OS 10 : Mon amie, ma sœur.
Partie 1 : Je veux juste une dernière danse.
Warnings : Meurtre.
Amitié Belle/Raiponce.
La sorcière de la tour fronça les sourcils, profondément ennuyée.
Cela, elle ne s'y attendait pas du tout, et elle devait bien le reconnaître, elle n'aimait pas cela.
Regardant à nouveau dans son miroir, elle ne put que faire face à la froide et cruelle réalité.
Belle, ou plutôt, la Bête, comme on la surnommait désormais, allongée sur son lit, un homme penché sur elle, qui venait tout juste de la réveiller, en retirant la pointe qui se trouvait encore fichée dans son doigt.
Et qui, de ce fait, était supposé la garder endormie encore un siècle, jusqu'à sa mort.
Sauf que le destin venait tout juste de gravement dévier de sa route initiale.
La sorcière pesta, grimaçant face à ce qu'elle voyait, et qui s'était en réalité passé deux heures plus tôt.
Cela n'aurait jamais dû arriver.
Tout ses plans venaient à l'instant même d'être réduits en morceaux.
Et pourtant, tout avait bien commencé, elle avait passé le marché avec Rumplestiltskin, en l'échange de sa fille Raiponce, qui désormais vivait dans la tour, avec elle, et commençait bien malgré elle à apprendre la magie.
Le vieil homme était reparti, avait maudit Belle et le reste du royaume, et rien n'aurait dû changer avant au moins cent ans.
Sauf qu'un certain prince était venu interférer avec une histoire qui ne le regardait pas.
La sorcière grimaça de nouveau, réalisant peu à peu qu'elle allait devoir agir dans cette histoire, de façon plus directe, et non pas laisser les choses se faire.
Ce qui signifiait envoyer Raiponce aller tuer la Bête, et libérer la jeune femme, qui n'accepterait cela qu'en échange de sa liberté.
La vieille femme plusieurs fois centenaire soupira.
Dommage, c'était une bonne apprentie.
§§§§
La jeune femme refusa tout d'abord.
Et puis, la sorcière lui avait parlé de ce qui allait arriver, si jamais Belle sévissait de nouveau, en tant que la Bête.
Et Raiponce avait alors compris qu'elle n'avait plus le choix.
Cela faisait déjà trois ans que Belle était endormie, trois ans que Raiponce n'était plus là, qu'elle n'était pas revenue à la cour, et de toute évidence, son retour allait faire parler.
Mais elle s'en fichait.
Peu importe les rumeurs qui allaient probablement courir sur elle à son retour, son cœur se brisait déjà à la simple idée de ce qu'elle allait être obligée de faire, peu lui importaient alors les ragots et autres commentaires que l'on pourrait faire sur elle.
Belle était son amie, sa meilleure amie, mais elle était la Bête aussi, un monstre assoiffé de sang.
C'était ce qu'elle devait faire, ce qu'il y avait de mieux pour les autres, et pour le royaume.
Cela ne rendait en aucun cas toute cette histoire moins douloureuse.
Raiponce avait vingt-et-un désormais, un an de plus que Belle, et le retour fut assez… perturbant.
Parce qu'on la voyait comme la fille du monstre, de celui qui avait maudit la pauvre petite princesse (non, la reine, la reine, alors le roi était mort, est-ce que Belle l'avait tué ? Oui, bien sûr qu'elle l'avait fait), et on la regardait avec méfiance.
Et ce, même si Belle l'accueillit à bras ouverts.
Mais Raiponce, elle, elle savait.
Elle savait ce que son père avait dû sacrifier pour pouvoir sauver son royaume, merde, elle était la preuve vivante de tout ce à quoi il avait renoncé pour eux.
Et eux, ils n'en avaient pas la moindre idée.
§§§§
Un bal allait bientôt être organisé.
Un bal auquel Raiponce allait participer, tout comme Belle, bien évidemment.
Un bal au cours duquel elle allait devoir tuer son amie, sa sœur.
(Elle se détestait déjà.)
Mais c'était le seul moyen de protéger le royaume, de protéger Belle d'elle-même, aussi.
(Raiponce aurait vraiment voulu qu'il existe un autre moyen.)
La soirée fut longue, et magnifique, aussi, et malgré la menace qui pesait plus ou moins sur elle (la menace de la Bête, évidemment) Raiponce parvint à s'amuser un peu.
Après tout, cela faisait déjà trois ans que, hormis la sorcière, elle n'avait vu aucun visage humain – aucun qui soit réellement amical, en tout cas.
Ainsi, même si elle restait complètement concentrée sur la future tâche qu'elle avait à accomplir, elle tenta malgré tout de ne pas s'ennuyer, avec succès.
Mais, plus le temps passait, plus le sourire plus ou forcé, plus ou moins réel, que Raiponce arborait sur le visage, diminuait, alors qu'elle sentait que, bientôt, elle allait devoir agir.
Bientôt, elle et Belle seraient seules.
Et là, seulement là, elle n'aurait plus le choix.
Elle porta un regard discret sur la dague qu'elle portait sur elle, dissimulée, et elle faillit hurler.
Cette histoire n'aurait pas de fin heureuse…
§§§§
Elles étaient deux, dans la salle de bal, et c'était comme si elles étaient seules au monde, Raiponce ne pouvant que se sentir soulagée que la Bête ne soit pas montrée.
Raiponce avait peur, c'était vrai, mais, lorsque Belle se rapprocha d'elle, elle fit tout pour ne pas le montrer.
« Une danse ? Proposa-t-elle à son amie de toujours, comme autrefois, comme lorsqu'elles étaient enfants, avant que la magie de Belle ne se réveille, avant qu'elle ne devienne une femme, et que sa beauté n'ensorcelle tout le monde, hommes comme femmes.
Et Belle se mit à sourire.
- Bien sûr, répondit-elle. »
La danse durait déjà depuis quelques minutes, lorsque Raiponce se mit à pleurer.
Son amie allait lui demander ce qui n'allait pas, quand soudain, sa respiration s'arrêta, et elle lança un regard choqué à Raiponce, qui venait à l'instant même de la poignarder en plein ventre.
Le sang se mit à couler abondamment, et Belle regarda son amie avec douleur :
« Pour… pourquoi Raiponce ?
- J'ai fais ce que je devais faire, murmura-t-elle avec une demie-certitude, alors que la reine s'écroulait sur le sol. J'ai fais ce que je devais faire, répéta-t-elle, s'écroulant à son tour. »
§§§§
Ils allaient la tuer.
Raiponce, une fois son forfait commis, s'était enfuie, en passant par la fenêtre, et elle entendit alors les hurlements des autres.
« Trouvez la ! Trouvez la fille de Rumplestiltskin ! Elle a assassiné la reine.
- Je suis désolée Belle, murmura-t-elle pour elle-même, en sanglot. Mais c'était ta vie contre celle des autres habitants du royaume. Pardonne-moi, je t'en pris. »
Et elle et son père, qu'elle retrouva, accompagné d'un loup, s'enfuirent loin du royaume, le plus vite possible.
