Chapitre 11 – Woodstock
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L'un des quatre hommes affectés à la surveillance de Lorne et McKay interpelle ceux en charge du mess.
« Hé, Fox, Sliders ! On vous en amène deux autres.
- Tiens, se moque Fox, vous êtes libérés de vos liens ?
- Oh, c'est bon ! Si c'est pour critiquer, tu peux la fermer !
- Je plaisante. C'est qui ces deux là ?
- Un major et un scientifique qui n'arrête pas de se plaindre !
- Ça doit être McKay, suppose Sliders.
- Je ne me plains pas !
- Ben oui, c'est ça !
- Fermez-là, McKay !
- Mais...
- Tu ferais mieux d'écouter ton pote, menace Fox. Lui, au moins, il dit des trucs censés ! »
D'un regard noir, le major fait taire astrophysicien qui allait de nouveau ouvrir la bouche.
« Ben voilà, commente Fox, c'est beaucoup mieux ! Allez, mettez-les avec les autres.
- El est prévenu ? questionne Sliders.
- Pas encore.
- Tu veux que..
- On s'en charge.
- C'est toi qui vois. »
Fox allume sa radio.
« Sven, on vous en envoie deux autres.
- Allez-y. »
Sliders s'approche et commence à ouvrir la porte.
Face au regard interrogatif que lui lance le militaire, Alem reprend.
« Vous savez, la période hippie !
- Je ne vois pas le rapport.
- Je suppose que ça veut dire non.
- Est-ce-qu'un jour tu pourras me faire une réponse digne de ce nom ?
- Vous savez que parfois vous êtes plus que pénible ?
- Moi ? Pénible ? Jamais !
- À jouer les imbéciles, un jour ça vous retombera dessus ! Quoi que je me demande si c'est pas déjà le cas.
- Je ne joue pas les imbéciles !
- « S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité. »
- Qui est le sombre idiot qui a pondu une phrase pareille ! ?
- Tacite.
- Oui, eh bien...
- Vous devriez vous taire ça vous évitera de sortir d'autres bêtises. »
L'homme se tait, l'espace de quelques secondes, avant de reprendre la conversation.
« Pourquoi as-tu dit que ça aller me retomber dessus ?
- Ça l'est déjà.
- Pour l'amour du ciel ! Tu ne peux pas me donner une véritable réponse pour une fois dans ta vie !
- Victor Hugo a dit « La liberté d'aimer n'est pas moins sacrée que la liberté de penser. » et Benjamin Franklin « Ceux qui abandonnent une liberté essentielle pour une sécurité temporaire ne méritent ni la liberté, ni la sécurité. ».
- Je ne vois pas où tu veux en venir ! Les paraboles et les belles phrases philosophiques sont la spécialité de Daniel, pas la mienne.
- « Tu cesseras de craindre si tu as cessé d'espérer. » *
- Tu as fini ? »
À l'intérieur du mess, la radio d'un des hommes grésille.
« Sven, on vous en envoie deux autres.
- Allez-y. »
Le dénommé Sven fait signe à son compagnon. Tous deux se placent de façon à réceptionner les nouveaux arrivants, tout en gardant un œil sur les prisonniers. La porte commence à s'ouvrir.
Il n'en faut pas plus pour que les captifs, sous le commandement d'Adams, déclenchent l'offensive. Ils se ruent sur les deux hommes. Des coups de feu sont tirés sans qu'il n'y ait aucun dommage. Ils les maîtrisent rapidement et saisissent leurs armes pendant que d'autres s'engouffrent par la porte ouverte.
À peine la porte est-elle entrebâillée que Lorne précipite le scientifique sur le côté, l'envoyant rouler au sol. Des tirs se font entendre de l'autre côté et du leur dès que d'autres forcent le passage. Le militaire rejoint ses compagnons. La bataille fait rage. L'un des autres parvient à envoyer un message radio...
« Les prisonniers s'échappent, demandons des renforts ! »
...avant de se faire maîtriser. Mais c'est trop tard, sans le savoir, il vient de donner le signal qu'attendent ses adversaires.
Le général a l'air excédé.
« Vous savez, je pourrais continuer comme ça pendant des heures ! s'amuse Alem.
- Ce qui m'avance en quoi ? Je n'ai rien compris de ce que tu viens de dire !
- Au contraire, vous avez tout compris, même plus que ce que je pensais !
- Qu'est-ce-que tu veux dire ?
- Depuis le début de notre conversation vous n'avez pas cessé de jouer avec la bague. »
Il lui indique son annulaire gauche. Il ne cesse de passer et repasser ses doigts sur l'anneau d'argent, qui l'entoure.
« Mais je crois que le terme "alliance" conviendrait mieux.
- Je... »
La radio grésille l'empêchant de continuer sa phrase.
« Les prisonniers s'échappent, demandons des renforts ! »
Le garçon profite de l'interruption pour clore la discussion.
« Allons-y, sinon on va tout faire rater. »
Il passe dans le couloir.
« Même au paradis il serait insupportable de vivre seul. Alors bougez-vous ! » **
Et sans laisser le temps au général de répondre, il s'élance à toute vitesse vers la salle du fauteuil, suivi par un Jack O'Neill totalement stupéfait.
La radio des autres grésille.
« Les prisonniers s'échappent, demandons des renforts ! »
C'est le signal. Aussitôt Jennifer renverse au sol des flacons se trouvant à sa portée. Les hommes de la cité placent les masques qu'ils ont en main sur leur visage. Les tubes de verre se brisent et une odeur acre se répand. C'est un mélange spécial de diverses plantes de la galaxie de Pégase. Ses effets sont immédiats, ce dont les autres vont rapidement se rendre compte.
En effet, ils se mettent bientôt à tituber et à afficher des mines ébahies et ravies. Les femmes présentes les rejoignent, pendant que les autres hommes présents profitent du spectacle.
Ils les laissent approcher sans émettre la moindre résistance. Armées de tranquillisants et de somnifères elles les mettent rapidement hors d'état de nuire. Elles réajustent ensuite leur tenue, cachant la précédente vue plongeante de leur décolleté.
Jennifer Keller sourit. Ils auront finalement à trouver une utilité au puissant hallucinogène, découvert dans la galaxie de Pégase, que contenaient les flacons. N'ayant d'effet que sur les hommes, en plus d'affoler leur taux d'hormones, le produit est hallucinogène. Et vu leurs réactions, au moment où elles se sont débarrassées d'eux, ces hallucinations devaient être, pour eux, de merveilleux fantasmes.
Ils font le tour de la salle du fauteuil. Il n'y a personne. Les patrouilles de ce secteur sont parties appuyer leurs compagnons, submergés, du mess. Il ne doit normalement rester que quatre hommes à l'intérieur.
Ils avisent la porte. Avant d'entrer, Alem prévient le général.
« Il y a beaucoup de fumée là-dedans. Ses principaux effets ont disparu, mais ça reste de la fumée avec tous ses inconvénients. »
O'Neill acquiesce et ouvre la porte. Ils pénètrent dans la pièce silencieusement, le col de leurs vestes remonté sur leurs visages.
La pièce est effectivement envahie par un épais brouillard. Comme avec toute fumée, la respiration et la vision sont rendues difficiles. Ce qui surprend tout d'abord, c'est sa couleur. Elle est rose fluo. Ce n'est pas un coloris ordinaire. Ce qui surprend ensuite, ce sont les sons qui leurs parviennent, légèrement ouatés. Ce sont des cris d'allégresse et des suites de mots sans queue ni tête.
Ce qui termine d'étonner, c'est l'attitude des quatre hommes armés. Leur gestuelle est tout aussi incohérente que leur langage. Ils zigzaguent, titubent, manquent de s'écrouler à chaque pas...
O'Neill, ahuri, reste figé sur le seuil face à cette scène incroyable. Il n'en revient pas. Les soldats en face de lui sont totalement déconnectés de la réalité. Ils ont l'air ivre. Pire, ils ont l'air de planer. Oui, c'est ça, les hommes devant lui sont drogués, même totalement shootés.
Sur la planète habitée où a été découvert l'hallucinogène, a également été trouvée une plante aux fleurs d'un rose éclatant. Séchées et réduites en poudre, cela devient une drogue extrêmement puissante. Diluée dans de l'eau et associée à du C4, pour faire exploser les flacons, le produit a été diffusé dans tout le système d'aération et a envahi la pièce sous la forme d'une épaisse fumée.
Alem saisit le zat, qu'il avait gardé sur lui et tire sur l'un des soldats. L'homme s'effondre, inconscient. O'Neill sort de sa torpeur et prend le sien afin de l'imiter. En quelques secondes les quatre hommes sont au sol.
Les ennemis du mess ont été maîtrisés. Les civils, encadrés par des militaires, font route vers les quartiers. De nouveaux soldats font irruption. Le combat s'engage entre les deux forces présentes.
Bien que sans armes, les atlantes prennent rapidement le dessus. Ils s'emparent de celles de leurs assaillants et les enferment dans la vaste salle. Les rôles sont inversés.
Une poignée d'hommes montent la garde pendant que d'autres se dirigent vers l'armurerie, sous le commandement du major Lorne.
À l'infirmerie, ils attachent les hommes inconscients et prennent leur place. Ici, tout est sous contrôle.
Sheppard se redresse sur son lit, un sourire carnassier sur les lèvres. Ils vont regretter de s'en être pris à leur cité.
Teyla et Markham réceptionnent les civils. Ils mettent en place une surveillance.
Quand la zone est totalement sous protection, ils la quittent pour rejoindre leurs camarades.
La fumée se dissipe. Jack et Alem en profitent pour attacher les quatre hommes.
« Woodstock, hein ! commente le général.
- J'ai pas trouvé mieux.
- Tu parles d'une comparaison ! »
Une fois qu'ils sont solidement ficelés, le militaire se charge de mettre les soldats contre le mur. La fumée a totalement disparu. Il se place dans l'encadrement de la porte pour surveiller. Le garçon ne perd pas de temps et s'assoit sur le fauteuil. C'est à lui de jouer, maintenant.
En salle d'embarquement, El enrage. Tout son plan est en train de tomber à l'eau à cause d'un gamin. L'espion et lui ne devaient pas être un problème, personne ne devait être en mesure de rallier la cité.
Résultat : le gamin le tient en échec, l'espion est toujours vivant, des renforts sont arrivés et toute la cité, hormis l'endroit où il se trouve, a été reprise. Ce qu'il prépare depuis des mois avec quelques terriens va être réduit à néant en quelques heures !
Ses yeux s'illuminent de colère, sidérant ses hommes sur place. Il se détourne d'eux pour reporter son attention sur les ordinateurs. Les caméras n'affichent plus rien. Elles ont été neutralisées. Il s'adresse à ses hommes avec humeur.
« Qui avons-nous dehors ?
- Personne. Tout le monde a été pris monsieur. »
Il croit s'étrangler à cette annonce. Tous ont été pris. Il aurait dû s'en douter. Voilà ce que ça donne de faire affaire avec des incapables !
Le goa'uld affiche une grimace de dégoût. Et monsieur ! Comment peut-on l'appeler comme ça ? On devrait l'appeler mon seigneur, s'incliner devant lui, lui montrer le respect et l'obéissance dus à un dieu ! Pas lui donner du simple monsieur.
« Préparez-vous, ordonne-t-il. Ils ne vont pas tarder à nous attaquer.
- Ne devrions-nous pas nous rendre ?
- Jamais ! Nous avons encore une chance de reprendre la cité. Postez-vous devant chaque entrée. »
Ses yeux se remettent à briller. La menace est claire. S'ils ne s'exécutent pas, il se chargera d'eux lui-même. Le bracelet qu'il porte au bras gauche en est le garant. Vaincre ou mourir telle est sa devise.
John s'empare d'un zat. Les antidouleurs ont beau faire de l'effet, ses blessures l'handicapent tout de même. Le zat est la seule arme dont il va être capable de se servir.
Lorne, Teyla, Markham, Adams et les autres les ont rejoints. Ils se sont armés.
Ils se répartissent devant tous les accès de la salle de la porte et du hangar à jumpers. Sheppard saisit sa radio.
« Général, nous sommes prêts. »
Alem vient de prendre place sur le fauteuil. Il reprend le contrôle de la vidéo surveillance et en prive leurs adversaires. Mais ils ont toujours les détecteurs.
« Je ne peux pas reprendre le contrôle de toute la cité, dit-il. Je peux déverrouiller les portes qui mènent à la salle d'embarquement, mais c'est tout.
- Ce sera suffisant. »
Leur radio grésille.
« Général, nous sommes prêts.
- Reçu, on vous ouvre. Alem ?
- C'est parti ! »
Les portes s'ouvrent. John affiche un sourire railleur.
« Et que la fête commence ! »
Il s'engouffre dans la salle avec ses compagnons. Les autres ouvrent le feu.
* Hécaton de Rhodes, philosophe stoïcien
** Proverbe russe
