Chapitre 11 : Disputes interminables

Cameron rouvrit les yeux. Elle était toujours dans les bras de House. Elle soupira de soulagement et sentit la respiration de House prendre un rythme moins régulier. Elle se redressa, toujours en étant posée sur son torse, et l'observa. Quelques secondes après il se réveilla et l'observa.

- Tout va bien ? Demanda-t-elle.

Elle connaissait déjà la réponse, mais c'était pour elle nécessaire, voire même vital, de poser la question.

- Qu'est-ce qui vous fait affirmer que ça ne va pas ?

Il lui adressa un sourire spécialement conçu pour elle – malheureusement elle l'ignorait – puis elle le lui rendit timidement. Elle regarda la pendule accrochée sur le mur… Une heure de l'après-midi… Elle ne s'était pas rendue compte à quel point le temps était passé vite, ce qui étonna aussi House. Celui-ci se redressa après qu'elle se soit dégagée, mais il était toujours assis et continuer de l'observer, la contempler, l'admirer… Elle le tira à elle et profita de la seconde écoulée lors de sa chute pour glisser sa tête au-dessus de l'épaule de l'homme et lui faire un simple baiser dans le cou. Il le sentit et en ria une fois qu'il fut presque totalement allongé sur elle. Il se redressa légèrement, son visage à une demie douzaine de centimètres au dessus du sien. Il se demanda si c'était le bon moment pour faire une autre tentative. Elle agrippa le tissu qui recouvrait le torse de l'homme et le fit lentement se baisser vers elle, ce qu'il fit docilement. Il était seulement à un centimètre de ses lèvres.

- Le dîner est servit ! Tout ceux qui ne viennent pas immédiatement me verront dans la seconde dans leur chambre ! S'écria une voix ressemblante à celle de Wilson.

House se retira immédiatement. Pendant un moment il se demanda pourquoi, Wilson n'aurait pas pu faire irruption dans la chambre, ou peut-être… Il ne savait pas. Cameron se releva, profondément déçue.

- Je ne suis toujours pas prête à croire en dieu, mais à Satan, c'est possible, lui avoua-t-elle.

Il s'efforça d'émettre un son proche de la rigolade. Elle lui fit un sourire qui semblait bien lui faire comprendre que ce n'était pas la peine de rire malgré lui. Elle passa de l'autre coté du rideau – qui était d'ailleurs toujours tiré vers le mur – puis prit un pull et le mit. En passant devant House, elle l'attrapa par la main et l'emmena dans le salon sans qu'il ait pu dire quoi que ce soit. En arrivant, tout le monde fut étonné de les voir se tenir la main, sauf Wilson qui avait vu ce genre de scène un tel nombre de fois qu'il semblait se lasser de ces répétitions. House s'assit au coin de la table, en face de Cameron qui continuait encore et toujours de le fixer mais qui posait de temps en temps un regard vers Cuddy qui servait le déjeuner. Profitant de la diversion de Wilson sur la directrice, House s'enfila rapidement une pilule de Vicodine. Malheureusement, il avait été repéré.

- House ! S'écria Cuddy.

- Moi !

- Doucement avec la Vicodine, combien de fois devrais-je encore vous le répéter ? Rétorqua-t-elle.

- Autant de fois qu'il le faudra, quoi que je doute que ça fasse grand-chose !

- C'est le combientième ? Demanda Cameron.

Il l'observa quelques instants pour comprendre le sens de sa question. Il espérait au plus profond de lui qu'il s'était trompé, qu'elle ne voulait pas le changer.

- C'est le combientième ? Répéta-t-elle.

- Sixième, de la journée.

Elle soupira. Il lui lança un regard attristé. Pourvu que je me sois trompé… était la seule phrase qui passait en boucle dans son esprit pourtant d'habitude si ouvert à lui-même. Il n'osa cependant pas lui demander pourquoi elle lui posait cette question. Il fut néanmoins rassuré de voir que son regard été peiné plutôt qu'accusateur. Elle finit par lui adresser un simple sourire qui le rendit soudainement apaisé, léger… Il lui en fit un à son tour puis se retourna enfin vers Cuddy qui semblait bientôt exploser de colère.

- Je vous avais dit de réduire la dose ! Morigéna-t-elle.

- Et moi je vous avais clairement dit que ce n'était pas possible.

- Quand est-ce que vous m'écouterez enfin ? Quand est-ce que je pourrais cesser de vous surveiller toutes les cinq minutes ?

- Quand vous déciderez de vous occuper de vos affaires. Coupa sèchement Cameron.

La directrice ne comprit d'abord pas ce qu'il s'était passé. Il était plutôt rare que Cameron lui réponde rudement comme elle venait de le faire, mais ce qui semblait le plus intriguant, était qu'il s'agissait de défendre House.

- Ses affaires sont les miennes, répliqua la directrice.

- Oui, bien sûr. Vous partagez tellement de choses, que je me demande même parfois pourquoi vous n'êtes pas dans sa chambre à ma place.

Cameron s'était levée d'un bond. Cuddy, elle, était déjà debout et ne s'attendait pas du tout à ce genre de réaction venant de l'immunologiste. Soudainement, la patronne parut effrayée.

- Vous y êtes sûrement mieux que moi, dit la directrice après avoir longuement réfléchit.

- C'est vraiment beaucoup trop d'honneur, mais moi je ne partage pratiquement rien avec House ! Répondit l'immunologiste brutalement.

- Oh que oui, vous partagez beaucoup de choses. Peut-être plus de choses que vous ne le pensez vous-même.

- Vous ne pouvez pas s'avoir ce qu'il se passe, vous ne pouvez pas non plus savoir ce qu'on pense ou je ne sais quoi d'autre !

- Vous êtes tellement discrets !

- Nettement mieux que vous.

Sur ces dernières paroles, Cameron se rassit. Elle était rouge, mais pas de honte, cette fois-ci il s'agissait de fureur. House restait bouche bée devant le spectacle. Il s'était trompé, il s'était trompé ! Il n'y avait probablement rien au monde qui pouvait le rendre aussi heureux. Il n'aimait pas forcément se sentir radieux, mais il avait l'impression d'être soulagé d'un poids en simplement quelques minutes. Cuddy était toujours debout, jusqu'à ce que Wilson l'attrape par le bras et la fit s'asseoir. Il l'embrassa et elle répondit fougueusement au baiser. Cameron observait la scène avec approbation, elle était heureuse pour eux, et peut-être aussi pour elle-même. Au bout d'un certain temps de réflexion elle s'attaqua à son plat, qui était devenu froid. Elle n'exprimait aucuns remords, mais elle se sentait mal d'avoir fait exactement l'inverse des consignes « éteindre les ardeurs ». House se leva en premier, il débarrassa la table et à la grande surprise de tous, il fit la vaisselle.

- Vous êtes malade ? Demanda Cuddy.

A peine avait-elle commencé sa phrase qu'elle se fit fusiller du regard par Cameron.

- Sympa de me dire ça quand je fais enfin quelque chose. Et pas la peine de me remercier, évidemment. C'est trois fois rien, répliqua-t-elle

- Merci, dit lentement Cameron.

Elle se leva et alla lui chercher une serviette pour qu'il se sèche les mains. Il eut presque l'impression d'hésiter entre attraper la serviette ou saisir les mains de la jeune femme. Il prit donc la serviette, mais il prit aussi les mains de la jeune femme quand il eut posé la serviette. Il l'emmena dans la chambre, sans trop savoir pourquoi, il aimait bien cette salle à présent.

- House ?

Il lui tournait dos. Mais il fut contraint de se mettre face à elle pour éviter tout conflit.

- Vous n'êtes pas naturel, rétorqua-t-elle.

Il lui fit un sourire charmeur. Non, ça ne lui ressemblait pas. Mais pourtant, il s'agissait d'un geste presque automatique chez lui, maintenant. Il la prit dans ses bras.

- Vous n'êtes vraiment pas naturel…

Elle se lova dans ses bras et fit glisser ses mains dans le dos de l'infirme. Celui-ci lâcha justement sa canne pour mettre sa main droite sur la hanche de la jeune femme. Il avait l'impression d'avoir oublié ce qu'était un vrai contact humain, non dans le sens érotique. Un vrai contact, un sincère. Il était certain qu'elle lui donnait ce nouveau besoin d'avoir quelqu'un dans ses bras, d'avoir un peu de chaleur humaine. Il se rendit compte à quel point il était seul. Mais House était, est, et restera House à jamais. Il profitait, tout simplement. Il finit par se retirer, presque malgré-lui, puis il partit vers son armoire. Une étrange folie lui passa par la tête. Il regarda la jeune femme un court instant. Elle pliait ses affaires de la veille avec une certaine habilité qu'il n'avait presque jamais vu, une certaine douceur, une douceur qui semblait lui manquer. Il se retourna vers l'armoire et regarda toutes ses chemises froissées.

- C'est un vrai bric-à-brac là dedans ! Dit elle quand elle vit son armoire.

Il se retourna vers elle, elle semblait amusée.

- Ah, euh… Oui. J'ai pas trop eut le temps de tout ranger ! Se défendit-il.

Il avait maintenant l'impression de se retrouver face à elle, dans un restaurant et assis autour d'une table de place, au premier dîner qu'ils avaient eut. Il se souvenait encore de sa maladresse pour faire la discussion, pour s'expliquer, mais sa grande virtuosité à éviter les questions cruciales. Il revint à la réalité. Il regarda la jeune femme qui était à présent en train de trier ses affaires par couleur et par tissus. Elle semblait hésiter entre du vert et du rose pâle.

- Je vous conseillerai le rose, dit House.

Elle sursauta en entendant sa voix. Elle n'avait pas oublié sa présence, mais elle ne pensait pas qu'il dirait son avis.

- Le rose vous donne un air enfantin, ça vous irait à merveille, expliqua-t-il.

Elle parut sur le point de faire une crise de joie ou autre chose juvénile qu'elle était réellement capable de faire.

- Ah… Merci…

Elle prit ses assortiments roses et sortit de la chambre tandis que House prit lui aussi des nouveaux vêtements ; il avait envie de se sentir séduisant. Un sentiment étrange, certes, mais c'était une envie soudaine qu'il lui était passée par la tête. Il avait peur sur le coup, d'avoir changé, mais le fait de se dire qu'il était toujours aussi imprévisible le rassura. Quelques minutes après, Cameron revint. Elle était habillée entièrement en rose pâle. Elle ressemblait vraiment à un enfant, habillée ainsi, mais elle gardait toujours une certaine maturité dans son regard.

- Je… Euh…

Elle se sentait gênée par son regard gourmand. Elle ne s'y était pas encore très bien habituée, mais pourquoi s'en plaindre ? Elle dévia le regard du mieux qu'elle le pouvait.

- Oui, ça vous va à merveille. Ça fait presque oublié que vous vous êtes disputée avec le koala et Cuddy en deux jours, surtout que se disputer avec Cuddy signifie aussi Wilson et le koala signifie aussi Thirteen, donc ça fait quatre, commenta-t-il.

- House !

Il esquissa un sourire avant de la prendre une seconde fois dans ses bras. Il fit glisser son visage sur celui de la jeune pour finalement lui déposer une série de baisers sur la joue, descendant petit à petit… Il finit encore une fois par l'embrasser au coin des lèvres avant d'avoir cette même hésitation qui faisait souvent basculer les choses. Ce fut elle qui se retira.

- On y va ? Dit-elle comme si de rien ne s'était passé.

Il fut déçu de voir que ses tendresses n'avaient aucun effet sur elle, mais il se trompait ; elle était troublée. Trop troublée pour pouvoir répondre à ses caresses, son attention.

- Pourquoi ? Demanda-t-il subitement.

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi refusez-vous toujours au moment où…

Il n'arrivait pas à finir sa phrase, mais elle semblait le comprendre.

- Il faut d'abord que j'aille voir Chase, répondit-elle.

- Pour quoi faire ? Pour supplier une autre nuit ?

- Non. Pour rompre définitivement.