ne se laisserait pas tuer aussi facilement. Byakuya avait la faiblesse de croire que si lui n'avait pas réussi à lui régler son compte, les autres échoueraient également. Mais cette histoire de zanpakuto le titillait pour une raison qu'il n'aurait su exprimer. Quelque chose aurait dû lui sauter aux yeux, être évident, et expliquer pas mal de choses, et il n'arrivait pas à mettre la main dessus. Mais ce n'était pas ça le pire. Le pire c'est qu'il savait pertinemment pourquoi il lui était si difficile de percer à jour son vice-capitaine, il savait que les derniers mots échangés entre le reproche et l'aveu avaient tracé un chemin insidieux en lui. Sans le vouloir, il revoyait son regard à la fois rageur et implorant, il sentait son souffle chaud contre son visage, il sentait sa poigne qui tirait sur son kimono, il percevait encore l'intense présence de ce corps qui lui avait fait face. Et ces vagues sensations passées parvenaient à le plonger dans le plus grand tourment intérieur qu'il eut connu depuis le jour où il avait appris la condamnation de sa sœur.

Tout cela, il le ressassait dans son esprit, et le réveil fut brutal lorsqu'une voix l'interpella.

« Capitaine Kuchiki. Vous aussi ?

Il croisa le regard perçant de Hirako et s'emplit de confusion en réalisant qu'il avait commencé à se lever pour partir.

- Non, articula-t-il à mi-voix, tout en réalisant qu'au contraire, il voulait partir, il voulait rejoindre ses hommes, et plus que tout, croiser à nouveau ce regard coupable pour lui faire dire ce qu'il n'osait avouer. Il voulait la confrontation, il voulait saisir ce bras, cette épaule, ce cou, le faire ployer devant lui et lui faire dire ce qu'il taisait, il voulait qu'il se livre à lui, qu'il cesse de se dérober.

- Mais nous ne pouvons pas rester là sans rien faire.

À nouveau l'aura fantastique du capitaine-commandant s'éleva parmi eux, réduisant au silence toutes les discussions, ainsi que l'étincelle de rébellion qui pointait chez certains.

- Les capitaines des armées de la Cour sont le dernier rempart et le dernier recours pour protéger le Seireitei et le Roi. Notre heure viendra.

Un silence de plomb retomba sur le groupe des capitaines.

- Maintenant, si vous voulez bien écouter et vous taire. »

OoOoO

Renji se trouvait avec ses collègues et voyait la vague confuse des énergies spirituelles hostiles se rapprocher, s'étaler, se répandre comme une vague déferlante. La tactique adoptée consistait à évacuer les civils, cibler les axes utilisés par l'ennemi et mettre en place des blocus tout autour du quartier pour contenir l'invasion. Mais en son for intérieur, quelque chose lui soufflait que ce ne serait pas suffisant.

La onzième division était divisée en escadrons prêts à fondre sur les groupes d'envahisseurs lorsque ceux-ci s'approcheraient de trop. La dixième était chargée de sécuriser le périmètre, tandis que les combattants des sixième, huitième et neuvième division étaient constitués en équipes pour tenir lieu de soutient en cas d'assaut généralisé. Quelques ombres parcouraient les rues, muettes et meurtrières : les assassins et espions de la deuxième division étaient entré en action avec une discrétion exemplaire.

Ils se trouvaient en hauteur, sur le balcon d'une résidence, un point de vue idéal pour juger de l'état des choses.

« Les gars faut que je vous dise un truc.

- Ouais, murmura Hisagi.

- Il faut faire gaffe à un truc.

- Un seul ? Ironisa Rangiku, la main serrées sur la poignée de Haineko.

- Ils ont quelque chose avec les zanpakuto.

- Ah ouais ? Quoi ?

- Ils n'en ont pas, ils ne peuvent pas s'en servir.

- Du coup ça risque d'être bien plus rapide à régler que prévu.

Coupant court à l'enthousiasme des officiers qui venaient de l'entendre.

- Mais ils ont un truc. Depuis que je suis resté chez eux, Zabimaru est... différent. Il... c'est comme si le lien était... distendu.

Derrière le mot, somme toute plutôt innofensif, ils entendirent tous « rompu ».

- Tu es resté longtemps séparé de Zabimaru, ça pourrait expliquer cela.

Renji secoua la tête.

- Possible mais j'en doute. Dans le doute, faites gaffe.

Un silence pensif s'ensuivit, les mines sombres des vice-capitaines accentuant d'autant plus l'angoissante nouvelle.

- Les autres n'ont rien remarqué en revenant de là-bas, et pourtant ils y sont allé aussi, non ?

- Ouais mais pas aussi longtemps. Et puis surtout, les autres avaient emmené leur zanpakuto au Gʼanyydn. Et puis aussi, je m'en suis rendu compte en essayant d'utiliser mon bankai. Et je ne pense pas que Agido, Akon et Akuto se soient entraînés à leur bankai depuis notre retour. Kiyone non plus. Les capitaines... pas le mien en tous cas.

Les deux officiers qui encadraient Renji hochèrent chacun la tête, emplis de la compréhension des conséquences que pouvait entraîner cette nouvelle.

- Okay, donc faire gaffe aux zanpakuto. Autre chose qu'il faudrait savoir dès maintenant ?

Ce fut Sasakibe qui répondit cette fois ; elle se tenait à quelques pas de Matsumoto, et guettait les méandres sombres du quartier ouest.

- Ils sont nombreux, bien plus nombreux qu'à leur arrivée.

- Nous sommes rattachés à leur dimension, ils ont pu élaborer un passage entre les deux. Ça s'est déjà vu.

- Exact.

L'officier de la dixième leva la main devant ses yeux.

- Et ce ne sont pas tous des étrangers. Si vous sentez ces auras, il y a des gens de chez nous.

- Des shinigamis ?

- Non, de simples habitats du Seireitei.

Tous la dévisagèrent.

- Il y a des habitants encore pris dans les rues.

- Oui mais les auras en question arrivent de l'extérieur. C'est subtil, mais pas impossible à percevoir. »

Les yeux plissés et les sourcils froncés, Matsumoto se concentra pour sentir ce que Sasakibe avait confusément perçu. Et elle le sut à son tour.

« Des gens du rukongai.

- Hein ?

- Oui, Renji. Des gens du Rukongai, je reconnais l'énergie spirituelle de ces gens là. Ils ne sont pas puissants, pas de menace directe. Mais ils sont belliqueux.

À son tour Hisagi tenta de percevoir cela.

- Ouais, c'est faible, mais on peut percevoir la différence d'avec les civils

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

Un moment de silence embarrassé après, et Matsumoto haussa les épaules.

- Quelle âme du Rukongai n'a jamais haï les shinigamis de toutes ses forces ?

- Vice-capitaine ! Protesta Sasakibe d'un ton choqué.

Renji, les yeux toujours rivés sur l'horizon d'où s'élevaient des hurlements indistincts, hocha lentement la tête.

- Elle a raison.

- Hein !

- Certains d'entre nous sont devenus shinigamis par... par admiration, fascination, ou par amour.

Disant cela, Renji jeta un regard en coin à Hisagi qui semblait ne rien entendre de leur conversation.

- Pour nous autres, c'est autre chose, c'était pour survivre, pour échapper, parce qu'au plus profond de nous, nous étions envieux de la vie luxueuse des shinigamis, et nous n'aspirions qu'à une chose : devenir comme eux.

- Devenir ce que l'on hait...

- ... faute de pouvoir le détruire.

Renji sursauta et se retourna brusquement, reconnaissant la voix qui avait terminé sa phrase.

- Rukia ! Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je ne réponds plus aux question cons, Renji, va falloir faire un effort.

- Sympa.

- Kuchiki ? Qui s'occupe de...

- Le reste de la treizième est dessus. Les capitaines viennent de nous envoyer en support. Il faut endiguer ce flux. Apparemment ils auraient fait venir d'autre êtres de leur dimension via le Hueco Mondo, ce qui fait qu'ils empiètent dangereusement sur la Soul Society, et l'équilibre de notre dimension est compromis.

- Les capitaines savent que des habitants du Rukongai les accompagnent ?

- C'est pour ça qu'on est là. Il faut absolument tuer dans l'œuf tout mouvement de révolte.

- Quelqu'un a parlé de tuer ici ? Surgit une voix de nulle part.

- Salut Akuto, ça biche ?

- Et non, justement, il ne faut tuer personne. Enfin, personne de la Soul Society ; pour les autres, on s'en débarrasse, quel que soit le moyen. Seuls les meneurs doivent s'en sortir et être fait prisonniers.

- Tu as dit que l'équilibre de notre dimension est compromis ?

Rukia hocha la tête, tout en se hissant sur le balcon où se trouvaient ses collègues.

- D'après les dernières observations de la douzième, ça a commencé i peine quelques heures, l'énergie qui émane de leur dimension est trop différente pour que la Soul Society la supporte longtemps.

- Et quand elle ne supportera plus ? S'enquit Matsumoto.

Rukia haussa les épaules.

- On n'aura plus besoin de se poser de question du tout.

- Ils savent ?

Les deux jeunes femmes se tournèrent vers Renji.

- Je veux dire, ils ont les moyens de savoir ce que tu viens de nous dire ?

Un moment de gêne s'installa et Rukia reprit lentement.

- D'après ce que j'ai compris, celui, ou celle, qui a mis en place cette dimension devait forcément avoir des aptitudes de shinigami_ou en être un, plus probablement. Et ce faisant, devait parfaitement savoir à quel point l'interraction entre les deux énergies était potentiellement dangereuse. Après, pour les détails... _elle désigna la foule au loin et l'ombre des flammes dansant sur les murs des maisons_ c'est à eux qu'il faut s'adresser.

Renji hocha la tête lentement.

Ainsi perchés, sur le balcon d'une haute demeure, les shinigamis surplombaient le quartier envahi par les flammes. Les clameurs au loin leur indiquait où les combats avaient commencé. Et chacun serrait, au creux de sa main, la poignée de son sabre.

Rukia s'était à demi accroupie à côté de Renji. Le hakama de son ami lui frôlait l'épaule, soulevé par la brise légère de la nuit. Il semblait parfaitement impassible, comme tous les autres, mais Rukia pouvait parfaitement sentir le bouillonnement du vice-capitaine. Elle essaya de se souvenir. Combien de temps s'était écoulé dans l'autre dimension lorsqu'il y était ? Combien de temps avait-il passé avec ces gens, probablement hanté par l'idée d'avoir été oublié, ou pire, abandonné. Un mois ? Deux mois ? Elle secoua la tête. Renji était là, à côté d'elle, il s'apprêtait à les combattre avec elle.

OoOoO

Ça va pas du tout là.

Et puis la chaleur. La brise tiède d'un incendie lointain. Renji plissa les yeux pour les protéger effluves plus chaudes. Du coin de l'œil il vit Matsumoto nouer son foulard sur sa bouche.

Les vice-capitaines et leurs officiers présents semblaient comme unis, leur volonté tendue vers un unique but, tourné vers la lueur rougeâtre de l'incendie, vers les cris de panique et de haine, vers la bataille.

Hisagi fit craquer ses jointures sur le manche de son sabre et d'un hochement de tête, fit signe à ses hommes de se disperser. Les trois officiers de la neuvième division qui se trouvaient près de lui bondirent chacun dans une direction différente des autres.

D'un geste souple, Rangiku traça un cercle dans l'air, et Sasakibe bondit à son tour.

Renji demeura immobile, tout comme Iba.

Ils sont trop loin.

Ils savaient que les escadrons de la onzième division étaient déjà là, au milieu des combattantes, et qu'ils tentaient de faire des ravages, de percer le flot des âmes qui s'engouffraient dans la ville. Eux devaient patienter, attendre que le flot des assaillants parvienne à eux. La voie d'Akuto raisonna dans l'air, portée par un pouvoir de son zanpakuto dont aucun des vice-capitaines n'avait connaissance.

A tous les officiers, ils ont ouvert une brèche à partir du Zanpakuto émoussé, ils sont bien plus nombreux que ce qu'on en a vu là-bas, et ils sont armés.

Les mʻntşn étaient armés. Renji sentit tous ses muscles se raidir, en trois mois de séjour dans leur monde il n'avait jamais vu la moindre de ces armes, et personne s'entraîner à leur maniement. Qu'est-ce qu'il avait vu exactement là-bas ?

L'incendie se répandait le long de rues, embrasant de nouvelles habitations dans des gerbes d'étincelles.

Les vice-capitaines virent tous le mouvement au loin, à la lisère de leur champ de vision, des grappes de combattants montaient à l'assaut d'une grande maison richement décorée. Iba se redressa et brandit son sabre.

« Bon, on y va là. »

Comme s'il avait exprimé leur pensée à tous, ils se lancèrent à l'assaut de la maison attaquée. Les cinq officiers foncèrent et se retrouvèrent en quelques foulées sur la vaste terrasse du troisième étage de la maison. Renji ne put s'empêcher de remarquer que les propriétaires devaient être sacrément friqués pour se payer une telle baraque. Les dits-propriétaires devaient d'ailleurs avoir été évacués parmi les premiers car tout semblait vide, à part les assaillants.

Il s'élança dans les escaliers descendant vers les étages inférieurs, suivi de près par Rukia et Matsumoto, tandis que les deux autres se chargeaient des hauteurs. Les premiers à croiser leur route furent des âmes du Rukongai, armés de sabres rudimentaires, de gourdins, et animés d'une haine presque palpable. Rukia porta le premier coup qui envoya au sol un groupe compact d'adversaires. Renji passa par dessus la rampe de l'escalier quelques âmes qui ne lui opposèrent qu'une résistance désordonnée. Rangiku qui était passée devant eux, était elle aux prises avec un groupe de mʻntşn mais sans paraître en difficulté. Rukia et Renji s'enfoncèrent dans la mêlée, taillant et bousculant, tranchant et écrasant tout ce qui passait à leur portée.

Et puis, dans le feu de l'action, Renji sentit que quelque chose n'allait pas. Il jeta un coup d'œil autour de lui, repoussant son assaillant du moment et contempla le champ de bataille. Les corps en mouvement, les armes dansantes dans la nuit découpaient des ombres monumentales sur les murs de la demeure. Et puis il comprit. Il n'avait eu affaire qu'à des âmes du Rukongai pour l'instant, aucun mʻntşn ne l'attaquait. Pire. Ils l'évitaient.

Ils me fuient ?

Quelque chose clochait, il le sentait, le voyait. Un seul regard semblait suffisant pour que les mʻntşn l'identifie avec précision et l'éviter. Ceux qui se précipitaient dans la demeure dans sa direction finissaient immanquablement par se retrouver aux prises avec Rukia ou Rangiku et non lui. Il voulut en avoir le cœur net et se jeta délibérément sur un mʻntşn qui tentant de le contourner. L'ennemi l'évita et se porta au delà de sa portée sans riposter.

Ils m'épargnent.

Sans plus réfléchir, Renji sentit une vague de fureur l'envahir à cette idée. Il se rua dans la mêlée et fondit sur les grappes de guerriers face à lui. Quand bien même il ne pouvait pas tirer le meilleur de son zanpakuto, il n'en demeurait pas moins un combattant de premier ordre. Son énergie déployée, couplée aux talentueuses vice-capitaines se battant à ses côtés, firent merveilles, tant et si bien que, quelques instants plus tard, les oficiers se trouvaient de nouveau sur un bacon haut perché pour observer l'évolution des combats.

Iba avait lancé l'idée le premier, d'observer les maisons prises d'assaut. Il s'agissait de celles des familles de la petite noblesse. Cela pouvait expliquer également les groupes d'assaillants qui s'extirpaient du champ de bataille pour porter le feu plus loin dans le Seireitei. Les quatre maison de la haute noblesse étaient toutes plus en avant dans la ville.

« Pas de doute possible. Ils ciblent en priorité les possessions des familles nobles. On peut s'attendre à ce qu'ils s'en prennent aux quatre grandes maisons et à la chambre des 46, commenta Shuhei.

- On a des hommes de ce côté là ?

- Ouais. La deux, cinq et huit.

- Ça suffira ?

- Il faudra bien.

- les grosses légumes, ils ont des gardes privées non ?

Renji balança un regard noir à Ikkaku après cette dernière remarque. Et heureusement pour tous les deux, ce fut Matsumoto qui intervint.

- Garde privée ou pas, on doit s'assurer de la sécurité de tous ici. Y'a pas mal de non combattants chez eux, plus que dans le reste de la ville. Faudrait détacher un ou deux bonhommes pour voir comment ça se passe. »

Renji ajusta son zanpakuto à sa ceinture et resserra le bandeau trempé de sueur qu'il portait au front. Il aurait dû y penser et il s'en voulait. Les familles nobles... c'était logique dans le fond, si Renji se posait sérieusement la question, les mʻntşn n'avaient jamais eu pour objectif de faire du mal aux shinigamis et s'ils voulaient réellement s'emparer du Seireitei, ils devaient pouvoir le garder en état de fonctionnement, donc ils auraient besoin des shinigamis pour faire migrer les âmes des morts et évacuer les hollows.

« Les nobles ? Qu'est-ce qu'ils cherchent ? S'enquit Katsumi en cherchant le regard de Renji. Ils veulent piller ?

- Non, grinça celui-ci, des poings serrés. Ils veulent détruire.

- Détruire.

- Détruire l'ordre ancien.

Matsumoto hocha la tête.

- Logique. Les nobles, les puissants, qui asservissent les faibles.

- Voilà.

Rukia aussi avait bondi sur ses pieds, les joues encore écarlates d'avoir combattu. D'un coup d'œil, elle parcourut le groupe des vice-capitaine du regard.

- Si vous permettez, Kotsubaki saura gérer les hommes de la treizième division sans moi.

Avec un soupir, la vice-capitaine de la dixième division l'arrêta d'un geste de la main.

- Ton capitaine sait se défendre par lui-même, tu ne penses pas ?

La jeune femme hocha la tête.

- Bien sûr que si. Mais il y a quelqu'un... en mémoire de qui je dois me porter au service de sa maison.

Il y eut des yeux écarquillés et des sourcils froncés. Et une fois que la tournure alambiquée fut comprise, autant d'étonnement que d'approbation. Oui, il y avait encore une noble maison qui manquait de shinigamis dans ses rangs et avait besoin de défenseurs.

- Il est mort, Rukia, murmura Matsumoto, sa maison n'est plus.

La jeune femme contourna son interlocutrice.

- C'est bien pour ça que j'y vais. Les morts ont besoin des vivants pour les défendre.

Au moment où Rukia s'apprêtait à bondir sur un toit voisin, la porte du balcon s'ouvrit à la volée, sans que le moindre bruit de pas se soit fait entendre, preuve que quelqu'un avait soigneusement suivi toute la conversation depuis l'autre côté de la porte.

- Vice-capitaine ! Laissez-nous aller auprès du capitaine !

Face à elle, Kotsubaki, essoufflé, l'air furieux, avait posé un genoux à terre et dardait sur Rukia un regard implorant. Celle-ci eut un instant de recul. Que faire devant la dévotion sans faille, l'amour fanatique d'un subordonné ? Quelle réponse donner à part un sourire débordant de fierté ? Elle se tourna vers Renji, l'air désolé.

- Tu peux t'occuper de mes hommes ? Je crois que mes officiers vont être très occupés.

Ce dernier allait parler lorsqu'une voix le devança.

- Ce ne sera pas nécessaire, vice-capitaine. Je reste ici.

Kotsubaki se retourna d'un bloc en entendant Kiyone prononcer ces mots.

- Kotetsu...

- Il faut bien que quelqu'un s'occupe de la troupe ! Allez ! Va jouer les héros.

Ponctuant sa phrase d'un coup de tatane pour Sentaro et d'une bourrade affectueuse pour Rukia, elle les regarda partir chacun de son côté avec un sourire qui s'évanouit rapidement.

- Ça va aller pour eux, la rassura Renji.

- C'est mignon toutes ces effusions, mais est-ce qu'on peut se remettre au boulot maintenant ? Grogna Iba qui n'était pas sentimental pour deux sous.

Renji eut une expression faussement navrée.

- Pas tout à fait non.

Il attrapa Katsumi et Musokuri, chacune par un bras.

- Les filles, je vous laisse diriger ce ramassis de tarés qu'est notre division. Moi, j'ai à faire.

- Renji ! Protesta Hisagi en levant les yeux au ciel.

- Je savais pas que t'avais des loyautés dans la noblesse, ironisa Iba avant de prendre une expression étonnée. À moins que...

- Je sais ce que vous allez me dire, se défendit le vice-capitaine en rajustant son hakama. Il a besoin de personne pour se défendre, blabla toussa. En même temps, ils vont en faire une cible prioritaire, alors je dois y aller. Au moins pour le prévenir.

Rangiku eut un ricanement moqueur.

- Tu peux pas aller à la rescousse de Kuchiki, Renji. T'es à des années lumières de ce genre de type.

Un tantinet irrité par l'insistance de ses collègues à faire de lui un gros boulet, le rouquin resserra le nœud de son bandana d'un geste brusque.

- Justement, j'ai du chemin à faire, autant commencer maintenant. »

Et il disparut dans un shunpo proche de la perfection, produisant à peine une légère vibration des flux d'énergie les environnant.

Après un échange de regard navré (ça s'arrange pas son cas. Oh non, de plus en plus à côté de ses pompes le Renji), les officiers restant se mirent en rang de bataille, les uns à côté des autres, face à la vague enflammée qui tentait de submerger leur monde.

OoOoO

Le manoir des Kuchiki était déjà la proie des flammes et au milieu d'une des cours intérieures, la silhouette de Byakuya se découpait derrière le brasier rougeoyant. Sans la voir Renji aurait su deviner sa présence tant l'aura qui émanait de sa personne se déployait autour de lui. La colère, la rage, bien sûr, mais aussi quelque chose qui ressemblait à une immense tristesse, un abîme de douleur. Renji pouvait se figurer le regard dur qui allait avec cette aura, il pouvait deviner le geste. Le bras du capitaine frapperait sans pitié mais sans plaisir non plus.

Il dérapa en atterrissant sur un toit, faisant tomber deux tuiles qui vinrent éclater en morceaux sur le sol. Mais nul n'entendit le bruit qu'elles firent, au même moment un grondement sourd retentit, emplissant tout l'espace. Renji leva les yeux au ciel. Comme il faisait nuit il n'y avait pas fait attention, mais le ciel était chargé de nuages menaçants. Il passa sa langue pour humecter ses lèvres asséchées, il faisait étouffant, sec et chaud. L'orage. Il ne manquait plus que ça.

D'un bond souple il fut sur le sol, entre les mʻntşn et son capitaine.

« Renji ! »

Son bras se déployé, Zabimaru dressé devant lui.

Il lança un regard blessé à la jeune femme qui venait de l'interpeller.

« Je vous faisait réellement confiance, Trʻtşʻrʼas. N'attendez rien de moi.

- Que fais-tu ici ? »

La question était posée d'un ton sévère, et pourtant Renji aurait juré que la réponse n'intérressait pas le moins du monde son capitaine. Bien entendu, Kuchiki ne concevait pas d'avoir besoin de l'aide de quoi que ce soit pour châtier les impudents qui avaient osé croire qu'ils pouvaient s'en prendre à sa famille. Mais Renji n'était pas là pour offrir son aide. Il était là par loyauté, par culpabilité aussi et aussi, parce qu'il savait qu'au fond... la colère et le désir ne sont que les deux faces d'une seule pièce.

« Oui, Renji, c'est une bonne question, que fais-tu ici ? »

Le shinigami lança un regard outragé à Rʼáş.

« Pourquoi défends-tu un noble ? Une maison de la noblesse ? Tu sais bien que c'est parce que cette noblesse existe qu'il y a des gamins comme toi qui crèvent dans les rue du Rukongai ? »

Le bras de Renji retomba.

Le chef des envahisseurs reprit, plantant son regard dans celui du vice-capitaine.

« Tu es attaché à ces personnes, d'accord, ça peut se comprendre. C'est tout à ton honneur. Mais le système derrière ces personnes c'est contre lui que nous luttons.

- Au prix du sang ?

- Au prix fort, oui, parce qu'on ne gagne rien de vrai en demandant poliment.

Renji secoua la tête, incertain.

- C'est sûr que ça marche tellement mieux de foutre le feu partout. »

Rʼáş haussa les épaules, il n'irait pas plus loin dans ce débat stérile. D'un hochement de tête, il fit signe à Trʻtşʻrʼas. Celle-ci brandit son sabre et se précipita sur Renji.

D'un geste réflexe il para l'attaque et recula d'un bond.

La voix de la jeune femme résonna à son oreille sans qu'elle ne prononce un seul mot.

« C'est tout à ton honneur de prendre sa défense mais au fond de toi, es-tu sûr d'être dans le même camp que ce capitaine ? »

Une seconde d'hésitation. Suffisant pour une nouvelle attaque. Une nouvelle esquive. Bondir de nouveau pour ne pas être dos au mur. Et déjà, la jeune femme avait mis quelques mètres entre Renji et son capitaine. Ce dernier faisait désormais face seul à la masse de ses ennemis.

Renji esquissa un sourire narquois.

« Tu crois vraiment qu'il a besoin de moi pour se défendre ? »

Comme pour répondre à ces mots, il vit Rʼáş brandir son arme, une lance à double lame qui luisait d'un éclat funèbre. Kuchiki repoussa le premier assaut sans le moindre effort, sans même utiliser son zanpakuto. Le mʻntşn recula, un sourire mauvais aux lèvres. Le capitaine marqua un temps d'arrêt. Il pouvait triompher de ce genre de combattant à la seconde, mais quelque chose lui échappait dans la manière qu'ils avaient eu d'éloigner Renji pour pouvoir s'en prendre à lui.

OoOoO

Akon fonçait sur le champ de bataille, évitant les coups, les flammes et les corps en furie qui se jetaient sur lui. Il huma l'air un court instant, échappant à une lame d'un mouvement preste, à la recherche d'une aura familière. Il sentit enfin quelqu'un de familier, au cœur d'un bouillonnement de rage et de joie furieuse. Un shunpo le porta à quelques dizaines de mètre de lui, à deux pas d'un maelström de fer et de feu. Ikkaku luisait de sueur et du sang de ses ennemis.

« Magnifique n'est-ce pas ?

Il sursauta, prit au dépourvu par Yumichika qui venait de se porter à sa rencontre.

- Je t'avais pas calculé...

- Vous avez trouvé une solution ?

- Presque... peut-être.

Akon vacilla. La dépense d'énergie pour s'attaquer au parasitage de Gʼanyydn avait excédé de loin celle qu'il était capable de fournir sans s'affaiblir dangereusement.

- Où est Renji ?

L'élégant shinigami haussa les épaules.
- Quelque par dans ce merdier.

- Ça ne m'aide pas.

- Oh ! Attends, il est avec Kuchiki. Ou chez Kuchiki.

- Hein ? Pourquoi ?

Yumichika haussa de nouveau les épaules, comme si l'idée ne l'interressait absolument pas.

- Pour la frime ? »

Sans prêter attention à la réponse, Akon disparut dans un nouveau shunpo maladroit.

A côté du vide qu'il laissait, Ayasegawa lissa son faux sourcil.

« Ou pour lui ? »

D'un bond, il s'élança de nouveau au cœur du brasier, son regard croisa un instant celui d'Ikkaku qui le gratifia d'un sourire carnassier.

Akon se reçut sans douceur dans une ruelle sombre qui longeait le mur d'enceinte de la maison Kuchiki. Il n'avait plus l'énergie pour faire une nouveau shunpo, d'autant plus qu'il ignorait toujours la position exacte de Renji et qu'il imaginait le coin grouillant d'ennemis. Il sentait les auras massées sur le côté opposé du manoir et ne voulait pas essayer d'aller à leur rencontre dans son état. D'un bon, il se hissa sur le toit du manoir et passa d'un bâtiment à l'autre dans une course hésitante, essouflé, épuisé, mort de fatigue.

Comme les autres spécialistes de la treizième division, il avait dû lutter contre la formidable énergie spirituelle du monde parasite pour en atteindre le cœur et comprendre comment elle pouvait entrer en résonnance avec celle du Seireitei. Faire face à des individus était déjà parfois épuisant, mais faire face eu reiatsu de tout un monde était au delà de tout ce qu'il avait pu imaginer. Quelque uns de ses collègues s'étaient effondrés bien avant que la clé ne soit trouvée. Lui-même avait puisé dans des ressources insoupçonnées pour tenir le coup.

Il avait effleuré de sa conscience la réponse à leur interrogation et puis avait feint de s'effondrer à son tour. Et il s'était jeté sur le champ de bataille, à la recherche de Renji, pour sauver ce qui pouvait l'être.

Un dernier pas et il se trouva en surplomb de la scène surréaliste d'un homme seul face à la foule en colère. Un grondement de tonnerre dans le ciel roula sur le Seireitei.

Il vit Renji, tenu en garde par la shinigami renégate.

« Renji. »

Son cri retentit trop faiblement à son goût. Il emplit ses poumons et se pencha, laissant son corps dégringoler vers le sol.

« Renji. »

« Akon ? »

Le vice-capitaine leva les yeux, surpris, pris de court par le cri du scientifique.

Moment d'hésitation fatal que Rʼáş mit à profit pour attaquer à nouveau, son sabre sifflant pour frapper son adversaire de haut en bas, du sommet du sternum au plexus solaire.

Un geyser de sang jaillit, colorant les premières gouttes de pluie d'un rouge carmin.

« Renji ! »

Trois voix s'étaient élevées en même temps, provoquant un intense malaise. Le chef des mʻntşn dévisagea la scène avec incrédulité. Renji s'était jeté devant lui, littéralement, sous sa lame. Il n'avais pas pu retenir son coup, sachant que face à Kuchiki il n'aurait pas droit à une seconde chance de frapper. Kuchiki lui-même n'avait pas eu le temps de repousser son vice-capitaine. Son sabre était toujours baissé. Avait-il songé repousser de nouveau d'assaut d'un simple hado ? On aurait dit presque du hasard, un accident, mais le chef des mʻntşn sut qu'il n'en était rien. Renji avait volontairement pris le coup destiné au noble.

Trʻtşʻrʼas se précipita à côté de lui en hurlant.

« Qu'est-ce qui te prends ? Tu es fou ! »

D'un bond Akon s'était porté à côté du vice-capitaine qui avait vacillé pour se plaquer contre un mur. Il évalua la blessure d'un rapide coup d'œil. Pas mortelle... s'il recevait des soins rapidement. Il repoussa la jeune femme d'un coup sec, sans parvenir à la tenir à distance. Renji grogna.

« Putain, tu crains Akon.

- Ta gueule, Renji. Où est Zabimaru ?

Akon parlait à voix basse, surveillant Trʻtşʻrʼas qui tentait de se rapprocher.

- Hein ? Le vice-capitaine, pris au dépourvu releva la main qui tenait son sabre.

- Nan, pas ça, s'irrita Akon. Le reiatsu, l'énergie spirituelle de Zabimaru. Ils ont ancré leur dimension au Seireite en t'utilisant, Renji, on peut pas les décrocher. Il faut que tu détruises ce lien, et pour ça il faut Zabimaru.

- Hein ? Qu'est-ce que...

- Tu dois retrouver ton arme, Renji.

- Impossible, marmonna Renji. Zabimaru est là.

- T'es sûr ? »

La question resta en l'air quelques longues secondes et Renji, sous le regard scrutateur du scientifique, secoua faiblement la tête. Impossible. Ça ne pouvait pas être ça. Et pourtant... pourtant depuis son retour il n'avait pas pu saisir son arme. Ce qui aurait dû être comme une partie de lui, comme une facette de son âme, lui échappait désespérément.

« Tu dois le retrouver, Renji. Ils utilisent le lien entre vous pour ancrer leur réalité à la nôtre. Il faut que tu détruises ça maintenant. »

Un éclair de terreur traversa le regard hagar de l'officier. La douleur en lui traçait un chemin implacable, qui l'empêchait de se jeter dans les limbres où l'attendait son zanpakuto.

Trʻtşʻrʼas devina plus qu'elle n'entendit les deux hommes, mais le regard sombre qu'elle adressa à son chef était sans équivoque. Ils savent. Il sait. Ce n'était plus qu'une question de temps. Pourtant à ses yeux, Akon semblait inquiet de conserver Renji en vie, cela signifiait soit qu'ils n'avaient pas compris que seule sa mort délivrerait le lien entre le Seireitei et Gʼanyydn, soit que ce shinigami en particulier tenait assez à Renji pour chercher une autre solution. Son cœur se serra quand elle songea qu'il s'agissait certainement de la seconde hypothèse. Elle aussi aurait probablement agit ainsi.

Ses pensées furent interrompue par un afflux violent d'énergie. Le hado de Kuchiki la repoussa violemment vers les siens. Rʼáş se pencha vers elle pour la relever et lui demanda à mi-voix.

« Il peut retrouver le zanpakuto ?

Elle secoua la tête.

- Au prix de sa vie seulement, Rinkuori s'est profondément infiltré dans leur lien, il perdrait tout son énergie spirituelle à ramener son Zabimaru. »

Sous l'assurance de surface dans la voix de la shinigami renégate, Rʼáş perçu la même crainte que la sienne. Et s'il choisissait de mourir ? Mais aucun d'entre eux ne pu se résoudre à la formuler à haute voix. Trʻtşʻrʼas lança une brève prière muette pour que Renji tombe enfin dans les vapes et cesse d'appeler son zanpakuto de sa voix déchirée par la douleur. Ses espoirs furent réduits à néants lorsque d'un ton pathétique, la voix faible de Renji s'éleva, assez fort cependant pour que le silence environnant en soit empli.

« Zabimaru. »

Akon hocha la tête. C'est bon, c'est bien, retrouve-le.

D'un geste infiniment lent, Trʻtşʻrʼas éleva son sabre dans les airs. Elle voyait dans l'air moite de la nuit orageuse, les reflets des filaments d'énergie spirituelle que Rinkuori projetait dans toutes les directions. Elle voyait, plus épais, presque tangible pour elle, celui qui se déployait autour du vice-capitaine. Elle savait, sans le voir, qu'il permettait au Gʼanyydn de rester ancré là où l'énergie spirituelle de Renji était ancrée. Pour cela, il avait fallu parasiter profondément le lien entre le shinigamis et son zanpakuto, et en détourner la force d'attachement. Et cela n'avait pu être possible que parce que Renji était réellement attaché à leur monde et au sien. Le fruit d'une conïncidence inouïe, qui n'était pas prête de se reproduire. Le fruit d'un travail de fourmis, qui prendrait des siècles à être réparé, voir plus. Les probabilités pour que cela arrive de nouveau, pour que cela fonctionne aussi bien de nouveau, pour qu'elle soit encore vivante à l'avenir si ils échouaient ici, étaient si infimes qu'elle les tint pour nulles.

Elle était proche, tellement proche, qu'il suffisait d'un bond pour qu'elle détourne son attention, qu'il cesse d'appeler son zanpakuto. Le capitaine se trouvait toujours à moins d'un mètre, la main sur la garde de son arme, il semblait toutefois absorbé par le spectacle de son lieutenant mourant. Si Renji avait pu se sacrifier une fois pour son capitaine, alors toute nouvelle attaque contre celui-ci le ferait réagir, et il serait obligé de sortir de la semi-transe dans lequel le plongeait l'appel à son arme. C'était l'occasion rêvée pour la jeune femme. Ils ne pouvaient attaquer de front sans encourir les terribles pouvoirs du zanpakuto de Kuchiki, mais il fallait empêcher Renji d'atteindre son zanpakuto, au moins pour quelques minutes encore. Sans jeter un coup d'œil à ses compagnons, elle avança doucement, personne ne prêtait attention à elle. Un éclair fendit le ciel et l'orage s'abattit pour de bon sur eux, les rafales de vent jetant des paquets de pluie sur tous les êtres rassemblés.

Renji se débattait. Harassé par la douleur de sa blessure, angoissé par le regard désespéré d'Akon, et terrifié par l'absence de Zabimaru. Et pourtant, pourtant quelque chose le tirait vers l'extérieur, l'empêchant de sombrer pour de bon. Sous sa main crispée, il sentait son sang dégouliner le long de sa blessure. Sous ses paupières mi-closes, il aperçut la silhouette sombre à quelques mètres, dressée comme une statue. Dans son état il ne pouvait pas dire s'il le regardait ou s'il lui tournait le dos, il ne voyait même pas ce que faisaient les autres en face.

L'amertume coula en lui à mesure qu'il prenait conscience de son inutilité et sa faiblesse. Non, tout ce qu'il pouvait espérer c'était

Zabimaru...

Il ne le réalisait pas, mais son cri dépassait les limites de son esprit, il débordait jusqu'à devenir une plainte rauque dans sa bouche, un sifflement désespéré entre ses dents.

Zabimaru... zabima... ru...

La douleur qui lui transperçait l'abdomen rendait tout essai de concentration inutile.

Il y a un endroit, profondément enfoui en chaque shinigami, où réside l'âme du zanpakuto, où se tisse le lien indéfectible entre un être et son arme, sa prolongation dans le monde physique. Et Renji s'y trouvait. À bout de souffle, perclus de douleurs, les mains baignant dans son sang et ses tripes. L'endroit était vide.

Zabimaru. Appela-t-il à mi-voix.

Plus fort que ça. C'est mon zanpakuto, mon arme, mon sabre.

Zabimaru. Il sentit l'air vibrer tout autour de lui, comme si son appel résonnait dans l'espace.

Plus fort encore, plus de conviction. C'est mon soutien, un ami, c'est mon compagnon de combat, sans lui je ne sais pas combattre.

ZABIMARU. Cette fois-ci, ce furent les limites même de l'espace autour de lui qui vibrèrent, comme si un violent coup de boutoir leur était porté.

C'est ça. C'est ça. Si je l'appelle assez, la distance, les obstacles entre nous seront comblés. Quels qu'ils soient.

ZABIMARU. Le cri transperça cette fois-ci le fragile espace intérieur dans lequel s'était repliée l'âme véritable de Renji. Et il le sentit au loin. L'énergie monstrueuse du zanpakuto, sa violence, sa frustration d'avoir été privé de son être physique.

Oui Zabimaru. C'est ça, tu es là.

Mon âme. Reviens-moi.

Tu. Es. Moi.

Quelque chose de ténu, d'insidieux se brisa également, réduit en poussière sous la pression de la réunion de son être spirituel. Et l'espace verdoyant du lieu intérieur explosa en des millions de petites étincelles et d'un seul coup, ils se retrouvèrent, projetés l'un dans l'autre dans un maelström de sensations.

En un même instant, Renji perçu avec acuité son esprit se retrouver, complet, entier, et puis se démanteler en un amas de douleur sans qu'aucune conscience ne puisse le ramener. Un mouvement de colère, qui était le sien et en même temps étranger, la colère de Zabimaru. Face à une mort imminente.

Dans la cour de la demeure Kuchiki, le capitaine s'était tourné vers son officier et sentait son reiatsu se contracter comme avant une explosion.

Il articula avec lenteur.

« Que se passe-t-il ? Renji ?

Akon sentit un filet de sueur froide lui couler le long de la colonne vertébrale. Il se sentit incapable de lever les yeux, écrasé par la pression spirituelle du capitaine.

- Je ne... il...

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge.

- Renji ! »

L'appel resta sans réponse. Et si le capitaine avait pris le temps d'observer la réaction des mʻntşn, il aurait remarqué qu'ils étaient plus abasourdis que lui de ce qui se déroulait sous leurs yeux.

Renji entendit son nom, une fois, vibrant d'une puissance spirituelle inouïe, comme une corde le rattachant à l'existence physique. Mais déjà les parcelles de son reiatsu se disséminaient en lui, un tourbillon vert et rouge l'emportait au plus profond de ses esprits, là où seul survivrait son lien avec Zabimaru, comme une lumière vivifiante. Et il se laissa chuter sans plus se débattre.

De l'autre côté, dans le monde dur et froid du Seireitei, Byakuya lança un regard de pure haine aux agresseurs. Akon aurait voulu dire quelque chose, comme « ça va, il est pas mort » ou « plus de peur que de mal », il aurait voulu, mais l'énergie qui déferlait sur la cour intérieure anéantissait toute volonté chez lui. Seule une terreur sans nom résonnait en lui.

Pour Kuchiki, Akon n'était qu'un insecte, un moustique de plus qui se trouvait au milieu d'un combat qui le dépassait. Pour Kuchiki, les mʻntşn n'étaient qu'une masse grouillante qu'on écrase du pieds. Pour Kuchiki, le monde avait cessé d'exister autour de lui, au moment précis où il avait senti le reiatsu de Renji se réduire en poussière.

D'un geste lent, il dressa son sabre vers le ciel.

D'un geste lent, il mêla les pétales fous à la pluie.

A SUIVRE...


RaR :

a toutes et tous : merci pour vos review, la suite est là, enfin, et elle continuera encore jusqu'à son terme.

Comme tous les commencements, ce recommencement est douloureux. Mais lire les reviews enthousiastes m'aide à continuer.