Salut, salut !
Nouveau chapitre (encore assez long) cette semaine. Je peux déjà vous affirmer avec certitude qu'il va vous plaire ! Je ne vous en dis pas davantage et vous laisse découvrir ce onzième chapitre ! (Et oui, déjà !)
Chapitre XI : Frictions
« Pouf ! »
Un elfe de maison apparut dans le bureau principal du domaine des Zabini. La créature s'inclina quelque peu en s'approchant de son maître bien que celui-ci ne lui tourne le dos.
- Maître, Monsieur Nott est arrivé, annonça le petit être.
Blaise hocha la tête sans prononcer un mot. L'elfe comprit le message et disparut en une fraction de seconde. Le sorcier noir attendit patiemment, mains jointes dans le dos.
Après un moment, Théodore entra dans la pièce. Presque aussitôt, il s'immobilisa, perplexe. Les stores des immenses fenêtres de bois étaient tous descendus. Seuls quelques rais de lumière orangée passaient entre les lames couleur de bois et étendaient leurs lignes dans l'espace de pénombre qui leur était offert. Blaise était quelqu'un d'ordonné, maniaque à ses heures. Seulement, en inspectant les alentours, les poils de Théodore se dressèrent sensiblement : à ce point ce n'était plus du rangement, c'était chirurgical, comme si tout était stérilisé, chaque objet appartenant à un endroit bien défini dont il ne devait pas dépasser d'un millimètre.
Le sorcier noir lui tournait le dos, ce qui, en soi, n'était pas sorti de l'ordinaire. Excepté que, cette fois, il doutait sincèrement que son ami réussisse à inspecter son domaine à travers les lames du store devant lui. L'atmosphère d'étrangeté déplaisait fortement à l'ancien Serpentard. Afin de briser le charme, il décida de parler.
- Blaise ? Tu voulais me voir ? demanda-t-il.
Derrière lui, un cliquetis quasi inaudible perturba le calme apparent du bureau. En jetant un coup d'oeil par-dessus son épaule, Théodore se tendit : la poignée de la porte finissait de se remonter d'elle-même, fermant la seule issue de la pièce. On aurait presque dit que quelqu'un se tenait effectivement de l'autre côté du battant. Mais l'ancien Serpentard n'était pas dupe, cette méthode servait beaucoup pendant la guerre lors d'interrogatoires surprises au sein des clans, juste pour bien vous mettre à l'aise... Les possibilités de la magie étaient illimitées. Reportant son attention sur Blaise, ses yeux s'étrécirent. Personne n'aimait se sentir prisonnier, c'était un fait, mais depuis la dite guerre, l'ancien espion qu'il était avait développé une véritable phobie de ce genre de situations. Il déglutit, forçant son esprit de tacticien à reprendre le dessus sur ses instincts. De ses longs doigts, Blaise écarta deux lames du store. Une ligne orange barra ses yeux tandis qu'il inspectait l'extérieur. L'inquiétude de Théodore ne se concentra bientôt plus uniquement sur l'atmosphère de la pièce, mais également sur l'attitude de son ami. Pourquoi avait-il l'impression que quelque chose d'horrible était arrivé ?
- Qu'est-il arrivé, Blaise ? L'interrogea-t-il.
Le sorcier noir relâcha le store et attendit qu'il retrouve son immobilité. Théodore déglutit difficilement. Que se passait-il ?
- Drago est en vie, déclara soudain Blaise.
Les yeux de l'ancien Serpentard s'écarquillèrent. Son ami ne le regardait toujours pas, mais lui aussi devait avoir senti le frémissement d'air provoqué par sa propre surprise. Mais même avec toute la volonté du monde, Théodore aurait été incapable de masquer sa réaction.
- Quoi ? murmura-t-il.
- Drago est en vie, répéta Blaise en se tournant enfin vers lui.
« Quoi ? », répéta l'esprit de Théodore. Comment savait-il ça ? D'où tenait-il ses informations ? Lui-même qui possédait davantage de contacts que Blaise en aurait été averti si une piste sur le blond était soudainement apparue. C'était d'ailleurs comme ça qu'il arrivait à le protéger depuis toutes ces années. Ou bien, les Gryffondors avaient-ils fait une avancée considérable sans que ni lui ni Drago ne s'en aperçoivent ? L'ancien Serpentard ne comprenait plus rien. Il pensait pourtant que tout était sous contrôle du côté magique !
- Tu voulais être tenu au courant pour Drago, expliqua Blaise. J'ai pensé qu'il valait mieux t'avertir.
Quoi qu'il fasse, Théodore ne parvenait pas à effacer la surprise de ses traits. Ses réflexes d'ancien infiltré au sein des forces du mal l'obligeait à envisager toutes les possibilités. Blaise avait-il des soupçons envers lui ? Imaginait-il qu'il savait effectivement quelque chose ? En avait-il la preuve ? Auquel cas, cette révélation était-elle un test pour jauger sa réaction ? Ou n'était-ce qu'une simple information délivrée sans arrière-pensée, d'un ami concerné à un autre ? Il en doutait. Blaise aussi était passé par l'infiltration. Il ne faisait jamais rien au hasard. Si c'était effectivement une mise à l'épreuve de sa part, le sorcier noir avait forcément conscience de toutes les questions se formulaient dans son esprit à cet instant précis. Le seul moyen de savoir était de le faire parler. Aussi, Théodore fit mine de s'intéresser de plus près à l'annonce.
- Comment ?
- Tu veux que je te le répète encore une fois ? Drago est en vie.
- Je comprends ce que tu me dis. Je veux dire... Comment peux-tu affirmer une chose pareille ?
- Disons que je sais encore reconnaître Drago quand il passe quelque part, affirma calmement Blaise.
« Il l'a vu ? Non, il nous a vus. Où ? Où nous a-t-il vus ? Combien de personnes savent ? » s'alarma immédiatement Théodore. L'étonnement refusait de lui laisser une minute de répit. Il avait du mal à envisager que cela soit possible pour la simple et bonne raison que si Blaise était venu à mettre la main sur Drago, en chair et en os, il ne l'aurait pas laissé filé.
- Tu as vu Drago ?
- Pas exactement, précisa le sorcier noir. Disons qu'il y a certaines traces qui peuvent difficilement être expliquées autrement...
Le dossier de Drago ayant été condamné avec de la magie noire, il était impossible que quiconque ait pu avoir connaissance des agissement du blond ces dernières années. Même s'il avait utilisé de la magie, aussi puissante soit-elle, il n'existait aucune chance qu'un dispositif similaire à la Trace des moins de dix-sept ans l'ait repéré. En revanche, Théodore possédait désormais la preuve que Blaise et les Gryffondors s'étaient alliés dans les recherches, comme il le redoutait. Le sorcier noir avait été averti de la destruction des barrières du Square Grimmault. Et naturellement, seul un ancien compagnon de « crime » de Drago pouvait reconnaître les traces de sa magie. Il avait pourtant bien prévenu le blond ! Toute cette idée de Square Grimmault n'était qu'un merdier sans nom ! Et pour empirer les choses, Blaise confirma rapidement ses soupçons.
- Quelqu'un s'est introduit au Square Grimmault il y a quelques jours de cela. Weasley était le premier sur place. Il a affirmé que des sortilèges de magie noire qui lui étaient inconnus jusqu'alors renforçaient ceux déjà présents. Mais, chose curieuse, lorsque sa fiancée et moi-même sommes arrivés sur place : il n'y avait plus aucune trace de magie dans la maison.
Théodore fronça les sourcils. Plus aucune trace de magie dans la maison ?
- Attends, attends ! Quoi ? Une magie noire aussi puissante que ce qui m'a été décrit ne peut pas possiblement disparaître en un claquement de doigt !
Qu'est-ce-que c'était encore que cette histoire ? Théodore aussi était familier avec la magie de Drago. Comment une telle magie pouvait-elle s'évaporer dans la nature ? Le blond lui avait-il menti ? Avait-il placé des « bombes à retardement » dans la maison pour la débarrasser de sa magie noire ? Mais pourquoi ?! Ça n'avait aucun sens ! Il avait vu la maison de ses propres yeux. De telles techniques auraient juste envoyé tout le quartier au diable. La seule solution possible était que quelqu'un d'autre ait effacé les traces de départ et celles du blond. L'ancien Serpentard n'en revenait pas. Se pouvait-il que le stratagème du blond pour attirer Potter au Square Grimmault ait effectivement marché ? Théodore ne se posa pas la question plus d'un quart de seconde. Et de toute évidence, Blaise ne se la posait pas non plus. C'était mauvais : le noir commençait à comprendre.
- Je suis de ton avis, confirma Blaise. C'est purement impossible sans l'intervention de quelqu'un d'extrêmement puissant. Et, à ma connaissance, seules deux personnes seraient capables de réaliser un tel exploit : Potter... et Drago.
- Potter aura sûrement une idée derrière la tête. Il aura fait ça pour perturber ses amis, tenta Théodore. Je ne vois pas en quoi ça mène à une preuve de vie concernant Drago.
Oui, si la maison de renfermait plus aucune trace de magie, comment était-il possible de repérer la trace de Drago ? Un sourire étira les lèvres de Blaise.
- Tu penses comme eux, murmura-t-il. Les Gryffondors se sont jetés sur la piste de Potter comme des chiens enragés.
- Tu n'es pas de cet avis, affirma Théodore.
- Non. L'état de la maison est pitoyable. Les Gryffondors sont trop concernés pour faire correctement leur job. Ils sont incapables de voir si quelque chose a été pris de la maison, ou si quelque chose y a été rajouté.
- À quoi fais-tu...
Théodore n'eut pas le temps de finir sa question que sa voix mourut dans sa gorge. Sous ses yeux ébahis, Blaise extirpa une dague de sa robe de sorcier. Sur la lame, une inscription presque effacée se dessinait en fines arabesques. Du travail d'orfèvre gâché par les crimes dont le sang avait fini par imbiber le métal en lui donnant un reflet rougeâtre. Il retint un haut-le-cœur : il avait trop vu cette horreur durant la guerre, jusqu'à ce que sa propriétaire soit réduite en cendres par Molly Weasley lors de la bataille finale.
- Je ne crois pas que Potter ait un réel intérêt à posséder des affaires de Bellatrix Lestrange, tu ne crois pas Théo ? releva Blaise.
La question était rhétorique : le sorcier noir avait déjà sa réponse. Théodore ne voyait aucun moyen d'infirmer ce que son ami disait avec une preuve si accablante. Et c'est au moment de baisser les bras, qu'une sorte d'illumination de génie lui fit la faveur de s'offrir à lui.
- Je me souviens de cette dague. La famille de Drago l'a récupérée après la bataille. Le seul endroit d'où elle peut provenir... c'est le manoir des Malfoy, commença-t-il.
- Oui, c'est aussi ce que je pense.
- Ton raisonnement se tient. S'il est en vie, Drago pourrait parfaitement l'avoir placée là. Mais j'ai beau chercher... Je ne vois aucune raison valable pour lui à laisser un tel indice derrière lui. S'il est en vie, depuis le temps, il n'a clairement pas envie qu'on le retrouve. Alors pourquoi maintenant ?
Blaise observa la lame sans répondre. Lui non plus n'en savait rien, et ça se lisait sur ses traits. En l'invitant ici, son ami pensait qu'il pourrait l'aider à poser une théorie sur cette supposée imprudence de Drago. Mais Théodore n'avait pas l'intention de la lui fournir.
- D'un autre côté, le raisonnement des Gryffondors fait également sens, reprit-il. Peut-être même plus...
- Pardon ? s'étonna Blaise.
- Si tu y réfléchis bien. La théorie des Gryffondors doit ressembler à quelque chose comme : Potter les embrouille en les menant sur des fausses pistes par rapport à ses intentions. Des pistes qu'ils sont malgré tout obligés de suivre pour avoir une chance de voir où Potter veut en venir.
- Oui, c'est ça. Quel est le point ?
- Et bien, imagine un instant que les deux personnes ayant pénétré dans la maison que tu envisages, ne soient en réalité qu'une seule et même personne. Le but de Potter était peut-être de faire croire que Drago était en vie.
- Quel serait l'intérêt ? rétorqua Blaise.
- Réfléchis. Il est seul. Il peine dans ses recherches. Il a besoin d'aide, mais il refuse de revenir vers des autorités plus grandes par peur de se retrouver coincé dans ses pratiques. Difficile d'être libre de ses faits et gestes avec un haut fonctionnaire pour le surveiller, tu ne crois pas ?
- Si je te suis bien, Potter aurait disposé des fausses preuves dans la maison pour forcer les Gryffondors à enquêter là où il ne peut pas le faire par lui-même.
- En récoltant les fruits en arrière, finit Théodore.
Une grande fierté envahit l'ancien Serpentard. Décidément, son expérience en tant qu'infiltré lui servirait toujours. Quand toute cette histoire serait finie, il devrait se présenter en politique. Son don pour baratiner les gens n'avait pas son pareil. Enfin à quelques détails près... Il ne parvenait toujours pas à comprendre comment Drago le menait par le bout du nez.
- Mais tu as admis toi-même que le seul endroit d'où cet objet pourrait provenir était le manoir des Malfoy, objecta Blaise.
- Qui est la dernière personne à avoir franchi les grilles du manoir sans que presque personne n'en sache rien ?
Blaise faillit lâcher la dague.
- Potter, souffla-t-il.
- Merlin seul sait ce qu'il fabriquait là-dedans ! Potter n'est pas un abruti profond. Ce qui arrive en ce moment le prouve ! Quand il le veut, il réfléchit les choses en profondeur.
Un air pensif s'empara du visage de Blaise. Le sorcier noir s'assit sur le coin de son bureau et déposa la dague sur sa surface. Théodore décida de lui administrer « le coup de grâce. »
- Je ne dis pas que la théorie que tu défends n'est pas probable, dit-il. Je dis simplement que celle des Gryffondors présente moins de zones d'ombres. Toi-même tu ne sembles pas comprendre pourquoi Drago agirait ainsi.
- Peut-être, admit Blaise.
Le silence reprit ses droits dans la pénombre du bureau. Au vu de l'intensité de celle-ci, la nuit tombait à l'extérieur. Théodore ne quitta pas son ami des yeux un seul instant. Blaise nécessitait une observation accrue pour quiconque souhaitait deviner ses pensées. Et actuellement, c'était le scepticisme qui dominait chez lui.
- Quelle que soit la vérité à propos de Drago, déclara l'homme noir. Je suis persuadé qu'on ne cherche pas au bon endroit.
- Blaise on en a déjà parlé. Tu sais très bien ce que j'en pense.
- J'ai peut-être une opinion différente. J'ai respecté le fait que tu ais essayé de faire ton deuil malgré tout. Respecte le fait que je veuille savoir avant de faire le mien !
Théodore se tut. Que pouvait-il répondre à cela ? Malgré les apparences, Blaise avait encore besoin de réfléchir aux événements. Après un moment sans qu'aucun mouvement ne soit initié, l'ancien Serpentard hocha la tête et se détourna vers la sortie.
- Merci pour les informations. Si tu trouves quelque chose, préviens-moi.
Théodore ouvrit la porte et fit un pas à l'extérieur.
- Zones d'ombres ou pas, je maintiens que Drago était là-bas, lâcha Blaise. Et je découvrirai pourquoi.
- J'imagine que je me dois de respecter ton choix, répondit Théodore d'une voix basse.
Il sortit tout à fait de la pièce. Un soulagement s'empara de lui. L'atmosphère l'oppressait beaucoup moins et il se sentait à nouveau respirer. En refermant derrière lui, l'ancien infiltré soupira. Sa position était exténuante et il ne la souhaitait franchement à personne d'autre. Sans doute était-ce aussi pour cela qu'il n'insistait pas davantage auprès de Drago pour mettre Blaise au courant de tout. Bien que la tension de l'échange s'évacue peu à peu, Théodore n'était pas rassuré pour autant. La détermination de son ami ne flancherait pas cette fois, quoi qu'il puisse dire.
Des larmes lui montèrent aux yeux. Il les ravala avec douleur. C'était bien la première fois où la conviction qu'il ne pouvait plus protéger Drago s'imposait à lui avec tant de vivacité. Blaise ne lâcherait rien cette fois. L'elfe de maison des Zabini venait vers lui depuis l'un des couloirs de l'étage. Inspirant à fond, Théodore démarra d'un pas rapide pour esquiver la petite créature et rejoignit l'allée extérieur de la propriété. Conscient que Blaise pouvait parfaitement l'observer depuis l'étage, il fit mine d'agir normalement. Comme lors de sa précédente visite, il s'assura de franchir les limites du domaines et d'être parfaitement hors de perception avant de transplaner vers le Londres moldu et l'appartement de Drago.
L'homme se matérialisa dans une ruelle adjacente à l'immeuble résidentiel du blond, à l'abri des regards des moldus. D'un pas décidé, il pénétra dans la bâtisse et monta les marches quatre à quatre. À l'appartement, il sonna et attendit. N'obtenant aucune réponse, il retenta sa chance plusieurs fois avant de se mettre à frapper directement le panneau.
- Drago ? C'est moi, Théo.
Vu ses troubles de sommeil, le blond ne pouvait pas déjà être couché. Impatient, il frappa du plat de sa main.
- Drago ? Ouvre-moi ! C'est important !
À tout hasard, il tourna la poignée. La porte était verrouillée. Il n'avait pas le temps ni la patience pour toutes ces gamineries. Vérifiant ses alentours, il dégaina sa baguette et murmura un « Alohomora ». La porte se débloqua et il pénétra dans l'appartement. Là aussi tout était sombre et silencieux.
- Drago ? Tu es là ?
Théodore parcourut les lieux à la recherche de la moindre présence. Ses mouvements étaient brusques et saccadés tant l'urgence prenait le pas sur son attitude. Il se dirigea vers la chambre : personne. Quelque chose ne tournait pas rond.
Pris d'une idée subite, l'ancien Serpentard s'agenouilla au pied du lit. Du dessous, il en extirpa une lourde malle. Elle contenait nombre des affaires de sorcier que Drago avait voulu emporter avec lui. Il usa encore de la magie pour l'ouvrir et se mit à la fouiller frénétiquement. Un éclat d'émeraude attira son regard : la chevalière de Drago comportant les armoiries de la famille Malfoy. Il la fit rouler entre ses doigts, fasciné par la beauté de l'objet. Il poursuivit sa quête à travers la malle mais Théodore ne trouva pas ce qu'il cherchait. Furieux, il balança la chevalière dans la pièce. Elle rebondit plusieurs fois en produisant un cliquetis métallique. Drago était parti, seul, avec sa baguette et un habit de sorcier. En réalisant cela, Théodore s'appuya contre le mur en soupirant. Parce qu'en réalisant cela... Il venait aussi de réaliser qu'il ne connaissait pas la fameuse suite du plan de Drago.
La nuit recouvrait totalement les terres britanniques désormais et son manteau noir tentait d'englober la ville de Londres dans sa totalité. Luttant contre elle, les lampadaires automatiques de la capitale urbaine répandaient leur lueur dans les rues. L'heure tardive faisait la part belle aux gens de la nuit qui s'accumulaient à l'entrée des bars. Les prédateurs scannaient déjà la foule dans laquelle ils se trouvaient à la recherche d'une proie à séduire pour écouler le temps jusqu'à l'aube. Du coin de l'oeil, l'homme en chemise blanche et en pantalon noir remarquait les regards clairement intéressés de plusieurs d'entre eux sur sa personne. Une fille bien éméchée l'avait même abordé en formulant des avances plus qu'explicités. Ignorant ses braillements et ses insultes après le rejet, il avait simplement fait un pas de côté pour l'éviter et poursuivre sa marche. Ce soir, il n'était pas intéressé.
Bientôt, l'homme parvint devant le lieu nocturne qui lui ouvrait toujours ses portes. Cette fois ne fit pas exception. Il présenta sa carte d'identité moldue au videur, pour la forme : le colosse l'avait déjà reconnu. Le membre du clan de la nuit franchit les lourdes portes hermétiques du club et descendit l'escalier menant à la fosse de l'enfer. La seconde fermeture passée, ce qui n'était qu'une rumeur lointaine de basse se transforma en véritable rythme battant faisant vibrer sa cage thoracique. Une sensation délicieuse s'empara aussitôt de son corps. Ça faisait tellement longtemps... Il y avait énormément de monde dans la boîte. Tant, que l'homme songea qu'il devait être l'un des derniers qu'on autoriserait à entrer. Si son intuition était bonne, ça ne poserait pas de problème.
S'avançant dans le club moldu, l'homme inspecta la foule de danseurs. Il considéra prendre un verre avant de les rejoindre, puis se ravisa. Il devait avoir l'esprit parfaitement clair ce soir.
Un spot balaya son visage et sa rétine verte s'alluma de fièvre. Harry sourit. Cette ambiance lui avait manqué. Pour la première fois depuis longtemps, le survivant eut l'impression qu'il pourrait en profiter à sa juste valeur. Et s'il pouvait arriver à son but en plus de cela... Que demander de plus ? Cette vie de nomade hors-la-loi agissait comme une thérapie sur lui. Personne pour lui dire quoi faire, quoi penser, à quelle heure arriver, repartir, quel dossier classer, quelle affaire creuser... Il avait peut-être dépassé les limites en ensorcelant le Square Grimmault avec de la magie noire, mais qu'importe, c'était chez lui de toute façon. On lui avait toujours rabâché qu'une puissance s'était penchée sur son berceau. Un dieu ? La Fortune ? Une bonne fée ? L'amour ? Ou même le Diable ? Il se contrefichait de la savoir, il n'y croyait pas. Lorsque les protections de la maison avaient été réduites à néant, le survivant avait cru que ses amis n'avaient fait que découvrir les vraies barrières magiques du Square Grimmault. Mais après ce que lui-même avait découvert dans la maison...
Les baffles de la boîte déversèrent un nouveau morceau. Un frisson parcourut la peau du héros du monde sorcier. Le DJ était bon. Pour ne pas attirer l'attention, il devait agir comme un client banal. Et ça ne risquait pas d'être dur au vu de l'excitation qui grimpait déjà le long de ses veines. Le dénouement de ses recherches était peut-être proche, cela devait aider. Convaincu, Harry s'enfonça dans la masse brûlante. Au début, il prêta attention à tous les visages au point d'en attraper le tournis : que des inconnus. Avait-il mal interprété le message ? Sa chance se limitait-elle à cela ? Un autre rayon l'éblouit et il vacilla quelque peu. Des images se superposaient avec la réalité. Des image d'un souvenir... Laissé dans la pensine du Square Grimmault... Un filament brillant au milieu de l'obscurité... Brillant en accord avec des mouvements de stroboscopes... Tête la première dans la vasque, un jeune homme blond étrangement familier le regardait atterrir dans son souvenir, verre à la main. Et à travers lui, ce jeune homme regardait son double danser et se perdre dans l'ivresse de la foule et de la boisson. L'anxiété avait enserré son cœur lorsque son double avait croisé les pupilles du jeune blond, et c'était comme si ses propres jambes l'avaient précipitées vers la fuite de lui-même... En percevant la fin de la course-poursuite, Harry s'était éclipsé du souvenir. Durant toutes ses recherches, l'élu n'avait cherché qu'une simple confirmation, une seule, quelle qu'elle soit. Et c'était Malfoy lui-même qui la lui avait offerte dans sa propre demeure. Comment refuser ?
Frustré de ne rien voir venir, Harry décida de se soulager un minimum en laissant cette sensation d'abandon prendre le dessus. Il ouvrit ses sens aux ondes de la musique et se laissa enivrer par son environnement. Sans même qu'il n'y réfléchisse, ses membres se mouvèrent de satisfaction et se joignirent au fabuleux chaos de la piste. Les ombres qui passaient devant lui étaient floues et lointaines entre les silhouettes à portée de main. Un instant, il craignit que sa magie n'ait échappé à son contrôle tant des effluves lui en parvenaient. Brusquement, il se rendit compte que cette magie n'émanait pas de lui. Probablement guidé par les restes du souvenir dans son inconscient, le survivant tourna la tête vers le bar. Une silhouette noire se découpait en contre-jour des lumières du bar. Ses doigts effilés entouraient les reflets verts de sa boisson illuminée de substances chimiques. Une lueur verte qui n'était en rien comparable au mercure de ses pupilles.
Harry s'arrêta de danser. Le temps s'était comme arrêté autour de lui. L'homme du bar avala d'une traite le reste de son breuvage. Le survivant jura qu'il pouvait voir la liqueur descendre le long de sa gorge à travers sa peau. L'ombre se leva de son siège. La vision d'Harry était parfois gênée par les membres des autres personnes autour de lui. Cela ne faisait que rendre le moment encore plus irréel. Mais à aucun moment, l'homme ne disparut derrière l'un d'entre eux. Il s'avançait d'une démarche mi-glissante mi-féline. Pas comme un serpent qui se faufilerait incognito dans la foule, mais plutôt comme si la foule lui dessinait une voie à part pour l'homme à part qu'il était. En une poignée de secondes qui parurent une éternité à l'élu, l'ombre du bar s'offrit entièrement à la lumière des iris verts du survivant en tant que Drago Malfoy.
Face à face, les deux hommes se jaugèrent un moment. Comme s'il leur fallait du temps pour intégrer la présence de l'autre. Le survivant voulut parler. Ses lèvres bougèrent, mais seul le son de la musique hurlante en sortit. Un rictus souleva celles de Drago. Harry pouvait deviner ses pensées : « Les Gryffondors, toujours trop pressés. » Le sourire contamina sa propre personne. Avant de se dévoiler, il fallait s'apprivoiser. Dans leur cas, il fallait faire accepter sa présence à l'autre. La magie de Drago l'entourait toujours, et sans qu'il comprenne comment, l'élu sentit la sienne répondre d'elle-même. Isolés dans leur effluves, et en même temps noyés dans la foule, les deux hommes comprirent que l'heure était venue de s'abandonner. Personne ne viendrait les chercher ici. Pas même leurs frayeurs. Corrompu par la magie du blond, Harry laissa ses membres reprendre le rythme des basses. Drago dansait déjà lui. Jamais ils ne se touchèrent. Leurs pouvoirs s'en chargeaient pour eux, l'un dominant l'autre tour à tour. Ils étaient ennemis, ils avaient toujours été l'unique but de l'autre, même en cherchant à se retrouver pour se débarrasser de l'autre. Rien de cela n'avait le moindre sens. Mais rien de ce qu'ils avaient vécu n'avaient de sens non plus. Alors agir illogiquement encore une fois ne changerait pas vraiment la course de leur destin. Par moments, Harry ressentait une force écrasante sur ses épaules. En ouvrant les yeux, il découvrait alors un Malfoy transcendé par l'oubli de soi. Il replongeait alors dans sa transe.
La nuit fila à une vitesse de folie dans cette parade de pouvoirs. La boîte moldue s'était progressivement vidée au fur et à mesure que les aiguilles poursuivaient leur course. Alors que la fermeture approchait, le blond s'éloigna soudain du survivant. Rejoignant le comptoir, il tendit quelques billets au barman pour régler ses consommations ainsi qu'un ticket de vestiaire. L'employé s'éclipsa quelques minutes et revint avec ses affaires. Manteau sur le bras, Drago se dirigea vers la sortie avant de jeter un regard curieux à l'élu. Ses yeux gris roulèrent dans ses orbites, il fallait toujours mâcher le travail aux Gryffondors. Pourtant, avant qu'il ne lui ait fait le moindre signe, Harry suivit le même chemin que lui vers l'air glacé de la capitale britannique. Marchant derrière le blond, le survivant ne put s'empêcher de remarquer que même habillé en moldu, Drago gardait ce raffinement aristocrate qui lui était si particulier. Son long manteau noir lui descendant jusqu'aux cuisses devait valoir cher. Il le suivit longtemps, à tel point qu'Harry finit par se demander si le Serpentard n'avait pas oublié sa présence. Subitement, le blond bifurqua sur la droite dans une série de petites ruelles qui rappelèrent l'Allée des Embrumes au survivant. Son prédécesseur accéléra le pas. Si bien, qu'il le perdit de vue dans le dédale. Déterminé, Harry trottina pour le rattraper et pila au coin d'un mur en découvrant un cul-de-sac. Drago l'attendait patiemment. Un rictus désagréable déforma à nouveau ses lèvres face au survivant se remettant de son « petit coup de stress. » Harry tiqua.
- Assez joué, Malfoy. Maintenant tu vas t'expliquer.
Alors ? Je vous avais bien dit qu'il vous plairait ce chapitre ^^ Nos deux héros se sont donc retrouvés. Par quels moyens ? Vous en avez déjà un aperçu dans ce chapitre, mais plus d'informations sont à venir. Vous allez enfin découvrir une partie de la vie de Drago qui vous intrigue tant !
Ce chapitre marque également le retour d'Harry ! Ah ! Il nous a manqué notre héros légendaire ! Et bien le voici de retour ! Et rassurez-vous, plus aucun d'eux ne devrait disparaître d'ici à la fin de cette fiction. (A moins bien sûr que l'un d'eux ne me remette sa démission de la dite fiction XD).
Merci de votre soutien, cela fait chaud au coeur de lire chacune de vos reviews =) A la semaine prochaine !
