Je savourais tranquillement ma boisson chaude et j'apercevais du coin de l'œil ce groupe de jeunes adolescentes assises à cette table à l'autre bout de la cafétéria. L'une d'entre elles avait l'air d'être déguisée en Jaguarian. Eh bien, je dois admettre que je n'ai encore jamais vu un déguisement aussi réaliste. Cette fille mérite le respect. Peu après, lorsqu'il y a eu ce vol à l'arraché et que cette même fille s'était mise à courir comme Gryf pour rattraper le voleur, ça m'a grandement étonné. Comment arrivait-elle à faire ça ? Peut-être était-ce une cascadeuse ou bien… une vraie Jaguariane ? Non, faut pas rêver.

À son retour, lorsque les agents de sécurité allaient s'acharner sur elle, quelque chose au fond de moi me disais de réagir, et vite.


Actuellement…

Point de vue de Vanessa :

Incroyable ! Je n'arrivais pas à croire que je me trouvais en face de cette personne, ni mes amies d'ailleurs. On l'a tout de suite reconnu rien que par sa voix. Ce n'est pas le genre de personne qu'on a l'habitude de croiser tous les jours. C'est comme rencontrer les Légendaires en vrai ; ce qui était presque le cas. La personne se retourna aussitôt face à moi et me dit :

« Ha ! Je te retrouve enfin… Clotilde. Où étais-tu encore passée ? »

C'est Antoine Gouy, le doubleur de Razzia !

Que faisait-il ici ? Et d'ailleurs, pourquoi m'a-t-il appelé Clotilde ? Je ne trouvais plus mes mots, à la fois surprise par cette rencontre, et à la fois confuse par son incompréhensible déclaration. Là, j'étais complètement perdue.

« Pardon monsieur, cette jeune fille est avec vous ? » Lui demanda l'un des agents.

« Oui, en effet. Mais permettez-moi d'abord de me présenter : coach Antoine, de l'équipe des… Félins Massacreurs de… la Creuse. Clotilde, que vous voyez là, est notre mascotte. La pauvre est tellement possédée par son rôle qu'elle en perd parfois les pédales. Il faut dire aussi, elle est légèrement atteinte d'une forme de schizophrénie super rare. Tu le sais ça, Clotilde ? » Dit Antoine.

Entre-temps, j'avais compris que si je voulais m'en sortir vivante, je devais entrer dans son jeu. J'ai donc hoché la tête à sa question tout en essayant de paraître un poil yoyo. Étais-je assez crédible ? Lui qui est un vrai comédien, il le sait mieux que nous toutes.

« D'accord. Et quel genre d'équipe êtes-vous ? » Demanda l'autre agent.

« Équipe de deuxième division pratiquant euh… le hockey sur glace… uniquement dans la semaine ; car le samedi, c'est air hockey. » Répondit Antoine.

Les deux agents s'étaient regardés d'un air peu convaincu avant que l'un d'entre eux ne demande :

« Et les autres ? »

« Quels autres ? » Dit Antoine.

« Les autres jeunes demoiselles qui sont là, elles sont avec vous aussi ? » Demande-t-il en désignant mes amies.

« Ah, oui. Ce sont… nos pom-pom girls. Elles m'ont donné un coup de main pour retrouver Clotilde. Et à ce que je vois, elles y sont parvenues avec succès. Beau travail, les filles. Bien, maintenant que l'affaire est réglée, nous allons pouvoir repartir. Passez une bonne soirée. »

Il nous fit signe de le suivre avec un regard disant Viens avec moi si tu veux vivre. Mieux vaut lui obéir sans faire d'histoire. On l'a donc suivi en essayant d'avoir l'air naturel et éviter d'attirer des soupçons de la part des deux agents.

« Il y a quelque chose de louche dans tout ça. T'en connais, toi, des équipes de hockey sur glace à la Creuse ? » Dit un des agents à son collègue.

« Non. Et puis s'ils sont vraiment de là-bas, qu'est-ce qu'ils viendraient faire à Argenteuil ? »

« Tu penses à ce que je pense ? »

« Oui ; ce type s'est littéralement fichu de nous. »

Étant d'accord l'un avec l'autre, ils se sont mis à nous suivre en accélérant le pas. De notre côté, pendant ce temps :

« Vous… vous êtes bien Antoine Gouy ? » Lui demandais-je.

« La voix de Razzia dans le dessin animé des Légendaires ?! » Dit Nora.

« Eh oui, z'est moi. » Dit-il en faisant la voix du colosse de Rymar.

« Z'est bien lui ! Euh enfin je veux dire, C'est bien lui. » Dit Alice.

Nous étions toutes excitées de rencontrer Antoine Gouy. On avait tellement de choses à lui dire. Mais à peine avions-nous eu le temps de continuer à lui parler que les deux agents de tout à l'heure le saisirent par les épaules et le retournèrent brusquement face à eux.

« Dis donc, monsieur le comique. Il semblerait qu'il n'existe aucun club de hockey à la Creuse. »

« Ah bon ? » Répondit Antoine.

« Et depuis quand les mascottes doivent avoir l'air aussi réaliste ? Mh ? »

« Euh… »

C'est pas vrai. Cette fois, on y est enfoncé jusqu'au cou. On commençait à paniquer. Nos regards se sont tournés vers Antoine Gouy, espérant qu'il trouverait un truc pour nous sortir de ce pétrin. Allez Razzia. Tu peux y arriver.

« À vrai dire, tout est question d'en mettre plein la vue aux gens. Et si vous n'êtes pas tout à fait sûrs de voir où je veux en venir, je pense que ça, vous n'allez pas le voir venir non plus. » Dit-il avant d'enfoncer ses doigts dans l'œil des deux agents. « Vous voyez, quand je parle d'en mettre plein la vue ? »

Vite ! Nous en avons profité pour fuir tant que les deux agents étaient aveuglés par le coup qu'ils avaient reçu. Une fois dehors, nous avons pris notre temps pour reprendre notre souffle.

« Règle n°1 pour un agent quel qu'il soit : toujours porter ses lunettes noirs. Sinon, forcément, y a de quoi se mettre le doigt dans l'œil. » Dit Antoine.

Il a raison. En repensant à ce qui s'est passé avec ces deux agents, et la façon dont Antoine les a mis hors d'état de nuire, nous n'avions pu nous empêcher d'éclater de rire. Plus encore, on venait de se faire sauver par l'interprète de Razzia en personne. Quel acteur, et quel talent ! Il mérite absolument un Oscar !

« C'était trop… GÉNIAL ! » S'exclama Zoé.

« J'vais vous en mettre plein la vue, et TAC ! Ça, c'est de la réplique qui tue ! » Dit Alice.

« Eh oui. C'est le don de l'improvisation. » Répondit Antoine.

« Vous êtes trop fort ! Vous êtes… vous êtes Razzia ! » Dit Nora.

« Hé hé, mais n'oublions pas que je aussi Le mec que personne ne connaît dans les soirées, de la série Bref. »

« C'est dingue. Mais que faisiez-vous dans le coin au juste ? » Lui dis-je.

« J'étais allé rendre visite à un ami qui habite dans le quartier. Du coup, j'en ai profité pour passer au centre afin de racheter quelques bricoles. Ensuite j'ai eu envie prendre un verre, et comme il y avait cette cafétéria juste là, j'en ai profité. Et c'est là que je t'ai vu, toi, déguisée en Jaguarian. Ton costume est si réaliste, et cette façon que tu as de courir comme un félin, ça m'a sacrément bluffé. Même Errol Flynn n'aurait pas été capable de faire des trucs pareils. » Dit-il.

« C'est vraiment très aimable à vous. » Lui répondis-je avec la main sur le cœur.

J'hésitais à lui dire la vérité, même si franchement, il l'a peut-être déjà deviné.

« En tout cas, si tu passes à la Japan Expo, Patrick Sobral va être émerveillé. Et Henry-David* aussi. »

*Il parle d'Henry-David Cohen, le doubleur de Gryf.

« Attendez. Toute l'équipe du dessin animé sera là ? » Demanda Zoé.

« Bien sûr. Ça sera pour la promotion de la saison 2. Mais je n'ai pas le droit de vous en dire plus pour le moment. »

« Il va y avoir une saison 2 ? Trop classe ! » S'exclama Nora.

« Soyez certain qu'on viendra assister à cet événement. » Ai-je dis.

« Avant de partir, je me disais que… » Il fit une pause, le temps de sortir son portable. « Za vous dit qu'on ze fazze un zelfie, touz enzemble ? » Nous proposa-t-il en imitant la voix de Razzia.

Impossible pour nous de refuser une telle offre, surtout de la part d'un de nos héros. On s'était tous regrouper pour le selfie, et on a même eu droit à une dédicace. On n'aurait jamais cru recevoir un jour ce genre de cadeau.

« Il faut que j'y aille. À très bientôt à la Japan Expo. »

« Eh, Korbo. » Lui dis-je. « Merci infiniment de nous avoir sauvées tout à l'heure. »

« Mais de rien. Après tout, ne zuis-ze pas un héros ? » Dit-il joyeusement.

Il nous salua et rentra ensuite chez lui. C'est ainsi que nous avons fait connaissance avec Antoine Gouy. Rencontrer un acteur, c'est une chance inattendue. Mais rencontrer un acteur qui donne vie à un personnage que vous aimez, c'est encore plus énorme. Une chose est sûre, jamais nous n'oublierons cette soirée.


Hors du point de vue de Vanessa :

Le lendemain, Vanessa et ses amies sont allées imprimer leur selfie pour l'encadrer et l'accrocher dans leur fan-club. Elles ont ensuite passé du temps à discuter entre elles, sans se douter qu'à l'extérieur, cachés derrière un buisson, une paire de mauvais yeux les observaient de loin.

« Les Légendaires… c'est donc ça qu'elles kiffent ? Voilà qui est intéressant. » Murmura Clément.

Il s'est ensuite mis accroupi et a sorti son Smartphone pour faire une recherche sur internet. Clément n'a pas mis longtemps à trouver le résultat qu'il souhaitait.

« La Japan Expo. Mais c'est bien sûr. » Dit-il avec évidence.

Sans plus tarder, il chercha le numéro d'un de ses complices dans son répertoire et lui écrit un message.

Yo Bernard. Demain, on se regroupe tous et on commence à monter notre plan pour venger Nelson. Je pense savoir où se trouvera sa copine loup-garou dans deux semaines. On en reparlera.

Une fois le message envoyé, Clément quitta la zone du fan-club, tel un voleur. À peine s'était-il retrouvé dans la rue que son Smartphone vibra. Il regarda le message reçu.

Ok, je prends note. ET JE M'APPELLE AINESSE ! PAUV' CRÉTIN !

Fier de sa provocation, Clément rentra dans son quartier. Il avait hâte à demain d'être réuni avec tout le monde pour commencer à organiser leur mauvais coup, comme si ça allait être la plus grande aventure de sa vie, ou plutôt, la plus grande bêtise de sa vie. Et le pire, c'est que ça l'amusait.


Voilà. Je sais que certains d'entre vous ont été probablement déçus que la mystérieuse personne ne fût pas Patrick Sobral. Je compte bien lui offrir une apparition dans l'histoire, mais peut-être pas comme vous l'espéreriez. On verra. Pour l'instant j'y travaille.