15.

Un mois s'était écoulé depuis que le capitaine de L'Ombre Noire était reparti dans la mer d'étoiles avec son nouveau vaisseau, quand son rejeton roux avait ordonné une réunion de crise à l'AL-99-DS1.

- Varyna Solkadir sera là fin de la semaine. Tout doit être prêt pour la recevoir, à double titre.

Le trio secondant Aldéran était attentif dans sa salle de réunion, se gardant de la moindre intervention, attendant qu'il ait fini son exposé.

- La Présidente de l'Union Galactique séjournera à RadCity pour le mois des Jeux GalactOlympique. Il a toujours été évident que les actions terroristes montaient en puissance pour atteindre leur paroxysme en sa présence, poursuivit Aldéran après l'instant de silence. L'hôtel, le Sept Etoiles, où la Présidente Solkadir résidera est en plein sur notre territoire, si je puis dire, et donc nous sommes en première ligne. Kendeler, Romdall, Ouzer, on va en chier !

Les trois amis l'avaient parfaitement compris quand leur Colonel d'ami les avait interpellés par leur patronyme et non leur prénom, comme à l'habitude.

- A présent, à vous de me détailler les mesures que vous avez prises depuis que je vous ai demandé d'assurer la protection des déplacements de la Présidente.

Soreyn se leva.

- Je peux te parler, juste deux minutes, Colonel ?

- Si tu y tiens… Passons à côté.

Dans la salle attenante, Aldéran dansa d'un pied sur l'autre en attendant ce que le Leader de l'Unité Anaconda allait lui dire, étonné, un peu inquiet aussi.

- Soreyn ? insista-t-il vu que ce dernier ne s'exprimait pas.

- La dernière fois que le Président de l'Union est venu… s'étrangla un peu Soreyn, passant du rouge de la confusion au pâle du souci. Sauras-tu assurer ?

Aldéran se détendit, plus que soulagé.

- Kestin Wolpar est mort. Plus personne ne voudra me prendre de force, avec sadisme. La Présidente Solkadir n'a rien à voir avec lui. C'est une replète femme aux boucles d'or roux qui inspire confiance et irradie la sincérité. Peut-être est-elle une politicienne non corrompue ou strictement intéressée ?

- Aldie, c'est moi le plus jeune de nous deux, et il y a longtemps que je ne suis plus naïf à ce point, concernant un politicien ! Mais, je suis d'accord, la Présidente Solkadir a rassemblé une belle brochette de partisans irréductibles, de par ce qui ressemble furieusement à une véritable image d'intégrité… Une petite grosse, aux bijoux imposants, surchargée de maquillage, et fashion victim, je doute qu'elle veuille te mettre dans son lit, et en strict rapport de force, elle est inoffensive te concernant – mais bon, vu ton côté porte-poisse, tout est envisageable !

- Trop drôle, Soreyn. J'ai une mission assignée, depuis la plus haute instance de la hiérarchie, et je la remplirai, avec vous tous. On peut reprendre mon briefing, s'il te plaît ?

- Bien sûr !

Soreyn alla reprendre sa place près de la table de la salle de réunion et Aldéran revint à la sienne devant l'écran géant.

- Nous avons à assurer, au plus près, la protection de la Présidente Solkadir. Et nous aurons surtout à faire sa connaissance car elle vient visiter les bureaux, reprenant ainsi la dernière visite de son prédécesseur à RadCity… La visite de Wolpar…

Et, rencontrant les légitimes inquiétudes de ses collaborateurs, Aldéran se plia en deux et vomit à la résurgence de ces souvenirs.


- Ca va aller, Ayvi, je t'assure.

- Si c'était le cas, Soreyn ne t'aurait pas ramené en urgence pour que tu te reposes. Et tu trembles toujours comme une feuille, remarqua Ayvanère en appliquant la compresse d'eau froide sur la nuque et les tempes de son époux.

- C'est idiot ! rugit Aldéran en un réflexe, mais incapable de se relever du canapé. Ce que Wolpar m'a fait, la thérapie, pourquoi est-ce qu'à une évocation aussi proche, tout vole en l'air et que je craque stupidement ?

- Ce que tu as subi était innommable, immonde, on ne peut jamais s'en remettre totalement, soupira Ayvanère. Toi, quand tu cites son nom, tu peux le supporter, mais très peu de temps. Et Soreyn a enfoncé le clou en rappelant ce viol collectif, et tu n'as pas pu tenir.

- Mais j'ai la Présidente à protéger, gronda Aldéran en se redressant enfin. Je n'ai pas le droit de laisser ce fichu passé me rattraper et me terrasser. J'étais tellement certain de l'avoir laissé derrière moi, oublié…

- Wolpar n'est plus. Solkadir a besoin de ta protection. Voilà ce qui est aujourd'hui ! assura Ayvanère. Tu t'es préparé en ce sens, et tu vas le faire, mon démon roux ! Enfin, pas ce jour, tu dois te reposer une dernière fois, avant de repartir au front et pour un bon moment !

- J'ai tous mes fichiers et projections de trajets sécurisés de prêts dans mon ordi principal, grogna Aldéran. Je dois les dispatcher. On a tellement peu de temps d'ici l'arrivée de la Présidente…

Ayvanère sourit.

- J'ai tout fait suivre à tes équipiers.

- C'est vrai, je t'avais mis en copie de tout, je ne sais pas trop pourquoi sur le coup…

- Parce que tu savais qu'il y aurait d'inévitables parallèles entre la visite de Wolpar et celle de Solkadir. Tu te méfiais avant tout de toi-même ! Et tu ne voulais pas laisser tes équipes dans les soucis si tu faiblissais. Ce soir, repose-toi, et demain repars à l'attaque, compris ? !

- Promis, mon Ayvi. Que ne ferais-je sans toi, mon amazone ?

- Tu vas dormir une heure ou deux. Et tu as intérêt à être debout quand j'aurai ramené Albior de l'école, et il a envie de manger du lapin !

- Je vais chez Doc Ban et attraper Mi-Kun…

- Prends plutôt ce que j'ai ramené du boucher ce midi, gloussa Ayvanère, riant presque aux larmes. Il y a aussi des légumes, du riz et j'ai ramené du cellier un de tes flacons de tomates concentrées maison.

- Toi, tu me connais trop…

- J'espère bien, sourit Ayvanère avant de l'embrasser jusqu'au bout du souffle.