Merci à Lereniel, Julindy et Maman Bouba pour leurs reviews. Et merci à Julindy et Naheiah pour avoir mis ma fic en Alert.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Le Hobbit ne m'appartient pas, tout est à Tolkien sauf les personnages de Niphredil, Clara et Naurendil, ils sont sortis tout droit de mon imagination.
Chapitre 11 :
Lacville
Une fois les ordres transmis à son fils, Thranduil partit à travers les couloirs de son palais. Les paroles de l'orque qu'il avait décapité résonnaient encore dans sa tête.
« Les flammes de la guerre vous guettent. »
« Mon maître sert L'Unique… »
Des souvenirs d'un autre Âge remontèrent à la surface. La guerre, la dernière Alliance des Hommes et des Elfes contre Sauron… Son père, qui commandait ses troupes en les menant au combat… Des flammes, des cris d'agonie…
Le roi du royaume sylvestre baissa les yeux, repoussant ces horribles souvenirs dans un recoin de son esprit.
Les gardes le regardèrent passer sans broncher, mais le roi vit clairement de la surprise dans leurs yeux. Pourquoi leur souverain prenait-il le chemin des cellules souterraines ?
Arrivé en bas, Thranduil poussa un soupir. Ici, l'obscurité était si dense qu'elle semblait presque palpable. Ses yeux d'elfe s'accoutumèrent rapidement à l'obscurité. Il balaya l'espace du regard. La cellule qu'avait occupé Niphredil était vide, désespérément vide.
Dire qu'elle avait séjourné ici, celle qui lui avait redonné l'espoir de nettoyer son royaume de la menace de l'Ombre.
Niphredil.
Cette fille, sous ses dehors sage et discrète, qui avait osé lui hurler ses considérations à la figure. Il ne put s'empêcher de la comparer à un diamant. Un diamant froid comme la glace, étincelant de vérité, rare et précieux. Ses poings se crispèrent sous l'effet de la frustration. Comment avait-elle fait pour s'échapper de sa cellule ? Comment les nains avaient-ils pu s'enfuir ?
Cela ne pouvait être que Naurendil. Bien sûr ! Il avait profité de son amitié avec le gardien des clés pour le pousser à boire du miruvor. Puis il l'avait rejointe devant sa cellule et l'avait aidée à en sortir. Ensemble, ils avaient ensuite libéré les nains et choisi de s'évader par la rivière tous ensemble, dans des tonneaux.
Maudit soit ce stupide elfe ! Je n'aurais pas dû le bannir, mais le tuer !
Évidemment, c'était trop tard maintenant. Legolas avait fait son rapport : Naurendil avait quitté le royaume.
Et Thranduil avait beau avoir ordonné à son fils de faire sceller les portes du palais, il doutait que cela suffise, avec ce qui les attendait.
Le pouvoir de cette fille aurait été plus qu'utile pour les protéger, si jamais les menaces de l'orque devenaient réalité.
Maintenant, elle était en route pour la Montagne Solitaire.
Idiote ! Tu aurais mieux fait de rester ici, en sécurité, à me servir et à protéger mon royaume, plutôt que d'aider ce nain dans une quête perdue d'avance.
Sur ces dernières pensées, le roi reprit le chemin de ses appartements.
XxXxXxXxXxXxX
Le voyage en bateau s'écoulait en silence. Parfois, on entendait le clapotis de l'eau contre la coque.
La brume s'était levée. Tandis qu'ils évoluaient sur l'eau, Niphredil sentit le froid envahir l'air. Elle sourit en sentant la présence de la glace dans l'eau. Ici, au moins, elle n'aurait pas à faire trop d'effort pour cacher ses pouvoirs, dans cette atmosphère glaciale !
« Attention ! » cria soudain Bofur, à la proue du navire.
Un bloc de pierre venait d'apparaître devant eux. Des ruines inondées se dressèrent autour du bateau. Debout à la poupe, les mains autour du gouvernail, le batelier esquivait habilement les obstacles.
« Qu'essayez-vous de faire ? Nous noyer ? » dit Thorïn.
« Je suis né et ai grandi sur ces eaux, maître nain. Si je voulais vous noyer, je ne le ferais pas ici », dit le batelier.
« Il m'énerve, cet insolent homme du Lac. Jetons-le à l'eau et finissons-en », dit Dwalïn.
« Bard. Il s'appelle Bard », intervint Bilbon.
« Comment le savez-vous ? » demanda Bofur.
« Je lui ai demandé. »
« Peu importe son nom, je ne l'aime pas », dit Dwalïn.
« On n'a pas à l'aimer. Il suffit de le payer », dit Balïn, assis devant une caisse et comptant des pièces. « Allez, les gars. Videz vos poches. »
Tandis que les nains s'exécutaient, Dwalïn s'approcha de Thorïn.
« Comment nous assurer qu'il ne nous trahira pas ? » demanda Dwalïn.
« Aucune idée. »
Balïn compta les pièces puis dit : « Il y a un problème. Il manque dix pièces. »
Thorïn croisa les bras.
« Gloïn. Allez, donne ce que tu as », dit le roi.
« Oublie-moi ! Cette aventure m'a mis sur la paille. Que m'a rapporté mon investissement ? »
Les nains perdirent le fil de ses paroles en apercevant quelque chose au loin qui les fit tous se lever. Niphredil suivit leur regard et sourit.
À l'horizon se dressait la Montagne Solitaire. Elle semblait encore plus proche que lorsque Bilbon et elle l'avaient aperçue depuis les arbres de Mirkwood.
« Par ma barbe ! » dit Dwalïn.
Devant ce spectacle, Gloïn sortit sa bourse et la donna à Balïn en lui disant de tout prendre.
Bard s'approcha d'eux avec l'air inquiet.
« Donnez-moi l'argent, vite ! »
« Nous vous paierons une fois la livraison effectuée ! » dit Thorïn.
« Si vous tenez à votre liberté, faites ce que je vous dis. Il y a des gardes », dit Bard.
Tous se retournèrent en entendant des éclats de voix. La brume se dissipa, laissant apparaître un petit port monté sur pilotis. Des pêcheurs s'activaient, certains occupés à tirer des filets, d'autres à entretenir leurs cannes à pêche ou mettre des poissons sur des crochets suspendus à des fils.
Les nains n'hésitèrent plus et passèrent l'argent à Bard. Puis ils se dépêchèrent de rentrer dans leurs tonneaux.
« Et vous ? Vous n'avez pas de tonneau ? » dit Bard à la jeune fille, qui n'avait pas bougé.
Celle-ci sourit puis mit un index devant ses lèvres, avant de tendre le bras et tournoyer sur elle-même. De la glace se détacha de l'eau du lac pour tourbillonner autour d'elle avant de la faire disparaître.
Bard ouvrit des yeux ronds devant un tel spectacle, quand il vit que l'embarcadère du port se dressait devant lui. Il se dépêcha de stopper son bateau puis sauta sur le pont et s'approcha d'un homme.
« Qu'est-ce qu'il fait ? » demanda Dwalïn.
« Il parle à quelqu'un », dit Bilbon, en regardant depuis un trou dans son tonneau. « Et il nous pointe du doigt. Maintenant, ils se serrent la main ! »
« Le scélérat ! Il nous vend ! » dit Dwalïn.
« Non, vous en faites pas, j'entends ce qu'ils disent ! » dit Niphredil.
« Ils parlent de quoi ? » demanda Thorïn.
« Euh… Vous n'allez pas aimer », dit la jeune fille.
« Quoi ? »
Niphredil n'eut pas le temps de lui répondre. Un bruit de métal résonna, puis des poissons se mirent à tomber dans les tonneaux, sur les nains et le Hobbit qui émirent des cris de protestation étouffés.
Le bateau reprit sa route peu après la transaction finie. Une fois loin du port, Niphredil redevint visible et regarda les tonneaux avec un sourire navré. Elle pouvait entendre ses amis continuer de gémir.
« Ça pue ! » gémit Dori.
« C'est infect ! » gémit Bilbon.
« Navrée pour vous, les gars ! » dit la jeune fille.
« Silence ! » dit Bard en donnant un coup de pied dans le tonneau le plus proche. « Et vous, j'ignore comment vous faites, mais dépêchez-vous de redevenir invisible ! Nous approchons de la douane. »
Niphredil obéit et remit son voile de glace. Elle plaignit les nains de ne pas voir Lacville qui approchait, car le spectacle en valait la peine.
La ville entière était bâtie sur le lac. Les maisons avaient des toits de tuile ou de chaume, des tours et des murs se dressaient tout autour. Les rues étaient traversées en bateau.
La jeune fille ne put s'empêcher de comparer cette ville à Venise. Peut-être avait-elle ressemblé à ça, aux temps anciens ?
« Halte ! Contrôle du chargement ! Documents, s'il vous plaît » cria un homme posté à une tour de guet près de la grille d'entrée de la ville.
Il descendit l'escalier, une lanterne à la main, tandis que Bard approchait son bateau.
« Oh ! C'est toi, Bard ! »
« Bonjour, Percy. »
« Rien à déclarer ? »
« Rien, sinon que je suis gelé et fatigué. Et pressé de rentrer », dit Bard en lui tendant un papier.
« Et moi donc », dit Percy en rentrant dans son bureau.
Une fois tamponné, il revint vers Bard.
« Et voilà. Tout est en ordre. »
Il tendit le papier quand une main à côté de lui s'en empara.
« Pas si vite ! » dit un petit homme vêtu de riches atours noirs.
Niphredil fronça des sourcils. Cet homme-là… avait tout l'air d'un sournois qui aimait fureter partout.
« Tonneaux vides provenant du Royaume des Forêts. Mais… ils ne sont pas vides », dit le petit homme en s'approchant du bateau.
Niphredil s'aperçut que des gardes vêtus d'armures avec des capes rouges suivaient l'homme aux allures de fouine.
« Pas vrai, Bard ? Je crois savoir que tu es enregistré comme batelier », dit l'homme en montant à bord, près d'un des tonneaux. « Pas comme pêcheur », dit-il en sortant un poisson, laissant apparaître l'œil de Bombur en dessous.
Niphredil se raidit. Oh non, ça ne présageait rien de bon !
« Ça ne vous regarde pas », dit Barde.
« Non. Ça regarde le Maître, donc ça me regarde », dit l'homme-fouine, comme Niphredil avait décidé de le surnommer.
« Allez, Alfrid, un peu de cœur. Les gens ont faim ! » dit Barde.
« Ces poissons sont illégaux », répliqua l'homme, avant de jeter à l'eau celui qu'il tenait. « Videz ces tonneaux », dit-il aux gardes.
« Vous l'avez entendu ? Dans le canal », dit le chef des gardes, un gros roux barbu.
Ses hommes et lui montèrent à bord et commencèrent à bouger les tonneaux. Niphredil sentit la panique la gagner. Oh non ! Que faire ? Devait-elle se manifester ? Elle tendit doucement les mains et fit apparaître du gel autour de chaque tonneau, le rendant difficile à détacher du sol.
« Les gens sont aux abois. Les temps sont durs. La nourriture est rare », dit Bard.
« Ce n'est pas mon problème », dit Alfrid.
« Quand on saura que le Maître jette des poissons à l'eau, et que les émeutes éclateront… ce sera votre problème », dit Bard.
Le visage d'Alfrid se décomposa.
Dépêche ! Dépêche ! Dépêche ! pria Niphredil.
Les gardes avaient déjà réussi à faire pencher deux tonneaux vers l'eau et les poissons tombaient dedans à toute vitesse.
« Arrêtez ! » dit le petit homme-fouine.
Il regarda Bard avec de la haine dans les yeux. « Toujours à défendre le peuple Bard. À protéger les petites gens. Ils t'apprécient, mais ça ne durera pas », dit-il avant de retourner sur le pont de la douane.
« Levez la herse ! » cria Percy.
« Le maître t'a à l'œil ! Tâche de t'en souvenir. On sait où tu habites », dit Alfrid, tandis que le bateau se remettait en route.
« C'est une petite ville, Alfrid. Tout le monde sait où tout le monde habite », dit Bard.
Le bateau continua sa route à travers les rues de Lacville. Niphredil plissa le nez. L'endroit sentait fort le goudron, le bois humide, le poisson et les ordures.
Et dire que je trouvais que le terrier des Trolls sentait mauvais ! pensa la jeune fille.
Les rues grouillaient de gens transportant des paniers de provision, des sacs ou des filets de pêche.
Une fois le bateau amarré, Bard commença à basculer les tonneaux, renversant les poissons par terre et libérant les nains. Arrivé près de celui de Dwalïn, le nain sortit la tête du poisson et l'avertit de ne pas l'approcher.
Bard obtempéra. Les autres nains sortirent seuls de leurs tonneaux. Niphredil préféra ne pas se montrer tout de suite, car un vieil homme les regardait avec l'air surpris.
Bard lui donna deux pièces et lui dit de garder le silence. Il lui offrit même le poisson.
« Restez groupés. Suivez-moi », dit Bard.
Bilbon regarda autour de lui avec l'air intrigué et surpris.
« Quel est cet endroit ? » demanda-t-il.
« Ça, maître Sacquet, c'est le monde des Hommes », dit Thorïn en se mettant en route le premier, suivi des autres.
Toujours invisible, Niphredil les suivt en regardant autour d'elle.
« Baissez la tête et avancez », dit Bard.
Bilbon ne pouvait s'empêcher de regarder autour de lui. Un homme transportait un cochon dans ses bras, d'autres s'affairaient à transporter des caisses de poissons vers une maison pour le stocker ou un étal pour le vendre, des femmes secouaient du linge à leur fenêtre, des enfants couraient au milieu des adultes en riant aux éclats…
« Halte ! » cria un garde.
Bard se figea.
« Fuyons ! Vite ! » dit Thorïn.
En voyant les nains et le Hobbit courir vers le bout de la rue, le garde courut vers eux en criant : « Au nom du Maître de Lacville, j'ai dit halte ! »
Impuissant, Bard regarda le groupe s'enfuir entre les étals du marché, vers une allée sur la gauche. Mais un garde les attendait au bout. Thorïn ordonna de faire marche arrière, mais les nains étaient en file indienne dans un passage étroit.
Et déjà, deux gardes accouraient pour les capturer. Niphredil tendit la main et gela le sol sous les pieds de l'homme venant vers eux depuis le marché. Il glissa au sol et sa tête heurta une table, le faisant tomber au sol inconscient.
Le second qui vint de la droite entre deux étals reçut une planche en bois de la part d'Ori. Celui qui arriva devant l'avant de la file reçut un croche-pied de Balïn et tomba au sol. Un autre reçut un coup de rame dans la figure. Fili et Kili saisirent une corde au sol et firent un croc-en-jambe à un autre garde.
Nori saisit même une poêle pour l'assomer, tandis que Dwalïn administra un coup de poing à un autre.
Impuissant, Bard les regarda faire. Il n'aurait jamais osé faire ça, mais il devait avouer que ce n'était que justice, compte tenu de la tyrannie que le Maître exerçait sur la ville.
Mais un attroupement ne tarda pas à se faire. Des marchands, curieux et intérieurement réjouis de la scène, durent se séparer en voyant d'autres gardes arriver en masse.
Dwalïn se dépêcha de traîner le corps de son garde assommé sous une table. Les nains firent glisser les corps plus au centre de l'allée puis se cachèrent. Heureusement, leur petite taille jouait en leur faveur.
Mais les gardes approchaient, méfiants devant cet attroupement et alertés par le bruit.
« Que se passe-t-il ? » demanda leur chef, un grand barbu aux cheveux blond-roux.
Toujours caché, Thorïn serra plus fort le bâton qu'il tenait dans ses mains et lança un coup d'œil à Balïn, armé d'une rame.
« Que personne ne bouge », dit Braga en s'approchant de l'allée.
Bard décida de faire diversion. L'air décontracté, il sortit de l'allée jusqu'à se retrouver face à l'homme.
« Braga ! Désolé », dit-il.
« Toi… » dit Braga sur un ton menaçant. « Qu'est-ce que tu manigances, Bard ? »
« Moi ? Rien. Rien du tout. »
Une femme herboriste regardait Bard, quand elle vit que le garde évanoui à ses pieds derrière sa table commençait à se réveiller.
L'air de rien, elle fit bouger son bras gauche vers un des pots de plantes… et le fit tomber sur la tête du garde, qui retomba aussitôt dans les vapes.
Alerté par le bruit, Braga se rapprocha de l'endroit où se cachaient les nains.
La femme se dépêcha d'étaler des pots autour de l'homme pour le cacher, tandis qu'un marchand près d'une autre table posa un grand panier devant la tête d'un garde qui dépassait du meuble. Braga ne vit donc rien.
« Eh, Braga ! » dit Bard.
Il brandit une espèce de corset de dentelle blanche énorme, assez gros pour une femme avec une bonne grosse poitrine… voir une avec le corps ayant les mêmes proportions que celui d'un hippopotame.
« Cela irait bien à votre femme », dit Bard.
Braga s'approcha de lui avec l'air surpris.
« Vous connaissez ma femme ? »
« Comme tous les hommes de cette ville, oui. »
Furieux, Braga lui arracha le vêtement des mains puis s'éloigna avec ses gardes.
Soulagé, Bard se remit en route à travers les petites rues, suivi des nains et de Niphredil toujours invisible.
Bientôt, un jeune garçon aux cheveux bruns bouclés courut à la rencontre de Bard.
« Papa ! Notre maison est surveillée ! » dit le garçon.
Celui-ci regarda autour de lui avec inquiétude, puis donna des instructions aux nains pour suivre un autre chemin.
Niphredil décida de continuer de suivre Bard et son fils. Ces derniers prirent des paniers de provision puis grimpèrent un escalier pour arriver devant la porte d'une maison.
Le garçon entra le premier. Bard allait suivre, quand il se pencha au-dessus du balcon et siffla deux hommes occupés à pêcher en dessous. Il lança un fruit à l'un d'eux.
« Dites au Maître que j'ai fini ma journée », dit-il avant d'entrer.
Une fois à l'intérieur, Niphredil vit une petite fille d'une dizaine d'années abandonner le lit qu'elle faisait pour courir serrer Bard dans ses bras.
« Papa ! Où étais-tu ? » demanda la fillette.
Une autre, une adolescente, arriva à son tour.
« Père, te voilà ! Je m'inquiétais », dit-elle en le serrant à son tour dans ses bras.
« Tiens, Sigrid », dit Bard en lui donnant son sac, avant de regarder à la fenêtre. « Baïn, fais-les entrer. »
Le garçon descendit les escaliers menant dehors, puis se dirigea vers le cabanon servant de latrines. Il cogna contre un des murs. Niphredil le suivit et fit la grimace en voyant la tête de Dwalïn sortir par la cuvette des toilettes.
« Si tu en parles à quelqu'un, je jure que je t'arrache les bras ! » dit Dwalïn d'une voix étouffée par la colère.
Baïn tendit la main pour l'aider, mais le nain le repoussa et sortit seul, bientôt suivi par tous les autres. Un à un, les nains montèrent l'escalier.
Curieuse, Sifrid, les regarda monter avec l'air intrigué.
« Papa, pourquoi des nains sortent de nos latrines ? » demanda la jeune fille.
« Est-ce qu'ils portent chance ? » demanda la plus jeune, avec l'air émerveillé.
Une fois tout le monde dans la maison, Baïn referma la porte. Niphredil ôta le voile de glace qui la rendait invisible. Les trois enfants sursautèrent. Tilda parut encore plus émerveillée en la voyant.
« Vous êtes une elfe ?! » dit-elle, fascinée.
« Plutôt une magicienne de l'hiver. Enchantée », dit la jeune fille en souriant à la fillette, qui lui rappelait sa sœur Clara.
Sifrid se dépêcha de sortir des couvertures et des manteaux chauds qu'elle et sa sœur se mirent à distribuer aux nains, ainsi que des tasses de boisson chaude.
« Ils ne sont pas vraiment à votre taille, mais ça vous tiendra chaud », dit Bard.
Sifrid s'approcha de Niphredil pour lui donner une tasse. La jeune fille la remercia et commença à boire. Il s'agissait d'hypocras, du vin sucré mélangé à de la cannelle et du girofle.
De son côté, Tilda ne pouvait détacher ses yeux de la jeune fille. Sifrid l'imita et jaugea cette mystérieuse jeune fille. Tilda n'avait pas tort, ce beau manteau, cette bague et ce médaillon que la jeune fille portait étaient dignes du travail des elfes. Elle l'enviait, elle ressemblait vraiment à une princesse de l'hiver. Sa chevelure blanche ne faisait que souligner la jeunesse et la beauté de ses traits.
« Vous êtes une princesse elfe ? » demanda la fillette.
Amusée par la curiosité enfantine de l'enfant, Niphredil secoua la tête.
« Non, je ne suis pas une princesse, mais j'ai vécu parmi les elfes pendant un temps. »
« Oh ! Et c'est comment, chez eux ? Est-ce que c'est vrai qu'ils ont des pouvoirs ? Ils peuvent créer des sacs de pièces d'or ? Ce sont eux qui vous ont appris à faire de la magie ? »
« Tilda ! Arrête de l'embêter avec tes questions et laisse-la boire tranquillement ! » dit Sifrid.
« Ce n'est rien, elle ne me dérange pas. Et pour répondre à tes questions, Tilda, oui, les elfes ont des pouvoirs. Mais non, ce ne sont pas eux qui m'en ont donné. J'ai ça dans le sang. »
« Vous pourriez faire un autre tour, s'il vous plaît ? »
Niphredil interrogea Bard du regard. Ce dernier observait tous ses invités avec l'air vigilant, signe d'un père veillant constamment à la sécurité de ses enfants. Voyant qu'il ne semblait pas trop réticent, la jeune fille posa la tasse à ses pieds puis tendit les mains. Des nuages de cristaux de glace apparurent dans ses mains, formant des courbes gracieuses évoquant des plantes. Puis Niphredil forma une boule de neige dans ses mains qu'elle façonna de manière à faire un lapin. Puis elle souffla dessus. Le lapin sauta de ses jambes et se mit à gambader autour de Tilda, qui le regarda en riant jusqu'à ce qu'il disparaisse.
Puis Niphredil tendit la main et souffla. Une sphère de glace lumineuse sortit de sa main et vola jusqu'aux cheveux des deux jeunes filles pour y faire apparaître deux couronnes de fleurs en cristal. Puis elle fit de même avec Bard, faisant apparaître un fin diadème elfique sur sa tête.
« Noble seigneur, gentes dames », dit Niphredil en esquissant une courbette.
Les trois enfants lui répondirent par un grand sourire avant de retourner vaquer à leurs occupations tout en gardant fièrement leurs « joyaux » sur la tête.
« C'est moi qui ai le plus beau des diadèmes ! » dit Tilda.
« Qu'est-ce que tu racontes ? Le mien est le meilleur », dit Baïn.
Une fois partis, Bard s'approcha de la jeune magicienne en souriant.
« Vous semblez vous y connaître avec les enfants », dit-il.
« J'ai un petit frère à Fondcombe, alors c'est vrai, je sais comment m'y prendre », dit Niphredil, en pensant à Estel.
Bard n'eut pas le temps d'enchaîner avec une autre question, car il venait d'entendre une autre discussion intéressante près d'une fenêtre de la maison donnant sur une des tours de la ville où une grande arbalète était visible.
« Une arquelance de Nains » dit Thorïn.
« On dirait que vous avez vu un fantôme », dit Bilbon en sirotant sa tasse.
« C'est le cas. La dernière fois qu'on a vu cette arme, une ville était en feu », dit Balïn. « Le jour où le dragon est venu. Le jour où Smaug a détruit Dale. Girion, le seigneur de la ville, a envoyé les archers tirer sur la bête. Mais les dragons ont le cuir dur. Plus dur que la meilleure armure. Seule une Flèche Noire tirée par une arquelance pouvait le transpercer. On avait fabriqué très peu de ces flèches. La réserve s'épuisait. Girion fit une ultime tentative », dit Balïn.
« Mais il l'a manqué », devina Niphredil.
« Si les Hommes avaient atteint leur cible, ce jour-là, tout serait différent », dit Thorïn.
Bard s'approcha d'eux avec l'air intrigué.
« Vous parlez comme si vous y étiez. »
« Tous les nains connaissent l'histoire », Thorïn.
« Vous savez donc que Giron l'a touché et délogé une écaille sous l'aile gauche. Un dernier tir et il aurait tué la bête », dit Baïn.
« C'est une fable, petit. Rien de plus », dit Dwalïn.
Thorïn s'approcha de Bard.
« Vous avez pris l'argent. Où sont nos armes ? »
« Attendez ici », dit Bard avant de sortir.
Une fois seuls, les nains, le Hobbit et la jeune fille se mirent à parler entre eux.
« Demain, l'automne tirera à sa fin », dit Thorïn.
« Le jour de Durïn tombe après-demain. Il faut atteindre la montagne avant », dit Balïn.
« Et si on n'y arrive pas ? Si on ne trouve pas la porte secrète à temps ? » dit Kili.
« La quête aura été vaine », dit Fili.
Bard revint avec un long paquet enveloppé dans du tissu. Il le déposa sur la table et le déballa. Des harpons et des marteaux apparurent.
Les nains parurent déçus.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Thorïn en prenant ce qui ressemblait à une gaffe.
« Une fourchecroche. Un harpon recyclé. »
« Et ça ? » demanda Kili en attrapant une espèce de marteau au bout d'une lance.
« Un brisoir. Fait avec un marteau de forgeron. C'est lourd, certes, mais pour défendre vos vies, ce sera mieux que rien »
« On a payé pour des armes », dit Gloïn avec lenteur, comme s'il s'adressait à un débile mental. « Des épées et des haches forgées ! »
« C'est une blague ! » s'écria Bofur, énervé.
Les nains reposèrent les « armes » sur la table.
« Vous ne trouverez mieux qu'à l'arsenal. Toutes les armes forgées y sont sous clé », répliqua Bard.
« Thorïn, prenons le tout et partons », dit Balïn, toujours diplomate. « Je m'en suis sorti avec moins que ça. Et toi aussi. Maintenant, allons-nous-en. »
« Vous n'irez nulle part », dit Bard.
« Qu'avez-vous dit ? » demanda Dwalïn, menaçant.
« Des espions surveillent la maison et tous les quais de la ville. Attendez la nuit », dit Bard, avant de sortir prendre l'air.
Résignés, les nains trouvèrent chacun un endroit où s'assoir, soit autour de la table, soit sur une chaise.
Kili garda l'une des armes pour s'en servir comme appui afin de s'assoir près d'une fenêtre sans trop souffrir.
Niphredil s'approcha de lui. La blessure n'avait pas meilleure mine.
« J'aimerais pouvoir vous aider », dit la jeune fille.
« Oh, ce n'est rien, je vous l'ai déjà dit ! »
« Vous mentez. Vous êtes aussi pâle que moi, et vous transpirez… Vous êtes brûlant », dit la jeune fille en lui touchant le front. « Sifrid ? »
« Oui ? »
« Vous auriez une bouteille d'alcool et un linge propre pour que je puisse soigner mon ami ? »
La fille aînée de Bard se dépêcha d'apporter le tout. Niphredil dénoua le tissu autour de la plaie du nain puis versa le liquide sur la plaie. Kili poussa un cri. Fili s'approcha pour serrer l'épaule de son frère.
Une fois la plaie nettoyée, Niphredil fit la grimace. La peau était noire, le poisson avait commencé à faire effet. La jeune fille serra les dents. Elle savait que le poison mettrait tout de même du temps pour agir. Passé deux jours, il serait en phase critique. Ils avaient donc encore du temps.
« Vous n'auriez pas de l'athelas ? » dit la jeune fille aux trois enfants de Bard.
« Athelas ? » demanda Tilda.
« La feuille des rois. »
« Non. C'est de la mauvaise herbe », dit Sifrid avant de s'éloigner.
« Bon… Eh bien, ce sera sur la liste de ce qu'on devra prendre ce soir », dit Niphredil, avant de bander la plaie.
Elle ignorait encore que ce soir, personne ne pourrait prendre ce qu'il désirait.
