Je pensais avoir eu du mal à écrire le dernier passage du chapitre précédent? Ce n'était rien par rapport à celui-ci, alors encore une fois je suis curieuse d'avoir votre avis.

Althéa s'est parfois animé d'une vie propre, et je m'habituerais presque à la voir heureuse, mais bien sur elle fait des rechutes sans lesquelles elle ne serait pas elle-même.

Enfin bref, à vous de juger, et je ne sais pas si je l'ai dit mais merci de suivre l'histoire de ma petite Alth'

Bonne lecture!

Place aux réponses aux reviews:

A Topitop : Petite phrase pour toi dans ce chapitre, tu la retrouveras sans mal ^^ C'est calme encore, à peine un peu de zéphyr de temps à autres. Combien de temps est-ce que cela va durer c'est une autre question... des pronostics?

A Maarian : Que dire ? Merci bien sur, c'est tout simple, un petit mot, juste 5 lettres mais sincères.

A Selena Flowright : Waouh. Ça c'est de la review! De celle qui donne un sourire jusqu'aux oreilles et la motivation pour ranger de fond en comble son appartement un banal mardi soir de révision.J'aurais bien répondu par mp mais tu sembles les avoir désactivé, alors je m'épanche ici. C'est mon histoire donc j'ai le droit, na! Je ne reviendrais pas sur les compliments, même s'il m'ont beaucoup touchés, je te dirais juste que non l'histoire n'est pas abandonnée, j'ai même pas mal de passage déjà écrits mais comme je n'écris pas dans l'ordre ce n'est pas une assurance de postage rapide. En tout cas, je ne pense pas que j'aurais posté ce chapitre aussi vite sans ton commentaire, alors rien que pour ça, merci. En espérant que la suite soit à la hauteur.


Chapitre 10

Happily never after - Pussycat Dolls

Il y a l'amour. Et puis il y a la vie, son pire ennemi, brillamment secondée par la pluie qui se mit à tomber, fine et glacée, à peine quelques secondes, quelques heures? après leur premier baiser. Ils l'ignorèrent superbement avec l'aplomb et l'insouciance de la jeunesse. Sirius Black et Althéa Buttler, enfin réunis, les armes baissées, alors ce n'était pas un petit crachin anglais qui allait mettre fin à cela. Mais quand l'averse se mua en déluge, leur volonté à rester dessous s'émoussa, et ce malgré le légendaire courage des Gryffondors.

Déjà trempé, Sirius prit l''initiative et l'entraina par la main sur les galets instables. Ils battirent précipitamment en retraite, la devanture d'un magasin sur le front de mer leur servant de refuge précaire. Le souffle un peu court, ils se laissèrent tomber lourdement le long du mur avant de se regarder et d'éclater de rire.

Althéa torsada ses cheveux pour en déloger l'eau glacée sans le quitter des yeux. Elle voulait graver ce moment dans son esprit, cette vision de Sirius.

Adossé à la vitrine, ses yeux toujours perdus vers l'océan mais les coins de ses lèvres légèrement relevés, il était magnifique, comme toujours certes, mais la pluie avait plaqué ses cheveux en une masse d'ébène, rendue sa peau luisante, redessiné chacun de ses traits puissants, et le tout avait l'attirance brutale d'une créature sauvage.

-Ne t'en fais pas, ça ne durera pas, il pleut souvent un peu quand la marée change.

Elle le dévisagea, étonnée de sa soudaine connaissance maritime et soulagée qu'il ne donne pas à la flamme qui la dévorait plus de raison de la consumer.

Il haussa les épaules et répondit à la question informulée, inconscient ou ne jouant pas, pour une fois, de son charme indéniable.

J'habite ici, je commence à connaître un peu la ville.

-Tu vis ici?

-Bien sur, je n'allais pas rester toute ma vie chez les Potter!

-C'est étrange, murmura t-elle songeuse, je me prétends amoureuse mais je ne m'étais jamais demandé où tu pouvais habiter quand tu n'étais pas à Poudlard. Pourquoi ici?

-On y venait en vacances avec Régulus quand on était petit. C'était. .. bien.

Il avait buté sur le nom de son frère, une ride se formant entre ses sourcils alors même que sa bouche souriait à la mention de ses souvenirs avant qu'il ne tempère ses mots.

-C'est ton frère Sirius, ce sont vos souvenirs. Tu n'as pas à en avoir honte, peu importe les choix qu'il a fait par la suite.

Elle s'était blottie contre lui et avait posée sa joue sur le tissus râpeux de sa cape, alors que le bras de Sirius se refermait sur sa taille.

Il resta silencieux quelques secondes, le regard vers l'étendue grise formée par la pluie combinée à la mer puis posa délicatement son menton au sommet du crâne d'Althéa.

-Tu as raison, comme souvent.

Il avait chuchoté la phrase calmement, et Althéa se maudit par avance de rompre ces instants de paix mais c'était trop tentant.

-Toujours!

-Souvent!

Elle se détourna de lui, boudeuse mais ne resta pas dans son coin bien longtemps.

-Des moldus nous regardent? Dans sa poche sa main tâtonnait à la recherche d'un certain bout de bois.

Il jeta un rapide coup d'œil autours avant d'hocher la tête.

-Oui, pourquoi?

-Je voulais me sécher, murmura t-elle dépitée, et elle relâcha la baguette qu'elle venait de trouver.

-Donc tu avoue ne te servir de moi que comme radiateur de substitution!

Il jubilait, la pointant du doigt avec emphase, très bon dans son rôle autoproclamé d'ami trahi.

-Me voilà démasquée, soupira t-elle tristement en rentrant dans son jeu.

-Vile serpent!

Tel l'animal, elle lui tira la langue avant de le reprendre :

-Je ne serais jamais un serpent, trésor.

-Ah vraiment..? Il paraissait méfiant, toujours dans son rôle de composition. Et donne moi une bonne raison de penser le contraire!

Leurs paroles étaient à double sens, ou pouvaient être interprété ainsi mais elle n'avait pas le cœur à analyser au delà des facéties apparentes et elle répliqua la première chose qui lu traversa l'esprit :

-Les serpents sont des animaux à sang froid!

Il éclata de rire, repoussant sa tête en arrière.

-En effet, on ne peut te reprocher ça, ma charmante frileuse, tu es brulante.

-Fais attention à ne pas te bruler, alors.

Ne pouvant résister au défi qu'il devinait dans la phrase, il effleura ses lèvres et elle le repoussa en riant.

Tu piques trésor.

Il passa sa main sur sa joue mal rasée avant de concéder :

-Oui, en effet. Mais que veux-tu, nous n'avons pas tous la chance d'être aussi féminin que le charmant Lucius. C'est sur que lui ne risque pas de piquer.

Elle lui mordilla la lèvre.

-Aie!

-Ça t'apprendra à dire n'importe quoi. Qu'est ce que vous avez tous les deux à toujours parler de l'autre! Bientôt je vais vous organiser un rencart.

Sa bouche bien dessinée du jeune homme se déforma en une grimace prétendument horrifiée, mais revint quand même demander :

-Alors comme ça Malfoy parle de moi?

Elle retint difficilement de lever les yeux au ciel, alors que Sirius semblait plutôt fier de lui.

-'Scuse moi d'interrompre tes rêves de mariage avec l'autre blond, mais j'ai froid, moi.

-Sois pas fâchée Alth', tu seras la marraine du premier rejetton.

-Non mais je rêve! Dire qu'on ne devait pas parler de lui aujourd'hui. Et cette fois, la brune ne se retint pas de lever les yeux au ciel, alors qu'un Sirius goguenard avait repris sa marche sous une averse qui, comme il l'avait prédit, était presque terminée. Althéa avait naturellement emboité son pas.

Ou va t-on?

-Tu as froid, non? Alors on va se réchauffer.

-Et comment? Demanda la jeune fille sur un ton se voulant innocent, pas certaine de comprendre la bonne chose et sentant ses joues se colorer.

-Avec un café voyons, et il se renseigna en avisant son visage empourpré, à quoi pensais-tu?

Elle lui donna une bourrade dans les côtes.

-Tu sais exactement à quoi je pensais, car tu as fait exprès de formuler ça de manière ...équivoque.

Il rit mais ne ne se donna pas la peine de nier.

Le café en question était plus proche du salon de thé que du bar qu'Althéa avait brièvement redouté. L'ambiance était cosy sans tomber dans l'étouffement, et surtout un bon feu de bois ronflait dans la cheminé sur les tables les plus proches étaient déjà toutes occupées mais même de leur table la chaleur restait confortable.

-Bon choix, murmura Althéa.

-Je sais, lui répondit un Sirius d' une insupportable suffisance.

Un serveur vint couper la réplique de la jeune fille qui mourut sur ses lèvres.

-Que puis-je vous servir?

-Un café noir sans sucre et, il la dévisagea moqueur, laisse moi deviner, un thé?

Sans lui accorder un regard, elle s'adressa directement au serveur, un grand roux dégingandée qui ne devait avoir que quelques années de plus qu'eux:

-Un chocolat chaud, blanc s'il vous plait.

Dans un claquement de langue, Sirius décréta dès que le serveur se fut éloigné :

-Pur esprit de contradiction.

Elle lui renvoya son meilleur sourire angélique.

- C'est plus festif c'est tout, et tu pourras manger les marshmallows si tu veux.

Il leva les yeux aux ciels, l'air dépité par ses enfantillages mais répondit tout de même :

-D'accord.

Le nez plongé dans leurs tasses respectives, ils ne dirent rien pendant quelques minutes. Sirius finit le premier, alors qu'un groupe d'adolescentes entrait dans le café, et passait devant leur table.

Naturellement, il accorda un de ses sourires à une charmante blonde qui le lui rendit.

Dans un tintement de porcelaine, Althéa reposa un peu brusquement sa tasse sur sa soucoupe et enfonça ses ongles dans la chair de son poignet alors qu'elle susurrait :

-Goujat, Casanova à la noix. Rappelle toi, aujourd'hui c'est moi. Tu te remettras en chasse demain.

Il sourit, apparemment insensible à la douleur, et lui lança, provocateur :

- Tu es indétrônable, en douterais-tu?

Comme pour étayer ces mots, il lui murmura d'une voix trop légère pour être crue.

« Ton nom est dans mon cœur comme un grelot.

Et comme tout le temps, je frisonne

Tout le temps, le grelot sonne et le nom sonne »

Elle effleura les phalanges de la main masculine posée sur la table, remonta jusqu'au marques qu'elle venait de lui infliger et poursuivit d'une voix altérée.

-Non, non mon cher amour, je ne vous aimais pas.

La jeune brune secoua la tête comme pour sortir de sa torpeur, et reprit son timbre habituel.

Tu serais un très mauvais Cyrano, trésor. Je t'imagines mal restant dans l'ombre d'un autre toute une vie, tu as trop besoin de sentir les regards sur ta petite personne. Mais qu'importe tu n'as pas besoin de te couler dans les mots d' autrui. Si j'avais voulu d'un poète ce n'est pas toi que j'aurais invité. Comme pour faire passer le commentaire acerbe, elle enchaina :

Et puis d'ailleurs, comment connais-tu la littérature moldue?

-Cela a été une phase de mon insurrection familiale, même si comme ne manque jamais de rappeler James j'ai rapidement bifurqué vers les magazines de charme. Et toi?

Elle haussa les sourcils, pensant sans le formuler un ironique, « Magazines de charme comme c'est étonnant ».

-Mon grand-père, il est né moldu et il a tenu à me faire découvrir quelques classiques. Un sourire avait fleuri sur ses lèvres en remémorant le vieil homme et leurs heures heureuses passées ensembles, puis l'amertume revint au galop. Ce n'était pas à cause de cette fille, de ce sourire sans importance. Sirius était programmé ou presque pour faire le beau dès qu'une ravissante créature apparaissait, il ne s'en rendait même plus compte tant c'était devenu instinctif. Le problème n'était pas là mais dans la découpe des vers avec lesquels il avait voulut se faire pardonner.

« Je t'aime, j'en suis fou, je n'en peux plus, c'est trop / De toi je me souviens de tout, j'ai tout aimé. » Où sont-ils ces vers Sirius, ceux qui encadrent magnifiquement ceux que tu as cités. Est-ce parce que le mot amour est mentionné que tu les as tronqués? On ne récite pas de poèmes si on a peur des mots. Ou alors est-ce la seule citation que tu connais, et que tu récites, consciencieusement, à chaque proie?

Elle ne savait pas qu'elle réponse elle redoutait le plus, aussi elle ne l'attaqua pas sous cet angle.

Si tu tiens vraiment à paraître cultivé, au moins choisis bien tes citations, et tu n'auras pas à les couper, dis moi pour te moquer de ma réaction « Qu'est ce que la jalousie, sinon le reflet de ses propres échecs?», ou si tu veux te justifier alors « Pour les hommes, l'infidélité n'est pas l'inconstance », soit humoristique « Les crocodiles vivent cent ans, les roses trois jours. Pourtant on offre des roses». Ce n'est pas ce qui manque! Les belles phrases déjà toutes écrites, bien tournées, qu'il n'y a plus qu'à déclamer avec la bonne intonation. Ses yeux bleus à peine cernés de noir s'étaient agrandis. Je te veux toi, tes mots, tes pensées, pas ton baratin soigneusement élaboré pour faire craquer des filles déjà conquises.

Allez, je t'écoute! Elle ne s'était pas rendu compte du ton qu'elle avait progressivement haussé, attirant l'attention des tables avoisinantes. Elle ne savait même pas pourquoi elle était d'un coup tellement énervée.

-Les hommes c'est comme les chiens, ça mord parce que ça a peur, prononça t-il avec application en la fixant.

Et la tension, devenue palpable à leur table retomba d'un coup. L'intensité qui menaçait de faire voler en éclat son cœur diminua, le brouhaha des conversation reprit autours d'eux et elle ravala ses larmes en souriant presque.

-Tu vois que tu peux être très convainquant, quand tu t'en donnes la peine. Bien sur que j'ai peur. Je crève de peur Sirius, alors...

Elle fit un geste de la main, ne trouvant pas les bons mots pour décrire son état, ses doutes.

-Alors tu me pousses à la faute, espérant que je sois celui qui va tout gâcher, et pas toi.

Elle eut un petit rire désolé avant de prononcer :

-Exactement

- Il va falloir que tu te fasses à l'idée, je n'ai pas l'intention de te faire souffrir. Et tu vas probablement me faire plus mal que l'inverse.

Elle s'était reprise et dans un rire conclut :

- N'exagérons rien.

Ils avaient bu une deuxième boisson chaude, sans haussement de voix cette fois, juste les enfantillages habituels, rire des moustaches de lait de l'une, se proposer de les essuyer, les effacer, s'embrasser, puis s'arrêter quand l'un des deux se rappelle enfin qu'ils sont quand même dans un lieu public.

Puis ils étaient retournés se promener, Althéa l'avait dissuadé de fumer, car selon elle ses lèvres avaient meilleurs goût sans tabac. Il avait cédé, de mauvaise grâce mais il avait cédé.

Et maintenant ils déambulaient dans une après-midi qui s'éternisait sans qu'elle puisse dire si la nuit était proche ou s'ils venaient juste de dépasser l'heure du déjeuner.

-Attends moi là.

Surprise, elle le regarda se faufiler, rapidement englouti par une foule toujours aussi dense. Althéa elle-même était déportée par cette masse aux cent visages uniquement préoccupés à finir les achats à temps. Mais les faces moroses bien loin de l'esprit de Noël ne l'atteignaient pas. Elle était au dessus de ça, elle planait sous d'autres cieux, beaucoup plus bleus, beaucoup plus beaux.

Le courant humain la repoussa le long des façades aux côtés d'un Père Noël plus vrai que nature. Il lui sourit et entama un nouveau cantique. Elle ignorait les paroles, mais mémorisa vite le refrain, et nimbée de cet éclat que procure le bonheur le reprit avec lui, mêlant sa voix mélodieuse au profond baryton du vieil homme.

Elle était ridicule, sans doute, mais elle était heureuse et Althéa aurait voulu partager cette joie avec tous ceux présents.

Quelques passants s'arrêtèrent, et se rappelèrent l'espace de quelques secondes en contemplant une jeune fille aux yeux brillants et un vieux monsieur enrobé que les fêtes de fin d'année n'étaient pas juste un prétexte aux cadeaux. Puis le chant s'acheva dans un trémolo grave et le charme se rompit. Les « Je n'ai pas encore trouvé le robot du petit dernier! », « Fichue rupture de stock, où vais-je bien pouvoir trouver du foie gras maintenant? » reprirent le dessus.

Tant pis, elle aurait essayé, de toute manière Sirius venait d'apparaitre dans son champ de vision, l'heure n'était plus au chant.

Althéa prit congé du faux père Noël, qui la dévisagea ainsi que le jeune brun qui se dirigeait vers eux, avec bonhomie.

-Joyeux Noël jeunes gens, il accompagna sa remarque d'un clin d'œil.

-Alors, qu'est ce que tu fabriquais ? Demanda t-elle, plus curieuse qu'agacée.

Avec un sourire désarmant, il ouvrit le poing, et dévoila une fine bague en argent.

-Je t'ai vu la regarder tout à l'heure dans cette boutique.

Althéa resta quelques instant muette à fixer le bijoux et Sirius dut se méprendre sur la cause de son silence.

Je sais que tu ne porte jamais de bague mais je trouvais que celle-ci te correspond bien.

-Je n'en porte pas parce qu'on ne m'en a jamais offert de suffisamment belle, c'est tout. Et celle-ci est splendide.

Du bout de l'ongle, elle dessinait le contour des pierres, le grand onyx noir monté en bâte, encadré de chaque coté par trois minuscules pierres de lune d'un blanc laiteux. La monture ovale encadrait les pierres et l'argent renvoyait les lumières avoisinantes.

En quoi est-ce qu'elle me ressemble?

-Noir et blanc, cela résume bien ta dichotomie entre ce que tu es et ce que tu laisse paraître.

Plus touchée qu'elle ne voulait l'admettre, Alth leva légèrement les sourcils avant de repousser en une bourrade amicale le jeune homme.

-Dichotomie? Sirius, combien de fois t'ais-je dis de ne pas répéter les mots dont tu ne connais pas le sens juste parce que tu as entendu Rémus les dire?

Bien sur, le brun ne laissa pas passer cet affront et se vengea à coup de boules de neige. Elle riposta et une bataille endiablée s'engagea qui les laissa tout deux essoufflés et dégoulinant.

-Tu sembles toujours oublier que je suis au moins aussi doué que toi et Rémus.

Elle se releva péniblement du tapis de neige dans lequel ils étaient allongé et s'appuyant sur son coude domina un Sirius toujours étendu.

-En sortilège en tout cas, je suis la meilleure.

-Tsss, il fallait bien te laisser gagner devant eux.

-Menteur, j'ai toujours été la meilleure en duel.

Il eut un haussement d'épaule assez cocasse puisqu'il était toujours étendu, et qui devrait s'interpréter comme un « Si tu le dis » et qu'elle prit comme un signe de sa mauvaise foi devant son indéniable supériorité.

Il murmura un très mature « M'en fout, en métamorphose c'est moi » qu'il accompagna d'un sourire mystérieux.

Elle reposa sa tête sur son ventre, et fixa avec lui un ciel qui commençait à s'assombrir.

-Il va bientôt falloir que tu y ailles...grogna t-il mécontent quand les premières étoiles s'allumèrent.

Elle resta silencieuse, étonnée et il explicita.

Il se fait tard, tes parents vont s'inquiéter.

Ce n'était donc que ça se rassura Althéa qui sentit son ventre se décontracter.

-Et toi tu veux te débarrasser de moi?

Il s'empressa de répondre :

-Non, non, au contraire...

Et elle éclata de rire de le voir tomber dans le panneau aussi facilement.

-Sirius j'avais dit un jour. La journée est passée mais il nous reste encore la nuit. Je croyais que tu le savais.

Elle ne le voyait pas mais elle eut l' impression que la cage thoracique du jeune homme avait été déchargée d'un poids et son souffle souleva plus haut sa tête quand il articula un simple « Oh ».


[Appartement de Sirius

Lundi 21 décembre, soir]

-C'est chez toi?

La jeune fille fit quelques pas dans la pièce principale où ils venaient de transplaner, détaillant les photographies sur les murs qui autrement étaient plutôt vides. Les maraudeurs lui souriaient dans les cadres, parfois rejoints par d'autres personnages. Une Lily qui tout en enlaçant James lui adressait des signes de la main, un couple qu'elle reconnaissait pour les avoir vu à King Cross comme les parents Potter, une cousine plus âgée de Sirius qui malgré son uniforme vert avait gagné sa place sur le mur, Andromède ou un nom du même genre lui semblait-il.

La voix grave s'éleva dans son dos.

-Oui, payé avec l'argent d'un autre paria de la famille. Entre moutons noirs on s'entraide. L'amertume perçait entre les couches d'amusement. Je n'y suis pas souvent, alors la déco est encore sommaire.

-J'aurais dit minimaliste.

Le parquet crissa et en un instant il fut contre son dos, ses bras enserrant fermement sa taille alors que son nez se perdait dans les boucles odorantes.

Il articula, susurra contre son oreille, son corps pressé contre le sien, en une question rhétorique :

-Alors que fait-on?

Son souffle était brulant, mais Althéa tremblait sous le coup de doutes qui choisissaient ce moment précis pour faire leur retour. Ils n'étaient pas nouveaux, c'étaient les mêmes, toujours les mêmes depuis sa cinquième année.

Il était Sirius Black, l'inconstant, charmant, versatile, exigeant Sirius Black. Scabreux et gouailleur. Tous ces traits de caractère qui l'avait fait l'aimer, et plus encore le repousser.

Lui ne l'aimait pas, bien sur que non, même si la journée écoulée avait pu en donner l'illusion. Il la désirait, c'était ce tout ce à quoi elle aurait droit. A cette convoitise qui ne se drapait même pas sous le langage imagé de l'amour.

Bien sur, elle savait en donnant ce rendez-vous qu'elle coucherait avec lui. C'était la suite et fin logique de leur histoire avortée, de leur aventure d'un soir aux faux airs d'idylle. Un au revoir inscrit sur leurs corps avec passion, avec amour ou au moins une étincelle suave d'affection qui y ressemblait, avec haine et violence au pire, avec une lenteur insupportable peut-être, mais pas avec cette hâte pressante et pénible qui ôtait tout charme au moment.

Cela devait être magique! Epique! C'était l'apanage des rêves, ils confinaient à la perfection, et celui-ci avait été redessiné tant de fois, avec tant de scenarii possibles qu'il n'avait plus de forme bien particulière, juste un parfum d'absolu, une beauté soupirée, un goût d'achèvement.

Il n'avait pas le droit de juste tirer son coup, elle avait besoin que se soit grandiose! Parce qu'il n'y aurait pas d'autre fois, parce qu'il fallait que ca en vaille la peine! Elle avait sacrifié son bonheur à cause de ses bravades, et maintenant elle renonçait à son orgueil, cette protection si sure, pour lui.

Mais il semblait s'en foutre.

Alors elle le maudit, lui, Lucius et tout les autres qui prenaient son corps pour un exutoire charnel, qui sous prétexte qu'ils la croyaient forte s'autorisaient allusions et sous-entendus sans tact, qui piétinaient allègrement son cœur de gamine.

Mais elle était lasse de se débattre, de défendre une vertu, une innocence depuis longtemps perdue, et puis elle le voulait, autant ou plus, probablement plus que lui, alors il ne comprendrait surement pas les subtiles objections que lui soumettait son esprit. Le problème était surement là, elle voulait plus, elle voudrait toujours plus que ce qu'il pourrait lui donner, que ce qu'elle pourrait prendre. Mais il était là, pour une nuit seulement. Alors elle délaissa son amour-propre, et se laissa couler dans le moule de toutes les autres, la magie évaporée, sa lèvre inférieure tremblant des illusions perdues.

Les yeux brillants, Althéa se retourna pour lui faire face et caressa la peau douce dans le creux de son poignet avant de murmurer :

-Ce pourquoi je suis venue je suppose. Son timbre était légèrement fêlé mais il n'y prit pas garde.

Enfin, c'est ce qu'elle crut d'abord.

Mais d'un doigt, il lui releva le visage, et la scruta longuement.

-Petite idiote, ses yeux brillaient tellement qu'on aurait le croire en train de prononcer les plus belles déclarations, qu'est ce que je vais faire sans toi?

Il replaça une mèche volage derrière son oreille et l'embrassa doucement sur le front dans, dans un baiser chaste, pur, sincère.

Et dans la grâce posée du moment, Althéa comprit. Qu'importait si ce n'était pas exactement de l'amour. Pourquoi vouloir à tout prix déterminer ce que c'était? C'était réel.

Et ses doutes se turent.

Au final, peut-être que la nuit serait épique.

- La question pour l'instant est, que va tu faire avec moi?


Étendus l'un près de l'autre, dans un lit aux allures de champ de bataille, Sirius, les bras croisées derrière sa nuque, attendait qu'elle parle. Ce qu'elle ne fit pas. Alors il se résolut à rompre le silence de la pièce où semblaient s'éterniser l'écho de leurs soupirs languides, épaississant l'air.

-Je t'attendrai.

-C'était si bien? Je suis flattée.

Le faible rayon de lune donnait à sa peau pâle une délicieuse transparence, une sensuelle féerie, et son sourire épanoui n'éclipsait pas l'éclat de ses prunelles. Elle se redresse un peu sur l'oreiller, passa sa main sur ses yeux où naissaient de légères cernes mais son regard arrêta de pétiller quand elle reprit.

-Il ne faudrait mieux pas, tu pourrais attendre longtemps. Tu mérites mieux que ça.

Il fronça les sourcils devant les non-dits de cette phrase.

-Et toi ?

-Moi, j'ai pris ma décision il y a longtemps. Elle s'était relevé et s'étira sans se soucier du draps qui glissait et révélait ses formes.

Même si c'était pour les mauvaises raisons. Elle lui sourit malicieuse, tout leurs éclats de voix lui semblaient si loin. Et si je parviens à sauver l'un d'entre vous, de l'un des nôtres, alors cela n'aura pas été vain.

-Tu es folle... prononça t-il admiratif, alors que sa main parcourait machinalement le dos de la jeune fille.

-Je suis amoureuse de toi, alors bien sur que je suis cinglée. Léger les mots, tout léger, pour ne pas le brusquer, ne pas lui mettre de couteau sous la gorge même maintenant. Tout en rattachant ses cheveux en une queue de cheval, pour minimiser leur impact. Qu'il ne se sente obligé de rien, surtout maintenant que c'était presque fini. Mais ça en vaut la peine. Sous le ton déterminé se devinaient les angoisses, et derrière les six mots, un credo qui la rassurait.

Tu crois que cela va être aussi horrible qu'on le prédit?

-Tu ne devais pas oublier tout ça pour une journée?

Je sais, je gâche tout, encore une fois. Et tu ne veux pas répondre, car je ne vais pas aimer la réponse, et que contrairement à moi tu veux conserver notre bulle de rêve intacte. Mais j'ai besoin de savoir.

-Sirius, répond s'il te plait.

Il se mordilla la lèvre, cherchant comment occulter le sujet sans la brusquer.

-Il y aura une guerre, c'est presque certain. Mais nous sommes du bon coté.

Son sourire s'étira en une étrange grimace.

-N'est ce pas ce que disent toujours les deux camps?

Il rit.

-Mais nous c'est vrai.

Il la fit rouler sous lui et immobilisa ses fins poignets au dessus de sa tête.

A moins que tu nous trahisse. Le sourire était carnassier.

-Quelle idée! Jamais!

-Tu devrais pourtant y songer. Si cela tourne mal. Si Dumbledore n'est plus en mesure de te protéger, s'il m'.. nous arrive malheur. Si on perds, toi tu as une chance de t'en sortir.

La visage d'Althéa pâlit, et se força à occulter la vision d'un Sirius mort. Elle pinça ses lèvres et plongea son regard déterminé dans les prunelles grises.

-Alors je ne voudrais pas survivre.

Il rit devant son obstination de petite fille têtue.

-Oh que si. Tu va me promettre de sauver ton exquise peau quoi qu'il arrive.

Peau si attirante que ses lèvres avaient recommencés à s'y promener librement. Il remonta lentement vers sa tête, ponctuant son ascension de caresses et susurra près de son lobe :

-Alors j'ai ta parole?

Elle ne répondit pas, pas directement du moins, mais un gémissement voluptueux s'échappa de ses lèvres malgré elle.

Il s'esclaffa.

Je prends ça pour un oui.


Elle s'était éclipsée au matin, discrète dans la pénombre de la chambre maintenant apaisée. Il fallait partir avant qu'il ne se réveille pour ne pas vaciller et céder à la délicieuse tentation de sa peau, encore, avant que le ciel s'éclaire et qu'elle n'ait dépassé le jour autorisé, avant qu'elle ne réalise peut-être que cela ne pouvait être qu'un rêve, un fabuleux rêve.

Elle avait effleuré des doigts la masse noire de ses cheveux répandue en soleil sur l'oreiller, sentie sur sa peau son odeur encore bien vivace, vérifiée que sa bague était bien à majeur et à pas de loup avait quitté la pièce.

Sur le seuil, elle ne put s'empêcher de se retourner et chuchota dans un sanglot.

Ne m'en veut pas, s'il te plait ne m'en veut pas, de toute manière un départ ça ressemble toujours à une fuite.


Un avis?