Chères lectrices silencieuses ou pas, je vous remercie de suivre cette histoire qui se décline dans un monde où l'horreur se dispute le merveilleux, à l'image du monde dans lequel on vit.
Mimija: merci de ton soutien constant et de ton enthousiasme.
Onzième partie
-Quel manque de respect envers Anne, releva la reine, tandis qu'Élisabeth, clouée au sol par sa seconde révérence de la soirée, se maudissait sa faiblesse.
Ayant eu la présence d'esprit de rabattre le rideau sur leur petit groupe aussitôt qu'elle fut entrée, la princesse Georgianna s'arrêta directement derrière sa mère et bloqua son regard sur celui qui depuis leur entrée, manifestement plus irrité que honteux, se passait énergiquement la main dans les cheveux.
-Au cas où vous l'ignoriez, Anne et moi avons rompu, se justifia-t-il d'entrée de jeu.
-Tout est de ma faute majesté, bredouilla Élisabeth en même temps qu'elle se remettait tant bien que mal sur ses deux pieds.
-Quel est votre nom mademoiselle? S'informa la reine tout en aidant la jeune femme à reprendre son équilibre.
-Il s'agit du capitaine qui sauvé William, la renseigna alors la princesse Georgianna en quittant l'ombre de sa mère.
-Je suggère que nous allions poursuivre cette discussion ailleurs qu'ici, trancha le roi William après avoir jeté un œil anxieux en direction du rideau. Mère, lui offrit-il son bras à saisir.
Aussitôt que ce fut fait, il raffermit sa prise sur sa main puis jeta un œil équivoque à sa sœur avant de se mettre en mouvement.
-Mademoiselle Bennet? présenta-t-elle alors son propre bras à la jeune femme.
-Je ne peux pas vous accompagner. J'ai du travail, s'excusa-t-elle, s'adressant à la fois à la princesse et à son frère Jason qui écoutait leur conversation en différé.
-Vous allez nous accompagner, décida le roi avant de poser sa main sur le pan du rideau et l'écarter.
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-Mon frère va certainement nous conduire dans son bureau, l'avertit la princesse pendant que leur petit groupe progressait dans la salle de bal, contournant les couples et les dignitaires qui étaient amalgamés à l'orée de la piste de danse.
«Rassemblez les fleurs», entendit-elle alors Jason utiliser le code choisi la veille dans ses oreillettes au moment où ils atteignaient le centre de la salle.
-Pardonnez-moi, majesté. Je vais devoir vous abandonner, s'excusa Élisabeth pendant qu'une dizaine d'hommes arrivait de partout et les encerclait tous les quatre.
«Les fleurs sont réunies et prêtes à être livrées», rajouta l'agent Patrick Melbourne via son appareil de communication. Se souvenant qu'en cas d'évacuation, c'était lui qui devait prendre en charge la Famille royale (rebaptisée FleuRs pour l'occasion), Élisabeth accéléra le pas, mais fut alors bloquée par les deux gardes du corps qui marchaient à sa gauche.
Coincée en sandwich entre les membres de la famille royale et les gardiens de sécurité du palais, Élisabeth attendit sagement que leur étrange procession arrive à l'ascenseur désigné et que Patrick eût appuyé sur le bouton de commande des portes, pour sortir du lot et s'adresser à son frère via les oreillettes.
-Une fois les Fleurs dans le camion de livraison, je rentre à la boutique, lui confia-t-elle.
-Négatif, tu dois suivre le bouquet, la prit-il au dépourvu.
-Pourquoi faut-il que je suive le bouquet? fronça-t-elle les sourcils.
-Montez tous! Vite! Les pressa ensuite l'agent Patrick Melbourne une fois que les portes de l'ascenseur se furent écartées.
-Venez Élisabeth, l'appela le roi avant de s'impatienter, faire un pas dans sa direction, la ramasser par le bras et la tirer à l'intérieur.
Un juron franchit les lèvres de la jeune femme à l'instant où les portes se refermaient sur leur petit groupe.
-Pardon, s'excusa-t-elle une seconde plus tard, après qu'eurent retenti simultanément le hoquet d'indignation de la reine et le rire étouffé de la princesse.
-Le camion de livraison est arrivé, s'en mêla à nouveau la voix de son frère aîné lorsqu'ils émergèrent de l'ascenseur et arrivèrent dans le stationnement souterrain.
Elle n'eut cette fois qu'un bref moment d'hésitation avant d'accepter la main que lui tendait celui des gardes du corps qui était responsable de leur assigner une place dans la fourgonnette. Après tout, elle ne pouvait ignorer – ayant elle-même participé à l'élaboration du plan d'évacuation de la famille royale – que seul un cas de force majeure les contraindrait à passer par le sous-sol et emprunter un véhicule banalisé.
«Aussitôt la famille royale arrivée à destination, j'irai retrouver Jason », décida-t-elle en même temps qu'elle s'occupait de boucler sa ceinture et fermait ses oreillettes.
Pendant que la fourgonnette s'immobilisait pour attendre l'ouverture des portes qui les permettraient de se rendre directement à l'extérieur des murs du palais, Élisabeth jeta un œil sur les deux femmes assises directement en face d'elle et se força à leur sourire en les découvrant aussi pâles l'une que l'autre.
-Tout va bien aller, nous sommes en sécurité maintenant, la devança le roi.
Toutefois, le profond soupir qu'il exhala quand leur véhicule se glissa entre une dizaine de voitures de police et leurs intimidants gyrophares et au moins autant de motos, fit prendre conscience à la jeune femme que celui-ci n'était pas aussi confiant qu'il voulait bien le laisser paraître.
Se réfugiant elle-même dans le silence, Élisabeth se remémora cette autre fois où – alors qu'il était encore commandant – il avait admis que s'il avait quitté son poste auprès de Charles Bingley, c'était justement parce qu'il avait eu peur de la perdre.
« Je vous aime », se remémora-t-elle l'avoir entendu affirmer tout de suite après. Surprise de l'émoi qui s'empara d'elle en y repensant, la jeune femme se raidit sur son siège ne pouvant que s'en vouloir d'avoir à nouveau laissé la colère et la peur prendre totalement possession d'elle.
« La peur est très mauvaise conseillère », se récita-t-elle l'adage qu'elle avait utilisé tant de fois en mission.
Se repassant ensuite la courte séquence où, bouillante de rage, elle avait égratigné le prince alors qu'il venait tout juste d'admettre qu'il avait des sentiments pour elle, Élisabeth sentit le rouge envahir ses joues et c'est justement en voulant les couvrir qu'elle réalisa que depuis le départ du palais, le roi n'avait jamais lâché sa main.
-Veuillez me suivre, les pria un garde du corps une fois que les portes de la fourgonnette furent ouvertes. La reine et la princesse descendirent du véhicule les premières, suivies de près par le roi. Lorsqu'Élisabeth atterrit sur le sol à son tour, elle fut immédiatement arrêtée par celui des gardes du corps qui l'avait pourtant obligée à prendre place à bord du véhicule un peu plus tôt.
-Je suis désolé mademoiselle Bennet, mais vous ne pouvez pas aller plus loin, se justifia-t-il, après s'être entretenu avec une autre personne via ses oreillettes.
-Vous ne pouvez pas faire ça. Cette jeune femme fait partie de l'équipe tactique de Jason Bennet, intervint le roi William en redescendant au pas de course les quelques marches qu'il avait déjà gravies.
-Je ne fais qu'obéir aux ordres, bredouilla le jeune homme en haussant les épaules.
-C'est la sécurité nationale qui assurera désormais votre sécurité, majesté, trancha un officier qui apparut en haut des marches suivi de près par une dizaine des soldats armés jusqu'aux dents.
-Général Monroe, le salua respectueusement la jeune femme en reconnaissant l'homme de haute stature qui venait vers eux.
S'arrêtant directement devant elle pour la détailler de la tête aux pieds, le visage de l'officier supérieur trahit tout d'abord son étonnement puis, comme il faisait volte-face pour s'adresser à ses hommes, devint franchement moqueur, ça alors, qui l'eut cru, s'esclaffa-t-il en désignant la jeune femme, le capitaine Bennet est une femme.
Pétrifiée, Élisabeth serra les lèvres, ravalant péniblement l'insulte qui, sans la présence de la famille royale, aurait nécessairement contribué à faire taire tous ceux qui riaient maintenant à gorge déployée.
Devinant au durcissement de sa mâchoire que celui qui se tenait toujours à ses côtés risquait fort d'intervenir et donc d'envenimer les choses, Élisabeth posa une main sur sa poitrine dans le but de le calmer puis plaqua sur son visage un sourire surfait derrière lequel elle lança, pas la peine d'intervenir, majesté. Désignant ensuite l'officier qui manifestement se comportait comme un paon dans une basse-cour, elle reprit, car je me demande vraiment ce que vous pourriez faire pour un homme qui vient d'admettre devant tous qu'il n'est pas capable de faire la différence entre un homme et une femme?
Pendant que ses hommes s'esclaffaient à nouveau, mais à ses dépens cette fois-ci, l'officier fronça les sourcils, leva le menton puis les intima, ne restez pas là à rien faire vous autres. Dépêchez-vous d'escorter la reine et la princesse à l'intérieur.
Ignorant délibérément celle qui venait de le ridiculiser, le général s'inclina respectueusement devant le roi puis reprit, veuillez nous suivre, majesté.
-Pas de soucis, le rassura Élisabeth lorsque celui-ci jeta un œil contrit dans sa direction.
Tout en regardant le roi et son importante escorte monter les marches, Élisabeth exhala un profond soupir, haussa lentement sa main jusqu'à sa paire d'oreillettes, la réactiva puis s'informa, qu'est-ce qui se passe Jason?
-Comment vont les fleurs? Vérifia-t-il tout d'abord.
-Elles ont été livrées, compléta-t-elle en appuyant sur chaque mot.
-Bien, s'exclama-t-il, enfin soulagé.
-Mais pas par nous, précisa-t-elle.
-Comment ça, pas par nous? L'intima-t-il.
-On a réveillé la concurrence frérot, précisa Élisabeth d'un ton hargneux, un fleuriste tout gonflé de son importance s'est approprié notre bouquet.
-Y a pas à dire, ils sont très rapides, s'insurgea son frère, ayant déjà compris de qui il s'agissait.
-Qu'est-ce qui se passe au juste? Demanda-t-elle en même temps qu'elle haussait la main pour héler un taxi.
-Tu as intérêt à être bien assise Lizzie, affirma Jason avant de commencer à lui parler de l'enlèvement qui s'était produit au moment du départ de la famille royale et qui leur valait maintenant l'implication du Général Monroe et de ses hommes.
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-Et Anne? S'inquiéta la reine comme son fils terminait de leur résumer la discussion qui s'était tenue entre lui et le général Monroe.
-Elle va bien dans les circonstances. Elle a été raccompagnée chez elle par les soldats de la sécurité nationale, la rassura William avant de l'escorter vers le fauteuil le plus près tant elle lui semblait pâle.
-Qu'est-ce qui va se passer maintenant? Que vas-tu faire? insista-t-elle une fois assise.
-Le général suggère que nous annoncions notre rupture dès demain. Histoire de calmer le jeu et de permettre à Scotland Yard de poursuivre leur enquête, précisa le roi.
-En tout cas moi, je ne comprends toujours pas pourquoi Anne a changé d'avis, opina Georgianna. Surtout que, jusqu'à tout récemment, elle affirmait qu'elle était ravie de t'épouser, insista Georgianna en s'arrêtant directement devant lui, bras croisés et sourcils haussés.
-J'imagine qu'elle aura eu peur à cause des menaces de mort que nous avons tous reçues, suggéra la reine.
-Effectivement, confirma William en même temps qu'il sortait son cellulaire de sa poche. Mais Georgianna a raison, il y a plus, mentionna-t-il avant de se mettre à fouiller dans les dossiers de son portable. Lorsqu'il eut trouvé le bon fichier, il l'activa, mis la pause puis précisa, 30 minutes avant l'ouverture du bal, Anne m'a montré une vidéo effrayante qu'elle a reçue, il y a deux jours. Tenez, voyez par vous-même, appuya-t-il sur le bouton de commande après avoir haussé l'écran à la hauteur des yeux des deux femmes.
-Oh mon Dieu, s'exclama la princesse aussitôt qu'elle reconnut l'intérieur de la résidence des Debourg et donc compris que la jeune femme avait été filmée à son insu alors qu'elle prenait sa douche.
-Le fichier vient d'être examiné par les hommes du général et ceux-ci ont été catégoriques. Il ne peut s'agir d'un montage, poursuivit le roi.
-Ça me donne la chair de poule, frissonna la reine, la paume maintenant tendue vers son fils. Je vais constamment avoir peur pour toi maintenant.
-Ne cède pas à la panique maman, l'implora William une fois qu'il eut ramassé sa main et se fut assis à ses côtés.
-Comment peux-tu me demander ça après ce qui s'est passé au bal? Et après ce que tu viens de nous montrer surtout? À bout de souffle et au bord des larmes, la reine haussa sa main jusqu'à sa bouche, échappa un sanglot puis déglutit, Fitzwilliam est certainement déjà mort à l'heure qu'il est, avant de fondre en larmes.
-Notre cousin n'est pas devenu colonel pour ses beaux yeux maman, il est plein de ressources, la consola-t-il en même temps qu'il lui offrit son épaule.
Pendant que la reine sanglotait silencieusement dans les bras de son fils, la princesse Georgianna en profita pour se déplacer lentement vers la fenêtre afin de vérifier ce qui se passait à l'extérieur. Rapidement exaspérée par l'aveuglant jeu de lumière des gyrophares, la princesse se défoula sur la lourde tenture, qu'elle ferma d'un geste rageur avant de revenir sur ses pas, actionner au passage la lampe sur pied qui se trouvait à sa droite puis s'arrêter devant son frère pour vérifier, si j'ai bien compris ton propos William, c'est la sécurité nationale et le général Monroe qui vont veiller à notre sécurité à partir de maintenant?
-On peut dire ça oui. Devant l'air méprisant qu'afficha alors sa jeune sœur, le roi reprit, le groupe d'intervention de Jason Bennet a fait de l'excellent travail jusqu'ici, mais je me vois forcé de reconnaître – à cause de ce qui s'est produit ce soir - que ce n'était pas assez, s'arrêta-t-il le temps de reprendre son souffle, le général Monroe et moi avons même décidé de hausser le niveau d'alerte d'un cran. Nous passerons donc de 4 à 5.
-Tu parles du seuil Critique?
-Oui.
-Ce n'est jamais arrivé auparavant, releva la reine en dressant la tête.
-Au grand maux, les grands remèdes. À la première heure demain matin, la presse sera convoquée et je m'adresserai directement aux terroristes.
Le silence qui suivit cette annonce fut meublé de manière bien personnelle par chacun d'eux. La reine termina de s'essuyer les yeux puis se mit à chercher le petit miroir qu'elle gardait toujours dans son sac. Le roi de son côté, maintenant libéré du poids de sa mère, se remit sur ses pieds, retira le veston qui entravait ses mouvements puis commença à dénouer sa cravate et les premiers boutons de sa chemise. La princesse de son côté, maintenant perdue dans ses pensées, resta exactement au même endroit, sans bouger.
-J'imagine que tu vas en profiter pour annoncer la rupture de tes fiançailles avec Anne DeBourg? supposa la reine en refermant son petit sac à main.
-Entre autres choses, oui. Mais il sera surtout question de l'enlèvement de notre cousin et des mesures à prendre pour contrer ce type de menaces, précisa le roi qui était maintenant arrivé tout près de la fenêtre.
Après avoir légèrement soulevé la tenture, plissé les yeux pour combattre les éclats de lumière et relâché le rideau aussi vite que sa sœur avant lui, le roi revint vers les deux femmes, les interpellant l'une après l'autre, j'ai pris une autre importante décision concernant la conférence de presse de demain, et c'est là que vous entrez en ligne de compte toutes les deux. Posant les yeux sur elles comme s'il voulait les préparer au pire, le roi reprit. Vous paraîtrez toutes les deux à mes côtés. Et plus souriantes que jamais, leur annonça-t-il, nullement surpris de l'effroi qu'il décela dans leurs yeux.
-Il importe que nous fassions front commun afin de montrer à ces fous furieux que peu importe ce qu'ils feront, nous ne céderons jamais à la peur.
-Sincèrement William, je ne crois pas que j'en serai capable, admit la reine d'une voix éteinte.
-Il le faudra bien mère, l'encouragea-t-il avant de se pencher vers elle et poser un tendre baiser sur le dessus de sa tête. Haussant ensuite son menton afin de la regarder dans les yeux, il conclut, je ne vous demande pas de ne pas avoir peur, mais simplement de ne pas le montrer.
Bien que rapidement rassuré par l'acquiescement silencieux de sa sœur, William se tourna de nouveau vers sa mère, appréhendant plus que jamais sa réaction.
« Il me demande de jouer la comédie » était-elle justement occupée à traduire dans son esprit consciente qu'elle n'avait d'autre choix que de se travestir afin de lui offrir ce qu'il voulait entendre,ça je peux, déclina-t-elle finalement, repensant à toutes ses années où - avec succès - elle avait convaincu tout un chacun que son mariage en était un d'amour, alors que dans les faits, c'était tout le contraire.
Le lendemain
-Grâce aux images relevées hier soir par les caméras de surveillance, nous savons maintenant qu'il n'y avait pas qu'un seul terroriste dans la salle, mais plusieurs, résuma celui qui était assis au bout de la table de conférence. Ayant indiqué d'un hochement de tête à son assistant de passer à la seconde diapositive, Jason utilisa sa canne pour désigner un homme qui avait été aperçu sur la piste de danse et qu'Élisabeth reconnut comme étant le principal contact d'une trentaine de comptes Facebook qu'elle avait pour tâche de surveiller au quotidien.
-Si l'on combine les informations obtenues à partir des confidences du lieutenant George Wickham, aux images recueillies hier soir, déclina l'agent Patrick Melbourne, nous savons maintenant que ce que nous avions prévu dans la phase II doit être amendé. Alors, pour ce faire, voici ce à quoi nous avons pensé….
Tout en suivant d'une oreille distraite le long préambule de l'agent Melbourne, avec qui elle avait travaillé en étroite collaboration durant une bonne partie de la nuit, Élisabeth repensa au Roi et à ce qui s'était passé entre eux derrière le rideau.
Elle se demandait surtout pourquoi, en sa présence (en sa présence uniquement), elle perdait ainsi tous ses moyens. N'avait-il pas eu qu'à la toucher un instant pour que sa raison parte en vacances? On croirait presque qu'il existe plus d'une dimension et qu'en entrant dans l'une d'elles, il lui faille se départir de sa propension à raisonner.
Laissez votre raisonnement au vestiaire, vous n'en aurez point besoin ici!
« Et puis, continua-t-elle son introspection, non sans avoir temporairement fixé les lèvres de l'agent Melbourne et largement évalué qu'il lui restait encore un peu de temps, comment se fait-il que je n'aie jamais vécu cela avec aucun de mes amants? Pas même avec ceux dont je me suis crue amoureuse? »
« Et s'il ne s'agissait que d'une histoire de cul, envisagea-t-elle cette vulgarité, soucieuse d'explorer toutes les avenues, non. Ce n'est pas vraiment ça non plus, conclut-elle rapidement. Si cela avait été le cas,une ou deux séances de masturbation auraient été nécessaires pour que hop, le problème se résorbe de lui-même.
« De quoi s'agit-il alors? » Se découragea-t-elle, atterrée par son inaptitude à diagnostiquer le mal dont elle souffrait.
« Et si, Jason avait raison? Et si j'étais effectivement amoureuse de lui? » se résigna-t-elle à envisager après avoir répertorié l'ensemble des symptômes dont elle souffrait non seulement en présence du Roi, mais également en son absence. La réponse lui fut offerte à l'instant même où elle accepta de s'abandonner et où elle retira le bandeau qui l'aveuglait depuis si longtemps.
«Tout le monde sait qu'il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir», récita-t-elle aussitôt récompensée par le contrôle qu'elle gagnait au change et surtout par le fait qu'elle n'était plus en guerre avec elle-même.
-Voici la photo de l'agent Justice Thompson. Il s'agit de la première des six femmes que nous avons sélectionnées afin de servir d'appât, si vous me permettez d'utiliser cette expression, entendit-elle l'agent Melbourne poursuivre.
Dix minutes plus tard, comme l'écran dévoilait la photo de la dernière jeune femme sélectionnée suite à l'examen de plus d'une centaine de dossiers, Élisabeth, dont le paysage intérieur venait tout juste de se reconstruire, se dressa sur ses deux pieds et s'écria horrifiée, pas question!
-Personne n'est mieux placé que toi pour jouer ce rôle, fit valoir Jason d'une voix étonnement très calme.
-Il n'a pas entièrement tors, intervint ensuite Patrick Melbourne.
-Vous ne pouvez pas m'inclure puisque je ne suis pas volontaire, les intima Élisabeth.
-Volontaire pour pas, il n'en reste pas moins que contrairement à toutes les autres candidates, tu nous ferais gagner un temps précieux puisque connais déjà très bien la problématique.
-Tu as aussi étudié le visage de tous les hommes qui sont fichés par notre organisation, renchérit l'agent Melbourne.
-Je refuse, s'obstina-t-elle.
-À qui la faute si certains antécédents impliquant la presse te désignent d'office ou si ton nom est le premier à sortir chaque fois qu'il est question des amours du prince, la trahit-il, faisant nécessairement référence à la remise de médailles ou plus directement à la photo qui avait été prise au moment où elle dansait avec lui.
Pendant qu'elle préparait sa riposte, Jason lui asséna un direct verbal tout aussi inattendu en usant cette fois d'un ton doucereux qu'il s'efforça de rendre crédible, je t'en prie, ne peux-tu, à tout le moins, accepter que ton nom figure sur la liste des candidates? Il n'est pas dit que nous allons tous voter pour toi, ni même que le prince sera d'accord, car il aura son mot à dire, évidemment.
-Bon très bien, céda-t-elle finalement, les lèvres pincées et les yeux légèrement fermés.
Étant donné qu'aucune biographie n'avait été préparée pour soutenir sa candidature, Jason n'eut d'autre choix, au moment de reprendre la parole que de reprendre ceux des critères qui selon lui, classait sa sœur légèrement au-dessus de la mêlée. Lorsqu'il eut terminé de relever ses principales réalisations et faire la démonstration de son expertise en insistant à nouveau sur le fait que son visage et son nom circulaient déjà sur les réseaux sociaux et dans les médias, il insista, je suis bien conscient que ma sœur vous a donné – en affirmant haut et fort qu'elle ne voulait de cette mission – une raison valable de l'écarter. Je me permets toutefois de vous rappeler que notre devoir – maintenant que le général Monroe et la sécurité nationale sont sur notre dos – est de faire un choix éclairé. Ce qui revient à dire que nous devons nous appliquer à choisir celle qui est non seulement la plus qualifiée pour la tâche, mais également celle qui sera la plus crédible en tant que fiancée du roi William.
Le silence qui suivit ne parvint pas à totalement rassurer Élisabeth qui dès lors, craignit d'être choisie.
Rassurée par la connaissance qu'elle avait des intentions des membres de son équipe avant l'ajout de sa candidature et par la très forte probabilité que le roi lui-même la déclare inapte à jouer ce rôle par crainte qu'il lui arrive quelque chose, Élisabeth se détendit suffisamment pour suivre d'un œil bienveillant le déroulement du vote.
Quelques minutes plus tard, lorsque son frère eut terminé de faire le décompte et qu'elle apprit en même temps que tous les autres que le résultat la plaçait ex aequo avec sa principale rivale, Élisabeth attendit que son frère suggère que le vote soit repris pour demander, puis-je suggérer une autre manière de procéder?
-Euh c'est-à-dire que, bafouilla Patrick, le premier.
-En temps normal, je te laisserais volontiers la parole Lizzie, mais pas maintenant. Ça sent le conflit d'intérêts à plein nez, la prévint Jason.
-C'est toi qui oses dire ça? Toi qui as voté alors que tu es mon frère, fit-t-elle exprès de lâcher candidement.
Le reste se passa exactement comme elle l'avait souhaité. Immédiatement, un agent osa remettre en question la validité du vote de Jason, celui-ci tenta alors de calmer le jeu, mais en vain évidemment. La solution quant à elle, émergea subrepticement, comme par magie, construite à partir de plusieurs suggestions. Elle fut finalement déclinée sous sa forme la plus concise par l'agent Melbourne, qui stipula que Jason n'avait qu'à retirer son vote pour que les résultats actuels devinssent impairs.
-Nous verrons ainsi qui l'emporte sans avoir besoin de reprendre le vote, avait-il conclut pendant que Jason se pétrifiait.
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Deux heures plus tard pourtant, au moment où le jeune directeur se retrouva enfin seul dans la salle de conférence, là où tout avait été à nouveau discuté, expliqué, reformulé, l'ancien officier troqua son air morose pour un sourire rayonnant.
N'avait-il pas réussi à s'assurer que son équipe reste dans la partie, malgré l'intervention du Général Monroe.
« Oui, bon bien sûr, il est vrai que j'utilise ma sœur pour y arriver, mais l'important n'est-il pas d'être présent sur l'échiquier? » se critiqua-t-il avant de se consoler en songeant au fait que jamais Élisabeth n'aurait accepté de prendre la place de la fiancée du roi s'il n'avait pas fait pression sur elle.
Terminant de rédiger un bref message sur son cellulaire, l'ancien capitaine appuya sur le bouton envoyé de celui-ci puis quitta la salle, un air satisfait sur le visage.
-Bon, au tour du roi maintenant, s'encouragea-t-il une seconde avant de se mettre à chantonner, marquant le rythme avec sa canne, lundi matin, le roi, sa femme et le Petit Prince, sont venus chez moi pour me serrer la pince, mais….
…À suivre…
D'après vous, le roi sera-t-il content de cette idée? Et puis, encore d'après vous, lequel de ces deux-là trouvera la chose le plus difficile?
Miriamme
