Hep les amies !
Le chapitre 11 tant attendu :D
Merci pour vos reviews sur le dernier chapitre au fait ;)
Et pour ce chapitre, nous allons voir nos stratèges préférés confrontés à Goenji et Minako, un jeu d'espion bien pensé et une découverte fondamentale...
Enjoyez ! ~
«Arrête ça !»
Fudo venait de hausser la voix et Ramsès n'avait visiblement pas apprécié. Il avisa la boule de Noël avec laquelle il s'amusait, puis Fudo, et recommença à la maltraiter avec son insolence toute féline. Le brun soupira et s'apprêtait à prendre l'objet de force lorsque Kido réitéra son ordre d'une voix grondante :
«Ramsès, arrête.»
Tous les poils du matou se hérissèrent sur son dos alors qu'il se figeait, attentif, et il détala lorsque le châtain se pencha pour saisir la sphère dorée qui lui servait de jouet. Les deux jeunes hommes étaient à genoux devant leur connifère, en train de le décorer. Ils avaient tous les deux réservé leur samedi pour aller acheter un petit sapin et quelques décorations pour complèter la vieille collection de Kido. Déambuler dans les rues du centre-ville à moins d'une semaine de Noël rendait les choses à la fois plus irritantes et féériques. Certes il y avait un monde fou dans toutes les boutiques, et on se bousculait sur les trottoirs, mais toutes les vitrines débordaient de magie et le froid mordant permettait de mieux savourer les chocolats chauds ou les châtaignes qu'on vendait à chaque coin de rue. Finalement, ils étaient revenus avec une multitude d'achats, profitant des offres spéciales de Noël, de décorations plus que de nécéssaire et un sapin d'un bon mètre cinquante.
«Pourquoi Ramsès t'obéit à toi et pas à moi ?» grommela le brun, vexé.
«Il a dû sentir que j'étais le mâle alpha.» plaisanta le concerné d'un ton espiègle.
«Hin hin.»
Fudo fit mine de bouder tout en continuant de décorer sa partie du sapin. Il avait bien compris que Ramsès le considérait encore comme un étranger et avouait que ça le frustrait absolument.
«C'est juste que toi tu es celui qui le gâtes et moi celui qui le gronde.» se corrigea le coach. «Il te reste des boules dorées ?»
«Oui tiens.»
Fudo en tendit quelques-unes à son interlocuteur. Il aimait le son que produisaient les boules de Noël lorsqu'elles se cognaient entre elles : ce n'était pas ce tintement clair des clochettes, ni celui brouillon des grelots, c'était seulement le bruit de deux sphères de plastiques creuses qui s'entrechoquent. Pourtant c'était fantastique, c'était un son qu'on ne pouvait pas imiter, qui au dehors de toute son identité, avait une signification particulière ; Noël. Fudo jeta un coup d'oeil discret vers son compagnon, qui s'appliquait, et sourit. Il avait profité que Kido aille s'occuper du cadeau de Haruna pour aller lui acheter le sien, en douce. Il avait craqué pour un assortiment de tabliers avec les inscriptions "Je t'aime" sur l'un et "Moi non plus" sur l'autre. Il avait tout de suite trouvé le système aussi kitch qu'amusant, et avait envisagé d'offrir le "Je t'aime" à son partenaire et de garder l'autre. Ce n'était pas un cadeau de luxe mais c'était personnel. Et puis Fudo n'avait pas résisté à l'image de Kido portant un tablier rose avec un "je t'aime" en blanc et des fleurettes. Bien évidemment, le "moi non plus" était bleu, et Fudo avait volontairement choisi de le garder : toute cette réflexion l'avait mené à retenir un fou rire monumental dans le rayon cuisine du magasin.
Il avait caché le cadeau dans ce qui était devenu sa partie de l'armoire. Il l'avait dissimulé sous ses propres sweaters et t-shirts en se disant que son copain n'irait probablement pas chercher là-bas.
«J'ai fini.» déclara-t-il en accrochant un dernier petit nœud papillon rouge sur une des branches.
«Moi aussi.» fit le châtain à côté de lui.
Ils se levèrent pour contempler leur œuvre et Kido lâcha un soupir de satisfaction. Le sapin était décoré de bas en haut, de boules dorées ou ivoires et de nœuds rouges. A présent, il fallait mettre les guirlandes.
«Prends ce bout-là et aide-moi à l'enrouler autour du sapin.» lança l'entraîneur en lui tendant l'extrémité d'une guirlande pailletée de couleur dorée.
Ils installèrent celle-ci, puis une deuxième, avec de petites ampoules cette fois, et s'éloignèrent une nouvelle fois en respirant profondément pour admirer le travail.
«Prêt ?» fit Kido.
«Prêt.» souffla l'informateur.
Le châtain alluma la guirlande électrique et éteignit la lumière dans le salon. Le sapin s'illumina, parsemé de petites lueurs blanches et dorées qui se reflétaient dans les boules à la surface miroir. C'était vraiment un sapin de Noël magnifique. Même s'il n'était décoré symétriquement, même si le répartissage des guirlandes n'était pas des plus homogènes, c'était le plus beau sapin que Fudo n'ait jamais vu.
«On a oublié de mettre l'étoile.» fit remarquer Kido.
L'étoile en haut du sapin. Fudo regarda à ses pieds, puis autour de l'arbre.
«Où elle est ?»
Le coach ralluma la lumière et chercha à son tours sans résultats : ils ne l'avaient tout de même pas laissée dans la boutique ?
«Je me souviens l'avoir déballée pourtant.» murmura le châtain comme s'il avait lu dans ses pensées.
«Elle est peut-être sous un meuble ?»
Ce disant, le brun s'était penché pour regarder sous le canapé, sans succès. Il se redressa en marmonnant qu'il commençait à avoir mal au dos à force de rester penché sur le sapin pour le décorer.
«Hé, t'as vu l'heure ? Il faut se préparer !» s'exclama soudainement Kido.
Et avant que Fudo n'ait le temps de jeter effectivement un coup d'œil à la pendule, son compagnon l'entraina dans leur chambre. Il sortit précipitamment du placard une chemise blanche, un pantalon, une de ses éternelles cravates et une veste, et avisa le brun :
«Qu'est-ce que tu veux mettre ?»
«Un sweat.»
Le regard qu'il lui lança fit comprendre à Fudo qu'il ne pouvait pas décemment aller à une réception en jean-baskets. Il haussa les épaules, faisant signe à son vis-à-vis qu'il pouvait choisir pour lui. Il devait avouer que même s'il était déterminé à récupérer les infos, il appréhendait légèrement la soirée ; et si quelqu'un finissait par le reconnaître ? Il ne pouvait pas vraiment faire plus qu'espérer que tout aille pour le mieux, alors il stressait, naturellement. Kido lui avait sorti un t-shirt à manches longues noir en col v et une veste en motif prince de Galle qu'il portait occasionnellement.
«Essaie ça.» dit-il en les lui donnant.
«Très bien mademoiselle la styliste.»
Son ton moqueur lui valut une tentative de coup de cravate, qu'il esquiva avec agilité. Il lâcha un rire plus nerveux que franc et Kido lui lança un coup d'œil compatissant : il avait saisi son inquiétude.
«Tout ira pour le mieux.» lui assura-t-il, et le brun répondit par un sourire fatigué.
Ils s'habillèrent sans rien ajouter ; Fudo se sentait déjà apaisé rien que par le regard bienveillant que son compagnon posait sur lui. Il avait parfois du mal à croire ce qu'il fichait avec lui, mais dans ces moments-là, ça ne faisait aucun doute, il ne pouvait tout simplement pas être ailleurs. Il sentit les mains de son compagnon se glisser par derrière, sur ses hanches, et venir fermer sa fermeture de pantalon sensuellement. Des lèvres familières se posèrent sur sa nuque duveteuse et il posa ses propres mains sur les siennes, passant entre ses jointures pour les serrer.
Ils allaient y arriver.
Fudo devait se rendre à l'évidence : ce n'était clairement pas son monde.
«Kido-sosei.»
L'homme qui leur ouvrit la portière de voiture s'inclina respectueusement alors que le châtain cherchait un billet pour le pourboire.
«Je vous rappellerai pour partir.» fit-il savoir alors que le chauffeur acquiesçait silencieusement.
Le brun observa un instant le coach empruntant le chemin éclairé qui montait vers le palais des colonnes et lui emboîta le pas en silence. Le palais était ainsi nommé en raison des piliers d'inspiration occidentale classique, d'un blanc porcelaine entretenu qui encadraient la porte d'entrée. Ils soutenaient certainement une terrasse à l'étage et formaient un préau sur un bout de l'immense jardin. Les baies vitrées donnaient un aperçu de la réception qui battait son plein dans la salle, et Fudo se mit à marcher dans l'ombre de son compagnon sans vraiment y prêter attention. Le palais était l'ancien siège de l'ambassade Australienne -qui avait déménagé depuis- et avait été racheté par un particulier, membre depuis quelques temps du Fifth Sector. C'était un manoir colossal au jardin proportionnellement grand, d'une allure contemporaine et épurée, tout en blanc dans le paysage nocturne.
Ils arrivaient à l'entrée : Kido se tourna une dernière fois vers lui d'un air assuré et lui répéta pour le rassurer :
«Tu n'auras pas besoin de rester longtemps. Juste assez pour que les gens te voient avec moi, comme ça personne ne te posera de question quand tu iras en exploration.»
Le brun acquiesça, fébrile.
«Comment tu t'appelles ?» demanda le coach pour le tester.
«Kagemi Shoichi, 22 ans, travaille dans l'industrie textile, on s'est rencontré dans un café près de là où je bosse.»
«Tu vois ? Aucune raison de stresser. Détends-toi.»
La voix apaisante de l'entraîneur eut l'effet positif de calmer les nerfs de l'indic. Il essayait vraiment de se détendre, sachant que sa nervosité pouvait paraître suspecte et que la moindre suspicion risquait de mettre la mission en échec... Mais il sentait ses muscles tendus et ses poils dressés sur sa nuque : il était en territoire ennemi et son sentiment d'insécurité était incontrôlable.
Deux types de la sécurité ouvrir les portes vitrées lorsqu'ils arrivèrent devant et ils passèrent en silence pour rejoindre la chaleur de la salle de réception. Un orchestre jouait du swing et quelques personnes s'amusaient déjà à se trémousser dessus. Une domestique arriva pour prendre leurs manteaux et ils avancèrent, Fudo suivant de près son partenaire. Il sentait sur lui les regards curieux, voir inquisiteurs des autres convives, et aurait vraiment voulu disparaître sous terre. Il détestait qu'on parle dans son dos.
«Aah, Kido, enfin !»
La voix chaleureuse du blond retentit depuis l'autre bout de la salle et ceux qui ne les avaient pas encore vu eurent vite fait de les remarquer : Fudo tenta de rester calme et d'ignorer la multitude de paires d'yeux qui le fixaient. Il admira plutôt la démarche chaloupée de la cavalière de Goenji, dont la robe bleu-canard soulignait la rousseur avec une élégance irréelle. Le vêtement marquait ses hanches pointues et ses jambes longues et fines étaient mises en valeur par sa paire d'escarpins noirs. C'était une très belle femme.
«Ishido.» salua simplement Kido en souriant, alors que son ami arrivait, Minako à ses côtés.
«Toujours aussi sérieux ?» soupira le blond.
Puis il porta son attention sur le brun, plissant momentanément les yeux avant de reprendre.
«Vous devez être le fameux compagnon. J'aurai aimé dire que Kido m'a beaucoup parlé de vous mais... C'est un cachotier.»
Le brun avisa la main que lui tendait le locuteur et la serra.
«Kagemi Shoichi.» se présenta-t-il.
«Kagemi-san.» répéta le blond comme pour enregistrer le nom. «On se serait pas déjà croisés ? Votre visage me dit vaguement quelque chose...»
Fudo resta sans voix, troublé par la question, et tenta de garder sa contenance en attendant de trouver quoi répondre. C'est finalement Kido qui intervint, afin de lui sauver la mise :
«Ishido, n'essaie pas de draguer Shoichi s'il te plaît.» avait-il dit d'un ton faussement sec.
«Loin de moi cette idée.»
Fudo se retint de soupirer et s'autorisa même un sourire discret : il devait essayer de gérer seul à présent. Il se redressa pour prendre de l'assurance alors que le blond reportait son attention sur lui :
«Cependant je dois avouer que Kido à bon goût. Qu'en dis-tu Usagi-chan ?»
«J'admets. Je parierai sur Kido-sosei pour le premier à s'être déclaré.»
«Hmm, moi aussi.»
Les deux s'amusaient bien apparemment. Kido leva les yeux au ciel et ils gloussèrent avec amusement.
«Kagemi-san, est-ce que Kido est toujours aussi coincé ?» demanda le protégé de Senguuji, moqueur.
«Je ne suis pas coincé !» rala le concerné. «Et arrête ton cirque un peu, tu vois bien que tu le mets mal à l'aise.»
«Mais non voyons. Ou bien tu as peur qu'on aborde le sujet du lit ?»
«Ishido !»
Alors que les deux membres se disputaient comme des enfants sous les regards amusés des invités qui passaient par là, Fudo sentit sur lui le regard de la jolie rousse. Est-ce que ce genre de manège arrivait fréquemment ?
«Ils sont souvent comme ça.» sourit-elle comme si elle avait saisi le cours de ses pensées. «Ils sont les vrais enfants de l'organisation, et pourtant ils s'imaginent avoir plus de responsabilités que quiconque.»
«Les enfants de l'organisation ?
«Ishido-sama est un fêtard hors pairs et Kido-sosei s'avère être notre visage de l'innocence. Ils sont connus mais n'ont probablement pas beaucoup de pouvoir sur les choses tous les deux.»
Fudo se demanda pourquoi la jeune femme lui parlait de ça.
«Vous dîtes qu'ils n'ont pas autant d'importance qu'ils le prétendent ?»
«Je n'oserai pas.» fit-elle d'un ton innocent avant d'ajouter avec un sourire. «Mais je n'en pense pas moins.»
Kido avait donc eu raison : si la Résistance voulait des informations plus concrètes et complètes, la mission de ce soir s'avérait indispensable. Il jeta un dernier coup d'œil à son compagnon, qui essayait toujours de faire taire le blond, et demanda à la secrétaire :
«Où sont les toilettes ?»
«Oh... A l'étage. Première à gauche.»
«Merci.»
Parfait ; une excuse pour partir en exploration. Il se dirigea vers les marches indiquées par la rouquine, discrètement, lorsqu'il sentit une main se serrer autour de son bras gauche :
«Tu sais au moins où tu vas ?»
C'était la voix de Kido. Le résistant fit volte-face pour le toiser et lui lança un sourire déterminé.
«Je vais à l'étage, c'est là que sont les toilettes.» l'informa-t-il.
«D'accord. Tâche d'être prudent et appelle-moi si tu as un souci -mon portable est allumé.»
«Ok.»
«Fudo ?»
«Hm ?»
Le châtain chercha vainement ses mots, et soupira de résignation devant sa propre incompétence. Fudo ne put retenir un sourire attendri et posa sa main sur le bras de son compagnon pour le rassurer. Celui-ci l'observa un court instant avant de déposer un rapide baiser sur ses lèvres, puis de se redresser pour vérifier que personne n'avait vu. Il se racla la gorge avec embarras alors que le brun retenait un rire moqueur.
«Bonne chance.» marmonna-t-il.
«N'en fais pas des tonnes Kido. Je vais juste au toilettes.»
Le brun se détourna et poursuivit sa route en souriant alors qu'il savait que dans son dos, l'autre rougissait. Comment ignorer que de superbes yeux rubis se dissimulaient derrière ses lunettes teintées, que ce regard brûlant accompagnait le balancement de son corps en mouvement, de ses épaules, de ses hanches ? Fudo se sentait poussé par cette pensée.
Il parvint à l'étage et fut plongé dans l'obscurité. Il passa devant la porte des toilettes sans s'arrêter et poursuivit sa route ; il entendait des voix graves à travers les murs. Le couloir était sombre. Il s'approcha d'une porte entrouverte à pas feutrés, tentant de jeter un regard à l'intérieur de la pièce. Il y avait de la fumée et une lumière orangée dans une sorte de salon ; des hommes étaient assis dans des canapés, fumant pour la plupart, un verre de whisky devant eux, sur la table basse. Fudo reconnut la voix de Senguuji -il l'avait entendu un bon nombre de fois dans ses discours-, et l'aperçut bientôt passer devant la mince ouverture de la porte. Il semblait expliquer quelque chose mais le petit brouhaha ambiant et la musique qui parvenait du rez-de chaussé l'empêchait de comprendre exactement ce qu'il disait.
Son regard fut attiré par une autre porte, en face, elle aussi entrouverte : elle donnait sur une salle sombre seulement éclairée par la lueur d'une ou deux leds sur une tour d'ordinateur. Fudo entra, se glissant dans l'ouverture. Il s'approcha de l'ordinateur et s'installa au bureau en surveillant l'entrée. La souris à la main, il ralluma l'écran en veille : comme prévu, la barre de mot de passe l'accueillit, et il se félicita d'avoir emmené avec lui le processeur de Hiroto qui piratait les codes. Il brancha le câble sur la tour par l'embout usb et attendit que le programme fasse son travail. La session s'ouvrit finalement et Fudo expira pour se calmer.
L'ordinateur avait été abandonné avec une fenêtre ouverte sur un disque amovible, et une série de dossiers classés par ordre de date. Il y avait des dossiers comptabilités, certains autres portaient des noms d'entreprises, et parmi, un fichier nommé GENESE attira son attention. Fudo ouvrit le document texte et jeta un coup d'oeil à la porte : personne n'avait l'air de venir. Il parcourut les paragraphes en diagonal, saisissant au vol des mots qui lui inspiraient de moins en moins confiance. "Utilisé", "image", "réputation", "football"... "Couverture". Son corps fut parcouru d'un frisson tandis qu'il réalisait le poids de ce qu'il venait de lire. "Couverture". "Football".
Le Fifth Sector, maître du football junior, ce n'était qu'un char ! Le brun ne savait pas pourquoi ça ne lui était pas paru évident. Le football junior ! Il se maudit pour sa bêtise et ferma le fichier. Il se pencha sur la tour et arracha la clé usb. Le bruit spécifique à l'enlèvement du périphérique retentit dans la salle d'à côté et Fudo se figea : l'ordinateur était relié à un vidéoprojecteur ou à des enceintes dans l'autre salle. Des exclamations interrogatives retentirent alors Fudo prit ses jambes à son cou. Il sortit dans le couloir et se précipita dans les toilettes avant que quelqu'un ne sorte du salon adjacent. Son coeur battait à en briser sa cage thoracique, et il dut s'appuyer à la porte pour réfléchir efficacement. La réponse lui apparut comme une évidence, à hauteur d'yeux : la fenêtre. Apparemment les hommes de Senguuji n'avaient pas encore découvert la disparition de la clé, il avait encore du temps. Il ouvrit la fenêtre et déglutit en avisant le sol, trois ou quatre mètres plus bas : c'était un coup à se briser les chevilles. Il grimpa sur le rebord et longea le mur sur la petite corniche jusqu'à arriver à une branche d'arbre. Il s'agrippa dessus et se laissa tomber ; la branche plia mais ne céda pas et il atteignit finalement le sol.
Il se mit enfin à courir, traversant dans l'ombre l'immense cours de la résidence. Il rejoignit la barrière et l'escalada avec agilité avant de se retrouver à l'extérieur de la propriété, en smocking et essoufflé dans les rues de la ville. Il ignora les regards intrigués qui se posaient sur lui : il attrapa son portable, les mains tremblantes, et réussi à composer le numéro de son compagnon il porta la machine à son oreille et écouta la tonalité en marchant fébrilement pour traverser l'avenue, s'éloignant du fameux palais des colonnes.
«Allo ?»
«Kido, c'est moi.» souffla-t-il.
«Je sais, j'avais reconnu ton numéro.»
Fudo essaya de repérer où il allait.
«Tu es seul ?» demanda-t-il.
«Oui, dans le jardin. Et toi, où tu es ? Les gens commencent à se demander pourquoi je suis seul.»
«Dehors.»
«Dehors ?»
Kido eut l'air de réfléchir un moment, et finit par reprendre.
«Tu pourrais m'expliquer ce qu'il se passe ?»
«C'est compliqué.»
Le brun s'arrêta sous un abri bus pour reprendre son souffle, et daigna enfin répondre:
«C'est juste une grosse blague, Kido. Une grosse blague.»
«Je te suis pas.»
«On est complètement dépassés je te dis.»
Le résistant organisa ses idées, passant sa main dans ses cheveux avec agacement :
«Le Fifth Sector n'a rien à voir avec le football»
«Mais qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qui se passe ?»
Fudo essayait de se calmer. Il tenait encore fermement dans sa main la clé usb, et commençait tout juste à comprendre à quel point elle pouvait être dangereuse. Il devait s'en débarasser au plus vite, avant qu'on ne le retrouve et qu'on le fasse taire. Il se remit en marche.
«Le Fifth Sector est une couverture. Le football est une couverture. Senguuji a des projets qui nous dépassent totalement, et Goenji aussi, ça le dépasse.»
«Tu crois qu'il l'ignore ?»
«Je ne vois pas pourquoi il le saurait.»
Ou alors il le savait et laissait faire parce qu'il avait obtenu son contrôle tant convoité sur le football, et se servait du Fifth Sector pour exercer son pouvoir. Mais il ne voulait pas envisager que Goenji trempe intentionnellement dans des magouilles aussi boueuses juste pour une rancune tenace et un vieux désir de vengeance. Fudo se sentait idiot de ne rien avoir vu venir : ça ne collait pas. Comment le Fifth Sector avait obtenu autant de support alors qu'il s'agissait de football junior ? Mais parce que les investisseurs connaissent le vrai dessein de Senguuji et y trouvaient leur compte. Voilà pourquoi le Fifth Sector avait tout ce pouvoir. Ce n'était pas un parti qui obtenait du soutien, ce n'était qu'une façade pour dissimuler des activités illégales, probablement. Des histoires d'argent sale, de réseau de prostitution, tout était possible et en même temps, le résistant n'arrivait pas à saisir le fond du projet.
«Je suis allé à l'étage» expliqua-t-il, tremblant, «et il y avait un ordinateur allumé. J'ai réussi à me tirer avec une clé usb qui contient presque tous les secrets du Fifth Sector.»
Un silence lui répondit.
«Kido ?»
«Oui. Il y a des hommes de Senguuji qui commencent à fouiller la salle de réception; ils te cherchent.»
Et merde. Fudo chercha un endroit où se dissimuler et avisa une ruelle sombre, où il s'engouffra rapidement :
«Ils savent qui ils cherchent ?»
«Difficile à dire. En tout cas tu es tombé sur quelque chose... Senguuji a l'air enragé.»
«Je crois que personne ne m'a vu...»
«Ils ont l'air d'envoyer des gens chercher dans la ville.»
«Merde Kido... Ils vont quadriller les zone et ils vont finir par me dénicher !»
Le brun commençait à paniquer. Il essayait de repérer dans la rue les voitures qui appartiendraient potentiellement au Fifth Sector, sans réel succès et juste quelques frayeurs.
«C'est bon, calme-toi.» lui dit Kido d'un ton qui se voulait apaisant. «Ecoute ; rentre chez nous, ils ne te chercheront pas là-bas. Je viens te rejoindre dès que j-»
«...Allo ?»
Non... Non..! Fudo se retint de crier le nom du châtain dans son téléphone et essaya de se poser. Ce devait-être un problème de réseau, voilà tout. Pourtant son coeur se tordait d'effroi : et s'il était arrivé quelque chose à son compagnon ? Une voiture noire se gara soudain sur le trottoir en face de lui et, pris de panique, Fudo se mit à courir pour s'enfuir. Il se sentait comme un animal traqué.
«Fudo-san !»
Il se figea. Les pas se rapprochaient.
«Fudo-san, suis-moi.»
Le concerné se retourna :
«Toramaru ?»
Le jeune homme se tenait droit en face de lui ; il avait bien grandi, mais avait toujours son visage d'enfant, celui qui s'extasiait à jouer au football sept ans plus tôt et dont plus personne ne parlait aujourd'hui.
«Tu peux me faire confiance, Fudo-san.»
Le brun déglutit et hocha la tête en obéissant. Il suivit le plus jeune et monta à l'arrière de la voiture. Son cœur battait encore dans ses oreilles comme le fantôme de l'adrénaline. Il vérifia son portable : toujours aucun réseau.
«Tu m'emmènes où ?» demanda-t-il enfin, alors que le véhicule avait déjà démarré. Sans doute au quartier général de la Résistance.
«A l'abri.» répondit juste le cadet.
Fudo hocha vaguement la tête et soupira : pourvu qu'il ne soit rien arrivé à Kido...
Bon sang, un cliffhanger !
Et oui, j'ose vous laisser là xD
Je ne vais même pas vous faire de petite analyse de fin, pour que vous pussiez bien savourer l'intensité dramatique de ce chapitre xD
J'ai hâte de voir ce que vous prévoyez pour le prochain chapitre ! Bien sûr, sans vous spoiler, je répondrai à vos questionnements/reviews ;)
Tenez bon jusqu'à la semaine prochaine ;D !~
