- Qu'est-ce que tu veux manger papa ?
- Tu as l'air d'avoir tout prévu alors je te fais confiance.
- Ce sera riz et poêlé de légumes.
- Très bien.
Albus mit de l'eau à chauffer et commença à préparer ses carottes. Il entendait son père explorer la petite maison qu'il avait loué pour eux sur les côtes françaises. La masure n'avait pas d'étage, les pièces s'organisaient autour d'une grande salle à manger faisant office de salon. La porte d'entrée était flanquée de fenêtres, les deux chambres se trouvaient à l'est, la cuisine, la réserve au nord, la salle de bain et les cabinets à l'ouest.
Les pièces étaient bien éclairées et ils étaient protégés des vents les plus rudes par un bosquet touffu. Albus avait volontairement choisi un endroit très isolé. Par les baies vitrées, ils pouvaient voir le bord de la falaise par delà lequel s'étendait l'océan. De l'autre côté ils avaient une vue imprenable sur la plaine parsemée de quelques regroupements d'arbres, battus par les vents lorsque c'était la saison.
Le premier village était à plusieurs dizaines de kilomètres de leur emplacement et il ne comptait que des moldus. À la belle saison cet endroit s'apparentait à un paradis. Les chaleurs, habituellement étouffantes, étaient contrebalancées par l'air marin. Albus sut dès leur arrivée que son père y serait bien.
Ce dernier avait juste fini d'installer ses affaires qu'Albus terminait de mettre la table. Ils dînèrent dans un silence reposant avant de sortir dans le jour déclinant. Le ciel s'embrasait de rouge. Ils s'assirent sur le banc situé sous l'une des fenêtres. Là ils parlèrent longtemps, de Poudlard, mais aussi du métier d'aurore d'Harry. Ils eurent l'impression de n'avoir eu le temps de rien, qu'il faisait déjà nuit noire.
Quand Albus se réveilla le lendemain, son père n'était plus là. Mais avant même qu'il ait eu le temps de s'inquiéter, il l'aperçut au dehors. Il sortit. Harry était assis tout proche du bord de la falaise, il avait les yeux fermés, comme pris dans une méditation intense pourtant dès qu'Albus s'approcha, il parla.
- Je t'attendais. Je me suis réveillé beaucoup trop tôt, l'habitude du travail.
- Il va falloir t'y faire papa, tu es en vacances.
Harry lui sourit en se relevant avant de lui ébouriffer les cheveux, puis ils retournèrent à l'intérieur. Ils entamèrent leur petit-déjeuner en parlant gaiement. Albus était heureux de voir son père lâcher prise petit à petit pour se détendre enfin.
- Tu sais Albus je suis vraiment content de passer un peu de temps uniquement avec toi. Je devrais faire ça avec James et Lily aussi un jour.
- Je t'aiderais à tout organiser si tu veux.
- Merci Albus.
Après cela ils allèrent se baigner. Quelqu'un avait creusé des marches le long de la paroi de la falaise. Outre descendre, elles permettaient de voir jusqu'où la mer pouvait monter, ou tout du moins frapper. À partir de cette limite les marches étaient poncées et polies par l'érosion. Le temps avait lissé la pierre de la même façon que les passages répétés avaient creusé une légère cuvette au milieu de chaque marche.
La mer était relativement calme et l'eau encore un peu fraîche mais ils s'y accoutumèrent très bien. Harry et Albus firent des courses pour le défi, mais aussi pour avoir une excuse pour rester à faire la planche pour un temps infini. Ils inventaient aussi des jeux, usant de vitesse, d'agilité et de capacité d'apnée. Ils ne furent sortis de l'eau que par leurs estomacs grondant.
L'après-midi ils partirent pour une grande ballade un peu plus dans les terres, pour l'aller, et le long de la falaise pour le retour. Ils marchèrent des heures entières sans croiser âme qui vive outre quelques oiseaux et insectes, sans même voir autres habitations que des terriers de lapins et de renards. Albus revint de la randonnée fatigué. Il s'effondra sur le canapé du salon et s'endormit presque aussitôt.
Harry se rendit dans la réserve pour chercher de quoi manger. Son enfance chez les Dursleys lui avaient laissé quelques compétences de base en cuisine. Dans la petite pièce au moins deux étagères étaient pleines d'aliments séchés ou en conserve. Les légumes frais étaient mis à part et la viande était dans le frigo. Mais la réserve contenait bien d'autres trésors : des livres moldus, quelques jeux de plage, une canne à pêche, des outils divers et variés, un tas de bûches, quelques collets, une trousse à pharmacie et d'autres choses encore.
Harry regarda le titre des ouvrages : des livres de cuisine, de chasse, de jardinage, de pêche, des compilations d' « astuces de grand-mères », un livre sur les plantes sauvages comestibles et médicinales, une liste détaillée des champignons bons et à éviter et quelques autres folios qui tendaient à vouloir sauver leur lecteur d'un empoisonnement par le choix d'un mauvais ingrédient dans son environnement. Harry prit le livre sur le BA-BA de la pêche ainsi que ce dont il aurait besoin pour le dîner.
Il cuisina en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller Albus mais ce dernier fut finalement tiré de sa torpeur par les odeurs s'échappant des fourneaux. Il regarda son père avec les yeux vitreux et le sourire pâteux. Il paraissait très content de sa petite sieste et s'étira comme un chat avant de s'approcher.
Ce soir-là, après le repas, Albus vint partager le lit de son père, chose qu'il n'avait jamais faite étant enfant, au contraire de son frère et de sa sœur. Harry l'accueillit avec joie. Il laissa son fils se rouler en boule à ses côtés. Ainsi accompagné, il eut moins de mal à s'endormir loin de sa femme et ses autres enfants.
Ne vous inquiétez pas, j'ai emmené papa en vacances. Lily je t'en avais déjà parlé, tu te souviens ? J'ai besoin de me retrouver un peu seul avec lui et je pense que cette déconnexion lui fera du bien. C'est pourquoi, désolé mais, je ne vous dirais pas où nous sommes. Je ne veux pas que vous nous trouvez, ou même que le ministère soit capable d'envoyer papa dans une mission non planifiée. Tout est cependant prêt. J'ai été voir ses collègues pour qu'ils acceptent de laisser une pause à papa. Comme il n'en a jamais vraiment pris, ils ont dit oui tout de suite.
Nous restons évidement joignables. Noarfang sait où nous sommes, vous pouvez lui demander de nous apporter vos lettres. Je n'aurais peut-être pas le temps de vous répondre mais je vous renverrais le hibou pour que vous sachiez que j'ai bien reçu vos messages.
Évidement pour vous, tout est très brutal. Moi cela fait des mois que je prépare ça. Je vous ai laissé cette lettre pour essayer de tout vous expliquer même si j'oublie forcément des choses. Ne soyez pas jaloux, je suis sûr que cela donnera des idées à papa et qu'il voudra faire pareil avec vous deux plus tard.
PS : Nous sommes bien arrivés. La maison est très bien. Nous sommes bien installés et le paysage est superbe. Papa est encore en mode boulot mais il se détend à vue d'œil. Je vous souhaite de bonnes vacances à vous aussi !
- Tu étais au courant ?, demanda James à Lily.
- Oui vaguement. Il m'avait parlé de ce projet mais je ne pensais pas qu'il le ferait vraiment.
- Mais ils sont partis sans même prendre un panier-repas ou une thermos de thé.
- Maman, je pense qu'Albus a tout prévu.
- Lily ! Sais-tu combien de temps ils seront partis ?
- Non. Albus n'a jamais mentionné ça.
Ginny fit le tour de la maison en se grattant furieusement le crâne. James échangea un regard inquiet avec sa sœur. Il essaya de l'arrêter mais elle continuait toujours ses cercles autour de la table. Leur mère n'avait jamais été du genre à aimer les surprises. Avec les années elle avait pris l'habitude de couver Harry presque autant que ses enfants. Elle avait besoin de contrôler sa vie et son mari s'absentant pour une durée indéterminée avec son fils ne rentrait pas dans ce schéma.
Lily tenta de la rassurer en lui disant qu'Albus était grand et responsable. S'il estimait avoir tout prévu on pouvait lui faire confiance. Il avait sûrement mieux planifié ces vacances que si Harry lui-même s'en était occupé. Au bout d'un moment leur mère se posa. Elle s'assit sur le canapé en respirant bruyamment. Son passé de sportive de haut niveau lui avait laissé ces élans d'extériorisation physique de ses sentiments. En colère elle pouvait détruire son mobilier d'intérieur et angoissée elle était capable de courir un marathon dans le salon-même.
Mais dès qu'elle fut assise et avait récupéré assez de souffle pour penser correctement elle bondit de nouveau. James et Lily n'avait pas besoin d'explications. Elle venait de se souvenir que les collègues de Harry avaient eux-aussi été mis au courant et avant que ses enfants n'aient eu le temps de dire quoi que ce soit, elle avait transplané.
- Tu penses que maman a toujours été comme ça ?
- Je ne sais pas mais en tout cas il y a des fois où elle me fait vraiment peur.
- Tonton dit que mamie est terrifiante aussi. Il dit que maman tient ça d'elle.
James frissonna. Contrairement à sa sœur, il avait déjà vu sa grand-mère en furie et il en gardait même à ce jour une sueur froide rien qu'à cette évocation par Lily.
- Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ?, demanda-t-elle.
- Maman devrait mettre un peu de temps à revenir. Et si on se faisait des cookies ?
Sa petite sœur bondit de joie à cette idée. Elle sauta sur place tout pendant qu'ils n'avaient pas commencé et réussit à se concentrer uniquement dans le but de ne pas rater sa recette. James ne savait pas comment il était possible que, toute hyperactive qu'elle était, sa sœur parvenait à entrer dans une concentration si intense. Elle mesura la farine, le sucre, le beurre avec la précision d'un potionniste. James ajouta les pépites de chocolat.
Il prit ensuite sa baguette et psalmodia en l'agitant lentement au dessus du plat. Lily observait attentivement leurs petits ronds de pâte alors qu'ils s'affaissaient avant de gonfler, de se solidifier et de se craqueler doucement alors qu'une odeur délicieuse se répandait dans la maison.
- Stop !
- Tu es sûre ?
Mais Lily était déjà en train de se brûler les doigts pour les goûter. James lança un autre sort pour refroidir les pâtisseries. Elle engloutit un gâteau en un instant. Puis tout se passa en un éclair, dès qu'elle eut tout avalé sa sœur se mit à sauter. Elle fit le tour de la pièce en faisant de petits bonds. Son frère la regardait avec émerveillement. Comment pouvait-elle receler autant d'énergie ?
Une fois commencé Lily ne s'arrêtait plus. Elle était montée sur ressors et ne s'interrompait momentanément que dans le but de prendre et de dévorer un autre cookie. James en prit alors un lui-même et s'empressa d'accompagner sa sœur dans sa frénésie. Après avoir consciencieusement martelés le sol, les deux Potter s'écroulèrent au sol incapables de continuer tant ils riaient aux éclats.
Comme toujours n'hésitez pas à laisser un commentaire et on se retrouve la semaine prochaine. Prenez soin de vous !
