Merci à Camhyoga pour sa correction ainsi qu'à tous mes reviewers. Désolée pour autant d'attente, j'espère que ce chapitre vous plaira ! ;)
...
Cloth Memories – Chapitre 10
Mu se téléporta à l'entrée du treizième temple et s'y engouffra en courant. Personne ne pouvait pénétrer à Star Hill par le biais d'un pouvoir psychique. L'atlante accéléra encore l'allure, priant pour qu'il n'arrive pas trop tard.
Le chemin qui menait à Star Hill était pavé de bloc de pierres à l'étrange couleur bleutée. Mu enregistra cette information inconsciemment, se dépêchant toujours vers la butte d'où il pourrait contacter Athéna.
Lorsqu'il parvint sur place, il ne put s'empêcher d'être surpris : il avait imaginé un lieu aménagé, avec des instruments d'observation et de mesure. Mais l'endroit était totalement vierge, parsemé d'herbes folles. Shion devait tellement avoir l'habitude de regarder le ciel qu'il voyait tout ce qu'il s'y passait du premier coup d'œil. Mu éleva son cosmos, comme lorsqu'il souhaitait contacter mentalement un camarade, et se remémora l'aura bienfaisante et protectrice de leur déesse afin de diriger son cosmos vers elle. La réponse ne tarda pas à se faire savoir :
Mu du Bélier, que fais-tu dans ce lieu où seul le Pope est autorisé à entrer ? gronda la voix de la déesse dans son esprit.
Mon maître a été obligé d'intervenir auprès de l'armure du Capricorne. Il a besoin de votre aide ! s'écria l'atlante. Jamais je ne me serai permis de venir ici si ce n'était pas urgent ! ajouta-t-il avec un air légèrement offusqué.
Il y eu un bref instant de silence avant qu'Athéna ne dise :
J'arrive. Tu as bien fait de me prévenir.
Mu hocha la tête puis tourna des talons et retourna à l'entrée de Star Hill. Pourvu que son maître ait eu la force nécessaire pour contenir le cosmos de l'armure ! Shion était certes très puissant, mais sans le concours d'un dieu, il lui serait impossible de résister. Mu sentit son ventre se nouer : il craignait de perdre à nouveau son maître et savait que si ce malheur arrivait, il en voudrait à l'armure du Capricorne pour le restant de sa vie…
###
Ils n'osaient pas bouger. Ils n'osaient rien dire. Ils étaient impuissants. Dokho serra les poings rageusement : Shura, Ayoros, Shaka et lui ne pouvaient qu'attendre et regarder. Et espérer que tout se passe bien, évidemment. Mais Shion faiblissait, il le sentait et l'armure aussi, sans aucun doute. Il n'aurait jamais imaginé, avant ce jour, qu'une cloth pouvait être retorse, avec des sentiments, des souhaits… Il se surprit à se demander si la sienne avait un désir quelconque.
L'air devant eux tressaillit soudain, faisant sursauter Shion. Le Capricorne, sentant la faille, fit enfler d'un coup brusque son cosmos et le dirigea avec fureur sur l'atlante. Dokho entendit quelqu'un crier, avant de se rendre compte que c'était lui. Sans armure, Shion ne parviendrait jamais à accuser l'attaque !
Mais à la surprise de tous, le cosmos meurtrier s'arrêta juste devant l'atlante. Le souffle court, Shion se laissa tomber à terre, épuisé.
« Shion, tu vas bien ? s'écria le chinois en se précipitant près de son ami.
-J'ai connu des jours meilleurs, grimaça le Grand Pope. Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qui a arrêté le cosmos de l'armure ?
-On dirait bien une intervention d'Athéna, commenta doctement Shaka en soulevant une paupière avec curiosité. Mu a dû réussir à la prévenir. »
Ayoros se précipita vers Shura et le prit dans ses bras avec soulagement.
« Tu n'es pas blessé ? s'enquit-il avec inquiétude.
-Non… balbutia l'espagnol en se sentant rougir. Mais maintenant… qu'est-ce qu'on fait pour mon armure ? »
L'aura de la déesse contenait toujours le cosmos du Capricorne, qui lançait des éclairs de violence et de frustration. Shion se redressa avec l'aide de Dokho et dit d'une voix grave :
« Si Athéna me le permet, je vais utiliser sa force pour détruire définitivement le lien que toi et ta cloth vous partagez. »
Shura acquiesça lentement et jeta un regard désolé à son armure, qui ressemblait à un animal sauvage pris dans un piège et qui se débat avec l'énergie du désespoir.
« Il y a autre chose, reprit le Grand Pope. Pour que je puisse y arriver, il faut que l'un des deux tisseurs du lien consente à ce que je rompe leur travail. Et comme je doute que ton armure l'accepte, c'est à toi de vouloir le briser. »
Cette fois-ci, l'espagnol blêmit.
« Il n'y a pas d'autre solution ? marmonna-t-il.
-Ta mort, mais je doute que ça arrange quoi que ce soit. D'autant plus que je connais quelqu'un qui m'en voudrait à jamais, se moqua gentiment Shion en regardant Ayoros.
-Pourquoi crains-tu de rompre le lien ? demanda abruptement Shaka. Qu'est-ce qui te retiens ? »
Shura le fusilla du regard, énervé. Cherchant à se justifier, l'hindou reprit en haussant les épaules :
« Il n'y a qu'en nommant ta peur que tu pourras t'en débarrasser… »
L'espagnol fit la moue puis se mit à débiter des phrases dans sa langue natale à toute vitesse :
« Preferío estar seguro de que me quieres, Ayoros… Soy estupido, lo sé, pero es así y no puedo cambiar algo sin tú ayuda. Mí armadura me ayudó cuando lo necesitaba y no quiero destruir nuestra relación si es para estar todavía soló despues.* »
Le chevalier de la Vierge en ouvrit les yeux de stupeur, tandis que Shura déclarait avec un ton narquois :
« Tu n'as jamais demandé à ce que je le dise en grec…
-Peu importe en quelle langue tu le dis, intervient Shion avec humeur. Mais es-tu réellement prêt à briser le lien ? Si tu n'en es pas certain, inutile d'essayer.
-Je ne crois pas t'avoir dit que je parlais espagnol, Shura ? demanda soudain Ayoros avec un sourire tendre. Je peux t'assurer que tu n'as aucune crainte à avoir, tu sais. Et je te le montrerai volontiers si je ne te savais pas pudique. »
Shion se tourna vers Dokho, tandis que Shura grommelait quelque chose entre ses dents, et marmonna :
« Je ne suis plus fait pour les histoires sentimentales à rebondissements… C'est pas compliqué pourtant de dire à quelqu'un qu'on l'aime, non ? »
Le chinois acquiesça vaguement, tout en se mordillant les lèvres.
« Je suis d'accord pour briser le lien, finit par soupirer l'espagnol. J'espère que je n'aurai pas à le regretter ! ajouta-t-il sévèrement. Que dois-je faire, Grand Pope ?
-Ne cherche pas à le retenir, laisse-le s'en aller, expliqua Shion. Je te préviens, ça sera difficile et douloureux, comme si on t'arrachait une partie de toi. »
Shura hocha la tête pensivement avant de déclarer :
« Allez-y. »
Shion fit signe à Dokho de s'éloigner avant de se tourner vers la cloth du Capricorne. Du coin de l'œil, il avisa Mu, qui était revenu sans que personne s'en aperçoive, et qui restait en retrait, prêt à intervenir. Ils s'adressèrent un bref signe de la tête avant de se concentrer à nouveau sur l'armure en colère.
Shion se remémora ses propres expériences et chercha à l'aide de son cosmos le fil ténu qui reliait Shura et le Capricorne. Tant de fils étroits s'entrelaçaient dans la pièce, réunissant les chevaliers et les armures entre eux, qu'il lui fallut plusieurs instants avant de trouver le bon. Sentant que son rôle arrivait, Athéna entoura l'atlante de son cosmos. La remerciant mentalement, Shion entreprit de toucher le fil par la pensée, démêlant avec une lenteur extrême tous les brins qui le composaient.
Lorsqu'il sentit le lien se défaire petit à petit, Shura s'agrippa au bras d'Ayoros, lèvres plissées. Le grec le serra contre lui, ne sachant que faire d'autre pour aider l'espagnol.
« C'est vrai que je n'ai pas à m'en faire ? chuchota Shura.
-Nous n'avons jamais appris à parler de sentiments, répondit le grec avec un sourire. Quand on sent que quelque chose en nous change, on se tait et on espère. Généralement, les chevaliers n'ont pas une vie très longue, alors ça ne pose pas trop problème. Mais aujourd'hui, nous avons un avenir devant nous… Autant en profiter pleinement, tu ne crois pas ? »
Voyant que Shura acquiesçait, Ayoros poursuivit :
« Et le mieux serait d'en profiter avec la personne qu'on aime. Alors si tu veux bien rester à mes côtés, je serai le plus heureux des hommes. »
L'espagnol serra un peu plus le bras du grec, la poitrine en feu.
« Par Athéna, ça fait mal…, murmura-t-il en grinçant des dents.
-Laisse-moi t'aider, veux-tu ? »
Ayoros fit gonfler légèrement son cosmos et en entoura Shura, qui se détendit imperceptiblement.
« Merci, fit-il avec un soupir. Je ne la sens presque plus, ajouta-t-il avec un air de regret.
-Ta cloth ?
-Oui. Je sais qu'elle est quelque part en moi, mais c'est tout. C'est… comme avant » réalisa l'espagnol en ouvrant des yeux surpris.
Ils se tournèrent vers Shion, qui hocha la tête.
« C'est fini ? balbutia Shura.
-Pour toi oui, répondit l'atlante. Mais j'ai une dernière chose à faire : Mu, approche. »
Le Bélier s'avança vers son ancien maître, étonné.
« L'armure doit à présent te reconnaître comme réparateur, expliqua Shion. Te souviens-tu de ce qu'on appelle vulgairement « la marque de son âme » ?
-Oui, c'est l'essence même des cloths, si je me rappelle bien ce que vous m'aviez dit quand j'étais enfant ?
-C'est ça. Tu vas devoir mêler ton cosmos à cette essence. Si l'armure l'accepte, tu deviendras le nouveau réparateur. Tu auras à ton tour un lien privilégié avec les cloths et tu pourras mieux saisir ce qu'elles veulent de toi. »
Mu hocha la tête et commença à faire ce que Shion lui avait expliqué. Ce dernier retira lentement son propre cosmos de l'armure et s'éloigna de son disciple, le surveillant attentivement du regard.
Un peu indécis au début, le Bélier finit par saisir comment il devait s'y prendre. La cloth du Capricorne tressaillit à son approche : elle avait été blessée, trahie, humiliée et Mu ressentait toutes ses émotions de plein fouet.
Je ne te veux pas de mal… Tu peux me faire confiance.
Un espoir désespéré, une envie de se raccrocher à quelqu'un… La cloth l'accepta avec gratitude et Mu mêla son cosmos à l'essence du Capricorne.
Shion poussa un soupir satisfait et déçu en même temps. Dokho lui lança un regard désolé auquel il répondit par un haussement d'épaules : il n'avait guère eu le choix sur la façon d'agir et avait fait pour le mieux. Au moins, il y avait toujours un réparateur auprès des armures et Shura était à présent hors de danger.
Quand Mu se redressa, le sourire aux lèvres d'avoir découvert une nouvelle façon d'approcher les armures, Shion déclara :
« Bien, à présent tout est réglé. Ayoros, veille à ce que Shura se repose encore le reste de l'après-midi. Je vous ferai porter un déjeuner.
-Merci Grand Pope » fit le grec avec soulagement.
Les laissant seuls, Shaka, Mu, Dokho et Shion sortirent de la pièce et se retrouvèrent à l'entrée du temple.
« Shaka, peux-tu aller prévenir les autres que tout va bien ? demanda le Grand Pope.
-Bien sûr, accepta l'hindou en s'éloignant.
-Mu, reprit Shion avec sérieux. A présent qu'une armure t'a accepté comme réparateur, toutes les autres feront de même. Il te faudra néanmoins être prudent car certaines peuvent avoir des réactions… étranges, disons.
-De quelle sorte ? s'enquit le Bélier, curieux.
-Du genre jalousie de ne pas avoir reconnu elle-même le nouveau réparateur, sourit Shion. Les armures, et en particulier celles des chevaliers d'or, apprécient d'être vues comme les meilleures. Elles ont leur orgueil, si tu préfères, et aiment avoir des responsabilités. Choisir un réparateur en est une de taille.
-C'est pour ça que vous m'avez demandé de le faire avec la cloth du Capricorne ?
-Exact. Elle a été sérieusement bousculée aujourd'hui et en lui montrant qu'elle est toujours vue comme avant, elle devrait être rassurée.
-Que c'est compliqué ! soupira Dokho.
-Si tu allais voir Egidio ? suggéra finalement Shion. Mais précise-lui bien de ne pas venir déranger Shura et Ayoros, je pense qu'ils doivent avoir pas mal de choses à se dire…
-Bien maître. Et merci… »
Une fois seuls, Shion se tourna vers Dokho et demanda :
« Je peux te demander un service ?
-Bien sûr !
-Tu veux bien m'aider à monter à mon temple ? Seul je n'y arriverai jamais ! » pouffa l'atlante en s'accrochant à l'épaule de son ami.
...
*Voici la traduction (j'espère correcte, mais vu mon niveau assez catastrophique en espagnol, j'ai quelques craintes) de ce que dit Shura :
Je préfèrerais être sûr que tu m'aimes, Ayoros… Je suis stupide, je sais, mais c'est comme ça et je ne peux rien changer sans ton aide. Mon armure m'a aidé quand j'en avais besoin et je ne veux pas détruire notre relation si c'est pour me retrouver seul à nouveau après.
