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Écrire un rapport, ça s'apprend

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6 h 30 : à la demande d'aller réveiller Toushi, Sougo a employé comme méthode de plaquer sa main sur son visage en lui couvrant la bouche et en lui pinçant le nez entre le pouce et l'index. Hijikata s'est bien réveillé à cause du manque d'air, Sougo a ensuite toutefois pris son temps pour le relâcher.

7 h 00 : pendant le petit déjeuner, Sougo a lancé un total de 14 boulettes de riz sur Toushi.

9 h 48 : lors de l'entraînement au dojo, Sougo alors placé derrière Hijikata pour s'entraîner à donner ses coups dans le vide le frappe à la tête au total 8 fois, alors qu'il gère très bien ses distances d'habitude.

12 h 15 : pendant le repas, alors que Toushi voulait prendre la mayonnaise, Sougo a « accidentellement » placé le tabasco devant sa main, Toushi s'en est servi machinalement. Manque de chance, il ne regardait pas ce qu'il faisait, étant en pleine conversation, et ne s'en est pas aperçu avant la première bouchée.

15 h 34 : en plein entraînement, Sougo tente de pousser Toushi dans le lac alors qu'il ne fait pas attention à lui.

16 h 22 : pendant la pause, Sougo empoigne semble-t-il gratuitement la queue de cheval de Toushi alors assis par terre en passant à côté de lui.

18 h 04 : sur le chemin du retour, Sougo ayant trouvé un scarabée le glisse dans le kimono de Toushi.

Hijikata releva la tête du cahier que lui avait fait lire Kondo. Un tic agitait son œil gauche, sa bouche était réduite à une simple ligne tordue d'où dépassait une brindille coincée entre ses lèvres et une veine sur son front s'était mise à palpiter.

- La journée n'est pas terminée, bien sûr, commenta Kondo lorsqu'il vit qu'Hijikata avait fini de lire. Mais ça donne déjà une idée générale.

- Kondo-san... Sans vouloir vous manquer de respect...

Son élève se creusait la tête pour trouver la formulation la plus diplomate possible.

- Vous n'avez que ça à foutre de vos journées ?

Raté. Peu importe, Kondo n'y prêta pas attention.

- J'en avais besoin comme support, affirma-t-il. Pour te présenter le problème.

- Quel problème ? rétorqua Hijikata. Le fait que ce gamin soit une abominable teigne ? Vous aurez pu vous épargner du temps et de l'encre ! Remarquez, puisqu'on en parle, ajouta-t-il en pointant la première ligne, vous pourriez commencer par éviter de lui demander de me réveiller ? Demandez à n'importe qui d'autre, là, vous lui tendez le bâton pour me battre. Je n'ai pas envie de me réveiller tondu un de ces quatre matins !

- Ça t'irait bien, les cheveux courts.

- Ce n'est pas la question !

- Ceci dit, c'est vrai que tu ferais mieux d'aller chez le coiffeur pour que ce soit bien fait. J'en connais un très bien à...

- Oh ! Pourquoi on parle de mes cheveux, là ? Quel rapport ça a avec votre espèce de compte-rendu ?

- Ah oui, sembla se rappeler Kondo, et bien... Il ne taquine que toi, n'est-ce pas ?

- Taquiner ? Harceler, vous voulez dire !

- C'est un peu étrange, poursuivit-il en se grattant la tête, tu n'as pourtant rien fait pour ça.

- Merci de le reconnaître, grinça Hijikata, depuis le temps que je me tue à le dire !

- On dirait... Qu'il fait une sorte de réaction allergique.

- Hein ? Une allergie à quoi ? À moi ?

- Et tu sais comment on peut combattre une allergie ? ajouta Kondo avec un grand sourire.

- J'aime pas quand vous avez ce regard, Kondo-san...

- Il faut s'exposer à l'allergène !

- … C'est stupide.

- Mais non ! affirma-t-il. Regarde, les enfants qui ont grandi avec un animal de compagnie, c'est bien connu qu'ils développement bien moins d'allergies !

- Oh ! Vous êtes en train de me comparer à quoi, au juste ?

- C'est parfaitement logique, Toushi, assura-t-il d'un ton très sérieux. Pour qu'il te laisse tranquille, il faut qu'il soit le plus possible en ta présence, pour qu'il s'y habitue.

- Holà, Kondo-san, vous n'en faites pas un peu trop ? tenta de tempérer Hijikata qui commençait à flairer le danger. En fait, il ne fais pas vraiment de fixation sur moi, vous vous faites des idées...

Il ramassa la brindille qu'il avait brisée d'un coup de dents nerveux, et replaça le morceau le plus long dans sa bouche.

- C'est juste dans sa nature d'être... blagueur. Aujourd'hui c'est moi, demain ça pourrait être quelqu'un d'autre.

- Ce compte-rendu parle de lui-même ! insista Kondo en pointant les lignes manuscrites sur son cahier. Crois-moi Toushi, c'est la seule solution

- C'est hors de question !

- C'est la seule chose à faire si tu veux être tranquille.

- Comment je pourrais l'être si vous le faites me coller au train ?

- Tu as une autre idée ?

- … J'en ai quelques-unes, mais je doute qu'elles vous plaisent.

- Alors c'est décidé, affirma Kondo. Laisse-moi juste y réfléchir un peu, je te tiendrai au courant.

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Après l'entraînement, après s'être assuré que Kondo se trouvait hors de vue, Hijikata laissa les élèves passer devant lui, attendant le dernier pour le saisir par l'épaule.

- Hé microbe, un mot.

Sougo se retourna pour planter ses yeux dans les siens avant de répondre.

- Crève.

À nouveau, il sentit les traits de son visage se crisper nerveusement.

- Je ne te demandais pas un mot, précisa-t-il, les dents serrés, c'est moi qui en ai un à te dire... Plusieurs même, alors ne joue pas dessus. Sur les mots. D'ailleurs, où est-ce que tu en entends des comme ça à ton âge ?

- Quand on me demande, je dis que c'est toi qui me les apprend.

Hijikata se força au calme, ne perdant pas de vue l'objectif qu'il s'était fixé.

- Figure-toi que Kondo a remarqué ton petit manège...

- Quel manège ?

- Celui par lequel tu m'emmerdes en permanence.

- Alors, c'est que je m'y prends bien, déclara l'enfant d'un ton satisfait.

- Et que par conséquent, poursuivit-il en l'ignorant, il a décidé de traiter le mal par le mal...

- Il se met à l'homéopathie ?

- Si on veux, surtout considérant l'efficacité qu'on peut en attendre... L'idée, c'est de nous faire passer plus de temps ensemble pour « gommer nos différents ».

Hijikata vit avec satisfaction une expression inquiète prendre place sur le visage de Sougo.

- Quoi ? s'exclama le concerné. T'es pas sérieux !

- J'aimerais bien. Enregistre bien ça : tant que tu auras l'air de faire une fixette sur moi, lui en fera une sur cette idée, et il compte bien la mettre en application. Et on risque de passer beaucoup de temps ensemble, toi et moi. C'est ce que tu veux ?

- Bien sût que non. Sauf si tu meurs vite.

- C'est pas au programme dans l'immédiat. Donc tu sais ce qui te reste à faire ?

- … Oui. Message reçu.

- Très bien.

Les deux garçons se séparèrent sans un mot de plus. Malgré le peu de foi qu'il pouvait accorder à son jeune rival, Hijikata pouvait au moins être confiant sur le fait qu'ils avaient un intérêt commun. Finalement, l'intervention de Kondo allait peut-être marcher, même si ce n'était pas dans le sens qu'il avait prévu.

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Sougo fit sauter le caillou dans sa main, fixant vaguement un point devant lui, comme plongé en pleine réflexion ; puis soudain, sans prévenir, il le lança de toutes ses forces. Le projectile vint heurter un fruit bien mûr sur la branche d'un arbre proche, lequel se décrocha pour s'écraser sur le crâne de l'infortuné qui se trouvait en-dessous et qui accueillit avec un cri bien peu viril ce shampoing visqueux et odorant. Il fit volte-face, éperdu, pour croiser le regard nonchalant du petit garçon.

- C'est la saison des vendanges, commenta celui-ci en faisant sauter une deuxième pierre dans sa main.

Bien que n'ayant pas vu son geste et ne pouvant nourrir que des soupçons, tous ceux qui se trouvaient à l'ombre de l'arbre s'en écartèrent précipitamment.

Plus loin, assis à même le sol, Kondo contemplait la scène.

- Ça alors, tu avais raison, Toushi. Il n'en a plus particulièrement contre toi. Il s'en prend à tout le monde, maintenant ! Comment tu expliques ça ?

Hijikata, assis à ses côtés, crispait tant la mâchoire que la brindille calée entre ses dents était déjà complètement aplatie.

- ...Aucune idée.

- Est-ce qu'il faisait des tests sur toi ? s'interrogea-t-il en se grattant le menton d'un air pensif. Ou c'était juste parce que tu étais nouveau ? À cause de ta réputation, ou parce que tu t'emportes facilement ?

- Kondo-san, au lieu de vous poser toutes ces questions, vous ne devriez pas, d'une, aller l'engueuler, de deux, reconnaître que ce gosse est juste une plaie, un démon, un sadique de première ?

- Tu y vas fort, Toushi. Ce n'est qu'un enfant, après tout.

- On va bien s'amuser dans quelques années, tiens !

- Tu devrais cracher ce bout de bois, ça devient une mauvaise habitude.

- Ne changez pas de sujet !

Continuant à mâchonner sa mauvaise habitude, Hijikata médita sur la façon qu'avait eue Sougo d'interpréter les termes de leur marché. Il était à la fois effrayé par l'esprit retors du tout jeune garçon, honteusement soulagé de se dire qu'il aurait moins de temps à lui consacrer désormais, et encore plus effrayé en songeant qu'il allait sans doute redoubler d'inventivité pour rattraper ce temps perdu. Il fixait Sougo qui avait réussi à attraper un petit poisson dans la rivière, partagé entre la nécessité de le garder dans son champ de vision et le fait qu'il ne voulait surtout pas savoir ce qu'il comptait en faire. Il finit par jeter son bout de bois broyé et en chercha un autre du regard. Kondo n'avait pas tort, il allait prendre de mauvaises habitudes... Tant pis, il avait d'autres soucis dans l'immédiat.