Mai 2021

Je n'avais jamais été une amoureuse de la nature comme l'était Jill, ni une botaniste en herbe, comme l'était James, mais je savais très bien apprécier les arbres du parc de Poudlard. Ils étaient une très bonne cachette, et quand le soleil avait décidé de nous faire souffrir, exceptionnellement, ils nous offraient une très bonne protection.

Et surtout, surtout, ils nous cachaient. Non, en fait, c'était l'unique avantage que je leur trouvais. Et tout le monde devrait penser comme moi lorsqu'on apprend que les jumeaux Weasley et leur cher cousin avaient prévu une petite surprise à l'ensemble de nos professeurs, pour ce week-end ensoleillé.

Sérieusement, comment est-ce que les professeurs pouvaient encore se laisser avoir ? C'était quelque chose qui me dépassait.

Enfin, en réalité, je les comprenais très bien. Tous les trois, ils savaient très bien sourire de façon innocente. Je revoyais très bien James annoncer à son frère qu'il ne comprenait pas du tout comment ses cinq carnets avaient pu disparaître en même temps, et qu'il était incapable de lui expliquer comment il savait qu'il avait cinq carnets. Je pense qu'Albus n'avait pas cru son frère uniquement parce que j'étais une pitoyable menteuse, et qu'il avait tout de suite flairé que si je l'évitais, c'était parce que j'avais quelque chose à lui cacher. Mais si je n'avais pas été dans l'équation, certainement que James aurait pu faire croire n'importe quoi à son frère.

Ceci dit, l'important était encore que personne ne soit gagnant de son pari. Ce qui avait mis Albus dans une situation plus qu'embarrassante, mais James et Lily m'avaient interdit de m'en faire. Le premier, parce qu'il disait que je n'avais pas à me sentir coupable. Et la seconde, parce que selon elle, Albus était capable de se sortir des pires situations que j'étais capable d'imaginer – et de celles qui étaient encore pires. Ce qui ne me rassurait définitivement pas sur les capacités des Potter. C'était légèrement effrayant de savoir qu'ils pouvaient se sortir de toutes les situations, et pire encore.

Je laissai mes yeux traîner quelques secondes sur le lac, m'amusant un peu des premières années qui tentaient d'attirer le Calmar Géant, mais qui reculaient en sursaut dès qu'il s'approchait. Ensuite, mon regard retourna aux parchemins qui m'entouraient. Et pour une fois, mon côté Serdaigle était en pause. Je n'étais certainement pas en train de réviser mon prochain devoir. Enfin… pas mon devoir écrit, en tout cas. Je m'occupais d'un autre devoir. Celui de capitaine de l'équipe de Quidditch.

Je m'étais rendue à l'évidence, vraiment. Gagner la Coupe était presque impensable. Je sais bien qu'il ne fallait jamais dire jamais, mais j'émettais de sérieux doutes quant à la victoire de Serdaigle. D'abord, les Poufsouffle avaient gagné contre Gryffondor, avec deux cent dix points d'avance. Et puis, ils avaient récidivé en remportant leur match contre Serpentard avec trois cent points d'avance, ce qui les mettait en tête du classement, avec mille quarante points – ce qui n'était définitivement pas négligeable. Les Serpentard, qui n'avaient plus de match à jouer, avaient totalisé six cent quatre-vingt points. Les Gryffondor, qui allaient boucler la saison avec nous, avaient pour le moment cinq cent quatre-vingt-dix points. Et nous… quatre cent quarante.

Pourquoi est-ce que Roxanne et Jay étaient venus me récupérer alors que je tombais de mon balai, déjà ?

Même si je savais qu'il n'était pas impossible de marquer plus de six cent points dans un match de Quidditch – eh ! ça s'était déjà vu – je ne comptais pas trop là-dessus. Le gardien de Gryffondor était un solide gaillard, et il ne laisserait pas passer facilement le Souafle. Quant aux poursuiveurs, ils étaient loin d'être mauvais, et je doutais que nous puissions les déstabiliser facilement. L'avantage indéniable, c'était qu'un de leurs batteurs visait particulièrement mal. Quant à leur attrapeur… Merlin, qu'est-ce qu'il était lent ! J'étais certaine qu'ils étaient tous secrètement ravis de le voir partir à la fin de l'année. Bon, nous, leurs adversaires, l'étions moins. L'équipe de Gryffondor pouvait difficilement trouver pire.

- Encore en train de réfléchir à comment gagner la Coupe ? s'enquit une voix moqueuse derrière moi.

- J'aimerais croire aux miracles, mais j'émets quelques doutes, avouai-je tandis que James se laissait tomber contre l'arbre, à mes côtés. Dis-donc, ôte-moi d'un doute… Tu n'es pas là pour espionner les Serdaigle, hein ?

Je ne pouvais pas être trop prudente, après tout. Et si je devais choisir entre le Quidditch et James, eh bien…

Mauvais exemple, en fait. Mais je pouvais certainement me mettre en colère si j'apprenais qu'il était effectivement là pour espionnage.

Il éclata de rire.

- Même si c'était le cas, je doute que cela serve à grand-chose. L'attrapeur est nul, on ne peut rien faire contre ça, grogna-t-il en levant les yeux au ciel.

- Mais pour avoir un bon attrapeur, il fallait peut-être que tu te présentes, répliquai-je avec un sourire.

- Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas un si grand génie, sur un balai, plaisanta-t-il.

- Vantard, en plus de ça !

- Il faut bien que j'aie quelques défauts, m'assura-t-il tranquillement. Dis donc, tu plaisantes pas, avec tes entraînements ! s'exclama-t-il en voyant tous les schémas explicatifs en face de moi.

Je hochai la tête.

- Mieux c'est organisé, plus c'est détaillé, et plus je suis certaine de bien visualiser l'ensemble de nos entraînements, expliquai-je. Si je devais me laisser porter par la chance, ou je ne sais quoi… Ce serait un massacre. J'ai besoin d'ordre, lorsque je réfléchis et que j'organise quelque chose.

Je fronçai les sourcils.

- Bon. L'idée, c'est de s'en sortir la tête haute, après la catastrophe de la dernière fois, expliquai-je. Essayer de rafler la deuxième place.

- Tu ne vises pas la première ?

Je grimaçai.

- J'aimerais bien. Mais je doute que ça fonctionne… Non, là, pour ce dernier match… On va jouer la sûreté. Et je ne t'en dirai pas plus, parce que tu restes un Gryffondor, et vous, les Gryffondor, vous avez un concept de la loyauté assez étrange…

- Quoi ?! s'offusqua-t-il. C'est faux ! C'est le concept écrit dans le dictionnaire de Godric Gryffondor ! m'assura-t-il. Mot pour mot !

Je souris, franchement amusée.

- Et ce concept, est-ce qu'il parle du fait que ta petite amie fasse partie d'une autre maison ? Envers qui est-ce que tu dois être le plus loyal ?

- Ah… J'ai pas encore réfléchi à la question, m'affirma-t-il avec le plus grand sérieux. J'y penserai. Mais je pense que ça passe après la famille.

- Ouais, je m'en doutais. Je ne peux pas rivaliser avec une dizaine de cousins…

- Ni avec des plantes, dit-il, tout à coup rêveur. Tu as vu que tu es assise devant des plants d'armoise ? Des plants en excellente santé, en plus !

Il se leva rapidement, et s'approcha de son nouveau centre d'intérêt.

- C'est une plaisanterie ? grommelai-je, mi-exaspérée, mi-amusée.

- Presque, me dit-il en se retournant et s'agenouillant devant moi. Je vais vraiment aller voir ces armoises. Mais avant ça…

Il posa doucement ses lèvres sur les miennes, et m'embrassa comme il savait si bien le faire.

À savoir, de façon à me faire oublier qu'il allait me dédaigner pour des plantes.

- Allez, va rejoindre ton armoise ! ris-je en le repoussant doucement.

- Il y en a qui seraient jalouses pour moins que ça, plaisanta-t-il.

- Tant que ce sont des plantes, je crois que je m'en remettrai, répliquai-je.

- T'es une très mauvaise menteuse, ce qui vaut certainement mieux pour moi, m'assura-t-il en éclatant de rire et en se relevant.

Je rougis, et rassemblai mes notes de Quidditch, avant de me lever.

- Si tu es occupé avec de l'armoise, je m'en vais trouver Jay, dis-je rapidement.

- Ouais, fais donc ça, murmura-t-il, l'esprit déjà ailleurs.

Je levai les yeux au ciel. Je supposai que je préférais ça à un petit-ami qui m'empêchait de faire trois pas sans lui, ou jaloux de mon attrapeur de trois ans mon cadet. Mais en même temps…

Par Merlin, je crois que je pourrais être jalouse de plantes d'ici peu. Non, mais vraiment.

Le vent s'était levé, et je regrettai d'avoir laissé mon écharpe dans le dortoir des filles de sixième année. Avec un peu de chance, Jay serait dans la salle commune, et je pourrai la récupérer avant de le tirer sur le terrain de Quidditch pour un entraînement supplémentaire.

J'avais totalement confiance en lui, vraiment. Il était doué, un petit génie sur un balai, je ne me faisais aucun souci pour lui. Mais il avait dit vouloir devenir joueur professionnel de Quidditch, et ce détail, je l'avais retenu. Tant que j'étais capitaine, je ferais en sorte de l'aider à s'améliorer. Quitte à ce qu'il grimace les lendemains de nos entraînements supplémentaires, parce qu'il était un peu courbaturé.

- Eh, cap' ! Attends-moi !

Je me retournai pour voir Jay courir vers moi. Depuis que nous avions commencé nos entraînements particuliers, il m'avait surnommée « cap ». Selon lui, j'étais bien tyrannique. Mais c'était parce que j'étais capitaine, alors j'en avais le droit. Enfin un qui me comprenait !

- Jay ! Je venais te chercher, justement.

Je tentai de ne pas grimacer en réalisant que je n'aurais pas la possibilité de repasser par la salle commune pour y récupérer mon écharpe. Pourtant, à ma grande surprise, cela ne s'avérait plus nécessaire. Avec un grand sourire, Jay sortit une écharpe de son dos.

- Mélina… C'est bien le prénom de la Préfète de ton année ?

Je hochai la tête pour le lui confirmer.

- Eh bien, elle m'a dit que frileuse comme tu étais, tu aurais sûrement besoin de ça.

Il me la lança, et je la rattrapai rapidement.

- Tu sais, Jay, commençai-je avec un grand sourire en enroulant le vêtement autour de mon cou, tu es en train de passer du statut d'attrapeur préféré à celui de joueur de l'équipe préféré. Mais ne le dis pas aux autres. Surtout pas à Fred. Il est jaloux, si tu savais…

Mon attrapeur éclata de rire, et prit le chemin du terrain.

- Pourquoi est-ce que tu voulais qu'on s'entraîne en particulier ? me demanda-t-il. On a un entraînement demain…

- Je sais, je l'ai programmé, lui rappelai-je. Écoute, le match est dans trois semaines. On a tout le temps de se préparer pour ça. Et on sera prêt, vraiment. Mais toi, je te réserve un truc spécial.

Je fouillai dans une de mes poches, et en sortit un carnet.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? s'étonna Jay.

- Le premier carnet de ma mère.

Je vis dans son regard qu'il n'osait pas prendre la parole. À mes yeux, ne pas être capable de me parler de ce sujet était stupide, parce que ce n'était pas rendre hommage à la mémoire de mes parents. Mais nous n'étions pas tous égaux à ce sujet.

- Elle était capitaine de son équipe, repris-je donc. Et bien plus sévère que moi, si j'en crois ses carnets.

Un faible sourire vint relever les lèvres de Jay.

- Je t'assure ! Enfin, le sujet n'est pas tant de savoir qui de ma mère ou de moi est la plus sévère. Mais plutôt de prendre tout ce qu'il y a dans ce carnet et qui peut nous être utile. Ma mère a étudié presque toutes les techniques de vol. Il y a des dizaines de pages sur la vitesse du vent et son incidence sur ton vol. Elle était vraiment au point, là-dessus, assurai-je à Jay.

Il semblait prêt à me croire, mais fronça toutefois les sourcils.

- Pourquoi est-ce qu'elle a fait tout ça ? Elle voulait jouer au niveau professionnel ?

- Euh… Je ne crois pas, avouai-je, légèrement perdue. En fait, rien dans ses carnets ne dit ça. Mais elle parle en revanche de ce type qu'elle voulait impressionner…

- Ton père ?

- Je pense que oui. Mais je n'en suis pas certaine. Mais je crois bien qu'il s'agissait de lui. En tout cas, ça a fonctionné. Elle parle du fait qu'il l'a inspirée lors de leurs premiers rendez-vous, pour développer d'autres techniques. C'est vraiment très complet…

Je remis le carnet dans ma poche intérieure.

- Tu te souviens d'eux ? me demanda Jay.

Il rougit immédiatement après avoir posé sa question.

- Je suis désolé. C'était totalement déplacé.

- Eh, Jay le Vif, détends-toi un peu ! ris-je en lui ébouriffant les cheveux. Je me souviens un peu d'eux. C'est confus. Mais ce dont je me souviens, c'est d'un sentiment vraiment sympa. J'aimerais bien pouvoir le retrouver dans ma propre famille, ça.

Jay afficha alors un sourire en coin que je n'appréciai pas du tout.

- On va arrêter là cette discussion, grommelai-je en rougissant furieusement.

- Tu pensais à qui en parlant de ta famille ?

- T'es pas un peu jeune pour te préoccuper de ce genre de problèmes ? répliquai-je.

- Certainement pas, m'assura-t-il avec un air assuré.

J'observai son air certain, et ses yeux moqueurs.

- Jay, nous voici dans une impasse, dis-je. Soit je te dis tout, mais dans ce cas-là, je te ferai vraiment souffrir durant cet entraînement, et toute l'école entendra parler de tes crises de larmes. Soit je ne dis rien, et on fait en sorte que tu ne termines pas en pleurs. Qu'est-ce que tu préfères ?

Son visage se décomposa un petit peu alors qu'on sortait du château pour aller vers les vestiaires.

- Je suis contente qu'on ait trouvé un terrain d'entente ! m'esclaffai-je alors qu'il m'ouvrait la porte pour me laisser passer.

J'avais déjà remarqué ça, chez Jay. Il était très gentleman, du haut de ses treize… quatorze ans, déjà. Merlin, il n'allait pas tarder à faire une poussée de croissance, et il faudrait reprendre tout l'entraînement à zéro, pour l'aider à voler avec son nouveau centre de gravité.

Il me semblait que parfois, je prenais le Quidditch un peu trop à cœur.


- Attends, tu peux répéter ça ? Vous avez des rendez-vous dans les passages secrets de Poudlard ?

- Non, c'est pas ce que j'ai dit, Mélina…, soupirai-je.

Et puis, même si j'avais réellement dit ça, elle ne pourrait pas prendre la nouvelle avec colère, en tant que Préfète, plutôt qu'avec un grand sourire, comme une adolescente, même si elle en était bien une ?

- Des rendez-vous secrets ? Pourquoi « secrets » ? s'étonna Chuck en arrivant derrière nous. Vous n'êtes pas un couple « secret » !

Je levai les yeux au ciel.

Mes amis ne pouvaient pas être des Serdaigle. Ils étaient parfois bien trop envahissants pour ça.

- Non. Je disais simplement que parfois, lorsqu'on se retrouve tous les deux, James me montre les passages secrets de Poudlard, rétablis-je.

Ils échangèrent cependant un regard entendu.

- Vous avez des rendez-vous dans les passages secrets, donc, reprit Mélina. Même si ce n'est pas planifié de cette façon, c'est comme ça que ça se termine !

Chuck hocha vivement la tête pour l'appuyer.

- Moi, j'appelle ça des rendez-vous secrets, si personne ne peut vous voir, confirma-t-il.

- Il y a un truc pas net, aujourd'hui, murmura Paige.

Et je la bénis pour son intervention qui, si elle m'était incompréhensible, avait le mérite de ne pas m'enfoncer dans cette idée de rendez-vous secrets qui n'en étaient pas.

C'était venu plutôt stupidement sur le tapis. Mélina avait fait sa ronde de la veille au soir avec le Préfet de Gryffondor, de sixième année aussi, qui lui avait dit que James Potter était encore dehors. Et elle avait réalisé que j'étais aussi dehors. Soit dit en passant, ce garçon avait de toute évidence une mauvaise influence sur moi. Je ne sortais jamais après le couvre-feu. Sauf depuis que je sortais avec James. Il fallait que nous parlions de ça, d'ailleurs…

- Qu'est-ce qui n'est pas net ? voulut savoir Mélina, avec toute la patience dont elle faisait preuve quand elle s'adressait à Paige.

Cette dernière haussa simplement les épaules, et retrouva son air rêveur. Chuck porta la main à sa bouche pour s'empêcher de rire trop fort – si Paige était différente, ce n'était pas pour autant qu'il voulait rire à ses dépens.

Mais ce qui l'empêcha réellement de rire, c'est l'apparition subite de Peeves.

Peeves, selon les rumeurs, était présent dans le château depuis… toujours. Ce qui faisait très longtemps, et m'avait toujours effrayée, parce que cela voulait dire que les événements horribles, les différents directeurs, et tout ce qui avait pu se passer à Poudlard et qui aurait dû faire fuir n'importe qui, n'avait pas réussi à chasser Peeves. Donc, après ça, soit nous, les élèves, lui vouions un respect éternel, soit nous en avions peur. J'avais opté pour la seconde option.

- Potter et Weasley,
Ils ont encore frappé.
Si vous n'êtes pas effrayés,
Vous pouvez rester.
Sinon, préparez-vous à être peinturlurés !

C'était bien le moment où nous pouvions tous commencer à paniquer ? Peeves venait tout juste de parler de peinture, non ?

La suite des événements me fit comprendre que oui.

Des ballons, aux couleurs des quatre maisons, apparurent dans un petit « pop ». Nous levâmes tous la tête, pour les voir exploser en plein vol.

Rouge, vert, jaune et bleu. Les couleurs des quatre maisons. En peinture. Sur nous. Sans aucun préambule.

Les cris de surprise et de frayeur frappèrent les murs du couloir menant au cachot. Rapidement, j'entendis quelques élèves murmurer des formules pour faire disparaître ces couches de peinture. Et moi, stupidement, je restai plantée au milieu du couloir, complètement paniquée.

Ils avaient osé.

De la peinture.

DE LA PEINTURE.

J'étais… incapable du moindre mouvement. J'avais trop peur d'aggraver les dégâts. Je devais paraître plutôt stupide, immobile au milieu de ce couloir, toujours couverte de peinture, les bras écartés dans une tentative désespérée de… En fait, je ne savais pas trop ce que j'attendais, dans cette posture qui n'avait aucun sens.

- De la peinture, réussis-je à murmurer, horrifiée. Ils ont osé. De la peinture…

- Ce n'est rien, m'assura Mélina. Je vais t'enlever ça en un coup de baguette. Attends…

Je voulus crier pour l'en empêcher, mais aucun son ne sortit de ma bouche. À nouveau, j'étais aphone. Mais j'allais réagir, par Merlin ? Il fallait que je l'empêche d'empirer cette… horreur !

- Expelliarmus ! entendis-je alors.

C'était la voix de Vic, qui fut rapidement couverte par les exclamations de stupeur de Mélina. J'avais oublié. Les septièmes années avaient cours dans les cachots, eux aussi, à cette heure-ci. Merlin, j'étais si heureuse d'entendre Vic.

- J'allais l'aider ! protesta Mélina.

Je distinguai clairement le reniflement de mépris de Vic pour simple réponse à la riposte de Mélina.

- T'allais tout aggraver, ouais, répliqua Vic. Viens, Astrid, je vais arranger ça…, continua-t-elle en passant un bras autour de mes épaules. Laisse-moi te guider… Le spectacle est terminé ! annonça-t-elle à la foule que je devinais autour de nous. Et si vous voyez Potter et ses cousins farceurs, dites-leur qu'ils ne sont pas au bout de leurs peines…

Je ne voulais pas l'encourager sur cette voie, mais pour une fois, j'étais d'accord. Ils n'étaient pas au bout de leurs peines. Et j'avais des moyens de pression pour chacun – enfin, en quelque sorte.

- On va où ? murmurai-je d'une petite voix.

- Dans notre salle commune, me répondit Vic. Eh, toi ! t'as un problème ?! aboya-t-elle envers un élève qui devait certainement nous regarder de trop près.

- Misenpot ne va pas être contente.

- Ouais, bah Misenpot n'est jamais contente, me rappela Vic. Tu auras une retenue, et puis voilà… Allez, on grimpe maintenant.

Elle m'aida à situer la première marche. J'avais de la peinture qui dégoulinait sur mon visage, et j'avais bien trop peur de la toucher.

- Tu n'en avais parlé à personne ? s'étonna Vic après avoir répondu à notre heurtoir que la sagesse n'était pas un concept propre à l'humanité.

Je secouai la tête.

- Mais pourquoi ?! Oh, non, ne me réponds pas, en fait, soupira-t-elle. J'imagine qu'ils se seraient amusés à te lancer de la peinture pour voir si le phénomène se répétait… Allez, direction le lavabo, murmura-t-elle.

Nous grimpâmes quelques étages, à nouveau. Les gouttes de peinture qui tombaient derrière moi faisaient un sinistre bruit. J'avais l'impression de les entendre rire. Ce n'était pas très plaisant.

Une porte s'ouvrit, et je compris que nous étions arrivées dans la salle de bains des septièmes années. Je n'osai regarder le miroir vers lequel nous nous dirigions pourtant, et je laissai Vic me mettre la tête au-dessus du lavabo sans riposter.

- Et c'est parti…

Elle ouvrit le robinet, et mes cheveux, déjà alourdis par la peinture, le furent encore plus par l'eau. Jusqu'à ce que celle-ci ôte peu à peu la peinture. Vic s'éloigna quelques instants, et lorsqu'elle revint, je vis du coin de l'œil qu'elle avait cinq bouteilles à la main. Cinq bouteilles de shampooing.

- Cinq senteurs différentes… J'en connais un qui va être content, ricana-t-elle.

Je rougis furieusement. Heureusement, ce ne devait pas être trop visible pour elle, étant donnée ma posture.

- Il ne s'approchera plus de mes cheveux avant un long moment, tu peux me croire, murmurai-je alors qu'elle versait une première dose de shampooing sur ma tête.

Elle éclata de rire, frottant vigoureusement. Je réalisai alors que je ne l'avais pas encore remerciée de m'avoir sortie de ce pétrin.

- Merci de faire ça pour moi, au fait.

- C'est normal, m'assura-t-elle. Je me rappelle de ce que ça avait donné, la dernière fois que de la peinture est entrée en contact avec tes cheveux.

Je grimaçai. Moi aussi, je me rappelais très bien. C'était le jour où j'avais découvert cette réaction plutôt… désagréable.

Je venais juste d'intégrer l'équipe de Quidditch. Je ne sais plus pour quelle obscure raison notre capitaine avait alors voulu que nous repeignons les casiers, mais nous l'avions fait, façon Moldue. Sûrement pour développer l'entente dans l'équipe. Toujours est-il qu'à un moment, lorsque je m'étais penchée, mes cheveux avaient frôlé la porte que je venais de repeindre. Je ne m'étais pas inquiétée, à ce moment-là. C'est le soir, lorsque j'avais voulu faire partir cette marque blanche, que j'avais vu que mes cheveux, dessous, avaient décoloré. Et étaient devenus verts. Je ne plaisante pas. J'avais réussi à cacher ça, parce que c'était les mèches du dessous. J'avais simplement évité de m'attacher les cheveux.

Lorsque j'en avais parlé à Jill, au cours de l'été suivant, elle avait été bien en peine de me donner une explication. Elle m'avait dit que cela arrivait aux personnes qui se faisaient des couleurs, puis qui allaient se baigner dans les piscines. Mais j'avais une couleur blonde naturelle, et pour autant que nous le sachions, il n'y avait pas de chlore dans la peinture. Nous en avions déduit que c'était un effet magique. Une défense de mes cheveux, ou le moyen de me faire une mauvaise blague.

- Je viens de terminer la bouteille de Maggie, m'annonça mine de rien Vic. Elle ne sera pas très contente. Tant pis pour elle.

- En espérant que ça fonctionne…, murmurai-je.

Vic avait été là pour me laver les cheveux, lors de l'incident du casier. Mais nous n'avions pas réussi à faire partir la teinte verte avant quatre jours de lavage intense de cheveux.

Je l'entendis pester dans mon dos, et je grimaçai. Si Vic pestait, je devais commencer à m'inquiéter. Quatre jours ne suffiraient peut-être pas, cette fois…

- C'est si horrible que ça ?

- Euh…

J'étais certaine d'entendre ses méninges réfléchir à une réponse adéquate, avant de choisir la solution de simplicité, consistant à m'annoncer qu'elle n'avait pas encore tout essayé :

- Je vais aller chercher du shampooing aux autres étages, m'annonça-t-elle, et mon estomac se tordit violemment.

Ça devait être vraiment horrible.


Je portai instinctivement ma main à mes cheveux. Je n'étais pourtant pas une fille qui passait son temps à se toucher les cheveux, et à vérifier qu'ils étaient bien à leur place. Je n'irai pas jusqu'à dire que je sortais du dortoir sans me coiffer, le matin, mais je n'avais pas ma brosse lorsque j'étais sur un terrain de Quidditch. J'étais un juste milieu. Mais depuis trois heures, je n'arrêtais pas de lever la main pour aller les toucher. Heureusement, j'avais beaucoup de foulards. Et un avait atterri sur mes cheveux, ce qui m'empêchait de les toucher – et me rappelait amèrement que j'avais un léger problème capillaire.

J'avais bien évidemment raté le cours de Potions, et le temps que Vic termine de me laver les cheveux – « Il y a un moment où il faut abandonner, Astrid. J'ai fait tout ce que j'ai pu… » - le cours d'étude des Runes était déjà bien entamé. J'étais donc allée me réfugier dans le parc, une fois encore. Les arbres de Poudlard me cachaient le château, et m'évitaient de songer à l'éventualité que j'y retourne.

D'accord, cela pouvait paraître mélodramatique.

Mais mes cheveux étaient verts. Et pas vert Serpentard, qui est une couleur que je n'apprécie pas spécialement, mais qui a le mérite de ne pas être vive. Non. Mes cheveux étaient vert vif. Alors, franchement, j'estimais avoir le droit de ne pas vouloir retourner au château, pour qu'on me demande pourquoi je portais un foulard.

J'étais fondamentalement contre la torture, la violence, et toutes ces histoires, mais si je devais avoir l'un des trois responsables en face de moi, je n'étais pas certaine de pouvoir garder mon calme.

Je resserrai mon écharpe autour de mon cou, et maugréai contre la stupidité des esprits qui aimaient faire des plaisanteries. Sérieusement, ils aimaient ça à ce point ? Ils ne pouvaient pas en faire moins ? Ou en faire qui ne toucheraient pas d'autres personnes ? Tiens, pourquoi est-ce qu'ils ne se feraient pas des mauvaises blagues entre eux, hein ?

La dernière fois, pour une toute petite mèche, la couleur à peine vert foncée avait mis quatre jours à partir. Combien de temps pour que mes cheveux retrouvent leur blond naturel, cette fois-ci ?

Je fermai les yeux, et laissai ma tête retomber lourdement contre le tronc derrière moi. Je restai un moment à maudire les jumeaux et mon petit-ami, jusqu'à entendre des pas s'approcher. J'espérai que la personne qui s'approchait n'allait pas me voir. Et que, si c'était le cas, elle comprendrait que je n'avais aucune envie de parler.

- Euh… je peux te parler ?

Raté. Fichu James qui savait derrière quel arbre j'aimais me cacher.

Je ne répondis rien, et gardai les yeux fermés.

- Entre les cris des professeurs qui nous ont attrapés, ceux de Peeves qui était ravi de la plaisanterie et ceux des élèves qui commençaient à s'en remettre, j'ai entendu quelques mots de Vic. C'était quelque chose comme « Les Weasley vont le regretter la prochaine fois qu'on sera sur un balai » ou « Potter, j'espère qu'Astrid te le fera payer. »

Aaah, la douceur des paroles de Vic. Elle aurait fait une très bonne batteuse. Elle avait beaucoup de colère à revendre envers les plus jeunes qu'elle.

- Du coup, j'ai cru comprendre que tu risquais de m'en vouloir.

Il ne croyait pas si bien dire.

- Alors, comme je sais que tu es plutôt douée en Défense contre les Forces du Mal…

S'il croyait m'amadouer avec des compliments, il ferait mieux de s'adresser au Calmar géant. Il y serait plus sensible que moi, à l'heure actuelle.

- Je voulais m'assurer de quelque chose.

Je respirai profondément.

- De quoi ? demandai-je d'une voix plus sèche qu'à l'accoutumée.

J'ouvris enfin les yeux, et notai qu'il paraissait légèrement anxieux. Tant mieux. Il croyait vraiment qu'il pouvait changer la couleur de mes cheveux sans que je ne lui en veuille ? Il avait tout intérêt à être anxieux. Même si j'étais strictement incapable de lui faire quoi que ce soit, ça regonflait mon ego. Un peu.

- Sur une échelle de zéro à « je songe à toutes les tortures qu'on peut faire à son petit ami quand il nous a couvert de peinture », tu m'en veux à quel point ?

Je restai stoïque. C'était une bonne question, à vrai dire. À quel point est-ce que je lui en voulais ? Après tout, ce n'était pas intentionnel. Enfin, la blague l'était. Mais il ne pouvait pas savoir que mes cheveux avaient viré à une couleur peu discrète. Pour le moment, seule Vic était au courant.

Il porta instinctivement une main à ses cheveux, et j'éprouvai une énorme vague de jalousie. Moi aussi, je voulais pouvoir me vanter d'avoir des cheveux à la couleur totalement naturelle ! D'accord, je recommençais à dramatiser.

Mais vert, quand même…

Il attendait ma réponse, et par peur qu'il en oublie de respirer – parce que je n'avais que moyennement envie de le voir s'étouffer sous mes yeux – je levai moi aussi ma main jusqu'à mon foulard, et le soulevai lentement.

Je ne l'enlevai pas entièrement, mais la tête choquée de James et le juron qu'il laissa échapper, et qui me fit grimacer, me firent comprendre qu'il en avait vu assez, et je reposai ce que je venais de rebaptiser « cache-misère » sur mes cheveux. Ensuite, je croisai les bras.

- C'est… C'était pas censé arriver, marmonna James. C'est pas de la peinture qui…

Il se tut. De toute évidence, il ne savait pas comment se défendre. Il lâcha à nouveau un juron. Par Merlin, il ne pouvait pas être un peu plus poli ? Sérieusement, mes nerfs n'allaient pas supporter tout ça encore très longtemps. Puis, il me lança un regard pitoyable.

- C'était juste une plaisanterie… Je te promets que si j'avais su…

- Quoi ? Si tu avais su que mes cheveux allaient tourner à la couleur verte pour une durée indéterminée, tu m'aurais prévenue ? Tu m'aurais dit d'éviter le couloir menant aux cachots ? Tu m'aurais…

Je fermai soudainement les yeux, et tentai de refluer la colère qui montait pourtant en moi. J'étais vraiment en colère, mais j'allais perdre toute crédibilité si je continuais sur cette voie.

Je ne savais pas vraiment me mettre en colère, en dehors d'un terrain de Quidditch, ce qui expliquait que mes amis n'hésitaient pas à me taquiner un peu trop. Ils savaient que je me contrôlais pour ne pas que m'échappe le contrôle de mes nerfs. Sinon, je ne répondais plus de rien. Et pas parce que j'étais trop en colère, non. Parce que je me mettais à pleurer.

- Oh, Merlin…, soupirai-je.

- Écoute, tenta vaillamment James. Je te propose… euh… J'ai pas franchement l'habitude de ce genre de trucs, en fait. Je veux dire, ma mère et ma sœur, quand elles sont en colère, se mettent à crier, ou me font tous les reproches du monde, ou… Enfin, je veux dire, d'habitude, vous… vous criez, quoi !

Si je n'avais pas peur de verser un torrent de larmes en ouvrant les yeux, je lui aurais certainement lancé un regard noir.

- Si tu veux un conseil, ce n'est pas en m'incluant dans un « vous » qui rassemble certainement toutes les filles de cette terre que je vais arrêter de t'en vouloir, murmurai-je.

Je savais bien que j'avais ce défaut d'être très gentille, et que je ne lui en voulais presque pas lorsqu'il parlait d'autres filles avec moi, mais il fallait qu'il fasse vraiment très, très attention à ses prochaines paroles.

- D'accord, désolé pour ça, dit-il précipitamment. Mais… je ne sais pas… Tu ne veux pas crier pour… évacuer tout ce que tu veux évacuer ? Vraiment, là, je suis prêt. Tu peux crier tout ton soûl, j'accepterai tout sans broncher. Enfin, je grimacerai, et tout ça, mais…

- Je ne vais pas crier, le coupai-je en soupirant.

- Vraiment ? s'étonna-t-il.

- Vraiment. Parce que si je me mets à crier de colère, ensuite, je vais me mettre à pleurer parce que c'est toujours ce que je fais quand je suis en colère. Et ensuite, comme je vais pleurer, je vais perdre toute crédibilité, et je vais devenir une… une…

Je songeai au mot le plus adéquat, et me maudis de me rappeler uniquement de l'expression de Jill, qui paraissait vraiment niaise, mais qui convenait parfaitement à la situation :

- Une éponge de sentiments, et je vais ressembler à une petite chose toute fragile, et du coup, tu vas vouloir me consoler, et je vais l'accepter parce que je serai en train de pleurer, et que j'aurai besoin de réconfort. Sauf qu'à ce moment-là, je perdrai toute crédibilité, et me mettre à crier n'aura servi à rien.

Il y eut un long silence après ça.

- Donc… Tu ne vas pas crier, mais c'est comme si tu l'avais fait. Je me trompe ? demanda finalement James.

- On a qu'à dire que c'est ce qu'il s'est passé, oui.

- Ok, alors tout ça est assez nouveau pour moi, donc si tu pouvais avoir la gentillesse de m'expliquer comment je dois me comporter après une dispute de ce genre, ça m'aiderait…

- Juste… Oublie tout ça, James. J'ai pas envie de parler. J'ai pas envie d'avoir des cheveux verts pour… je ne sais combien de temps.

Le long silence qui suivit m'inquiéta. Je me décidai donc à rouvrir les yeux, constatant avec soulagement que mes larmes avaient reflué et ne menaçaient plus de couler. J'observai donc James. Son visage était tordu. Je crus d'abord qu'il grimaçait, comme s'il était désolé, mais ensuite, je réalisai que c'était pour totalement autre chose.

- Est-ce que tu te retiens d'éclater de rire ?! manquai-je m'étouffer.

Son visage retrouva immédiatement une expression sérieuse. Mais le mal était fait.

- Pardon. Vraiment. C'est juste… Je me disais que c'était dommage que ce soit vert. Tu n'es pas une Serpentard, et ça va mettre Pierce de trop bonne humeur… Tu vois, ça aurait été rouge, comme pour Gryffondor, ou bleu, pour Serdaigle… Mais vert…

J'ouvris de grands yeux étonnés. C'était une blague, non ? Mais non. Il était tout à fait sérieux, lorsqu'il disait ça.

Et je me morigénai, mais c'est vrai qu'il avait raison.

Si ça avait été une autre couleur…

- Est-ce que ce ne serait pas l'ébauche d'un sourire que je vois sur tes lèvres, là ? tenta-t-il prudemment.

- Je… je crois que je me retiens d'éclater de rire, moi aussi, avouai-je piteusement. J'ai les cheveux verts, et ce que tu trouves de mieux à me dire c'est que… c'est dommage que ce soit de cette couleur ?

Je supposai qu'une personne extérieure à la scène nous aurait pris pour des fous, ce que nous étions certainement. Mais ça faisait un bien fou de rire, vraiment, et je n'allais pas me gêner.

- Je tiens à dire que je trouve toujours cette blague stupide.

Il leva les mains en signe d'excuse, mais ses yeux rieurs démentaient le sérieux qu'il tentait de faire passer par ce geste.

- L'humour de ma famille n'est pas toujours bien compris, je le conçois. Mais c'était quand même inattendu. Et ça, c'est ce qui compte. Et puis, la petite apparition de Peeves a fait toute la différence.

Je grimaçai. Plus loin je me trouvais de cet esprit frappeur, mieux je me portais, à vrai dire.

- Merci Merlin, si je sors avec toi, ce n'est pas pour ton sens de l'humour, murmurai-je en levant les yeux au ciel. Et n'essaie pas de te défendre. Jusqu'à ce que mes cheveux aient retrouvé une teinte normale, j'ai entièrement le droit de critiquer vos plaisanteries.

- T'es dure, en affaires, grimaça James.

- Mon copain m'a appris deux, trois trucs, répliquai-je avec un sourire.

- Il doit être plutôt pas mal, alors, ton copain.

- Sauf pour les blagues.

- OK, j'abandonne cette bataille ! s'exclama-t-il en se levant. Notre plaisanterie était vraiment nulle, tu vas garder les cheveux verts pendant des jours, mais on va faire en sorte de le cacher, et je vais essayer par tous les moyens de me faire pardonner. Tu es contente comme ça ?

- Je crois que oui.

Il me tendit une main pour m'aider à me lever. Je l'acceptai volontiers, et me laissai guider lorsqu'il prit le chemin du château.

Certains diront que je me laissais trop facilement amadouer, et que je pardonnais trop rapidement. La vérité, c'est que ce n'était pas si grave, et que je ne voyais pas pourquoi j'en voudrais réellement à James. Il ne savait rien de ce que leur plaisanterie allait provoquer, et lui en vouloir pour si peu serait immature. Et il était bien assez immature pour deux.

- J'espère quand même qu'ils ne seront plus verts lors du match contre Gryffondor. Ça serait vraiment bizarre, marmonna-t-il.

- Tu vas me porter malheur, soupirai-je en songeant à cette éventualité, et en frissonnant d'effroi.

Et si ça arrivait vraiment ? Je n'allais quand même pas passer la fin de l'année avec ce foulard sur ma tête, si ?

- Bon, je crois que toute cette histoire te torture bien trop les méninges, donc je te propose d'aller te changer les idées.

- Avec toi ? demandai-je.

- Évidemment. Je m'en voudrais de t'empêcher de profiter de ma présence extraordinaire.

Je lui lançai un regard entendu.

- Enfin, sauf lorsque je fais des blagues qui rendent verts tes cheveux. Là, je te l'accorde, ma présence n'est pas aussi extraordinaire.

- Et quand tu ronfles, ajoutai-je, sourire en coin.

- Techniquement, tu ne m'as jamais vu dormir, répliqua-t-il. Quant aux rumeurs colportées par mon frère et ma sœur…

- Tu ronflais, l'année dernière, endormi dans la bibliothèque.

Il ronchonna.

- Roxanne m'avait pourtant assuré que je ne ronflais pas…

- Elle t'a menti, assénai-je sans pitié. Cheveux verts, lui rappelai-je alors qu'il s'apprêtait à protester. Cheveux verts. Je peux dire tout ce que je veux.

- Très bien, je me rends.

- Je préfère ça, murmurai-je avec un sourire.

Les portes du château étaient toujours ouvertes lorsque nous arrivâmes devant elles.

- Juste une question, dit James alors que nous grimpions les marches.

- Oui ?

- Le joker « cheveux verts » m'empêche de t'embrasser, non ?

Je rougis. Comme toujours. Il fallait que je devienne un peu moins timide, quand même.

- Comment ça ?

- Eh bien… Disons que tu m'en veux. Donc, concrètement, je n'ai pas le droit de t'embrasser tant que tu as les cheveux verts. Si ? Non, non. Vu ta colère, non, je ne peux pas…, reprit-il, songeur.

- Attends, attends, tu plaisantes, non ? demandai-je.

Il fallait qu'il soit puni pour sa plaisanterie, d'accord, mais je refusais d'être moi aussi lésée par toute cette histoire. J'avais déjà une couleur de cheveux peu agréable, je n'allais pas en plus perdre un des avantages indéniables que j'avais en sortant avec James.

- Bah… non. En fait, je suis plutôt sérieux. Je comprendrais, après tout. La couleur de cheveux, tout ça… Ce serait ta vengeance.

Je m'arrêtai vivement, et tirai sur sa main pour qu'il en fasse de même, et se tourne vers moi. Il était particulièrement sérieux, et malgré moi, je lâchai un petit rire nerveux.

- Même pas en rêve, James. Il y a beaucoup de choses que je pourrais faire pour te montrer à quel point je t'en veux.

- Ah ? s'étonna-t-il en levant un sourcil.

- Mais me punir aussi ? C'est exclu, assurai-je.

J'ôtai ma main de la sienne, et enroulai mes bras autour de son cou avant de poser mes lèvres sur les siennes. Il sourit – certainement parce qu'il venait d'obtenir ce qu'il voulait – mais je m'en moquais du moment qu'il répondait à mon baiser. Comme lisant dans mes pensées, il m'attira à lui et glissa ses mains dans mon dos.

- Vous savez qu'il y a des enfants d'à peine onze ans, dans cette école ? murmura une voix traînante, surgie de nulle part.

Le visage totalement rouge de confusion, je m'arrachai de l'étreinte de James. Il paraissait lui aussi quelque peu gêné, même s'il gardait contenance.

- Tu étais bien plus discret, avec Macmillan, se rappela la nouvelle venue.

- Kira, qu'est-ce que tu fiches là ? marmonna James.

Plutôt grande, la peau métissée, Kira Shacklebolt était à Serpentard, en septième année. Outre le fait qu'elle soit la fille de l'ancien Ministre de la Magie, elle était une jeune femme qui dégageait une prestance indéniable, et je crois bien que je n'avais jamais réussi à la regarder droit dans les yeux, les rares fois où j'en avais eu l'occasion. Heureusement pour moi, les occasions ne s'étaient pas souvent présentées.

- Je voulais m'assurer que notre petit marché était toujours d'actualité, dit-elle avec un large sourire. L'été arrive, nos parents vont vouloir faire quelques repas dominicaux, et comme toujours, ils vont essayer de nous soustraire des informations sur ce qui se passe à Poudlard…

- Et le marché est toujours le même depuis que nous sommes ici, Kira, soupira James en levant les yeux au ciel. Tu ne dis rien sur les heures de retenue que mes parents ignorent, et je ne dis rien sur tes arrangements secrets.

Elle hocha la tête, l'air satisfait.

- J'aime que nous soyons sur la même longueur d'ondes, James. Smith, au plaisir de te revoir…

Kira m'adressa un bref signe de tête, et tourna les talons, avant de se raviser.

- Au fait, James, pour que ce soit bien clair… Si jamais le moindre commentaire de ce que tu sais concernant tu sais qui filtre, je te jure que ta copine aura bien pire que Pierce sur le dos, dit-elle avec un sourire diabolique. Si tu vois ce que je veux dire…

- Je pense que ton embarras serait tel, Kira, que tu n'aurais pas la possibilité de te venger sur quiconque, répliqua-t-il en riant. Mais dans le doute, sois certaine que personne ne sera au courant. C'est notre petit secret.

- Faire affaire avec toi est toujours un plaisir, James, si tu savais…, murmura-t-elle avec un sourire satisfait.

Et aussi rapidement qu'elle était venue, elle disparut.

Je pointai le doigt vers l'endroit d'où elle venait de disparaître.

- C'était vraiment bizarre, dis-je à James.

- Tout ce qui concerne Kira est bizarre, m'assura-t-il. On s'y fait, au bout de…

Il fit mine de réfléchir.

- Non, en fait, on ne s'y fait jamais.

- Vous êtes vraiment bizarres, tous, lui dis-je.

- C'est parce que nous avons grandi en sachant que nous étions célèbres. Non, je plaisante, ajouta-t-il rapidement en perdant toute trace de vanité. C'est juste que nos parents ne nous ont posé aucune contrainte, ou presque, pour que nous ne soyons pas obligés de vivre comme eux avaient dû le faire. Ça donne ça, comme résultat.

- Plutôt sympa, cela dit. Je ne sais pas si je pourrais faire pareil. Mais c'est plutôt sympa d'être au milieu de toute cette folie. Par moments, m'empressai-je de rajouter. Par moments. Parfois, il faut aussi se poser, et tout ça…

- Non, arrête ça tout de suite, m'interrompit-il, horrifié. Je ne peux même pas imaginer ça. Brrr… Allons manger, enchaîna-t-il en s'éloignant vivement de moi, comme si j'allais le contaminer d'une drôle de maladie.

J'éclatai de rire, mais le suivis, remettant rapidement mon foulard en place avant de lancer un sortilège dessus pour être certaine que personne d'autre que moi ne puisse le faire bouger. Je le rattrapai juste avant qu'il n'entre dans la Grande Salle. Nous entrâmes ensemble, mais je ne me préoccupai pas des regards de chacun.

- Que ce soit bien clair, James, murmurai-je de façon à ce qu'il soit le seul à m'entendre. Si tu parles à qui que ce soit de ce qu'il y a sous ce foulard, je te promets que tu regretteras d'être scolarisé à Poudlard.

Il afficha un sourire prétentieux, et s'éloigna de quelques pas.

- Je suis presque certain que tu es incapable de me faire le moindre mal. Mais promesse de petit ami, je ne dirai rien.

Je rougis, et m'éloignai vers ma table. Tant qu'il ne disait rien, c'était déjà un bon point.

Chuck avait gardé une place pour moi, entre lui et Mélina, et je m'y installai en faisant mine de ne pas percevoir leurs regards surpris.

- C'est une nouvelle mode ? demanda Fred en retenant un sourire.

- Fred, si tu veux pouvoir encore parler après le prochain entraînement, je te conseille vivement de ne pas faire un seul autre commentaire de ce genre. Sinon, tu feras travailler tous tes muscles, en profondeur, et même ceux de ta mâchoire. Pour que tu ne puisses pas parler. Tu comprends ?

Il souriait toujours, mais hocha quand même la tête. Bien. Le message était passé. Enfin, tout du moins je l'espérais.

- C'est… on a le droit de critiquer ? s'enquit Chuck.

Je soupirai.

- Oubliez mon foulard un instant, et dites-moi ce qui s'est passé après que je sois partie.

- Hum, eh bien… Misenpot et Babbling ont su que tu étais partie à cause de l'incident peinture, m'annonça Mélina, avec un petit sourire désolé. Aucune n'a trouvé que c'était une excuse valable pour sécher les cours, donc tu as une retenue, avec chacune.

- C'était le prix à payer, murmurai-je.

- C'est un prix un peu fort, pour de la peinture, fit remarquer Paige de sa voix rêveuse.

- Elle n'a pas tort. Tu ne veux pas nous expliquer ce qui s'est passé, exactement ?

- Chuck… t'es mon meilleur ami, et je t'adore pour ça. Mais vraiment, il y a des trucs que je garde pour moi. Tu vois, il faut éviter de tout se dire. Tiens, Roxanne, tu ne voudrais pas me passer le plat de purée ? Merci.

Ils essayèrent tout le repas, et toute la soirée pour les filles, d'en savoir plus sur les raisons d'avoir mis un foulard. C'était hors de question.


Je regardai mes six joueurs, et coéquipiers, assis sur un banc, en face de moi, l'air sérieux. J'aimais bien, lorsqu'ils étaient concentrés comme ça. Ça prouvait qu'ils ne prenaient pas le Quidditch à la légère. Bien sûr, nous ne jouions que pour l'école, mais ça n'en était pas moins important pour autant.

- Faites-moi une petite place, demandai-je.

Fred et Vic laissèrent un espace suffisant pour que je m'asseye, et je m'installai entre eux deux, regardant le tableau que j'avais préparé avant l'entraînement.

Entraînement qui s'était vraiment bien déroulé. Jay avait même réussi à avoir sa petite étincelle de génie au cours de celui-ci. J'étais certaine qu'il était capable d'être tout le temps concentré, même durant les entraînements, et nous montrer ses aptitudes en dehors des matchs. Nous travaillerions sur ça, l'année prochaine. Mais recentrons-nous sur le présent.

- Je crois que ce tableau est assez clair, non ? m'enquis-je.

- Plutôt, oui, m'assura Ivan. Enfin, j'avoue que je suis un peu perdu à partir du troisième mouvement. Mais la conclusion est parfaite.

- Limpide, ajouta Fred.

- Elle me met un peu la pression, quand même, murmura Jay.

Gagner avec cent cinquante points d'avance nous propulsait au même niveau que les Gryffondor. Cent soixante points, nous leur passions devant. Et avec deux cent cinquante points marqués durant ce match, nous dépassions les Serpentard. Conclusion : nous devions gagner avec plus de deux cent cinquante points. Il ne nous restait plus qu'à mettre ce plan à exécution.

Je n'avais pas voulu leur dire qu'il nous fallait six cent points pour battre les Poufsouffle. Ils le savaient aussi bien que moi, et je ne voulais pas nous mettre cette pression supplémentaire, et inutile. J'aimais le jeu, mais je ne voulais pas les décourager.

- La coupe ne sera pas pour nous cette année, commenta cependant Roxanne.

Je poussai un profond soupir. C'était certain.

- Vic ? Ivan ?

La poursuiveuse et le batteur se tournèrent vers moi, surpris. Ils occupaient deux postes totalement différents, et il n'y avait pas de raison que je les appelle en même temps.

- Oui ? demanda finalement Ivan.

- Je suis désolée.

- De quoi ? s'étonna Vic.

- Vous ne gagnerez pas la coupe pour votre dernière année ici. Et c'est en partie ma faute. Par rapport au match contre les Serpentard. Je veux dire…

Malgré l'interdiction formelle de m'interrompre, Vic ne se fit pas prier, et me fixa avec de grands yeux sévères. Si je n'avais pas été présente en tant que capitaine, et donc ayant droit d'exercer mon autorité, j'aurais certainement fui.

- Tu n'as pas le droit de t'en vouloir pour ça, Astrid. Les Serpentard ont choisi de ne pas jouer correctement juste pour une histoire de cœur malmené. C'est leur choix, et ils ont piétiné comme ça tout le respect qu'ils avaient réussi à gagner ces dernières années. Mais ce n'était pas ta faute.

- Elle a raison. Et non, on ne va pas gagner la coupe cette année. Mais on aura la deuxième place, assura Ivan. On va tout faire pour ça. Et ce sera grâce à toi.

Je rougis légèrement.

- Et puis, je n'aurais pas fait mieux, m'assura Vic.

- Moi non plus. Et surtout, je n'aurais pas voulu une autre capitaine que toi.

Vic me serra l'épaule, pour me faire comprendre qu'elle pensait comme Ivan. Et voilà que j'étais émue, maintenant… Heureusement que nous étions dans les vestiaires, parce que sinon, j'aurais certainement versé ma petite larme. Mais là, j'avais mon rôle de capitaine impitoyable à jouer, alors je me retins.

- Nous allons les battre. Et nous aurons cette deuxième place. Je vous en fais la promesse. Parce que vous êtes une équipe géniale. Et que vous méritez tous cette victoire.

Je me levai lentement de mon banc, et me postai à côté du tableau.

- Je vous laisse tranquilles pour ce soir, leur annonçai-je en croisant les bras. Pas d'entraînement improvisé, dis-je avec un léger sourire. Reposez-vous. Et soyez en forme pour ce week-end. Nous avons un match à gagner, leur rappelai-je.

Ils se levèrent d'un même mouvement, et ne se firent pas prier pour sortir des vestiaires. Je supposai qu'ils avaient peur qu'alors qu'ils avaient déjà tous pris leur douche, et étaient prêts à retourner au château, je ne décide soudainement de prolonger l'entraînement.

À leur décharge, je leur avais déjà fait le coup.

Je pris le tableau, et le fit rentrer dans un casier spécialement agrandi pour l'occasion. Puis, j'allai devant mon casier, l'ouvris et en sortis un des carnets de ma mère. Je souris vaguement, puis le reposai. C'était un peu un porte-bonheur. J'en avais dans mon dortoir, mais aussi dans mon casier. Il faut dire qu'elle avait rempli plus d'un carnet de notes, lorsqu'elle était capitaine.

- On rêvasse ?

Je sursautai, et me retournai pour tomber nez à nez avec James, l'air rieur.

- James ! Merlin, tu m'as fait peur !

- J'ai cru remarquer, oui, plaisanta-t-il. Alors, tu n'es pas partie avec le reste de l'équipe ?

- Non, je voulais…

En réalité, je ne savais pas pourquoi j'étais restée. Sûrement pour profiter du calme du vestiaire quelques secondes, avant de retourner au milieu de la foule.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je suis venu te voir, dit-il, comme si c'était l'évidence même. Et te raccompagner au château, comme toute personne galante se doit de le faire.

Je ris doucement.

- Va pour une compagnie jusqu'au château, alors, dis-je en prenant sa main. Mais on se dépêche. Je meurs de faim.

Mon estomac se permit d'ailleurs de le faire remarquer, arrachant un rire à James, tandis que je rougissais, embarrassée.

- Donc, en fait, si tu n'as pas prolongé l'entraînement, c'est uniquement parce que tu avais faim, se moqua-t-il.

- Si tu savais ! Depuis trois jours, je ne rêve que de manger mexicain. Depuis que Jill m'a emmenée au Mexique pour nos vacances, quand j'avais douze ans, j'adore leur nourriture. Mais c'est absent des menus de Poudlard…

- Tout dépend des menus.

Il afficha un air énigmatique en disant ça, et sachant par avance qu'il avait programmé toute la conversation à venir, et que je serais incapable de le faire changer de but, je me lançai dans une discussion en ayant conscience que je ne menais absolument pas cette danse.

Ce type pouvait être plus retors qu'un Gobelin, lorsqu'il le voulait.

- Parce qu'il y a d'autres menus ?

- Eh bien, il y a les menus que tu peux demander par toi-même.

- Mais encore ?

- Imaginons que tu connaisses le moyen d'aller aux cuisines. Si tu es gentil avec les Elfes de maison, il est fort probable qu'ils acceptent de te préparer ton propre menu. Sachant que si, en plus, un des Elfes est attaché à ta famille, il y a de grandes chances qu'il accepte d'être aux petits soins avec toi… Tu vois ce que je veux dire ?

Je hochai lentement la tête, mais je sentis que nous n'étions pas encore arrivés à la fin de cette conversation. Ou, plutôt, de ce monologue.

- Bien. Imaginons que ton petit ami – moi – connaisse le chemin pour t'y mener, et ait un Elfe dans ces cuisines. Et te proposes de t'y mener. Évidemment, c'est légèrement contre le règlement…

Pouvait-on aller légèrement contre le règlement ? Soit on allait contre, soit on allait dans le sens du règlement. Mais légèrement contre ? J'émettais quelques doutes, mais passons.

- Et puis, cela risque de faire jaser tes amis, les miens, et tout Poudlard, quand ils sauront que nous ne sommes pas apparus à la vue de tous après nous être retrouvés ici. Mais, à la clé… un repas mexicain pour toi ! Enfin, j'imagine que les Elfes peuvent le faire. À vrai dire, je n'ai jamais mangé mexicain. Je suis plutôt… pudding, rosbif, enfin… tout ça. Mais bon, pourquoi pas !

Il se tut enfin, attendant que je prenne ma décision tandis que nous traversions le terrain de Quidditch. C'était plutôt tentant, à vrai dire.

- Et en dessert, il est possible d'avoir quelque chose de très sucré ? Mais pas forcément mexicain ? demandai-je d'une petite voix.

- Les Elfes se feront un plaisir de te préparer ça ! m'assura-t-il avec un grand sourire. Alors, partante ?

Je soupirai.

Ce garçon allait me pervertir, vraiment. Mais tant pis.

- Qu'est-ce que tu attends pour me montrer le chemin ? Je ne sais pas par où aller, moi ! m'exclamai-je, un grand sourire aux lèvres.

Il ne se fit pas prier. Il m'entraîna jusqu'au château, puis, après avoir vérifié qu'il n'y avait personne pour nous voir, me mena vers les sous-sols du château. Enfin, je supposai que c'était les sous-sols. Si ce n'était pas les cachots, ça devait être les sous-sols, non ? En tout cas, ce n'était pas une partie du château que je connaissais. Je n'y avais jamais mis les pieds pour aller en cours.

- Euh, juste pour être certaine… Tu ne m'emmènes pas dans un recoin sombre, où tu pourras me torturer sans que personne ne m'entende hurler ?

- Quoi ?! s'écria-t-il, passablement horrifié et manquant trébucher sous le choc.

- Rien, c'est juste des souvenirs de films d'horreur, le rassurai-je. Trois fois rien. C'était juste pour être certaine.

- Et tu oses dire que ma famille est folle ? plaisanta-t-il. On y est, continua-t-il en s'arrêtant. Tu vois ce tableau ?

Il me désigna la nature morte en face de nous.

- Eh bien, vu que c'est la seule chose présente dans ce couloir, oui, je la vois.

Je ne savais tout bonnement pas comment nous étions arrivés jusqu'ici. Nous avions tourné un nombre incalculable de fois, et je n'étais pas bien douée pour me rappeler de tous les passages du château. Surtout que, depuis que je connaissais James, j'avais découvert un nombre considérable de passages secrets, et c'était déjà beaucoup à retenir. Alors, j'avouais que le chemin jusqu'aux cuisines ne m'avait pas paru important.

Et ce n'était peut-être pas plus mal, parce que j'y aurais fait un tour bien trop souvent, dans le cas contraire.

James tendit la main vers la poire présente sur le tableau, et la… chatouilla. Je ne voyais pas d'autres mots adéquats pour décrire ce qu'il faisait, à vrai dire. Et puis, les trémoussements de la poire auraient pu ressembler à ceux d'un être humain soumis au supplice des chatouilles. Elle finit par se transformer en une grosse poignée verte, de la même couleur qu'elle l'était sous sa forme fruitière.

- Est-ce que cette poire vient réellement de se transformer en poignée ? demandai-je tout de même.

Si j'avais bien appris une chose, au cours de ces années, c'est que si la magie était capable de tout, elle pouvait aussi nous tromper. J'aurais tout aussi bien pu avoir rêvé. Cependant, James hocha la tête.

- Et même que derrière cette porte improvisée, il y a les cuisines, m'annonça-t-il, tout sourire, en dévoilant la fameuse pièce.

Il y a une chose vraiment superbe, avec la magie. C'est qu'elle vous étonnera toujours. Je compris rapidement que nous étions sous la Grande Salle, dans une reproduction de celle-ci. Les plats étaient déposés sur les différentes tables, puis disparaissaient. Enfin, le mystère de l'apparition des plats étaient résolus. Depuis le temps que je me posais la question…

Je m'approchai d'une table, avant de vivement reculer pour ne pas gêner un Elfe particulièrement petit qui allait y poser un plat. Mais je réalisai rapidement que je ne pouvais pas le gêner. Les Elfes de maison avaient l'habitude de travailler au milieu de sorciers qui ne leur portaient que peu de considération, et étaient prêts à les éviter, même lorsque la situation était des plus imprévues.

- Astrid ? m'appela James, alors que j'observais, pour la troisième fois, la disparition de plats.

- Hum ?

- C'est par ici, pour nous, me dit-il en désignant une petite pièce latérale.

Il devait y avoir des dizaines de portes, qui menaient certainement aux réserves. Oh, Merlin, c'était fantastique. À contrecœur, j'arrachai mes yeux de cette vue – j'en avais presque oublié mes envies de mexicain, à sentir toutes ces odeurs de cuisine – et suivis James.

- Je trouve ça vraiment effrayant que tu connaisses autant de passages secrets dans ce château. Tu connais un sortilège secret, qui permet de dévoiler tous les secrets ? plaisantai-je.

Il me lança un regard plein de mystères, et je me renfrognai.

- En fait, je ne veux pas savoir, dis-je. Je préfère en savoir le moins possible. Pourquoi est-ce qu'il y a trois Elfes autour de nous ? demandai-je plutôt, trouvant suspicieux cet engouement à nous servir.

- Parce qu'ils aiment beaucoup aider, expliqua James. Je ne sais pas où est…

- Ici, Maître, marmonna un Elfe surgi de nulle part.

C'était extrêmement difficile de donner un âge à un Elfe. Mais celui-ci, définitivement, ne devait pas être de première jeunesse.

- Kreattur, mon vieil ami ! s'exclama James. Comment ça va, par ici ?

- Tous des impotents, grommela l'Elfe en claquant des doigts pour faire apparaître des couverts sur une table que je n'avais pas remarquée, avant de faire signe aux autres Elfes de disparaître. Votre père m'a dit que je n'avais pas le droit de vous servir trois fois au cours d'une même visite votre plat préféré. Même s'il m'a laissé le choix d'accepter ou non cette requête, cela sonnait trop comme un ordre pour que je lui désobéisse. En revanche, il n'a rien dit pour des plats différents…

- Mon père n'est pas encore assez malin pour toi, de toute évidence, Kreattur. Même si je suis vraiment déçu de ne pas avoir droit à mes trois tartes… Et pour la demoiselle, ce sera un plat mexicain.

Je me sentis rougir alors que l'Elfe me détaillait de la tête aux pieds.

- Mexicain…

Je hochai la tête pour confirmer.

- Vous venez avec des personnes vraiment étranges, Maître, marmonna l'Elfe avant de s'éloigner.

James se mordit la lèvre pour s'empêcher d'éclater de rire en réponse à mon air ahuri.

- Je suis étrange, moi ? Et lui ? chuchotai-je furieusement.

- Kreattur est… Kreattur. Mais il est beaucoup plus sympa que dans le temps, selon papa.

- Du moment qu'il m'apporte du mexicain, moi, je ne dirai rien, murmurai-je. Mais quand même…

- Il a un peu du mal à dépasser les traditions, c'est tout, me dit James. Mais il reste un super Elfe. Et oui, nous le payons. Même si ça a manqué lui provoquer une attaque, et qu'il s'amuse souvent à oublier de chercher sa paie.

- Les Elfes sont des êtres vraiment fascinants, murmurai-je songeuse. Et ces cuisines sont épatantes. Combien d'élèves viennent ici ?

- Euh… un grand nombre, m'apprit James, alors que je pensais qu'il n'y avait que peu d'étudiants qui devaient connaître l'accès. Surtout que dans la famille, c'est une tradition, ou presque, de venir ici… Ce qui veut dire qu'il y a de grandes chances qu'arrivent des Weasley, ou Lily ou Al, d'ici à ce qu'on parte.

- Est-ce que je suis la seule à découvrir cet endroit au cours de ma sixième année seulement?

- Non ! Je suis presque certain qu'au moins un de mes oncles n'est jamais venu ici. Trop risqué de se faire prendre. Cela ne lui ressemble pas…

- Les Weasley qui ont peur d'enfreindre les règles existent ? m'étonnai-je.

- C'est particulièrement rare. Mais oui, m'affirma-t-il avec un sourire, tandis que je me retenais d'éclater de rire. Les Potter, en revanche, n'aiment définitivement pas les règles.

- J'imagine que toute la communauté sorcière devrait donc s'inquiéter de ton père à la tête des Aurors…

- Bien sûr, s'esclaffa-t-il. Il n'a fait que briser les règles depuis qu'il est entré dans le monde des sorciers.

L'Elfe de Maison, Kreattur, revint alors avec deux plats, avant de disparaître à nouveau.

- Entré dans le monde des sorciers ? Au risque de paraître totalement ignorante, euh… Jill m'a tenue éloignée des différentes histoires familiales sorcières. Pour ne pas que je sois influencée. Donc, dans les grandes lignes, je sais ce qu'a fait ton père, mais dans les détails…

- Mon père vivait chez sa tante, avant Poudlard. Une Moldue. Sa mère était Née-Moldue. Et… il ne savait pas qu'il était sorcier.

- Tu peux répéter ? m'exclamai-je.

- Il ne savait pas qu'il était sorcier.

- Mais… quand on commence à montrer des signes de magie, c'est flagrant ! Sa tante devait bien le savoir, non ?

- Elle ne voulait pas lui dire.

Je m'enfonçai dans ma chaise en secouant la tête. Jill ne m'avait jamais menti. Elle m'avait toujours dit que j'étais une sorcière, enfin, que mes parents en étaient. Et lorsque j'avais commencé à montrer que j'étais bien une sorcière, elle avait trouvé de nombreux livres, du côté sorcier, pour m'expliquer ce qui se passait. J'avais immédiatement compris que je devais garder le secret.

- Mais pourquoi ?

- Euh… Ce n'est pas très clair, papa n'en parle pas souvent, parce qu'il préfère qu'on n'ait pas de préjugés, quand on va voir son cousin, et tout ça, mais l'idée, c'était qu'en ne lui disant rien, la magie ne se développerait pas. Mais bon, ça n'a pas fonctionné, et mon père est arrivé à Poudlard. Et il a commencé à faire cent fois pire que tout ce que tu peux imaginer.

- J'ai du mal à…

- Combat contre un Troll, en première année. Avec mon oncle Ron.

J'ouvris de grands yeux. Un Troll. Rien que ça.

- Comment un Troll est entré dans le château ?

- T'es bien une Serdaigle, remarqua James, un sourire entendu aux lèvres. Esprit pratique avant tout. Un professeur qui était le disciple de Voldemort.

- Cette conversation va bien trop loin, murmurai-je. Tu sais quoi, Jill avait raison. Je n'ai pas besoin de savoir tout ça. Parlons plutôt… de cet été.

Je ne savais pas pourquoi j'avais pensé immédiatement aux vacances. Sûrement parce qu'il y avait peu de chances qu'il m'annonce qu'au cours de son programme, il avait prévu de combattre un Troll, un géant, une Chimère, ou bien autre chose encore plus dangereuse… Un Potter, ça doit bien se reposer, durant l'été, non ?

- Tu as prévu quoi ?

Il haussa les épaules.

- Quidditch, sûrement. Il y a les premières qualifications, pour la Coupe de l'année prochaine, m'expliqua-t-il. Ma mère devrait nous avoir des places. Ensuite, ça sera un été entre cousins, comme souvent. Peut-être qu'on ira rendre visite à notre oncle Charlie. Il élève des dragons. Mais c'est pas certain. Je vais sûrement aller voir Murray, une semaine. Il est le seul sorcier, depuis Minerva.

Ne surtout pas enclencher sur Minerva McGonagall. Je me mordis la lèvre, et l'incitai à poursuivre.

- Et c'est strict, chez lui, donc il s'ennuie. Il m'a proposé de venir leur rendre visite. J'irai certainement. C'est sympa, l'Écosse, après tout. Et bien évidemment, il faudra que j'aille voir mes grands-parents. En plus, il faut dégnomer le jardin. Comme toujours, d'ailleurs.

Son plan de vacances avait l'air plutôt sympa. Non, vraiment. Mais j'étais légèrement déçue de ne pas y avoir ma place. D'accord, nous n'étions ensemble que depuis quelques semaines, et…

Trois mois, me souffla ma petite voix intérieure.

Tant que ça ? Oh, Merlin. Le temps passait trop vite.

Trois mois, c'était trop peu pour se sentir mal parce que son petit ami ne pensait pas à vous voir durant ses vacances ?

- Qu'est-ce que tu en penses ?

Mes paupières battirent furieusement, me forçant à reprendre pied dans la réalité, pour constater que James avait rougi.

Il ne rougissait pas souvent. En réalité, c'était presque uniquement lorsqu'il me demandait quelque chose, mais qu'il ne pouvait pas être certain de la réponse.

- Je… ne t'ai pas écouté, avouai-je en grimaçant.

- Oh.

Il paraissait vraiment gêné d'avoir à réitérer sa question.

- En fait… je voulais savoir si je pouvais… venir te voir. Pas tout le temps, hein, mais je me suis dit que ça pourrait être sympa… D'ici la fin du mois de juillet, j'aurai mon permis de transplanage, donc ça sera plus facile, et… Je sais pas. Je ne suis jamais allé à Eastbourne.

- Est-ce que tu es en train de t'inviter chez moi pour rencontrer ma tante ? demandai-je en souriant, bien que gênée par cette idée.

Jill peut être très embarrassante. Enfin… elle peut me mettre dans des situations embarrassantes.

- Euh… peut-être, avoua-t-il. Mais je ne te demande pas la pareille en retour. Enfin, si tu veux rencontrer toute ma famille, libre à toi, mais on est genre… douze, au minimum à chaque repas, alors…

- OK, déjà, si je dois rencontrer ta famille, ce sera d'abord juste tes parents. Ensuite, je ne… préfère pas. Enfin, si ! m'empressai-je d'ajouter. Ils doivent être supers ! Mais euh… Pour tout t'avouer, c'est… une idée qui me terrifie. Je ne connais pas les familles comme la tienne, et y être intégrée, même pour un repas… Je veux dire, je n'arrive toujours pas à appeler le père de Chuck par son prénom, et c'est comme ça qu'il s'est présenté à moi ! C'est… Non, c'est totalement terrifiant. En fait, je suis particulièrement mal à l'aise quand je rencontre de nouveaux adultes. Voilà ! C'est ça ! C'est exactement ça ! Je suis mal à l'aise, et je vais…

- On se calme…, murmura James en levant les mains en signe de paix. C'était juste pour te dire que si tu voulais, tu pouvais. Mais si tu ne veux pas, pas de problème. C'est peut-être pas plus mal. Al a certainement déjà prévu quelque chose qui te mettrait particulièrement mal à l'aise devant mes parents lorsque tu les rencontreras, et Lily l'aiderait sans se poser de questions.

- Tu viens de repousser le moment où j'accepterai de parler à tes parents d'au moins… quatre mois, lui annonçai-je. Tu sais, tu es vraiment chanceux. Je veux dire, tu n'as pas mes parents à rencontrer. C'est totalement différent.

- Ta tante est sûrement aussi dangereuse qu'une mère.

- Tu plaisantes ? Depuis trois ans, elle me demande tous les mois si j'ai un petit ami. Et elle s'inquiétait, l'été dernier, que je n'en aie pas. Si elle doit être comparée à une mère, c'est certainement pas à une mère poule, lui dis-je.

Il rit doucement.

- Vous voulez quelque chose d'autre ? croassa l'Elfe qui venait de reparaître.

- Rien pour moi, et quelque chose de très sucré pour Astrid, dit James à l'Elfe, qui disparut aussitôt.

Je me penchai vers lui, comme pour lui avouer quelque chose.

- Je ne veux pas d'Elfe. Je ferais une crise cardiaque, à les voir surgir de nulle part.

- Kreattur adore provoquer des crises cardiaques, me dit James. Mais c'est vrai que c'est effrayant.

Je hochai la tête. Totalement effrayant.

- Bon. Et toi, ton été ? me demanda-t-il.

- Je travaille. Je ne plaisante pas. Enfin, je ne travaille pas mes cours. Mais j'ai un travail d'été, chez un marchand de glaces. C'est la fille de voisins. Enfin… Les voisins ont deux magasins, un à chaque extrémité de la plage. Et leur fille gère l'un des deux. On se connaît depuis toujours, elle est un peu plus âgée que moi, et j'ai travaillé avec elle l'année dernière. On s'entend bien, et on travaille bien ensemble, donc elle a bien voulu me reprendre cette année. Et elle ne pose pas de questions sur mon absence de toute une année, ce qui est un avantage. Avant, avec Jill, on avait l'habitude de partir en vacances, mais cela fait deux ans qu'elle est malade, et tout la fatigue beaucoup plus vite qu'avant, donc on ne bouge plus. On finit les pots de glace que je ramène du travail devant un film, maintenant. C'est bien aussi.

- Les films… J'en ai vu un, une fois. J'ai rien compris. Enfin, je crois qu'il s'agissait d'une suite, c'est peut-être pour ça…

J'eus besoin de dix minutes de questions pour comprendre qu'il me parlait de la troisième trilogie de science-fiction dont était fan Jill.

- Merlin, j'ai dû tous les voir, au moins cinq fois, et je n'ai toujours pas tout compris, avouai-je en grimaçant.

Pourtant, généralement, je comprenais très bien les films que nous regardions. Mais je crois bien que je ne comprenais pas les films de science-fiction, ou qui faisaient appel au surnaturel, parce que pour moi, ce n'était pas surnaturel, justement. J'étais une sorcière ! Les effets spéciaux du cinéma n'étaient pas incroyables, à mes yeux. Il s'agissait tout simplement de sorts.

- Je ne voudrais pas être celui qui coupe cette soirée, finit par dire James, alors que je lui faisais remarquer que son hibou était vraiment trop gâté, lorsque le volatile s'invita dans les cuisines pour réclamer sa friandise du soir, mais j'ai cru comprendre que tu ne voulais pas trop enfreindre le règlement, donc il va falloir qu'on y aille avant que le couvre-feu ne soit passé. Et puis, je m'en voudrais de te fatiguer alors que ton dernier match de la saison est dans quelques jours.

- Non, tu ne t'en voudrais pas, protestai-je. Tu as envie de voir Gryffondor gagner.

- Faux. Je veux voir Poufsouffle gagner. Tu sais, j'ai parié pour eux, cette année…

- Ce qui est une trahison, lui rappelai-je en sortant des cuisines, après avoir remercié Kreattur de l'attention qu'il nous avait portée toute la soirée.

- Ce qui est un bon placement d'argent, me contredit-il. Est-ce que Mélina va nous en vouloir si elle nous surprend dans les couloirs à cette heure-ci ?

- Non, le couvre-feu n'est pas encore passé… et elle n'est pas de ronde, ce soir.

- Donc… on peut même traîner dans les couloirs ?

- Arrête de me pousser à agir contre le règlement, répondis-je simplement.

Il éclata de rire.

- Je suis sûre que ça te plairait.

- Non, grimaçai-je. J'ai eu trop de retenues, et j'ai décidé que ça suffisait pour cette année, et celle qui vient. Tu sais quoi ? Je te propose un arrangement. Je suis celle qui travaille, et toi, tu vas en retenue. Qu'est-ce que tu penses de ça ?

- Avoir des retenues est une seconde nature, dans ma famille, alors ça me va, plaisanta-t-il.

Je levai les yeux au ciel. Parfois, il était vraiment fatigant.

Je regardai autour de nous.

- On est où ?

- Près de la tour des Serdaigle.

- Heureusement que tu es là. Je serais totalement perdue, sinon.

Sur le moment, je n'avais pas réalisé le double sens de mes paroles. Mais en le voyant paraître tout à coup gêné, je le devins moi aussi. Ce n'était pas tant que je ne le pensais pas. James était devenu une sorte de repère, ces derniers mois. Même avant que nous sortions ensemble. Mais ce n'était pas le genre de phrases que nous nous disions. Moi, parce que je n'en avais pas l'habitude, et lui, parce qu'il était de toute évidence gêné de le faire. Le reste du trajet se fit en silence, mais il raffermit sa prise autour de ma main.

C'était déjà beaucoup.

Et moi, j'allais apprendre à réfléchir avant de parler.


Nous y étions. Le grand jour – ou presque – était arrivé. C'était notre dernier match de l'année. Et même s'il y avait peu de chances que nous gagnions la Coupe, nous allions au moins nous hisser sur la deuxième marche du podium.

Enfin, je l'espérais. Pour le moment, j'étais plutôt coincée dans les vestiaires, en face de mon équipe, et incapable de parler. C'était la première fois que ça m'arrivait.

Ils ne semblaient pas s'en inquiéter, cela dit. Ils étaient certainement aussi stressés que moi, et du coup, ne pas m'entendre parler ne devait pas paraître si étrange.

Et puis, soudainement, je réalisai.

Je n'avais rien à leur dire. Parce qu'ils étaient prêts, tous.

- Je veux que vous fassiez tous attention au soleil. Il fait presque trop beau. On ne va pas s'en plaindre, mais quand même. Quelques nuages auraient été les bienvenus. Et… Oui, Jay ?

Mon attrapeur venait de lever la main. Il était plus pâle que d'habitude, et contrairement à son premier match, qu'il avait appréhendé sans appréhension, j'avais la sensation qu'il était sur le point de se liquéfier, cette fois-ci.

- J'ai… j'ai peur de vous faire perdre, avoua-t-il piteusement.

De toute évidence, il venait de réaliser cette peur en même temps qu'il la prononçait à voix haute.

Je comprenais tout à fait son angoisse. Nous lui vouions une confiance presque aveugle, ces derniers temps. Même si le match précédent n'avait pas été à son avantage, il avait prouvé qu'il était doué, et je ne m'en faisais presque plus pour lui. Alors qu'en réalité, il avait besoin d'être rassuré.

Je me retournai, et pris un des carnets de ma mère, en le lui montrant. Il était le seul à savoir ce que c'était, alors il fut le seul à comprendre le sens réel de mes paroles :

- Jay… La vie est trop courte pour avoir peur de perdre. Et ce n'est de toute façon pas aujourd'hui que tu perdras. Alors maintenant… Amusez-vous. Comme on le fait toujours sur un terrain de Quidditch.

Je reposai le carnet de ma mère, pris mon balai et le sourire aux lèvres, je sortis sur le terrain. Le commentateur, comme toujours, donnait les noms des joueurs, et faisait un bref récapitulatif des enjeux de ce dernier match de la saison, mais je ne l'écoutais pas. J'étais concentrée sur la capitaine des Gryffondor, Edith Vance, qui sortait des vestiaires en même temps que nous.

- On veut la deuxième place, Smith, me dit-elle en me serrant la même.

- Comme nous, lui assurai-je.

- Beau match en perspective, donc ?

Je souris.

- J'espère bien.

Nous grimpâmes sur nos balais, et au coup de sifflet, nous étions prêtes.

Fred, comme toujours, réussit à s'emparer du Souafle le premier. Il avait vraiment un don pour ça. Il le fit passer à Vic, qui le garda jusqu'aux anneaux.

- Et le Souafle est arrêté par Zou ! C'est quand même un bon gardien, Zou…

Ça, c'était certain. Le Souafle fut récupéré par Vance, qui le fit passer à Beng, lequel, je le savais par avance, allait l'envoyer à Tissue. Je me plaçai sur la trajectoire de la balle au dernier moment, et récupérai le Souafle.

- Oh, oh, on dirait que les Gryffondor ont des habitudes trop visibles pour la capitaine des Serdaigle ! Smith a le Souafle, elle le passe à Weasley, qui le lui rend…

Un peu plus, et je manquais la passe de Fred. Parfois, ça lui arrivait. Il lui manquait juste un peu de puissance lorsqu'il envoyait le Souafle, et il roulait au bout de mes doigts. C'était un des points que je travaillais toujours avec lui, mais pour autant, le problème n'était pas entièrement réglé. Heureusement pour cette fois, je réussis à le récupérer, et me dirigeai vers les anneaux. Au dernier moment, alors que Zou ne s'y attendait pas, je fis passer le Souafle à Fred.

- Et dix points pour Serdaigle ! Le Souafle est à présent en possession de Vance, qui… le perd lorsqu'un Cognard manque de la frapper, mais il est récupéré par Beng…

Je pestai. C'était à Fred de surveiller ça, normalement. Bon, ce n'était pas son seul rôle, mais il était particulièrement doué pour récupérer le Souafle lorsqu'il venait d'être lâché à cause d'un Cognard.

- Et du côté des attrapeurs… Bubble n'arrête pas de stopper la course de Seek ! Il sait certainement que si Seek voit le Vif avant lui, il n'a aucune chance de l'attraper…

J'entendis des huées du côté des Gryffondor, mais je savais qu'elles n'étaient pas entièrement sincères. Tout le monde, à part Bubble, savait qu'il n'était pas apprécié en tant qu'attrapeur de sa maison. Ce qui pouvait se comprendre, vu ses piètres résultats.

Je récupérai le Souafle que venait de perdre Beng, et me dirigeai vers les anneaux. Cette fois, je marquai les dix points.

Si nous avions bien commencé en ouvrant le score, l'heure qui suivit fut particulièrement difficile pour nous. Jay était sans cesse arrêté dans sa course par Bubble, et cela lui faisait perdre ses moyens. Pourtant, il n'avait pas à s'inquiéter. Il était bien meilleur que Bubble. Mais à ce rythme-là, il allait perdre toute confiance en lui. Après tout, ce n'était que sa première année en tant que joueur, et il se frottait à un septième année. Mais j'avais confiance en lui. De notre côté, Roxanne avait encaissé huit buts, et nous étions menés de dix points à présent.

- Un Cognard sur Smith… qui ne l'évite pas ! Ouh, ça doit faire mal, ça !

N'exagérons rien, mon bras gauche ne m'était utile que pour tenir le manche du balai.

Deux minutes plus tard, j'étais obligée de rectifier ma pensée.

Oh, Merlin, ça faisait mal. Mais ce n'était pas grave. Le Souafle avant tout.

Je le lançai à Vic, qui égalisa. Le Souafle fut récupéré par Tissue, qui ne le lâcha pas avant le Cognard que lui envoya Pete. Seulement, la tactique semblait être rodée. Il attendit le dernier moment, pour le lâcher à Vance qui venait de surgir sous lui, et récupéra le Souafle, avant de l'envoyer là où Roxanne ne pouvait décemment pas l'arrêter. Elle le fit passer à Fred, et jusqu'aux anneaux, nous ne cessâmes de nous le faire passer, du côté des Serdaigle. Ivan et Pete nous évitèrent bien des rencontres avec des Cognards, et je marquai un autre but.

J'entendis le commentateur faire la remarque que Jay ne pouvait jamais faire plus de dix mètres avant d'être stoppé par Bubble, et j'espérai qu'il ne se laissait pas abattre. À mon avis, il devait plutôt être en train de bouillir intérieurement, mais je ne le voulais pas non plus. Je voulais qu'il se concentre, et qu'il trouve une faille.

Le match continua, toujours bercé d'allers et retours au milieu du terrain, à la différence que depuis trois buts, nous étions les seuls à nous diriger vers les anneaux. Gryffondor finit par marquer un dixième but, mais nous en étions alors à notre treizième.

- Et une fois encore, Seek est arrêté par… Ah bah non ! Il repart en sens inverse, bien vite ! Oh, on dirait qu'il… et Weasley est à côté des cages, mais Vance lui prend le Souafle, et l'envoie à Tissue, mais Claim l'intercepte… Et c'est le quatorzième… et le Vif est attrapé ! Serdaigle gagne le match !

- Quoi ? s'exclama Vance, à deux mètres de moi.

Je lui décochai un regard entendu, même si, en réalité, j'étais aussi surprise qu'elle du résultat arrivé abruptement.

- Ce n'était pas en retardant mon attrapeur que le tien allait devenir meilleur, Vance !

D'accord, ce n'était pas encore le moment de plaisanter avec ça…

- Ce qui nous donne, comme résultat final…, continuait de dire le commentateur. Serpentard quatrième avec six cent quatre-vingt points. Gryffondor troisième avec six cent quatre-vingt-dix points. Serdaigle deuxième avec sept cent cinquante points. Et Poufsouffle, comme on s'en doutait, premier avec mille quarante points !

Lorsque le dernier match de la saison n'était pas celui qui déterminait la première place du classement, c'était toujours un peu triste pour les vainqueurs. Oh, bien sûr, les Poufsouffle portaient leur tenue de Quidditch pour aller récupérer le trophée qu'ils savaient être le leur, mais forcément, ce n'était pas pareil. Ils ne venaient pas de terminer leur match, et l'euphorie n'était pas la même pour eux. Même si nous étions certains qu'ils seraient ceux qui feraient le plus de bruit dans la salle désaffectée où nous allions tous nous retrouver pour fêter leur victoire.

J'atterris doucement, au milieu de mon équipe. Je n'étais pas la seule à être un peu amochée. Roxanne se tenait le poignet gauche.

- Un truc stupide, j'ai mal arrêté le Souafle, grimaça-t-elle.

Jay, lui, paraissait surtout énervé.

- J'ai cru qu'il allait me faire perdre mes moyens, à m'empêcher de faire plus de deux mètres… Mais je l'ai ! s'exclama-t-il joyeusement en levant le poing qui tenait le Vif d'Or.

Mes batteurs avaient tous les deux reçu leur lot de blessures, aussi.

- On est partis pour l'infirmerie, pas vrai ? soupira Ivan, qui, je le savais de source sûre, adorait autant que moi ces petits séjours.

- Plus vite on ira, et plus vite on pourra aller faire la fête, leur assurai-je. Vic, Ivan… J'espère que vous êtes contents de votre dernier match.

- On pouvait pas faire mieux ! assurèrent-ils.

Et ils décidèrent tous les deux de me prendre dans leur bras. Avec le reste de l'équipe. Et je me mis à pleurer.

- Merde, dit Fred en même temps que je grimaçais, c'est vrai qu'elle devient émotive quand elle descend du balai.

- C'est pas ça, balbutiai-je. C'est mon bras. Ça fait vraiment mal, en fait…

Il éclata de rire, et Roxanne l'écarta vivement.

- Allez, tout le monde à l'infirmerie !


Le bras en écharpe – cette infirmière en faisait toujours trop – je ne m'étonnai pas lorsque je vis apparaître McCall en face de moi, satisfait comme jamais. Évidemment. Il venait de gagner la Coupe.

- Allez, rigole un bon coup, ça te fera du bien ! grimaçai-je.

- Non, je ne vais pas rire, m'assura-t-il avec un sourire qui démentait ses propos. Mais j'avoue que l'issue de la Coupe de cette année me plaît bien. Vous nous avez mis un coup de pression, avec Jay le Vif, lors du premier match… Heureusement que Pierce était…

Sa voix mourut dans sa gorge. Il déglutit en regardant quelque chose qui devait particulièrement l'effrayer, derrière moi. Je me retournai pour voir James.

- Tu disais, McCall ? demanda James en passant un bras autour de mes épaules.

Mauvaise idée. Ça faisait un peu mal, quand même, mon bras en écharpe.

- Disons que même si je n'approuve pas les méthodes de Pierce, je… Non, en fait, je vais me taire, marmonna-t-il en s'éloignant.

- Eh, McCall, profite de la Coupe, parce que l'année prochaine, elle sera pour les Serdaigle ! lui criai-je alors qu'il s'éloignait au milieu de la foule. Tu lui as fait peur, reprochai-je à James.

- Il allait dire que Pierce avait bien fait de t'envoyer à l'infirmerie.

- D'un point de vue stratégique…

- N'essaie même pas de terminer cette phrase. Tu auras toujours tort.

Je grimaçai. Il venait de raffermir sa prise autour de mes épaules.

- D'accord, je me tais, mais… ça fait un peu mal, là, ce que tu fais, lui avouai-je.

- Désolé.

La pression se fit moins forte.

- Oh, les amoureux du jour ! s'exclama Murray en débarquant devant nous. Emily, tu ne les trouves pas… Non, en fait, je ne vais pas demander à toi, se ravisa-t-il alors que la brune tirait une drôle de tête. Ruby, tu en penses quoi ?

- J'en pense qu'on pourrait croire qu'Astrid est une copine battue, avec le bras en écharpe, et la grimace qu'elle affiche. James, tu pourrais relâcher la pression, elle ne va pas s'envoler. Joli match, me dit la Gryffondor, à qui je devais avoir parlé trois fois depuis mon entrée à Poudlard. Bon, la technique des Gryffondor n'est pas au point, ce qui peut expliquer que tu leur aies pris le Souafle plus d'une fois. Mais c'était pas mal.

Je lançai un coup d'œil à James, qui me fit comprendre que je devais prendre ça pour un compliment.

- Eh bien… Merci. N'hésite pas à venir sur le terrain, l'année prochaine, pour me montrer comment joue un vrai Gryffondor, plaisantai-je.

Elle me sourit, amusée, avant de se tourner vers James.

- Elle est marrante, finalement. Je savais qu'Emily disait n'importe quoi.

Je rougis.

- Je n'ai jamais dit qu'elle n'était pas amusante ! soupira Emily en réponse.

Son ton agacé, comme si on rapportait des propos diffamatoires à son égard, m'exaspéra – un peu. Ce fut sûrement pour cela que je ne réfléchis pas avant de dire quelque chose dont je m'en voudrais d'ici peu.

- Non, tu m'as juste dit que tu ne m'aimais pas. C'est différent, finalement, murmurai-je, assez fort pour que tout le monde m'entende.

Elle m'offrit un regard glacial en réponse, avant de s'éloigner.

- Je vais me chercher un verre.

- Ouh, ouh, Emily Macmillan en colère… Je vais vérifier que personne ne subisse ses ravages, murmura Murray en se retenant de rire.

- Et moi, je vais aller vérifier que Murray ne la mette pas plus en colère, soupira Ruby en levant les yeux au ciel.

- Est-ce qu'Emily t'a vraiment dit ça ? s'enquit James lorsque nous fûmes seuls.

- Euh… Oui, avouai-je. Pas la meilleure discussion que j'aie pu avoir.

- Pourquoi tu ne me…

- JAMES !

Nous sursautâmes.

- Merlin, comment est-ce que tu fais pour crier aussi fort ?! s'étonna-t-il auprès de sa sœur, dont les lunettes tombaient, comme toujours, sur le bout de son nez.

Elle les repoussa aussitôt, et les mains sur les hanches, ne voulut pas lui répondre.

- Al vient de dire que tu avais dit à maman que je ne voulais pas aller aux matchs de cet été…

- Totalement faux, assura James. C'est Al qui lui a dit.

- Quoi ?! Mais…

- Pour se venger. De la lettre que tu as écrite, disant qu'il avait une petite amie, alors que non.

- Tu as écrit cette lettre ! lui rappela sa sœur.

- Oui, mais ce n'est pas ce qu'Albus croit. Et non, Roxanne, je ne viens pas jouer au jeu de l'hippogriffe.

Je me retournai. Roxanne venait effectivement de poser cette question à James, mais je ne pensais pas qu'il puisse y répondre. Il parlait déjà avec sa sœur…

- Ne t'inquiète pas, c'est normal, me rassura Lily, étonnamment calme en me parlant, alors qu'elle était prête à hurler sur son frère l'instant d'avant. Et pourquoi est-ce qu'Albus croit ça ? continua-t-elle en retrouvant un ton plus énervé.

- Parce qu'Al croit tout ce que je lui dis ! se défendit James.

- Tu vas souffrir, cet été, lui promit sa sœur. Et moi, je vais me servir de la Bièraubeurre. Et si tu m'en empêches, je dirai à papa que tu as voulu me servir du Whisky Pur Feu !

James leva les yeux au ciel en pestant contre sa sœur.

- Ta famille est totalement folle, dis-je à James. Je vais me servir un verre, parce que là, j'ai le cerveau qui va exploser.

- Euh… Tiens, me dit-il en sortant une bouteille de derrière son dos. Le jus de citrouille a été quelque peu… relevé.

Oh. Évidemment. La blague habituelle de verser un peu de Whisky Pur Feu dans le jus de citrouille.

- Sérieusement ? Il y a des élèves d'onze ans, dans la pièce ! lui rappelai-je. Tu l'as relevé ?

- Non ! Je te jure que ce n'est pas moi. Mais je ne pouvais pas non plus l'empêcher, m'assura-t-il.

Je lui adressai un regard suspicieux, avant de finalement décider de le croire.

- Bon. Alors, donne-moi cette bouteille.

Je me servis un grand verre.

- Pas trop triste ? me demanda-t-il.

- Pour la Coupe ? Si, forcément, avouai-je. Mais on se rattrapera l'année prochaine. Mais je n'ai pas envie de parler Quidditch, là.

- Vraiment ?

- Vraiment. On est à une fête. Il y a de la musique, de quoi boire, et de quoi se nourrir. C'est sûrement la dernière fois où l'on sera tous réunis avant la fin de l'année. Donc… si on en profitait ? proposai-je avec un grand sourire.

- D'accord, mais tu ne t'éloignes pas trop. Je veux m'assurer que Stuart ne s'approche pas trop de toi…

- Il est bien trop effrayé par toi, mentis-je effrontément. Enfin… Presque.

Il éclata de rire, et m'embrassa rapidement sur le front.

- Si jamais tu dis à un seul membre de ma famille que je suis jaloux, je leur dis pour les cheveux verts.

- Je ne dirai rien. Tout le monde le sait, James ! ris-je en lui volant un baiser à mon tour.

Il bougonna quelques secondes, avant de me tirer au milieu de la foule.

Je ne pouvais pas rêver mieux, je crois. Les mauvaises langues diront que si. J'aurais pu avoir la Coupe de Quidditch de cette année.

Mais à l'instant même, la Coupe, je m'en moquais pas mal. J'avais James.


Note d'auteur

Bonjour les loulous ! (Oui, bon, il faut que j'arrête les surnoms pourris, vous ne méritez pas cela. Du tout.) C'est marrant, en écrivant ce chapitre, je me disais "Oui, en même temps, le dernier match de l'année ne peut pas toujours être joué par ceux qui se disputent la première et deuxième place, c'est impossible." Et puis après, j'ai fait des calculs, et je me suis dit que si, c'était possible. Et puis après, j'ai perdu mes calculs. Et encore après, j'ai décidé que je faisais comme je voulais. D'abord.

DONC ! Il s'en passe, des choses, dans ce chapitre, eh eh. Et, par Merlin, empêchez-moi d'écrire des chapitres où tout se passe bien. C'est vraiment bizarre de me relire, après coup. Et vas-y que la vie est belle. Et toi, quand est-ce que tu rencontres ma famille ? Et moi ? Et patati, et patata... Hem, oui, je suis un peu en train de me perdre. Tout ça pour dire qu'il se passe plein de trucs par ici. Et puis... Je crois que ça s'arrête là.

Mais, évidemment, je ne vous oublie. Merci beaucoup pour vos reviews enthousiastes et longues (ou courtes) c'est toujours un plaisir de les lire et de vous y répondre ! Et on n'oublie pas de remercier DelfineNotPadfoot qui relit les chapitres pour vous, afin de protéger vos rétines des horreurs que je laisse (et pour m'empêcher de me taper la tête contre un mur de les y avoir laissées...)

Et sur ce, je vous dis à la semaine prochaine, ou nous allons enfin savoir ce qui a découlé du baiser dans le présent entre James et Astrid. Et franchement... franchement... bah c'est pas un chapitre de bisounours. Mais je n'ai jamais dit que ça avait un lien avec le baiser susmentionné. Et après ce suspens à deux Noises, je vous souhaite une bonne semaine :)