Ralala… J'aurais du me mettre à l'écriture plus tôt, plus cette histoire avance, plus je m'amuse (quitte à passer pour une cinglée, vu comment tout ça s'oriente…). Enfin bon, ce dernier chapitre peut paraître un peu particulier mais il a été passionnant à écrire, bien qu'un peu déprimant. Mais j'espère qu'il vous plaira tout de même!

Après réflexion, j'ai préféré faire passer cette fic au stade T, pas vraiment pas de scènes de sexe, mais pas mal de scènes plutôt violentes et sanglantes dans les chapitres suivants, déjà que le massacre du précédent était assez moche… Y a d'la joie! comme dirais je-sais-plus-qui.

Subakun-sensei: Strictement aucun rapport avec Aragorn et co. Mais tout le monde y pense tout le temps, on peut voir qu'on a les même références Les «rôdeurs» ont pour moi un sens plus sombre: les loups, les vampires et les fauves rôdent dans la nuit…

Tafolpamadlaine: Meuh non, t'es pas sadique! Franchement si tu es une sadique, on peut se demander ce que je suis moi… Et pour Tsunade… En fait, à ma grande honte, j'avais complètement zappé sa phobie du sang. Ca aurait pourtant pu être intéressant, et merde à moi….

Maetelgalaxy: "Ce chapitre résume "sang et cendres" qui obeit bien au titre de fiction. C'est une évidence." Et tu n'as encore rien vu… Ceci dit, merci à tous et très bonne lecture!


CH11 : Perdu entre les ombres.

- J'ai l'étrange impression de vous avoir mal compris… J'ai une fâcheuse tendance à devenir dur d'oreille vers le fin de l'hiver, attristant, hein ? Peut-être pourriez-vous répéter ?

Le jounin agenouillé fit des efforts héroïques pour conserver un minimum de sang-froid, concentrant son regard sur le sol poussiéreux et dallé qu'il distinguait entre ses genoux repliés. Ignorant de son mieux la sueur glacée qui lui coulait dans le dos, il s'inclina encore plus bas, le nez frôlant presque la pierre et réussit à marmonner d'un voix qui ne tremblait presque pas :

- Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire nous… nous avons perdu la trace de Sasuke Uchiha.

Un silence.

Une goutte de sueur se détacha de son front et s'écrasa sur le pavage avec un bruit beaucoup trop sonore à son goût. L'écho dans cette maudite salle était bien trop important, avait-on idée de construire des salles d'une telle envergure ? Un frôlement soyeux lui indiqua que son interlocuteur s'était levé, il ne doutait pas instant que le bruit ait été intentionnel, si il le désirait il pouvait être aussi silencieux qu'un souffle d'air. Il rassembla tout son courage pour continuer lamentablement, le regard fixé sur une petite faille à proximité de son genou gauche :

- Mais nos patrouilles sont à sa recherche ! Si la chance est avec nous, nous l'aurons rejoint avant…

- La « chance » ? le coupa une voix sifflante tout prés de son oreille.

Il n'avait pas entendu le sanin se déplacer. Il ouvrit la bouche, la referma, happant l'air comme un poisson sans réussir à produire un son.

- Qui vous parle de « chance » ? Vous aviez pour mission de surveiller un genin de quinze ans à peine, un débutant. Etait-ce vraiment trop demander à un groupe de shinobis supérieurs, entraînés par mes propres soins ?

- N… Non, Orochimaru-sama.

La colère dans la voix suave du sanin n'était maintenant que trop visible, il ne s'agissait même plus de colère : il était fou de rage. Le jounin tremblait et avait à présent besoin de toutes ses ressources pour réussir à produire une réponse compréhensible.

- Pourtant quelqu'un a traversé nos frontières…

- Ou…Oui, Orochimaru-sama.

- Evité nos patrouilles…

- …

- A atteint ma demeure…

- …

- Et a enlevé l'Uchiha sous votre nez, sans rencontrer la moindre difficulté.

- Ou… Oui Orochimaru-sama, répondit bêtement le shinobi, mais aucune autre remarque sensée ne lui venait pour l'instant à l'esprit.

L'homme serpent poussa un soupir éxédé et le ninja reteint sa respiration dans l'attente d'une mort aussi rapide que cruel. Mais rien n'arriva. Il attendit, attendit jusqu'à que la situation devienne insupportable, il osa alors relever le nez du sol et jeter un coup d'œil craintif devant lui. Le sanin au longs cheveux noirs était vautré avec nonchalance dans son fauteuil à prés de vingt mètres de distance. Malgré son apparence détendue, ses yeux jaunes brûlaient de fureur.

- Une absence d'une semaine et regardez-moi le résultat ! Où se trouve Kabuto ?

Le jounin du son se courba à nouveau, à bien y réfléchir, il avait encore de fortes chances de se faire tuer.

- Kabuto-sama… J'ai le regret de vous annoncer que Kabuto-sama est… mort.

- Mort ? s'étrangla le sanin. Qui… ? Il se reprit presque aussitôt et murmura : Konoha, hein ?

- Et bien justement, nous pensions qu'il y avait de fortes chances…

- Peut-être, le coupa la voix acérée, ou peut-être pas…

- Je… je ne suis pas sûr de comprendre.

- Qui vous le demande ?

Mais le sanin ajouta après un temps d'un ton songeur :

- Envoyer un homme seul et isolé pour une mission de cette importance, cela ne ressemble pas aux méthodes de Konoha. Les missions-suicides n'ont jamais été leur fort et les hokages n'ont jamais juré que par leur fameux « travail d'équipe ».

Les derniers mots vibraient de mépris, puis le maître d'Oto lâcha un froid :

- Partez d'ici, j'ai à réfléchir. Et faites votre travail ! Ne laissez pas l'Uchiha quitter le territoire du village et ramenez son ravisseur. J'aurai probablement quelques questions à lui poser…

Le jounin fila sans demander son reste, courant exécuter sa mission, trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Il prit tout de même le temps de passer par ses quartiers pour changer son uniforme trempé d'urine.


Les ombres avaient envahi le monde.

Partout où se tournait son regard, dérivaient des lambeaux de brume et de brouillard. Plus de vie, pas un souffle d'air ou de vent pour agiter ces étendues grisâtres qui s'étalaient à perte de vue. Rien. Le vide. Le néant, à la fois si familier et si étrange. Plus un son, plus un cri, pas même un murmure. Il abaissa les yeux et ne fut pas surpris de ne rien distinguer, le bas de son corps tout comme le reste de la scène se perdait dans les ombres. Il étendit sa main droite devant son visage, en agita les doigts, son œil fut incapable de repérer le moindre mouvement.

Il était seul, sourd et aveugle, perdu dans un nuage sans consistance.

L'air lui-même semblait amorphe, dépourvu de vie et de mouvement. Si c'était bien de l'air qu'il respirait… Respirait-il vraiment d'ailleurs ? Il n'en était pas tout à fait sûr. Pendant quelques secondes, il se demanda s'il était mort. Il n'en éprouva ni terreur, ni angoisse, à peine une vague curiosité mêlée à un peu d'espoir.

Etait-ce cela la mort ? L'Enfer ? Une étendue grisâtre, vide, sans fin, ni commencement où l'on restait seul, désespérément seul à jamais. Pourquoi pas, au fond ? Il y avait probablement pire châtiment, mais il n'en était pas sûr non plus. Il ne croyait pourtant pas être mort, il était quasiment sûr de ne pas avoir été tué, du moins il ne s'en souvenait pas. Se rappelle-t-on de sa mort, un fois seul dans les ténèbres de l'au-delà ?

Mais il n'était pas seul, il ne l'était plus.

Autour de lui les ténèbres semblèrent prendre consistance, des formes dansantes et mouvantes s'y agitaient, virevoltaient en tout sens, devenant de plus en plus nettes, de plus en plus reconnaissables. Elles s'approchaient de lui, le frôlaient, le cernant de toutes parts. Leurs mains brumeuses effleuraient sa peau, ses habits et il sentit son dos et sa nuque se couvrir de sueur froide alors qu'il tentait de battre en retraite, d'échapper aux touchés glacials. Mais il n'avait nulle part où reculer. Il était cerné, paralysé.

Certains spectres prenaient corps, éveillant dans son esprit de vagues souvenirs.

Un homme vêtu comme un ninja passa en dansant devant ses yeux. Le signe qui ornait son bandeau était invisible, mais l'on pouvait clairement distinguer la blessure béante qui ornait sa gorge, donnant l'illusion d'un sinistre et écarlate double sourire. Tripes et boyaux pendaient d'une blessure au ventre. Un pan de l'accoutrement du spectre effleura sa main au passage avant qu'il ne s'évanouisse, aspiré par le brouillard opaque.

Sa main s'enfonçant dans les chairs à vif, les tordant, les déchirant.

Un hurlement

Il tressaillit, tenta à nouveau de reculer, de fuir. Mais les ombres l'assaillirent, poussant dans son dos, lui bloquant tout échappatoire.

Un nouveau spectre apparut encore plus net que premier : une jeune fille, si jeune… à peine 17 ans peut-être, ses yeux affolés, agrandis par la terreur la faisant paraître encore plus jeune, presque une enfant… Du sang encore frais couvrait sa poitrine. Elle tendit le bras vers lui. Paralysé, il ne put éviter le contact.

Des sanglots dans la nuit.

Une peau douce et glacée sous ses doigts.

Ses mains tremblaient à présent, un tremblement violent qu'il était incapable de contrôler. Et les spectres venaient, de plus en plus nombreux, de plus en plus pressants…

Un homme vêtu de gris lui saisit la manche.

Du sang sur les murs. Crissement d'ongles labourant le sol.

Un adolescent gémissant.

« Vous en supplie… Pas ma faute… supplie »

Un vieillard dépenaillé.

Le fer tranchant le chair.

Chaque effleurement lui faisait l'effet d'un coup de poignard, la douleur lui transperçait le corps, comprimant sa respiration. Il étouffait, impuissant, incapable d'articuler une parole.

Une petite silhouette pâle, si petite qu'elle atteignait à peine sa hanche, bondit brusquement hors de la brume et s'éloigna presque aussitôt. Sa gorge se dessécha et il se tendit, soudain glacé de la tête aux pieds.

Non, pas cela ! Oh, s'il vous plaît ! S'il vous plaît, pas cela !

Mais le silhouette enfantine était déjà sur le point de disparaître, il lutta avec l'énergie du désespoir et au prix d'un effort surhumain s'arracha à l'étreinte des ombres et se jeta à sa poursuite.


Sasuke ouvrit les yeux.

Des nuages gris défilaient devant son regard, il était couché sur le dos, bras étendus au dessus de sa tête jambes allongés au sol. Dans une grognement, il tenta de se relever mais échoua. En revanche, une douleur violente lui traversa aussitôt les bras et les mollets.

Il serra les dents à s'en briser les mâchoires. Plutôt crever que de lâcher un seul gémissement. Il était un Uchiha, et les Uchihas ne se plaignent jamais, il ne gémissent jamais. Dans un monde où le doute et la crainte régnaient en maîtres, il pouvait au moins garder cette unique certitude, un pilier auquel s'accrocher, une ancre à laquelle s'agripper au milieu de la tempête dévastatrice qu'était devenu sa vie : un Uchiha ne renonce jamais.

Et même couché au sol, ligoté comme un gibier, trempé à la fois par la boue et la neige, le corps parcouru de crampes plus douloureuses les unes que les autres, Sasuke n'avait pas l'intention de déshonorer son clan.

Vraiment ? Voilà qui est curieux… Parce que trahir ses frères d'arme, abandonner sa patrie, tenter de tuer son meilleur ami, tout cela n'a rien à voir avec le déshonneur ?

Malgré sa résolution de ne pas produire un son qui pourrait être interprété comme une marque de faiblesse, le jeune ninja laissa échapper un nouveau grognement. Encore cette maudite voix ! Cette petite voix insistante, cynique et railleuse, cette petite voix qui semblait ressurgir de fin fond de son esprit aux moments les plus inattendus, dés qu'il se laissait aller… non pas à rêvasser ! Il ne rêvassait jamais, ça c'était bon pour les.. les… les insupportables rêveurs dans le genre de l'autre ahuri.

A qui pouvait-elle bien appartenir ? Ce n'était pas celle de Naruto, elle reflétait trop de dureté et de froide lucidité. Pas celle de son père non plus, trop familière et railleuse pour appartenir à l'austère patriarche dont il avait gardé le souvenir. Une autre hypothèse lui traversa l'esprit et un frémissement le parcourut. Mais non, impossible ! Ce ne pouvait être cela. Rien dans ces accents métalliques ne rappelait les chuintements d'Orochimaru et il en remerciait le ciel. L'idée que le serpent puisse ainsi se faufiler dans ses moindres pensées le révulsait à un point inimaginable.

Va au diable, saleté de reptile, quoi que tu fasses tu n'auras jamais le contrôle de mon esprit !

Mais le contrôle de ton corps, en revanche tu le lui laisses ? Mmmh ? Comme c'est digne d'un élève attentionné !

Sasuke aurait vraiment aimé pouvoir chasser cette maudite petite voix qui refusait de lui laisser vivre sa vengeance en paix, mais au fond de lui il se doutait bien que la chose était impossible, il se doutait bien de la vérité : cette voix n'appartenait à personne… à personne d'autre qu'à lui-même. Un Uchiha n'éprouve pas de remord, mais Sasuke était assez lucide et honnête avec lui-même pour reconnaître la vérité. Quelque part, quelque part tout au fond de son esprit, bien dissimulé sous les couches de haine et de rancœur, le doute s'était incrusté. Et chaque jour, chaque heure qui s'écoulait, il prenait un peu plus d'emprise sur sa volonté.

Il prit une profonde inspiration et fit jouer doucement ses muscles douloureux, tentant sans succès de ramener les bras le long de son corps. Une bonne chose que l'on pouvait noter à la décharge de la voix, c'est qu'elle lui apportait un peu de calme bien nécessaire dans certaine situations. Il considéra d'un œil plus clairvoyant sa position actuelle. Pas de quoi paniquer.

S'il ne pouvait bouger ni bras, ni jambes c'était parce que des cordes imbibées de chakra les entouraient solidement, fixées par une de leurs extrémités à trois arbres d'aspect imposant, le tenant ainsi paralysé et écartelé sur le sol.

Si des crampes atroces parcouraient tout son corps, c'était probablement du à la position extrêmement inconfortable dans laquelle il avait dormi.

Si sa mâchoire et sa tête étaient si douloureuses, cela pouvait s'expliquer par les quelques souvenirs très nets qu'il avait de la veille, à savoir et avant tout, le souvenir très… frappant d'un poing ganté fonçant à une vitesse phénoménale en direction de son visage, suivi d'un trou noir et à présent d'un réveil assez nauséeux.

Sasuke gronda tout bas et tournant prudemment la tête, sonda du regard les environs.

Personne de ce côté.

Il s'autorisa une grimace de douleur, vite réprimée. L'autre enfoiré ne devait pas être bien loin.


La brume s'était dissipée.

Mais l'enfant avait également disparu, évanoui entre les arbres noirs qui se dressaient maintenant là où seul le désert régnait quelques instants auparavant.

Il avait couru.

Couru comme un fou, appelant l'enfant, le suppliant d'attendre, de lui laisser un peu plus de temps… S'il te plaît… S'il te plaît… Je n'en peux plus… Je t'en prie… Je t'en supplie…

Et même après le disparition de la petite silhouette blanche qui n'avait peut-être jamais été réellement là, il avait continué à courir, ignorant les branches maigres qui le fouettaient jusqu'au sang, ignorant les ténèbres qui s'épaississaient, ignorant la pluie froide qui lui glaçait les os. Le peu de lucidité qui lui restait encore se doutait bien que rien de tout cela n'était réel, ne pouvait l'être, ni les branches acérées, ni le forêt surgie de nulle part, ni la pluie.

Tu te rappelles ? Il ne pleut pas, il neige. Il neige…

Mais depuis combien de temps n'avait-il pas joui de toute sa lucidité ? Il avait conscience d'une certaine façon d'avoir atteint à cet instant une frontière, le frontière fragile qui sépare la raison vacillante de la folie. Mais cela n'avait pas d'importance, vraiment aucune importance.

En ce moment précis, il ne voulait qu'une seule chose : rattraper l'enfant en fuite. Mais le petit spectre courait bien trop vite et il avait beau appelé, supplié, il restait sourd à ses cris.

Ne me laisse pas…

Une éclaircie entre les arbres. Une clairière. Une maison de bois.

Une porte ouverte, grande ouverte, comme invitant les voyageurs à y entrer… Les assassins à y pénétrer.

Il leva une main tremblante repoussant de son front les mèches trempées par la pluie, comme il l'avait fait il y avait dix ans.

S'approcha de l'entrée d'un pas chancelant, le cœur au bord des lèvres, la poitrine comprimée dans un étau d'acier, tout comme il l'avait fait il y avait dix ans.

Tendit la main pour s'appuyer sur une des parois de chêne, remarqua la large tâche sombre et poisseuse qui couvrait le bois tout prés de ses doigts.

Les mêmes gestes, la même peur, la même panique qui s'éveillait en lui se propageant tel un feu dévorant dans tout son corps, obscurcissant sa raison.

Non, je ne veux pas ! JE NE VEUX PAS ! Pas cela, s'il vous plaît, pas cela !

Il ne voulait pas rentrer, il ne devait pas rentrer. S'il le faisait, il savait pertinemment qu'il deviendrait fou, complètement fou.


Sasuke avait eu droit à un réveil et à une raclée à peu prés comparables à ceux-ci, trois jours auparavant lors de sa première rencontre dans la clairière d'entraînement avec cet homme.

La tête de Kabuto avait roulé à ses pieds et le temps qu'il reprenne ses esprits, l'autre s'était présenté avec un calme parfait et lui avait froidement fait part de son intention de l'amener avec lui. De gré ou de force, avait-il précisé. Le jeune Uchiha était resté figé sur place, sans savoir quelle réaction adopter.

La présence de cet homme à quelques kilomètres à peine du repaire d'Orochimaru, son attitude assurée, ce qu'il venait de faire, ce qu'il venait de dire, tout cela paraissait tellement… énorme. Tellement improbable. Mais la stupeur qui avait en premier lieu paralysé le jeune homme avait vite disparu ou plutôt avait été éclipsée par un tout autre sentiment, pour qui donc se prenait ce type ? Comment pouvait-il lui annoncer avec tant de tranquillité son intention de l'enlever, sans s'attendre de toute évidence à une quelconque réaction ? Pour qui le prenait-il ?

Il ne désirait pas spécialement jouir encore longtemps de la présence du serpent, mais n'avait pas l'intention non plus d'accéder docilement à ce genre de « requêtes ».

Grinçant des dents sous l'effet de le fureur, il avait retenu la réplique cinglante qui lui montait au lèvres, préférant garder un silence plus digne. Une telle réaction aurait été désespérément puérile, pourquoi passer par la parole quand on peut lui suppléer l'action ?

Il ne s'était pas jeté aveuglément en avant, comme il aurait pu le faire, il n'y avait pas si longtemps.

Sasuke était fier mais loin d'être stupide.

Trois ans en compagnie du sanin et un certain nombre de raclées mémorables lui avait au moins appris une chose : la prudence. Son adversaire paraissait fatigué et peu motivé à l'idée d'un nouveau combat, il était déjà blessé, Sasuke pouvait voir le sang couler le long de son avant-bras, mais il venait d'assassiner Kabuto. Et il était bien placé pour connaître la force du jounin, dont la réputation aux alentours du village du son était sans pareille, si l'on exceptait bien entendu le maître du village lui-même. Malgré son apparence, le nouveau venu n'était pas à prendre à la légère.

Il avait feinté à gauche, obliqué brusquement à droite.

Un bond léger, quatre kunais tranchant l'air, prendre appui de la main droite sur une branche d'arbre, se projeter en l'air plus vif qu'un chat sauvage, atterrir derrière l'advers…

Il se fit la réflexion après coup qu'il aurait du activer immédiatement son sharingan. Il l'aurait pourtant fait en temps normal, une manœuvre classique, il aurait du y penser ! Si projeter nonchalamment la tête de Kabuto d'un bout à l'autre de la clairière était une manœuvre de déstabilisation, il fallait croire qu'elle avait parfaitement réussie.

Il avait fait une erreur, l'avait réalisée au moment même où le pied du ninja ennemi l'avait percuté en pleine mâchoire, l'envoyant valdinguer en arrière. Le coup avait été rapide, vraiment rapide, mais s'il avait eu son œil activé, il aurait eu une chance de le voir venir, une chance de le parer. Peut-être… Un peu trop tard pour se faire ce genre de réflexion malheureusement…

Le combat avait été aussi rapide qu'humiliant, Sasuke avait rarement eu l'occasion de prendre aussi rudement conscience de sa jeunesse et de sa relative inexpérience face à un adversaire entraîné et dépourvu de scrupules. Humiliant… Et en matière d'humiliations, le fier Uchiha devait vite se rendre compte que son périple ne faisait que commencer.

Il avait repris connaissance, la vision floue et les oreilles bourdonnantes, avait à peine eu le temps de reprendre ses sens et de remarquer les cordes qui lui enserraient les poignets qu'une poigne de fer le hissait sur ses pieds et le faisait rudement pivoter sur lui-même. Il avait plongé son regard pour la première fois dans deux yeux bleus cernés et fatigués. L'autre l'avait considéré sans un mot pendant quelques secondes puis :

- Il est temps d'y aller, Uchiha.

Il avait ajouté de la même voix éraillée, bien qu'avec plus de douceur :

- Et ne joue plus à ce genre de jeu avec moi. La prochaine fois, je serai peut-être forcé de te faire vraiment du mal.

Sasuke lui avait renvoyé un regard étincelant de colère mais muet. Et il l'avait suivi, l'autre option clairement sous-entendue étant de se faire trimbaler sur l'épaule comme un sac à patates.


La plancher grinça sous ses pieds.

Je ne veux pas y aller. Je ne veux pas… Je ne veux pas !

Pourquoi était-il rentré ? Ses bras et ses jambes ne lui obéissaient plus, comme si une volonté supérieure à la sienne avait soudain pris leur contrôle, le forçant à continuer, à aller jusqu'au bout. Il aurait pourtant tout donné, donné sa vie elle-même pour le peu qu'elle lui importait, pour pouvoir repartir, pour fuir cet hideux cauchemar.

Un cauchemar ? Je rêve. Je rêve !

Tout cela fait partie du passé, je dois pouvoir me réveiller. Je veux me réveiller !

Un bruissement s'éleva d'une pièce adjacente.

Doucement, tout doucement quelqu'un se mit à rire, à rire, à rire, à rire de plus en plus fort.

Il connaissait ce rire. Il tenta encore de lutter.

Je rêve !

Tu ne peux pas y couper, il te faut aller jusqu'au bout. Jusqu'au bout. Jusqu'au bout.

Je rêve…

Pourquoi encore une fois ? Pourquoi de nouveau, à chaque fois ?

Je rêve…

Je r…


Le voyage qui avait débuté il devait y avoir maintenant trois jours, avait lui aussi amené son lot d'humiliations et de vexations. Non pas que l'autre l'ait brutalisé plus que de raison, en fait il n'avait même pas pris la peine de secouer de temps en temps son prisonnier. Depuis ces premières paroles, il n'avait pas ajouté plus de deux ou trois mots par journée, traitant le jeune ninja avec la plus parfaite indifférence.

Sasuke pouvait supporter la brutalité, la violence et la cruauté et garder en tout instants la tête haute, mais être complètement ignoré, c'était tout à fait autre chose ! Personne n'avait le droit de l'ignorer, de le traiter pas comme si il n'était qu'un simple poids mort dont il fallait se débarrasser au plus vite. En fait, son gardien ne semblait même pas le considérer comme un poids, il se contentait de ne pas le considérer du tout.

Depuis trois jours presque aucun mot n'avait été échangé. La première journée de marche, juste après avoir repris connaissance, Sasuke avait bien tenté de se renseigner sur leur destination mais n'avait obtenu aucune réponse, pas même un signe indiquant que la question avait atteint le cerveau de son interlocuteur et suscité une réaction intelligente. Il ne l'avait pas renouvelé, bien conscient qu'aucune réponse ne viendrait et trop fier pour s'obstiner en vain. Le voyage avait continué, dans un silence buté d'un côté et indifférent de l'autre.

A chaque fois que les yeux vides se posaient par hasard sur lui, ils se détournaient avant qu'il ait pu y lire quoi que ce soit.

L'homme semblait reprendre conscience de la présence de son jeune prisonnier à la tombée de la nuit, lui faisait signe de s'arrêter, l'immobilisait pour le nuit, lui jetait sans cérémonie une cape chauffante sur le corps et le réveillait au matin en lui secouant l'épaule sans brutalité puis il semblait l'effacer de son esprit pour le reste de la journée. Les nuits étaient courtes, à peine trois à quatre heures de sommeil pour ce qu'il pouvait en juger : les ninjas du son devaient être à leurs trousses et son ravisseur le savait. Ils se déplaçaient le plus rapidement et le plus discrètement possible, et n'avaient affronté qu'à trois reprises des patrouilles d'Oto. En fait Sasuke s'était contenté d'observer le spectacle d'un œil impassible, ou du moins qu'il espérait tel. Il existait encore beaucoup de choses contre lesquelles il n'était pas encore tout à fait endurci.

A la troisième occasion, profitant de l'apparente distraction de son gardien, il avait tenté de s'enfuir.

Ce qui expliquait son réveil douloureux de ce matin et sa position extrêmement inconfortable.

Cette pensée en éveilla une autre. Les nuits étaient bien trop courtes et jusqu'à ce matin, il avait toujours été éveillé par le contact de la main du ninja sur son épaule. Mais pas aujourd'hui.

Il roula doucement la tête sur le côté gauche et se figea, surpris.

Assis sur le sol à quelques mètres de lui, les jambes étendues et le dos appuyé contre un arbre, le menton reposant sur la poitrine, Teshiro Nihame dormait.


Il y était.

Et rien n'avait changé.

Il savait, il savait bien avant de pénétrer dans cette salle, ce qu'il allait y trouver, ce qu'il avait tenté de fuir encore et encore durant toutes ses longues années. En vain.

On en revenait toujours au même point, à ce soir de pluie et de vent, à cette maison isolée, beaucoup trop isolée, au sang. Au sang partout, sur la porte d'entrée, sur le seuil éclairé par les rayons de lune, sur les murs de cette petite salle, sur le sol, les nattes tissées, le kimono blanc comme neige.

Et là, gisants dans les ombres, gisants dans le sang…

Mais les choses étaient différentes ce soir là et ils se dressaient devant lui, tout les deux, elle, plus belle encore que dans ses plus doux souvenirs et lui, si petit, si fragile. Ils souriaient. Et c'était peut-être pire que tout.

Alors même que ses jambes se dérobaient sous lui, qu'il tombait à genoux, foudroyé, le rire continuait à résonner de plus en plus fort, de plus en plus fou, de plus en plus moqueur.


L'homme ne dormait pas. Du moins jamais Sasuke ne l'avait vu assoupi. Quand il fermait les yeux le soir, ou se faisait assommé, chose bien moins agréable mais qui lui était déjà arrivé deux fois en moins de quatre jours, le ninja à la barbe noire était éveillé et regardait la nuit d'un œil inexpressif. Quand il les ouvrait, c'était réveillé silencieusement par la main de son imperturbable ennemi.

Les cernes sous les yeux de l'homme pouvaient témoigner du manque de sommeil et de repos mais Sasuke n'aurait pu dire s'il s'agissait d'une nécessité ou d'un refus délibéré de se laisser aller au sommeil ne serait-ce que quelques heures.

Mais il dormait maintenant. Il rêvait. Le jeune ninja pouvait voir ses mains se crisper convulsivement. Un pied racla le sol et l'homme laissa échapper un bruit étranglé proche du gémissement et du sanglot. Les mèches sombres qui lui tombaient sur le visage dérobaient celui-ci à la vue du jeune ninja.

Teshiro se tendit brutalement.


Ils souriaient et ce sourire le détruisait plus sûrement que n'importe quelle arme ou torture.

Ils souriaient et il aurait donné n'importe quoi, n'importe quoi pour pouvoir juste un instant, rien qu'un instant…

Et lui vrillant les nerfs, lui déchirant le cœur, Meiyamoto Ohira se tordait de rire.

Mais les deux silhouettes, fantômes du passé, disparaissaient déjà, revenant au néant qui les avait laissées échapper un instant.

Non… Pas maintenant… Ne me laissez pas encore une fois ! NE ME LAISSEZ PAS !


- KISURA !

Un hurlement déchirant. Un rugissement animal.

Un terreur et une horreur sans noms.

Réveillé en sursaut, à moitié prisonnier encore de son propre songe, l'homme se rejeta en arrière dans un mouvement de fuite, de refus désespéré. Sa tête heurta avec un bruit sourd le tronc contre lequel il s'appuyait et le sang coula, lui dégoulinant le long de la nuque, se mêlant aux cheveux noirs ébouriffés.

Le visage hagard, le regard fou, il fixa un instant encore le vide, hypnotisé par quelque vision insupportable invisible au reste du monde.

Il posa les yeux sur le garçon.

Pendant quelques secondes, quelques minutes, quelques siècles, l'adulte et l'adolescent se dévisagèrent.

A visages découverts.

Sasuke déglutit difficilement, incapable de détourner les yeux, fasciné, terrifié et rempli d'un autre sentiment qu'il ne se serait jamais attendu à éprouver, pas dans ces conditions, pas face à cet homme :

une pitié horrifiée.

Il n'avait jamais vu un visage comme celui-là.

Ne voulait plus jamais en revoir.

Il aurait voulu détourner le regard, savait qu'il n'avait pas le droit de regarder une telle expression, chez un ennemi comme chez n'importe qui. Mais il ne baissa pas les yeux.


Le gamin le regardait.

Et il lui rendait son regard, pour la première fois le considérant tel qu'il était réellement, un gosse, juste un gosse. Jusqu'à ce moment, Sasuke Uchiha n'avait rien signifié pour lui, il se mêlait dans son esprit à la foule de fantômes sans consistance et sans importance qui semblaient peupler le monde autour de lui, un spectre au milieu d'un monde de brumes grises. Rien de plus qu'une ombre passagère qui disparaîtrait à la fois de sa mémoire et de sa vie dés que cette mission serait terminée.

Mais dans son monde de brouillard, tout semblait maintenant ressortir en couleurs éclatantes : le jeune Uchiha n'était plus un pâle fantôme, mais un adolescent au visage un peu trop dur, un peu trop pâle, aux yeux trop sombres, trop tristes pour son âge, un adolescent qui avait trop souffert et dont les souffrances n'étaient probablement pas terminées. Quinze ans. A quinze ans, on est encore un enfant.

Et tu vas le livrer à Ohira. Et il va le tuer.

Il ferma les yeux, refusant d'affronter le regard du garçon mais les rouvrit aussitôt en retenant un cri, sous ses paupières closes d'autres visions se dessinaient : une nuit de pluie, une porte grande ouverte, une femme. Pourquoi ? Pourquoi une telle peur, une telle panique ? Il avait pourtant fait bien pire que condamner un innocent à mort.

Parce qu'il n'a que quinze ans.

Parce qu'il a l'âge qu'aurait eu ton fils.

Il tremblait et ne pouvait se maîtriser. Si seulement l'autre avait détourné le regard, juste une seconde, il aurait eu une chance d'y parvenir. Mais il ne baissait pas les yeux.

Regarde ailleurs petit ! Au nom de ciel, REGARDE AILLEURS !


Prochain chapitre: début des ennuis pour l'équipe sept, les nerfs de Kakashi partent en vrille, Sakura s'énerve, Ohira s'amuse, Hijo touche le fond et continue à creuser, et Naruto euh… Surprise! XD

Arakasi vous salue bien!