Job : Grande soeur à plein temps
Le chemin du lycée jusqu'à leur destination était bruyant. Chamailleries, blagues et potins, le petit groupe avançait à travers les rues de Magnolia avec la discrétion d'un troupeau d'éléphants. Groupe étrange d'ailleurs. Quatre garçons, deux filles. Tous différents à part deux se ressemblant singulièrement. Ceux qui vivaient dans cette rue, la belle allée des Cerisiers qui longeait le parc rempli des-dits arbres, connaissaient parfaitement ces enfants qui passaient tous les jours pour aller à l'école. Oui, tous à l'exception d'une fille. La plus grande - mais de peu - une adolescente avec des yeux de biche et de courts cheveux bleus. Bleu turquoise, ébouriffés, retenus par un bandeau orange jurant avec ce qu'il maintenait en place mais la rendant plus enfantine qu'elle ne le paraissait déjà. La vieille Hilda qui passait la reconnut sans peine cette petite Reby MacGarden, passionnée de lecture et d'arts. Restait à savoir ce qu'elle ici, et avec une telle compagnie.
La plus jeune de la troupe traînait de la patte pour avancer, éreintée par sa journée de primaire. Wendy n'était ni endurante, ni ni excessive mais poussait parfois ses jeux au-delà des limites de son corps. Souvent trop loin pour lui permettre ensuite de suivre les cours et, en l'occurence, grimper aux arbres avec Cherrya et Romeo l'avait épuisée.
« Avance, la mioche. » grogna l'un des garçons.
Ses cheveux ébènes tombaient jusqu'au creux de ses reins à la manière de la chevelure bleu marine de l'enfant mais emmelée comme pas possible, en faisant un tapis noir particulièrement désordonnée. Avec ses yeux rouges et perçants et ses piercings, Gajil Redfox pouvait sans problème impressionner les autres et ne s'en privait pas. Il n'était pas le seul, cependant, à avoir de telles prunelles. Son frère cadet, Rog, les possédaient également mais son regard sans cesse neutre et sombre le faisait paraître bien plus froid et distant encore que son aîné. Âgé de seulement 9 mois de plus, celui-ci partageait la même classe que son "frangin". Tout ça parce que papa et maman aimaient jouer sous la couette. De leurs deux parents, ils avaient eu la toison noire qui les rendaient si différençiables. Celle en bataille de Metalicana pour le premier, celle plus ordonnée de Skyadrum pour le second. Elever leurs deux mômes si turbulents les avait calmés et ils mirent 15 ans à procréer à nouveau.
Côté coiffures en pétard, les deux derniers garçons remportaient le championnat haut la main. Sting Youclif et Natsu Dragnir se disputaient comme à leur habitude, ayant cette fois-ci pour sujet la soit-disant supériorité du blond lors du match de basket de la veille. Ce à quoi s'opposait farouchement le rosé ; jamais il ne perdrait face à son imbécile de cousin. Cependant les paroles du piercé à l'encontre de sa jeune soeur le fit changer de cible et délaissa Sting pour le plus grand d'entre eux. Une espèce de mini-bagarre des plus ridicules prit place sur le bitume entre les deux, où ils furent rapidement rejoints par celui que Barbe à papa - tel qu'on le surnommait - avait laissé se vanter dans son coin et sans spectateur. Les deux bleues les regardaient s'échanger coups et insultes entre deux roulades, l'une blasée et l'autre abasourdie, pendant que le dernier représentant de la gente masculine soufflait son agacement. Son portable choisit ce moment pour vibrer dans sa poche, signalant l'arrivée d'un sms et il s'en saisit afin de le lire. Lorsqu'il eut fini de lire, tous purent voir la grimace qui prenait place sur son visage.
« Maman est à la maison dans une heure. Autant dire que ça à interêt à être propre. »
Les trois autres mâles cessèrent immédiatement leur querelle enfantine pour le regarder avec des orbites en forme de soucoupe volante. Wendy fit alors d'une petite voix :
« Vous avez rangé les restes de votre soirée pizza ? »
Jamais Reby n'avait vu ces trois idiots courir aussi vite et ils disparurent au coin de la rue en les laissant plantés sur le trottoir. Ses yeux verts écarquillés regardaient encore l'endroit où ils se trouvaient quelques secondes auparavant. La fillette à côté d'elle demanda tout de même au brun s'il s'agissait bien d'un message de sa mère.
« Non. » coupa-t-il. « Mais il est hors de question de recevoir une invitée dans la porcherie qu'ils ont mis là-bas. Enfin, ce n'est qu'un semi-mensonge puisque les vieux reviennent bien ce soir. »
Reby sentit ses joues chauffer à l'attention délicate du taciturne. Elle ne lui avait jamais vraiment parlé et découvrait une personne bien plus attentive aux autres qu'elle n'aurait pu le penser. Elle toussota pour dissimuler son malaise et détourna la conversation vers le véritable envoyer du message, le jeune se colorant à son tour. Ne cherchant pas plus loin et ne voulant pas le gêner, elle se tut et tous trois se remirent en route dans un silence apaisant.
La maison devant laquelle ils arrivèrent parut immense à la bleue mais elle se rappela le nombre de personnes y vivant et ne fit pas de remarque. Le petit portillon blanc qui démarquait le jardin fut brusquement ouvert par la fillette qui se précipita sur un chat blanc allongé sur une dalle ensoleillée du chemin allant jusqu'à la porte d'entrée. Elle courut vers Reby avec l'animal se débattant comme un beau diable dans ses bras et les présenta l'une à l'autre. Reby, Carla. Carla, Reby. L'adolescente adorait le caractère simple et naïf de la jeune Dragnir, toujours agréable et serviable. Celle-ci la tira à l'intérieur tandis que Rog fermait le portail que l'enfant avait laissé bailler en grand.
La villa de briques rouges s'ouvrit sur un petit corridor dans les tons crème, chaleureux et sophistiqué à la fois. Quelques clichés étaient encadrés et exposés sur les murs et la jeune fille reconnut sans difficulté ses amis plus jeunes. Natsu déguisé en dragon vert pour le carnaval, Sting avec les deux dents de devant en moins, Gajil et Rog sur une balançoire, Wendy portant la petite chatte dans ses bras... La demoiselle sourit face à toutes ces photos presque ridicules qui pourraient faire tomber définitivement l'image virile qu'ils donnaient au lycée entier. Les quatre terminales avaient été des mômes aussi. Elle ne reconnut cependant pas certaines personnes présentes sur les images. Un couple aux cheveux de jais autour des deux frères qui leur ressemblaient beaucoup trop pour que cela soit une coïncidence. Ou encore cet homme a la courte chevelure rouge en chevalier aux côtés du petit rose et d'une femme au sourire doux, portant des tresses de la même couleur que ceux de l'enfant. Ils entouraient aussi sa soeur sur l'autre photographie. Une autre où les adultes posaient tous ensemble avec quatre autres, trois hommes - un blond, un rouge et un mate aux cheveux blancs, des tatouages dépassant de sa chemise - et une femme plutôt simple et châtain, accrochée au bras du premier. Un dernier cadre attira son oeil. Toutes les personnes qu'elle avait vues se tenaient devant l'objectif, sans doute il y a deux ou trois ans, la seule femme brune du groupe le dos droit et au centre, portant un nourrisson dans ses bras. Absorbée par sa contemplation, elle ne sentit pas Gajil arriver, son frère étant parti s'enfermer dans sa chambre.
« Là. » fit-il en pointant la femme et le bébé. « C'est ma mère, Skyadrum, et mon petit frère Raïos. Ignir et Atlas - qu'ils surnomment tous Flame pour j'sais quelle raison - sont jumeaux et les frères d'mon père. »
« Metalicana ? »
« Ouaip. Ignir est marié à Grandinet qui est la soeur d'ma daronne. Ma tante, quoi. C'sont les parents d'Barbe à papa et d'la naine. Le blond, c'est le paternel d'Sting, Weisslogia, avec sa femme Glare. Mais vu comment elle couve son fils et son mari, on l'appelle "Mother" Glare. C'est aussi la soeur d'mon père et Weiss' est l'aîné d'ma mère. »
« Deux frères et une soeur ont épousé deux soeur et un frère ? Donc vous avez tous des choses à dire sur tout le monde ! » rit Reby. Elle qui était orpheline, une famille aussi étrange la transportait. « Et qui est le dernier ? Celui aux cheveux blancs. »
« C'est la partie la plus dingue d'l'histoire. Ce type s'appelle Acnologia et il a rencontré ma vieille quand z'étaient à l'université, en fac d'lettres. Ils sont dev'nus potes et il s'entendait bien avec sa famille. Du coup, il les a invités à son mariage. Sauf qu'ils ont jamais rencontré la personne avec qui il s'mariait. Bref, le jour d'la cérémonie, les deux côtés d'ma famille se r'trouvent répartis sur les deux bancs du premier rang, un d'chaque côté d'l'allée. Aucun des fiancés n'est là et personne ne comprend vraiment c'qui s'passe. Et c'est là qu'les deux arrivent en s'tenant la main jusqu'à la table du maire. Acnologia et Atlas s'sont mariés et s'sont roulés une pelle monumentale d'vant leurs familles choquées. Résultat, j'ai jamais rencontré mes grands-parents. » sourit-il, littéralement mort de rire. « Par contre, ils se sont tous rencontrés en même temps pendant la fête qui a suivi. »
Reby n'aurait pas pu être plus ébahie. Cette histoire était si fantastiquement romantique qu'elle pourrait sortir d'un livre. Si on exceptait le roulage de galoche. Un coup de foudre entre deux familles liées par le mariage de proches. Elle imaginait déjà la déclaration devant un coucher de soleil sur une plage des Caraïbes.
« J't'arrête d'suite, Crevette. Mon père s'est battu avec Acnologia pour une histoire d'poulet et a renversé la sangria sur Elle. Elle a manqué d'le tuer et il n'a pas arrêter d'l'embêter le reste d'la soirée. Pour le faire taire, elle l'a embrassé et il s'est mis à la draguer lourdement. Loin d'tes contes de fées avec des princes charmants. »
Elle le regarda avec stupéfaction puis se ravisa quant à protester. Il la connaissait trop bien pour qu'elle mente. Cependant... Je n'aime pas vraiment les princes charmants, Gajil. Ses pensées tournaient encore et encore dans son crâne, l'obsédant à un point incroyable. Il gardait toujours cette aura rassurante qu'elle appréciait chez lui. Ce joli conte lui rappelait inévitablement ses propres amours et il en était le centre. Cet exposé avait été le déclencheur et elle avait osé lui proposer leur duo improbable de l'intello à lunettes et de la brute à piercings. 7 ans qu'ils se connaissaient et elle savait toujours aussi peu de choses sur ce qu'il était. Vaguement sa famille, un peu plus ses goûts, pas du tout ses sentiments. Mais malgré tout, elle n'avait pu s'empêcher de tomber amoureuse de ce rebelle la protégeant corps et âme depuis la sixième quand Luxus essaya de la racketter. Au final, il faisait un peu preux chevalier à s'élancer à sa rescousse à chaque fois. Elle tourna son regard amande vers celui qui faisait battre son coeur et se figea face à l'expression sombre qu'il arborait. C'était sa faute. Elle savait ses parents peu présents et qu'il gérait seul ses cousins depuis près de six ans. Une situation douloureuse.
Un léger cri se fit entendre, provenant d'une porte proche d'eux et coupant leurs réflexions respectives. Le brun se reprit et dissimula rapidement sa colère derrière un vague sourire, entrainant la bleue dans la pièce. Un tout petit garçon, ressemblant trait pour trait à Rog, y jouait avec quatre chats de couleurs pour le moins suspectes. Voilà donc le fameux Raïos, le benjamin des Redfox, pensa-t-elle. Elle questionna tout de même son ami sur les animaux. Car si l'un était noir - certes avec une cicatrice sur l'oeil - et un autre roux, les deux derniers semblaient sortir d'un dessin animé, respectivement bleu et rose. Ah non, le chat portait en fait un costume de grenouille bonbon mais son pelage s'orientait plus vers le vert pomme.
« Dans ma famille, tous les mômes reçoivent un chaton à leurs huit ans. Moi, c'est le noir, Panther Lilly. »
« Drôle de nom ! » ricana-t-elle, reconnaissant bien la patte du presque homme. Il donnait déjà des surnoms étranges à tout le monde, elle savait qu'il ignorerait sa remarque.
« Le roux, Lecter, est à Sting et le bleu à Barbe à papa. Happy, franchement... Et l'vert... »
« Rog s'amuse à déguiser son chat ? » explosa la pauvre Reby, pliée en deux face à l'image qui s'imposait dans son esprit.
« C'est une femelle, Frosh, et mon frangin a un sérieux complexe avec ce truc. Mais pour ta question, il y a cinq ans, on a voulu repeindre la chambre de Wendy en deux couleurs. Bleu ciel et pistache. Devine qui a décidé de se jeter dans les pots remplis. J'ai jamais vu deux bestiaux plus idiots que ces deux-là ! »
Les deux partirent aussitôt dans un fou rire des plus incroyables. L'après-midi ne faisait que commencer.
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« C'est comme ça que le magma remonte du manteau supérieur pour devenir de la lave et former les volcans. D'autres questions ? » demanda Reby, épuisée par toutes les explications fournies.
« T'as pas faim ? » soupira le piercé assis à sa gauche et appuyé sur sa main.
Elle souffla à son tour mais le suivit. Ils se trouvaient ici depuis treize heures, avaient à peine avalé un sandwich et foncé bosser. Près de trois heures qu'ils cherchaient des informations sur la formation des volcans et cela ne passionnait ni l'un ni l'autre. Autant dire qu'ils pouvaient se permettre une pause, il ne restait plus qu'à tout coller sur un panneau, puisqu'ils avaient trouvé tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Le bureau que possédait la famille regorgeait d'ouvrages plus ou moins complets sur à peu près tout et n'importe quoi et les avait accueillis à bras ouverts. Dans la cuisine en revanche, ce fut le frigo qui cueilli MacGarden, si grand ouvert qu'elle se le prit dans le front. Natsu, car s'était lui, passa sa tête d'ahuri et s'excusa platement et rapidement avant de filer au salon, un saucisson entre les dents et un pot de Nutella dans chaque main. Elle continuait de frotter son front endolori quand une grosse main s'abattit sur son épaule. Gajil voulait visiblement lui parler.
« Vas t'asseoir avec ces crétins, j'te l'apporte ton chocolat chaud. »
La demoiselle acquiesça et partit dans la pièce à vivre en se tenant la tête. Le rose avait beaucoup plus de force que cela paraissait et elle dut se retenir aux meubles pour ne pas tomber.
Heureusement que les canapés étaient proches. Le salon, à l'instar du reste de la maisonnée, était chaleureux et légèrement rustique avec ses pierres murales décoratives et certains endroits. Trois sofas se partageaient le tapis face à la télévision contre laquelle s'énervaient Natsu et Sting, absorbés par leur jeu vidéo. Elle s'assit à côté de Wendy, totalement hypnotisée par les multiplications à deux chiffres qu'elle devait résoudre pour le lendemain. Insensible à la tension ambiante, Rog lisait un magazine, allongé seul sur le dernier divan, l'un occupé par les deux joueurs de Mario Kart et l'autre par les cahiers divers de la petite bleutée. Étalé sur le sol, le plus jeune Redfox tendait ses petites menottes vers la lycéenne, enfin assise et distraite par sa bosse. L'enfant avait été complètement délaissé par les animaux roulés en boule plus loin, ayant tous choisi de dormir. Reby le prit sous les bras et l'amena sur ses genoux. Le garçonnet gazouillait gaiement en mordillant le pouce de son « fauteuil » qui aidait la plus jeune - et la seule - fille. Gajil revint à ce moment, chargé et presque abasourdi par le spectacle. Il posa le plateau qu'il portait sur la table basse et se tourna en direction de son amie une fois assis au sol. Son sourire amusé éclairait son visage tandis que Raïos s'accrochait à une des mèches échappées de son bandeau. Le morpion passait son temps à hurler à tort et à travers de la maison mais il se taisait dès qu'il y avait une jolie fille ? Quel chieur, franchement.
« C'est drôle. » fit Sting, le sortant de ses pensées. « Y a qu'avec sa mère et Yukino qu'il est comme ça. D'habitude, il crie à la mort comme un sanglier qu'on égorge. »
Reby le regarda avec des yeux étonnés. Ce petit bout de chou serait un monstre ? En le voyant jouer aussi innocemment, elle avait du mal à le croire.
« Sa mère, c'est logique. » pointa Natsu. « Mais p'têt qu'il est gentil seulement avec les copines de ses frères. »
Il n'aurait pu jeter un froid plus intense sur l'assemblée assez restreinte, vu les regards exorbités des autres. Il ne le remarqua pas jusqu'à comprendre que, si Mario ne bougeait plus à l'écran, c'était car son partenaire de course, un certain blond, avait tout simplement lâché sa manette. Et était littéralement plié en deux au milieu des coussins à étouffer ses rires et se contentant de lancer quelques oeillades narquoises aux deux concernés, complètement rouges. Des poivrons auraient déclaré forfait.
« Ooh. » roucoula le fils de Weisslogia. « Mais quelle merveilleuse idée as-tu eu là, Natsu-san ! »
« En même temps, » remarqua la Dragnir. « il n'est pas ainsi avec Minerva ou Lucy. »
« C'est exactement ce que je me disais. » sourit son aîné.
Youclif avait immédiatement cessé de rire après les remarques de la fratrie Dragnir sur sa chère amie et grommela qu'ils ne faisaient qu'un échange de bons procédés, ce qui dit rougir les filles et lever les yeux au plafond à ses cousins. Mais les Redfox ne l'entendaient pas de cette oreille et - au lieu de dévier la conversation - tentèrent de faire comprendre fermement leur façon de penser.
« La Crevette n'est pas ma copine ! »
« C'est ça, on va te croire. » cassa l'élève de primaire, Sting écroulé sur la table à se tenir l'estomac entre les tasses de boissons chaudes.
La concernée regardait tout le cirque qu'ils faisaient d'un oeil attendri en buvant son chocolat qu'elle avait réussi à sauver des coudes du seul enfant unique de la famille avec elle. Elle, elle savait. Il n'étaient pas qu'une espèce de cousinade, ils ressemblaient bien plus à un groupe d'amis. Gajil qui veille sur tout le monde, Wendy qui met de la joie dans leur vie, Natsu l'éternel gamin, Sting le grand séducteur de ces dames, Rog le loup solitaire. Enfin plutôt avec un visage catastrophé. Ses yeux avaient passé en revue toutes les personnes présentes mais le faciès choqué qu'il affichait attira plus que son regard à elle.
« Rog, qu'est-ce qu'il y a ? » questionna le second brun de la pièce ayant la capacité de parler.
Reby vit finalement ce qu'il fixait depuis plusieurs minutes déjà. L'écran lumineux de son portable commençait à faiblir dans sa main quand il se leva précipitamment et courut dans l'entrée, laissant les autres en plan et sans répondre à la question posée. Il se dépêchèrent donc de le suivre pour le retrouver chaussé, en train d'enfiler sa veste avec empressement. Son aîné s'avança et reposant sa question une nouvelle fois, bien plus inquiet. Et il obtint réponse.
« Maman est bloquée à Onibus par une tempête qui se dirige droit sur nous. »
« Magnolia en a vue d'autres. Pourquoi tu t'énerves ? »
« Parce que Yukino devait venir ici ! » explosa-t-il. « Et qu'à cette heure, elle doit déjà être partie de l'internat. »
Un silence de mort tomba à nouveau mais Gajil le coupa bien vite.
« J't'accompagne. Les aut', restez ici. »
Malgré les protestations de tous les adolescents, le noiraud s'habilla à son tour en quatrième vitesse et ouvrit la porte. Des trombes d'eau tombaient du ciel, presque noir. Les éclairs zébraient l'air lourd et humide et le vent tordait les arbres dans tous les sens, ils semblaient pouvoir se briser d'une simple pichenette. Le spectacle était d'autant plus affolant lorsque la blanche se trouvait sans doute être au milieu du danger. Les deux bruns sortirent rapidement - et prudemment - du logis et s'engagèrent dans le typhon sur un bref « On r'viens. ». Reby eut juste le temps d'entendre le plus âgé des deux lui murmurer à l'oreille.
« J'te les laisse, Crevette. Prends-en soin, ils sont d'ma famille adorée après tout. »
Le coeur de la jeune fille rata un battement. Même si sa famille représentait une énorme partie de lui, il refusait toujours de dire à quel point il tenait à elle. Lui avouer la gonflait d'amour et de bonheur. Elle suivit leurs silhouettes dans la nuit tombante jusqu'à ne plus rien voir et fit alors rentrer le reste du groupe à l'intérieur. Il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre.
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La bleue avait prévenu l'internat du lycée où elle logeait depuis son entrée dans l'établissement dirigé par M. Drear et faisant office d'école, de la primaire jusqu'au baccalauréat. Un simple ses était plus sûr qu'un appel par ce temps. Trois heures qu'ils s'étaient enfermés et attendaient, Wendy collée à la baie vitrée donnant sur la rue, Sting tournant en rond tel un lion en cage, Natsu engloutissant divers aliments tels le tabasco ou les roulés à la framboise et Raïos machônnant l'un des doigts de Reby qui tentait vainement de se concentrer sur son livre. Trois heures qu'ils n'entendaient dans la pièce que le tic-tac de l'horloge, que les ronronnements des chats et que les gazouillis du mini-Redfox. La situation aurait pu empirer qu'ils n'en sauraient rien. Où diable étaient donc ces deux-là ? Et Yukino, allait-elle bien ? Avant que l'électricité ne soit coupée dans toute la ville, ils avaient eu le temps de lire l'e-mail envoyé par Minerva depuis sa chambre sur l'ordinateur d'Eucliffe.
« Nous sommes tous à l'intérieur des bâtiments, dis à Natsu que sa blondinette va bien, elle trouve même la force de râler. Je crois que Yukino est partie, comme sa soeur, il y a pas mal de temps. T'as de ses nouvelles ? »
Autant dire que cela les avait assez peu rassurés. Le destinataire de ces mots les retournaient dans sa tête depuis qu'il les avait lus quand, soudainement, la porte d'entrée claqua durement contre le mur, secouant toute la baraque et réveillant ses habitants. Le vent hurlait dans la totalité du rez-de-chausséeet l'un des hommes entrés mit toute sa force pour fermer le panneau de bois. Les habitants vinrent à leur rencontre dans le noir mais reconnurent rapidement leurs amis. Un soupir de soulagement résonna dans le hall. Tandis que Sting prenait leurs manteaux pour les étendre, Wendy câlinait le pauvre Gajil, bien gêné. Pressée contre Rog, Yukino essayait laborieusement de remettre ses cheveux neige en place, sa petite broche en forme de rose qui s'y trouvait habituellement, dans sa main. Ses rougeurs ne disparaissaient pas, elle restait d'ailleurs accrochée au pull trempé de son ami brun pour les camoufler. Son aîné ricana en pointant le fait qu'ils ne s'étaient pas lâchés du voyage. Il raconta, une fois assis dans le salon et pour le grand malheur des concernés, qu'ils ne l'auraient jamais trouvée si son jeune frère n'avait pas, de rage, explosé à coups de pieds la vitrine du magasin dans lequel elle se cachait. Il s'exclaffa en repensant au cri aigu qu'elle avait poussé. Tout était bien qui finissait bien, donc. Tous se reposer et, le temps les ayant grandement fatigués. Raïos fit savoir à cet instant, et avec fracas, qu'il voulait manger mais refusa formellement de quitter les genoux de la première invitée qui prenait des nouvelles de l'aînée des Agria. Celle-ci devait sans doute être chez son petit-ami plus ou moins gothique vivant à l'autre bout de la ville avec ses deux meilleurs amis.
« Tu sais ce qu'il veut dire là. » murmura Rog à son amie qui acquiesça de la tête. Elle-même avait connu venant du bambin l'acceptation dans sa fratrie. Il la considérait comme sa soeur.
« Je crois qu'il te dit bienvenue dans la famille. » rit Gajil à l'oreille de la concernée.
Le sourire radieux qu'elle ne tentait même pas de cacher se fit contagieux et prit alors tout le monde au visage.
