21.

Le jour était levé depuis longtemps, Emma dormait comme une enfant. La ville avait commencé à grouiller de monde, tous les habitants ayant un tas de chose à faire et Emma dormait tranquillement, loupant l'heure de son tour de garde. En se couchant la veille, prise dans les tourments de ses sentiments pour Madame le Maire, elle n'avait pas enclenché son réveil.

C'est un coup de téléphone persistant qui lui fit ouvrir un œil. Elle cherche à tâtons le téléphone qui la harcèle. Elle répond d'un voix rauque et mal réveillé.

_ Allô ?

Elle reprend immédiatement ses esprits quand elle entend la voix de son père à l'autre bout du fil.

_ Hum David bonjour ! … Quoi ? Où ça ? Chez les Sœurs ? … On a cambriolé la maison des Fées, sérieux ?!

Elle écoute avec attention puis raccroche, elle file dans la douche, elle s'habille rapidement et fonce retrouver David au Monastère des Sœurs.

Une fois sur place, elle rejoint David et la Mère Supérieure au sous-sol, dans la cave des archives et des potions que les Sœurs tiennent sous bonne garde.

_ Salut ! Alors, qu'est ce qui a été volé exactement et quand ? S'empresse de demander Emma d'un air faussement désinvolte.

_ Bonjour Emma.

_ Bonjour Shérif.

_ Hm. Bonjour … Alors ? Dit-elle légérement mal réveillé et visiblement soucieuse.

_ Une fiole à disparut.

_ Une seule ?

_ Oui.

_ Pas de dégâts apparents, pas de serrures forcées ?

_ Non.

_ Ok. Et quand ça a eu lieu ?

_ Je n'en sais rien. On fait l'inventaire du stock régulièrement, on tient un registre de tout ce qui est utilisé et ce matin, pendant l'inspection, une de nos sœurs a remarqué qu'il en manqué une.

_ Et cette fiole c'est quoi exactement ?

_ Du sang de reptile.

_ Du sang de reptile… Répète Emma songeuse.

Elle pense immédiatement à Jack. Elle ne voit pas le lien, elle ne voit pas à quoi cela pourrait lui servir, mais elle sent que c'est lui.

_ Oui. Confirme la Fée Bleu.

_ Emma qu'est-ce que l'on fait ? Tu as une piste ? C'est lié à l'homme dont tu m'as fait le portrait ?

Emma sort de ses pensées. David fait enfin surface et la confronte.

_ Non surement pas. Répond fébrilement Emma en échappant au regard de son père

Elle fait le tour des lieux en observant, sans vraiment le faire, toute la pièce et David l'a sui du regard. Emma le sens et donne le change.

_ Quel reptile en particulier ? demande-t-elle

_ Et bien c'est écrit sur le registre… une petite seconde…

La Mère Supérieure s'empresse de vérifier et de revenir pendant qu'Emma évite toujours le regard de son père.

_ Voilà c'est du sang de Chamaeleonidae.

Emma et David la regarde avec la même expression sur le visage, les yeux plissés et l'air idiot.

_ De… quoi ? Demande Emma.

_ C'est une famille de Sauriens préhistorique du Pays des Ogres.

_ Bien sûr ! Oui ! Je m'en doutais. Tente Emma pour faire bonne figure mais son père souris et secoue la tête.

_ Ok et c'est dangereux le sang de machin chose préhistorique ?

_ En soi non. Mais ça peut être utilisé pour différente chose.

_ Ok faite moi la liste de tout ce que l'on peut faire avec cette fiole. Moi je vais patrouiller. David je te laisse prendre la plainte et faire ce qu'il faut. On surveille le monastère pendant 48 heures après on fait le point.

_ Emma, je crois qu'on devrait plutôt…

_ Non. On fait comme ça.

Emma tourne les talons et emprunte l'escalier qui mène vers la sortie. David s'excuse auprès de son amie la Fée et cours après son entêté de fille. Elle se précipite dans les couloirs et sort pour rejoindre sa voiture. Elle y est presque quand David la rattrape et la chope par le bras.

_ Hey ! Dit-elle en dégageant son bras.

_ Emma, ce n'est que moi.

_ Oh. Pardon.

Elle baisse les yeux. Elle n'est pas très fière de son comportement mais ce matin, elle est plutôt irritable. Elle est angoissée, elle est soucieuse. Elle pense à Jack et à ce risque qu'elles ont pris sans prévenir personne. Elle sait pourquoi elle n'a encore rien. Si elle parle, on lui demandera des explications, elle éludera certains faits, son regard la trahira, il y aura des doutes sur sa version des faits. Il est trop tard. Elle est paumée.

_ Mais qu'est-ce qu'il te prend Emma ? Tu es vraiment… étrange depuis quelques jours.

_ Je… je sais, je suis désolé. Je suis un peu …

_ Parles-moi. Emma. Je ne suis pas que ton adjoint, je vois très bien qu'il y a quelque chose qui tourne pas rond.

_ Justement tu n'es pas que ça. Si je te parle, je parle aussi à mon ami et à mon père et crois-moi, Papa, il y a des choses qu'il vaut mieux que tu ignores.

_ Emma, tu me fais peur. Si ta sécurité ou celle d'Henry ou de n'importe quel autre habitant est menacé par l'homme dont tu m'as parlé, je dois le savoir.

_ Non, je …

La faille dans son regard, David la repéré et il attend patiemment qu'elle se mettent à parler. Il sait qu'il ne faut pas trop la brusquer, que cela a souvent l'effet inverse. Il la déjà démasqué, il sait qu'elle va parler. Ou au moins le minimum.

_ Ok. Ecoute, il faut que ça reste entre nous pour le moment.

Elle attend qu'il hoche la tête pour continuer.

_ Il y a un homme, celui de l'autoportrait, il prétend qu'Henry aura bientôt des pouvoirs et qu'il sera un 'Auteur' et qu'il pourra rétablir une fin heureuse pour lui.

_ Bien, et cet homme, c'est qui ? On doit se méfier ? il la mérite sa fin heureuse ? Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression que non !

_ Hm… Effectivement. C'est un homme malfaisant, extrêmement malfaisant mais pour le moment il reste dans l'ombre, c'est pour cela qu'on en a pas parlé…

_ On ?

_ Hm… heu… ouais…

En une seconde Emma perd toute son assurance, elle sent la moiteur de ses paumes dans ses poings serrés, elle sent une boule au fond de sa gorge se nouer. David insiste du regard, de sa demi-tête de plus qu'elle et de son allure de jeune papa fraichement débarqué, il tente de la faire céder.

_ Avec Régina. C'est elle qui a repéré l'homme en premier et qui m'en a parlé. On est sur le coup. Tout ce que je veux c'est que tu protège nos arrières. Tu connais son visage, tu surveilles le monastère et la ville… et l'école surtout.

David prend les informations et réfléchit. Il n'aime pas ça. Mais il sait que quand elle veut gérer quelque chose seule, rien ne l'en empêche. Mais il trouve curieux qu'elle fasse équipe avec Madame Mills plutôt qu'avec lui. C'est son fils aussi mais d'ordinaire, elle se passait bien de sa présence et de son avis. Mais il pensa aussitôt que les dernières fois, leurs pouvoirs alliés avaient fait des miracles alors il décide de laisser couler mais de garder l'œil sur tout ce qui se passera dorénavant, sous couvert de son air faussement niais qu'il porte si bien.

_ D'accord. Je veux bien te faire confiance mais on reste en contact tout le temps maintenant. Le moindre souci, le moindre débordement et j'arrive avec les renforts.

_ Apparemment, il ne veut aucun mal à Henry, c'est contre Régina et moi après qui il en a, donc laisse nous régler ça. N'inquiétons personne d'autre pour le moment.

_ On connait son identité ?

_ Non.

Emma aurait leurré un détecteur de mensonge sur ce coup-ci et David tourna les talons pour rejoindre la Fée Bleu, après un dernier regard voulant clairement dire 'fait attention'.

Pendant ce temps-là, au Manoir, Jack avale une étrange mixture d'une couleur indéterminée. Il grimace de dégout mais avale tout. Il respire. Puis après quelque instant, son poing se serre et la fiole vide se brise entre ses doigts. Les débris de verre ensanglanté restent sur le plan de travail gris et poussiéreux de son labo au sous-sol, à côté d'un gros bocal de la même potion. Jack recule de quelques pas hésitants, il grimace de nouveau mais de douleur cette fois-ci. Il titube et manque de s'effondrer. Il se tient le visage entre les mains et sous ses doigts, il sent la potion agir. Sa peau se modèle autrement sur les os de son crâne. Même ses os, dans un craquement affreux changent légérement pour lui conférer un autre profil. Il hurle de douleur et son cri, sa voix, se transforme. Ses yeux changent de couleurs, ses cheveux aussi.

Il respire difficilement, il sent que la douleur s'éloigne. Il se lève du siège où il a échoué et cours vers un miroir. Il se regarde. Il ne se reconnait pas. Il sourit. Il est content de lui. Jack n'est plus vraiment Jack. Son plan sort doucement de son esprit et prend forme.

Emma Swan file à l'autre bout de la ville. Elle ne réfléchit pas vraiment. Son cœur se remet tout juste de sa conversation avec son père. Elle l'avait plutôt bien joué. Elle était plutôt satisfaite. Mais pas complètement. Il n'est pas idiot. Mais elle ne pouvait décemment pas tout lui raconter. Elle ne voulait pas l'inquiéter mais déjà les remords de son mensonge la rongeaient.

Elle se gare devant la Mairie et file à l'étage. L'assistante de Madame Mills étant au téléphone n'eut pas le temps de l'empêcher d'entrer et de toute façon Emma n'aurait pas eu l'intention de l'écouter. Régina avait mentionné, tôt ce matin, qu'elle ne voulait voir personne, évidement elle voulait exclure Emma mais c'était trop tard.

Elle entre sans frapper et Régina lève la tête de sa paperasse éparpillée sur le grand bureau. Son regard noir à l'encontre de celui qui osait franchir cette porte se transforme à la seconde où elle reconnut Emma. La blonde se stop, elle referme la porte, elle lui sourit. Un peu timidement. Un peu plus en retrait que ce que Régina aurait souhaité.

Au lieu de s'avancer sous l'invitation de Régina qui se lève de sa chaise. Emma reste immobile, elle recule même et se colle dos à la porte. Régina se fige un instant. Quelque chose ne va pas.

_ Emma ? Dit-elle en s'approchant.

Puisqu'Emma ne peut plus reculer, elle reste là et laisse Régina venir jusqu'à elle.

Une fois en face d'elle, à une distante raisonnable, elle se fige alors que tout son être veut être plus près d'elle mais elle lit son inquiétude sur son visage et ne fait pas un pas de plus.

_ Emma ? tout va bien ?

_ Hm...hm…

Elle s'éclaircit la voix.

_ Oui, enfin… il y a eu un vol dans la réserve de produit magique du Refuge des Fées.

_ Chez les Sœurs ?

_ Oui.

_ Qu'est-ce qui a été volé ?

_ Une fiole.

_ Emma… dis-moi tout, on ne va pas jouer à ce petit jeu-là, si tu es venu m'en parler, c'est que tu as une bonne raison alors accouche.

_ Ok, ok… Du sang de reptile. Caméléon-nida-je-sais-pas-quoi…Je n'ai pas tout compris, un truc préhistorique du pays des Ogres. J'ai demandé à la Fée Bleu de me faire une liste de toutes les potions dans laquelle on peut s'en servir. Aucune effraction. Du travail de pro. J'ai tout de suite pensé au Papillon bien sûr. David était sur place, il m'a grillé, j'ai été obligé de lui dire que l'homme du portrait était un prédateur et que je voulais qu'il assure nos arrières.

Régina absorbe les informations et son visage se transforme.

_ Nos arrières ?

_ Oui et bien, toi et moi, sur ce coup-ci, on fait équipe, j'ai été obligé, il ne m'aurait pas laissé gérer ça toute seule.

_ Très bien mais…

_ Pas de soucis, rien d'autre n'a filtré Madame Mills.

Emma retrouve un semblant de sourire et Régina ose faire un pas. Par instinct sa main cherche la sienne maintenant qu'elles sont à bonne distance.

_ Du sang de reptile ? du pays des Ogres ?

_ Oui !

_ Pas besoin d'attendre la liste de la Sœur, je sais ce qu'il veut en faire.

Son visage se fissure et la peur s'attarde dans son regard assez longtemps pour qu'Emma la décèle.

_ Dis-moi !

_ Il veut changer de visage…

Emma affiche le même air que la brune face à elle. La peur mêlée de frustration mêlé d'angoisse. Il fallait l'arrêter avant, elle regrette de l'avoir libéré, la situation leur échappait.

_ Ok… ça va aller. Tente de se dire Emma en cherchant en elle la force de faire face alors qu'elle se sent soudain épuisé.

Mais la main qui sert la sienne et le regard de Régina de nouveau sur elle lui donne le coup de pouce dont elle avait secrètement besoin. Elle se penche en avant et l'embrasse du bout des lèvres.

_ Oui… on va le repérer, quel que soit son apparence, je pourrais le reconnaitre. Conclut Régina.

Dans le couloir, depuis son bureau, l'assistante de Régina n'a pas cessé d'observer la silhouette floue adossée à la porte contre le verre opaque où est inscrit Mayor Mills et elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui pouvait se passer.

Pendant ce temps-là, à l'école élémentaire de Storybrook, la cloche de la récréation du matin sonne et une vague de gamins déchainé s'empresse d'envahir la cour. A contrecourant, un homme se fraye un chemin jusqu'aux portes en bois où quelques institutrices prennent place pour surveiller les enfants.

_ Mesdames bonjour.

Mary-Margareth et Sophie se retourne vers lui et lui sourit automatiquement en réponse à ce sourire élégant qu'il leur adresse.

_ Bonjour, nous pouvons vous aider ?

_ Et bien certainement. Je me nomme Paul Madsen. Vous avez dû recevoir une lettre du Rectorat de l'Etat du Maine vous stipulant mon transfert dans votre si charmante petite ville.

Mary-Margareth est soudain gêné, elle n'a reçu aucun courrier du rectorat.

_ Et, bien, pardonnez-moi mais je n'en ai pas le souvenir. Je n'ai rien reçu et cela m'étonne nous n'avons fait aucune demande pour avoir un enseignant de plus. C'est une petite ville, nous sommes déjà trois. Bien que 'Prof', enfin Mr. Eddy, parte en retraite bientôt… Je… suivez-moi, je vais vérifier le courrier de la semaine…

Paul hocha la tête pour lui signifier qu'il appréciait beaucoup et il la suivit poliment.

Dans le couloir, vide d'enfant et résonnant d'un silence rare, Mary-Margareth sent un courant d'air froid la parcourir mais n'y fait pas plus attention que cela. Elle jette un coup d'œil à ce nouvel arrivant. Aussi charmant soit-il, à Storybrook on se méfie toujours des nouveaux venus, il y a peu de temps jamais personne ne venait, parce que personne ne pouvait passer la frontière du maléfice dans un sens comme sans l'autre.

_ Vous avez demandé votre mutation au bout du monde ? C'est étonnant, personne ne veut venir vivre ici.

_ Oh non, je n'ai rien demandé, vous savez à Boston, il y a beaucoup de mouvement, des postes qui se libèrent mais jamais définitivement alors on prend ce qu'on nous donne. On m'a assigné à cette école mais je regrette que vous n'ayez pas eu connaissance de ma venue.

_ Ce n'est rien, nous allons vérifier ça.

Une fois dans le bureau de l'administration de l'école, Mary passe derrière le bureau et se met à fouiller dans la panière prévue au courrier. Jack caché sous les traits de Paul Madsen, fit discrètement un petit tour de passe-passe et une lettre, qui n'était pas là deux secondes avant, se glissa entre les autres.

Mary pose les yeux dessus, le cachet de la poste de Boston, le tampon du rectorat. Elle grimace avant de s'excuser et d'ouvrir la lettre. Elle lit rapidement son contenu et se confond en excuse. Il est bien dit et signé que Mr Paul Madsen assurera une permanence pour une classe de primaire pendant l'année à venir et que Mr Eddy Spring est considéré comme en pré-retraite à compter d'aujourd'hui, qu'il pourra encore assurer des activités périscolaires mais plus à temps plein.

Mary se demande soudain comment elle va annoncer à cela à Prof mais elle se reconcentre et part faire visiter l'école au nouvel instituteur. En chemin elle lui demande ses références et ses anciens établissements. Il lui sort son cv en bonne et due forme. Il sourit. Il est poli. Intelligent. Il est irréprochable. Et pourtant, elle reste sur la réserve mais l'accueil comme il se doit.

Le soir venu, Henry ne s'étonne pas trop de voir Emma à l'arrêt de bus. Il ne s'étonne pas trop non plus quand elle le raccompagne chez sa mère. Et pas beaucoup plus quand Régina lui propose de manger avec eux et qu'elle accepte.

Le diner était excellent mais l'ambiance un peu étrange. Bien sûr Henry avait parlé de la mission Papillon de Nuit et s'était excuser encore pour sa fugue. Régina l'avait prévenu qu'elle avait donné de nouvelles instructions à son arbre devant la fenêtre et qu'il ne pourrait plus fuir de toute façon. Emma avait ri. Tous ils avaient ri. Mais Henry omit de leur raconter sa journée en détail.

Il omit volontairement de parler du nouvel instit qui venait d'arriver. Il omit de dire qu'il l'avait reconnu malgré tout, sa voix, son visage, ses mimiques, ses gestes, tout était différent mais son phrasé non. Et Henry avait eu une longue conversation avec lui, il reconnut ses notes de politesse désuètes et l'intention derrière ce sourire charmeur et perturbant. Et surtout, il sentit le regard insistant sur lui quelques secondes de trop quand Mary présenta Paul aux élèves, en précisant que la semaine prochaine, il prendrait en charge la classe des plus grands.

Non, Henry ne dit absolument pas un mot sur tout ceci. Avait-il une bonne raison de mentir ? Son raisonnement était que Jack ne voulait faire de mal qu'à ses mères mais pas à lui. Tant qu'il pouvait les tenir éloignés c'était bien ainsi. Il savait que Jack était là pour le soudoyer, et l'éduquer, il voulait le manipuler et en faire un homme comme lui avec de plus grands pouvoirs encore mais Henry se sentait la force de résister à lui tout seul. Pour l'instant il ne dirait rien. Pour l'instant il avait l'impression de protéger ses mères en ne les forçant plus à se confronter.

Pendant ce temps-là, à l'appartement de Charmant et Blanche, la soirée est calme et pourtant pas si sereine. David garde en mémoire sa conversation avec Emma et n'a pas cessé de faire le tour de la ville toute la journée avec le portrait-robot de Jack sur les genoux. Et Blanche est perturbé par ce nouvel enseignant sortit de nulle part. Les deux restent pourtant silencieux. Chacun ayant ses raisons.

22.

Henry est monté se coucher depuis une bonne demie heure, il piquait déjà du nez dans son assiette à désert. Emma et Régina sont resté dans la cuisine après avoir débarrassé, comme si c'était le seul lieu assez neutre pour qu'elles raisonnent correctement. Elles chuchotent, elles spéculent sur les intentions de Jack, elles s'organisent pour le démasquer.

L'une comme l'autre, ce soir, sont un peu plus en retrait mais seulement parce que la situation l'impose. L'une comme l'autre aimerait ne pas trop penser à cette chose qui se développe à leur insu jour après jours depuis la nuit au Manoir. L'une comme l'autre aimerait pouvoir se concentrer deux minutes sur la situation qui leur échappe. Et ce soir elles y arrivent plutôt bien. Leur seule ligne directive c'est Jack et la protection de la ville. Bien sur les regards doux, les gestes légers, il n'y a rien de changer quant à cette attirance nouvelle et tous ces mots qui se sont déjà dit, seulement ce soir, elles sont professionnelles. Elles en ont besoin, besoin de souffler un peu, besoin de prendre du recul, besoin de comprendre.

Et puis, une fois au point sur leur plan, une fois la dernière gorgée de thé avalé, Emma prend congés et Régina semble totalement tiraillée en un quart de seconde. Celle qui se veut et se dit maitresse d'elle-même et reine du contrôle, perd totalement les pédales.

Elle retient Emma devant la porte d'entrée et l'embrasse sans se soucier d'un voisin qui promène son chien ou de la voisine au loin à sa fenêtre en train de fermer ses volets pour la nuit. Emma répond à son baiser mais la fait reculer et entrer dans la maison en refermant la porte avec son pied.

Elle se sépare d'elle, un peu à contre cœur quand même et cherche son regard.

_ Régina ? Qu'est-ce qu'il t'a pris ?

Elle ne lève pas les yeux, elle baisse la tête encore plus. Elle finit par murmurer :

_ Qu'est-ce qui t'attend chez toi ? … reste là !

Emma ouvre de grands yeux et sa mâchoire tombe mais elle se reprend dès que la brune dans ses bras, relève enfin la tête, le regard plein de honte d'avoir osé formuler ses pensées.

_ Gina… si je reste ce soir, je ne voudrais peut-être plus jamais repartir et tu sais… je suis pas un cadeau au quotidien… et j'aime bien mon appart' à la peinture écaillé et aux murs trop fins …

_ Je l'aime bien aussi ton appart' miteux. Répond Régina avec enfin un semblant de sourire sur le visage.

_ L'appart', vraiment ? Ou la fille qui vit dedans ?

_ Hm…Touché.

_ Je dois rentrer. Je n'ai pas envie crois moi mais … il y a Henry… je ne suis pas sûr de ce qu'il se passe, alors je ne voudrais pas qu'il nous surprenne maintenant… restons discrètes, si tu le veux bien ?

_ Oui… j'suis désolé… je ne sais pas ce qui m'a pris… Bafouille Régina.

Emma se rapproche tant que possible et passe une main sur sa joue, Régina la retient avec la sienne et lui sourit. Emma passe son pouce sur sa lèvre inférieur et son sourire s'agrandit. Elles se retiennent de s'embrasser. Elles le lisent chacune dans le regard de l'autre.

_ Emma…

Le ton de sa voix est si doux que le cœur d'Emma crut chavirer. Comme à chaque qu'elle prononce son prénom. Régina avait besoin de lui dire. Elle avait un besoin incontrôlable de lui avouer sa faiblesse. De lui avouer qu'elle avait peur de ses sentiments et de tout ce que cela impliquait. Elle sentait son cœur devenir meilleur, elle sentait ses rancœurs s'enterrer profondément et se sceller sous une lourde dalle de pierre. Elle entendait une voix qui la harcelait, nuit et jour, une voix douce et intelligente qui lui posait sans cesse la même question depuis des jours. Et si c'était elle ?

_ Tu m'as changé et je suis terrifiée…

_ Hey, Régina … dit Emma tout doucement. Je suis là, je … c'est parce que je suis une femme ? dit-elle soudainement avec un air outré.

_ Non ! Bien sûr que non ! Dit-elle dans un éclat de rire.

_ Hm, tu me rassures ! je sais ce n'est pas évident notre situation mais ne soit pas terrifié, je suis là, tout va bien se passer, on s'occuper de Jack en premier, et puis on va laisser le temps aux choses de ...

_ Ce n'est pas pour ça, Emma… je… je change, mon cœur change. Je sentais l'effet en ta présence au début et maintenant, je sens mon cœur changer de couleur dans ma poitrine à chaque minute qui passe. C'est lent, c'est douloureux mais … Emma, je crois que…

_ Tu es en train de tomber du bon côté Régina. Conclut-elle tout doucement en l'embrassant du bout des lèvres.

Régina la retient un instant de plus contre elle, incapable de mettre fin à ce tendre baiser puis elle se recule lentement, elle se perd un instant dans son esprit, ses yeux se troublent comme si elle n'était plus vraiment là. Elle murmure des mots qu'Emma arrive à peine à entendre alors qu'elle est tout prêt.

_ Et si c'était … (« elle » résonne une dernière fois la voix dans sa tête) … toi ? Dit Régina en la regardant enfin en face.

Emma sourit mais hoche la tête et fronce légèrement les sourcils, faisant mine de ne pas comprendre.

_ Quoi moi ?

_ C'est toi… qui va me sauver, tu avais raison…

Emma sourit largement à cet aveu, Régina semble dans le même état qu'elle. Complétement amoureuse mais encore sous le choc tant c'était improbable. Elle l'embrasse un peu moins chastement que le dernier baiser échangé. Puis lui sourit encore pour chasser son air triste de son visage.

_ Et oui ! Je suis la sauveuse, qu'est-ce que tu crois, je suis destiné à rendre possible les fins heureuses des habitants …

La mine de Régina se transforme au fur et à mesure des mots et Emma la regarde comme pour lui dire silencieusement « attends que je finisse de parler avant de le prendre mal ».

_ … des mondes merveilleux… mais il est évident que je ne donne qu'un coup de pouce à tous ces gens-là… Alors que dans un cas désespéré comme le tien, il fallait au moins que je m'en occupe, en personne…

Le sourire de Régina refait légérement surface et ses yeux deviennent curieux de la suite.

_ … que je me charge moi-même de mettre mon cœur et mon âme en jeu, pour vous, votre Majesté, pour votre fin heureuse.

_ Notre…

Emma sourit à la nuance et elle sent la brune entre ses bras se détendre enfin.

_ Très bien, tu as gagné Sauveuse. Rentre chez toi… pour cette fois. Dit-elle en l'embrassant, de nouveau de bonne humeur. Et soi discrète j'ai…

_ Une réputation à tenir ? c'est trop tard pour ça Régina!

Régina éclate de rire puis se tait en pensant à Henry qui dort depuis longtemps maintenant. Henry se réveille à moitié en entendant le rire de sa mère, il sourit tout aussi à moitié qu'il est réveillé et se rendort aussitôt.

Finalement, chez Charmant et Blanche, au moment de se coucher. Mary avoue à David qu'elle à un souci. Il l'écoute. Elle est peinée de devoir annoncer à Prof qu'il est en retraite. Elle sait combien il aime enseigner et combien il est doué. David la rassure en lui promettant qu'elle trouvera les mots justes et de quoi lui faire faire plein d'activités hors programme scolaire qui seront génial pour les gosses.

Mary lui sourit et c'est au tour de David de changer de tête. Il fait le lien. Prof' en retraire. Un nouveau qui le remplace. Mandaté par le Rectorat certes. Il bondit du lit où il vient à peine de se coucher et part prendre sa veste, échoué quelque part dans le salon. Mary le regarde sans comprendre.

Une minute plus tard, il lui met sous le nez le portrait-robot de Jack.

_ Non, ce n'est pas lui.

_ Tu es sûr ? Insiste David.

_ Bien sûr que je suis sûr. Le nouveau n'a vraiment pas cette tête-là !

_ Très bien, je te crois.

_ Mais c'est qui celui-là ? David il y a quelque chose que tu ne me dis pas ? tu as l'air étrange tout d'un coup.

_ Non tout va bien, chérie.

_ Tu es sûr ? Reprend-elle sur le même ton que lui précédemment.

_ Oui je suis sûr. Répond-il avec le sourire.

_ Et c'est qui Lui ? Dit-elle en pointant du menton la feuille entre ses mains.

_ Un intrus, plutôt discret pour le moment mais Emma veut que je la prévienne si je le croise. Voilà rien d'autre.

_ Je ne te crois pas mais… Dit Mary l'œil sévère mais la voix douce. Ça ira pour ce soir…

Elle l'attire contre elle et ils basculent sur le lit. Il sourit puis la couvre de baiser, elle rit et les lumières s'éteignent.