Chapitre 10 : Soupçons

Jedusor et Grey quittèrent la bibliothèque comme si rien ne s'était passé. Tandis qu'ils se dirigeaient vers les cachots, il l'entendit pester violemment contre ces idiots qui osaient harceler et brutaliser de pauvres premières années.

- C'est tout simplement honteux ! Si j'étais à leur place, jamais je ne me le serais permise.

D'un coup, elle s'arrêta dans le couloir et se tourna vers lui en écarquillant les yeux. Tom détourna le regard tandis qu'elle s'écria :

- Mais tu es blessé. Bien plus que je le croyais. Il faut que tu ailles à l'infirmerie. Fit-elle en tentant de le trainer de force.

Mais Jedusor refusa son aide. Il ne voulait pas être la risée de tous. Le fait de se faire aider par Grey avait déjà été suffisamment humiliant comme ça. Il avait observé la scène avec attention, comment et par quel courage avait-elle tenu tête à ces troisièmes années ? Par quelle assurance ? Et comment pouvait-elle connaitre autant de sortilèges alors qu'ils débutaient à peine ? Et cette potion dont il ignorait le nom, où se l'était-elle procurée ? Tant de mystères l'entourait. Elle était vraiment très différente des autres. Trop sans doute.

- Tu as vu ton état ? Tu es couvert de bleus. Si tu rentres dans la salle commune dans cet état, on va forcément te remarquer et te poser des questions. Au pire on peut demander aux Sacerdoce une potion pour masquer ton œil au beurre noir.

Tom allait lui répondre quelque chose lorsque leur préfet vint vers eux en courant.

- Grey, Jedusor ! Le couvre-feu est dépassé depuis longtemps. Suivez-moi ou vous aurez des problèmes.

Ils suivirent Mulciber frère jusqu'à leur salle commune presque plongée dans le noir. Il était dans les environs de 22 heures et l'on pouvait voir des fenêtres donnant sur le lac tout un tas de poissons et de plantes phosphorescentes luire tranquillement. Les trois sorciers s'assirent à une table et l'interrogatoire commença. Ménétios Mulciber voulait savoir ce que deux premières années traficotaient seuls dans les couloirs. Ce dernier était encore plus curieux à la vue de Jedusor, le prétendu meilleur élève des premières années qui affichait un visage perclus de bleus et d'écorchures. Jedusor allait se mettre à parler la mort dans l'âme mais se fit couper la parole par Maria :

- C'est de ma faute, préfet. Je sais que je n'aurais pas dû enfreindre le couvre-feu… Mais j'ai été retenue par notre chef de maison et lorsque je suis sortie, je me suis rendue compte que j'avais absolument besoin d'un livre à la bibliothèque. Et c'est en chemin que je l'ai croisé dans les escaliers. Il a été malchanceux au point de rater une marche. Vous nous avez croisés au moment où je comptais le convaincre d'aller à l'infirmerie, mais il s'obstine à refuser… Termina-t-elle presque les larmes aux yeux.

- Je vois. Fit Mulciber compréhensif. Mais à l'avenir, tu dois respecter le règlement et rentrer aussitôt à la salle commune. Fit il plus doucement.

- Bien sûr préfet.

- Quant à toi Jedusor, tu devrais t'estimer chanceux de recevoir l'aide de ta camarade. Je vais de ce pas te conduire à l'infirmerie.

Elle croisa le regard noir de Jedusor et lui sourit malicieusement. Maintenant, il ne pouvait plus se défiler. Après avoir salué une dernière fois le préfet, elle retourna dans sa chambre. Eole et Diane dormaient à poing fermés. Elle se glissa jusqu'à son lit et sombra dans un sommeil satisfait.

Les odieux n'ont que ce qu'ils méritent.

Maria s'étira doucement dans son lit. Elle avait dormi comme un loir jusqu'à ce que Diane la secoue vigoureusement. Elles allaient être en retard si ça continuait. D'un coup, maria quitta son lit, déverrouilla la salle de bain où Eole s'était enfermée et commença à se rafraîchir le visage tout en enchantant sa brosse à cheveux pour qu'elle la peigne.

- Eh ! L'intimité ça existe !

- On est entre filles, que veux-tu qu'il arrive ? Lui rétorqua-t-elle froidement.

Eole rougit furieusement et tira rageusement le rideau de douche. Maria quant à elle mit rapidement ses robes de sorciers et sortit avec Diane pour prendre leur petit déjeuner. Elle lui raconta son tête à tête avec Slugorn et lorsqu'il fut question de la soirée, Diane s'exclama :

- Il t'a invité au club de Slug ?! Elle baissa rapidement d'un ton en voyant que certains commençaient à les regarder. Tu ne te rends pas compte de ta chance. C'est le moyen le plus rapide de tisser des liens dans la société, surtout que tu ne connais personne pas vrai ? On ne t'a jamais vu lors de réunions sorcières. Mais ne t'en fais pas, avec moi ça va changer. On te verra partout.

Maria sourit de toutes ses dents. C'était exactement ce qu'elle voulait éviter. Plus on la voyait, plus elle ferait une cible facile pour ses ennemis. Autant rester le plus souvent possible à Poudlard pour éviter les risques… Et encore, une fille avait bien trouvé le moyen d'être empoisonnée à sa place… On ne savait même pas si elle était morte, aucune info valable ne passait les murs de poudlard à ce sujet… A croire qu'ils le faisaient exprès.

Le petit déjeuner avait commencé depuis une bonne dizaine de minutes lorsque Dumbledore se leva de sa chaise et commença à parler :

- Ce matin, nous avons retrouvés six élèves de serpentard endormis dans la bibliothèque. Ils auraient été empoisonnés. Leur transfert à sainte mangouste est programmé dans la journée. Je ne tiens pas à vous alarmer, mais vous devez vous montrer prudents. Je ne crains mes chers enfants qu'un empoisonneur ne rode dans l'école.

A ce moment-là, tous se mirent à discuter entre eux, effrayés. Eole se rapprocha dangereusement de Malfoy en disant :

- J'ai si peur… Et s'il m'arrivait la même chose qu'à cette pauvre greengrass ? Et ce dégénéré ne vise que notre maison ! Qu'allons-nous devenir ? Fit cette dernière en se cramponnant à Abraxas qui ne savait que dire.

- Mon pauvre ami… fit alors Ophion Black. On dirait que ma soeur tente de te mettre le grappin dessus.

Eole le gratifia d'un regard noir auquel il répondit par un doux sourire.

- Crois-moi…. Pour t'épouser elle serait même prête à tuer père et mère réunis…

- Ophion ! rugit-elle.

- Mais je ne dis que la vérité.

- Tu ne trouves pas ça étrange ? Fit Diane à Maria

- Quoi donc ?

- Ce mystérieux inconnu qui s'en prend à notre maison de sangs purs. Une telle situation n'est jamais arrivée avant. Et tout ça depuis l'arrivée de ce Jedusor.

De mon arrivée surtout. Pensa Maria. Tout ce qu'elle espérait, c'était que personne ne fasse le rapprochement, mais c'était peine perdue lorsqu'elle réalisa que Dumbledore la fixait étrangement. Elle répondit à son regard par un hochement de tête et poursuivit son petit déjeuner. Elle le reverrait bientôt puisqu'ils avaient cours avec lui à dix heures.

Le cours de métamorphose se déroulait en deux heures. Une heure de théorique et une autre de pratique. Ce jour-là, Dumbledore leur raconta l'histoire des métamorphoses et comment un prince, traumatisé et poursuivie par jeanne la folle, une redoutable sorcière du moyen âge réputée laide et cruelle, avant réussi à lui échapper. Or, tous deux étaient promis. Fou de désespoir il se serait métamorphosé en crapaud pour réchapper à son terrible destin… Il leur raconta aussi d'autres exemples spectaculaires, comme une sorcière se transformant en arbre pour éviter les assauts d'un homme trop entreprenant. Ou un autre qui se transforma en pluie d'or afin de séduire une princesse enfermée dans un château… Des contes en quelque sorte, ou des sornettes, mais qui devaient bien tirer leur histoire d'une vérité vite oubliée…

Passé son discours, ils pratiquèrent. Le but du cours était comme la dernière fois d'arriver à transformer une allumette en aiguille.

C'était un exercice qui pouvait s'avérer facile mais qui était plus complexe que prévu. Maria avait hâte de tenter le coup, si Jedusor y était parvenu, elle y parviendrait aussi. D'ailleurs, où était-il passé ? Elle ne l'avait pas vu dans la grande salle et il était absent à un cours de Dumbledore, autant être suicidaire. Peut-être était-il resté à l'infirmerie et que ses blessures étaient plus importantes que prévues ?

Elle soupira en ouvrant son manuel. Il devrait mieux prendre soin de lui… Et dire qu'elle avait été jusqu'à intriguer pour le forcer à se faire soigner… Elle regarda avec attention les schémas mentaux qu'elle devait imaginer afin d'arriver à son but. Elle prit sa baguette, la pointa sur l'allumette, prononça la formule tout en se concentrant au maximum.

Petit à petit, l'allumette changea d'aspect, se métallisa et s'affina de plus en plus au bout jusqu'à devenir…une aiguille.

- Félicitations miss Grey, fit Dumbledore d'un air bienveillant. Vous y êtes arrivée du premier coup. Dix points pour serpentard.

Maria sourit de contentement. Elle avait réussi. Cependant elle entendit le directeur de gryffondor lui dire :

- Passez me voir dans mon bureau après le cours, nous devons discuter de deux trois choses, rien de bien méchant rassurez-vous.

- Bien professeur je… Argh ! hurla-t-elle en se levant subitement.

On ignorait comment, mais une araignée assez grosse ressemblant à s'y méprendre à une tarentule était montée sur son bureau. La classe toute entière avait le regard rivée sur elle ou sur sa mine effrayée tandis qu'elle montrait du doigt cette chose. Tout d'un coup, Haggrid se leva et attrapa la bête qu'il fourra dans une de ses poches. Il semblait très gêné d'être à son tour devenu le centre d'attention des Serpentards qui n'arrêtaient pas de chercher le moyen de se moquer de lui dans son dos.

- Monsieur Haggrid, commença Dumbledore. Je ne puis que vous conseiller de ramener cette araignée à l'orée de la forêt interdite, ces créatures ne sont pas admises dans l'enceinte de l'établissement.

Il acquiesça en silence.

- Excusez-moi…

Puis il revint à sa place en tachant de se faire le plus petit possible.

A la fin du cours, elle entra dans le bureau de Dumbledore, attenant à la salle des métamorphoses. Son bureau semblait très chaleureux, rempli de brics et de brocs, d'objets magiques étranges, de tapis chatoyants et d'une grande bibliothèque qui prenait tout le mur derrière son bureau. Durant un instant, elle fut intriguée par la créature présente dans une cage magique. Dumbledore sembla s'en rendre compte et fit le plus simplement du monde :

- C'est un phénix, il vient juste de renaitre. Mais assis toi. Un bonbon ? Ils sont délicieux. Fit il en lui tendant une boite.

Maria hésita quelque peu avant de prendre un bonbon au citron sembla t'il. Elle ne le mangea pas. Dumbledore ne s'en formalisa pas et commença joyeusement à lui poser des questions sur son intégration à poudlard, si elle s'était faite des amis à Serpentard, si tout allait bien. Elle avait la désagréable impression que son tuteur magique ne voyait pas d'un bon œil le fait qu'elle ait été répartie chez les verts et argents.

- J'aime ma maison, j'ai des amies et je me suis bien intégrée. Eole est un peu nunuche et froide et on a l'impression que son but dans la vie est d'épouser un sorcier riche et influent mais il lui arrive d'être de bon conseil et Diane est très ouverte et joyeuse. Je m'entends très bien avec elle.

- Et Tom Jedusor ? Lui parles-tu ? As-tu été témoin de phénomènes étranges se produisant autour de lui ?

Maria plissa les yeux. Que voulait insinuer Dumbledore ? Croyait-il que Jedusor avait un lien avec les empoisonnements ?

- Que voulez-vous dire par là ?

- Je sais de source sûre qu'il était assis à côté de ta camarade de chambre avant qu'elle ne soit empoisonnée. Et on m'a dit qu'hier il serait resté toute la soirée à étudier à la bibliothèque alors qu'on a retrouvé six sorciers inconscients. J'aimerais me tromper, mais il est possible qu'il soit responsable de…

- Je ne vous crois pas. Répondit-elle franchement. Jedusor est un sang mêlé ignorant tout de ce monde. Comment aurait-il pu empoisonner greengrass et pour quel motif ? Quant à ces six sorciers, tout ce que je sais, c'est que je les ai croisés en sortant de chez le professeur Slughorn et qu'ils prétendaient aller à la bibliothèque. J'avais moi aussi besoin d'y aller et je les ai suivis. Sur le chemin, j'ai croisé Jedusor qui est tombé dans les escaliers. Il a du emprunter trop de livres et rater une marche. Il ne voulait même pas aller à l'infirmerie cet imbécile…

- Tu sembles beaucoup l'apprécier. Fit remarquer Dumbledore.

- Moi ? Je ne sais pas trop… Il ignore tout ou presque de ce monde alors je l'aide et puis son nom de famille pose des problèmes chez les serpentards qui sont convaincus qu'il est un né de moldu… Alors j'essaie de le protéger comme je peux. Après tout, il m'a aidé lorsque j'ai été frappé par deux maléfices et que j'ai dû aller à l'infirmerie. Il m'a même prêté ses notes… Tom Jedusor est quelqu'un de bien. Conclut-elle alors.

- Je vois. Cependant, si jamais tu apprends quelque chose à son sujet, reviens me voir, ma porte t'est grande ouverte.

Elle sortit du bureau de Dumbledore et allait partir déjeuner lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec Anoir Black. On disait l'homme si séduisant qu'il avait envouté la moitié des filles de l'école, bien que son caractère soit sévère et lugubre.

- Gamine… il faut qu'on parle.

A suivre…