(le petit)

Tonton Hiroshi est reparti tout seul avec sa moto avant de revenir avec une voiture. Parce qu'à quatre personnes dont une qui dormait, ça aurait été difficile, je crois, de se tenir tous ensemble sur sa moto, même si elle est très grande.

L'ambiance du retour est particulièrement désagréable. Personne ne parle. J'essaie de divertir Shûichi en lui tirant les joues mais il ne me regarde même pas. Je n'aime pas quand il est triste. Si Shûichi qui sourit tout le temps est triste, qui peut être heureux ?

C'est à cause du bonhomme blond qu'il est comme ça ?

Shûichi s'est installé à l'arrière avec lui et il le tient contre sa poitrine tout en lui caressant les cheveux, un peu comme ma maman faisait avec moi, sauf que généralement elle me murmurait des paroles douces tandis que là, Shû-chan conserve un silence pesant.

Hiro non plus n'ouvre pas la bouche. Il regarde la route sans détourner les yeux. Le trajet me paraît bien plus long qu'à l'aller.

Quand nous arrivons, ils se mettent à deux pour porter monsieur Yûki ; moi, je les suis, un peu en retrait, sans oser faire le moindre geste superflu. Ils l'installent dans le grand lit qu'il partage avec Shû-chan, tandis que ce dernier s'installe à son chevet, toujours sans rien dire.

Ce n'est qu'au bout de longues minutes qu'Hiro se décide enfin à ouvrir la bouche.

- Je… hem… Je peux encore faire quelque chose pour t'aider ?...

La réponse ne vient qu'après un long frissonnement, d'une voix tremblante elle aussi :

- Je crois que ça ira, maintenant. Je lui parlerai à son réveil. Merci pour tout, Hiro, je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

- Tu sais que tu pourras toujours compter sur moi si t'as des ennuis. Je suis ton meilleur ami.

Shûichi lui adresse un sourire triste.

- Dis-moi, accepte-tu de reprendre Riku ?

À ces mots, je me précipite vers lui, et lui tire les vêtements : je veux rester avec lui !

Il se baisse vers moi pour me prendre dans ses bras, mais ses gestes n'ont pas sa vigueur habituelle.

- Je t'adore. Mais il faut que je règle certaines choses avec Yûki. Tu veux bien rester sagement chez Hiro pendant ce temps ?

Je le scrute, mais ne parviens pas à déceler chez lui la moindre trace de joie. Et si je le dérangeais ? Si je pars, il ira mieux plus tard ? Oui, sûrement…

J'acquiesce d'un hochement de tête. S'il me le demande, c'est sûrement parce que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Je retourne vers Hiroshi et lui prends la main qu'il me tend. Lorsque nous quittons la pièce, la porte se referme en claquant derrière nous.