J - Dire quoi ?

D - Virez-moi Mr, parce que je n'ai plus ma place au FBI

J - Ne faites pas l'idiot. Je vous laisse encore un peu réfléchir. Je sais que la raison l'emportera chez vous

Johnston se prépare à partir.

D - Je suis aveugle

Johnston resta cloué sur place : - Que dites-vous ?

D - Cette balle que je me suis tirée moi-même dans la tête a sectionné mon nerf optique. Je suis aveugle, c'est irréversible

Olivia lui serra la main à l'évocation de la balle.

J - Ne me prenez pas pour un imbécile. Je vous vois bouger les yeux quand on vous parle, attitude que n'ont pas les non-voyants

D - Ceux de naissance sûrement. Mais je suis habitué à diriger mes yeux vers la voix de celui qui me parle, c'est un réflexe instinctif, même si je ne le vois pas. Allez interroger mes médecins. Vous recevrez mon certificat d'handicap en même temps que ma démission

Johnston ne savait plus quoi répondre. L'un de ses meilleurs agents était handicapé !

J - Porter, je suis désolé. Je ne savais pas. Vous ne disiez rien alors que cet argument…

D - Je sais ! Il coupe toute tentative de me convaincre. Je voulais… éviter d'être classé impotent…mais c'était inévitable

Johnston était très ennuyé : - Écoutez Porter, n'envoyez pas cette lettre de démission. Il y a peut être des possibilités pour vous. Vous avez été un très bon agent, je ne veux pas vous voir partir comme ça. Votre expérience a encore de la valeur

D- Hum, parce que moi je n'en ai plus !

O - Dean, c'est faux, tu le sais

D ============================================================================= O

D ====================================================================== O

D ============================================================= O

Trois ans plus tard.

Dean est désormais instructeur pour les nouvelles recrues du FBI pour toute la partie théorique. Ce n'est évidemment pas le job qu'il aimait mais il y trouve quelques intérêts à former les futurs agents. Il a parfaitement travaillé son ouïe et sa mémoire, si bien qu'il arrive à compenser, voire cacher en grande partie sa cécité. Ses élèves ne s'en aperçoivent en général qu'après une dizaine d'heures, ce dont il est assez fier.

- Il y a quelque chose de bizarre avec notre instructeur, l'Agent Porter. L'autre jour, je le croise juste à la sortie d'un amphi, il se cognait dans plein de monde. Il avait l'air, je ne dirais pas affolé, mais assez effrayé d'être dans ce couloir, avec tous ces gens qui passaient à côté de lui, qui le bousculaient même !

- Il est peut être, comment on dit agoraphobe ? Il a peur de la foule ?

- Tu déconne ! Il ne pourrait pas enseigner s'il avait peur d'une foule d'élèves. Pendant les cours, on est parfois nombreux, il ne bronche pas

- Franchement j'étais juste devant, il s'en est pas aperçu ! Je voulais dire au moins bonjour, mais il y avait un tel boucan, il aurait fallu que je crie pour qu'il comprenne. Je me suis contenté d'un signe de la tête, il ne m'a pas répondu. Il semblait …concentré…sur quelque chose d'invisible. Je me demande s'il est pas un peu taré ce mec !

- Va falloir le surveiller

- Moi j'ai une autre théorie. J'avais une tante qui évitait les foules bruyantes, pas par peur mais parce que trop de bruit l'empêchait de se diriger correctement. Elle était aveugle

- Notre prof, aveugle ? Ça ne se peut pas !

- Comment il nous reconnaîtrait dans les salles ?

- Il est peut être très doué. Il écoute nos voix, il reconnaît les parfums …va falloir le tester


- Les opérations d'infiltrations sont très délicates, bien plus que les prises d'otages, parce que tout repose sur votre comportement et votre maîtrise. C'est pourquoi vous aurez des séances qui ressembleront de loin à du théâtre, pour acquérir des techniques comportementales. Quelqu'un a-t-il déjà une expérience dans ce domaine ?

- Moi Mr. S'il s'agit de mimer de façon réaliste des personnages, ça ne me pose aucun problème.

La jeune femme qui venait de parler s'approcha de Dean, d'une démarche chaloupée et d'un air provoquant. Elle était habillée d'un tailleur jupe un peu trop sexy pour son futur poste. Les jeunes hommes de la séance ne purent s'empêcher de laisser glisser quelques sifflements caractéristiques.

Dean la laissa s'approcher jusqu'en face de lui, et il laissa glisser d'un air admiratif et intéressé ses yeux tout le long du corps voluptueux et à peine caché qu'on lui présentait. D'autres murmures se firent entendre autour.

La jeune femme, satisfaite de son effet, n'attendait plus que la fin du cours pour pouvoir se vanter devant ses complices d'avoir démonté la théorie du prof aveugle : cet homme savait apprécier le plaisir des yeux.

Dean ajouta :

- Vous imaginez être une bonne comédienne, mais sachez qu'un petit numéro comme cela vous dénoncerait au premier coup !

- C'est faux ! Vous vous êtes vous aussi laissé entraîner alors que vous saviez ce que je tentais !

- Quand je disais que le secret, c'était la maîtrise, je parlais de tout le monde ! Toute votre équipe doit jouer le jeu, or ici, ce sont vos collègues qui vous ont trahie

- Je ne comprends pas

- Je sais qu'une rumeur circule en ce moment sur moi. Et je vais donc la confirmer. Je n'ai aucune certitude sur la tenue que vous portez, ou votre couleur de cheveux ou de peau. Vous vous êtes approché de moi, j'ignorais totalement le rôle que vous aviez choisi, les possibilités étaient nombreuses, même si celui-ci est d'un grand classique. Ce sont les sifflets d'admiration de vos camarades masculins qui m'ont annoncé que l'allure, voire la tenue était affriolante. J'ai donc joué le jeu en faisant mine de m'y intéresser, et là ce sont vos collègues, cette fois féminines, qui m'ont prouvé que vous tombiez dans le panneau. Et ainsi j'aurais pu continuer à garder mon petit secret, qui n'en est pas vraiment un d'ailleurs.

- Vous plaisantez Mr ! Vous n'êtes pas… ?

- Si je suis

Un silence s'installa : Les élèves s'entre-regardèrent, ne pouvant y croire.

- Ce fut lors d'une mission, Mr ?

Dean hésita à répondre : - Non. Une … affaire personnelle

D ========================================================================== O

Olivia est désormais en partenariat avec Munch. L'ambiance entre Olivia et Eliott n'a fait que s'aggraver, après le réveil de Dean, leur mariage.

Les critiques d'Eliott envers Dean se sont faites encore plus virulentes. Les rares fois où Dean allait chercher Olivia au travail, Eliott ne pouvait s'empêcher de le provoquer et l'insulter. Dean ne répliquait pas, il supportait ces insultes avec tristesse, comme si lui-même les jugeait méritées. Un jour, Eliott changea d'attitude : le fait que Dean ne répondait pas à ses provocations l'avait-il lassé ? Il se mit à l'ignorer complètement : il agissait comme si Dean n'existait pas. Si Dean annonçait une information, Eliott n'en prenait note que si quelqu'un d'autre l'avait réutilisée.

Olivia s'était fâchée mais Dean lui avait demandé de laisser tomber. Après tout ce n'était pas plus mal, il n'y avait plus de remarques, plus de guerres, plus de tensions.

Cette attitude butée d'Eliott avait brisé son amitié avec Olivia, qui avait demandé à Cragen un autre équipier. Celui-ci s'était empressé de réorganiser son équipe, qu'il voyait tomber à vau l'eau. Et ça marchait plutôt bien. Fin canalisait Eliott tant bien que mal, Olivia égaillait Munch. Le boulot continuait.

Dean avait catégoriquement refusé de ne jamais reboire une goutte d'alcool. Lors d'un gala important avec toutes les forces de police et leur famille, Eliott avait tenté de lui faire avaler un verre, mais Dean avait senti l'alcool avant même d'y toucher. Cette soirée avait failli tourner au pugilat. Cela restait pour tous un mauvais souvenir, même si Olivia avait été, ce soir là, comme d'autres collègues, décorée pour son travail.

D ============================================================================ O

À la maison, pour Dean et Olivia, c'est désormais le bonheur. Dean était adorable et traitait Olivia comme une reine. Il était sans cesse aux petits soins pour elle. Le bébé était un petit garçon, qu'ils ont appelé Joshua.

Le seul bémol était son moral : il avait perdu beaucoup de sa confiance en lui, persuadé d'être un poids mort pour elle, et un mauvais père impotent. Il lui arrivait de déprimer, surtout quand le petit faisait une bêtise que Dean n'avait pu prévenir (un objet qui tombe, l'enfant qui se cogne…). Sa hantise était d'être seul avec le petit : si jamais il approchait de la fenêtre, ou du four…. Olivia devait user de trésors de persuasion pour le rassurer.

Chambre d'Olivia et Dean :

Olivia rejoint Dean dans leur lit.

D - Je n'entends plus notre petit fauve. Il s'est endormi ?

- Oui ! Mais il a fallu trois histoires ! Je n'ai plus de voix

- Viens là que je te cajole

- Avec plaisir mon cher mari

Elle se cala entre ses bras. Après un moment de silence, elle dit :

- Je pense qu'il est temps

- Hum ? Temps de quoi ?

- D'avoir un deuxième enfant

- Olivia, je ne crois pas que …

- Dean ! Tu ne veux pas que notre fils grandisse seul ? Tu es enfant unique, tout comme moi ! Tu voudrais ôter à notre fils le soutien et le bonheur que peut lui apporter d'avoir un frère ou une sœur ?

- Non, bien sur que non, mais je…

- Quoi ?

- Tu sais bien quoi ! J'ai déjà du mal à surveiller convenablement Josh, comment pourrais-je avec un second ? Il va tout toucher et … se blesser…

- Arrête Dean ! Tu es un excellent père, le meilleur. Tu n'es pas le seul aveugle à avoir des enfants ! Il existe même des couples de non-voyants qui sont parents. Je croyais que tu avais dépassé ça ?

- Je ne suis pas à la hauteur. Je ne suis pas digne de…

- Dean, je t'en prie, je t'en prie

Elle lui prit la tête entre ses mains :

- Aies confiance en moi ! Je sais ce dont tu es capable, je ne te demanderai rien qui soit hors de ta portée, crois-moi. As-tu confiance en moi mon chéri ?

- Oui

- Alors tu dois me croire : tu es un bon père pour Joshua. Et tu seras un bon père aussi pour le second. Quelques soient les difficultés, on y arrivera toujours, parce qu'on est ensemble. Tu n'en doutes pas de ça ?

- Non mon cœur

- Alors fais-moi un autre enfant

- Oui mon amour


Fin de l'histoire. Ce fut une histoire tragique qui finit bien ! Merci de m'avoir suivis avec enthousiasme.