Chapitre 10
- Aiolia ...
Le Lion grogna et passa une main sur ce visage d'ange dépravé avant de passer un doigt entre ses lèvres. Shun le mordilla doucement, le souffle court, les joues rouges, les yeux voilés, le corps frémissant et en sueur. Au-dessus de lui le Chevalier d'Or continuait ses mouvements de hanches, il avait l'impression de faire ça depuis des heures mais peu importe, il était encore plein d'énergie il pourrait faire ça sans s'arrêter jusqu'au bout de la nuit. Le garçon sous lui gémissait son plaisir il semblait être partit sur un autre monde. Il ferma les yeux dans un feulement qui arracha à Aiolia un rugissement. Faire l'amour à Shun était un ravissement, il était couvert de sueur et avait du mal à reprendre son souffle, chacun de ses muscles lui faisait mal mais le Lion continuait de s'enfoncer en lui jusqu'à ne plus pouvoir.
Shun s'accrocha à ses épaules en poussant un cri, il bascula la tête en arrière et ses cheveux suivirent le mouvement. Aiolia saisit ses hanches étroites pour les surélever un peu lui offrant une vue plongeante sur le corps brûlant du garçon. L'extase était à son comble, chaque fois qu'il enfonçait son sexe dans cette cavité étroite et chaude des pulsions de plaisir parcourait son corps en entier, chaque parcelle, chaque muscle insoupçonné. D'un seul bras, Aiolia tira Shun à lui et le fit assoir sur ses genoux sans que son sexe ne quitte son corps. Le garçon poussa un cri la tête toujours vers l'arrière et le Lion en profita pour fondre sur son cou, attrapant la chair tendre et frémissante entre ses lèvres pour la sucer, la mordiller, laisser sa marque. Shun se redressa et plongea son regard brillant dans le sien.
- Aiolia ...
Nouveau grognement en guise de réponse et nouveau coup de rein qui lui arracha un cri. Il aimait entendre cette voix, c'était comme un appel à la débauche et à la violence, une voix qui faisait exploser en lui une myriade de sensation. Shun plongea au creux de son cou.
- Réveilles-toi ...
Ils avaient enchaînés ainsi les positions sans s'arrêter durant des heures, Aiolia avait profité et abusé de ce corps, de ce garçon qui ne s'était pas une seule fois défendu et rebellé. Et il avait adoré ça.
- Réveilles-toi!
Le Lion poussa un cri et se redressa dans son lit, le souffle coupé, le corps tremblant. Hébété, il cligna plusieurs fois des yeux avant de reconnaître sa chambre encore dans la pénombre et son lit, dans lequel il était seul. Un rêve.
- J'suis venu voir comment t'allais.
Aiolia sursauta et réalisa alors que Sion se tenait debout près du lit, un sourire énigmatique aux lèvres, et qu'il ne le quittait pas des yeux. Le Lion lui sourit à son tour, troublé, avant de passé sa main dans ses cheveux. Ils s'étaient collés à sa nuque, tout son corps était en sueur et ses muscles lui faisaient mal. Certes, il avait utilisé son cosmos deux heures d'affilé la veille pour maintenant Shun en vie, cela l'avait épuisé mais pas au point de mettre son corps à l'épreuve ! Quelques bribes de souvenir de son rêve lui revinrent et il secoua la tête en grognant, gêné. C'était tout de même insensé !
- J'ai eu tord de m'inquiéter apparemment, continua Sion amusé, tu m'as l'air d'être en pleine forme.
Aiolia arqua un sourcil, étonné, ne comprenant pas trop où son Pope voulait en venir avant que celui-ci ne jette un coup d'œil furtif pour l'inviter à regarder ses jambes. Le Lion suivit son regard et écarquilla les yeux d'étonnement. Une bosse évidente se formait sous le drap qu'il souleva. Une érection comme il n'en avait jamais eu !
- Bah merde! lança-t-il sincèrement choqué.
- Tout ce que je peux te dire, répliqua Sion dans un rire, c'est que tu as été gâté question équipement, Marine est une femme comblée.
Aiolia se renfrogna et amena les genoux contre son torse, l'air plus grognon que jamais.
- Quoi t'as pas tiré ton coup depuis que t'es revenu? rigola Sion en lui tendant un verre rempli d'un liquide soupçonneux.
- Lâches-moi.
Le Chevalier d'Or accepta le verre sans boire toutefois. Il était inquiet, car le rêve qu'il venait de faire il s'en souvenait à la perfection et c'était le songe le plus réaliste qu'il n'avait jamais fait ! Ses mains étaient encore chaudes et frissonnantes du contact, dans les draps courait encore l'odeur du corps et des cheveux de Shun. Et cette érection, elle n'était pas là par hasard !
- Tu m'as l'air soucieux, lança Sion en poussant le verre vers les lèvres du Lion, ça va?
- Mmh ...
Aiolia but une gorgée du liquide, les yeux dans le vague, et fit une grimace de dégoût en tendant le verre à son Pope.
- C'est quoi ce truc dégueulasse?
- Ça t'aidera à reprendre des forces même si t'en as pas trop besoin.
Sion récupéra son verre sans bouger, fixant toujours le Chevalier alité. Celui-ci braqua sur lui un regard agacé.
- Quoi encore?
- Tu m'as l'air perplexe, répondit le Pope avec douceur, te voir déboussolé n'est pas commun, et ça fait peur. Tu te sens bien?
- Bah ...
Maintenant qu'il avait son Pope en face de lui Aiolia réalisa que ça ne lui ferait sans doute pas de mal de lui parler de son hallucination de la veille, qu'il avait eu dans les bras de Shina, et de son rêve érotique bien trop réel ! Après tout, en parler à Milo était inconcevable car premièrement, son ami du Scorpion était une bille en conseil et deuxièmement, s'il faisait ça le Sanctuaire tout entier serait au courant deux heures après.
- Je crois que j'ai un problème, finit-il par dire dans un murmure.
Sion fronça les sourcils, sincèrement inquiet, et s'installa sur le bord du lit.
- Tu ne te sens pas bien? Tu as peut-être des douleurs quelque part.
- Non, rien de tout ça. Tu vas sans doute te moquer de moi mais, j'ai des hallucinations.
- Aiolia c'est très sérieux ce qu'il t'arrive pourquoi je me moquerais! Ton cosmos est resté étroitement lié à celui de Shun pendant plus de deux heures qui lui-même avait été possédé par Hadès quelques minutes plus tôt! Les hallucinations peuvent être provoquées par le Dieu lui-même.
- Mmh j'en doute. En fait, hier soir j'ai couché avec Shina et ... c'est Shun que j'ai vu à sa place.
Sion fronça les sourcils, l'air grave. Ça n'était pas le genre de chose à prendre à la légère, pas de son point de vu en tout cas et Aiolia avait l'air bouleversé et énervé.
- Peut-être que la ressemblance entre la jeune femme et Shun t'a induit en erreur, tu étais faible et fatigué hier.
- J'étais énervé aussi, j'ai surpris Marine et Aioros en train de se rouler des pelles à tout va!
- Ah! ... cette hallucination est certainement due à ça, tu étais chamboulé. Tu n'as pas à t'en faire.
- Oui mais là je viens de rêver que je baisais Shun à tour de bras!
Sion grogna et détourna le regard. Il détestait ce genre de langage !
- Bordel de merde j'suis pas un pédé! rugit Aiolia avec force. C'est quoi ces conneries!
- Alors c'est ça qui t'inquiète? T'es vraiment un crétinje pensais que c'était grave!
- Et alors ça l'est pas ça peut-être?
- Non Aiolia, être gay n'est pas une honte en soi tu as quel âge pour penser ça?
- J'suis pas une tantouse ok? Si je t'en ais parlé c'est parce que je pensais que tu pouvais m'aiderj'avais tort!
- P'tit con.
Aiolia grogna et Sion se redressa, énervé. Quel imbécile ! La fierté du Lion en avait fait un homme intolérant et apeuré ! Ridicule.
- Ecoutes, reprit le Pope dans un soupir, je viens de t'expliquer que ton cosmos et celui de Shun ont été étroitement liés durant des heures, des résidus de son cosmos imprègne le tient il est normal qu'il se soit passé quelque chose.
- Tu crois?
L'expression soulagée sur le visage d'Aiolia réussit à faire naître un sourire sur les lèvres de son supérieur. Après tout, le Lion n'était qu'un enfant par rapport à lui, normal qu'il soit effrayé par ce genre de chose surtout s'il n'avait connu que des femmes jusqu'ici. Amusé, Sion se promit de parler de ça à Milo, se serait marrant.
- Oui j'en suis sûr, dit-il finalement en quittant la pièce, allé lèves-toi et enfiles ton armure, on est tous attendu dans le palais par Athéna.
- Fais chier!
Essoufflé, le cœur battant la chamade, Shun était assit dans son lit, en sueur. Quel rêve étrange, voilà qu'il imaginait Aiolia lui faisant l'amour maintenant ! Le rouge lui monta aux joues lorsqu'il se remémora ces scènes érotique dans lesquelles le Lion faisait de lui absolument tout ce qu'il voulait, jouant de son corps comme s'il était une poupée de chiffon entre ses mains. Il trembla lorsqu'il voulut sortir de son lit. Tout son corps lui faisait mal, des courbatures comme il n'en avait plus ressentit depuis son premier jour d'entraînement sur l'île d'Andromède ! Et la sensation des draps sur sa peau était exquise, comme s'il s'agissait là encore, des mains d'Aiolia qui le caressaient.
Shun secoua la tête et se frotta les paupières. Les images étaient tellement nettes, tellement vraies dans sa mémoire qu'il avait l'impression de se rappeler un frais souvenir et non un songe. L'attaque d'Hadès l'avait retourné apparemment. Le garçon releva brusquement la tête, aux abois. Comment cela s'était-il fini au fait ? La dernière chose dont il se rappelait c'était d'avoir couru pour échapper à l'âme maléfique, puis de s'être débattu contre elle et puis plus rien, le trou noir. Mais soudain, une douce sensation de chaleur l'envahit. Il se souvenait d'un cosmos brûlant qu'il le protégeait, qui l'appelait, d'un corps qui le réchauffait tout contre lui. Quelle était cette sensation douce et agréable ?
- Tu crois vraiment qu'il ne s'agissait que d'un rêve?
Le garçon sursauta et tourna le regard vers la fenêtre. Là, baignée dans une lumière argenté, ses cheveux d'or brillants et virevoltants, Aphrodite la Déesse de l'Amour lui souriait, belle et mystérieuse dans sa tenue légère et douce.
- C'était bien plus que cela, continua-t-elle dans un tendre sourire, je te l'avais di qu'il serait fort, tendre et maladroit non?
Shun ramena ses jambes sur le lit sans quitter la divinité des yeux. Jamais de sa vie il n'avait vu quelque chose d'aussi beau !
- De qui parlez-vous? demanda-t-il timidement.
Aphrodite sourit et s'avança.
- Oui c'était un rêve, reprit-elle de sa voix raisonnante et vibrante, mais en même temps ça ne l'était pas. Vos corps ne se sont pas touchés en réalité.
La Déesse s'installa sur le lit, passa une main sur la joue de Shun puis continua :
- Seules vos âmes se sont trouvées, vos cosmos se sont liés et vos auras ont fait l'amour à des centaines de mètres de distances.
Les mots d'Aphrodite parvinrent jusqu'aux oreilles de Shun sans qu'il ne les enregistre. Doucement, la main divine sur sa joue glissa de son visage et un doigt long et fin vint caresser une parcelle de peau sur son cou.
- Parfois, l'âme à une incidence directe sur le corps, sourit la Déesse avant de se pencher vers lui.
Leurs visages se rapprochèrent et Shun ferma les yeux alors qu'Aphrodite posait ses lèvres sur les siennes. Tout doucement, il ouvrit les paupières. Allongé sur le dos, le visage tourné vers le plafond, le garçon resta plusieurs minutes à se demander s'il avait rêvé ou pas. Il se redressa sur son lit avec une curieuse impression de déjà vu et regarda partout dans sa chambre. Rien, ni personne. Tout doucement, il porta la main à sa bouche, puis la laissa glisser le long de son cou, exactement là où la Déesse l'avait touché.
Un bruit dans le couloir ne lui laissa pas d'avantage de temps pour réfléchir. Il fronça les sourcils et, sans aucun bruit, s'approcha de la porte, un rai de lumière filtrait sur le côté. Tout doucement, il tourna la poignée et colla l'oreille contre le mur là où il avait entrouvert. Il reconnut la voix de Saori qui discutait avec son Pope.
- J'ai envoyé un message télépathique à tous les Chevaliers, disait Sion avec sérieux, et suis allé voir comment se portait Aiolia.
A ce nom, Shun frissonna.
- Il est en parfaite santé, un peu déboussolé mais il va bien.
- Je suis rassurée, sans lui Shun serait mort, déclara Saori avec soulagement.
Le Chevalier d'Andromède fronça les sourcils. Qu'avait-il bien pu se passer lorsqu'il était inconscient ?
- Princesse, reprit Sion dans un murmure, vous devriez me faire part de votre discussion avec Zeus avant que les autres n'arrivent, que je puisse vous appuyer.
- Oui, tu as sans doute raison car je doute que les Ors approuvent l'idée de mon père. Il se trouve qu'Hadès a contacté Perséphone une fois enfermé dans la jarre. Il aurait un message important à nous transmettre.
- Quel est-il?
- Il voudrait pouvoir me le dire en face, par l'intermédiaire de Shun.
Le cœur du garçon manqua un battement.
- Quoi! s'écria vigoureusement Sion. C'est un piège c'est évident! Si tôt qu'il aura investit son corps il tentera quelque chose contre vous!
- Oui, c'est ce que Zeus a pensé mais je ne pense pas qu'Hadès ait prit le risque de venir jusqu'ici pour ça. Aussi, mon père a proposé de venir avec Perséphone pour la réunion. Si les Chevaliers d'Ors sont d'accord sur la condition d'Hadès, et si Shun l'est également bien évidemment, Zeus tient à être là lorsque le Dieu des Enfers s'adressera à moi, pour palier à une éventuelle attaque.
- Les Ors n'accepteront jamais de courir ce risque Princesse, pour votre sécurité et celle de Shun.
- Je le sais bien ...
Oui, Shun le savait lui aussi. Les Chevaliers d'Ors n'étaient pas raisonnable, de leur point de vu s'ils étaient revenus à la vie c'était pour en profiter certains avaient tendance à oublier leur devoir de Chevalier ! Pas Shun, pas lui. Athéna avait raison, Hadès n'avait pas fait tout ça, tout ce chemin pour prendre le risque de s'infiltrer dans le Sanctuaire seul alors qu'il était défendu par douze Chevalier d'Or et leur Déesse ! Shun était persuadé que le Dieu des Morts avait bel et bien un message à transmettre et que s'il réclamait son corps, ça n'était que par pur caprice. Tout doucement, il referma la porte. Cette décision lui appartenait, les Ors n'avaient pas à la prendre à sa place.
Patiemment, il attendit que le couloir se libère pour pouvoir sortir. Sion et Athéna ont continué de discuter un bref moment avant de quitter les lieux et le calme revint. Dehors, il faisait encore nuit, il devait être très tôt. Shun attendit encore, tentant de rassembler ses forces et son courage. Puis il sortit. Précautionneusement, il vérifia si le couloir était bien désert avant de se lancer à l'assaut. Il se doutait bien d'où Athéna avait dû cacher la jarre, en presque deux mois passés à vivre dans ce palais il avait finit par connaître les pièces et les recoins. Vêtu en tout et pour tout de sa chemise de nuit blanche et légère, trop grande, qui tombait sur son épaule, et pieds nus, il traversa deux couloirs longs de plusieurs dizaines de mètres avant d'arriver à la porte convoitée. Celle qui menait vers la salle du trône, là où les Chevaliers et les Dieux étaient certainement réunis. Il tendit l'oreille.
Des éclats de voix, des cosmos - dix-sept pour être exact. Ils étaient tous là et, d'après ce qu'il comprenait, Zeus tentait de faire accepter aux Ors que Shun devrait être utilisé comme un pantin par Hadès s'il voulait entendre ce qu'il avait à leur dire. Athéna semblait mitigée, Perséphone ne parlait pas et Sion soutenait ses Chevaliers, légèrement stressé. Se dresser contre un Dieu, le roi des Dieux en plus, n'était pas recommandé en temps normal. Shun se décida pour agir vite avant que le groupe ne se sépare et prit la direction du bureau d'Athéna.
Il y entra sur la pointe des pieds même en sachant qu'ils étaient tous extrêmement occupés. La jarre était là, bien en évidence sur le bureau. A peine eut-il approché que la voix d'Hadès raisonna dans sa tête et son cosmos chatouilla le sien.
« Tu es à moi ... viens ... »
Il s'exprimait au travers du cosmos, comme Shaka le lui avait apprit.
« J'accepte que tu te serves de mon corps Hadès, mais en me promettant de ne pas faire de mal à mes amis. »
Aucune réponse. Shun fronça les sourcils.
« Promet-le moi. »
« Oui. »
« As-tu vraiment un message à faire passer ? »
« Oui, de la plus haute importance ! »
Shun sentit l'empressement et l'inquiétude dans la voix d'Hadès, ce qui parvint à le convaincre. Il s'empara de la jarre alors que la voix du Dieu des Enfers raisonnait de nouveau dans sa tête :
« Tu es encore plus fort que lors de notre dernière rencontre petit humain, encore plus puissant ! A nous deux nous aurions pu régner sur la Terre ! »
Andromède préféra ne pas répondre et quitta le bureau d'Athéna, la jarre dans les mains. Prenant le chemin en sens inverse, il atteignit de nouveau la porte de la salle du trône et prit une grande inspiration, priant pour que sa décision soit la bonne. Et si Hadès préparait réellement quelque chose ? Et si, fourbe comme il l'était, il attaquait Athéna sans que personne n'ait le temps de réagir pour la protéger ? Mais il n'avait pas à s'en faire, derrière cette porte se tenaient trois Dieux et douze des hommes les plus forts de la Terre.
Il prit une grande inspiration et projeta doucement son cosmos à l'intérieur. L'atmosphère était calme mais les cosmos tendus, certains agressifs. C'était le moment idéal pour agir. Shun ouvrit la jarre.
Shaka faisait tout son possible pour rester calme en apparence, devait même lutter contre lui-même pour ne pas ouvrir les yeux. Il se contentait de serrer les poings en sentant sur lui les regards discrets et inquiets de Mü et contenir sa rage. Zeus voulait maintenant livrer son Shun en pâture à Hadès ! S'il s'écoutait il se jetterait sur lui pour lui dévisser la tête !
- Ce soi-disant message est un piège c'est évident! brailla Dohko pour la énième fois.
Toujours les mêmes arguments qui se heurtaient à la froideur inhumaine du Dieu des Dieux. Hadès avait un message à délivrer : c'est un piège. Shun est affaibli à cause de la veille : c'est un Chevalier il devrait être assez fort. Cela pourrait mettre Athéna en danger : aucun risque je suis là. Comme si eux ne servaient à rien ! En tout cas Shaka ne changerait pas d'avis, il était hors de question de livrer Shun à Hadès !
Cette situation l'avait plutôt prit de court, d'ordinaire lorsqu'une chose de cette importance se préparait Bouddha le prévenait toujours - ces dons de voyance l'arrangeait bien parfois - mais cette fois, son ami divin s'était tu, rien. Durant plus de deux mois il lui avait rabâché les oreilles avec son : Shun doit rester pur, et là il omettait de lui parler de ça. C'était tout de même plus important que la pureté d'un adolescent ! A moins que ça ne soit lié ?
Et là, Shaka comprit. Il ouvrit les yeux et s'avança parmi ses compères d'un pas calme, posé, réfléchis alors qu'à l'intérieur de lui il bouillait de ne pas avoir compris plus tôt. Athéna tourna le visage vers lui, Zeus suivit le mouvement, Dohko lui laissa la place et tous se turent, attendant qu'il parle.
- Athéna, dit-il d'une voix forte en s'inclinant légèrement, je suis du même avis que Zeus. Shun doit servir de réceptacle, Hadès doit nous parler.
Silence. Il faut dire que ce revirement de situation était incompréhensible. Le premier à réagir fut Aiolia. Il s'avança à son tour et tourna Shaka vers lui d'un geste brutal du bras.
- Répète! hurla-t-il avec force.
- Aiolia! s'écria Athéna avec autorité. Cela suffit. Shaka? Expliques-toi.
- Bouddha m'a parlé lorsque nous sommes revenus à la vie, répondit celui-ci en ignorant royalement le Lion, il m'a dit de veiller sur Shun, de veiller sur sa pureté, que personne ne le touche. J'ai joué mon rôle et j'ai été jusqu'à faire de lui mon disciple, ce dont je suis très fier! Et je comprends maintenant pourquoi il m'a demandé ça.
Se fut imperceptible, mais un sourire apparut sur les lèvres de Zeus. Cet humain était exceptionnel, découvrir une chose pareille.
- Le réceptacle d'un Dieu doit être pur pour recevoir son âme, reprit Shaka sans ciller, c'est pourquoi vous êtes une chaste Athéna. Bouddha voulait que je veille sur la pureté de Shun pour qu'il reçoive de nouveau l'âme d'Hadès. Le Dieu des Enfers a bel et bien quelque chose à nous dire.
- Des conneries! rugit Aiolia plein de colère. Hors de question qu'Hadès le touche!
Aioros tourna un regard circonspect à son frère. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ce qui arrive à Shun ? Shaka s'était posé la même question et tout doucement, il tourna la tête vers le Lion. Sion, de son côté, commençait à douter de sa première théorie. Aiolia avait-il réellement rêvé de Shun à cause de son cosmos et de sa fatigue ou bien n'était-ce tout simplement qu'un fantasme ? Milo fronça les sourcils en fixant son ami, d'accord il lui connaissait un sale caractère mais de là à élever la voix en présence des Dieux !
- Aiolia j'aimerais ne pas avoir à te répéter de te calmes! s'écria Athéna en avança d'un pas, le sceptre brandit.
Le Lion jeta un regard désolé mais énerver à sa Déesse et fixa de nouveau Shaka, de la colère dans les yeux. De l'incompréhension aussi. Pourquoi réagir de cette façon ? Il se foutait bien de ce qu'il pouvait arriver à Shun ça n'était pas ses oignons ! Contrit, il regarda Saori avant de baisser les yeux, s'inclinant légèrement.
- Désolé, dit-il avant de reprendre sa place.
- Es-tu sûr de ton argument Shaka? demanda Athéna avec vigueur.
- Sûr et certain, assura la Vierge en s'avançant d'avantage, Hadès doit nous parler.
Il se tourna vers ses compagnons.
- Je le sais.
Son regard était tellement sûr que Mü sut que c'était vrai, le sixième sens de Shaka n'était pas à prendre à la légère. Seulement, le premier concerné avait bien son mot à dire. Il fit un pas en avant.
- Le mieux serait sans doute de le demander à Shun, dit-il doucement, il a aussi son avis à donner.
- Il sera certainement d'accord il ...
Mais Athéna ne termina pas sa phrase. Tous les cosmos se tendirent, tous les visages se tournèrent vers la porte, tous les Chevaliers ici présents se mirent en garde devant leur Déesse, prêt à en découdre. Le cosmos d'Hadès pulsait, plus libre et fort que jamais. Il n'était plus qu'un simple esprit, il était un corps, il était Shun. La lourde porte de la salle du trône s'ouvrit et Shun entra. Ses cheveux d'un noir de jais volaient autour de son visage, ses yeux troublants, déroutants étaient de retour. Habillé d'une simple chemise de nuit blanche, pieds nus, il avança en allumant ce cosmos noir aux reflets mauve. Hadès.
Les Chevaliers d'Ors, plus tendus que jamais, réaffirmèrent leur position, Athéna serra d'avantage son sceptre, Zeus se bomba le torse devant son frère et Perséphone fit un pas en avant en voyant le nouveau visage de son mari. Hadès s'arrêta un instant, promena son regard vide sur l'assemblée et ouvrit les bras. Son cosmos écrasa celui des autres, emplissant toute la pièce d'une aura sombre, froide, inquiétante. Shaka fronça d'avantage les sourcils, les points serrés. Shun avait l'air plus frêle et fragile que jamais dans sa chemise de nuit et pourtant c'était un pouvoir immense qui émanait de son corps. De nouveau, il sentit son cosmos étouffer sous la pression de celui du Dieu des Enfers.
Aiolia était complètement perdu et ça le mettant en colère, il enrageait à l'intérieur de lui-même de ne pouvoir rien faire. Devant lui, entouré de noir et de violet, les cheveux plus sombres que la nuit et les yeux plus clairs qu'une émeraude, Shun était plus beau que jamais. Le Lion grogna, se maudissant de penser à une chose pareille à ce moment-là ! Shun commença à avancer, les bras toujours ouverts et, dans un bruit assourdissant, les vitres explosèrent en projetant autour de lui des éclats de verre brillants, mais pas un seul ne l'atteignit. Il continua d'avancer et puis, tout à coup, il quitta le sol. Tout comme la veille sauf que cette fois, le cosmos obscur ne l'attaquait pas, il l'entourait comme un châle, le collait comme une seconde peau. Et Aiolia ne put s'empêcher d'y repenser : il était beau.
La voix s'éleva alors, grave et souterraine, venue d'un autre monde :
- Athéna ...
Celle-ci s'avança sans pour autant quitter la protection offerte par ses douze gardiens encore en poste devant elle. Elle n'avait pas peur car elle savait, en voyant le regard d'Hadès, qu'il n'était pas ici pour attaquer.
- Hadès! Comme tu peux le voir, tenter quoi que se soit contre moi serait inutile!
- Athéna ... les Dieux Egyptiens sont jaloux ... Anubis m'a prévenu ils vont attaquer.
- Les Dieux Egyptiens?
- J'ai brisé le sceau et quitter les Enfers pour vous prévenir, à présent, j'accepte ma défaite et l'emprisonnement.
Le Dieu des Morts eut un sourire mauvais et, sur le visage de Shun, cela eu d'autant plus d'impact.
- La prochaine fois Athéna, dit-il avec froideur, je te briserais!
Tout doucement, il perdit de l'altitude et vint se poser au sol puis, sans un bruit, sans brusquerie aucune, l'aura noire quitta le corps de Shun pour s'enfermer de lui-même dans la jarre d'ivoire. Petit à petit, les cheveux de Shun redevinrent verts, ses yeux également puis ils se fermèrent et, lorsqu'Hadès eut totalement quitté son corps, ses jambes se dérobèrent sous lui. Le premier à réagir fut Shaka, mais le plus rapide fut Aiolia. Il réceptionna doucement le garçon avant qu'il ne touche le sol et le coucha délicatement. Cette fois, sa vie n'était pas en danger, son cosmos et son cœur pulsaient à l'unisson dans son corps. Shaka serra les poings.
- Les Dieux Egyptiens? demanda Sion en se tournant vers sa Déesse, interloqué. Ils existent?
- Pourquoi n'existeraient-ils pas? répliqua Zeus avec calme.
- Ils peuvent attaquer? lui demanda Athéna, inquiète.
- Sion!
Celui-ci se dirigea vers son amant Dohko qui était accroupit près de Shun.
- Normalement non, reprit Zeus sans quitter le Pope des yeux, un pacte a été passé bien avant celui qui vous liait toi, Poséidon et Hadès entre les Egyptiens et nous. Il était convenu que nous nous partagions les tâches. C'est pour cela qu'Hadès nous a dit avoir été prévenu par Anubis, ils se partagent le travail dans les Enfers et s'entendent plutôt bien, ce qui n'est pas le cas de tous les Egyptiens. Certains étaient contre le pacte. Comment va-t-il?
- Bien, répondit Sion qui s'était agenouillé près de Shun lui aussi, il ne faut pas le laisser là. Dohko?
- A tes ordres!
Le Chevalier de la Balance, agenouillé près du garçon, s'apprêtait à le soulever dans ses bras lorsqu'Aiolia, toujours accroupit près de lui, le devança et prit le corps dans ses bras.
- Je m'en charge! lança-t-il en se redressant.
- Hey!
- Laisses Dohko, coupa Sion avant de se tourner vers le Lion, amènes-le dans sa chambre.
Celui-ci acquiesça et obéit, Shun dans les bras, le regard plein de haine de Shaka dans le dos.
- Il aurait prit la décision tout seul? demanda Zeus en se tournant vers sa fille.
- Oui.
- Pourquoi?
- Parce que les humains sont ainsi.
Le Dieu des Dieux se tut, indécis. Décidément les humains étaient des êtres trop difficiles à comprendre. Tous les Chevaliers se tournèrent vers les Dieux, une seule et même question sur les lèvres : une nouvelle guerre allait-elle commencer ?
