December 19th
L'humeur générale était à l'image du temps : sinistre.
Depuis sa "non-aventure" de la veille, Anoki était rosse, agressive et frustrée. Elle se sentait victime du sort, et haïssait ne pas avoir le contrôle.
Rémus semblait l'éviter soigneusement et Black, qui semblait être redevenu lui-même pour un temps, ne cessait de la harceler de regards graveleux, en fredonnant son ignoble chanson de circonstance.
Andy présentait un visage d'une égale aménité, ce qui présageait une journée charmante...
Les jeunes filles n'auraient pas cours de la matinée, Slughorn étant indisposé (ou saoul). Anoki aurait dû plancher sur son essai, mais vraiment, le cœur n'y était pas.
Morosement assise dans un coin du 3eme étage avec Andy, elle osa exposer a son amie une idée qui la travaillait depuis un certain temps, mais qu'elle serait bien incapable de mener seule a bien.
"Andy, j'aimerai qu'on prépare quelque chose. Ca fait un moment que j'y pense. Une potion de pilosité mais adaptée aux cheveux. Sans dissipation d'effets.
-Tu en as déjà marre de ressembler à un hérisson passé sous les roues d'un camion ? Comme c'est surprenant…
-Ahahah… Non sans dèc, je te parle d'inventer une potion, peut-être de la breveter. De préférence avant Noël. Tu pourrais la présenter à ce cher Libatius, avança-t-elle avec un sourire entendu. C'était un gros hameçon, mais elle connaissait suffisamment Andy pour savoir qu'elle y mordrait par égard envers elle.
-Hummm, je vois... Ca n'a bien sûr absolument rien à voir avec l'imminence du Bal des Potters ?" La crispation des mâchoires de la jeune indienne lui répondit mieux qu'aucun mot ne l'aurait pu.
"Bon, après tout, ce n'est pas comme si on était surmenées ce matin… Note que ceci s'ajoute à la longue liste des services que tu me dois " ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel.
Elles partirent d'un pas dissuasif de toute intervention à la bibliothèque.
"C'est trop compliqué. Si on se plante sur le dosage, tu ressembleras à Mouki pendant des mois.
-Sans parler du fait qu'il nous manque des ingrédients, dont certains hors de prix... Genre crin de licorne, poudre d'Amanithe Céphaléeus fermenté... et que les formules de permanence associées sont d'une complexité !
Elles échangèrent le regard qu'elles partageaient souvent face à un défi semblant inaccessible. L'ensemble était tout-à-fait au dessus de leur niveau scolaire... Par chance, les deux complices n'étaient pas franchement du genre à s'encombrer de pareilles préoccupations.
-Forêt Interdite ? proposa Thwaite. Le Crin de licorne et le Céphaléeus devraient pouvoir s'y trouver non ?
-"Le champignon doit être cueilli le premier jour de pleine lune et conservé en fermentation 15 jours". On en est où sur le calendrier lunaire ?" Son amie sortit de son sac un agenda dont le volume avait dû tripler au vu de tous les marques pages qu'il contenait.
"Demain soir... Ca nous laisse trop peu de temps avant Noël... A moins que ...?" Andraste consulta fébrilement un des dix ouvrages ouverts devant elles. "Ahhh, là ! A moins que le délai de fermentation ne participe à l'étendue de la poussée pileuse !"
Anoki n'était pas passionnée par les potions. C'était la matière indispensable dans laquelle elle éprouvait le plus de difficulté. Aussi croyait elle volontiers aux illuminations de sa compagne.
" Pour bien faire, il nous faudrait des excréments d'une certaine espèce de chauve souris aussi... Il doit y en avoir vers Pré-au-Lard, dans les grottes. Elle jeta un regard en biais à son amie dont le nez s'était froncé à l'évocation de cet ingrédient .
-Tu es vraiment prête à tout pour ce pauvre type, hein ? Le regard noir d'Anoki se passait de commentaires.
-Ok, conclut Andraste avec un sourire narquois, c'est parti. Tu as travaillé le sortilège de désillusion dont je t'avais parlé ?"
December 20th
Une sortie à Pré-au-Lard était prévue pour le dernier weekend avant les vacances. Ce serait l'occasion idéale pour récolter le dernier ingrédient nécessaire à leur potion et faire quelques achats de dernière minute pour être fin prêtes pour les mondanités.
Au vu du départ précipité des parents d'Anoki pour l'Inde, il avait été convenu qu'elle passerait les vacances de Noël chez son amie. Elle ne savait trop si elle devait s'en réjouir, d'autant plus que l'imminente conférence de Borage avait une nette tendance à dindonifier Andy, d'ordinaire si maniaquement digne. L'avantage pouvant être retiré de l'évènement était qu'elles arriveraient quelques jours en avance chez les Potters, vu que le célèbre Maître des Potions devait se produire à Godryck's Hollow. Peut être Rémus y serait-il aussi ? Anoki serra les dents à l'évocation du fuyant jeune homme et se concentra sur l'escapade nocturne en préparation.
Sortir en douce du château ne semblait pas être une première pour la jeune anglaise. Les passages secrets lui étaient apparemment familiers. Anoki ne posa pas de questions.
Les cours leur parurent interminables ce jeudi. Lupin brillait par son absence. La jeune indienne s'en inquiétait. Les maraudeurs semblaient bien discrets et taciturnes, ce qui ne faisait que nourrir les nombreux scénarios catastrophe qu'elle élaborait malgré elle.
Minuit.
Anoki se concentra sur l'essence du sortilège de désillusion. Elle passa en catimini le portrait de la grosse dame , se plaqua contre le mur lorsqu'elle entendit Evans revenir de sa ronde, et se dirigea vers le quatrième étage, tous sens en alerte.
Elle attendit quelques minutes l'apparition d'un léger tremblement de l'air, semblable à celui que provoque la chaleur sur le bitume; Andy était là. Elle la suivit jusqu'à un très ancien miroir. Un des ornements du cadre sembla s'enfoncer de lui-même sous la pression du doigt invisible de sa complice, émis un déclic puis un léger grondement. Très lentement, le miroir pivota pour laisser apparaître un couloir obscur, étroit et d'une solidité douteuse.
Elles s'y aventurèrent prudemment et la porte se referma derrière elles. "Lumos" .
La simple action du mécanisme de fermeture faisait tomber le mortier retenant péniblement les pierres ancestrales en poussière sur leurs épaules. Anoki inspira profondément et passa en revue tous les sorts qui auraient pu l'aider à survivre à un ensevelissement. Andy les guidait prudemment dans le passage qui allait en rétrécissant, certaines pierres s'étant déchaussées. Elles durent même ramper quelques interminables mètres.
Enfin, la clarté lunaire apparut doucement. Un buisson cachait la sortie du passage. Anoki eut du mal à se situer puis reconnut la serre n°6 non loin de là. La nuit était très claire, glaciale. Andy lâcha prise sur le sortilège de désillusion bientôt imitée par son amie. Elles prirent silencieusement le chemin de la forêt interdite.
Les sons nocturnes semblaient différents, plus profonds, plus raisonnants. Les ombres déformées. Anoki fit un bond de trente centimètre lorsqu'elle entendit ce qu'elle apparenta à un hurlement de loup. Sa complice n'ayant pas bronché, elle fut contrainte de s'avouer qu'elle avait peur, et que son imagination lui jouait des tours.
La forêt vue de la lisière ressemblait à une compacte masse ténébreuse. Andy sortit d'on ne sait où deux lanternes et après un léger temps de latence qui indiqua à Anoki qu'elle n'était pas beaucoup plus fière qu'elle, elles s'engouffrèrent entre les arbres.
-On commence par les licornes. Je cherche les champignons en même temps, leurs biotopes sont à peu près similaires. Toi, surveille nos arrières. Plein Nord puis légèrement à l'Est. Attention aux centaures.
Anoki sortit sa baguette et se retenant de répliquer qu'il devait y avoir ici des centaines de créatures plus terribles qu'eux.
Débuta une longue marche au travers d'un véritable enfer végétal.
Les ennemis invisibles semblaient se multiplier. Le moindre souffle de vent. L'intrusion d'un rongeur dans les fougères. Un hululement apparenté à rien. Un hurlement de loup... Anoki tremblait de tout son corps. Les mouvements de son amie semblaient également plus fébriles que d'ordinaires. Le vacillement des lanternes en accentuait les saccades.
Quelques mètres plus loin, une lueur fantomatique appela l'œil de la jeune indienne.
D'une main, Anoki saisit la touffe luminescente qui s'étendait devant elle. Sans doute aucun du crin de licorne. Un bref hochement de tête de sa compagne lui indiqua qu'elle avait vu juste. Andy retourna à son étude de l'humus forestier.
Elles continuèrent leur lente progression au travers de la forêt. Des heures ? Difficile à dire, l'entrelacs des arbres écrasants aux longues branches crochues et de leurs feuillages cachait totalement la voûte céleste. Le temps existait différemment ici.
Anoki se sentait aveugle. Des créatures s'enfuyaient sur leur passage. Elle cru même apercevoir une ombre longue de plusieurs mètres passer furtivement à leur gauche.
A cet instant, sa complice poussa un long soupir de soulagement, suffisamment fort pour être audible en dépit du brouhaha ambiant.
Elle ramassa deux bonnes poignées de champignons puis se redressa avant de faire signe à son amie de la suivre.
-On est presque au mur d'enceinte… Nous sommes beaucoup plus loin que je ne le pensais... murmura Andy. Il nous faudra surement deux bonnes heures pour rentrer, si on veut éviter les centaures et compagnie...
Anoki déglutit péniblement et emboita le pas à son amie. Elle n'avait aucune idée d'où elle se trouvait. Sa poitrine sembla se compresser, sa tête se mis à tourner et la terreur commença à l'envahir à l'idée qu'elles puissent rester là, perdues et errantes dans cet oppressant monde inconnu.
Etrange comme la panique peut vous faire oublier jusqu'à votre état de sorcier. La simple solution de lancer un sort cardinal n'avait pas effleuré l'esprit de la jeune fille.
Un hurlement à glacer les sangs retentit. Dangereusement proche. L'imagination de la jeune indienne n'était cette fois pas en cause. Andy avait sortit sa baguette et se trouvait dos à dos avec elle, dans une position défensive qu'elles avaient étudié il y a peu. Elles éteignirent leurs lanternes prudemment et restèrent parfaitement immobiles dans l'obscurité de l'antique forêt. Seuls leur souffles erratiques auraient peu trahir leur présence.
Une énorme quantité d'air se déplaça tout proche d'elles, accompagnée d'un grondement peu amène.
"Andy, chuchota la jeune indienne. Si c'est une créature nocturne, elle a la vision qui va avec… On est mortes si on reste ici…"
L' anglaise murmura son assentiment.
"Okay . A trois. Un… Deux… Trois…
-LUMOS MAXIMA !"
Tout ce passa à une vitesse phénoménale.
A quelques mètres, une énorme bête à la gueule béante et pleine de crocs impressionnants fit un bon de surprise, luttant contre l'aveuglement provoqué par les deux sorcières. Qui en profitèrent pour se carapater à toute allure. Elles courraient sur un parcours du combattant : les racines noueuses sous leur pieds menaçaient de les jeter au sol à tout instant.
"C'était quoi CA ? hurla Andy par dessus son épaule.
- J'espère que je me trompe mais à priori, je dirai un loup-garou…
-Ici ? Ca n'a pas de sens ! Dumbledore ne le permettrai p…"
Un cerf gigantesque percuta la jeune anglaise de plein fouet. Dans une attitude étrange, il marqua l'arrêt et sembla faire un pas sa direction, les oreilles couchées sur le côté, l'air inquiet et surpris. Au même moment, un énorme chien noir se jeta dans un fourré sur leur droite. Il se jeta à la gorge du monstre qui arrivait à grandes foulées grondantes dans la direction de nos deux complices.
Anoki releva Andy, sonnée, et elles coururent à perdre haleine à l'aveuglette.
"Pas par là !"
Les comparses stoppèrent net leur course, coupées avec stupeur par un Pettigrew complètement nu.
"Qu'est ce q… ?" Andy n'eu pas le temps de terminer sa phrase que la massive silhouette du loup passa à toute allure dans un fourré voisin, talonné par le cerf bondissant furieusement.
" Ils le rabattent ! Sirius est sûrement devant ?" s'interrogea le jeune homme, un pli soucieux au front.
"Mais bordel Peter ? C'est quoi ce délire ? Où est Black ? Et qu'est ce que tu fous à poil dans les bois en pleine nuit ?
-Ouais, ça m'arrache la langue de dire cela mais cet abruti consanguin n'a aucune chance contre ce… cette… Mais qu'est ce que c'est que ce monstre ? renchérit Andy.`
-Pas le temps ! Suivez moi !"
Peter semblait parfaitement savoir où ils étaient. Et où ils allaient. Il avait d'horribles fesses flasques auxquelles Anoki se maudit de penser à pareil moment. Leur course éperdue semblait se dérouler loin du trio disparate d'animaux, dont ils n'entendirent plus la présence.
Hors d'haleine, ils arrivèrent à la lisière de la forêt. Anoki ignorait combien de temps ils avaient couru, mais ses jambes semblaient cotonneuses et lourdes à la fois et elle était prise de nausées. Elle vomit contre un arbre le plus discrètement possible puis, relevant la tête, reconnut le Paddock de Poudlard.
-Ne bougez pas d'ici. Je reviendrai vous chercher bientôt ok ? Le ton de Peter était surprenant. Autoritaire et ne souffrant aucune réplique. Il partit en courant avant que l'une ou l'autre des filles ne puisse souffler mot. Andy soulagea également son estomac non loin de là.
"Mais qu'est ce que c'est que cette histoire ? lança la jeune anglaise d'un ton furieux. S'il pense nous tenir à l'écart ! Viens Anoki !"
La mort dans l'âme, elle emboîta une nouvelle fois le pas à son amie, en direction du terrain de Quidditch . A mi-chemin, elles furent arrêtées par une scène stupéfiante: au sommet de la colline qu'elles abordaient se battaient le trio des bois. Le loup-garou furieux se jetait contre l'énorme cerf, le gros chien noir lui harcelait les pattes à coup de mâchoires. L'ombre de Peter se détacha sous la lune, toute proche d'un petit arbre dont les branches semblaient mouvantes, puis il sembla se liquéfier et disparut.
Les deux animaux semblaient en difficulté. Le loup-garou saisit soudain le chien entre ses mâchoires et le projeta si fort qu'il dévala la colline presque jusqu'aux pieds des lycéennes.
Andy s'arracha vite à sa torpeur. Elle s'avança prudemment jusqu'à la masse inerte du canidé et s'immobilisa. Même sous la lumière blafarde de la pleine lune, Anoki vit son amie blêmir. Ses lèvres étaient si pâles qu'elles en devenaient presque invisibles. Elle s'agenouilla près de la silhouette qui sembla subitement s'allonger. Ses joues claires foncèrent visiblement et elle détourna la tête en serrant les dents.
"Ramène tes fesses et file moi ta cape, Naranayin" prononça-t-elle en serrant les dents.
Anoki s'approcha en chancelant et distingua, trop épuisée pour s'en étonner, une forme humaine là où s'était trouvé le chien quelques instants plus tôt.
"C'est Black." lança son amie pour toute explication, avant de le couvrir pudiquement de la cape tendue.
Ce qui expliquait mieux le violent empourprement de son amie. Sirius était nu, et de larges hématomes couvraient son torse.
"Des Animagis…" murmura Anoki. Après un long silence lourd de réflexion, Andy chevrota :
"Anoki, le Patronus de Potter est un cerf, on l'a vu en cours de défense contre les forces du mal. Peter était avec nous donc… Donc le loup…"
Anoki n'eut pas le cœur à poursuivre la tirade de son amie. Elle se leva lentement, fit un pas vers la colline d'où les belligérants semblaient avoir disparu.
"Merlin… Rémus…" souffla-t-elle.
Elle lutta contre les larmes d'épuisement et de tristesse qui menaçaient dangereusement de jaillir. Jamais au grand jamais elle n'aurait imaginé entendre de nouveau ce son dans sa propre bouche.
Mais elle entonna presque malgré elle une très ancienne prière hindoue.
A l'horizon, l'aube éclaircissait le ciel.
