Chapitre 11 : Nous sommes devenus...

Au cours des jours qui suivirent leur course-poursuite dans les bas-fonds des quais de la Tamise, Harry et les autres purent constater qu'ils n'avaient pas été les seuls à entendre le cri déchirant. Le Monde Sorcier, la Gazette du Sorcier et les autres quotidiens avaient relaté dans leurs colonnes le témoignage de certains sorciers restaurateurs. Ces derniers avaient entendu un chantonnement à leur glacer le sang, confirmant ce qu'avaient vu Ron, Hermione et Harry. Les Manticores avaient en effet la particularité de se mettre à chantonner quand elles dévoraient leur proie. Cette dernière fut même identifiée quelques jours plus tard quand les Aurors repêchèrent dans la Tamise, après avoir en partie dragué le fleuve, un corps à moitié déchiqueté. Le cadavre appartenait à un marchand Cracmol connu des services des Aurors pour des affaires de commerce illicite. Après l'expertise des Médicoléthomages, médecins légistes sorciers, la victime avait bien été dévorée par une Manticore car ils avaient retrouvé dans l'analyse de son sang le poison caractéristique de ces créatures. Si le mort ne fut regretté par personne, l'affaire plongea néanmoins la communauté sorcière dans une certaine inquiétude. Remus le fit remarquer un soir à table :

- Tous ces gens au Ministère semblent enfin s'apercevoir que l'après Voldemort n'est plus tout rose et tout tranquille. Il serait temps qu'ils se réveillent. Tenez, des Grapcornes dans les Alpes autrichiennes ont été découverts morts et dépecés. Si ça, ça ne leur met pas la puce à l'oreille, je ne sais plus quoi faire.

- Te ramener au Ministère un soir de pleine de Lune, histoire de leur provoquer une bonne petite frousse ? suggéra Ron qui avait voulu faire diversion pendant que Neville s'était étranglé avec sa bouchée de tourte aux rognons.

Harry s'était d'ailleurs promis, suite à cette discussion, d'entraîner Neville dans l'art subtil et délicat de la dissimulation de faciès aux expressions compromettantes.

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Les jours s'égrenèrent un à un et le mois de décembre arriva sans qu'Harry s'en rende compte. Le temps était sec et froid. Un vent glacé l'accueillait à chaque fois qu'il transplanait dans la cour de l'ELFE aurorienne. L'école n'avait jamais été aussi remplie de monde. Susan lui apprit que la présence d'une Manticore dans les bas-fonds de Londres avait mobilisé toutes les forces de protection du pays. Sa tante Amelia Bones, qui était également la nouvelle Ministre de la Magie, avait mobilisé tous les Aurors disponibles pour traquer jour et nuit la créature.

- Il est extrêmement difficile d'attraper une Manticore, n'est-ce pas ? fit Barbara à Harry après un cour de Dressage des créatures protectrices qu'ils avaient en commun tous les deux.

Harry acquiesça sombrement.

- J'ai vu dans le journal qu'ils allaient faire venir des Griffons de Grèce pour les traquer, répliqua-t-il.

- Oui, ils ont fait venir aussi des Aurors Enchanteurs d'élite de mon pays, renchérit l'Espagnole.

- J'ai croisé aussi Tonks, tu sais, celle qui nous a fait visiter l'ELFE en début d'année. Les Aurors vont subir une série de journées de formation à la traque particulière d'une Manticore.

- Ils mettent les moyens, chez vous, fit Barbara impressionnée.

- Tu sais, cela fait à peine six mois que Voldemort est mort alors ils n'ont peut-être pas eu le temps de baisser la pression.

Barbara afficha une moue de dégoût au nom le plus haï d'Europe.

Outre l'effervescence inhabituelle qui régnait dans leur ELFE, les étudiants s'apprêtaient à avoir des examens. Dans deux semaines, ils subiraient une série de tests qui clôtureraient la première partie de leur année d'études. Ils devraient ensuite effectuer un stage dans la structure aurorienne dans laquelle ils envisageaient de se spécialiser. La discussion alla bon train un soir alors que la bande d'amis était partie se désaltérer comme ils en avaient pris l'habitude au bar du Trèfle Bleu situé près de leur ELFE.

- Tu devras partir en Espagne ! s'exclama Ron à l'adresse de Noa.

- Je n'ai pas le choix, répliqua ce dernier, si je veux faire ma deuxième année dans la branche Enchanteur d'Elite, je dois aller en Espagne pour mon stage, c'est là qu'ils sont les meilleurs !

L'Espagnole approuva vivement les propos du jeune homme. Les autres avaient tous plus ou moins décidé de rester en Grande Bretagne. Barbara étonna même le trio gryffondorien quand elle révéla que son stage de Protecteur aurait lieu dans un service du Ministère que les trois connaissaient bien : le bureau des consultants des Êtres magiques. Á la demande des hautes sphères du Ministère, le service des Aurors avait renforcé sa protection envers certaines personnalités qui commençaient à être connues du public et d'éventuels adeptes de mage noir déchu qui sévissaient encore dans la nature. Le bureau des consultants des Êtres magiques était particulièrement concerné de par son statut qui avait pris une importance grandissante sous l'égide de la Ministre Bones. Ce fut ainsi qu'Harry apprit que Barbara aurait pour Wardônis (1), Remus Lupin.

- Il n'a pas vraiment besoin d'être protégé, dit alors Hermione d'un air pincé.

Barbara sourit avec indulgence à sa nouvelle amie.

- Je sais qu'il a été professeur de Défense contre les Forces du Mal. C'est d'ailleurs pour cela que Kingsley Shacklebolt n'affecte que les débutants auprès des personnes les plus aptes à se protéger elles-mêmes.

La conversation continua sur les différents stages qu'effectueraient les jeunes gens mais Harry ne manqua pas de remarquer l'étrange moue de mécontentement d'Hermione. Le jeune homme en fut très affecté même s'il n'arriva pas, au cours des heures qui suivirent, à déterminer exactement pourquoi.

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Il surprit quelques jours plus tard une conversation entre Hermione et Remus dans le bureau de ce dernier. Harry voulait demander conseil au lycanthrope pour le choix de son stage quand la scène qu'il vit le laissa figé sur place. La pièce était brillamment éclairée et Harry, resté à l'ombre dans l'entrebâillement de la porte, put voir Hermione derrière le fauteuil de Remus en train de lui faire un massage du cou. Remus avait les yeux fermés et un fin sourire s'étirait sur ses lèvres.

- Tu as des vrais doigts de fée, Hermione, murmura-t-il en soupirant.

Hermione appliquée sur sa tâche sourit légèrement.

- A défaut d'être un parfait cordon-bleu, il faut bien que je me rattrape ailleurs.

Cette fois-ci, Remus sourit plus franchement.

- Je peux te pardonner cette petite faiblesse, fit-il. Surtout si tu arrives à mettre l'aérosol de neutraloupsation au point avec Torve.

Le lycanthrope ne put remarquer la lueur de regret dans les yeux d'Hermione mais Harry, lui, la vit parfaitement. Hermione arrêta son massage, l'air mortifié. Remus ouvrit les yeux et pivota légèrement son fauteuil vers la jeune fille.

- Je viens de me rappeler que je dois justement y travailler, expliqua-t-elle en contournant le bureau pour venir reprendre ses affaires.

Elle s'avança vers la sortie le visage fermé. Harry recula de quelques pas quand il la vit se retourner brusquement vers Remus. Celui-ci la regardait partir, l'air pensif.

- Connais-tu l'adresse du professeur McGonagall ?

Le lycanthrope répondit négativement.

- Mais je peux arranger ça, ajouta-t-il dans un léger sourire.

Hermione le remercia et se dirigea vers la porte. Harry partit aussitôt dans le salon ne voulant pas la croiser. Sa présence si près du bureau aurait éveillé des soupçons chez la jeune femme et Harry ne le voulait surtout pas. Il s'assit dans un fauteuil près du feu, la tête dans ses mains. Voir les mains d'Hermione posées sur le cou de Remus lui avait tordu le ventre comme un coup de poing aurait eu le même effet au même endroit. Jamais. Jamais il n'aurait pensé arriver à cette constatation : c'était sur son cou et ses épaules à lui qu'il voulait qu'elle pose ses doigts. Il voulait sentir sa peau douce, son léger parfum, son regard chocolat posé sur lui. Oui, tout cela n'était pas très convenant pour cette amitié qu'il vénérait plus que tout. Il ne voulait pas que sa sacro-sainte amitié avec Hermione disparaisse mais il ne pouvait s'empêcher de songer qu'avec des pensées comme les siennes, il finirait tôt ou tard par ne plus pouvoir bénéficier de ce statut privilégié d'ami...

Il se frotta la tête énergiquement, comme à chaque fois qu'il était énervé, et se leva en poussant un grognement d'exaspération. Il devait arrêter de penser à tout cela. Il s'apprêta à quitter la pièce quand il la vit.

Elle était là, dans l'encadrement de la porte, à le regarder fixement. Harry fut saisi par son expression inquiète. Pas un seul bruit ne s'entendait dans la pièce, mis à part le paisible crépitement du feu. Elle s'avança vers lui en ne le quittant pas des yeux. Même ses pas sur l'épais tapis ne faisaient aucun bruit. Harry ne put s'empêcher de la détailler. Elle avait toujours des petits cernes violets sous les yeux. La chevelure abondante qui encadrait son visage faisait ressortir cette impression de fragilité. Harry se souvenait qu'il avait beaucoup charrié son amie quand, arrivés en sixième année, Ron et lui s'étaient mis à grandir brusquement et qu'elle était restée à la même taille. La voir plus petite, plus vulnérable, lui donnait envie de la protéger de tous ces maux qui pouvaient affecter son doux sourire. Et pour l'heure, il devait la rassurer pour enlever cette insupportable lueur d'inquiétude dans son regard.

- Harry ? chuchota-t-elle comme si elle ne voulait pas troubler le silence de la pièce.

Le jeune homme resta muet, se contentant de la regarder. Par une absurde idée, il craignait que ses mots en sortant de sa bouche témoignent du trouble qui l'habitait sur le moment.

- Harry, reprit Hermione incertaine, je...j'ai senti que...Est-ce que tout va bien ?

- Tout va bien, 'Mione. Mais toi, qu'as-tu senti ? répliqua-t-il curieux.

Une flamme vacilla dans le regard chocolat et son corps se raidit. Mais Harry décida tout d'un coup d'être sans pitié ; il devait savoir. Pour l'aider.

- Hermione, qu'as-tu senti ? répéta-t-il. Qu'est-ce qui t'a poussé à venir me rejoindre ?

Hermione fixa son regard assombri vers le foyer rougeoyant. Elle expira brièvement et finit par se tourner vers Harry en plantant son regard dans le sien.

- C'est toi qui m'as appelée!

- Moi !

- Oui ! Toi, Harry ! Toi sur qui je...je n'arrête pas d'avoir des pensées...étranges.

Elle se tut en se mordant la lèvre inférieure.

- Étranges ? reprit-il d'une voix rauque, son souffle se faisant soudain court.

- Moui, marmonna-t-elle en baissant la tête.

- Hermione, se ressaisit Harry en relevant le menton de son amie pour mieux voir l'expression de son visage. Tu pourrais être plus explicite ?

- J'ai...je sens depuis quelques temps certaines de tes émotions...

- Quoi ! s'alarma aussitôt Harry.

- Quand tu éprouves...un grand trouble, bégaya-t-elle, je...parfois je le ressens et...et ça m'inquiète. Alors je pars à ta recherche.

Harry comprit alors certaines attitudes passées de son amie.

- C'est pour cela, que le soir où nous sommes allés au bar du Trèfle Bleu, tu m'as rejoint sous la pluie ?

Hermione acquiesça sans mot dire, n'osant pas regarder Harry dans les yeux. Une légère rougeur apparut sur ses joues et Harry trouva le visage de son amie adorable... Il se ressaisit avec difficulté et questionna de nouveau :

- Est-ce comme cela que tu as su également que j'avais utilisé la télépathie astrale l'autre jour avant d'aller chez Narval?

Un petit 'pas tout à fait' murmuré fut sa réponse. Harry plissa les yeux :

- C'est à dire ? fit-il durement.

Il sentit aussitôt Hermione se tendre. Elle commença même à trembler un peu.

- Je t'en prie Harry, ne t'énerve pas ! reprit-elle avec affolement.

Harry se radoucit instantanément. Il savait qu'il pouvait parfois être rapidement colérique. Et la colère d'un Survivant n'était généralement pas ce qu'on appellerait de 'bonne augure' pour celui qui était en face du sorcier. Harry se rappela dans un éclair ce que lui avait dit Dumbledore fin juin : il devait maîtriser la puissance qu'il avait en lui et contrôler ses émotions qui étaient plus exacerbées que celles des autres...

- Hermione, reprit-il calmement en posant ses mains sur ses épaules, je dois savoir.

- C'est quand...quand tu m'as pris la main que j'ai su... Tu avais un besoin d'énergie suite à la télépathie...Je l'ai ressenti et...c'est là que j'ai compris ce que tu avais fait.

Harry, le regard troublé, se rappela le moment où il avait tenu la main de la jeune fille. Il s'était étonné sur le coup de ne pas avoir de fatigue suite à l'utilisation de la télépathie et il avait perçu la chaleur incroyable que lui avait fournie Hermione pas le simple fait de tenir sa main. Le jeune homme sembla alors réaliser ce qu'il savait déjà au plus profond de lui. Quelque chose qui était restée enfouie depuis plusieurs mois déjà dans les tréfonds de son esprit. Instinctivement, avant même de réaliser consciemment ce que c'était, il ôta ses mains des épaules d'Hermione et la regarda, ses yeux s'agrandissant de stupeur.

- Hermione... souffla-t-il soudain, les pupilles largement dilatées. Je...nous...nous sommes devenus...

Hermione tressaillit. Elle aussi avait le souffle court et ses yeux étaient maintenant braqués sur les deux émeraudes de son ami. Le contact fut soudain rompu quand Neville ouvrit brusquement la porte en grand :

- Ron, je t'assure, arrête de te prendre la tête pour des choses qui n'existent pas ! Il n'y a rien entre moi et Ginny !

Tourné vers le rouquin qui rentra à son tour dans la pièce, il vit à l'expression de ce dernier qu'ils avaient interrompu une conversation importante.

- Ah...euh salut, fit Neville gêné en se retournant.

Harry, déconcentré par l'arrivée des garçons ne réussit pas à retrouver cette impression, cette révélation qui avait été sur le point de ressurgir en lui. Agacé et même terriblement frustré, il voulut quitter la pièce de son pas rageur habituel mais Hermione le devança et s'échappa littéralement du salon.

- Qu'est-ce que tu lui as fait, Harry ? dit Ron en fronçant les sourcils.

- Rien ou du moins rien qui vous regarde ! s'exclama-t-il avec colère.

Une sombre violence le saisit au ventre comme un bouillonnement intérieur qu'il n'avait plus ressenti depuis la mort de son parrain. Une lampe murale éclata soudain en morceau, le jeu d'échec situé près de la fenêtre renversa tout à coup ses pièces contre la vitre et le feu crépitant dans l'âtre se mit à redoubler d'intensité faisant voltiger ici et là des étincelles. Harry regardait ses mains, ces mains qui, il y avait à peine quelques instants, étaient posées sur les épaules d'Hermione. Un ressentiment surgissant du plus profond de lui se matérialisa devant ses yeux sur ces mains même qui, il le sentait, avaient apporté beaucoup de torts à Hermione. Une chaleur incroyable irradia alors ses membres supérieurs et Harry crut un instant, à travers ses yeux voilés de rage, que les paumes de ses mains reflétaient un feu ardent. Ce fut cette hallucination qui le força à se ressaisir. Pendant ce temps, Ron et Neville étaient restés figés près de la porte, témoins effrayés de la puissance du sorcier. Harry, le regard voilé, s'avança vers eux pour sortir aussitôt de la pièce sans un mot. Une odeur de cendre flottait dans l'air.

- J'ai rêvé ou ses mains sont devenues rouges ? balbutia Neville.

- Tu n'as pas rêvé, répliqua Ron d'une voix atone en fixant toujours l'endroit où était Harry quelques instants auparavant. Ses mains...ses mains étaient comme incandescentes...

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Au cours des jours qui suivirent, Harry évita soigneusement tous contacts charnels, tous effleurements de vêtement ou de peau qui pouvaient avoir lieu entre Hermione et lui. Il évitait aussi et ce le plus possible tout contact visuel. En résumé, il ne s'y serait pas pris autrement s'il avait voulu faire croire aux autres qu'il faisait la tête à Hermione. Celle-ci semblait très bien accepter ce nouvel arrangement ; elle passait de toute façon la majeure partie de son temps à réviser dans ses bouquins. Leurs amis de l'ELFE n'osaient pas parler de leurs comportements avec eux mais bombardaient de questions le malheureux Ron qui ne savait pas quoi dire. Et qu'aurait-il pu dire de toute manière ? Ce qu'il avait vu dans le salon ce soir-là lui avait laissé l'impression que ses deux amis s'étaient rendus coupables de choses qu'il ignorait et qu'ils s'accusaient eux-mêmes de leurs actes.

- Peut-être...peut-être qu'ils se sont embrassés ? pensa-t-il tout haut un soir.

Il était dans la cuisine avec Neville en train de discuter et d'essayer de comprendre ce qu'il se passait.

- Qu...quoi ? s'exclama Neville, les yeux ronds.

- Non, ça ne peut pas être ça...marmonna le rouquin. Harry aurait eu l'air plus joyeux et Hermione et bien ma foi, Hermione aurait peut-être été plus gênée en sa présence et non inquiète comme elle pouvait l'être en ce moment.

Non décidément, Ron ne voyait pas ce qu'il clochait entre ces deux là et pourtant, s'il avait su... Il aurait été, sans nul doute, terrifié...

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Le vendredi soir avant la semaine de ses examens, Harry était allongé sur son lit en train de lire son Balai-magazine en gobant machinalement des dragées surprises de Bertie Crochue. Il avait résolument décidé de mettre de côté ses petits soucis avec sa meilleure amie. Jouant la carte de l'insouciance, il exerçait sa volonté, réputée pour être forte, à ne pas réfléchir sur l'étrange relation qu'il avait engagée avec Hermione. Cela n'empêchait pas son subconscient de lui jouer de sales tours. Combien de fois s'était-il réveillé en sursaut au cours des nuits précédentes ? Il ne comptait plus... A chaque fois il se réveillait en sueur, le corps tremblant et irradiant d'une chaleur incontrôlable. Plusieurs fois il avait senti son corps s'embraser tout entier sans qu'il ne puisse rien y faire. Il tentait ensuite, en allant boire un verre d'eau dans un même rituel, d'enlever de sa tête les images du rêve qui l'avaient mis dans cet état.

Harry poussa un bâillement retentissant en tournant la page de sa revue. Raccourcir ses nuits avait des conséquences désastreuses sur sa santé. Il avait un besoin de sommeil proportionnel aux heures passées devant sa fenêtre. Il passait ainsi son temps au cœur de la nuit à regarder les flocons tomber dans la rue faiblement éclairée.

Harry ôta ses lunettes pour se frotter machinalement les yeux. Il s'était accordé une petite pause dans ses révisions et la description du nouveau prototype de l'usine Nimbus nécessitait toute sa concentration. Il attrapa une dragée et voulut remettre ses lunettes quand le goût de la friandise le fit replonger dans ses souvenirs sans crier gare. Le bonbon avait le goût de la mûre, le même parfum que portait Hermione...

La vue d'Harry se brouilla et ses yeux se fermèrent d'eux même. Il ne resta pas longtemps les paupières closes car il entendit aussitôt qu'on entrait dans sa chambre en refermant la porte. Il se redressa sur son lit et vit qu'Hermione le regardait le visage fermé. Elle s'était avancée en plein milieu de la pièce et ses pieds étaient nus sur son tapis. Il déglutit avec peine quand il s'aperçut qu'elle était en chemise de nuit. Le fin tissu se soulevait au rythme de la respiration de la jeune femme et Harry pouvait deviner ses courbes arrondies se dessiner à chaque mouvement de sa poitrine. Son visage était inexpressif mais Harry la devinait anxieuse.

- Hermione, murmura-t-il.

Elle le regarda droit dans les yeux et avança vers son lit.

- Tu te décides enfin à m'adresser la parole, Harry ?

- Hermione...je...je suis désolé, balbutia le jeune homme nerveusement en la voyant si près de lui.

- Ne le sois pas, fit-elle d'une voix sourde, je comprends.

Elle s'assit sur son lit et Harry entendit une sonnette d'alarme dans sa tête. Elle tendit une main vers lui mais il recula aussitôt, se retrouvant coincé contre le montant du lit.

- Tu as peur de moi ? dit-elle le regard triste.

Harry était incapable de parler et de détacher son regard du corps d'Hermione. Une envie irrésistible de la toucher s'empara de lui. Le déclencheur fut la main diaphane de la jeune femme qui se posa sur sa cuisse. Il poussa un faible gémissement et se pencha soudain vers Hermione pour la prendre dans ses bras. Il la serra à l'étouffer presque. Que son parfum lui avait manqué... Son amie, sa si chère amie qui avait toujours été là dans les moments les plus durs de sa vie, il la tenait enfin dans ses bras. Il aurait voulu la remercier par le simple fait d'être là, près de lui mais il sentit sa gorge se nouer. Ses mains se mirent à caresser d'elles-mêmes le tissu de sa chemise de nuit et Harry sentit une vague de désir incroyable le saisir. Terrifié à la pensée qu'il venait d'avoir, il voulut arrêter mais ses propres mains en avaient décidé autrement. Il redressa la tête pour se raccrocher à ses yeux. Il avait le besoin urgent de sentir une réponse, quelle qu'elle soit, à ses actes si peu familiers à l'égard de son amie. Son cœur s'arrêta de battre quand il vit dans la prunelle de ses yeux sombres un feu ardent. Il se pencha si soudainement vers ses lèvres qu'ils basculèrent sur le lit. Le velouté de ses lèvres, le faible soupir qu'elle poussa, tout contribua à enflammer le corps d'Harry. Il accentua son baiser en effleurant du bout des doigts les courbes de la jeune femme. Ses lèvres étaient tellement douces et chaudes… « Merlin, que suis-je en train de faire ? » pensa-t-il confusément. Mais quand il sentit les mains d'Hermione parcourir son dos, son torse, son visage en une caresse légère et fébrile, il oublia de réfléchir à ses actes... Il fut surpris quand Hermione le força à basculer sur le dos ; elle se mit à califourchon sur lui tout en continuant à l'embrasser. Ses mains déboutonnèrent la chemise d'Harry. Ce dernier sentit sa respiration s'accélérer et son cœur faire des loopings dans sa cage thoracique. Quand Hermione posa justement sa main à cet endroit, peau contre peau, Harry crut que son cœur allait exploser. Elle remonta ensuite ses mains jusqu'au cou d'Harry pendant que ce dernier caressait son dos dans un va-et-vient confus. Il avait les mains brûlant littéralement d'impatience.

Mais sans qu'il puisse réaliser tout de suite ce qu'il lui arrivait, il sentit les doigts d'Hermione se resserrer brusquement sur sa gorge. Il voulut aussitôt l'arrêter en plaçant ses mains sur ses poignets mais la force qu'elle mettait dans son geste semblait incroyable. Elle murmura alors d'une voix tellement sourde et profonde qu'on l'aurait dite sortie d'outre-tombe :

- Si tu meurs, je serais libre, tu comprends ? Il faut que tu meures Harry !

Harry ne put prononcer un seul son ; il commençait à étouffer. Il avait beau exercer toute la force qu'il possédait pour ôter les mains qui l'empêchaient de respirer, rien n'y fit. La jeune fille semblait animée d'une force hors du commun. Harry voulut se débattre, se retourner, bousculer Hermione mais il était étrangement collé sur le dos. « Elle m'a jeté un sort ! » pensa-t-il désespéré. Il voulut saisir sa baguette posée sur sa table de chevet. Des étoiles commencèrent à apparaître dans ses yeux si bien qu'il ne vit pas la fumée se dégager de sa main restée sur un des poignets d'Hermione. Une odeur de chair brûlée flottait dans l'air mais Harry aurait été bien incapable de respirer quoique ce soit.

- Hermione ! Voulut-il crier, ne fais pas ça ! Ce n'est pas toi ! Ressaisis-toi !

Au moment où il réussit à attraper sa baguette, elle détacha ses mains. Des traces de brûlures étaient apparues sur le poignet qu'Harry avait continué à serrer. Il reprit sa respiration difficilement mais Hermione ne lui laissa aucun répit, elle se mit à lui griffer le visage. Harry ferma fortement les paupières car il sentait qu'elle s'acharnait sur ses yeux.

- Il faut les arracher ! cria-t-elle furieusement de sa voix rauque. Et ensuite j'arracherai ton cœur !

Harry secouait la tête dans tous les sens en essayant d'arrêter le déchaînement de violence qui s'abattait sur lui. D'une main il essayait de repousser Hermione puis n'y tenant plus, il envoya un sort propulsant Hermione hors du lit. Il réussit à se relever et mit aussitôt pieds à terre, la baguette pointée vers Hermione qui gisait à quelques mètres de lui, allongée sur le ventre. Elle se redressa rapidement pour planter son regard dans celui d'Harry. Ce dernier eut un hoquet de surprise : les yeux chocolats avaient laissé place à un noir absolu emplissant tout l'espace de sa cornée. Le Gryffondor se sentit alors aspiré vers ces profondeurs abyssales.

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Il ferma les yeux pour les rouvrir aussitôt après, en entendant un cri de rage. Il vit alors qu'il était allongé sur son lit, son Balai-magazine sur le torse. Il regarda sa chambre avec affolement mais tout était flou : il n'avait pas ses lunettes. Une fois ce détail réglé, il constata qu'il n'y avait aucune trace d'Hermione dans sa chambre et que sa chemise était parfaitement boutonnée... En revanche, Harry ressentait parfaitement son cœur qui cognait à tout rompre dans sa poitrine et ses mains qui irradiaient encore de chaleur. Il entendit ensuite des voix parlant violemment dans le couloir et même un autre cri de rage.

Harry ne voulut pas aller tout de suite voir ce qu'il se passait. C'était sûrement la dispute, qu'il entendait à travers la porte, qui l'avait sorti de son sommeil. Il prit quelques secondes avant de retrouver complètement ses esprits. Il s'était réveillé à cause d'un songe qui l'avait laissé de nouveau dans tous ses états. Encore tremblant, il se leva et fit quelques pas dans sa chambre en se passant nerveusement la main dans les cheveux. Ses rêves ou ses cauchemars avaient toujours pris une signification particulière au cours de ses quatre dernières années, devait-il alors tenir compte de celui-ci ? Non, il ne pouvait s'y résoudre. Cela revenait à admettre que vis à vis d'Hermione, il n'était plus le même... et ça il ne le voulait pas. Surtout pas...

Il se décida enfin à sortir dans le couloir quand la dispute s'intensifia : il avait reconnu les voix de Ron et de Neville. Quand il les vit, le visage rouge, prêts à en venir aux mains, Harry oublia momentanément ses rêves. La querelle semblait sévère.

- Par Merlin, mais qu'est-ce qu'il vous arrive ? s'exclama Harry.

- Ce mec est un menteur et un détourneur de mineur !

- Ce mec est un fouineur et un excité de service ! Répondirent les deux garçons en même temps.

Harry grimaça un peu. « Bon, ça s'annonce difficile » pensa-t-il.

- Pourquoi Ron est-il un fouineur ? demanda-t-il à Neville en sachant qu'il n'arriverait à rien avec Ron s'il ne lui laissait pas quelques secondes pour tenter de se calmer.

- Parce qu'il a fouillé dans mon courrier !

- Je n'ai pas fouillé dans ton courrier ! Tu laisses traîner tes lettres partout dans le salon !

- C'était pas une raison pour les LIRE ! cria Neville le visage si rouge qu'Harry crut un instant qu'il allait avoir une syncope.

- Ça va, ça va Neville, calme-toi, s'alarma Harry. Ron ? Pourquoi as-tu traité de Neville de menteur ?

- Parce qu'il m'a juré par tous les saints sorciers qu'il n'y avait rien entre lui et ma sœur !

Harry en resta bouche bée pendant un quart de seconde. Cette dispute n'avait lieu qu'à cause de Ginny ? Regardant brièvement autour de lui pour voir s'il n'était pas tombé chez les fous, Harry prit une grande respiration en espérant rester le plus calme possible.

- Et c'est pour cela que vous vous enguirlandez depuis tout à l'heure ?

Ron fronça les sourcils en grommelant quelque chose d'incompréhensible et Neville, toujours aussi rouge, baissa les yeux en serrant les poings.

- Ron n'avait pas à regarder mon courrier ! s'insurgea-t-il faiblement.

Harry scruta le rouquin et vit ce qu'il attendait : une expression de remord.

- Je...je m'excuse, balbutia le jeune homme, quand...quand j'ai reconnu l'écriture de Ginny, je n'ai pas pu m'empêcher de lire...

- Et Ginny est majeure maintenant, il serait peut-être temps que tu arrêtes ton numéro de frère protecteur. Tu ne crois pas ? ajouta Harry le regard moqueur.

- Mais pourquoi Neville ne nous a pas parlé plus tôt de ce qu'il éprouvait pour Gin' ? répliqua Ron à court d'argument.

- Pour éviter ce genre de scène, grinça des dents Neville, le regard encore vaguement furieux.

Ron soupira brusquement et secoua la tête, un demi-sourire commençant à apparaître sur son visage.

- Eh mon vieux ! Va falloir t'y faire au frère chiant et râleur... Si tu veux rentrer dans la famille faut savoir montrer patte blanche, surtout qu'il y a cinq frères derrière moi...

Neville grimaça légèrement. Harry voulut répliquer à Ron qu'il n'y avait que lui qui était un frère 'chiant et râleur' mais Neville le prit de court :

- De toute façon, ne cherche pas, il n'y aura jamais rien entre elle et moi...

- Tu rigoles ? s'exclama Ron, c'était clair comme de l'eau de roche dans vos lettres que...

Puis estimant que raviver le souvenir d'une intrusion dans l'intimité du futur botaniste n'était pas le meilleur moyen pour se réconcilier, Ron le prit par l'épaule et l'entraîna au rez-de-chaussée en commençant à lui raconter les petits trucs qu'aimait ou détestait sa sœur. Harry resta un moment les bras ballant au milieu du couloir le regard fixé vers le tapis. L'attitude de Neville, un peu défaitiste sur sa vie sentimentale, le plongea dans ses souvenirs.

Il en avait voulu à Neville en début de sixième année à Poudlard. Il n'avait pas compris lui-même pourquoi jusqu'au jour où Hermione, énervée par son attitude, l'avait coincé au détour d'un couloir pour le tancer vertement. Elle lui avait sorti qu'il avait été injuste avec Neville depuis le début de l'année et que s'il avait quelque chose à lui reprocher qu'il le lui dise en face. « Neville ne se sent pas bien du tout en ce moment! Il croyait que vous étiez devenu ami depuis l'histoire au Département des mystères mais maintenant il pense que tu lui en veux d'avoir cassé la prophétie ! » Harry se souvenait encore parfaitement des paroles de son amie. Il avait alors compris qu'il en voulait à Neville de ne pas avoir été choisi à sa place par Voldemort. Hermione avait eu parfaitement raison : il avait été injuste avec Neville. Dès lors, Harry avait essayé de faire amende honorable en étant plus amical envers Neville. Il avait d'ailleurs trouvé certains points communs avec ce dernier, notamment en ce qui concernait leurs relations avec les filles. Mis à part une relation avec Lavande Brown qui s'était finie, au même titre que celle d'Harry avec Cho (en eau de boudin), Neville n'avait pas eu d'autres petites amies. Tous deux n'avaient pas la confiance qu'il fallait pour appréhender la gente féminine en vue d'un éventuel rendez-vous. Harry soupira en souriant et son regard distrait porté sur le tapis se fixa avec intention dessus : c'était l'endroit même où Hermione s'était tortillée si sensuellement devant lui, il y a quelques semaines de cela... Sentant une extraordinaire bouffée de chaleur l'envahir, Harry voulut retourner dans sa chambre quand il entendit un bruit de chute et une série de jurons qui aurait fait frémir d'horreur Peeves. Il se précipita dans l'escalier menant au deuxième étage et vit une hécatombe de grimoires et autres engins de torture éparpillés sur toutes les marches des escaliers avec une Hermione se massant le postérieur en une moue douloureuse.

- P... de b... de livres de m...! grommela-t-elle en commençant à rassembler les ouvrages outrageusement insultés.

Sans un mot, Harry ramassa les livres. Ils traitaient tous de la « Métamorphose quantique et des applications sub-conceptuelles dans le Karma des Analogies antéphysiques du chiasma cartésien et arcanique ».

- Par Merlin, j'ai mal à la tête rien qu'à lire le titre, souffla le Gryffondor.

Puis il réalisa qu'il était en train de parler avec Hermione. Tous les deux. Seuls. Il déglutit avec difficulté et vit qu'Hermione le regardait en se massant le poignet. Elle avait la mine mi-boudeuse, mi-amusée. Harry baissa les yeux aussitôt, incapable de la regarder en face et ses yeux tombèrent sur une paire de lunettes cassées. Il les répara d'un prompt Oculus réparo.

- Tu te souviens ? C'était avec ce même sort que j'ai fait pour la première fois de la magie devant toi, fit doucement Hermione en reprenant les lunettes.

- Depuis quand portes-tu des lunettes ? demanda-t-il étonné.

- Oh ça doit faire deux-trois ans. Je m'en sers surtout pour lire.

Harry, d'un coup de baguette magique, regroupa les livres restés plus haut sur les marches.

- Comment t'es-tu débrouillée pour tomber ainsi ? continua à questionner Harry se sentant obliger d'engager la conversation.

Hermione souleva les livres en affichant une grimace signifiant la légèreté de l'entreprise.

- Cet idiot de chat m'a encore volé ma baguette et j'ai dû transporter ces livres à la main, grogna-t-elle, après il était facile de se rompre le cou dans ces escaliers...

Harry lui arracha les livres d'un coup de baguette magique et par un Locomotor barda, il les descendit dans la bibliothèque, Hermione sur les talons. Il l'aida à ranger les livres sans dire un mot, simplement ravi de rester près d'elle. Il plaça un livre dans une rangée puis s'apercevant qu'il ne l'avait pas assez enfoncé, il voulut le pousser avec sa paume quand il vit Hermione vouloir faire de même. Il retira prestement sa main, évitant de justesse d'effleurer la peau d'Hermione. Harry murmura aussitôt un vague bonsoir et sortit de la pièce.

- Harry, attends ! s'écria-t-elle.

Le jeune homme stoppa, dans l'embrasure de la porte. Il ne se retourna pas.

- Je... je vais voir le professeur McGonagall chez elle, dimanche. Ça te dit de venir avec moi ?

Harry serra les dents, incapable de prendre une décision.

- Ron a déjà promis qu'il viendrait, crut-elle bon d'ajouter. Il a dit qu'il voulait voir si la retraite sied bien à ses rides.

Harry se retourna en souriant à la remarque de leur ami commun :

- Je viendrai 'Mione, ajouta-t-il en la regardant d'un drôle d'air.

La jeune fille lui répondit par un sourire radieux et Harry passa le reste de la soirée de fort bonne humeur...


(1) : Wardônis, racine allemande pour le verbe 'garder'. Le Wardônis ici est le protégé du Protecteur...

N/a : Alors de tout mon cœur : désolée pour ce retard ! (Je me suis laissée quelque peu déborder par une vie professionnelle trépidante…) Un ENORME merci à tous ceux et celles qui ont pris de mes nouvelles et qui m'ont laissé des reviews (réponses sur le forum comme d'hab'). Egalement un gros bisous (bien sonore et légèrement baveux sur les bords) pour mes chères correctrices, Loufoca et Emma, sans qui je n'aurais jamais poursuivi l'écriture de cette histoire. J'espère que ce chapitre vous a plu ! A très bientôt !