Salut à tou(te)s, je ne sais même pas comment me faire pardonner pour cette si longue attente… J'estime que vous méritez au moins d'en savoir la raison : sans vous raconter toute ma vie, j'ai fait un burnout au début de cette année (à cause de mes études notamment) et ouais, j'ai un peu de peine à remonter la pente, ça m'arrive de faire des rechutes où je n'arrive pas du tout à écrire, mais je me soigne et je n'abandonnerai jamais l'écriture, rassurez-vous.
Pour ce que ça vaut, je vous promets que la prochaine fic (du 100% lemon) sera mise à jour très régulièrement ^^'
Merci de votre compréhension et de votre fidélité en tout cas.
Bonne lecture !
Sam ne parut pas surpris de voir son frère revenir avec l'ange, et il ne s'opposa pas non plus à ce que ce dernier découvre leur base secrète, au grand soulagement de Dean. Qui fit mine de ne pas remarquer la façon dont il les regarda, Cas et lui.
Avec un sourire pincé oscillant entre l'attendrissement et la gêne.
Le rugissement du moteur se réverbéra contre les murs humides lorsque le bateau noir s'élança bruyamment dans le canal, les Winchesters à l'avant et Castiel sur la banquette arrière.
Dean se mordait l'intérieur de la joue en pianotant sur son genou avec la main qu'il n'utilisait pas pour tenir le volant; il redoutait déjà la confrontation avec Bobby. Histoire d'arranger les choses, ils ne s'étaient plus adressé la parole depuis leur dernière dispute, qui lui semblait remonter à des années plus tôt. Autant dire qu'ils pourraient partir sur de meilleures bases. Dean grinça des dents. Sa chemise mangée par les flammes couvrait à peine sa poitrine et le vent frais que le bas parebrise ne coupait pas totalement fouettait la peau neuve sans relâche, le faisant grelotter.
Juste avant la fin de l'aqueduc, il coupa le moteur et se retourna pour demander à Castiel:
- Dis, est-ce que tu pourrais nous faire apparaitre de nouvelles fringues ? Si on se pointe dans cet état-là – il désigna les grosses taches de sang et de bile sur les vêtements de Sam et la cicatrice atroce sur son propre ventre – alors qu'on est en vie, les autres risquent de faire A plus B très rapidement…
Il passa rapidement la main sur son visage en un geste que le séraphin avait appris à reconnaître comme un tic nerveux avant de poursuivre :
- On a un autre problème. Tout le monde te reconnaitrait, ils t'ont vu à la télé et… je doute qu'ils t'accueillent à bras ouverts.
- C'est vrai, renchérit Sam avec son air grave habituel, beaucoup nous ont rejoint parce que leurs proches ont été victimes d'anges.
Castiel baissa les yeux et hocha la tête, les ombres sous ses pommettes accentuées par la faible lueur de la lanterne qui pendait au bout de la proue. Il y avait de bonnes chances qu'il ait été le bourreau de toutes ces personnes, il le savait.
- Oui, bien sûr. Ne vous inquiétez pas, je resterai invisible jusqu'à ce que vous me fassiez signe.
Il claqua des doigts et les deux frères se retrouvèrent propres comme des sous neufs, leurs vêtements entièrement restaurés. Ils tâtèrent leurs habits puis échangèrent un regard émerveillé, tels deux enfants stupéfaits par un tour de magie.
- Merci, Cas !
- Oui, merci, Castiel, dit Sam en haussant les sourcils, surpris que son aîné soit à ce point familier avec l'ange qu'il lui avait donné un surnom.
Quand ils se retournèrent, la banquette arrière était déserte. Ahuris, ils appelèrent d'une même voix hésitante :
- … Castiel ?
- Je suis toujours là, juste imperceptible à vos yeux humains, leur répondit une voix désincarnée qui résonna dans le tunnel.
Rassurés, les deux frères haussèrent les épaules comme si rien ne sortait de l'ordinaire avant de reporter leur attention devant eux. Après tout, c'était cela leur vie, désormais; une vie intrinsèquement liée au surnaturel, où ils risquaient chaque jour de ne pas voir le prochain. Quoiqu'à y bien réfléchir, cela avait toujours été le cas.
Un instant plus tard, ils débouchèrent dans le port souterrain et mirent pied à terre sous le regard curieux des badauds sur les quais. Les hommes avachis sur les tabourets à la buvette se retournèrent pour les observer, leur apéritif à la main, et Ash se mit sur la pointe des pieds derrière le comptoir; ils attendaient tous une bonne nouvelle.
Une nouvelle recrue. Un ange mort. Peut-être même deux, avec un peu de chance.
Les Winchesters se dirigèrent vers le bar de fortune, le temps de prendre un verre - dont ils avaient bien besoin - et surtout de ne pas paraître suspects.
- Bonsoir tout le monde, les salua gaiement Dean. Aujourd'hui, Sam et moi avons ajouté un nouvel ange à notre tableau de chasse !
Les clameurs éclatèrent comme un coup de tonnerre et les bourrades amicales se mirent à pleuvoir sur le duo. On leur tendit deux verres de scotch qu'ils vidèrent d'une traite avec une parfaite synchronisation. Quant au séraphin, il resta en retrait pour éviter toute collision embarrassante.
- On resterait bien fêter ça avec vous, mais on doit malheureusement aller faire notre rapport à Bobby, dit Dean assez fort pour se faire entendre. Oh, ne faites pas cette tête… allez, la prochaine tournée est pour moi !
Les cris de joie repartirent de plus belle, pendant qu'il se penchait par-dessus le comptoir pour susurrer à Ash :
- Tu sauveras une bouteille pour moi, rockstar ?
- Et qu'est-ce que j'obtiendrais en échange, groupie ? fit Ash en remettant une longue mèche de cheveux châtain clair derrière son oreille d'un air aguicheur.
Dean éclata de rire tandis que derrière lui, Castiel fronçait les sourcils et Sam levait les yeux au ciel.
Hélas, le temps n'était plus aux plaisanteries; Bobby les attendait et cela ne servait à rien de retarder l'inévitable. Le sourire de Dean se flétrit dès qu'il ouvrit la longue marche à travers le dédale de couloirs du QG, Sam sur ses talons. Il n'entendait pas les pas de l'ange mais sentait toujours sa présence à proximité, alors il ne s'en inquiéta pas.
- Tu as réfléchi à ce que tu allais lui dire ? demanda Sam, qui devait marcher courbé pour ne pas toucher le bas plafond.
Son inquiétude évidente ne faisait qu'ajouter à celle de Dean.
- Nope. Est-ce que j'ai l'air d'être un gars qui a un plan ?
Son cadet émit un son à mi-chemin entre un rire et un soupir.
- Vas-y doucement, en tout cas…
Une fois parvenus devant la salle de réunion, il s'arrêta sur le seuil et regarda Sam, cherchant instinctivement dans la vue de son petit frère le courage d'ouvrir la porte.
Ce qu'il fit après une profonde inspiration.
Bobby était en train de discuter avec Charlie des dernières informations qu'elle avait pu glaner sur le net. Elle leur avait d'ailleurs annoncé la veille que le tag « #WforFreedom » était dans les dix premières tendances de Twitter, ce qui avait empli Sam de fierté et poussé Dean à demander ce qu'était un « Twitter ». Inutile de dire que les anges supprimaient chaque post qui mentionnait la Résistance à mesure qu'ils apparaissaient, tout en sauvegardant l'adresse IP des auteurs qui avaient commis l'imprudence de ne pas couvrir leurs traces.
- Salut, les gars ! s'exclama Charlie avec un grand sourire, la première à les avoir aperçus vu qu'elle faisait face à l'entrée.
- Hey, salut les garçons, fit Bobby en les scrutant à tour de rôle pour s'assurer qu'ils n'étaient pas blessés.
- Hey, répondirent les deux frères en chœur.
Le silence tomba sur le petit groupe comme une chape de plomb, tandis qu'un malaise grandissait à chaque seconde égrenée solennellement par la vieille horloge à pendule du fond de la pièce. Dean et Bobby se fixaient en chiens de faïence, chacun attendant que l'autre commence parce qu'aucun ne savait par où commencer. Au bout d'un moment interminable, Sam finit par donner un coup de coude discret à son frère, qui s'éclaircit la gorge :
- Euh… Charlie, tu veux bien nous laisser ? On doit discuter avec Bobby.
Elle prit ses affaires et se leva sans hésiter, même si elle ne cacha pas son mécontentement d'être ainsi mise à l'écart. En passant à côté de Dean, elle serra brièvement son bras pour le réconforter, et le jeune homme sentit sa poitrine enfler de tendresse à son égard.
- Merci, Charlie.
Une fois qu'elle eut refermé la porte derrière elle, il poursuivit :
- Bobby, je-
- Non, attends, Dean, le coupa Bobby d'une manière qui aurait facilement pu passer pour malpolie.
Sauf que sa voix était nouée par l'émotion et que ses petits yeux gris brillaient de tristesse sous la visière de sa casquette de baseball.
- Pour la dernière fois… je suis désolé pour tout ce que je t'ai dit. Je voulais juste- j'avais juste peur de te perdre. Je ne pensais pas ce que j'ai dit. Sam et toi vous êtes ce que j'ai de plus cher au monde, vous êtes tout ce qu'il me reste, et pourtant j'ai réussi à te blesser…
Dean déglutit et cligna plusieurs fois pour ravaler ses larmes. Il voulait rester énervé contre lui, lui crier dessus, ou au moins répliquer quelque chose de sarcastique, pourtant il en était incapable, et Dieu sait qu'il était d'un naturel rancunier.
Ce qui ne l'empêchait pas d'accepter des excuses sincères lorsqu'il en entendait.
- C'est bon, Bobby, je sais… c'est pas grave.
Le camionneur eut un sourire pleins de fossettes et ses épaules s'affaissèrent légèrement.
- Merci, fiston. Ça m'ôte un poids, t'as pas idée… Mais avant que j'oublie, de quoi devions-nous discuter ?
Ah oui. Merde.
- Oui, euh, écoute, aujourd'hui, comme tu le sais, on s'est attaqué à Zachary… et… on l'a sous-estimé. Enfin, c'est surtout de ma faute, il nous a provoqué mais c'est moi qui ai perdu le contrôle… Puis Zachary a réussi à me faire trébucher et je suis… tombé… dans le cercle de feu sacré.
Il souleva sa chemise et son t-shirt pour lui montrer la cicatrice blanchâtre qui zébrait une bonne partie de son abdomen. Bobby pâlit d'horreur.
- Oh Seigneur, mais- comment ?! Et pourquoi n'êtes-vous pas morts tous les deux ? Si le cercle s'est rompu, alors l'ange a forcément dû se libérer et-
- Castiel nous a sauvés.
Bobby se figea.
- Pardon ?
- Castiel. L'ange dont je vous avais déjà parlé. Je l'ai appelé et il est venu à notre secours. C'est lui qui a tué Zachary, juste avant qu'il ne tue Sam.
Bobby serrait tant les poings qu'il tremblait, cependant il resta silencieux, alors Dean ajouta d'une petite voix :
- C'est bon, Cas, tu peux te montrer.
L'ange apparut en un clin d'œil à côté de lui, le dos droit sous son long trenchcoat beige et une expression neutre sur son visage qui semblait taillé dans le marbre.
Bobby sortit un revolver de sa poche et recula précipitamment jusqu'à ce qu'il heurte une étagère derrière lui, faisant tomber quelques lourds tomes poussiéreux sur le sol.
- Vous l'avez amené ici ?! Espèce d'inconscients... !
- Monsieur, si je puis me permettre, dit Castiel en levant les mains en l'air même si une balle ne ferait que le chatouiller, sachez que je ne vous veux aucun mal, ni à vous ni aux autres rebelles. Je ne suis pas un espion, ni un éclaireur. Je suis…
Qu'était-il en réalité ? Un meurtrier, pour commencer. Un traître, ensuite.
- … Je suis seulement un être qui veut enfin faire le bon choix.
Le regard de Bobby fit des allers-retours frénétiques entre Sam, Dean et le séraphin il avait tellement peur que ses dents s'entrechoquaient comme les pensées dans son esprit. Au moment où les frères crurent qu'il faisait un infarctus, le cinquantenaire marmonna :
- … Pourquoi ?
Castiel ne parut pas comprendre donc il précisa :
- Pourquoi maintenant, après toutes ces années passées à nous exécuter l'un après l'autre sans aucun état d'âme ? Cela fait en tout cas une dizaine d'années que je te vois, à la télé…
- Dean m'a ouvert les yeux.
L'intéressé croisa le regard de l'ange et s'y accrocha quelques secondes, ne sachant ce qui devait l'étonner le plus : sa réponse en elle-même ou la conviction avec laquelle il l'avait prononcée. Bobby sembla pris dans le même dilemme.
- Et qu'est-ce qui me dit que tu n'es pas en train de me baratiner ? Tu as peut-être réussi à amadouer Sam et Dean en leur sauvant la vie, mais moi je sais ce que tu es. J'étais là quand ton espèce a commencé à avoir la folie des grandeurs. J'étais là quand elle a fait ses premières victimes. Et j'étais là quand elle a brisé la nuque de ma femme parce qu'elle avait refusé de se soumettre, alors qu'elle était enceinte de notre enfant. Tu es ce que sont tous les membres de ton espèce : un monstre, cracha-t-il rageusement, une larme coulant sur sa joue avant de disparaitre dans les poils grisonnants de sa barbe.
Castiel sentit son cœur se serrer. Il ne sut pas avec précision ce que cela signifiait, seulement qu'il compatissait à la souffrance de cet homme et qu'il aurait aimé pouvoir le contredire.
- Je suis sincèrement désolé pour votre fem-
- Je t'interdis de parler d'elle ! gronda Bobby en braquant le revolver sur son front.
- Bobby ! s'interposa immédiatement Dean, baisse ton arme. S'il-te-plait… Tu es en face d'un ange qui a tué l'un des siens pour sauver deux humains qu'il connait à peine. Il risque sa peau tout autant que nous, voire même plus ! Réfléchis, il est peut-être la clé qui nous a toujours manqué peut-être qu'il faut un ange pour terminer ce qu'un ange a commencé.
Il se tut pour laisser le temps à ses arguments de peser de tout leur poids, avant d'ajouter :
- Il mérite au moins que tu lui laisses une chance, tu ne crois pas ?
Bobby hésita encore pendant un long moment; il fit les cents pas dans la salle en maugréant à voix basse et en se frottant le crâne avec la crosse de l'arme. Puis il finit par capituler dans un bruyant soupir :
- Très bien. Mais je le fais pour Dean. Et si tu lui fais du mal, à lui ou à Sam ou à quiconque sous ce toit, si tu nous la fais à l'envers, je te jure que je fais frire tes ailes à l'huile sacrée. Compris ?
- … Compris, répondit l'ange, qui prit la menace très au sérieux.
A juste titre.
- Bon, alors venez poser vos fesses, on a pas mal de choses à régler.
Ils parlèrent jusqu'à tard dans la nuit des prochaines mesures à prendre, de la façon d'améliorer les protections du bunker – qui, comme celles du club de Balthazar, empêchaient les anges de le détecter mais pas d'y pénétrer si on les y invitait ou qu'ils avaient un point de repère suffisant à l'intérieur pour s'y téléporter – et des ressources qui leur manquaient. Ils en apprirent également plus sur leur prochaine cible : Bartholomée, le dernier porteur d'une Lame angélique à part Naomi, dont l'existence était toujours incertaine. Selon Castiel, il venait à peine d'être promu général de l'Orient et était prêt à toutes les cruautés pour nourrir son ambition avec la mort d'Uriel, il espérait maintenant reprendre son poste de général de l'Occident pour devenir ainsi général du monde entier. Castiel, lui, n'était qu'un inquisiteur chargé du secteur occidental, et Anna, qui l'avait formé, celle du secteur oriental. Tous les autres anges étaient au plus bas de l'échelle et servaient ceux qui leur étaient supérieurs.
- Lequel d'entre eux a tué notre père, John Winchester ? s'enquit Dean, une lueur sauvage dansant dans ses yeux verts.
Castiel secoua la tête.
- Je suis désolé, cela ne fait qu'onze ans que je suis inquisiteur je ne sais pas qui m'a précédé, ni ce qu'il est devenu.
Dean ne put dissimuler sa déception. Son frère non plus, même s'il ne partageait pas la même soif de vengeance que lui. Bobby, quant à lui, persista à scruter Castiel en plissant les yeux comme si chaque mot qui sortait de sa bouche était un mensonge.
- Je finirai bien par le retrouver un jour, murmura Dean avec détermination.
Castiel proposa ensuite d'aller chercher les ingrédients qui leur manquaient pour l'invocation. Bobby crut qu'il allait en profiter pour ramener toute sa « meute » et l'ange eut bien de la peine à le convaincre du contraire. Finalement, il revint juste une minute plus tard avec les bras chargés de racines et d'épices rares, ainsi que d'une jarre d'huile sacrée.
- Où as-tu trouvé ça ?! s'exclama le camionneur. Je pensais que tes semblables en avaient brûlé jusqu'à la dernière goutte, à part les quelques pichets que la Résistance avait grappillé au marché noir…
- A Jérusalem, dans un ancien temple isolé datant de la période cananéenne.
- Ah bah bien sûr, pourquoi n'y ai-je pas pensé avant…
- Même si vous y aviez pensé, vous rendre sur place vous aurait été impossible.
Sam et Dean durent se retenir de rire; le sarcasme était totalement étranger au séraphin, qui les étudia en fronçant les sourcils, perplexe.
- Bon et bah, je crois qu'on a terminé, annonça Bobby en faisant craquer son dos.
- Tant mieux, j'suis crevé, bailla Dean.
- Moi aussi, dit Sam.
- C'est normal, votre corps a été mis à rude épreuve aujourd'hui.
Les deux frères acquiescèrent en silence, chacun se remémorant malgré lui la douleur des flammes rongeant sa chair ou de la destruction de ses organes internes.
- Avant de partir, j'aimerais encore vous apposer un sceau qui vous rendra indétectable par tous les anges, moi y compris, ajouta le séraphin.
- Euh, super, mais comment va-t-on se joindre ? l'interrogea Dean.
- Par téléphone, à travers vos rêves, ou par la prière.
Il consulta Sam du regard, qui haussa les épaules.
- Ok alors, vas-y.
Castiel posa une main sur sa poitrine et l'autre sur celle de son frère. A part une étrange sensation de brûlure sur leurs côtes, ils ne perçurent aucune différence.
- C'est tout ?
- Oui. Je l'ai gravé sur vos os.
Les Winchesters restèrent interdits, la puissance des anges une fois de plus démontrée. A chaque fois qu'ils croyaient en avoir compris les limites, elle trouvait un moyen de leur donner tort.
Castiel fit de même avec Bobby, et sur ce, tous se souhaitèrent bonne nuit. Sam se retira dans ses quartiers mais Dean décida d'emmener Castiel rencontrer Charlie en bonne et due forme. Heureusement, cette dernière était un oiseau de nuit et regardait Game of Thrones en pyjama. Ce fut donc dans cette tenue qu'elle leur ouvrit tout naturellement sa porte.
- Sal- oh mon dieu, couina-t-elle en reconnaissant l'ange qui l'avait mise à mort quelques jours plus tôt.
- Hé, Charlie, n'aie pas peur, il ne te fera aucun mal, la rassura Dean. Je voulais juste te le présenter, pour que vous puissiez faire connaissance dans de… meilleures circonstances, disons.
- Bonsoir, Charlie, lui dit Castiel en tendant la main.
La rousse regarda celle-ci avec incrédulité, ses grands yeux bruns écarquillés.
- Oui, euh bonsoir, monsieur l'ange. Euh, je- je- comment dire, c'est encore trop frais, vous comprenez ? expliqua-t-elle en grimaçant.
- Oui bien sûr, toutes mes excuses, répondit-il tristement en rebaissant son bras. Et je suis vraiment désolé de vous avoir tuée… Je n'avais pas le choix.
- Vous m'avez ramené à la vie alors je suppose qu'on est quittes ? plaisanta Charlie d'une voix fluette.
Même si son sourire était tendu, il n'en était pas moins franc. Castiel y répondit donc de sa manière ensoleillée et contagieuse, Dean le contemplant avec une expression proche de la tendresse.
Expression qui n'échappa pas à Charlie et qui lui donna très vite une idée lumineuse:
- Bon, bah c'était sympa de vous rencontrer et tout, mais je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je suppose que Dean – auquel elle fit un clin d'œil appuyé – a encore pleiiins de choses à vous montrer, alors… bonne nuit !
Et elle leur claqua la porte au nez.
- Elle est étrange mais non déplaisante, commenta Castiel. Dean, est-ce que tout va bien ? Ton visage est rouge…
- Oui- oui, se dépêcha de répondre le jeune homme en couvrant ses joues, j'ai juste chaud tout d'un coup.
Le séraphin posa sa paume sur son front pour prendre sa température, l'air inquiet.
- Tu n'as pas de fièvre, pourtant.
- C'est rien, laisse tomber, bégaya le rebelle en se soustrayant à son contact. Bref, euh, je dois te raccompagner à la sortie ou tu peux… te téléporter ?
- Non, je peux me téléporter, merci.
- Ok.
Aucun d'eux ne bougea, cependant. Ils restèrent face à face à se regarder dans le blanc des yeux, jusqu'à ce que Castiel dise :
- Par contre, je peux te raccompagner jusqu'à ta chambre, si tu le souhaites.
Si son visage avait été rouge auparavant, nul doute qu'il était maintenant aussi cramoisi qu'une tarte aux cerises. Les images les plus blasphématrices inondèrent immédiatement son esprit, le forçant à fermer les yeux, puis à les rouvrir bien vite parce qu'elles n'en étaient devenues que plus claires. Castiel l'observait toujours d'un air indéchiffrable impossible de dire s'il avait conscience des possibles sous-entendus de sa proposition.
Dean haussa les épaules et feignit la nonchalance du mieux qu'il put :
- Euh, ouais, s'tu veux.
L'oreille collée contre sa porte pour les écouter, Charlie se couvrit la bouche en trépignant d'excitation. Mission accomplie, chuchota-t-elle en faisant un salut militaire.
Le jeune homme se mit en route et l'ange lui emboita le pas. Ce dernier avait beau marcher à distance raisonnable derrière lui, Dean avait l'impression de sentir son poids contre son dos et sa respiration sur sa nuque, ce qui le fit presque courir jusqu'à sa chambre. Il s'arrêta devant celle-ci, la main sur la poignée, et se retourna.
- Bon, la voici déjà..., dit-il bêtement.
Le séraphin lui sourit. Il ne se volatilisa pas, comme s'il attendait le feu vert.
- Je voulais te remercier, pour tout… Pour nous avoir sauvé, pour avoir assuré avec Bobby, et avec Charlie… Tu es vraiment-
Dean s'interrompit juste avant de dire quelque chose d'embarrassant. Encore plus embarrassant que de dévorer un ange des yeux sur le seuil de sa chambre à coucher au beau milieu de la nuit, s'entend.
- Je t'en prie, Dean.
Son sourire s'était agrandi; il semblait content de lui et Dean aimait la pure suffisance qu'il affichait parfois. Elle lui donnait envie de la lui arracher, de le prendre au dépourvu.
L'air autour d'eux était chargé d'électricité, dont il pouvait sentir les particules sur la pointe de ses oreilles et aux bouts de ses doigts. Il savait qu'il était probablement en train de le dévisager, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il ne voulait pas retourner dans l'obscurité de sa chambre glaciale, il voulait sentir un corps chaud contre lui, des mains sur ses flancs et des lèvres sur les siennes.
Ses lèvres.
Hélas, Castiel n'esquissa aucun geste en réponse à sa demande silencieuse, bien que ses yeux céruléens fussent également sombres de désir.
Il ne l'effleura même pas avant de le saluer et de disparaître.
Le séraphin apparut sur une jetée battue par les vagues et se cramponna à la barrière rouillée par l'air marin.
Son cœur battait à tout rompre. Il se sentait survolté et nauséeux, sans que cela ne soit désagréable.
Cela ne pouvait pas être son corps, il était encore en bon état.
De plus, cela transcendait sa chair d'emprunt à l'intérieur de celle-ci, sa grâce brûlait en s'entortillant sur elle-même comme un serpent mourant.
Castiel était terrifié.
- Père, que m'arrive-t-il ? demanda-t-il vainement aux étoiles qui brillaient au-dessus de lui.
Comment se débarrasser d'un sentiment qu'on n'arrivait pas à définir et encore moins à comprendre ? Il entendait de moins en moins les voix des autres anges dans sa tête, il n'y avait que celle de Dean, son sourire, ses yeux... Il l'obsédait au point de court-circuiter le cours de ses pensées. Il lui avait peut-être ouvert les yeux mais il l'avait rendu aveugle à toute chose autre que lui.
Et c'est peut-être pour cette raison qu'il ne vit rien venir quand Michel l'amena à son bureau d'un claquement de doigts. Il ne le remarqua que lorsque le vent frais fut subitement remplacé par une chaleur sèche et artificielle.
- Cas-tiel, que diable étais-tu en train de faire ? l'apostropha l'archange en découpant son nom comme un boucher découperait un porc fraichement tué.
L'intéressé sursauta et fit volte-face.
- Rien, je… réfléchissais.
Michel l'observa un moment avant d'éclater de rire.
- « Réfléchir » ?! Voyons Castiel, qu'est-ce que cela t'apporterait ? Tu as vu ce qui arrive aux hommes quand ils réfléchissent trop ?
Le séraphin ne sut que répondre. Il avait tenté de s'enfuir mais la puissance de l'archange le maintenait cloué sur place, rendant ses ailes inutiles. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était l'écouter et tâcher de ne pas céder à la panique.
- Ils sont malheureux. Ils fument, ils boivent, ils se gavent de pilules et deviennent des loques. Mais toi, tu n'es pas un homme, n'est-ce pas ?
- … Non.
- Mmh. C'est regrettable. Tu vois, cela aurait été plus simple. Parce qu'un ange qui réfléchit trop… il risque de céder au doute. A la tentation. Il risque de perdre de vue l'essentiel.
L'archange à la beauté plastique le fixait en souriant, sourire qui n'atteignait jamais ses yeux d'un bleu glacial.
- Et qu'est-ce que l'essentiel ? demanda Castiel avec un sincère désarroi.
C'est ce qui le condamna.
- Ta fonction, bien évidemment, répondit Michel d'une voix qui claqua comme un coup de fouet. Et tu n'as pas rempli ton devoir, ce soir. Tes subordonnés ont essayé de te joindre, sans succès… Alors, ils m'ont prévenu de ton absence.
Castiel déglutit.
- Toutes mes excuses. J'ai seulement été désorienté pendant quelques instants où j'ai éprouvé le besoin d'être seul, mais je vais mieux maintenant. Je vais de ce pas retourner à mon poste…
Michel rit de nouveau.
- Tu es un très mauvais menteur, Cas-tiel.
A la seconde d'après, le séraphin se retrouva allongé sur une chaise métallique, une femme étrangement familière penchée au-dessus de lui.
- Bon retour chez moi, Castiel. Je dois t'avouer que je commence à être lasse de te réparer sans arrêt.
- Qui êtes-vous ?! Et de quoi parlez-vous ?!
L'ange sourit avant de lui mettre un bâillon en cuir dans la bouche et d'attacher solidement ses bras et ses jambes. Castiel essaya de se débattre mais la table était gravée de sceaux en Énochien qui sapaient son énergie.
- Michel croit que tu as quitté le droit chemin… Que tu t'es acoquiné avec les rebelles.
Elle prépara sa fraise électrique et en posta la pointe à quelques centimètres de son œil droit :
- Cependant je suppose que si c'est la vérité, tu ne me le diras pas, n'est-ce pas ?
Malgré sa peur, Castiel lui jeta un regard mauvais qui confirma son hypothèse. Naomi reposa donc la fraise sur le chariot à roulettes et sortit une Lame angélique de la poche de son tailleur anthracite.
- Bon eh bien, tu ne me laisses pas le choix. Je vais devoir t'extraire ces informations moi-même.
Elle planta l'arme dans sa cuisse d'un geste sec, puis tourna le manche afin d'ouvrir la plaie.
Castiel serra les dents pour se retenir de crier, toutefois la douleur finit par être plus forte que sa résolution et un long hurlement s'échappa de sa bouche, étouffé par le morceau de cuir usé qui obstruait cette dernière.
Sam et Dean avaient terminé tous les préparatifs de l'invocation. Ils avaient choisi une pièce assez exiguë – une ancienne remise de concierge d'un bâtiment administratif déserté – pour invoquer Bartholomée, de sorte qu'il n'ait d'autre possibilité que d'apparaitre directement dans le Piège.
Ce qui arriva dès que les ingrédients s'embrasèrent dans le bol en terre cuite.
L'ange, un jeune trader en smoking noir, étudia son nouvel environnement et les Winchesters d'un air effaré.
- Vous…
- Oui, nous, répondit Dean, lassé d'entendre la même chose à chaque fois.
Il sortit sa Lame, et Sam une autre. Bartholomée recula dans le Piège, tout en gardant contenance.
- Attendez… qu'est-ce que vous voulez ?
- Savoir qui est Naomi.
- Naomi ? Comment- comment connaissez-vous son nom ? La plupart des anges eux-mêmes l'ignorent…
- Alors elle est existe ! Qui est-elle ?
L'ange sembla peser le pour et le contre.
- … Je ne peux pas vous le dire.
- J'espérais que tu me répondes ça, sourit Dean. Assieds-toi.
La nuit précédente, il avait refait le cauchemar pour la première fois depuis le Purgatoire. Celui où Castiel lui faisait subir le châtiment réservé au chef de la Résistance, avec toutefois un léger changement: il avait senti le sang de l'ange couler sur son dos ouvert telle une armoire, noyant ses entrailles mises à nu. Autant dire qu'il avait été incapable de se rendormir et qu'il avait bien besoin de se défouler.
Dean débuta la torture avec une désinvolture effrayante. C'était devenu tellement habituel pour lui qu'il ne cillait même plus quand sa victime hurlait ou le suppliait d'arrêter. A côté de lui, Sam ne pouvait que grimacer en contemplant ce dont son frère était capable, et se tenir prêt à intervenir en cas d'imprévu.
Au bout de quatre heures – un record –, Bartholomée craqua. Exténué par la grâce qui s'échappait de toutes ses entailles comme à travers une passoire, il expliqua péniblement :
- Naomi est… la correctrice. Elle réhabilite les anges qui le nécessitent…
- Et laisse-moi deviner, elle leur efface la mémoire au passage parce que la
« réhabilitation » n'est pas très agréable ? dit Dean en essuyant la Lame sur un chiffon.
L'ange plissa les yeux, surpris qu'il en sache autant.
- … Oui.
Dean se tourna vers son frère :
- C'est pour ça que son nom n'évoquait rien à Cas…
Bartholomée pouffa de rire.
- Attendez… « Cas » comme dans « Castiel » ?
Il rit à en cracher des gerbes de sang sur le sol.
- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? siffla Dean en lui relevant le menton avec la pointe de l'arme.
- Il y avait quelques rumeurs parmi les anges… qu'il se comportait étrangement. Qu'il ne trouvait plus de rebelles. Qu'il refusait les exécutions ou les finissait trop rapidement. Je comprends mieux pourquoi, maintenant… Je suppose que c'était prévisible. Personne n'a passé plus de temps entre les mains de Naomi que lui.
- Où est-elle ? rugit Dean en lui assénant un coup de poing.
- Aux dernières nouvelles… en train de prendre du bon temps avec votre cher Castiel, sourit Bartholomée, ses dents étroites jaunies par sa salive sanguinolente.
Dean l'acheva brusquement. Le corps inanimé s'affaissa sur la chaise pliante et deux ailes noires s'imprimèrent sur les murs en grésillant.
- Sam, je dois le retrouver.
- Mais comment vas-tu faire ? Tu viens de tuer notre seule chance d'attraper Naomi, lui reprocha Sam en désignant Bartholomée, scandalisé.
- Pas la seule, non.
Dean rangea la Lame dans la poche intérieure de sa veste kaki et lança par-dessus son épaule :
- Je connais un autre ange.
Sam en resta bouche-bée. Comment son aîné avait-il pu lui cacher un truc pareil ? Depuis combien de temps lui mentait-il ? Et combien d'autres choses avait-il omis de lui dire ?
- Dean, attends, laisse-moi venir avec toi ! s'écria-t-il avec un temps de retard.
- Non, c'est trop risqué. J'ai besoin de te savoir en sécurité. Il faut bien que quelqu'un reprenne le flambeau si je me fais prendre.
- Dean…
- Ne t'inquiètes pas, Sammy, je ne serai pas seul. Rentre au QG et ne dit rien à Bobby, il se ferait un sang d'encre.
Dean partit avant de lui laisser le temps de répliquer, abandonnant un Sam ébranlé avec un corps sur les bras.
Il sortit de l'immeuble et baissa la capuche de son sweatshirt gris sur son visage.
Son estomac était noué jusqu'à sa gorge, son cœur battait tel un tambour de guerre.
Il avait un très mauvais pressentiment.
Avant de me traiter de monstre, attendez de lire le prochain chapitre ^^'
