Cracmols, un drame caché
Par Katrina Varumniechtze
Cracmol.
Ce mot sonne comme une insulte. On se détourne, on évite le regard. Un mot honteux.
Aussi rares soient-ils, il existe des Cracmols dans le monde des sorciers, c'est un fait inutile à cacher. Il apparaît que la question est bien plus complexe qu'on ne le croit
Et pourtant, pourquoi en avons-nous autant honte ?
Tout d'abord revenons sur le statut du Cracmol.
Cracmols et Moldus
Un Moldu est un individu dénué de pouvoirs magiques. Un Cracmol est un individus né dans une famille sorcière et qui ne possède pas de pouvoirs magiques.
Ces deux définitions devraient permettre de conclure que Moldus et Cracmol ont intrinsèquement les mêmes caractéristiques et sont semblables.
Or, le Cracmol ne se distingue pas uniquement du Moldu par sa naissance particulière. Bien sûr, le Cracmol possède la connaissance du Monde Magique que n'a pas le Moldu, une culture propre aux sorciers, ainsi qu'une éducation et des habitudes sociales qui ne lui permettent pas de vivre sans préparation dans le monde Moldu.
En plus de son éducation sorcière, le Cracmol partage d'autres aptitudes avec le sorcier. Car contrairement à la croyance commune, les Cracmols ne sont pas entièrement dénués de Magie, et ne sont pas que de simples Moldus.
Ils sont bien sûr incapable de se servir d'une baguette magique et incapable de provoquer le moindre phénomène magique de façon active.
Mais ils sont indubitablement capables de percevoir la Magie, contrairement aux Moldus.
D'une part, ils ne sont pas touchés par les Sortilèges de Repousse-Moldu ou Masque-Magie fréquemment utilisés ; ensuite, ils ont parfaitement accès aux communautés et lieux magiques que les Moldus ne remarquent pas habituellement.
Il n'est donc pas possible de les considérer comme de simple Moldus.
De plus, leur perception de la Magie est exactement semblable à celle des sorciers : ils seraient même en mesure de voir les Détraqueurs, par exemple, qui sont par contre invisibles pour les Moldus.
Les familles Moldues peuvent donner naissance à de vrais sorciers, mais les familles sorcières ne donnent pas naissance à des Moldus. Les Cracmols sont plus que cela.
Les Cracmols sont un cas à part dans l'Histoire de la Magie. Certains chercheurs les qualifient même de "chaînon" manquant, mais pour souscrire à un tel concept, il faudrait que l'on retrouve ce chaînon manquant chez les Moldus, et aucun Moldu n'a donné naissance à un Cracmol, à un être ayant de faible relents magiques lui permettant de déceler de façon passive la Magie.
Difficulté des statistiques
On possède peu de chiffres sur le phénomène des Cracmols, car leur existence est trop souvent renié, cachée, dissimulée aux grand jour. Cette attitude se retrouve dans toutes les communautés sorcières du monde, même si la Suède, la Norvège et le Danemark viennent de lancer officiellement des programmes qui touchent le sujet.
On estime qu'autour d'1/5e des sorciers nés durant une année sont issus de familles Moldues, mais pour ce qui est de la naissance d'un Cracmol, la fréquence ne serait que d'une naissance sur 200ou 300 voire d'une sur 1000.
Les données sont donc très particulières et à manier avec précaution, puisqu'il ne s'agit que d'hypothèses qui n'ont jamais été vérifiées.
Les Cracmols ne sont pas recensés par les Ministères de la Magie, et, il faut bien l'avouer, considérés comme sans importance dans la mission quotidienne de masquer la Magie aux Moldus. Il n'y a même aucun moyen de les comptabiliser, car ils n'apparaissent ni dans les arbres généalogiques magiques, ni dans les listes magiques des Ecoles ou des Ministère. Leur existence semble ainsi niée officiellement, puisque que leur statut n'est même pas reconnu par les Lois Magiques. Il est donc extrêmement difficile de les quantifier et de lancer des études sociales sur leur statut, alors qu'ils font partie depuis toujours de la réalité sorcière.
Cracmol et Famille
Si un sorcier venant au monde dans une famille de Moldu est courant et fort bien toléré le plus souvent, il est très difficile d'être un Cracmol ou d'avoir un Cracmol dans sa famille de sorciers. Ils se retrouvent écartelés entre leur onde natal, et celui où leur manque d'aptitudes magiques les désigne d'office.
La plupart des Cracmols s'investissent alors dans la vie Moldue ; une partie vont même jusqu'à couper tout lien avec le Monde de la Magie. La plupart du temps, toutefois, il y restent en partie reliés, ne serait-ce que par leur famille. D'autres Cracmols réussissent à rester dans le monde magique ; en général, ce sont des individus qui participent à des entreprises familiales où l'usage de la Magie n'est pas primordiale, et ils font profiter leur entourage de la connaissance (forcée) qu'ils ont du Monde Moldu.
Mais très souvent, le Cracmol est mis au banc de la famille, ou développe un sentiment d'infériorité qui le pousse à s'éloigner des sorciers. Cela peut-être volontaire ou inconscient. Beaucoup de Cracmols ayant des frères et sœurs disent avoir souffert de la différence d'attitude de leur parent entre eux et les autres enfants sorciers de la cellule familiale. La surprotection fait autant de dégâts dans ces cas-là que le mépris : le sentiment de différence vécu par l'enfant Cracmol est souvent accentué par tous les petits rien de la vie courante où il est nécessaire d'employer la magie, surtout à l'adolescence lorsque les autres enfants accèdent avec leur baguette à des capacités que le Cracmol n'aura jamais.
On remarque chez les Cracmols les développements de sentiments d'infériorité, voire d'injustice, ou parfois à l'inverse de culpabilité, auxquels s'ajoutent très souvent une tendance à la dépression et parfois une jalousie excessive.
Le sentiment de culpabilité est très souvent un transfert du sentiment de culpabilité des parents du Cracmol ; ceux-ci s'interrogent sur leur responsabilité dans l'affaire, et par ricochet, l'enfant se rend responsable du désespoir de ses parents.
Drames familiaux ou acceptation
On a vu de véritables drames familiaux dans certaines vieilles familles de sorciers aux préceptes rigides ; parfois, dans certains cas excessif, le Cracmol est banni du clan. On rapporte même, d'après des sources du Moyen-Age, que l'abandon voir l'infanticide du Cracmol était pratiqué par certaines familles de sang-pur. Mais cela remonte aux pratiques du sinistre clan Von Nachtenbörn, en Hongrie, entre les 10e et 13e siècles. Le seul cas d'abandon rendu public est par contre la célèbre affaire Glaucii de 1817, en Italie (voir article suivant). Dans ces familles anciennes et complètement intégrée au Monde la Magie, le Cracmol s'éloigne le plus souvent et devient un tabou dans les conversations.
Il faut aussi souligner le grand débat, toujours relancé, que constitue le risque de naissance Cracmol : bien que les Cracmols semblent naître plutôt dans des familles de longue lignée sorcière, de nombreuses familles de sang-pur soutiennent que c'est la présence de "sang-mélés" dans les arbres généalogiques qui provoquent, au bout de quelques génération, la naissance de Cracmols. Cette thèse vigoureusement défendue par des "sang-purs" extrémistes est un argument pour la "préservation de leur sang sorcier".
Dans d'autres familles sorcières, il peut réussir à s'intégrer, comme on l'a vu, surtout en tant que lien entre Monde Moldu et Monde Magique.
La situation est différente dans les familles de sorciers mixte ou d'origine Moldue.
Dans les couples mixtes, le parent sorcier est souvent désappointé au premier abord d'accueillir un enfant Cracmol, surtout s'il est lui-même de famille sorcière. Mais seuls trois cas en 88 ans on été recensés dans toute l'Allemagne, pour donner mesure du phénomène.
Le parent Moldu, d'un autre côté, peut développer un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son conjoint, mais ce phénomène est rare et inexistant quand un enfant sorcier est présent parmi les rejetons du couple. Ce genre de famille mixte est parfaitement toléré, les parents estimant inconsciemment qu'ils ont chacun transmis une partie de leur héritage à leurs enfants et s'en satisfont.
Si les parents, ou même un seul, sont d'origine Moldus, la situation est toujours plus facile à accepter, même si encore dans ce cas, les exemples sont rares.
Vie des Cracmols
Parfois, cela va jusqu'au drame, et on connaît un taux de suicide plus élevé chez les Cracmols que chez les sorciers, même si on ne dispose d'aucune donnée concrète. Le suicide est en effet nettement inférieur chez les sorciers que chez les Moldus, mais on parle davantage de suicide chez des Cracmols que chez des sorciers.
"Il ne se sentait pas à sa place" "Elle se sentait rejet" "On lui a pour ainsi dire tourné le dos", sont des paroles qui reviennent dans les familles où l'on accepte de parler de "l'affaire", de ce membre de la famille sans pouvoirs qui a finit par mettre fin à ses jours mais les personnes qui ont accepté de témoigner rapportent pour la plupart des suicides d'une ou deux générations avant la leur le tabou au sujet des Cracmols ne disparaît pas avec eux, et même leur mémoire est perdue par ce silence.
Le poids de la honte, du silence, du tabou est un problème qu'il est temps de soulever.
Le cas des Résurgences Magiques : un argument en faveur des Cracmols
Il faut noter le caractère assez fréquent, quoi que mal connu, de la Résurgence de la Magie chez les descendants de Cracmols. En effet, on a récemment remarqué qu'il était assez courant de voir des enfants ou petits-enfants de Cracmols mariés à des Moldus, se révéler sorcier à leur tour. A tort considérés comme de simples enfants de Moldus, ces sorciers prouvent que l'état de Cracmol est un simple « accident », et que les pouvoirs latents du Cracmol peuvent se transmettre et se réveiller dans les générations suivantes !
Cette particularité trop longtemps négligé est le meilleur argument pour pousser les sorciers à se pencher sur l'importance de ces « sorciers à handicap », et de leur conférer une place méritée dans le monde magique.
Les données de cet article proviennent des recherches personnelles de l'auteur, Historiomage (et sœur d'un Cracmol très bien intégré, Andréas) qui se consacre depuis vingt ans à la question négligée des Cracmols.
Elle a publié plusieurs articles dans de nombreuses revues, ainsi qu'un roman autobiographique écrit à deux mains avec son frère Andréas, 'Avec ou sans magie ?' aux édition Unbelieven. Elle prépare un ouvrage consacrés aux Cracmols.
