Avant de récupérer son trône comme il se devait, Roy décida de se reposer un peu. La reconquête de la région ouest, bien que grandement facilitée grâce à la Triade, avait été épuisante. Les rebelles s'étaient dispersés, et n'attendaient plus qu'une chose à présent : que leur roi affronte Aurélien l'usurpateur. Dans la Forêt des Illusions, Roy s'était isolé un moment, mais pas pour parler aux divinités cette fois. Il avait sortit son épée, dont la lame étincelait toujours, malgré ses précédents combats. Roy contemplait son reflet dans l'argent de l'arme.
" Mon dernier combat ... j'espère." se dit-il.
Camouflée derrière un arbre, Riza l'observait elle aussi. Le combat qui allait opposer Roy à son grand-cousin serait un duel à mort. Il serait seul, Aurilis n'interviendrai même pas.
" Que se passera-t-il si jamais il est gravement blessé ? Ou ... ou s'il est tué ? Je ne pourrais jamais le supporter. Je sais bien que je ne suis plus son garde du corps, mais je ne peux pas le laisser seul." se dit-elle.
Sa décision était prise. Riza le suivrait, et le protègerait coûte que coûte. Un peu rassurée, elle s'éloigna sans se douter qu'on l'observait. L'observateur quitta son poste, et rejoignit Roy.
" Kamès ! Je ne savais pas que tu étais là." fit Roy.
La Triade était elle aussi repartie après le retour des rebelles.
" Si fait. Je suis venu pour t'accompagner dans ton prochain combat. Seulement, je viens d'apprendre quelque chose dont il vaudrait mieux que tu sois au courant." répondit le dieu en s'asseyant face à lui.
" Ah ? Quoi donc ?" demanda Roy.
" Riza a l'intention de te suivre à ton insu afin de te protéger."
Roy ferma les yeux et sourit. Sacrée Hawkeye, elle ne changera jamais.
" Je ne veux pas qu'elle me suive, ni qu'elle me voit tuer quelqu'un, surtout avec ça." reprit Roy en montrant son épée.
" Lui parler ne sera pas suffisant, n'est-ce pas ?" continua le léopard.
" En effet, elle est très têtue, surtout en ce qui me concerne."
" Je vois. Rassure-toi, on s'occupe de tout, tu s'occupe de rien."
Roy haussa un sourcil amusé. Kamès disparu dans un halo vert.
La nouvelle de l'effondrement des six forteresses était parvenue aux oreilles du prince régnant. Lui qui se demandait où était passé le Poison Alchemist comprenait maintenant le pourquoi du comment. Le fils d'Erwan était toujours en vie, et venait de réaliser un coup d'éclat en délivrant la région ouest du contrôle Drachmiens. A présent, il était clair qu'il allait venir ici réclamer son dû. D'après ce qu'Aurélien avait appris, les rebelles de la capitale avaient changé de domicile. S'il savait où ils se terraient, il lancerait immédiatement une troupe sur eux.
Mais pour l'heure, le prince décida de renforcer la garde de son palais. Il allait venir là, c'était sûr. Aurélien devait se tenir prêt à le recevoir dignement. Si le fils d'Erwan voulait le trône, il devrait se battre. Son épée avait besoin d'être aiguisée dirait-on. Il appela un serviteur pour se charger de cette tâche, puis alla donner des ordres pour doubler les effectifs de soldats. Depuis son accession au pouvoir, Aurélien n'avait que des soldats Drachmiens sous ses ordres. Une précaution selon lui. Ceci étant fait, il alla se poster devant la fenêtre qui donnait sur l'entrée du palais, pour guetter son ennemi.
Roy rangea son épée d'un coup sec, et se leva du tronc d'arbre où il était assis. Il marcha droit devant lui. Kaïros apparut devant lui, et se baissa. Roy monta sur son dos, et le félin s'en alla. Le reste de la Triade apparut derrière. Tout le réseau de rebelles vit passer le prince de cette manière, et sut de quoi il retournait. Riza attrapa son pistolet, et sortit du chalet où elle logeait. Elle suivit le cortège sans se faire remarquer. Du moins est-ce que la jeune femme pensait. La Triade, et par conséquent Roy, savait très bien qu'elle était derrière eux. Il était seulement convenu qu'elle ne rentrerait pas dans le palais.
Aurélien vit Roy arriver entouré des divinités du Lanadriann au grand complet. Il déglutit, mal à l'aise. Bien qu'il ne puisse voir son visage à cause de la capuche qui le cachait, il n'était pas difficile de le repérer. Ses gardes ne pourraient rien face à la Triade. Kamès s'arrêta soudain, et attendit tranquillement Riza. Bien sûr, celle-ci se cacha un en retrait. Le dieu décida donc d'aller la chercher.
" Bonjour." dit-il.
" Euh ... comment avez-vous su que j'étais là ?" ne put s'empêcher de demander Riza.
" Je capte les pensées. Sinon, nous savions depuis le début que vous nous suiviez." répondit Kamès.
" Je vois. Je dois rejoindre Roy, il va avoir besoin de mon aide."
" Pas question."
" Je suis son garde du corps." insista Riza.
" Plus maintenant. Restez ici, c'est sa volonté de ne pas vous mêler à ça. De plus, c'est son combat." continua calmement Kamès.
Riza baissa les yeux. Inutile d'essayer de tromper Kamès, il connaissait ses réactions à l'avance. Elle dut donc se résigner à attendre à ses côtés. Plus loin, la Triade faisait un carnage, afin de libérer le passage pour Roy. Aurilis avait insisté pour qu'il ne se batte pas à leurs côtés. Il était primordial qu'il garde toute son énergie pour l'affrontement final. De son côté, Aurélien fit ce qu'il put pour ralentir leur progression. Sauf qu'il n'avait pas prévu une mutinerie dans son propre palais.
Apprenant en effet le retour du souverain légitime, les domestiques s'étaient rebellés. Roy découvrit ainsi une belle pagaille en entrant. Kaïros lui, semblait indifférent au désordre. Il continua à avancer imperturbable, menant son passager à bon port. Roy entendit soudain un grondement au-dehors. La pluie. Heureusement qu'il était en intérieur. De toutes façons, il n'avait pas l'intention d'utiliser l'alchimie, sauf en dernier recours. Kaïros emprunta un escalier.
" La salle du trône est là-haut." dit-il.
Aurélien y faisait d'ailleurs les cent pas. Tout à coup, il s'arrêta en découvrant deux présences. Roy était à quelques pas de lui, Kaïros en retrait. Quand Roy ôta sa capuche, Aurélien crut instant qu'Erwan se tenait devant lui. Mais il se ressaisit bien vite.
" Te voilà de retour au pays. Après vingt-neuf ans d'absence. Tu as mis le temps." lança-t-il.
" Faut savoir se faire désirer de temps à autre." répliqua Roy.
" Hin ! Tu es venu récupérer ta place je suppose."
" Noooon, je passais dans le coin et je me suis dit : tiens, si j'allais trucider le cousin, ça peut être marrant."
" Tu ne devrais pas trop jouer avec moi, tu ne sais pas de quoi je suis capable." avertit Aurélien.
" Toi non plus."
Les deux hommes se jaugèrent du regard un moment. Puis en même temps, il dégainèrent leurs épées. Le premier choc ne fut pas long à venir. Les lames s'entrechoquèrent dans un vacarme épouvantable.
" Pas mal ! C'est Aurilis qui t'as entraîné ?" fit Aurélien.
" Exact. Autant dire que t'as aucune chance."
" Que tu crois."
Clang blang cling ! La symphonie des lames continua. Bientôt, le sang fusa. Du côté de chez Roy malheureusement. Son bras venait de recevoir une entaille. Le brun s'élança aussitôt, ignorant la douleur, et avec une légère envie de meurtre dans les veines. Son adversaire commença à reculer. Soudain, une ombre se profila dans la salle. Un garde. Il se rua vers Roy qui lui tournait le dos.
" AAAAARRRRH !" hurla-t-il.
Le cri figea un instant les combattants. Aurilis venait de mordre le Drachmien au cou, et le réduisit en poussière. Elle regarda ensuite l'usurpateur avec un sourire teinté de sang, et visiblement l'envie de faire pareil avec lui.
" Espèce de lâche. Tu n'as vraiment rien à faire ici." dit Roy.
Il se rua à nouveau sur son cousin, qui eut de plus en plus de mal à parer ses coups rageurs.
" Il avait bon goût ce Drachmien ?" demanda Kaïros.
" Wai pas mauvais. Je vois que le petit a bien retenu mes leçons." répondit Aurilis qui observait les hommes, mains sur les hanches.
" En effet."
Soudain, l'épée d'Aurélien se brisa et Roy le fit chuter. Il pointa ensuite sa lame sur la gorge de son grand-cousin.
" Tu ne va ... quand même pas tuer le seul membre de famille qu'il te reste ?" demanda Aurélien.
" Tu as le culot de me demander ça, alors que tu n'as pas hésité à tuer mes parents ?" répondit froidement Roy.
Aurélien vit clairement dans ses yeux qu'il ne l'épargnerait pas. D'un coup de pieds il écarta la lame, roula et se releva. Puis il attrapa une des épées qui ornaient les murs. Le combat reprit donc de plus belle.
" Inutile de résister ! Ton destin est fixé." dit Aurélien.
" Mon destin était de succéder à mon père ! C'était mon droit et tu ne l'a pas respecté !" riposta Roy.
" Amusant ! Depuis quand les aînés reçoivent des ordres des plus jeunes ?"
" Depuis que ce sont des lâches assassins !"
VLAN ! Une autre épée de brisée.
Dehors, Riza trouvait le temps affreusement long. Où en était Roy ? Etait-il blessé ? Hormis Aurilis et Kaïros, le reste de la Triade était avec elle. La blonde espéra que les dieux cosmiques veillaient sur lui. Riza cherchait également un moyen de fausser compagnie aux autres dieux. N'y tenant plus, elle s'élança vers l'entrée. Sans se démonter, Edénia lança une liane qui s'enroula autour d'elle, et la ramena à la case départ.
" Lâchez-moi je dois y aller !" protesta-t-elle.
" Non, c'est à lui de gérer l'affaire. De plus, c'est une histoire de famille." répondit patiemment la rouquine.
" Et si jamais il échoue ?" s'écria Riza.
" Ne le sous-estime pas." répondit Théty.
Comment pouvaient-elles rester aussi calmes ? Si ça se trouve elles se fichaient complètement de l'issue de ce combat. Mais pas Riza. D'un côté les divinités avaient raison : elle sous-estimait peut-être Roy. De l'autre ... elle était terrifiée. Riza se sentait impuissante, et elle avait horreur de ça. Jamais, au grand jamais elle pourrait accepter qu'il ne meure, même de façon héroïque. S'il perdait, elle tuerait Aurélien elle-même.
" Je t'en supplie mon amour, reviens-moi vite." pensa-t-elle de toutes ses forces.
En haut, Roy percuta violemment un mur. Cette fois, c'était son épée qui venait de voltiger. Aurélien faillit lui percer le crâne, mais Roy se baissa et le frappa brutalement au ventre avant de l'envoyer bouler. Le brun se hâta ensuite d'aller récupérer son arme, et de parer un autre coup. Il frappa son adversaire une nouvelle fois, se reçut un coup et en donna un autre. Ils se rapprochaient dangereusement d'une vitre.
" Je t'ai dit qu'il ne servirait à rien de lutter ! Tu finira comme ton père, autrement dit mon épée sera teintée de ton sang." fit Aurélien.
Roy écarquilla les yeux. Il se releva d'un coup. Son cousin tenta de lui trancher la tête.
Depuis l'extérieur, on put soudain voir une vitre se briser, un corps passant au travers. Riza échappa un cri de peur. Il lui avait bien semblé apercevoir des cheveux noirs. Du coup, elle resta pétrifiée. Non ... non non non. Pas lui non ! Elle sentit qu'on lui relevait le menton. A la fenêtre brisée se tenait une silhouette familière. Riza sentit tout d'un coup un énorme poids s'envoler.
" ROY !"
Il lui fit un petit signe. Roy sentit qu'on lui entourait la taille. Puis il descendit doucement avec Aurilis. Théty leva une main vers le ciel, chassant la pluie. Riza se précipita vers Roy, qui la reçut dans les bras. Elle le serrait tellement fort. Le brun sourit, et l'embrassa sur les cheveux.
" Tout va bien Riza, c'est fini." dit-il.
" Vous n'êtes pas blessé ?" demanda Riza en levant le visage vers lui.
" Je me suis chargée de le soigner." répondit Aurilis à côté.
Riza se blottit à nouveau contre Roy.
" Bien ! C'est exactement comme je l'avais prédis à ta mère." reprit Aurilis.
" Tu savais que ça se finirait comme ça ?" s'étonna Roy.
" C'est ce que j'avais vu vingt-neuf ans plus tôt, en effet."
" T'aurais pu me le dire !"
" Oh tu sais, il suffit d'un rien pour que le futur change. Si je t'en avais parlé, tu aurais peut-être été trop sûr de toi, et aurais commis de graves erreurs."
Roy acquiesça, reconnaissant la vérité de cet argument. Kaïros se chargea de faire disparaître le corps d'Aurélien.
" Il est temps de rentrer. Tout le monde t'attends dans la forêt." dit-il en se portant à la hauteur de Roy.
" Comment ça ... comment ça se passe pour l'accession au trône ?" demanda le brun.
" Ton couronnement aura lieu dans quelque jours, le temps que la capitale soit au courant. Et le reste du royaume." répondit Théty.
" Très bien. Allez on rentre au bercail !" fit Roy.
Riza monta devant lui sur le dos de Kaïros. Lorsque les rebelles le virent revenir juché sur la panthère noire, ce fut une véritable explosion de joie. Les ex-subordonnés de Roy poussèrent un soupir de soulagement, avant de se joindre à la liesse générale.
" Je vais vous laisser vous amuser. Je reviendrais te chercher d'ici cinq jours." annonça le félin noir.
" Entendu !" fit Roy, qui tenait Riza par la taille.
Kaïros fit un signe de la tête, et disparut.
