Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.

Note de l'auteur : Hello tout le monde. Voici le dernier chapitre de cette fanfiction. Il est plutôt court mais c'est normal. Mercredi sera posté l'épilogue (parce que je suis sadique mais faut pas pousser non plus xD). Donc en espérant que tout cela vous plaise et que cette fanfiction vous a plu de bout en bout. En tout cas, je tiens à vous remercier encore de votre soutien et de l'avoir suivi. Ca fait toujours plaisir. Mais ne vous inquiétez pas, une nouvelle fanfiction est déjà en préparation alors je pense que ça ne devrait pas prendre trop de temps pour arriver. Dans tous les cas, je vous laisse avec l'avant dernier poste de cette fic. Enjoy it !


Chapitre X

I owe you a fall...(1)

C'était un véritable champ de bataille dans son esprit. Les corps qui explosaient sous les bombes. Les hommes qui tombaient sous les balles. Les cris, les pleurs, la douleur…Ça s'agitait. Ça grouillait. Il se tint alors le crâne entre les mains, tournant sur lui même à travers les passants. Son visage était marqué par l'horreur, défiguré par la guerre. Il s'arracha quelques cheveux blonds, haletant fort, haletant vite. Et son téléphone qui ne cessait de vibrer dans la poche de son jean. Il crut devenir fou. Il n'était pas fou. Il ne l'était pas. Il tira plus fort encore sur ses cheveux, ses yeux révulsés par l'effroi et la haine. Il ressemblait tellement à un malade échappé d'un asile. Il n'était plus qu'un soldat meurtri, un homme à l'abandon, un être à la dérive. Et cette vibration…

Mary lâche-moi…

Et son téléphone continuait ce vrombissement incessant…

Mary fout moi la paix !

Il en eut assez de cette torture et prit l'appareil d'une main tremblante. Mais alors qu'il allait le jeter sur le trottoir afin de le faire taire, calmant ses nerfs à vif, arrêtant le compte à rebours, il vu le nom de Grégory s'affichait. Pourquoi ? Il aurait dû exploser son téléphone sur le bitume. Il aurait dû faire abstraction de sa curiosité envers ce nom familier, de cet ami qui l'avait tant soutenu. Pourtant, il décrocha, une intuition cuisante lui dictant ses gestes. Non, il n'aurait pas dû décrocher.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Il n'avait pas de tendresse dans sa voix, juste une animosité à peine maintenue.

-Je ne prendrais pas la peine de demander ce qu'il se passe avec toi, mais on a un problème ! Lestrade contenait avec beaucoup de mal son inquiétude grandissante au fur et à mesure que les secondes mouraient. John ne vit pas le plus âgé agripper son mobile comme si sa vie en dépendait.

-M'en fous ! Le blond s'apprêtait à raccrocher au nez de son ami. Il ne possédait plus la patience ni l'empathie suffisante pour se soucier des problèmes des autres. Il n'avait plus ce désir d'aider les autres, ses propres soucis bien trop obnubilant.

-Je ne crois pas, John. Sherlock est sur le toit de Saint Bart's et il menace de sauter.

-Je m'... » Il allait réitérer sa précédente réponse, décidé mais il ne put achever sa phrase. Sa main lâcha le cellulaire, les forces lui manquant. Il s'écrasa avec fracas sur le sol, attirant l'attention de quelques passants qui le regardaient interloqués. Sa mâchoire tomba alors que tout son être se décomposait. Ce fut comme un électrochoc.

Son corps fonctionna comme un automate et il se laissa guider par son instinct. Et il courut. Il courut pour éviter les missiles, les balles, les flammes. Il courut si vite que son cœur manqua de bondir hors de sa cage thoracique afin de se reposer. Ses poumons brûlaient et sa respiration sifflait. Il allait mourir d'épuisement avant d'avoir atteint son but. Il ne fallait pas qu'il s'arrête.


Il pleuvait à torrent. Ses boucles brunes tombaient devant ses yeux tristes. Il regardait la terre retournée et humide. Ses vêtements souillés étaient trempés et le vent commençait à se lever, le faisant frissonner de la tête aux pieds. Pourtant, il ne bougea pas. Son regard toujours fixé sur le sol, son cerveau était vide de toutes pensées. Il n'arrivait pas à faire le moindre mouvement, immobile sous une pluie battante et glaciale. Puis il n'y eut plus rien. Seules les gouttes de ses cheveux atterrissaient encore sur son visage. Il daigna tout de même lever la tête et constata, sans aucune surprise, qu'il était à présent sous un parapluie. Sous le parapluie, plus exactement.

« Va-t-en...Marmonna le jeune garçon, aucune émotion dans la voix.

-Que t'est-il arrivé ? Une main gantée se posa sur son épaule alors que l'odeur du thé raffiné emplit ses narines. Le brun hocha les épaules d'indifférences.

-Que penses-tu qu'il me soit arrivé ?

-Pourquoi faut-il que tout soit compliqué avec toi, Sherlock ? Rentrons, tu vas attraper froid. Le plus âgé enroula son bras autour de son jeune frère et l'amena à sa suite. Pourtant, le garçon résista et replongea son attention sur le petit bout de terrain retourné. Il était fasciné par le petit rectangle plus foncé que le reste de la pelouse.

-Non. Quelques larmes coulaient sur ses joues sans qu'il ne puisse le contrôler. Il se sentit si honteux et si faible. Quel genre d'homme pleurait ? Quel genre d'homme ressentait des émotions ? Quel genre d'homme se laissait aller à une telle vulnérabilité ?

-Parles moi. Dis moi. Tu m'inquiètes, petit frère. Le roux, levant le parapluie plus haut encore, s'accroupit face à son frère. Il vit son visage dévasté par les sanglots et la peur et la honte et...Comment un si petit garçon pouvait-il ressentir autant de choses à la fois ? Il déposa avec délicatesse sa main libre sur la joue rebondit du brun. Il le força, avec toute la tendresse du monde, à le regarder dans les yeux. Dis moi. Il renifla bruyamment, se frottant un œil humide.

-Ils m'ont dit que j'étais bizarre et taré. Et surtout taré. Ils m'ont dit qu'un jour, je tuerais ma propre famille pour faire une expérience parce que j'étais un psychopathe. Et puis, ils m'ont poussé. Ils m'ont poussé et je suis tombé dans la boue et ils ont commencé à m'ensevelir sous la terre. Ils voulaient m'enterrer vivant. Et j'étais tout seul contre eux tous. Et ils répétaient que j'étais un psychopathe et...Et…Il parlait sans s'arrêter, sans respirer, mélangeant ses mots à ses pleurs. Il débitait un flot de paroles incompréhensible pour un humain normal. Or, Mycroft n'était pas un être humain comme les autres et il comprenait, tant bien que mal, ce que voulait lui expliquer son petit frère. Et cela lui serra le cœur. Les enfants étaient si cruels…

-Sherlock. Il se stoppa net dans son monologue et planta ses iris bleus pâles dans ceux de son plus vieux frère, une lueur de léger espoir brillant au fond de celles-ci. Qu'est-ce que je t'ai dit, la dernière fois ?

-Tu m'as dit que les autres enfants n'étaient pas assez intelligents pour comprendre un millième de ce qu'il se passait dans ma tête. Et que, par conséquent, tout ce qui peut sortir de leur bouche est un pur mensonge. Le roux acquiesça, un fin sourire fier se dessinant sur ses lèvres.

-Tu ne seras jamais seul, Sherlock. Je serais toujours là pour toi, quoiqu'il arrive. Sache le. Sherlock opina de la tête, ses boucles mouillées se secouant mollement sous le mouvement. L'aîné se releva et pris son cadet par la main. Rentrons maintenant. »


Il regardait le vide qui s'étendait sous ses pieds. Un vide immense. Et malgré la hauteur qui les séparait, il le voyait. Il le voyait qui courait à perdre haleine et qui se précipitait vers le bâtiment. Il ravala un sanglot. Un an et demi auparavant, il n'avait pas tant hésité à se jeter dans les bras du néant. Mais un an et demi auparavant, il n'y avait pas tant d'enjeu. Enjeu de la vie, enjeu de la mort. Que faire ? Il ne voulait pas rester. Mais il ne voulait pas partir. Il fixait l'horizon. Il attendait. Attendre quoi ? Il ne souffrait plus. On ne l'enterrerait plus vivant. Au loin, les sirènes résonnaient dans le vacarme de la ville. Le soleil était en déclin dans le ciel. Il brûlait de ces couleurs orangées et rosées qui animaient les cieux d'un feu ardent.

« Sherlock ! » Il se crispa à cette voix, à cette intonation, à cette présence nouvelle dans son dos. Il ne pouvait pas renoncer si près…


John fut projeté dix-huit mois plus tôt, un jour similaire, un jour du haut de ce toit. Le jour où tout avait basculé dans un océan de désespoir et de noirceur. Tout était identique. Mais tout était également totalement différents. Aujourd'hui, il y avait des camions de pompiers, leurs sirènes sifflantes, au pieds du grand bâtiment. Des policiers barraient le passage, empêchant les curieux de s'approcher trop près. Il y avait un regroupement impressionnant de personnes atteints d'une curiosité malsaine. Il y avait Mycroft et Gregory, la tête dirigée vers le ciel, observant cette ange de la mort prêt à déployer ses ailes sur le monde. Et puis, il était là, toujours là, perché au plus près des nuages, au plus près des étoiles. Sa tête bouclée était elle, pour sa part, affligée vers le bas, vers l'atterrissage forcé. Tous les sens du soldat étaient en alerte. Il ne ressentait plus aucune once de fatigue dans son corps. Il n'y avait plus qu'une immense adrénaline accouplée à une crainte toute aussi grande qui le maintenaient sur pieds. Il ne s'arrêta pas pour repérer une issue qui lui aurait permis un passage plus efficace et moins encombré. Et il ne s'arrêta pas non plus afin de juger de l'ampleur effroyable de la situation. Il était obnubilé par une seule et unique chose : cet égoïste antipathique qui persistait dans la mise en scène d'une fin dramatique et théâtrale. Il ne se souciait plus des invectives des agents à son égard. Il n'entendait plus les protestations odieuses de Mycroft Holmes. Il courait jusqu'à ce que mort s'en suive. Il passait déjà les portes vitrées de l'hôpital et se précipitait à toutes jambes vers les escaliers de secours. Il avait certainement arrêté de respirer, oubliant la marche à suivre. Inspirer. Expirer. Inspirer. Inspirer. Insp...Ses poumons fonctionnaient de manière aléatoire, alors qu'il gravissait les marches quatre par quatre. Et s'il sautait avant qu'il n'arrive ? Il accéléra de plus belle, si tant est si bien que cela soit possible. Il enfonça plus qu'il n'ouvrit la petite porte métallique qui menait au toit. Enfin nous y sommes. Nous nous retrouvons, là où tout a commencé. Il arrêta sa course folle, les muscles tirant douloureusement et le corps assoiffé d'air et d'eau. Il avança d'un pas lent, tel un prédateur s'approchant discrètement de sa proie. Il fixait ce dos mince, enveloppé dans ce célèbre manteau. Il examinait chaque courbe, chaque ligne du corps perché si haut, si loin.

« Sherlock ! Pourquoi n'y avait-il aucune colère dans sa voix ? Elle tremblait si fort, menaçant de se briser à chaque mot. Il était animé par une flamme volcanique dans son être entier et pourtant, rien dans son ton ne respirait la rancœur. Il n'y avait que cet homme qu'il avait tant attendu, ne lui faisant pas face.

-Va-t-en, je ne veux pas que tu vives ça une seconde fois...Il tenait sa tête basse, évaluant sans aucun doute la distance qui le séparait de la mort. Il déglutit avec tant de difficulté que ça en fut presque douloureux.

-S'il te plaît, écoute moi. Ne fait pas ça. Il avait développé tant de ressentiments à son égard durant ce mois, qu'il était dans l'incapacité d'en exprimer, ne serait-ce qu'une syllabe.

-C'est bien ce que tu voulais, non ? Que je sois réellement mort ? Un poignard le transperça de part en part, lui laissant un goût de fer dans la bouche. Non. Il s'était mordu la lèvre si fort qu'il n'en avait eu aucune conscience. Ses yeux piquaient. Il le détestait pourtant. Néanmoins, le brun n'exhalait aucune acidité.

-Ce que je t'ai dit l'autre jour, je n'aurais sûrement pas dû. J'étais en colère, et même si tu les méritais peut-être...Il s'arrêta, réfléchit une seconde et reprit. Je regrette, okay ? Tu m'as fait un putain de sale coup, hm ? Mais ce que je veux te dire c'est que je suis condamné. Condamné à t'aimer quoique tu fasses. Il n'était pas sûr sur ses pieds, et sa voix était vacillante. Il fronça les sourcils pour toute la faiblesse dont il faisait preuve. Il était si pathétique. Alors, putain, dégage de ce rebord de toit ! John serra les dents et les poings, se contrôlant du mieux qu'il le pouvait pour ne pas l'insulter et le tirer par les cheveux vers la sortie. Il ne voulait pas faire empirer la situation, tout cela ne mènerait à rien d'autre qu'à une tombe fleurie. Il fallait le faire descendre et ensuite l'engueuler. Pourquoi était-ce si compliqué de faire les choses dans l'ordre ?

-John, pardonne-moi. Je n'ai jamais imaginé que ça pourrait aller si loin...Je ne voulais pas...Il ne le regardait toujours pas. Il gardait le visage rivé vers le vide. Son corps tremblait, mais le blond n'aurait su dire si cela était dû par le froid ou l'appréhension. Ou même les deux. Qui savait de quoi était capable ce génie fou ?

-Je m'en fous, Sherlock. Descends ! Ses nerfs de soldat étaient à vif et la peur commençait à parler pour lui. Ne pas l'engueuler. Surtout, ne pas l'engueuler.

-NON ! Tu ne comprends donc pas! Je ne pourrais jamais vivre avec le poids de la culpabilité qui m'enserre le cœur. Je ne peux pas...Le militaire expira bruyamment par le nez, enfonçant ses ongles dans la chair de sa paume. Il se répétait en une litanie de ne surtout pas l'admonester, de ne pas le brusquer. Mais cela devenait tellement dur à contrôler, à gérer. C'était comme si tout ce qu'il avait ressentit ces derniers mois revenaient à l'assaut et le submergeait avec une intensité redoublée.

-Arrête de faire l'égoïste ! Pense à tous ceux qui t'aiment et qui ne veulent pas te voir t'exploser la tronche sur le bitume. Ou au moins pense à moi ! Tu crois que c'est pas dur pour moi aussi ? De savoir que tu n'étais pas mort pendant tout ce temps ? J'ai souffert de ton absence que ça en était presque irréel. Alors je t'en pris, pour la dernière fois : descends de ce satané toit ! Il fit deux pas en avant, se rapprochant un peu plus du plus jeune. Il n'était plus qu'à quelques mètres de lui. Toute l'énergie de son corps s'évapora et laissa un grand vide. Le soleil se couchait doucement sur la ville, éclairant les immeubles de son incendie incandescent.

-Laissez-moi vous libérer du monstre que je suis. Le bouclé effectua un pas dans le vide. Perspective effrayante. Ce fut comme une gifle. John arrêta de réfléchir à la meilleure solution de résoudre le problème. Ses instincts de soldat se mirent en action, l'inconscient s'exprimant à la place de tout le reste. Il se jeta sur Sherlock, l'agrippant fermement au niveau de la taille. Il était si terrifié à l'idée qu'il ne bascule en avant, il était si proche du bord. Il ferma les yeux fortement tout en inspirant doucement pour contenir son angoisse dévorante, malsaine et croissante.

-Si tu sautes, je saute avec toi. » Il était plus calme que jamais, la voix si assurée, si déterminée.

Le plus jeune gigota dans les bras de son ami qui, lui, resserrait sa prise instinctivement. Sherlock tentait, avec une certaine difficulté, de se retourner afin de faire face à John. Son John. Pourtant, son pied dérapa sur le rebord de l'immeuble, le faisant perdre tout équilibre. Et malgré les bras forts qui le serraient, il tomba. Il chuta sous les yeux écarquillés et choqués du blond et de la population grandissante. L'autre homme se pencha, dans un dernier geste désespéré, et attrapa la main de celui qu'il aimait. Mais, avec toute la crainte, toute la sueur et toute l'adrénaline qu'il avait exécrée, elle était entièrement moite. Et elle glissa, dans un espoir vain. Alors il ne pouvait faire qu'une chose : le regarder s'écraser pour la seconde fois, avec la même impuissance cuisante. Ils se fixaient, ne se quittant jamais des yeux. C'était le seul contact qu'ils leur restaient. L'ancien militaire voyait la désolation dans les prunelles brillantes de larmes de son feu amant. Jamais, oh grand jamais, il n'aurait pu oublier ce visage dévasté par la drogue, anéanti par la souffrance et la solitude. Cette fois, il ne se relèverait pas. Cette fois, il n'y avait personne pour le rattraper. La bouche du blond hurlait ce cri muet de l'abomination, de la dévastation. Et Mycroft hurla. Il avait perdu son flegme légendaire, perdu tout self-control.

Je suis tellement désolé...Pardonnez-moi...


(1) I owe you a fall : Je te dois une chute (épisode 3, saison 2)