Chapitre 11: Être là l'un pour l'autre
Lorsque Matt sembla profondément endormi, principalement à cause de la fièvre qui le parcourait et de sa constante angoisse, Kelly se décida finalement à appeler le docteur Bennett pour avoir de l'aide de sa part, et essaya de couper l'eau qui coulait toujours sur sa peau et les parois de la douche. En vain. S'il bougeait, Matt allait probablement se réveiller, et cela ne présageait rien de bon. Il voulait tout simplement être auprès de lui, à le rassurer, à lui dire que tout était fini, qu'il serait toujours là pour lui, mais au plus profond de lui, il savait que lui dire cela serait pour le moment inutile. Son meilleur ami, son frère venait de subir un si grand traumatisme que rien ne semblait le calmer, et cela le rendait impuissant. Il appela le médecin encore une fois, qui cette fois répondit en entrant dans la pièce, puis la salle d'eau, seulement pour découvrir Kelly ne portant qu'un simple boxer et Matt dans ses bras, complètement inconscient et vulnérable pendant que l'eau chaude continuait de couler. Il resta figé quelques secondes avant de s'avancer afin d'arrêter le flot continu d'eau bouillante et aider Kelly. Une fois fait, il demanda à l'infirmière l'accompagnant d'aller chercher un brancard ainsi qu'un moniteur cardiaque, un oximètre et un masque à oxygène. La respiration craquelante de Matt l'inquiétait beaucoup. Retirer le masque n'avait fait qu'empirer les choses, plus que ce que le docteur Bennett voulait imaginer. Docteur Charles aida également il était un psychologue, mais il avait été à la faculté de médecine lui aussi et il savait quoi faire. Dans sa tête, il avait réalisé plusieurs scénarios pour comprendre comment Nathan, le jeune infirmier, avait pu déclenché une telle crise de paranoïa chez Matt. Il avait pensé à une dizaine de possibilités, toutes plus vraisemblables les autres par rapport aux autres, sans être capable de décider laquelle était bonne. Pour comprendre dans le moindre détail, il devait parler à l'infirmer, afin de savoir ce qu'il s'était réellement passé, et ce dans le moindre détail. Lorsqu'il serait de nouveau conscient, parce que sur le moment, il était toujours inconscient sur le canapé de la salle de repos, et Matt avait besoin de toute l'attention possible. L'infirmière revint finalement, cette fois-ci avec du renfort, le matériel demandé et plus encore, alors que Kelly n'avait pas bougé d'un pouce. Il tenait toujours Matt fermement dans ses bras tout en gardant une marge de douceur impressionnante pour ne pas faire de mal à son petit frère. Sans dire un mot, le docteur Bennett plaça gentiment une de ses mains sur l'épaule gauche de Kelly. Leurs regards se croisèrent, et il sut. Il sut qu'il devait lâcher prise, même s'il ne le voulait pas vraiment. Il n'avait pas d'autre choix, Matt avait besoin d'aide. Il laissa le médecin prendre soin de lui, laissant tomber ses bras au sol pendant qu'ils le mettaient sur le brancard. Une infirmière passa une serviette sur lui pour le sécher le plus vite possible, prenant grand soin de ne pas faire de gestes brusques, puis une seconde infirmière plaça un masque à oxygène sur le visage de Matt pendant que le docteur Bennett appliqua les électrodes du moniteur sur sa poitrine encore chaude.
« Quelqu'un peut me donner sa tempé ? »
Une des infirmière se hâta pour sortir son thermomètre frontal de la poche de sa blouse, le faisant passer sur le front du patient quelques secondes avant qu'il ne bipe.
« 38.4°C ».
C'était trop haut. Beaucoup trop haut. Sa fièvre avait augmenté, et cela n'était pas à cause de la douche improvisée. Quelque chose se tramait.
« Okay, on le met sur le côté, je dois vérifier son dos. Attention avec son épaule droite ».
Dans un moment de coordination parfaite, Matt fut mis sur son côté gauche afin de permettre au docteur Bennett de voir si l'infection avait gagné du terrain. Il retira plutôt facilement les bandages, et fronça les sourcils immédiatement.
« J'ai besoin de désinfectant, de pommade et de nouveaux pansements. Vite ».
En entendant ces mots, Kelly revint à lui. Il secoua sa tête, se redressant également, regardant pour la seconde fois le dos meurtri de son frère, cette fois dans son intégralité. Ce n'était qu'un champ de blessures en tout genre, de coupures plus profondes les unes des autres. La peau autour des blessures était blanche, comme si elle était nécrosée et remplie de pus.
« I-il va bien ? » demanda Kelly avec une voix brisée, inquiet.
« L'arrêt brutal d'un traitement, ne serait-ce que quelques minutes, peut faciliter l'expansion d'une septicémie », expliqua le docteur Bennett pendant qu'il commençait à prodiguer les soins, qu'une infirmière replaça deux intraveineuses sur les bras de Matt, l'une pour les fluides nécessaires au bon fonctionnement de son corps, et l'autre pour les antibiotiques. « Nous allons augmenter la dose d'antibiotiques, et continuer à le monitorer, heure par heure. Et nous allons le garder hydraté pour faire baisser sa fièvre aussi vite que possible ».
Une fois remis dans le lit chaud et confortable qui l'attendait, une fois tout le nécessaire pour surveiller ses constantes remis en place, une fois que l'infirmière eut beaucoup de mal à réintroduire ce tube dans sa narine jusqu'à son estomac et un autre pour l'aider à évacuer son urine, ils remirent des coussins dans le dos de Matt afin d'élever son côté droit, et une dernière fois, le docteur Bennett écouta sa respiration de plus près avec son stéthoscope.
« Vous avez ajouté de l'albutérol ? »
« Oui, docteur. Lorsque j'ai ramené le masque », assura l'infirmière.
« Il a besoin d'une dose constante pour l'aider à respirer correctement, c'est très important ».
« Compris ».
Kelly avait pris le temps de se sécher et de se rhabiller. Il était dans la chambre, regardant le personnel médical aider Matt du mieux possible.
« Il va bien ? » demanda à nouveau Kelly, anxieux.
Le docteur Bennett se tourna vers lui, un léger sourire sur le visage.
« Plus de peur que de mal, je pense. Sa fièvre a augmenté un peu à cause de l'arrêt du traitement par antibiotiques, mais à présent, elle devrait partir, même un peu. À cause du cocktail de médicaments qu'on vient de lui injecter, il devrait être inconscient pendant quelques heures, et c'est un minimum ».
Kelly acquiesça doucement, toujours sous le choc et tremblant de ce qui venait de se passer. Le docteur Charles se plaça devant lui, le faisant sortir de sa transe en sursautant.
« Cela vous dirait de venir avec moi et de parler avec l'infirmier ? Je sais que vous avez beaucoup de questions sur ce qui vient de se passer et il pourrait en apporter les réponses ».
Sans un mot, Kelly acquiesça, suivant le psychologue hors de la chambre pendant que le personnel médical continuait de soigner Matt. Ils se dirigèrent alors vers le fond du couloir, là où se trouvait la salle de repos, puis entrèrent dans la pièce. Le mobilier était très simple quelques canapés et fauteuils, trois distributeurs pour le café, les boissons froides et les collations ainsi que plusieurs tables et un frigidaire. Les murs étaient peints de blanc, tout ce qu'il y avait de plus banal. Sur l'un des canapés, un homme était assis en se tenant la tête, entouré de plusieurs infirmières. Le docteur Charles s'avança vers l'attroupement, qui s'écartait à son passage.
« Nathan ? Comment vous vous sentez ? »
L'étudiant infirmier redressa sa tête, laissant apparaître une mâchoire rouge et bleue ainsi qu'un filer de sang toujours en action depuis son nez. Il soupira, gardant les yeux fermés pour éviter la lumière des néons au-dessus de lui.
« Mal ».
« Vous avez une commotion, cela ne m'étonne pas. Vous pouvez me raconter ce qu'il s'est passé ? »
« Euh… Je voulais aider Sonia dans sa tournée, et je suis allé dans la chambre pour les soins, et… Je ne sais pas, mais subitement, il… Il a ouvert les yeux et… Et je me réveille ensuite ici, complètement sonné. Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé moi-même ».
« Il se trouve que le patient vous a frappé de toutes ses forces, et que votre tête a cogné le sol, d'où votre perte de connaissance. Sonia ou Serena ne vous ont pas dit d'entrer dans la chambre 217 sans supervision ? »
« Je, euh… Oh mon Dieu », s'exprima l'infirmier en passant ses mains sur son visage et en se redressant. « Je n'ai pas fait attention au numéro de chambre, je suis sincèrement désolé ».
« Pourquoi être désolé ? » demanda Kelly, faisant sursauter presque tout le monde dans la pièce.
Kelly avait tous les droits d'être en colère envers l'infirmier, et celui-ci ainsi que le docteur Charles comprenait parfaitement au vue de la situation. Mais il ne l'était pas. Pas le moins du monde.
« Cela arrive à tout le monde de faire des erreurs au début de leur carrière. Vous vouliez simplement aider ».
Reconnaissant, Nathan acquiesça tout en baissant le regard. Il avait honte d'avoir oublié de regarder le numéro de chambre. C'était pourtant une des bases de son métier, mais la fatigue avait eu raison de lui.
« Vous faites des gardes de combien ? Vingt-quatre heures ? Voire plus ? Même nous, les pompiers, on fait des erreurs à la fin de nos gardes, personne n'est à l'abri, et encore moins les nouveaux ».
« Bon, expliquez-moi dans les moindres détails ce qu'il s'est passé ».
« Et bien... »
Nathan éclaircit sa gorge, prenant grand soin à repenser à tout ce dont il se souvenait.
« Je suis rentré dans la chambre, et je me suis approché du lit. Son rythme cardiaque était un peu élevé, mais au vue de l'infection qu'il avait, je n'ai rien relevé d'anormal. J'ai regardé si les ports intraveineux étaient toujours en place sur ses bras, et j'ai ensuite décidé de vérifier les pansements dans son dos. Et... Je... J'ai croisé son regard, et... J'ai même pas eu le temps de bouger que je reçois un coup de poing et... Et après c'est le trou noir ».
Le docteur Charles se refit le scénario dans la tête, essayant de rassembler les pièces du puzzle qui lui manquaient. Il réfléchit fermement et profondément, prenant plusieurs minutes afin d'éclaircir quelques points.
« Vous n'aviez pas frappé avant d'entrer, je suppose ».
« Non, je pensais que le patient était endormi, alors je ne voulais pas le réveiller. Sonia et Séréna nous ont tous prévenu qu'il lui fallait beaucoup de repos ».
« Je comprends, je ne vous blâmais pas. Mais il semble que votre... Arrivée dans la chambre sans frapper est associé à ce petit imprévu. Je pense que Matt était réveillé, mais vous a laissé approché, vous a laissé le toucher, et quand vous avez décidé de regarder son dos, la douleur a dû le submergé et son corps a réagi sans réfléchir. Ce n'est qu'une théorie, mais je pense que son esprit vous a associé à ses ravisseurs ».
« Quoi ?! » lança subitement Kelly. « V-vous voulez dire que... Qu'il se croyait toujours là-bas ?! Dans ce trou à rat puant ? »
« D'après son dossier médical, ses ravisseurs n'ont pas vraiment été tendres avec lui. Une présence masculine proche de lui, qui ne lui dit absolument pas ce qu'il est en train de lui faire alors qu'il est des plus vulnérables et qu'au lieu de se laisser faire, il peut à présent se défendre ? Vous ne croyiez tout de même pas qu'il se laisserait faire, si ? »
« Lorsque nous entrons dans la chambre 317, nous faisons toujours attention à frapper à la porte, même délicatement. Cela permet au patient de comprendre dès le début qu'il est en sécurité. Et nous lui expliquons toutes les étapes que nous franchissons. Si le patient est endormi, alors il n'entendra rien. S'il est réveillé, il peut comprendre qu'il peut avoir confiance en nous », expliqua alors Serena en entrant dans la salle de repos.
Elle venait tout juste de finir sa ronde et d'être mis au courant de la situation. Elle en voulait un peu à son stagiaire, mais en même temps, sa volonté de vouloir aider et de bien faire rendait cette colère vaine. Elle aurait fait la même chose à la place de Nathan.
« C'est un patient très fragile, et il a besoin de toutes notre attention. Et c'est pour cela que je te demanderais de ne plus entrer dans cette chambre. À la fois pour sa propre sécurité comme la tienne ».
« Je comprends ».
La discussion dura encore quelques minutes, durant lesquelles le personnel infirmier se mit d'accord sur le fait que seules Serena ou Sonia étaient autorisés à apporter des soins à Matt, puis Kelly retourna dans la chambre de Matt alors que les derniers soins étaient prodigués par le docteur Bennett. Ce dernier se voulait rassurant sur l'état de santé de son patient, expliquant à Kelly qu'il devrait sans doute rester endormi encore plusieurs heures, mais il s'en fichait. Il voulait juste être présent au moment de son réveil. Quelques heures passèrent donc sans encombres dans la chambre, Kelly observant inlassablement Matt afin de le rassurer dès son réveil, pour qu'il ne panique pas. Le docteur Bennett l'avait autorisé à rester plus longtemps que d'habitude, bien après la fin des visites. C'était officiellement pour garder Matt le plus calme possible avec une présence rassurante près de lui, ce qui n'était pas faux, mais le docteur Charles soupçonnait le médecin d'être compatissant envers Kelly. Tous les deux avaient besoin d'être près de l'autre pour aller mieux, c'était un lien que le psychologue n'avait jamais vu auparavant entre deux personnes, hormis les frères et sœurs évidemment. Matt avait toutes les raisons du monde d'être méfiant et craintif, après le traumatisme subi, personne n'aurait réagi différemment. C'était un mécanisme de défense rien de plus instinctif. Il permettait de garder à l'écart tout danger provenant de l'extérieur, mais ce qui intriguait encore plus le professionnel, c'était de voir que la présence de Kelly à ses côtés semblait le rassurer alors qu'en temps normal, dans un tel trouble émotionnel, on ne faisait pas la distinction entre bien et mal. Il y avait définitivement un lien très fort, plus qu'aucun autre, entre ces deux-là. Intriguée au plus haut point, docteur Charles se décida à aller parler à Kelly le temps que Matt soit encore inconscient. Il traversa son département, parcourant les couloirs jusqu'à arriver dans le département des soins intensifs. Arrivant devant la porte de la chambre, il prit une grande inspiration avant de frapper. N'ayant aucune réponse, il daigna ouvrir la porte et passer sa tête pour voir à l'intérieur.
« Bonsoir », murmura-t-il.
Kelly ne répondit rien, toujours concentré sur Matt.
« Je peux vous parler quelques instants ? »
Pour la première fois depuis des heures, il détourna son regard pour l'emmener vers la porte. Il reconnut le docteur Charles, acquiesçant légèrement. Il espérait ne pas réveiller Matt surtout. Le médecin s'avança, fermant la porte et attrapant une chaise en s'avançant vers le lit. Il la posa délicatement au sol, remarquant la respiration rapide de Matt au travers du masque à oxygène.
« Séréna m'a dit que sa fièvre avait baissé durant l'après-midi ».
« 38,2°C », répondit Kelly après plusieurs secondes. « Sa fièvre est toujours trop haute ».
« Mais elle descend, c'est déjà un bon point. Cela veut dire que... »
« Que son corps combat l'infection, je sais », répondit à nouveau Kelly, cette fois un peu moins calmement.
Il soupira, se sentant déjà gêné d'avoir répondu aussi mal au docteur Charles.
« Désolé, je n'aurais pas dû vous parler ainsi ».
« Je comprends. Vous avez les nerfs à vifs depuis plusieurs jours. Il faut que vous arriviez à évacuer tout ce stress ».
« Je ne suis pas stressé ».
Le médecin haussa un sourcil, immédiatement remarqué par Kelly.
« Je suis plus inquiet que stressé ».
« Qui ne le serait pas à votre place ? »
Le psychologue voulait rajouter quelque chose, mais il se décida à ne rien dire de plus, de peur de froisser Kelly et la confiance qu'il semblait lui accorder. C'était déjà difficile de faire parler un pompier, et il ne voulait pas tout gâcher.
« Vous semblez avoir un lien très particulier avec Matt. Un lien que même moi je ne saurais comprendre ».
Troublé par cette révélation, Kelly regarda droit dans les yeux du médecin. Était-ce vrai ? Était-ce pour le faire parler ? Était-ce pour faire la conversation ?
« Je vous assure que c'est vrai. En temps normal, même une présence familière peut s'avérer inutile dans ce genre de situation, mais dès que vous êtes proche de Matt, c'est comme si... Comme si vous étiez la voix de sa raison. Comme s'il pouvait reprendre le contrôle de lui-même ».
Severide écoutait attentivement le médecin à côté de lui. Il ne le connaissait pas vraiment, mais de ce qu'il savait déjà, il redoutait sa présence. Était-il là pour Matt, ou pour lui ? Il soupira, comprenant que le docteur Charles attendait sans doute une réponse de sa part.
« On s'est promis de veiller l'un sur l'autre. Depuis l'Académie où l'on s'est connu, on ne s'est jamais quitté. On a eu nos hauts et nos bas, mais... Notre, euh... Notre amitié va bien au-delà de ça ».
« Depuis l'Académie ? C'était il y a longtemps ? »
« 18 ans. On venait de devenir majeur et de passer notre bac, et on voulait faire quelque chose de nos vies. Je voulais devenir pompier depuis l'enfance à cause de mon père, mais Matt... C'était différent ».
Il lança un regard attendrissant à Matt, toujours endormi dans ce lit moelleux et recouvert par les draps jusqu'à la taille.
« Matt a eu une adolescence relativement difficile, et... Et devenir pompier était une manière de... De se sentir vivant je crois ? Dès notre entrée à l'Académie, on s'est tout de suite entendu, même si on venait de deux mondes complètement différents. Il y avait quelque chose qui m'attirait chez lui, quelque chose qui me donnait envie de marcher près de lui ».
« Vous avez eu confiance en lui dès le départ, c'est rare de voir cela chez de jeunes adultes ».
« Disons qu'on s'est déjà sauvé mutuellement. Je n'hésiterai pas une seule seconde à mettre ma vie entre ses mains. Tout comme lui sait très bien qu'il peut faire la même chose avec moi ».
« Sauvé mutuellement ? »
« Quand... Quand Matt a perdu Hallie, sa première fiancée, il était dévasté. Il venait pour ses gardes, mais je voyais très bien que ça n'allait pas. Je ne disais rien, car je savais que c'était dur de faire le deuil de quelqu'un qu'on aime. Et je l'ai aidé du mieux que j'ai pu. Quand Shay est... A été tuée, la femme que j'aimais plus que tout au monde, il a été là en retour. Il voyait également que j'allais mal. Il m'a offert son toit, il m'a offert son amitié plus que jamais auparavant. Nous nous sommes sauvés, et je suis prêt à recommencer dès aujourd'hui si cela permet à Matt de surmonter ce qu'il vient de vivre ».
Kelly était convaincu par les paroles qu'il venait de prononcer. Il était persuadé d'être à la bonne place, près de Matt. Il avait besoin de lui pour s'en sortir, il l'avait vu, il le savait. Le docteur Charles avait raison dès qu'il était près de son frère, il s'apaisait, il devenait moins agité, il écoutait. Comme si sa simple présence ne lui faisait que du bien. À la réalisation de tout ce qu'il venait d'expliquer au psy, Kelly sourit, puis rit un instant.
« Je ne sais même pas pourquoi je dis ça à un psy... »
« Parce que vous en aviez besoin, tout simplement. Je suis ici pour cela ».
« Je n'ai besoin de personne », assura Kelly d'un ton ferme.
Quelques secondes passèrent,
Le rythme cardiaque de Matt s'accéléra subitement, les traits de son visage se durcirent. Il était en train de se réveiller. Kelly décida immédiatement de passer à l'action : il se redressa, observant les mouvements frénétiques de son ami dans ce lit.
« Matt, tout va bien », affirma-t-il sur un ton doux, bien différent de la dernière phrase qu'il allait prononcée. « Je suis là, je suis là ».
Le docteur Charles n'avait pas eu le temps de sortir de la chambre, et décida d'observer cette relation fusionnelle que les deux amis avaient. Et il le fit aussi parce qu'il savait qu'en tournant la poignée, il allait faire paniquer Matt davantage. Presque instantanément, les mouvements de Matt se firent moins violent, et son rythme cardiaque diminua légèrement.
« Je vais te prendre la main gauche, d'accord ? »
Kelly attendit quelques secondes de plus, le temps que son frère se calme un peu plus, puis il lui prit la main délicatement, effrayé par un possible rejet de sa part. Mais ce fut tout le contraire. Il acceptait cette main rassurante, tournant légèrement la sienne pour l'accueillir et la serrer en retour. Faiblement, Matt ouvrit les yeux, plantant son regard fatiguée et blessé dans celui de Kelly tout en laissant échapper un soupir de soulagement. Son meilleur ami, son frère était toujours là, à ses côtés. C'était une présence rassurante, quelqu'un qui lui permettait de se dire que tout était vraiment fini. Que le cauchemar qu'il avait vécu était vraiment terminé.
« Tu peux te rendormir, Matty. Je n'irai nulle part. Je reste près de toi ».
Timidement, il se mit à sourire, vite remarqué par Kelly à travers son masque à oxygène. C'était un signe. Le signe que tout allait revenir comme avant. Cela prendrait du temps, mais ils allaient y arriver. Ensemble. Comme avant.
