Disclaimer : La licence Code : Lyoko, son univers et ses personnages sont la propriété du studio Moonscoop et de leurs ayants-droit. Il n'est fait aucun profit à partir de cette fiction.
Cette histoire est fictive. Toute ressemblance avec des personnes, groupes ou entités de la vie réelle est purement fortuite.
Réinitialisation
Chapitre Onze
Quitte ou double
Lorsque tu fixes trop longtemps l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi.
Assis à son bureau, Jérémie méditait cette sentence de Friedrich Nietzsche, pesant le pour et le contre de la démarche qu'il envisageait d'entreprendre. Aelita avait tenté de le dissuader la veille et pourtant, l'idée ne s'était fait que plus pressante. Chaque individu cache des secrets qu'il préférerait ne pas voir éventer. D'après ce qu'il avait trouvé durant la fouille de la chambre de Devoldère, le mystérieux agent de l'O.S.E.T.A.R.M ne faisait pas exception. En fouillant le tiroir le plus bas de sa commode, Jérémie y avait trouvé un flacon de médicaments contenant des psychostimulants. Cette découverte éclaircissait quelques points d'ombre quant au comportement étrange de l'agent à l'usine : son hésitation à emprunter la corde pour descendre jusqu'à l'élévateur, son hypersensibilité au bruit, son comportement à la limite de la paranoïa mais également sa faculté de concentration impressionnante. Belpois avait l'intime conviction qu'Éric ne devait pas respecter les dosages prescrits, si tant est qu'il s'était procuré ces médicaments par voie légale.
Il avait maintenant de quoi renverser la balance, ou plutôt de quoi équilibrer le rapport de force. Œil pour œil, dent pour dent. La loi du talion était la seule issue que le jeune génie entrapercevait, l'unique lumière au bout du tunnel obscur dans lequel il s'était aventuré par mégarde. Certes, comme l'avait souligné Aelita, une telle entreprise ne ferait qu'augmenter les tensions entre l'agent et le jeune homme mais c'était aussi une chance unique de pouvoir, peut-être, le déstabiliser et reprendre le dessus, obtenir de lui, non pas une reddition -il était inutile de rêver - mais une concession. Continuer ses recherches sur la situation de William et aider son ami, c'était tout ce que Jérémie exigerait. Et il l'obtiendrait. Qu'importe le prix à payer.
En agissant de la sorte, en employant les méthodes révoltantes de l'autre imposteur, il s'exposait au risque de devenir comme lui, de n'être plus, aux yeux de ses amis et à ses propres yeux, qu'un lâche. Car le chantage, c'est fait pour les lâches. Lui et les autres avaient suffisamment sermonner Odd sur ce point lorsque celui-ci avait menacé Jim de révéler son passé d'acteur dans Paco, le roi du disco si celui-ci ne lui faisait pas réintégrer la même classe que ses potes. L'enjeu n'était toutefois pas le même ici. La vie de William en dépendait, c'était du moins l'intime conviction de Jérémie, ce dont il s'était persuadé contre toute raison. La disparition tragique de Franz Hopper demeurait pour lui un traumatisme qu'il ne parvenait pas à surpasser. Pire, il le voyait comme un péché qu'il lui était impossible d'expier. Il se voyait comme le coupable, comme le responsable de ce drame. Le plus horrible étant qu'il ne parvenait pas à en parler et qu'il lui était donc impossible d'extérioriser ce sentiment délétère qui oppressait son cœur et sa conscience. Aussi, vu de l'extérieur, ses réactions semblaient déraisonnables, disproportionnés, et après tout, probablement l'étaient-elles. Ses amis ne parvenaient pas à comprendre sa réaction face au malaise de William, ce manque de jugeote ne ressemblant en rien au surdoué altruiste mais raisonnable qui leur avait servi de leader à l'époque de X.A.N.A. La mort du père d'Aelita qui était en plus pour lui une sorte de modèle dont il avait éludé sciemment les facettes les plus sombres et son incapacité à le ramener parmi eux avaient provoqué une déchirure en lui, une plaie qui semblait ne pas vouloir se refermer. Certainement par un excès d'orgueil stupide, il se rendait responsable de la seule œuvre de X.A.N.A et de la décision du scientifique.
Jugeant qu'il avait assez tergiversé et qu'il ne changerait rien à la situation en restant là à discuter avec lui-même, à ressasser les vieux démons encore bien présents et à s'asséner des maximes, Jérémie se leva et se saisit du flacon. Il le plaça dans la poche avant de son pantacourt beige et sortit de sa chambre avant de prendre la direction désormais bien connue de la chambre de l'agent Devoldère. En arrivant devant la porte grise, l'adolescent marqua un temps d'hésitation pendant lequel il sembla brièvement se rendre compte de ce qu'il s'apprêtait à faire et des conséquences possibles pour lui et ses amis. Pourtant, il se dit qu'il était trop tard pour reculer et frappa à la porte avec une certaine force, comme s'il voulait affirmer sa conviction. Il attendit quelques instants mais personne ne lui répondit. Il recommença à frapper, avec davantage d'insistance et de force. A nouveau pas de réponse. Un troisième essai se révéla finalement concluant. Un laconique « Entrez ! » fut braillé derrière la porte.
Jérémie obtempéra. Éric était debout à côté de sa commode, le regard noir. Le tiroir avait été ouvert et vidé. Visiblement, l'homme s'était aperçu de la disparition de son flacon. Et comme prévu, il semblait y tenir. Dépendance ou non, Belpois s'en fichait. Tout ce qui l'intéressait, c'était que ces cachets représentaient une forme de drogue destinée à améliorer les capacités de concentration d'un sujet sur une période donnée. Et la drogue était à proscrire dans un établissement scolaire. Voilà qui était très positif pour lui.
« Vous avez perdu quelque chose, Monsieur Devoldère ? demanda l'adolescent en masquant à peine sa satisfaction. »
Le regard de l'enseignant s'assombrit un peu plus. Il resta un moment silencieux à observer le jeune homme avant de lui répondre sèchement :
« Je n'ai pas de temps à perdre alors sauf si tu as quelque chose d'utile à me dire, tu peux faire demi-tour et refermer la porte. »
L'homme paraissait sur les nerfs, il n'était pas aussi calme que d'habitude sans pour autant manquer d'une certaine assurance.
« D'utile à vous dire, je ne sais pas. D'utile à vous montrer par contre… rétorqua Jérémie en plongeant sa main dans sa poche. »
Lorsqu'il en sortit le flacon orange, le visage d'Éric se décomposa sous l'effet mêlé de la colère et de la surprise.
« Rends-moi ça tout de suite, grommela le professeur en s'approchant à grands pas du garçon aux cheveux blonds qui s'empressa de refermer sa main sur le tube et de le cacher derrière son dos.
- Vous ne croyez tout de même pas que je l'ai pris dans votre tiroir pour vous le rendre ? se moqua Belpois. »
L'agent réagissait exactement comme il le souhaitait.
« Très bien, cette petite comédie a assez duré. Rends-moi ce flacon. Tout de suite !
- Je pourrais faire mieux que ça. Comme le montrer à Monsieur Delmas. Je suis sûr qu'il serait très intéressé de savoir que l'un de ses employés carbure aux psychostimulants.
- C'est quoi, ça ? Du chantage ? questionna Éric dont le haussement de sourcil avait trahi son étonnement.
- Surpris ? Ce n'est pourtant qu'un juste retour des choses.
- Tu n'es pas sans ignorer que je peux te faire plonger, toi et ta bande, avec un simple enregistrement.
- Et vous n'êtes pas sans savoir que sans moi, cet ordinateur sera inutilisable. Vous n'oseriez pas laisser l'A.D.A.M gagner si facilement, juste pour régler vos comptes, je me trompe ? »
L'homme resta un moment sans rien dire, incapable de répliquer. Belpois avait marqué un point et ce dernier en profita pour tenter le tout pour le tout :
« Pour être tout à fait franc avec vous, je me fiche de savoir ce que vous faîtes avec ces médicaments. J'accepte même de vous les rendre et de garder ça secret, à une condition…
- Une condition ? répéta l'agent visiblement amusé par le culot du prodige de Kadic.
- Laissez moi poursuivre mes recherches sur le cas de William… C'est tout ce que je vous demande. Je ferais toutes les recherches que vous voudrez à côté mais je veux trouver le moyen de le sauver. »
Devoldère réfléchit un moment avant qu'un sourire narquois ne se dessine sur son visage :
« C'est une offre tentante. Mais quand on veut se faire maître chanteur, il vaut mieux avoir les épaules solides. Et je ne vois aucun argument suffisamment convaincant pour que je te fasse cette concession… D'ailleurs, tu peux bien raconter ce que tu veux au Proviseur. Si je suis démis de mes fonctions, quelqu'un d'autre viendra me remplacer. Et il ne sera peut-être pas aussi…. magnanime. Maintenant sors de ma chambre, Belpois ! »
L'interpellé défia son interlocuteur les yeux dans les yeux. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes avant que Jérémie ne finisse par se lasser. Il tourna les talons et envisagea de sortir en emportant le flacon. Il se ravisa finalement et fit volte-face, lançant le tube de cachets sur le lit de l'enseignant.
« Vous avez raison… C'est pas moi qui vous empêcherai de vous empoisonner, lança hargneusement Jérémie sans plus se maîtriser. »
Il était furieux d'avoir non seulement échoué dans son entreprise mais d'avoir en plus été ridiculisé par cet imposteur qui semblait avoir décidément plus d'aplomb que ce que le surdoué s'imaginait. Pourtant, sa dernière phrase semblait avoir ébranlé l'homme qui resta interdit un long moment après que la porte de sa chambre se soit refermé brusquement. Il finit tout de même par attraper le flacon sur son matelas et, encore secoué, le rangea dans sa poche. Contrairement à ce qu'il essayait de faire croire à Jérémie, Eric manquait sérieusement d'assurance. Son seul ascendant sur le petit génie de Kadic était finalement d'avoir trouvé quelqu'un de plus préoccupé, de plus torturé que lui. Car il s'agissait bien de l'unique faille que pouvait exploiter l'agent, une faille qu'il ne connaissait que trop bien car c'était aussi la sienne. Une faiblesse que seul ce médicament pouvait pallier. Au fond Devoldère et Belpois se ressemblait davantage qu'ils ne pouvaient se l'avouer.
Comme toutes les personnes de son entourage, Yumi Ishiyama n'affectionnait pas particulièrement les hôpitaux et leur environnement aseptisé dont aucune vie ne semblait s'échapper si l'on excluait le passage constant de membres du personnel médical transitant d'une pièce à une autre selon un rituel et une cadence immuables. Elle avait toujours trouvé à ces endroits un côté inhumain ou plutôt déshumanisé. Il fallait une chance incroyable pour tomber sur une hôtesse d'accueil qui ne soit pas aussi froide que la couleur blanche qui tapissait la plupart des murs du bâtiment. Il fallait à peu près autant chance pour ne pas se perdre dans ce dédale de couloirs qui menait aux chambres des patients. Elle en venait d'ailleurs à se demander comment médecins et infirmières se repéraient dans cet endroit.
Mais plus encore que ces considérations sur le lieu lui-même, ce qui la gênait et la mettait mal à l'aise était la raison pour laquelle elle était présente. Les causes qui l'avait amenée à parcourir ces couloirs se ressemblant tous plus ou moins, chaque jour de la semaine ou presque, n'avaient de cesse de se rappeler à elle. Tenant dans la main un bouquet de fleurs très ordinaire, elle se dirigeait d'un pas à la fois rapide et mal assuré vers la chambre de William Dunbar. Elle était la seule du groupe à lui rendre visite quasiment tous les après-midis ou tous les soirs, selon ses disponibilités. Aelita et Odd passait bien de temps à autre mais ils ne se sentaient pas réellement à leur place au chevet de l'adolescent. Pour tout dire, ils se sentaient même un peu hypocrites d'être là, assis à ses côtés, faisant mine de compatir à son sort quand pendant près de deux ans, ils ne lui avaient jamais réellement pardonné son erreur, la seule erreur qu'il ait jamais pu faire en tant que Lyokô-guerrier. Odd, probablement influencé par la vision d'Ulrich, n'avait vu que la part de responsabilité de Dunbar dans sa xanatification ; Aelita, pour sa part, avait décidé de laisser le passé au passé et William n'ayant pas exprimé le désir d'être intégré à la bande suite à sa libération, elle n'avait, pas plus que les autres, cherchée à se rapprocher de lui. Quant à Jérémie, son acharnement à ne pas se confronter à la vérité avait conduit le groupe dans une nouvelle impasse qui risquait, à tout moment, de condamner un autre Lyokô-guerrier.
En fait, seule Yumi, en dépit du sentiment d'oppression que suscitait en elle chacune de ses visites, était vraiment à sa place à veiller sur William. Elle ne pouvait pas se résoudre à l'abandonner là, à lui tourner le dos. Depuis l'annihilation de X.A.N.A et sa libération définitive, elle avait appris à mieux le connaître. De simple camarade collant ayant le béguin pour elle, il était devenu un ami sincère pour qui elle éprouvait un profond respect et réciproquement. William avait su lui montrer qu'il n'était pas qu'un séducteur balourd et frimeur ; au fil des mois qui suivirent l'extinction du Supercalculateur, une relation très forte s'était tissée entre les deux adolescents. Rien à voir avec de l'amour cependant. D'ailleurs, sans que Yumi ne l'ait jamais avoué à Ulrich, c'était suite à une conversation avec Dunbar qu'elle avait décidé de clarifier leur situation avec Ulrich, de bannir l'idée du « copain et puis c'est tout » pour s'épanouir pleinement en couple. Ces dernières semaines, leur amitié n'avait été que renforcée par les problèmes que traversait le jeune homme, qui d'ailleurs avait fait son possible pour ne rien laisser transparaître. Une idée traversa soudain l'esprit de l'adolescente alors qu'elle atteignait l'aile des patients : William avait été l'élément externe qui l'avait plus que jamais rapproché d'Ulrich ; il était, sciemment ou non, le ciment de ce couple d'une certaine façon. Cette hypothèse était a priori à tirer par les cheveux, pourtant à peine avait-il sombré dans le coma que sa relation avec Stern semblait lui échapper. D'ailleurs, tout s'effondrait autour d'elle : Ulrich s'était comporté comme le dernier des crétins avec son orgueil et sa jalousie déplacée et plutôt que de temporiser la confrontation, elle avait choisi de déballer ce qu'elle avait sur le cœur jusqu'à perdre le contrôle de la situation ; Jérémie avait joué aux apprentis sorciers tout en essayant de se persuader que bouleverser l'ordre des choses n'était pas contre-nature ou dangereux ; William s'était retrouvé plongé dans le coma et souffrait d'un mal impossible à diagnostiquer. Seuls Odd et Aelita restaient fidèles à eux-mêmes, quoique la réactivation du Supercalculateur les ait probablement secoués autant qu'elle-même bien qu'ils ne furent pas aussi incisifs qu'elle vis-à-vis d'Einstein.
Elle atteignit finalement la chambre de son ami, ouvrit la porte après un instant d'hésitation et entra. Il lui était impossible de s'habituer à la vision de ce garçon qui avait le même âge qu'elle et qui était allongé, inconscient sur ce lit d'hôpital. Elle se sentit vaciller durant une fraction de seconde mais parvint finalement à retrouver son équilibre. Elle se dirigea vers la table de chevet et déposa les fleurs dans le vase prévu à cet effet. Elle porta ensuite son regard sur le corps inerte de l'adolescent et se pinça les lèvres pour retenir un sanglot. Le bip de l'ECG était le seul bruit qui rompait à intervalles réguliers le silence pesant qui régnait dans la chambre. Elle resta un moment sans savoir vraiment quoi faire. Ces visites lui étaient de plus en plus pénibles et douloureuses. Elle finit tout de même par prendre une chaise et s'asseoir à côté de William. Elle resta là, sans parler, pendant de longues minutes. Finalement, elle posa sa main sur celle de Dunbar, toujours inerte.
« Allez, William, faut que tu tiennes le coup, murmura-t-elle. Il faut que tu te réveilles. Tu peux pas m'abandonner comme ça. Tu te souviens, tu m'avais dit que je pourrais toujours compter sur toi… »
La voix de Yumi était altérée par le mélange des sentiments qui la traversait. Mais celui qui dominait entre tous était la tristesse, renforcée par les souvenirs et regrets que faisait émerger en elle la situation de son ami. Elle se souvenait précisément de ce jour où William lui avait promis que, quoiqu'il puisse arriver, il ne la laisserai jamais tomber. La jeune femme n'avait alors pas prêter beaucoup d'attention à cette phrase, à la force de chacun des mots choisis. Mais avec le recul, elle prenait conscience qu'à chaque coup dur depuis la fin du combat sur Lyokô, elle avait pu compter sur lui autant que sur le reste de la bande. Et aujourd'hui, elle se retrouvait incapable de lui rendre la pareille, de lui venir en aide. Elle ne pouvait que regarder. Au fond, elle comprenait d'une certaine façon les choix de Jérémie, sans pouvoir les excuser sincèrement.
« Tu sais, j'ignore si tu peux m'entendre, continua-t-elle, je voulais juste que tu saches que… tu comptais vraiment beaucoup pour moi, t'es un véritable ami. Et ça, je ne te l'ai probablement pas assez dit… voire jamais. »
Elle ne put retenir un rire nerveux.
« J'ai jamais été douée pour exprimer mes sentiments de toutes façons… C'est pas Ulrich qui dirait le contraire. »
Elle observa le visage inexpressif de William plusieurs dizaines de secondes. Elle glissa alors sa main gauche sous celle de l'adolescent inanimé, paume contre paume et du dos de sa main droite caressa la joue du garçon.
« Même avec Jérémie, je n'ai pas su m'y prendre. Je sais qu'il veut bien faire et nous aider, te sortir du coma… Mais je refuse de prendre le risque… le risque qu'il t'arrive quelque chose. Le Supercalculateur n'a jamais apporté que le malheur. Aelita a perdu son père et dix années de sa vie à cause de lui et X.A.N.A s'est servi de toi grâce à lui… Mais là, tout cela n'a rien à voir avec ce programme de malheur… Et tu seras bientôt sur pied. »
Yumi était dans une sorte d'état second tandis qu'elle s'exprimait. Elle était consciente de ce qu'elle disait tout en découvrant chacun des mots qu'elle articulait avec la même surprise que celle qu'éprouverait un auditeur externe. En y réfléchissant, elle se rendit compte qu'elle ne savait pas si elle croyait sincèrement ce qu'elle disait ou si elle se mentait à elle-même. Elle amena sa main droite sur celle de Dunbar et resta ainsi, silencieuse, jusqu'à ce quelqu'un ouvre avec précaution la porte de la chambre. Surprise, l'adolescent se tourna vers la personne qui venait d'entrer ou plus précisément les personnes. Elle ne les avait vu qu'une fois par le passé, à Kadic mais elles n'avaient pas oubliés leurs visages. C'était les parents de William. Et c'était la première fois qu'elle les rencontrait depuis l'hospitalisation de leur fils.
« Monsieur et Madame Dunbar ? demanda poliment Yumi.
- C'est exact, répondit le père de l'adolescent. Et vous êtes ?
- Yumi Ishiyama. Je suis… une amie de votre fils, se présenta-t-elle en retirant précipitamment ses mains qui entouraient celle du garçon. »
Bien que M. Dunbar ne remarqua pas le geste de la jeune japonaise, celui-ci n'échappa pas à l'œil de la mère de William qui se retint de mettre en doute l'affirmation de Yumi, préférant s'enquérir de l'état de son fils :
« Nous avons fait au plus vite pour revenir en France… Que s'est-il passé ? demanda-t-elle.
- Les médecins l'ignorent. William a été pris de convulsions et il est tombé dans le coma mais aucun diagnostic convaincant n'a pour l'instant était trouvé. »
Les parents semblaient seulement commencer à prendre conscience de la gravité de la situation dans laquelle se trouvait leur fils. Yumi était d'ailleurs extrêmement surprise de ne voir débarquer les parents de son ami que maintenant. Plus d'une semaine s'était écoulée depuis le malaise de leur enfant et ils daignaient enfin se présenter à son chevet. Vraiment soucieux de l'état de santé de leur progéniture, les Dunbar ! Enfin, cela n'était guère étonnant. Après tout, le groupe les avait mené en bateau pendant plusieurs mois avec le spectre généré par le Supercalculateur à l'image de leur fils avant que ceux-ci ne percent enfin la supercherie à jour… mais trop tard. Ils semblaient arrivés une nouvelle fois avec un train de retard et Yumi commençait à comprendre pourquoi son ami était aussi peu enclin au respect des règles. Dans un environnement familial si peu encadré, il n'était pas étonnant que l'autorité et l'attention soit pour lui des choses étrangères. Etonnamment, le portrait que Yumi dressait de cette famille se basait sur des a priori, des préjugés et pourtant, elle n'était pas loin de la vérité, toute relative qu'elle puisse être bien entendu. C'était une de ses rares occasions où les impressions dégageaient par le paraître d'individus se conformaient à la réalité de leur être. Et très franchement, elle aurait préféré qu'il n'en soit rien, elle aurait aimé se tromper, avoir cédé aux sirènes de la facilité et se le reprocher. Malheureusement, Monsieur et Madame Dunbar ne semblaient décidément pas se départir de cette distanciation qui leur était naturelle.
« Et j'me plains parfois de Papa et Maman parce qu'ils me couvent trop… Je crois que je n'avais jamais réalisé la chance que j'avais d'avoir des parents veillant sur moi ainsi, songea Yumi. »
La jeune file se leva finalement et décida qu'il valait mieux qu'elle s'en aille. Elle était navrée de ne pouvoir rester au chevet de son ami, la seule chose qu'elle pouvait encore espérer faire pour lui, mais le manque de réactions des parents de William la mettait trop mal à l'aise. Elle salua les deux adultes avant de quitter la chambre.
En parcourant les couloirs de l'hôpital en sens inverse afin de regagner la sortie, Yumi se demandait vraiment si, à un seul moment, le père et la mère de son camarade avaient véritablement réalisé que leur fils était plongé dans le coma. Elle songea alors que, peut-être, avoir été devancé par une inconnue qui s'était rendue au chevet de leur fils ne leur avait guère plu. D'où cette froideur. Mais comment des parents sensés pouvaient-ils ainsi faire passer des choses aussi futiles avant leur fils ? Comment des parents auraient-ils d'ailleurs pu attendre près d'une semaine avant de se rendre au chevet de leur fils malade ? Non, décidément, Yumi n'enviait pas la famille Dunbar. Pour être honnête, elle plaignait même son ami. Il méritait selon elle plus d'attention mais cette remarque était d'une certaine hypocrisie si l'on considère l'attitude initiale du groupe, elle y compris, vis-à-vis de William après sa libération du joug de X.A.N.A…
Tandis qu'elle retirait l'antivol de sol de son vélo, son portable se mit à vibrer. Elle jeta un rapide coup d'œil sur son écran et vit le prénom de Jérémie s'afficher ainsi que l'habituelle photo du jeune génie, souriant et les doigts en « V ». Elle l'avait insérée dans la mémoire de son nouveau portable. Cela lui rappelait de bons souvenirs ; elle ne regrettait pas ce geste d'ailleurs car elle avait bien besoin de songer de temps à autre aux bons moments que le groupe avait aussi traversé. Elle décrocha enfin :
« Allô, Jérémie ?
- Yumi, il faut que tu te rendes au labo immédiatement. Une nouvelle tour s'est activée sur le Territoire du Désert.
- Je viens juste de quitter l'hôpital, Jérémie. Je fais au plus vite mais je ne serais pas là avant une vingtaine de minutes minimum…
- D'accord… Fais attention à toi. »
La jeune fille raccrocha. Ce qu'elle redoutait le plus était en train de se concrétiser. Elle allait devoir retourner sur Lyokô. Tout allait recommencer. Et le pire était que cette fois, tout aurait pu être évité.
Jérémie attendait dans le laboratoire, tapotant nerveusement sur le flanc du clavier tandis qu'il observait la carte du Territoire du Désert sur laquelle on distinguait clairement la présence de plusieurs créatures repérées par un symbole gris sombre. Le génie de l'informatique qu'il était ne parvenait toujours pas à comprendre comment ces créatures s'introduisaient sur les territoires de Lyokô ni même comment il lui était possible de les détecter. La plus massive des créatures, qui avait fui la confrontation alors qu'elle avait un net avantage sur Aelita, semblait être à l'origine de l'activation des tours. A nouveau, le symbole le plus imposant faisait face à la tour activée. Si l'hypothèse de Belpois était exacte, le robot activait la tour par le biais des câbles qu'il connectait aux parois de cette dernière. Restait à savoir ce qu'il cherchait et à définir l'origine de l'ennemi. Deux données qui lui échappaient encore et qu'il lui fallait trouver au plus vite s'il espérait sauver William.
Le bruit de l'élévateur qui venait de s'arrêter à son étage le tira de ses pensées. Les deux parties du verrou se désolidarisèrent et la lourde porte blindée s'ouvrit, dévoilant progressivement l'intérieur du monte-charge et ses occupants. Le groupe était presque au complet. Seul Ulrich manquait à l'appel. Mais rien d'étonnant à cela puisque celui-ci avait éteint son portable et passait son temps à ruminer dans le parc depuis le break que lui avait imposé Yumi dans leur relation. Jérémie posa son regard sur chacun des Lyokô-guerriers et finit par croiser celui de la jeune japonaise. Le manque d'expression de l'adolescente n'était pas fait pour le rassurer. Elle devait vraiment lui en vouloir, après tout elle le lui avait très bien signifié, à l'hôpital et au laboratoire, lors du débriefing avec Devoldère. Décidant que l'heure n'était pas propice pour se morfondre, il décida d'exposer brièvement la situation à ses amis :
« On a un nouveau signal en provenance du Territoire du Désert : une tour activée et un comité d'accueil assez imposant. Et cette fois, pas d'effet de surprise. L'ennemi s'attend sûrement à votre visite.
- Mais cette fois, on connait leur point faible, répliqua Odd, visiblement enthousiaste à l'idée de se lancer dans une nouvelle bataille.
- Ça ne vous dispense pas d'être prudent… On ignore toujours leurs objectifs. »
Le regard de Yumi s'assombrit soudainement face au conseil de Jérémie qui, il est vrai, sonnait faux au vue des circonstances. Préférant ne pas aggraver davantage la situation, Belpois demanda aux trois combattants de rejoindre la salle des scanners. Pendant que l'ascenseur ralliait le deuxième sous-sol, Einstein songea à la peur viscérale qu'il avait éprouvé au moment d'éteindre le Super Calculateur après la destruction de X.A.N.A. Il pensait que l'amitié qui unissait le petit groupe s'éteindrait avec l'ordinateur. Mais finalement, c'était sa réactivation qui était en train de dissoudre la bande.
« On est en place, Jérémie, le prévint Aelita qui venait de s'installer dans un scanner.
- Très bien… Je lance la procédure de virtualisation. Transfert Yumi… Transfert Odd… Transfert Aelita… »
L'énumération des procédures se poursuivit jusqu'à l'exécution de la dématérialisation. Une vive lumière entoura chacun des Lyokô-guerriers. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Yumi était en suspension dans les airs. Juste avant de se retrouver soumise aux lois de la gravité, elle put voir les plateaux couverts d'un sable doré s'étendre à perte de vue sous son regard. Une fois réceptionnés, les trois adolescents reçurent les indications nécessaires à leur orientation :
« Très bien… Foncez au Nord-Nord-Ouest. Je vous envoie les véhicules. »
L'overwing et l'overboard se virtualisèrent sous les yeux du groupe, ne dessinant d'abord les solides que par de fines arrêtes bleues pâles avant de prendre toutes leur consistances et leurs textures. Aelita s'installa derrière la jeune geisha tandis que Odd commençait déjà à faire le dingue avec sa planche.
« Odd, un peu de sérieux… C'est pas le moment de faire le mariole. J'te rappelle que tu t'es fait dévirtualisé par l'ennemi la dernière fois.
- Relax, Einstein. J'ai été pris par surprise la dernière fois. Cette fois-ci, ça n'arriverait pas. On va lui faire sa fête à ton Méka.
- Mécha ? répéta l'interpellé.
- Ben oui, le gros robot, quoi. Un Méka… Avec un k comme au bon vieux temps !
- Oui, bon… On verra ça plus tard. Concentre toi sur le combat plutôt que sur le style et les plaisanteries, Odd. Une dévirtualisation pleine de classe reste une dévirtualisation… »
Les deux véhicules filaient à travers les plateaux désertiques en soulevant de larges nuages de sable derrière eux. Ils rejoignirent très vite la zone envahie et cette fois, comme Jérémie l'avait prédit, ils étaient attendus. L'ennemi leur faisait face et ne se retint pas d'ouvrir le feu sur les adolescents. Esquivant les tirs de justesse et avec un manque d'assurance certain, Yumi se maudissait d'être retournée dans ce fichu monde virtuel. Della Robbia, lui, s'amusait comme un fou en évitant chacun des lasers tout en effectuant de splendides figures, se mettant en danger à chaque seconde ce qui exaspéra vite Jérémie, déjà suffisamment sous pression.
« Odd, ça suffit les singeries ! s'exclama-t-il en se retenant tout juste de crier dans le micro.
- D'accord, comme tu veux ! Flèche laser, lança le jeune homme-chat après avoir ajusté son tir en plein vol. »
Le tir atteint sa cible en plein dans le mile. Une forte concentration de lumière rouge devint visible à l'endroit de l'impact, au centre du masque arborant le symbole inversé de leur pire adversaire avant que la créature n'explose. Yumi tenta elle aussi sa chance mais elle dut se rendre à l'évidence. Elle avait gagné en expérience du combat au corps à corps ce qu'elle avait perdu en précision dans les attaques à distance. L'éventail ne toucha pas la créature visée qui, d'un bond, échappa au tranchant de l'éventail avant de s'accrocher à la paroi d'un rocher et de tirer un rayon sur l'overwing qui se mit à tanguer dangereusement de droite à gauche tout en laissant échapper des éclairs d'énergie témoignant de la violence du coup porté à l'engin. Le belligérant attendit que le véhicule, de nouveau stable, passe à portée pour bondir sur l'avant de celui-ci. A nouveau déséquilibré et cette fois excessivement alourdi, le bas de l'aile commença à racler le sol, balayant la fine couche de sable qui recouvrait un terrain rocailleux. L'étrange créature arma son bras droit d'où sorti une lame particulièrement affûtée qu'il abattit en direction de Yumi qui ne pouvait se défendre trop occupée à tenter de maintenir l'overwing sur sa trajectoire. Heureusement, Aelita avait réussi, tout en se tenant d'une main à la taille de son amie pour ne pas perdre l'équilibre, à charger un champ de force au creux de sa main qu'elle projeta juste à temps sur l'œil retourné. Sous l'impact, la créature fut projetée plusieurs mètres en avant tandis que l'overwing, subitement allégé, regagnait une altitude normale et survolait la silhouette qui émettait à présent un rayonnement. Un bruit d'explosion confirma la réussite complète du tir d'Aelita.
« Attention les files, l'overwing a été fortement endommagé, encore un coup direct et c'est terminé..
- Bien reçu, répondit Aelita.
- Et Yumi, vise le centre de leurs masques, c'est leur point faible.
- Facile à dire, grommela la japonaise, si tu crois que c'est simple… »
Les fanfaronnades de son ami à l'apparence féline l'interrompirent, peut-être juste à temps. Virevoltant entre les tirs comme si cela était naturel, Odd décocha deux flèches laser qui firent mouche, éliminant deux nouvelles créatures.
« Ben alors quoi les filles ? Vous êtes rouillées ? »
Yumi marmonna quelque chose d'incompréhensible même pour Aelita qui se trouvait pourtant juste derrière elle. Peut-être du japonais… Quoiqu'il en soit, ce n'était certainement pas un compliment.
« Il n'en reste que trois. C'est du bon boulot, continuez comme ça… constata sobrement le blondinet posté devant l'écran du Supercalculateur.
- T'inquiète, je maîtrise la situation… se vanta Della Robbia qui semblait complètement désinhibé.
- Odd, vous travaillez en équipe, pas en solo….
- Ouais, ouais, je sais. C'est juste que… 'Fin, ça me manquait l'action… »
Jérémie et Aelita poussèrent simultanément le même soupir d'exaspération.
« Faut-il te rappeler que ce n'est pas un jeu ? le sermonna Einstein
- C'est bon… On va se faire les derniers ensemble. Je les attire. Et vous les filles, vous les dégommez.
- Entendu, répondirent-elles en chœur. »
L'adolescent s'était enfin ressaisi et prenait en considération ses partenaires. Il attira l'attention du groupe de trois ennemis non loin de là en leur tirant une rafale de fléchettes puis s'enfuit en s'assurant que ces derniers concentraient leur attention sur lui et le poursuivaient. Yumi se lança aussitôt aux trousses de ces choses qui canardaient son ami. Il lui fallait rester suffisamment sur le côté pour que le centre du masque puisse à peu près leur être accessible. Viser une cible mouvante lorsque l'on est soi-même en mouvement nécessite une bonne dose d'anticipation et un certain sang froid. Aelita forma un champ de force au creux de sa main puis se concentra du mieux qu'elle put afin de calculer son tir au mieux. Très vite, une première créature explosa. Les deux restantes se séparèrent alors. L'une d'elles continua de suivre Odd tandis que l'autre sortit du champ de vision des filles en effectuant un bond prodigieux. L'overwing fut alors touché par un rayon et commença à se dévirtualiser sous les pieds des filles qui n'eurent d'autres choix que d'abandonner le véhicule. Soumises aux lois de la physique, elles roulèrent dans le sable sur plusieurs dizaines de mètres, perdant ainsi de nombreux points de vie, avant de se relever péniblement.
Face à elles, l'homme grenouille s'était réceptionné sur la pointe des pieds et les mains, genoux fléchis et bras tendus. Il releva la tête vers elles. C'était le moment où jamais. Yumi dégaina son éventail et le lança en direction du centre du masque. Sans difficulté, la créature s'esquiva et se rua sur les deux adolescentes. Se concentrant de toutes ses forces, la geisha parvint à détourner la trajectoire de l'éventail qui revenait vers elle et prenant l'adversaire au dépourvu, elle entailla le signe inversé. Dans un dernier effort, l'ennemi se jeta sur elle et sortit sa lame rétractile. Yumi resta paralysée en voyant foncer sur elle cette créature rougeoyante. La lame s'enfonça profondément dans l'épaule gauche de la jeune fille qui se dévirtualisa instantanément tandis que le monstre disparaissait dans une explosion. Un deuxième bruit sourd confirma l'élimination du dernier belligérant. Odd revint alors à la hauteur d'Aelita.
« Jérémie, Yumi a été dévirtualisé. Qu'est-ce qu'on fait pour la tour et cette créature géante ?
- Je n'en ai pas la moindre idée… Il faudrait déconnecter les câbles qui sortent de ses flancs. C'est certainement par ce biais qu'il active la tour. Mais je ne vois pas comment faire.
- Et si j'essayai de désactiver la tour depuis l'intérieur, en accédant à l'interface ?
- Non, pas question ! répliqua instantanément Belpois. On ignore ce dont est capable ce monstre… C'est peut-être tout ce qu'il attend.
- Et alors quoi ? On va rester là les bras croisés ?
-Tant qu'on est sûr de rien, personne ne pénètre dans cette tour…
- Alors, dans ce cas il ne reste qu'une solution, commenta Odd en jetant un regard complice à Aelita.
- Eh ! De quoi vous parler ?
- Il faut déconnecter ces câbles, non ? poursuivit le félin tandis que la jeune fille aux cheveux roses s'installait derrière lui sur l'overboard.
- Attendez ! Si vous l'attaquez de front… »
Le cri de guerre d'Odd l'empêcha de continuer. L'adolescent survola l'énorme créature de métal et s'efforça de rester suffisamment stable pour permettre à sa passagère de charger un champ de force et de viser l'un des câbles, véritable tentacule. La boule d'énergie toucha la gaine mais sembla être absorbée. Le tir fut répété avec la même précision à plusieurs reprises mais le résultat était invariable. Odd décida de tenter sa chance à son tour mais les câbles se détachèrent alors de la tour qui se désactiva automatiquement.
« Jérémie… Je crois que ça recommence… »
La créature de métal poussa un cri strident puis se rua en direction du bord du plateau. Elle finit par plonger droit dans la mer numérique et disparut dans un grand fracas.
« Il a disparu des écrans… C'est à n'y rien comprendre. Je ne vois pas du tout ce qu'ils cherchent à faire. Tenez-vous. Je vous ramène au laboratoire. »
Tandis qu'il initialisait les procédures de rematérialisation, Jérémie se tourna vers Yumi qui était à côté de lui depuis un petit moment déjà. Il voulait lui parler. Il en avait besoin. Mais depuis leur discussion à l'hôpital, il supposait qu'elle lui en voulait. Et le silence de la jeune japonaise n'arrangeait pas la situation. Il ouvrit brièvement la bouche mais se ravisa. Les scanners venaient de s'ouvrir. Il préférait parler à Yumi en privé. Si celle-ci daignait écouter ce qu'il avait à lui dire.
